Archive for février 2011

Pâte et poils

28 février 2011

Rapide article ce soir pour faire le point sur les différentes matières qui s’offrent à nous dans les boutiques, sous la coupe croisée du marketing et de la musique trop forte. Les progrès de l’industrie ont permis de s’affranchir des matières naturelles, complexes et variables par essence, pour s’intéresser aux nouveautés ‘techniques’. Alors que le prix de la laine stagne autour des 3 à 6 euros le kilo, elle reste l’une des matières les plus abondantes et les plus facile à récolter. La terre entière veut déguster de la viande, le mouton nous fournit les deux! Hélas, elle a perdu beaucoup de son usage au profit du coton.

Mais en ces temps de questionnement écologique, celui-ci aussi n’est plus en odeur de sainteté, il n’y a qu’à voir la mer d’Aral pour comprendre. Alors même que la Terre cherche de l’eau douce, en quelques phrases, il est facile et amusant de placer problèmes et solutions en perspectives. Les hollandais ont la solution. C’est par ces mots qu’une récente chronique sur Europe1 cherchait des réponses à la limitation des ressources en coton, et accessoirement en caoutchouc, Adidas prévoyant une forte hausse de la demande mondiale. La réponse hélas n’était pas la laine, mais le bambou ou l’ortie. Et oui les voies des nouvelles technologies sont impénétrables.

De la maille, donc des pulls, des chaussettes, des vestons tricotés en bambou ou en ortie? A première vue, le premier une fois tressé donne l’impression de revêtir une côte de maille en rotin, pas très aisé. De très bons paniers existent, mais difficile de s’en vêtir. La deuxième, si elle est bonne en soupe, n’en demeure pas moins urticante. Alors par quel mystérieux procédé ont ils procédés?

La réponse est toute simple, ils ont remis au goût du jour cette bonne vieille étoffe des familles qu’est la viscose! Eh oui, vous vous demandez certainement très souvent ce qu’est la viscose de vos doublures de costumes: de la pâte à papier! Prenez n’importe quelle source abondante de fibres cellulosiques, broyez là, lavez-là, triturez-là, chlorez-là et vous obtiendrez cette chère pâte blanche découverte par les chinois il y a quelques millénaires. La viscose donc, matière molle et peu coûteuse, dont on peut tirer des fils ou des feuilles (in-tissé de fibres). Au fond, c’est un peu la même chose que la laine, dont on peut tirer des fils ou des feuilles (in-tissé de fibres de laine = feutre). Ceci dit, la viscose, pardon, le bambou, c’est plutôt doux!

De l’autre côté de la chaîne industrielle, on trouve les partisans des fibres animales donc. Ceci, poussés par l’irrésistible envie de ‘luxe’ aime proposer du cachemire à qui mieux mieux. Comment est-il possible de trouver des pulls en cachemire à 39 euros dans les devantures, alors même que la production mondiale chute, à la fois comme contre-coup de la sur-production et des guerres dans cette région qu’est le cachemire..? (Rappelons qu’une chèvre cachemire produit 100 à 150gr de laine par an, uniquement obtenue par peignage, la tonte étant impossible). Envoyé Spécial avait produit un bon reportage sur le sujet. L’adjonction de soie était alors soulevée comme point principal de ce mensonge du marketing. Le cachemire n’est pas une matière démocratisable, même si cela ne plait pas!

Au fond, pourquoi ne pas ajouter de la soie, c’est une noble matière, relativement économique qui plus est. Ce qu’oubliait le reportage, c’est la question du tissage. Le cachemire est caractérisé par ses longues fibres, ce qui rend le produit fini soyeux et doux. Plus la fibre est longue, plus la laine est douce. Ce qui caractérise aussi les mérinos. Les bonnes filatures tissent donc à partir de la belle matière première de fibres longues. Il leur reste sur les bras, après cardage et peignage une sorte de ‘bourre’ de fibres courtes, effectivement de cachemire, mais de piètre qualité. C’est cette matière qui est ensuite achetée par le marché du cachemire démocratique. Car comment expliquer la différence de prix entre un pull à 300 euros et un à 39 euros? Ceci dit, notons par exemple que Ralph Lauren vend à 300 des produits valant 39, sans trop exagérer… Un test simple à vérifier sur vos propres pulls: est-ce qu’ils boulochent? surtout en bas des manches? présentent-ils de petites peluches aux endroits d’usure, que certains pressing prétendent raser? Cette présence manifeste souligne la qualité moyenne d’une matière, la bourre, difficile à tisser, ressortant.

Enfin, ce petit tableau récapitule les différents types de matières textiles. Il est recopié du livre ‘Technologie des Textiles » de I. Brossard aux éditions Dunod:

Julien Scavini

Les tweeds

21 février 2011

L’une des catégories de laine les plus connues est certainement le tweed. Cette étoffe, souvent lourde est appréciée pour son confort thermique et sa durée de vie, très importante. Ce tissage cardé est d’une robustesse rare. Il existe trois grandes catégories de tweed: les Harris Tweed, protégés par la Harris Tweed Authority, les Saxony Tweed issus de moutons de race saxony (originellement issus de Saxe donc) et les Donegal Tweed, tissés en Irlande et reconnaissables à leurs petites imperfections de couleur dans le tissage. Certains de ces tweeds peuvent aussi être homespun, c’est à dire tissés directement chez l’habitant, à la maison ‘home’. C’est en effet l’une des caractéristiques d’origine des tweeds que d’être fabriqués directement sur les exploitations agricoles, appelées ‘croft’ dans les îles hébrides.

Tout commence avec la matière, la laine brute. L’une des plus reconnues et des plus protégées provient de deux îles des hébrides : Lewis et Harris. Les divers ballots de pure laine vierge sont mélangés (blended). Ensuite l’ensemble est transporté à l’usine pour la filature du fils avec lesquels on tissera les laizes. Le premier traitement consiste à laver à l’eau clair, mais pas trop pour ne pas retirer les suints (graisses du mouton) qui imprègnent la matière. Cette opération est parfois réalisée à même les cours d’eau pour certains homespun. Puis intervient la teinture dans la masse, à l’aide de colorants naturels le plus souvent, comme les mousses et les lichens pour obtenir des teintes douces.


Ensuite le cardage permet de dresser les fibres dans le même sens. Le traitement à ce niveau sera court, ce qui donnera au tweed cet aspect très rêche, peu travaillé. D’autres types de tissages plus doux sont ensuite peignés par exemple. Le cardage permet de tirer les fil,s qui le plus souvent sont liés par deux, pour obtenir un double retors. Les fils ne sont d’ailleurs pas positionnés sur des bobines comme à l’habitude mais sur des clefs en bois, qui les tendent. Des centaines de fils concourent finalement au métier à tisser, pour l’étape du ‘weaving’.

Cette étape est exclusivement réalisée sur des métiers manuels dans des ‘croft’ en ce qui concerne les Harris Tweed, étape nécessaire pour obtenir l’appellation d’origine protégée. Les tisserands produisent généralement des laizes de 85 yards, soit 78 mètres, en petite largeur (74cm) ce qui en fait un tissu cher et compliqué à couper. Traditionnellement, le tissu tailleur a une largeur de 2x 75cm soit 150cm vendu ‘dossé’, c’est-à-dire replié lisière contre lisière.

Enfin, comme tous les tissus, le tweed subit une étape de finition, le ‘finishing’ pour 3 à 4 euros du mètre. Il est lavé une dernière fois, les impuretés sont enlevées à la main et des contrôleurs reprennent les mailles sautées. Différents traitements peuvent être appliqués à la surface, comme un dernier cardage ou un brossage aux chardons.

Vous êtes maintenant renseignés sur les diverses étapes qui permettent d’aboutir à ce tissu d’exception, qui grâce à un montage efficace par le tailleur, durera des années.

Julien Scavini

Boutiques italiennes

14 février 2011

Une fois n’est pas coutume, l’article est photographique ce jour. J’étais en fin de semaine en Italie, dans une ville moyenne des Dolomites pour mettre l’avant dernière main à mon projet. L’occasion de faire un tour nocturne dans la ville et d’être étonné par la qualité des boutiques pour homme. Voici les photos, uniquement des revendeurs indépendants. J’ai laissé de côté les boutiques de grands groupes, comme Trussardi ou Calvin Klein. Figurent donc seulement les vitrines des magasins de vêtements classiques (hors sportwear et vêtements techniques) ; de toutes les vitrines que j’ai pu voir (7 échoppes dans le centre ville). Je reste bouche bée devant la qualité des produits et l’excellence de leur présentation, sobrement, efficacement. On sent qu’ils ont lu Apparel Arts, ce fameux magazine qui éduquait les boutiquiers.

Commençons par la première, vendant entre-autres de magnifiques costumes de marque Kiton et St Andrews (un des plus grands façonniers italiens, pour 950€ en solde) :

La suivante, un chouillat plus contemporaine, mais efficace également. Notons toujours les étiquettes de prix directement sur les vêtements :

La quatrième. Nous sommes dans un même rayon de 50m depuis le début. Très classique, pour un prix modéré ici (350€ la veste) :

Encore 50m plus loin (la densité de tels commerces est incroyable pour une ville moyenne), une fastueuse maison, qui distribue des souliers Tricker’s :

Plus loin, c’est au tour des chemises sur mesure :

Puis, d’une autre boutique de vêtement masculin/féminin à la rencontre entre classique et sportwear :Et enfin :

Quel étonnement de trouver à chaque coin de rue une nouvelle boutique de vêtements masculins, et plus encore quel émerveillement de constater la qualité visuel de l’ensemble. Difficile de trouver un équivalent en France et même au Royaume-Uni. Les italiens sont passés maître dans la démarche personnelle qu’est l’habillement. Ceci-dit, ils y mettent le prix. Non pas que les prix généraux soient plus hauts qu’en France, mais plutôt que de nombreuses boutiques proposent des produits nettement plus chers, mais de qualité !

Julien Scavini

Le bon produit

7 février 2011

Certains d’entre vous, lecteurs attentifs et désireux de qualité, me contactez pour en savoir plus sur l’état de mon idée: apporter un service de mesure de grande qualité à prix placé pour reprendre une expression de Parisian Gentleman. Le billet de ce soir vous rassurera, le projet avance très bien et j’approche de la fin.

Le cahier des charges est simple : pouvoir confectionner vestes et pantalons avec des techniques traditionnelles, sans passer par la Grande Mesure. Point essentiel de la façon : fuir le thermocollant sous les devants qui donne aux vestes (même en entoilage semi-traditionnel) un aspect cartonneux surtout sur le bas des devants. Ce thermocollant, en vieillissant, fini par se décoller. La vapeur aggrave ce problème alors même qu’elle est utilisée par la majorité des pressings. L’effet visible est l’apparition de cloques ou de boursouflures sur les vestes.

Originellement, j’imaginais plus qualitatif de faire fabriquer en France. Hélas, il n’existe dans l’hexagone que trois sociétés produisant des vestons, dont deux qui ne font pas l’entoilage intégral. La troisième que je suis allé visiter possède une longue histoire, renommée pour sa qualité. Mais constatant qu’aucun modèle n’était élégant et que la flexibilité n’était pas au rendez-vous, il m’a fallu continuer les recherches. Il est d’ailleurs bien triste de découvrir qu’une fois encore, en France, on ne sait plus faire de la qualité. Alors que l’Italie est passée devant nous en volume de produits de luxe exporté, nous ne prenons pas le chemin du meilleur, par l’innovation et la qualité. D’autres maisons française de renoms font fabriquer cette fois-ci au Portugal ou dans les pays de l’Est.

Direction l’Italie, pour découvrir et essayer des produits d’une qualité inégalée (à l’image des machines-outils allemandes). Et heureuse constatation, leurs prix ne diffèrent pas tellement des plus haut prix de Made In France. Alors? Pas de fatalité! Pourquoi n’arrivons-nous pas à faire la même chose? Coût du travail? Je n’en suis pas sûr lorsque l’on voit l’imbroglio étatique de nos amis italiens. Je dirais simplement un manque de courage de notre part, de directions qui ne cherchent pas, ou n’ont pas l’idée, du meilleur! J’étais même révolté des conditions tarifaires que me proposait cette fameuse usine du Nord. Encore un pan de l’industrie qui finira par quitter notre territoire, dans l’indifférence générale hélas.

L’Italie donc, où j’ai déniché un atelier familial proposant quantité de modèles (droit cran sport, droit cran aigu, croisé, en versions vestes ou manteaux; queue de pie et jaquette; pantalons avec mille détails) et une façon à la hauteur avec un entoilage intégral souple, des doublures et des cols rabattus mains. L’idéal! Rajoutez la dessus des tissus anglais avec un beau tombé, comme ceux d’Holland & Sherry ou d’Huddersfield Cloth ou des laines solides et épaisses comme celles de Gorina et vous obtiendrez un ensemble sur-mesure exceptionnel. Cette structure produit occasionnellement pour Brioni, c’est vous dire! Enfin les finitions que j’appliquerai à la main complèteront le tableau, notamment au niveau des boutonnières à la milanaise. Je traiterai moi-même les gilets, en grande mesure si j’ose dire.

Le prix de départ est toujours maintenu à partir de 1600€, soit moitié d’un grand prêt-à-porter italien.

Patientons encore deux mois, il faut de la patience pour sélectionner le meilleur. Les beaux projets prennent du temps. En temps voulu, je communiquerai sur la disponibilité et tâcherai d’organiser un apéritif autour de vous, chers lecteurs attentifs. Julien Scavini

Eric Clapton, propriétaire de Cordings

2 février 2011

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