Archive for février 2012

Le bas du pantalon

27 février 2012

Cet après-midi, je vais tenter d’énoncer les diverses manières de terminer un bas de pantalon, plusieurs lecteurs m’ayant questionnés sur le sujet suite à divers articles et prises de position. Comme à l’habitude sur Stiff Collar, restons encyclopédiques.

Bien ! le bas du pantalon, toute une histoire. Sa largeur d’abord est un grand sujet de questionnement, et l’histoire ne nous apprend pas grand chose justement, le pantalon long étant une invention relativement moderne. Autrefois, la culotte était préférentiellement utilisée et celle-ci s’arrêtait aux genoux. Avec, l’on portait soit des chausses hautes (bottes) soit des bas de soie finissant sur une chaussure à boucle ou un mocassin. Sauf pour la paysannerie, qui justement utilisait des sortes de culottes longues voire des braies. Mais depuis environ 1830, l’usage du pan-long s’est répandu. Il fut originellement ‘collant’, c’est à dire marquant les cuisses et les mollets. Il fallait agrandir une cuisse pour loger les choses de la vie et certains modèles possédaient une sous-patte passant en dessous de la chaussure et servant à tendre l’étoffe. Très esthétique, mais du dernier inconfort. De nos jours, il n’y a guère plus que les matadors qui utilisent la culotte (longue) et le bas de soie.

Puis, au tournant du siècle dernier, le pantalon s’est élargi. La coupe droite militaire, héritée des campagnes de 1870 en France est un fait notable. Vers 1910 / 1920, les pantalons devinrent plus actuels, mais avec des hanches marquées. Leur largeur en bas était assez similaire à ce que l’on trouve maintenant. En revanche, dans les années 30, le pantalon couvrait les trois quart de la chaussure, et les knickers (Knickerbockers) hérités des anciennes culottes avaient le vent en poupe. Certains étudiants, dans les milieux oxfordiens testèrent les ‘Oxford bags’, pantalons plus que patte d’eph’ faisant au moins 45cm de largeur en bas.

La coupe parfaitement droite subit encore des modifications dans les 70’s mais resta globalement inchangée jusqu’à nos jours. Actuellement, il est conseillé dans les ouvrages spécialisés de couvrir la moitié du soulier. C’est un jugement de valeur très personnel qui doit amener chacun à prendre position. Pour une conformation standard (taille 50, 1m80 par exemple), je pourrais conseiller 22cm pour un pantalon en laine de costume, 21 pour un pantalon en laine sport et pourquoi pas 19 dans un coton. Mais attention, plus vous serrez, moins le pli sera marqué.

Le bas du pantalon maintenant. Plusieurs options s’offrent à vous tant dans la forme que dans les mesures. Pour les formes hors du commun, il y a le pli fendu terminé par une abeille (broderie en triangle) (A) ou le bas fendu sans repli (B). Plus classiquement, il y a le revers (C). Il peut mesurer entre 3 et 5cm suivant votre goût, mais il est vrai que quitte à avoir un revers, autant qu’il se voit. (D) une option classique à Paris, le demi-revers uniquement positionné sur l’avant. Enfin (E), l’ourlet simple.

A propos du revers, nous noterons que son invention remonte à Edouard VII qui aurait fait des revers à son pantalon un jour de pluie et de boue à la campagne, pour éviter de tâcher ses bas. Et que le fils de ce monarque s’en est pris quelques années plus tard à un visiteur qui lui rendait visite dans son palais de Londres avec des pantalons à revers en lui demandant ‘trouvez-vous ma maison humide pour arborer un retroussis au pantalon ?’ Classiquement donc, le revers est plutôt connoté campagne, les pantalons de ville en étant dépourvus. De nos jours, c’est selon le goût. Et inutile d’en faire une règle absolue : ni le costume croisé, ni celui à rayures ou que sais-je encore ne s’accorde plus qu’un autre au revers.
La largeur du bas maintenant. En 1, nous visualisons un bas classique, de 24 ou 25cm typique du tombé des années 30 anglaises. Cette largeur est encore indiquée pour les pantalons formels comme celui de la jaquette par exemple. En 2, nous voyons l’erreur contemporaine. Le pantalon fait la même longueur que précédemment, mais sa largeur a fortement diminuée, il butte donc sur le haut de la chaussure et casse vingt fois ! Si l’on veut un bas étroit, il faut raccourcir le pantalon, comme en 3. C’est la mode anglaise, ou quand le pantalon tutoie le haut du soulier. Sur le continent, on aime les pantalons franchement plus longs, surtout sur l’arrière. Donc l’idéal chez un tailleur ou un bon retoucheur, c’est de faire exécuter le bas en biais. Pour cela, il existe deux méthode, le biais complet permettant d’effleurer l’avant du soulier et d’emboiter l’arrière (4). La seconde, à la manière de Smalto, consiste à obtenir un avant horizontal puis à partir en biais depuis la couture vers l’arrière (5). MàJ: il est possible de réaliser la (4) avec un revers, mais le biais sera moindre, car l’effet est plus dur à obtenir.

J’espère que ce rapide tour des possibles vous sera d’une grande aide lors de vos prochains achats ou commandes. La semaine prochaine, nous verrons le haut du pantalon.

Julien Scavini

Le drop à l’essai !

20 février 2012

Il est un terme a priori mystérieux auquel nous sommes souvent confrontés, sans que personne vraiment n’en connaisse la signification : le Drop. Je n’en connaissais pas non plus la signification jusqu’à récemment. Mais pour vous, je me suis renseigné. Car il est maintenant monnaie courante de rencontrer dans une même enseigne des modèles en plusieurs drop. Alors, autant le dire tout de suite, ce terme technique n’a aucun rapport avec la bonne petite-mesure, puisque précisément, la mesure n’est pas fixée…

Tout d’abord, le drop est utile pour les costumes dont le pantalon est vendu avec et que l’on ne peut pas séparer. Car certaines bonnes maisons comme Brooks Brothers ou Arthur & Fox peuvent par exemple, prendre un pantalon dans une autre taille. La veste seule n’est pas concernée par le drop.

Bien, rentrons rapidement dans le vif du sujet : le drop désigne le différentiel de taille entre la veste et le pantalon d’un costume. Par exemple, en boutique le vendeur vous prendra d’abord le tour de poitrine (en passant sous les bras). Si vous faîtes entre 99cm et 101cm, vous ferez une taille 50 (soit la valeur divisée par deux). Il vous sortira donc le costume taille 50. Si ce costume est fixé en drop 6 (conformation classique), le pantalon fera 50 – 6 = 44cm de demi-tour de taille, soit 88cm de tour de taille.

Le drop est donc le rapport entre la poitrine de la veste et la taille du pantalon, exprimée en demi-périmètre et en centimètre en France. De nos jours, alors que les hommes mincissent et surtout les jeunes, les drops courants sont 7 ou 8. Par exemple pour un drop 8, la veste fera 50 et le pantalon 42. Vous voyez donc, drop 8 sera synonyme d’allure svelte.

Poussons plus loin. Le drop aura une influence (mais pas de rapport direct à ma connaissance) sur le tour de taille de la veste (A ou B sur le schéma). A priori, une veste en drop 6 est coupée plus droite qu’une veste en drop 8, qui sera plus cintrée. Car le tour de taille du pantalon et le tour de taille de la veste sont assez proches en réalité. Ils se chevauchent. Pour que l’un emboite bien l’autre, il faut un rapport logique, mais qui dépend du goût du modéliste/styliste. Sachant qu’une veste est plus facile à cintrer que l’inverse…

De nos jours, les bonnes maisons tentent de proposer deux drops, pour des allures et des expériences différentes. Mais attention, ce ne sera pas forcément le même modèle. On pourrait imaginer qu’une même coupe est vendue en drop 6 puis en drop 8 suivant le tissu ou les détails. Et bien non. Si vous êtes sveltes, vous pourriez dire : je prends le drop 6 et je cintre la veste par exemple. Sauf qu’en général, les conformations sont très différentes. Je prends la fiche de mon propre atelier pour le prêt à porter :

  • En taille 50, le drop 6 : 1/2 tour de taille 55cm, épaule 14,4cm, 1/2 dos 23cm, manche 64,5cm, longueur veste 78cm, pantalon taille 44.
  • En taille 50, le drop 9 : 1/2 tour de taille 51cm, épaule 13,8cm, 1/2 dos 22cm, manche 64cm, longueur veste 77,3cm, pantalon taille 41.

Vous constatez donc que les changements vont bien au delà du simple cintrage, une foultitude de différences pouvant être constatée.

Pour ma part, je trouve plus simple les marques qui parlent de conformation Regular, Long ou Short. Pour une même taille, vous trouvez alors trois longueurs différentes. Il est idéal alors que cette marque travaille avec un drop classique, qu’il est possible de cintrer. Mais si vous êtes grand et svelte, alors il sera aussi efficace de trouver une enseigne proposant un drop 8 ou 9 dans lequel vous vous glisserez sans retouches.

Enfin, fuyez les tailleurs qui parlent de drop. Quel intérêt ? Précisément, en mesure industrielle ou non, il est possible – voire même souhaitable – de modifier à l’envie le tour de taille, de poitrine, la largeur des épaules, ou encore de commander un pantalon à la mesure exacte, sans rapport avec la veste …

Julien Scavini

Dormeuil, à cheval …

13 février 2012

… un pied de chaque côté du Détroit. Car l’histoire de Dormeuil s’est toujours inscrite entre l’Angleterre et la France. Jules Dormeuil, créateur de la Maison en 1842, avait décidé d’importer du tissu ‘Made in England’ afin de le redistribuer à la coupe. Ses descendants ont ensuite choisis de créer et de fabriquer leurs propres tissus, toujours certifiés ‘Made in England’ comme le mentionne la très reconnue lisière parlante inventée par Dormeuil.

J’avais il y a quelques temps publié une information qui s’est révélée être erronée. Non, Dormeuil Frères n’a pas été vendu. Voici la réponse de la maison Dormeuil, que j’ai décidé de publier en article pleine-page, enrichie de quelques notes supplémentaires.

Après 170 d’existence la famille Dormeuil est toujours seule à la tête de l’entreprise familiale. A ce jour, Dominic Dormeuil (5e génération) est président du groupe. La 6ème génération est également aux affaires dans la Maison. L’enseigne Dormeuil a été fondée en 1842 par Jules Dormeuil, rejoint en 1858 par ses deux frères, Auguste et Alfred. Bientôt sont imaginés le fameux blason avec ses trois têtes de béliers et l’immense siège social du 4 rue Vivienne à Paris. Comme me le disait le tailleur Stark ‘on était encore reçu par des pages en livrée lorsque l’on avait rendez-vous au siège‘ il y a une dizaine d’année.

De 1880 à 1920, c’est la découverte de nouveaux horizons, en Asie d’abord à la recherche des meilleurs cachemires et soies, en Amérique après pour l’ouverture de nouveaux marchés. En 1913 est inauguré le bureau de Tokyo, aujourd’hui encore plus important marché pour Dormeuil Frères. En 1926 est inauguré le grand flagship Dormeuil House sur Golden Square à Londres.

L’histoire de Dormeuil s’écrit d’abord dans l’innovation. Ainsi, la marque fut leader chez de nombreux tailleurs avec ses liasses Sportex et Tonik. Il y eu aussi le Frilex. Ces laines recevaient des traitements mécaniques pour les rendre plus légères, moins froissables, plus aérées, plus pratiques. Aujourd’hui arrêtées, elles signèrent les belles heures de l’élégance masculine. En 1960, l’activité de sur-mesure déclinant, la ligne de prêt-à-porter est lancée sous le nom ‘Guy Dormeuil’. En 1974, alors que la plateforme d’Orly-Rungis se développe en relation avec l’international, le siège social français est déménagé à Massy Palaiseau.

Au tournant des années 2000 est introduit une nouvelle politique : la montée en gamme. La marque Guy Dormeuil est renommée Dormeuil et sera distribuée de manière exclusive dans de nouvelles enseignes en propre. Côté tissu, les qualités s’améliorent, comme le montre le lancement de la fabuleuse liasse Pashmina (baby cachemire et soie). Et en 2005, le rachat de la filature Minova dans le Yorkshire consacre cette volonté d’aller vers le segment ‘high end’ en contribuant au maintien des traditions et à la préservation de l’héritage textile de la région mis en péril par la crise. En janvier 2011, le service logistique de Dormeuil historiquement basé en France a été intégré à cette unité afin d’optimiser les flux logistiques. Le Yorkshire est à ce jour le point de départ des milliers d’expéditions quotidiennes à travers le monde. Nos différentes réorganisations/optimisations nous permettent de faire -plus que jamais- face aux incertitudes du marché et d’envisager l’avenir avec sérénité et ambitions…

Le groupe est aujourd’hui composé de deux entités distinctes : Dormeuil SAS et Dormeuil Mode. Dormeuil SAS est en charge de la commercialisation du tissu Dormeuil et a 8 bureaux à travers le monde : Londres, Paris, New Delhi, Shanghai, Tokyo, Melbourne, New York. La maison mère est basée en France depuis 1972. Dormeuil Mode se consacre quant à elle à la distribution de vêtements en prêt-à-porter et en demi-mesure. Les produits sont exclusivement distribués dans les points de vente Dormeuil afin de privilégier les collections et le développement des boutiques. Les produits sont vendus dans six boutiques et corners à Paris et en France. Il a été question au cours de l’année 2011 que la société Smuggler s’associe à Dormeuil Mode en récupérant la jouissance de son réseau de distribution. Ce projet a finalement été abandonné en raison de divergences de positions et de visions. La marque Dormeuil Mode appartient donc encore et toujours à la Famille Dormeuil.

Julien Scavini

Une jolie trouvaille

8 février 2012

Je ne suis habituellement pas un fan de velours côtelé pour les pantalons. Je n’ai jamais tellement aimé, même dans des couleurs franches d’aujourd’hui. Pourtant, lors d’une visite chez un fournisseur célèbre de Montmartre, je suis tombé sur une coupe intéressante, de chez Hermès dont j’ai fait l’acquisition. Il s’agit d’un velours côtelé gris souris dont la trame de fond est rouge, un peu brique. Le rendu est subtil et assez enthousiasmant je dois dire. Qu’en pensez-vous ?

Julien Scavini


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