Archive for septembre 2009

Du côté d’Arnys

29 septembre 2009

Loin des disputes entre les traditions britanniques et italiennes sur l’art de vêtir un homme, il est un style, que dis-je, une essence française, dont le travail est rare : Arnys.

L’historique maison fondé par le père Grimbert sur la rive gauche de la Seine à Paris (un fait finalement assez rare pour être souligné) distille depuis 1933 une idée du vêtement à la française. Les deux fils Michel et Jean (de vrais dandys, il faut les voir pour le croire, jetez un coup d’oeil à la page du sartorialist qui les aime bien: http://thesartorialist.blogspot.com/2006_07_01_archive.html) dirigent maintenant la maison, secondés par l’un des petits-fils.

Julien Arnys

Avec un goût complaisant pour les matières luxueuses, ils ont réinterprété l’héritage des costumes classiques de la grande époque, pour en tirer une essence de coloris et de coupes. La passion qu’avaient nos rois pour la chasse transparait également dans les coupes et les modèles, conférant à l’ensemble une touche d’aristocratie libre.

Cachemires matelassés et flanelles doublées de soie sont des incontournables de l’univers vestimentaire dessiné par Arnys. Les forestières, si légères qu’on ne croirait pas les toucher, deviennent très vite un classique après leur lancement! Rien de moins pour cette maison de prestige, à l’ambiance si feutrée. Certes les prix sont en rapports avec les matières, mais là réside la véritable élégance, nonchalante et silencieuse, bien loin des méga-brand ostentatoires.

La gamme de prêt-à-porté est très étendue et permettra au gentilhomme de trouver à se vêtir, de la tête aux pieds. Les costumes sont aux alentours de 3000€. Pour un service plus exclusif encore, vous pourrez, à l’instar de notre premier ministre François Fillon, passer entre les mains de l’équipe de la grande mesure, et choisir les tissus parmi un large choix d’environ  10 000 références, dont certaines exclusives, comme cette flanelle grise fenêtrée vert en cachemire super 180 tissée dans l’Himalaya, exclusivement pour Arnys, à Paris.

Avec Charvet, l’adresse des connaisseurs!

Chez Tom Ford

28 septembre 2009

Mais que fait donc ce créateur sur Stiff Collar ? Je me le demande aussi à la vue des fripes et autres caches sexe qu’il dessinait pour la maison Yves Saint Laurent entre 2002 et 2004. Mais le fait est qu’il a changé quelques peu depuis.

Le rénovateur de la maison Gucci a créé la maison Tom Ford il y a quelques années maintenant, avec les parfums d’abord il me semble, puis une collection complète de prêt à porter qu’il est, au passage, difficile de trouver. Le seul magasin en France pour trouver sa collection est Colette rue du Faubourg Saint Honoré à Paris. Alors pour les personnes de province qui ne connaissent pas cet antre de la fashionnista, sachez simplement qu’un gentleman n’oserez pas franchir la porte : produits, clientèles et musiques trop fortes dessinent une ambiance intelligentsia internationale douteuse,  voire navrante.
TomfordJSC
Quoiqu’il en soit, le prêt à porter Tom Ford, c’est intéressant ! Premièrement pour sa diversité, allant du costume au smoking en passant par le maillot de bain, et deuxièmement pour ses inspirations toutes classiques finalement. Les costumes notamment font la part belle aux flanelles, tweeds et autres laines skinshark, dans des coloris dignes de chez Hunstman. La nouvelle collection hiver propose de nombreux vêtements, plutôt classiques avec quelques réinterprétations, notamment le tartan avec un smoking. Sinon, les vestes sports en tweed à carreaux et les pardessus en laines sont de belle facture. A voir donc, sur son site, l’un des mieux présentés que je connaisse : Tom Ford .com

Les fournisseurs des tailleurs à Paris

27 septembre 2009

S’il est un métier qui disparait, c’est bien celui de mercier. La tenue d’une boutique qui se respecte est devenue de nos jours une entreprise périlleuse et financièrement difficile. Car la mercerie demande de posséder un énorme stock, donc d’immobiliser pour un temps indéfini une grosse somme d’argent. Il existe encore, en plus des boutiques autour de montmartre, cinq adresses à Paris plus ou moins spécialisée dans l’approvisionnement des tailleurs, les voici.

fourniture

CERTAIN, pour tissus et les fournitures: 52, rue Etienne Marcel, 75002 Paris

HAMON, pour les fournitures: 54, rue de Clery, 75002 Paris

SOCOLATEX, pour les tissus: 12, Rue Bourg l’abbé, 75003 Paris

LAFAYETTE SALTIEL DRAPIERS, pour les tissus et un peu de fournitures: 11, rue d’Uzès,  75002 Paris

ULTRAMOD, une mercerie rare par son stock, 3 rue de Choiseul, 75002 Paris.

Le passepoil et la demi-lune

27 septembre 2009

La fin de la deuxième semaine de cours à l’Association Formation Tailleur est l’occasion de présenter les quelques modèles de poches en culture tailleur. Une veste arbore traditionnellement trois types de poches : côté, poitrine et garniture. Celles-ci peuvent ensuite être sous divisées en variétés, poches passepoilées simples, à rabats, plaquées, plaquées à soufflet etc…

La poche de côté passepoilée à rabat ou patte est la plus courante. Elle se compose de deux passepoils (replis de tissus permettant de dissimuler une coupe dans le lainage), d’un rabat, d’une parmenture intérieure en satin, d’une doublure de patte en satin (coupée en plein-biais), d’un morceau de bougran (coton à armure toile) pour rigidifier l’arrière des passepoils, d’un morceau de toile thermo-collante pour l’intérieur de la patte (il y a controverse sur l’usage de cet artifice) et de deux fonds de poches en percaline (autre toile de coton plus souple que le bougran). Voilà  pour les pièces nécessaires à la préparation d’une poche de côté.

La réalisation de la patte démarre en premier et demande beaucoup d’attention et de dextérité. Il convient de bâtir endroit contre endroit le satin et le lainage préalablement thermo-collé, puis de piquer, de retourner, de rouler les bords du satin, de piquer en points perdus puis de presser… Réaliser une belle patte bien régulière et aux arrondis fins dont on ne puisse voir la doublure une fois positionnée est assez difficile et représente une lourde étape dans la façon d’une veste. Il faut en effet en réaliser deux parfaitement symétriques, parfaitement raccordées.

Travaux pratiques de poches côtés, en flanelle grise rayée à la craie, doublure de satin vert fougère puis prince de galles marron à carreaux fenêtres, doublure rouge brique.

Travaux pratiques de poches côtés, en flanelle grise rayée à la craie, doublure de satin vert fougère puis prince de galles marron à carreaux fenêtres, doublure rouge brique.

Mais la création des passepoils n’est pas plus simple. Il faut les raccorder éventuellement, les bâtir, les piquer en parallèle avec 1mm de tolérance puis cranter (couper et ouvrir la toile de la veste), rouler, piquer en points perdus, exécuter les points d’arrêts, dégarnir, coudre les demi-lunes, ajuster les sacs de poche, repiquer, presser etc…

Et il faut une heure et demi pour réaliser une poche passepoilée à rabat à un apiéceur qualifié, ce qui représente une certaine course à la vue des nombreuses opérations qu’elle nécessite (plus de 50). Du moins à l’école, nous tâchons de tenir le délai… avec succès ! Quant au raccord des passepoils sur la toile, il fait débat. La plupart des tailleurs y compris la très sérieuse maison Ciffonelli ne les raccorde jamais, les positionnant à la perpendiculaire du droit fil. En revanche, Anderson et Sheppard à Londres les raccorde. Les exemples dessinés plus haut montrent les deux exemples opposés. Le passepoil raccordé dure en revanche moins longtemps, il aura tendance à s’affaisser avec le temps…

MàJ: la demi lune étant la finition que l’on réalise au bout des passepoils, qui consiste à coudre au point perdu un arc de cercle. Celle-ci soutient les passepoils alors qu’ils se trouvent dessous, c’est une solidité supplémentaire.

Les souliers, partie 1

22 septembre 2009

Il est souvent dit que l’on reconnait les personnes de goût aux chaussures qu’elles portent. Si aucune généralité ne peut devenir une règle, il est tout de même vrai qu’une belle paire de souliers aux pieds d’un homme peut-être du plus bel effet, loin des horreurs en simili-cuir que l’on voit hélas souvent, parfois même chez les méga-brand, je n’en citerai pas.

Mais une paire de souliers représente évidemment un investissement fort conséquent hélas. A moins de 300€, n’espérez pas posséder un bel objet de qualité. Et encore, cela dépendra des marques. Le montage complexe d’une chaussure explique ce prix, autant que la qualité du cuir servant à la confectionner. Car il est évident que le cuir traité au chrome d’une vache de réforme chinoise ne produira pas une bonne matière…

Il existe trois principaux types de montages que nous détaillerons dans une futur article, notamment le très connu montage Goodyear. Pour rester plus simple, je rappellerai simplement les catégories de chaussure grâce à ces dessins, de gauche à droite, le Richelieu (ou Oxford en anglais), le Derby et le Mocassin. Citons également la bottine ou chukka et les bottes, et peut-être les sympathiques espadrilles ou chaussures de corde.

jscshoe1
Différents modèles : richelieus patinés aquarelle ; derbys en cuir grainé châtaigne ; mocassins en cuir chocolat

La différence entre le richelieu et le derby est le positionnement des œillets de lacets. Sur les richelieus, les œillets sont réalisés sur l’empeigne (partie avant de la tige de chaussure) et sur les derbys une partie annexe portant les œillets est rapportée sur l’empeigne. Quelque fois, se sont les quartiers arrières qui portent les œillets, comme ramenés vers l’avant par la pièce de cuir. On dit alors que le quartier est cousu sur la claque ou l’empeigne. Le mocassin est quand à lui beaucoup plus simple puisque sans lacets. Sa partie horizontale est appelée plateau.

Historiquement, le richelieu est une chaussure de ville et le derby une chaussure de campagne, sa technique étant simplifiée. Cette histoire influe sur la couleur du cuir:

- le richelieu peut se parer de noir ou de marron, en cuir lisse ou veaux-velours. Avec un costume, ils seront noirs sauf si vous décidez de porter du bleu marine qui s’accorde mieux au marron, influence italienne oblige. Avec un jean ou un blazer, impossible de porter du noir en revanche.

- le derby arbore exclusivement le marron, c’est une peut-être plus une chaussure de campagne. Le derby noir représenterait-il une hérésie? Je n’en porterai pas avec un costume, sauf à porter du tweed au milieu des champs. Mais je sais que Corthay signe de très beaux derbys à deux œillets, qui accompagnent bien le complet…

- le mocassin est une chaussure décontractée qu’il est impossible d’acheter en noir, les marrons, les bordeaux, les bleus etc lui conviennent. Ne le portez jamais avec un costume. Si d’aventure vous aimez vraiment le noir, préférez alors un marron patiné très foncé, du meilleur effet. Remarquons que le modèle à pampille est couramment porté aux Etats-Unis avec le costume, et comme ce mocassin vient de chez eux, alors nous pouvons  peut-êtreles suivre sur cette règle…

jscshoe2

Différents modèles : richelieus à bout droit en cuir noir box calf ; derbys bicolores à bouts fleuris ; mocassins tassel loafer en veaux-velours

Faisons maintenant un petit tour d’horizon des maisons dignes de figurer à l’index de Stiff Collar. Toutes les autres marques qui ne sont pas mentionnées le sont à raisons. Le monde de la chaussure de qualité est si petit qu’il est facile d’en faire le tour. Mais si jamais vous vous interrogez sur telle ou telle maison, faîtes une recherche sur internet, allez sur le forum de souliers.net ou de pieds en cap par exemple…

Commençons par les gammes raisonnables montées avec la méthode traditionnelle:

  • Bexley, le minimum légal monté en goodyear sur des modèles classiques à 129€
  • Loding, le meilleur rapport qualité/prix à ce jour, 150€
  • Finsbury les jours de soldes uniquement, aux alentours de 140€.

Puis la gamme moyenne:

  • Emling, à 300€, cette marque française signe de beaux modèles
  • Bowen, pour le même prix qu’Emling (le créateur de Bowen a créé Emling aussi) dans une tradition de fabrication britannique
  • Altan, je ne connais pas, mais plusieurs personnes sur de pieds en cap recommandent…
  • Weston les jours de soldes uniquement, aux alentours de 350€
  • Shipton & heneage, un grand de la chaussure britannique, pour 450€, peut-être moins en solde.

Et enfin le haut du panier si votre plaisir et votre porte-feuille vous y portent:

  • Crockett & Jones, le must have de la chaussure britannique, conçu pour durer 10 ans au minimum. Compter 500€ au moins soit 4€ par mois sur la période.
  • Pierre Corthay à Paris est un artisan bottier qui fabrique les modèles d’Arnys, autant dire, une griffe d’exception, au minimum 1000€
  • John Lobb est une filiale du groupe Hermès et historiquement l’un des plus réputés bottier britannique, aux alentours de 1000€ également
  • Berluti aussi n’est-ce pas, Aubercy, Edward Green, Alden, Altan en grande mesure et pour 1000€, je crois que la liste est ouverte!

Ce petit tour d’horizon est pour l’instant fini, avant de revenir avec un dossier plus technique sur la fabrication des souliers qui nous chaussent si bien. Quoi qu’il en soit, sachez bien qu’une paire de chaussure s’entretient : pommade pour nourrir le cuir d’abord puis cirage de qualité comme Grison par exemple (jeter vos Kiwi et autres Barranes, ils contiennent des silicones qui sapent vos cuirs irrémédiablement, sauf si vous posséder des lattes en simili made-in-shangaï). Et embauchoir évidemment pour éviter d’avoir des pompes de clown, cela va sans dire.

Enfin, si vous rêver de posséder des souliers d’une incroyable personnalité, voilà un bon tuyau : achetez une paire de loding à 150€ et prennez les dans le cuir marron le plus clair possible. Ensuite, rendez-vous chez Paulus Bolsen, patineur artistique de soulier qui pour environ 80€ vous fera un travail de rêve, voyez donc cette page ICI. Mon affection se porte particulièrement sur les patines bois/aquarelle, parfaites!

Les différents revers en culture tailleur

20 septembre 2009

Ce court article pour rappeler les différences qui peuvent exister dans les coupes des revers de vestes. Loin de parler d’un très grand nombre de modèles, je me limiterai aux quatre les plus représentés. L’illustration sus-visée synthétise ces différences:

Différents reversLe revers A est le plus courant maintenant. Sa simplicité lui a permis de conquérir la quasi totalité des coupes, surtout en prêt à porter. Ce cran est appelé Cran simple ou Cran sport, car il tire son origine des vestes de cavaliers. C’est donc un col peu formel. Il arbore parfois une patte sur le cran droit, permettant de boutonner le col lors des jours de froid, une tradition qu’il a hérité de ses origines campagnarde.

Le revers B est historique et toujours employé pour les smokings et autres morning suit. Il est possible de le trouver sur des costumes, mais cela passe souvent pour des coupes vaniteuses ou voyante, ce qui est faux, s’il est bien porté. Il se nomme Cran aigu du fait de sa forme aiguisée. Il est aussi quasi-exclusif aux vestes croisées.

Le revers C est appelé col châle. Il n’est plus beaucoup utilisé excepté pour certains smokings. Ceci dit, il a eu une belle carrière avec les vestes d’intérieurs à brandebourg, les habits, les gilets ou encore les robe de chambre.

Le revers D est une particularité française que l’on trouve principalement dans le grande mesure tailleur ou chez certains prêt à porter de luxe. Ce modèle est appelé cran Camps, car il fut créé à l’origine chez le tailleur Camps de Luca de la Madeleine. Mais il serait plus opportun de nommer cette coupe cran Smalto, car c’est bien Francesco Smalto qui l’inventa lorsqu’il était coupeur chez Camps. On le nomme aussi cran parisien ou cran tailleur par extension. Il s’agit dans la coupe d’un mixte réussi entre le cran sport et le cran aigu.

MàJ: un nouvel article développe le sujet: http://stiffcollar.wordpress.com/2010/05/24/quelques-crans-de-revers/

Le smoking dans tous ses états

20 septembre 2009

Mais quel est donc la signification de ce dress code indiqué en bas de mon carton d’invitation : Black Tie? Tout simplement si l’on traduit, cravate noire, par opposition à la cravate blanche, white tie. Cette notion renvoie à la couleur du nœud papillon en fait, noir avec le smoking, blanc gaufré avec un frack.

Le smoking est une invention récente, datée aux alentours de 1884. Il fut développé par le tailleur Henry Poole à Londres sur la commande du Prince de Galles, futur Édouard VII fils de la reine Victoria. Le jeune prince voulait en effet une veste courte à mettre pour le fumoir, qui permettrait au frack ou à une autre veste de ne pas prendre les odeurs de fumée, qui incommodent ces dames. Cela sous-entend évidemment que jamais l’on ne se présente en bras de chemise, c’est-à-dire sans veste.

L’un des traits notables du smoking est son revers couvert de soie ou de satin. Cette invention fut mise en place pour palier à un problème récurrent au fumoir, les cendres de cigares qui tombaient sur les lainages. Ainsi, les cendres, si elles tombent, glissent sur la soie sans bruler le revers. Cette soie se retrouve sous forme d’un galon simple le long de la ligne extérieure des jambes du pantalon.

Dénommé black tie comme nom codifié, ce vêtement porte d’autres appellations: smoking en France, dinner jacket au Royaume-Uni et tuxedo aux Etats-Unis. L’appellation anglaise diner jacket désigne à la fois la veste et le pantalon par extension. Mais attention, le smoking est un habit décontracté, qui n’a rien de formel. C’est l’équivalent du costume en ville. Comme son nom l’indique, c’est une veste de diner et de soirée. Les grandes cérémonies appellent plutôt à porter le frack ou habit queue de pie ou white tie donc. Le porter en extérieur ou à un mariage (excepté au diner du soir) n’est pas approprié.

Historiquement, le smoking est réalisé en laine barathea de 8 oz. C’est un tissus grain de poudre composée de 70% de laine et de 30% de mohair,  extrêmement fine qu’il est difficile de trouver de nos jours, la barathea 16 oz (plus épaisse) étant plus facile à travailler.

Il existe plusieurs coupes pour le smoking. Voici par le dessin une démonstrations des classiques :

Smoking droit cran aiguë

Le grand classique, coupe droite et cran aiguë. On dit que c’est le modèle des français.

smoking2

Un autre classique, le smoking croisé ou double-breasted. C’est dit-on le modèle favori des anglais.

smoking3Et enfin le modèle apprécié des américains, le smoking droit à col châle.

Dans toutes ces coupes, il existe des invariants, qui définissent la tenue de smoking: les poches sont sans rabats, toujours! Elles sont appelées poches passepoilées simples. Le dos ne présente jamais de coupe d’aisance. La veste n’a qu’un bouton de fermeture (sauf pour le croisé), recouvert dans le tissus du smoking. Le pantalon porte un pli et se porte haut, avec des bretelles. Pour cacher les bretelles, les gentlemen avaient l’habitude d’arborer un gilet sous la veste, mais la tradition s’est perdue. Il se porte maintenant avec une ceinture de soie ou de satin pour recouvrir le ceinturage du pantalon. Enfin les souliers sont soit vernis soit glacés. Le richelieu est la seule chaussure de ville que l’on peut porter, et surtout sans fleuri. Le mocassin à nœud appelé opera pump est aussi d’un grand raffinement.

Pour ce qui est de la chemise, il en existe beaucoup de variétés différentes dont il serait difficile de faire le tour. Pour ce qui est du col, l’agrément commun va au col turn down popularisé par James Bond, le col cassé paraissant au goût de nombreux de critiques comme trop formel et un peu désuet pour le smoking.

Enfin, voici une présentation de ce qu’il ne faut absolument pas faire. Cette image contient quatre erreurs, lesquelles?

smokingerreurs

Exemple de ce qu’il ne faut pas faire avec un smoking:

- le revers à cran simple dit cran sport est une hérésie sur un smoking, par son nom vous comprendrez pourquoi.

- la veste possède trois boutons, c’est deux de trop

- les poches de la veste sont à rabats

- enfin, les souliers sont des derbys, absolument inappropriés pour une tenue de ville

Voilà qui clôt ce petit tour des smokings suivant les codes classiques qu’il convient de maîtriser. Une soirée ne sert pas à se mettre en avant, bien au contraire. Le gentleman reste discret, ce qui fait son élégance et renforce la beauté et la diversité des toilettes féminines. Enfin, ne portez pas de smoking blanc en dehors de la ville de Nice l’été, vous seriez simplement ridicule.

De l’élégance du détective

19 septembre 2009

Tourné à partir de l’hiver 1988, la série Hercule Poirot inspiré de la très célèbre œuvre d’Agatha Christie donne au personnage du détective belge une élégance classique qui plait à Stiff Colar, ce nouveau sujet est l’occasion d’en appréhender les contours.

Lorsque Brian Eastman le producteur de la série, David Suchet l’interprète de Poirot et Sue Thomson la costumière commencèrent à travailler sur la série, tout était à repenser. En effet, les précédents opus tournés avec le grand Peter Ustinov était projetés dans l’époque contemporaine, à savoir les années 70 et 80. Il en résultait quelques anachronismes souvent mal déguisés par les scénarios, notamment en ce qui concerne les goûts d’Hercule Poirot pour l’élégance, en habillement et en décoration.

Cette nouvelle série fut donc campée dans les années 30 (plus tôt pour le Mystère De Style qui se passe en 1916-17). Il y est d’ailleurs souvent fait mention des dictatures continentales, nazi ou fasciste. Cette époque est celle des avants garde et du modernisme. L’architecture de la série le présente bien, montrant bien souvent de vastes villas blanches inspirées de l’œuvre de l’architecte franc-suisse Le Corbusier. Cette architecture blanche est aussi celle de l’hygiéniste, mouvement politique qui voulait rendre propre la société et les corps. Les fauteuils en acier chromé sont révélateurs de cet esprit nouveau qui naissait alors et dont Poirot soutenait les idées, bien loin des soubresauts Art-Deco de l’académisme. D’ailleurs Poirot s’intéresse à la psychologie comme il aime à le répéter, une science inédite et peu répandue alors.

Mais pour ce qui est de la garde robe, Poirot est bien plus traditionnel! Il s’habille toujours de la même manière, dans la série du moins. Cela commence par un complet aussi appelé costume trois pièces. Ses vestes sont droites, à deux ou trois boutons et arborent systématiquement un cran aiguë. Ses gilets, coordonnées ou pas sur le costume, sont droits ou croisés, avec revers châle de temps à autres. Il fait très attention au positionnement de la montre à gousset, retenue par une chainette qui trouve une boutonnière verticale ad hoc. De même, le cordon de son binocle pince-nez passe très précisément par l’un des boutons du gilet.

Hercule Poirot

Hercule Poirot

L’intérêt provient également d’un détail sartorial exquis et rare, la chemise à col détaché à pointes rondes. Il s’agit d’un col détaché donc (stiff colar) cassé dont les deux pointes sont arrondies. Il dote toujours ce col d’un nœud papillon à nouer, à motifs cachemire ou géométral. Cela permet de n’apercevoir pratiquement que la soie du nœud au dessus de sa veste, le col étant bas et dissimulé. Sa chemise est faite d’une popeline blanche coordonnée avec son mouchoir de pochette positionné à l’américaine.

Enfin, ses souliers sont des richelieus d’une seule pièce, des balmorals pour être précis, recouverts de guêtres de tissus. En intérieur, la veste est aussi déposée sur une valet pour être remplacée par une veste d’intérieur en velours bleu à revers châle.

Sa tenue est absolument parfaite et Stiff Colar érige cette démonstration vestimentaire comme l’une des plus remarquables du petit écran.

Faire réparer son Barbour

19 septembre 2009

Vous connaissez certainement la marque Barbour tant elle est devenue incontournable pour qui veut porter le meilleur du countrywear.

Barbour est né en 1894 quand John Barbour établit la société J. Barbour & Son au 5 Market Place à South Shields pour vendre sa précieuse invention, un manteau imperméable en toile huilée. Le succès est rapide! En 1937, le capitaine Georges Philips prend le commandement de l’Ursula, un bâtiment de la Royal Navy, où il rencontre un lieutenant équipé d’un Barbour dont il constate l’incroyable étanchéité. Il demande alors à la maison Barbour de le couper en deux et finance le prototype, la célèbre parka Ursula est née! En 1974, Barbour devient le fournisseur de la maison royale par l’intermédiaire du dur d’Edimburgh, Philip prince consort. Depuis, le succès ne se dément pas, aussi bien porté à la campagne qu’à la ville où il fait merveille avec des richelieus en veaux-velours.

Tenue de chasse avec Barbour Quilted Waistcoat

Tenue de chasse avec Barbour Quilted Waistcoat

Ceci dit, Barbour crée aussi en 1929 un département unique au monde dans le prêt à porter, de service après vente. Loin d’être anecdotique, cette clinique du vêtement voit passer pas moins de 40 000 pièces par an. Car un Barbour, c’est inusable, même si certains modèles arrivent aux ateliers en lambeaux. C’est que ce vêtement a la vie dure, accompagnant allègrement chasseur, cavaliers, motards, agriculteurs ou encore pop star. Parfois même, la réparation coûte plus que le modèle neuf, mais qu’importe, un Barbour, c’est aussi un objet sentimental.

Lorsque un jour la reine Élisabeth II envoya le sien à South Shields, madame Margaret Barbour proposa très courtoisement à sa Majesté de lui en renvoyer un neuf. La réponse fut sans appel : non merci, je préférerais que vous me répariez l’ancienne, j’y suis très attaché. Au delà des sentiments, une toile huilée s’adapte parfaitement à celui qui la porte, en prenant le galbe de ces épaules et en se patinant de manière unique!

Ce service, s’il est rare est pour autant exceptionnel dans un monde où les habitudes poussent à jeter systématiquement. A Stiff Colar, nous avons souvent l’habitude de dire que c’est dans les vieux pots que l’on fait…

Points de coutûre en culture tailleur

19 septembre 2009

La fin de ma première semaine à l’Association de Formation Tailleurs est l’occasion de présenter les points de coutures qui sont régulièrement utilisés pour la confection des vestons et autres pantalons en culture artisanale.

La planche ci-après reprend en dessin tous les points.

Les points de coutûre en culture tailleur

Les points de couture en culture tailleur

La nomenclature est la suivante :

Point 1, appelé point de surfil. Il permet de tenir le bord des tissus qui s’effilochent. Normalement, il se pique par l’envers et présente des diagonales sur l’endroit. C’est un point assez long à réaliser. Certes les machines le font très bien, mais en culture tailleur, il est réalisé à la main pour clore les tissus de passepoils et autres délicatesses de petites tailles. Dimension, plus ou moins 3mm du bord et en pas.

Point 2, appelé point arrière. C’est un point très solide dont le pas est de 4 mm. Il présente sur l’endroit un pas de 4mm mais sur l’envers un point de 8mm, car il est réalisé par retour arrière systématique.  Il sert à la fois à construire le vêtement (point d’arrêt des passepoil par exemple) ou à rabattre des doublures. C’est un excellent point visible, mais il demande de la dextérité et de la régularité alors.

Point 3, appelé point quart-arrière ou point perdu. C’est un point solide dont le pas est de 4mm mais dont le piqué arrière est de 1mm. Il présente alors de petit points (visible ou pas suivant le fil utilisé). Il est très utilisé pour tenir les passepoils de manière invisible, mais également rabattre les doublures. Il permet de réaliser également le sur piquage des revers.

Point 4, appelé point coussin. Il présente une succession de crois asymétriques et permet de relier diverses couches de tissus, ou de clore des ourlets.

Point 5, appelé point de bâti simple. Réalisé en fil de coton, il permet de tenir des toiles en cours de façonnage.

Point 6 et 7, appelés points chevron. Ils permettent de piquotter les toiles de constructions du vêtement. Réalisés en fil de coton, il tient des toiles de plastron, réalisé en fil de couture, il tient les toiles de revers à la toile de laine pour ‘rouler’ le revers. S’il est facile à réaliser dans l’esprit, le piquottage des toiles de revers est ardu. Ces deux points sont réalisés en décalés l’un de l’autre pour éviter le désagréable effet ‘tunnel’ qui peut se créer en roulant, pour obtenir un entoilage homogène.

Point 8, appelé point de boutonnière. Il est réalisé en cordonnet de soie épais et présente une succession de point reliés par des nœuds. S’il est également facile à réaliser dans l’esprit, il devient ardu lorsque les points sont serrés autour du crantage de boutonnière et de son œillet.

Deux autres points s’utilisent également souvent, le point coulé et le point de côté. Le point coulé est long est délicat, il permet de dissimuler une couture qui ne peut être faite par l’intérieur. Il est utilisé pour les poches plaquées. Quant au point de côté, il permet de rabattre des doublures notamment avec discrétion.

Enfin, le dernier qui est un point de bati, le crochet tailleur, qui est un fil de bati simple auquel on donne beaucoup de souplesse et de lacheté pour créer un fil bouclé. Cela permet de repérer après patronage le tracé sur deux toiles en symétrie pour créer les deux pans droite et gauche. Une fois bouclé, on écarte les deux toiles, et on coupe le fil, dès lors on obtient un tracé parfaitement symétrique.


Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 410 autres abonnés