La chemise, petites règles simples, partie II

Etudions aujourd’hui les accords avec les vestons ‘sport’ ou de campagne. A vrai dire, ce registre est plus ample que celui de la ville, avec une variété de couleurs et de motifs bien plus développée. Je dissocierai encore une fois les unis, les rayures, et les carreaux. Notons seulement que les rayures sont moins présentes dans ce registre. Il est en effet rare de voir des vestes dépareillées à rayures (sauf quelques unes pour l’été). Pourrions-nous en déduire que la rayure serait plus connotée ‘ville’ et le carreau plus connoté ‘campagne’ ? Je franchis le pas et n’hésite pas à répondre oui. Bien que des exceptions existent toujours, cf. l’article sur les carreaux.

Les coloris ensuite. Typiquement, les vestons sport ou campagne alternent entre les coloris vert, marron et un ensemble de dégradés ‘fauves’. Évidemment, ce sont des coloris issus du monde naturel, mousses et lichens. Les vestons ‘sport’ dans les tons gris sont plutôt versatiles, mi-ville mi-campagne et sont appréciés pour la pratique des sports automobiles dans les années 30. Enfin, les vestes à dominante bleu ou blanc sont typiques des bords de mer. La encore, il convient de respecter l’accord de couleur avec la chemise.

Premièrement donc, les unis dans des tons forestiers. Si la chemise blanche n’est pas la plus indiquée, elle n’en demeure pas moins un classique. Je prends l’exemple d’un petit tweed Donegal, simple, dans une tonalité marron. Avec, nous pourrons arborer une chemise unie ou à carreaux. La rayure n’apparaît pas comme le choix d’excellence. En revanche, au dessus de tout cela, vous pourrez bien porter une cravate club. Donc ici, l’opposition carreau/rayure vole en éclat. Et oui, les règles sont faites de finesse et d’exceptions. Nous pourrions imaginer mettre un chevron à la place du Donegal. Faisant partie de la catégorie des unies (malgré l’effet de rayures parfois), il constitue une excellente alternative pour une première veste décontractée.

 

Deuxièmement, essayons avec l’exemple de la veste de tweed à carreaux, dans un ton chasse, vert et rouille. Quelle chemise ? Unie, oui, à carreaux oui. A rayures ? Certainement pas. L’idée serait parfaitement saugrenue. Et pour la cravate ? Unie me semble le meilleur choix, celui de la simplicité (ne l’oublions pas, nous sommes à la campagne). Une grenadine de vert par exemple. Citons aussi les petits motifs campagnards : perdrix, canards et chiens de chasse. Enfin, le club, pourquoi pas, dans des tons pour la forêt la encore. A la place du tissu de la veste cité en exemple dans la demi-lune, nous pourrions envisager un prince de galles, dont l’histoire se confond avec celle des Higlands.

Prenons l’exemple maintenant d’un chevron gris, comme je l’ai dit, plus urbain. Nous sommes dans le règne de l’uni. La chemise pourra être unie, à rayures (oui pourquoi pas, car ici nous sommes un peu plus rus-in-urbe) ou à carreaux. Notez aussi, dans les deux précédentes demi-lunes, les coloris. Les tons sont radicalement différents de la demi-lune ci-dessous, cela afin de bien marquer la différence de registre. Et pour s’accorder avec le ton de la veste. Je suis en effet assez gêné à l’idée d’accorder du bleu avec du marron… Les italiens le font très bien pourtant. Notez également comment les chemises s’effacent par rapport aux cravates. Le but est de créer un effet de contraste fort, faisant ressortir la cravate. C’est un savant dosage pas évident à maîtriser.

Et enfin, le blazer par exemple, digne représentant des tenues de bord de mer. Vous pourrez le porter avec une infinité de pantalons seuls (blanc, en flanelle grise, en toile rose, en velours dans certains cas, etc…). Les chemises unie, à rayures ou à carreaux lui vont la encore. La cravate par excellence ? La cravate club évidemment. Mais attention à l’excès de superposition encore une fois. Deux rayures pourrait faire trop, sauf si les échelles ne se contredisent pas. Et ne riez pas pour le tout dernier accord, tattersall très américain sur petites otaries. Tant qu’à être excessif – cette chemise l’est – autant aller jusqu’au bout.

Notons que le carreau type tattersall check constitue le plat de résistance de ce répertoire ‘sport’. Il se marie en effet avec tout. Et pour bien faire, son fond est préférentiellement crème plutôt que blanc. Certes il peut faire papy. Mais c’est à vous de mettre assez d’élégance et de tenue dans votre mise pour que cette accolade péjorative n’arrive pas. Le tattersall n’en demeure pas moins un incontournable de la garde robe, en complément des chemises rayées pour le travail !

Vous avez donc pu vous rendre compte de la différence notable entre le registre ville, de la semaine dernière, et le registre campagne en haut de cet article. D’un côté du gris et du bleu et de l’autre, du marron et du vert. Voilà pour faire simple. En complément d’autres couleurs. Enfin, le registre que j’appelle quelque fois mi-sport, mêlant les tons de ville et le foisonnement des accords campagnards.

En ce qui concerne les cravates illustrées dans ces articles, elles proviennent toutes du site Brooks Brothers, et je remercie cette maison pour la perfection de son interface internet, très pratique dans une telle recherche.

Julien Scavini

4 Réponses to “La chemise, petites règles simples, partie II”

  1. Le Chiffre Says:

    Merci pour cet article, très intéressant, et qui donne de nombreuses et réussies idées d’associations. En revanche, pourquoi, dans le cas d’un veston à chevrons gris, interdisez-vous des motifs de cravate plus typés campagne ? Cela ne semble pas entièrement incompatible. Exemple : chemise écru ou crème, cravate en tricot ou en grenadine brun foncé, émeraude, aubergine… ou chemise bleu ciel et cravate rouille /bordeaux/brun clair… Quitte, par exemple, pour les moins téméraires, à ajouter une touche de couleur « campagne » sur la veste (des renforts aux coudes en peau brune, ou des boutons en corne/cuir bruns) pour qu’elle fasse moins veste de ville par sa couleur, même si c’est une veste sport de toute façon.

    Bonne continuation à Stiff Collar !

    • Julien Scavini Says:

      Ah vous avez raison, mais je me suis mal exprimé sans doute. Simplement je voulais mettre en évidence un autre registre, celui un peu plus urbain. Mais pas de problème, cela va aussi… Je devais bien choisir quoi représenter ;)

  2. Miéri Says:

    Merci beaucoup Julien pour ces différentes propositions et illustrations, qui ouvrent à chacun de nous d’autres perspectives en termes d’accord, sur cette base.
    Je suis un fidèle lecteur de votre blog, et je vous dis Bravo pour ces sujets traités, qui pour ma part m’ont énormément éclairé dans l’affirmation de mon style personnel!!

  3. Ramius Says:

    J’aimerai bien connaitre votre avis quant aux motifs Liberty. Je me rend bien compte que l’on s’éloigne de l’opposition costume de ville/costume de campagne, mais j’avoue en porter quelques chemises arborant ce motif (du moins les plus discrets d’en eux) depuis un an, toujours avec des tab collars et des cravates unies.

    Il s’agit là de tenue assez décontractée et excentriques, qui n’en sont pas moins élégante tant que l’on essaye d’éviter au mieux le tape à l’oeil.

    Je l’utilise également dans les cravates ou pochettes, en remplaçant du motif paisley qui a pour moi un je ne sais quoi d’ancien-yuppie-américain-qui-en-vieillissant-a-pris-de-l’embonpoint-et-accorde-sa-cravate-à-sa-pochette…

    Respectueusement,
    Alexandre KHANOYAN

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