Archive for octobre 2011

The Artist

31 octobre 2011

J’ai eu ces derniers jours la bonne idée d’aller voir The Artist, le dernier film du duo Dujardin – Hazanavicius. Vous avez sans doute entendu parler de ce fabuleux film en noir et blanc et muet ! Autant de qualificatifs qui me plaisent! Et force est de constater que c’est une franche réussite. Dire que j’aime ce film est en dessous de la vérité ! Une pure merveille. Peut-être pas le chef d’œuvre du siècle, il manque pour cela un peu plus de profondeur intellectuelle – nous ne sommes pas ici chez Resnais – mais  indéniablement une réalisation hors du commun.

La réalisation est assez impeccable et certains plans empruntés à Citizen Kane ou encore au cinéma de Fellini sont époustouflants. J’ai en tête cette scène très architecturale dans l’immense cage d’escalier grouillante d’un immeuble de bureau ou encore la découverte par George Valentin de son important mobilier stocké sous des voiles de cotons blancs ! Des séquences magnifiques, qui empruntent tour à tour aux registres du suspence, de l’épouvante, de la romance etc… Tout y est, même une sorte de course poursuite sans poursuite à la fin! Et la musique, un ravissement à l’ancienne.

J’ai passé 1h40 en apesanteur ! Hors du temps ! Et que dire des voitures, des voitures !!! Du charme dans chaque plan. Et heureusement, les costumes étaient à la hauteur, la grande hauteur ! Impeccable grâce à Mark Bridges. En dehors de menus erreurs sur l’habit (avec nœud blanc et non noir), ils étaient tous très bien choisis. Pour les plans du matin en intérieur, Jean Dujardin nous offrait un défilé de robes de chambre et de pyjamas Sulka. En extérieur, alternance de costumes trois pièces en donegal (avec souliers bicolores s’il vous plait!) et de queue de pie. Quant au propriétaire du Kinograph, interprété par John Goodman, il arborait de belles rayures, celles des producteurs de cinéma et le chauffeur, James Cromwell arborait les parfaites livrées, avec le surtout croisé col claudine et les grands gants de conduite. Pourquoi d’ailleurs les chauffeurs ne sont ils plus habillés de la sorte de nos jours ?

Jean Dujardin est encore une fois merveilleusement habillé dans un film. Car avec les OSS 117, il figure maintenant dans les références, au même titre que Sean Connery ou Lino Ventura. Pourtant, à la ville et sur les marches de Cannes, peut mieux faire mieux dirons nous. Pourquoi donc les acteurs de nos jours ne sont ils plus élégants ? Il fut un temps où les costumières n’avaient pas besoin de les relooker pour apparaitre à l’écran. Clark Gable était le même à la ville et à l’écran. Et puis comment peut-on mentalement assumer une si belle tenue devant la caméra et se présenter devant le public vêtu comme un as de pic ? Telle est la question…

Julien Scavini

Le pantalon pour l’hiver

24 octobre 2011

Un client me demandait récemment un article sur le pantalon formel. Mais que veut dire cette expression ? A vrai dire elle ne signifie rien ! Le seul pantalon formel que je connaisse est celui de la jaquette, noir ou anthracite à rayures grises et blanches. C’est un pantalon seul, qui n’est pas du même tissu que le veston. Les grandes tenues formelles que sont la queue de pie ou le smoking sont elles unies, haut et bas. Le costume, nouvel habit formel, est également uni.

Reste donc les pantalons ‘sports’ dépareillés. Peut-on les classer du plus ou moins formel ? Peut-être. Au sommet, nous mettrons les flanelles foncées grises, de l’anthracite au clair. A utiliser avec une veste sport, petits chevrons marrons ou encore blazer bleu marine. En bas, les chinos et les jeans et entre les velours notamment les 500 raies, dans de nombreuses couleurs, plus volontiers vives.

Mais maintenant que l’hiver est là, il faut quelque chose de chaud pour couvrir les jambes. Cette pièce parait être le parent pauvre du vestiaire masculin de nos jours. Les hommes ne portent plus de laine et préfèrent le denim. Dommage. Pourquoi? Deux pistes me viennent à l’idée : la complexité au nettoyage (à sec au pressing) et la mauvaise coupe.

Pour le premier problème, je n’hésite pas à mettre les miens à la machine, en cycle laine froid. Pas à chaque port non, mais de temps en temps. Le plus dur est le repassage. La coupe ensuite, et là, gros point noir. Le pantalon, oui!, est peut-être la pièce la moins évidente à couper. Si la mode indique un bas étroit – ce que j’aime assez – le reste doit être assez ample surtout à partir des genoux. Le pli doit tomber droit.

Marre de ces pantalons de prêt-à-porter à effet moulant aux cuisses. Il suffit de regarder les catalogues. Les pinces ont disparu et c’est bien dommage. Un client récemment, à qui je conseillais la double pince, m’interrogea sur leur justesse par rapport à la mode actuelle. En effet, c’est ringard rétorquais-je, mais confortable ; que voulez-vous ? En position assise, elles s’ouvrent, laissant de l’aisance pour les cuisses et le postérieur. L’affaire fut tranchée.

Il commanda des modèles d’hiver, en whipcord. L’idéal. Épais et robuste. Pour ma part, j’ai actuellement en fabrication deux modèles en flanelles marrons, l’une chocolat, l’autre tabac. Ce sera parfait en complément de vestes marrons/ vertes et même bleues.

Julien Scavini

Cravaterie!

17 octobre 2011

Si j’ai pour habitude de porter des nœuds papillons, je reste néanmoins extrêmement attentif aux cravates, leurs matières, leurs couleurs, leurs formes et leurs montages. Il existe une multitude de maisons qui en vendent, et toutes ont des différences. Le foisonnement d’inventivité pour un ‘simple’ bout de tissu sans utilité – a priori – est fascinant et défie la science ! Peut-être qu’un jour aurons-nous droit à un prix Nobel de la cravate ?

Bref, je m’interroge, et c’est l’occasion ce soir de nous questionner mutuellement. Plusieurs choses sont sûres dont la plus importante : la cravate est un reliquat ornemental, à porter par essence avec détachement. Ce n’est pas une corde que l’on se passe autour du cou pour aller se pendre (2). Pour une fois, la décontraction pourrait presque guider cette tâche du matin. Presque, car il reste à faire preuve de bon sens et d’un peu de goût dans les associations. C’est par ce biais que l’on exprime un peu de soi par dépassement de l’uniforme-costume. Cela tient chaud au cou et c’est aussi un moyen de ne pas tâcher sa chemise comme le rapporte James Darwen dans Le Chic Anglais. Je conseille d’ailleurs la relecture du chapitre qui nous concerne.

En France, il me semble que l’on affectionne les faux unis. Cela tombe bien, je n’aime guère les unis qui donnent l’impression de porter une pagaie en travers du corps (3). Mais quels faux unis? De nos jours, les mélanges soie-laine apportent des réponses intéressantes. Sinon, des hybridations de couleurs poudrées et de tissages chevrons peuvent apporter un peu de variété. Les pois n’ont plus tellement la côte à vrai dire et les rayures Club font très anglo-saxon. Les petits effets à motifs blancs sont également intelligents mais les cravates peintes sont à proscrire. Je ne suis pas un fan des cravates imprimés, même si elles peuvent se révéler très fines et raffinées, faut-il encore savoir les porter.

Pour le nœud, plusieurs options mais un gros non : le double Windsor symétrique (1- quand je parlais de pagaie…). En revanche le demi-windsor (4) est intéressant et au fond, le nœud simple (si la triplure est épaisse) reste le plus … simple (5).

Le montage après. Beaucoup de propositions, même si l’on trouve principalement des cravates de soie alourdies par des triplures de laines. Celles-ci confèrent un beau tombé à l’ensemble, quelque fois appelé 3 plis, mais peuvent vite devenir compliquées avec des triplures multiples et épaisses. C’est ce que je reproche à ma Breuer. Très en vogue actuellement aussi, les 7 ou 9 plis. Elles peuvent être doublées comme les Marinella ou juste roulottées comme les Arnys ou Ralph Lauren. Et là je ne sais que choisir. Les premières sont traditionnelles, les secondes plus inventives, plus techniques… Et vous? Une chose est sûre, 8 cm de large, c’est parfait!

Enfin, le modèle que j’affectionne le plus date des années 80. Sauvée de la corbeille du père d’un ami, c’est une cravate fine des années 80, qui permet un petit nœud, comme j’aime et un beau volume juste en dessous, avec de nombreuses ‘gouttes d’eau’ (6). A la manière de la cravate de Blake, comme illustré ci-dessous. La finesse et la souplesse, telles sont les caractéristiques importantes à mon idée… ?

Julien Scavini

Vidéo de Jeremy Hackett

11 octobre 2011

Courte mais intéressante interview réalisée par la chaîne The Luxury Channel. J. Hackett aborde plusieurs thèmes : son marché, ses débuts, le renouveau ‘nationaliste’, ses passions. Ils donnent aussi des conseils : good shoes, good suits… Oui mais lesquelles? Notons par ailleurs que J. Hackett est un passionné de souliers Weston, même si ça marque vante les Crockett & Jones – normal me direz-vous. Regardons celui que je considère comme … mon idole ?  ;)

Julien Scavini

La tendresse du moment

10 octobre 2011

En feuilletant un beau livre récemment sur les architectures nouvelles, je me suis fait une réflexion : l’époque est à la mollesse ! Les formes sont onduleuses, fragmentées, facétisées, la ligne est courbe, incurvée et la spline fait référence. En général, l’architecture – comme les beaux-arts – exprime des mouvements profonds, révèle plus qu’elle n’induit l’époque et ses envies. L’époque serait donc celle de la courbe ?

On pourrait être tenté de dire oui également pour le vêtement. La chose est avérée qu’on le veuille ou non. Les vestes sont souples, perdent leurs épaulettes, souvent leurs toiles et quelques fois leurs doublures. Pourquoi pas ? De même, les cravates perdent leurs triplures pour n’être plus que de la soie pliée sept fois. Et les matières s’allègent, allant vers des fibres toujours plus fines, toujours plus moelleuses. Les cachemires ont la côte, les flanelles aussi!

Est-ce une régression ? Certainement pourrait-on dire, surtout pour nous Français qui avons l’habitude de fortement épauler les vestes, de couper des modèles tenus et tenant le corps. L’art tailleur a atteint une sorte d’apothéose technique dans les années 60. Ce n’était plus des habits mais des œuvres d’art qui sortaient des ateliers. Les poitrines étaient nettes, les pantalons tombaient parfaitement, l’époque et les tailleurs avaient horreur des plis. Ils étaient aidés par de lourdes étoffes.

Mais le chauffage central s’est développé, comme l’automobile ce qui bouleversa les habitudes. Maître Guilson me disait récemment ne couper qu’un manteau par an, au mieux… Le vêtement, comme tout objet, a plusieurs utilités : fonctionnelle et sociale (fonction de représentation). La première se développe, la seconde s’affadit.

Et la fonction recouvre à la fois l’utilitarisme (nombre et qualité des poches par exemple) et le confort fonctionnel. Ce registre se développe encore plus ! L’emmanchure haute donne du mouvement, la perte des toiles libère d’un poids ; la veste devient foulard ( plutôt que t-shirt). Les vêtements doivent être tendres ! En plus, les laines ne grattent plus. La technique se fait plus présente.

Pour conclure, ce n’est pas plus mal. Oui, je le dis, moins de poids, moins de dureté, plus d’aisance, ce n’est pas plus mal ! C’est aussi un défi technique qui nous fait avancer. Mais je pose une condition suffisante et nécessaire : toujours privilégier la souplesse à la mollesse !

Julien Scavini

Les surfeurs portent ‘haut’

3 octobre 2011

Ce soir, bref gronderie à l’encontre des fabricants de pantalons! Cet été, j’ai cherché un chino, c’est à dire un pantalon léger, en toile de coton et de couleur beige. Rien de bien compliqué, sauf que les stylistes, toujours eux! sont passés par là.

Premier arrêt chez Gap, petite affaire bien sympathique qui quelque fois produit des pièces simples. Et en effet, plusieurs coupes de chinos s’offraient à moi. J’essayai quelques modèles, qui hélas me défrisèrent! Taille basse, taille basse, taille basse! J’avais les hanches serrées et les choses de la vie compressées ! Et en plus, la mode actuelle veut que l’on y place des pinces, doubles même! Affreux. Mais quelle idée de placer des pinces sur une taille basse ? Who say that?

Arrêt suivant chez Dockers, autre maison connue pour ce genre d’article. Et là encore, mais cette fois-ci pour un peu plus cher, chino taille basse à double pince, et coupe droite… bref, vraiment pas palpitant. J’étais dépité. Cacharel rien de mieux, et après Ralph Lauren, trop cher pour la qualité. Bref, j’ai cessé de chercher!

Puis, en repassant cette histoire dans ma tête, j’ai prêté attention à deux pièces de ma garde robe : une vieux bermuda d’au moins 15ans et un short long de plage datant de l’année dernière, tous deux de chez Billabong, célèbre marque australienne de surfwear! Et mine de rien, ces deux ‘panta-court’ sont bien taille haute! Et s’ils sont longs – c’est la tradition actuelle chez les surfeurs – ils ne sont pas trop amples. Ils sont confortables, pas serrés du tout, parfaits aux fesses, mais pas amples! Et ils montent à la taille, en la serrant parfaitement! Une merveille de confort. Vraiment, je ne tarie pas d’éloge sur cette coupe!

Mais cela n’a rien d’étonnant ceci-dit. Car le short de baignade est un vêtement technique, qui doit rester bien en place, y compris dans les énormes rouleaux qui sont la norme dans ma région natale. Et évidemment, pour rester bien en place, il faut être à la taille naturelle… Comme quoi, la raison se niche parfois dans les endroits les plus insoupçonnés!

(Ceci est vrai pour les bermudas de bain, car les jeans de la même marque sont à taille basse!)

Julien Scavini


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