Archive for octobre 2010

L’homme américain est bien habillé!

25 octobre 2010

Ne commencez pas à vous arrachez les cheveux: c’est sur ce constat que commença le rapport de la Fédération nationale des fabricants français du vêtement envoyée aux Etats Unis, au début des années 50. Alors que sur la vieille Europe, l’habillement a toujours été considéré comme un marqueur social dont les codes étaient jalousement gardés par une élite aisée dont le magazine Adam se faisait le défenseur, les américains ont développé avec le New Deal une importante industrie du vêtement et renouvelé en profondeur les techniques du ready-to-wear.

Basée sur la coupe à l’anglaise développée dans les années 30, l’élégance d’outre atlantique culmina avec le cinéma hollywoodien des années 40 dont Gary Cooper ou Clarke Gable sont des exemples importants. Quelque fois appelée american cut, elle consiste surtout en une réappropriation du confort (toujours le même) et d’un naturel plus facile à porter. La veste croisée perd un rang de boutons hauts pour devenir tel que nous le connaissons (2×4), et les tenues et allures sont plus souples. Le tailleur français Michel Schreiber, cité par Farid Chenoune, ouvre dans les années 50 une veste d’un client américain pour comprendre une chose importante: « moins il y a de choses dans un vêtement plus on se sent bien dedans ». Ce fut un révolution par rapport aux vestes cartonneuses confectionnées par les tailleurs à la mesure.

C’est à cette époque que naquit également le célèbre magazine Apparel Arts dont les illustrations inspirent toujours nombres de stylistes, illustrateurs ou encore élégants inspirés. Préfigurant Esquire, il était à destination exclusive des professionnels, notamment des revendeurs, qui apprenaient à la fois l’aménagement et le renouvellement des boutiques mais aussi le goût du moment ou comment marier matières et couleurs, chemises et cravates. Tout un système industriel était à l’œuvre pour améliorer les coupes et les tissus et proposer au plus grand nombre des façons à la fois qualitatives et économiques.

Je regardais récemment la fameuse série Mad Men se déroulant dans les années 50 et me remémorait donc cette phrase en titre.  Car il existait (et persiste toujours) chez nos amis américains une certaine idée du formalisme, même dans la classe moyenne, qui ne trouve plus guère d’échos chez nous. Le tuxedo y est encore, même s’il se retrouve souvent affublé de nœuds papillon de couleurs, un classique des soirées bon chic bon genre. De même que le respect des conventions vestimentaires entre semaine et week-end est une religion.

Le costume prêt-à-porter a, dit on, été inventé par Brooks Brothers. Sans savoir si la légende est vraie, notons que le sack-suit ou costume sac en français (costume en deux pièces tout de même, ou complet à veste courte dite tuyaux d’où le nom sac) fait véritablement parti de l’american way of life, avec sa pochette blanche horizontale, de même que l’inusable chino beige.

Petit coup de pouce (MàJ)

19 octobre 2010

Court billet pour annoncer la naissance d’un nouveau blog dans l’univers du vestiaire masculin: For The Discerning Few. Les deux auteurs sont des passionnés, cela se sent. Son positionnement est plus ‘brandé’ que je ne le suis, mais c’est intéressant en complément! L’article sur Hackett ou encore Michael Bastian sont très bons. Vive la nouveauté alors :)

Autre coup de pouce, pour le compte du blog cette fois-ci. Stiff Collar est en lice pour la remise d’un prix de la Mairie de Paris: le Golden Blog Award. Si Vous désirez soutenir le travail exposé ici:

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Que le meilleur gagne!

Caractéristiques d’une bonne chemise

18 octobre 2010

Comment repérer une bonne chemise? Ou encore quels détails mettre sur un modèle sur mesure? Autant de questions que nous pouvons nous poser, tant les possibilités sont importantes, et les trouvailles des stylistes inénarrables. Il existe quelques caractères classiques que nous allons ce soir expliquer.

Outre les cols à propos desquels un autre article a été publié ici, le reste de la chemise est à décrire:

  • En 2, la couture des boutons peut-être en X ou en patte d’oie (des flopées partent d’un trou vers les trois autres). A l’inverse, les boutons de veste sont cousus avec des flopées parallèles. Les boutons sont préférentiellement en nacre.
  • En 3, la dernière boutonnière doit être cousu à 90° des autres (qui sont verticales). Celle-ci est donc horizontale.
  • En 4, la gorge de boutonnage peut se présenter sous trois aspects: simple, surpiquée ou cachée. La gorge simple est ma préférée, elle est plutôt minimaliste, ne présentant aucune couture et tient seulement grâce aux boutonnières. La gorge surpiquée (quelque fois appelée à l’américaine) est la plus courante et présente un repli de tissu pour conférer un aspect symétrique au système de fermeture. Enfin la gorge caché est une trouvaille moderne pour dissimuler les boutons, surtout pour les chemises de smoking.
  • En 5, l’hirondelle est très importante. Dans le cas d’un bas de chemise classique (plutôt long avec une échancrure aux hanches), ce petit renfort de tissu est important.
  • En 7, les pinces aux bas de manches. Classiquement, on en trouve deux. Mais certaines maisons de qualité revendiquent cinq à sept petites pinces. Elles permettent de résorber l’aisance de la manche.

NB: D’ailleurs, un poignet de manche ne doit jamais être trop long, il ne doit sous aucun prétexte toucher la main, même si le vendeur vous le soutient. J’ai l’habitude de faire arrêter mes poignets après le petit os  qui ressort au niveau du poignet, du côté petit doigt de la main. La veste quant à elle s’interrompt avant  l’os, si bien qu’un sympathique centimètre apparait. Le fait est que l’on est plus à l’aise avec des manches courtes qu’avec des manches longues.

  • En 6, le poignet peut présenter diverses formes, poignet simple, poignet (double) mousquetaire, poignet napolitain ou poignet (simple) à boutons de manchette.
  • En 8 ou 9, la présence ou non d’un capucin. Ce petit bouton de rappel sert à fermer la longue fente qui descend au poignet. Il est assez chic de ne pas en avoir sur les belles chemises, particulièrement celles de smoking.
  • En 1, une couture milieu dos doit être présente, car cet empiècement haut est extrêmement important. De plus, cette couture doit raccorder les motifs avec précision. D’ailleurs, les motifs doivent aussi se raccorder entre cet empiècement et le haut de la manche.
  • En 10, le dos présente deux plis, ce qui est une bonne solution pour les chemises formelles et celles de travail, bref les belles chemises.
  • En 11, le dos présente un pli milieu dos, ce qui est la solution par excellence pour les chemises sport, celles qui ont notamment le col rabattu et boutonné.
  • Et donc en 12, le col boutonné doit présenter trois petits boutons, deux en pointe de col et un derrière, pour bien le maintenir (et empêcher de porter une cravate avec!).

Julien Scavini

Tristes musiciens

11 octobre 2010

Je regardais hier soir le programme musical d’Arte qui retransmettait la clôture du festival de Lucerne. Hélas, je ne crains qu’aucun commentaire ne puisse être émis à propos, à la fois des spectateurs (en bien: j’ai vu un smoking, en mal: une chemise de bucheron col ouvert) et des musiciens de l’orchestre de Vienne, qui arboraient tous des habits ‘cravate blanche’ sans effets, sans gilet, quelques fois avec des nœuds papillons garantis dérivé pétrolier ou encore des chemises à cols rabattus à boutons visibles, bref, un méli-mélo bancal du plus mauvais effet. Quant au chef Gustavo Dudamel, il avait eu l’idée curieuse de mettre un gilet de smoking noir (trop long) avec sa queue de pie.

Diable mais qui conseillent les musiciens pour leurs tenues? Mêmes les plus illustres d’entre eux croient bons de faire fi des règles les plus traditionnelles. Si encore d’aucun avait inventé un dérivatif plus convaincant, plus réaliste au vu des efforts physiques que demandent la musique, alors je m’y plierai, mais jamais je n’ai rencontré une nouveauté de goût. Je finis même par me questionner sur les capacités et qualités d’interprétations de ces hommes de paille mal fagotés. Estimer faire de l’art nécessiterait de mon point de vue de s’habiller … avec art? Peut-être suis-je trop exigeant pour demander un smoking ou un habit?

A l’inverse, la même chaine de qualité donnait la semaine dernière, exactement à la même heure, une rediffusion du Palast Orchester. Pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit d’une troupe de musiciens de revue, avec à sa tête le brillant et très germanique Max Raabe, qui interprète entre autres des chansons des années 30 à 50, en anglais et surtout en allemand. Outre ce répertoire qu’il est tout à fait délicieux d’écouter, les voir et les regarder constitue à n’en pas douter un moment d’extase. Tout y est! L’ambiance visuelle dont les décors art déco et les sonorités confèrent à cet orchestre un atout non négligeable. Max Raabe d’abord, est vêtu d’une queue de pie parfaitement coupée, à revers généreux, avec un gilet de coton ajusté et à la bonne longueur (plus court que le corsage de l’habit) et un col cassé très haut pour habiller son cou. Les musiciens ensuite, qui comptent parmi eux une femme en robe de soirée, revêtent un smoking croisé, noir ou blanc suivant l’occasion. Et point positif de plus, ils ont tous le même modèle, donc point de dissonance de coupe. Tous ont aussi un mouchoir de pochette plié de la même manière. Cela confère à l’ensemble une harmonie rarement vu dans une représentation musicale.

Il s’agit souvent d’un idée récurrente au sein des troupes de jazz et l’homogénéité des tenues suit un seul but: concourir à une unité d’esprit en tout, de la musique à la vue. De plus, le musicien ne peut pas être tenté de s’imposer aux autres (en élégance ou en musique) mais perçoit l’idée d’un esprit de corps, celui de l’orchestre.

Nous noterons également l’artiste allemand (encore un) Henry de Winter à propos duquel Ray Frensham a publié un article. Ici encore, l’attitude de l’artiste dépasse son cadre de travail car monsieur semble être un esthète jusqu’au bout, un vrai gentleman heureux dans ses tenues du meilleur classicisme.

Julien Scavini

Diverses méthodes d’entoilage

4 octobre 2010

Essayons ce soir d’y voir plus clair dans les dénominations quelques fois trompeuses des vendeurs de prêt à porter et autres confectionneurs de semi-mesure à propos de leurs méthodes d’entoilage. Je voyais récemment sur le site de Cape Cod une gamme de prix comprenant des costumes ‘demi-mesure’ et ‘sur-mesure’. Si je doute franchement du fait que le tenancier propose un tel service (au sens de la loi, ‘sur mesure’ signifie trois essayages et une fabrication à la main et un atelier artisanal et géographiquement proche), ces deux catégories reprennent les anciennes dénominations de son site à savoir confection semi-traditionnelle et traditionnelle, bien plus intéressante en ce qui nous concerne. Que signifie ces deux termes?

Reprenons du début. Pour fabriquer un costume, que ce soit en confection ou en grande mesure, il faut disposer contre le lainage du devant de la veste, une toile de corps (ou toile tailleur), faire un entoilé. Cette toile (2), traditionnellement en laine grossière spécialement tissée pour cet usage, permet de rigidifier les deux devants, de leurs donner du corps et de la structure. Sur cette toile, qui va de l’épaule au bas de veste reposent: les épaulettes, les plastrons de poitrine, les revers, les poches etc… Cette toile est l’armature du veston. Appliquer celle-ci est une étape délicate, particulièrement sur les tissus à rayures, que l’on appelle ‘mise sur toile’.

Le plus courant dans le commerce est de sauter cette étape en thermocollant l’ensemble du devant (de coutures à coutures), y compris le revers, avec une toile thermocollante (1). Cette fine résille, souvent synthétique, est enduite de résines qui fondent sous l’effet d’une presse chauffante (ou d’un fer à repasser) pour adhérer au lainage. C’est une méthode rapide, mais qui ne dure pas dans le temps, la toile se décollant à la suite des différents lavages et surtout de la vapeur qui font pocher le tissu (apparition de bulles sous le lainage). Ce premier schéma illustre l’endroit d’une veste (devant+petit côté avec poches) et son envers thermocollé.

La deuxième méthode (ci dessous à gauche) qui est la plus courante chez les confectionneurs de demi-mesure haut de gamme est l’entoilé semi-traditionnel. Il consiste à créer un vrai plastron (3), avec diverses couches, comme le bougran ou le crin de cheval, sur la toile de corps. Mais il s’agit d’une toile particulière, enduite en bas de la veste et aux revers de résines thermocollantes (5). Les plastrons sont donc flottants, comme en grande mesure, mais le reste adhère au lainage, et le solidarise. C’est une méthode que je n’aime pas beaucoup mais qui est pourtant récurrente, les industriels maitrisant très bien le processus. La plupart du temps qui plus est, il n’y a même pas de toile de corps et les plastrons sont placés au dessus de la résille thermocollante qui couvre tout le devant. C’est le cas de pratiquement tous les costumes en prêt à porter haut de gamme en dessous de 1200€.

Enfin, la troisième méthode (ci dessus à droite), la plus chic, celle qui est quelque fois appelée ‘confection traditionnelle’, utilise une toile de corps, sur laquelle sont aussi additionnés des plastrons et qui est flottante jusqu’en bas. Dans cette technique, les revers sont brochés avec des fils aux points de chevrons (et non thermocollés) avec une machine appelée Strobel (4). C’est la méthode la plus durable, que peu d’usines réalisent bien que la demande soit de plus en plus importante. Ces pièces sont coûteuses à réaliser, et donc à acheter, mais durent plus longtemps. C’est ce qui se rapproche le plus de la grande mesure traditionnel, le terme étant ici plus adéquat.

Vous comprenez dès lors la jungle qui entoure toutes les dénominations commerciales et qui n’ont souvent qu’un seul but: se faire passer pour de la grande mesure, ou bespoke. Si toutes ces méthodes sont honnêtes et répondent à divers besoins, notamment en terme de coût, il convient de faire nettement la différence entre appellations. Le consommateur se doit d’être expert pour déjouer les tours marketings, internet est là pour ça!

MàJ: j’y repense, il existe aussi une offre de semi-entoilé (càd bas de veste thermocollé) avec des revers brochés au fils… C’est une option assez intéressante et plutôt répandue encore une fois, notamment par les maisons de demi-mesure qui se targuent d’avoir des revers qui ‘roulent’. Tout dépend de l’industriel qui est derrière…

Julien Scavini


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