Archive for the ‘Cravates’ Category

La cravate ‘ancient madder’

20 octobre 2014

Choisir une cravate est pour un élégant un moment privilégié, un instant de goût et de tact. Que ce soit à l’achat, ou le matin pour la choisir. Il s’agit de bien doser l’idée, l’humeur de la journée, du moment, que l’on veut transmettre par ce petit signe ostentatoire (de richesse). Car oui, une belle cravate, ça coute plus cher que 8€ dans le métro. A moins que vous soyez amateur de belles cravates anciennes et peu onéreuses, dénichées sur eBay.

Il est possible de choisir une belle soie unie et épaisse, très italienne, ou au contraire une cravate club, aux multiples coloris tranchés très américaine. Peut-être vous laisserez-vous séduire par un modèle en laine imprimée, parfaitement chaude pour l’hiver, ou au contraire par un natté de soie, très aérien et à l’effet changeant…

Peut-être enfin que vous tomberez amoureux – car oui le terme est juste en ce qui concerne ces modèles – par une cravate réalisée dans une soie dite ‘ancient madder’. Que qu’est-ce donc au juste ?

Il n’y a en effet pas une cravate plus reconnaissable que celle-ci ! Elle est l’esprit anglais incarné et le plus bel héritage textile qui soit.

La cravate ‘madder’ se distingue des autres modèles par l’utilisation d’une soie teintée par la Madder aussi appelée Rubia tinctoria, en français Garance des Teinturiers (avec laquelle on obtenait les fameux pantalons rouge Garance de l’Armée Française.)

Cette petite plante coutait cher et les progrès de la chimie ont permis en 1869 à l’alizarine qu’elle contient de devenir le premier pigment naturel à être reproduit synthétiquement, par BASF en Allemagne. La soie surfine teintée avec ce pigment devient mat, avec une surface presque peau de pêche, suédée ou poudrée. Les spécialistes parlent en anglais de ‘main crayeuse’ (chalk hand). La colorisation est fanée, presque éteinte. Les couleurs sont riches : jaune moutarde, rouge rubis, vert de jade, indigo, chocolat etc…

Le mot ‘ancient’ vient d’on ne sait où. ‘Madder’ est amusant en français, car il rappelle la madérisation, qui pour le vin signifie une altération de la couleur et du goût. Un peu comme les couleurs issues de la teinture, qui sont cramoisies.

La cravate ‘ancient madder’, grâce à cette texture et à ses couleurs si particulières est devenue idéale pour habiller le cou des gentlemen anglais. Dès les années 30, elle devint à la mode en association avec du tweed, en particulier sur les campus anglais ou américains. Ses couleurs flétries mais malgré tout vivantes grâce aux motifs, résonnent comme un écho aux couleurs des feuilles mortes qui tombent des arbres.

ILLUS60

La cravate ‘ancient madder’ est le plus souvent imprimée de petits motifs géométriques ou paisley. Le fond peut être éteint ou de couleur vive, les motifs agissant alors comme un contrepoids, rééquilibrant chromatiquement l’ensemble. Ils sont souvent détourés d’un fin trait noir, qui à l’instar des bandes dessinées en Ligne Claire séparent les différentes couleurs qui sont apposées par sérigraphie. Cette technique ancienne demande beaucoup plus de travail que la fabrication de soie tissée, c’est pourquoi elle était synonyme de luxe, surtout chez les étudiants. Ceci dit, l’impression numérique moderne, très facile, rend le procédé ancien plus difficile à exploiter commercialement.

Trouver une belle cravate ‘ancient madder’ est comme chercher un trésor pour les amateurs. Il faut que l’équilibre des nuances soit modéré, la couleur surannée mais pas trop. Bref, une vraie prospection ! Peu de spécialistes existent et il faut bien souvent scruter les collections pour en voir des exemplaires apparaitre. Ralph Lauren bien sûr ou Drake’s semblent toujours en proposer. J’essaye aussi d’en avoir toujours trois ou quatre en boutique, mais elles se vendent en général dans la semaine !

Et si elle est la mieux placée pour accompagner du tweed, nous pouvons noter que la cravate ‘ancient madder’ peut aussi très bien accompagner un costume de ville, suivant ses couleurs !

Elles sont arrivées !

5 octobre 2013

Les cravates pour l’hiver, 7 plis non-doublées sont arrivées. Elles sont en laine, avec des imprimés ‘ancient madder’, 9/9,5 cm de large. Des coloris à couper le souffle. Hélas peu d’exemplaires disponibles, à cause de la rareté de la matière ! 90€ l’unité, prix d’ami ;)

La cravate 7 plis

26 novembre 2012

Snobisme ou effet de mode, telles sont les deux premières idées qui me venaient à l’esprit lorsque j’entendais parler de cravates 7 plis. Je trouvais bien celles d’Arnys magnifiques, mais cela tenait plus aux matières et couleurs qu’au montage. Et puis je m’y suis intéressé. Car après avoir réalisé une première cravate – une 3 plis non-doublée – simplement pour le plaisir, un client en l’a voyant m’a dit : c’est superbe, mais je la prendrai seulement si elle était 7 plis. Piqué au vif j’ai été. Je me suis donc remis à l’ouvrage. Et cela n’a pas été si simple.

Premièrement car l’on trouve excessivement peu d’informations techniques sur le sujet. La cravate 7 plis semble être une invention récente, et absolument pas un modèle historique. Un ami collectionneur de mode vintage me dit n’avoir jamais vu une cravate 7 plis dans les modèles anciens. Je rappelle que les cravates existent réellement depuis le début du 20ème siècle. Et deuxièmement, car personne sur les forums et blogs divers ne semble réellement comprendre le fonctionnement des pliures. Car parle-t-on du nombre de plis ou de pans ? Il y a déjà là une différence. Ensuite, celles-ci peuvent être doublées ou non-doublées, cela influe sur le nombre total de plis, car un petit dernier (pour la propreté) n’est pas nécessaire dans le premier cas. En plus d’être doublées, elles peuvent être triplées, c’est à dire posséder une toile (de laine ou de coton ou de soie) pour alourdir l’ensemble.

Plusieurs marques en font. Les plus connues sont celles de Marinella, mais toujours en version triplées et doublées. Alain Figaret en propose aussi. Et Arnys évidemment, en non-doublées et non-triplées, version atelier avec son gros fil blanc. Drakes par ailleurs propose des cravates 3 plis non-doublées, mais entoilées à partir de la bride pour assurer un meilleur tombé de la soie imprimée, très fine. Je dois la raccourcir pour un client, j’en saurais plus sur la qualité interne mais elle est superbe.

Je me suis donc essayé au patronage de la cravate 7 plis. Et ce ne fut pas si facile. Car il y a toute une petite gymnastique d’esprit à mettre en place, entre ce qui est vu, les premiers plis, et ce qui sera à l’intérieur, pour rigidifier l’ensemble. Le résultat est très satisfaisant. Testé dans deux matières (une en laine et soie, et l’autre en soie), le tombé est superbe, et le petit point de rabattement le long des bords est amusant à faire. Mais pas de roulotté main, car je n’y arrive pas, trop technique. Un petit repli propre suffit je pense. Mais pas de réelle production encore, juste des tests. Une photo ? ICI.

Je finis avec ce schéma que j’ai réalisé pour vous aider à comprendre la différence. J’ai tâtonné pour trouver le patronage, aussi il ne peut représenter une réponse technique et définitive, juste une aide à la compréhension. Ainsi, entre une 3 plis simple et une 7 plis, vous comprendrez mieux. Et dans mon patron, la 7 plis en est vraiment une :

Vous constatez dans le modèle 7 plis la consommation beaucoup plus important de matière. Tous les petits plis, bien repliés, constituent la triplure de la cravate, lui conférant un tombé idéal et un peu d’épaisseur. La 3 plis, pour le même résultat sera triplée. Enfin en ce qui concerne l’appellation réelle, il semblerait plutôt, surtout dans le sens anglais, que le terme ‘cravate 7 plis’ désigne surtout une cravate avec de nombreux replis, que ce soit 6 (version assez courante apparemment) ou 12… A voir. Quant à moi, je m’interroge toujours sur ce que je dois produire, 3 ou 7 plis, doublées ou pas …? That’s the question. Une chose est sûre, la 7 plis recherche une certaine finesse d’esprit, l’art du pliage de la cravate au plus haut degré. Et ça, c’est très satisfaisant.

En marge de l’article, je voudrais vous donner le lien vers un documentaire d’Arte sur un des whisky d’Islay : Bruichladdich. C’est ici et pour une semaine encore.

Julien Scavini

Cravaterie!

17 octobre 2011

Si j’ai pour habitude de porter des nœuds papillons, je reste néanmoins extrêmement attentif aux cravates, leurs matières, leurs couleurs, leurs formes et leurs montages. Il existe une multitude de maisons qui en vendent, et toutes ont des différences. Le foisonnement d’inventivité pour un ‘simple’ bout de tissu sans utilité – a priori – est fascinant et défie la science ! Peut-être qu’un jour aurons-nous droit à un prix Nobel de la cravate ?

Bref, je m’interroge, et c’est l’occasion ce soir de nous questionner mutuellement. Plusieurs choses sont sûres dont la plus importante : la cravate est un reliquat ornemental, à porter par essence avec détachement. Ce n’est pas une corde que l’on se passe autour du cou pour aller se pendre (2). Pour une fois, la décontraction pourrait presque guider cette tâche du matin. Presque, car il reste à faire preuve de bon sens et d’un peu de goût dans les associations. C’est par ce biais que l’on exprime un peu de soi par dépassement de l’uniforme-costume. Cela tient chaud au cou et c’est aussi un moyen de ne pas tâcher sa chemise comme le rapporte James Darwen dans Le Chic Anglais. Je conseille d’ailleurs la relecture du chapitre qui nous concerne.

En France, il me semble que l’on affectionne les faux unis. Cela tombe bien, je n’aime guère les unis qui donnent l’impression de porter une pagaie en travers du corps (3). Mais quels faux unis? De nos jours, les mélanges soie-laine apportent des réponses intéressantes. Sinon, des hybridations de couleurs poudrées et de tissages chevrons peuvent apporter un peu de variété. Les pois n’ont plus tellement la côte à vrai dire et les rayures Club font très anglo-saxon. Les petits effets à motifs blancs sont également intelligents mais les cravates peintes sont à proscrire. Je ne suis pas un fan des cravates imprimés, même si elles peuvent se révéler très fines et raffinées, faut-il encore savoir les porter.

Pour le nœud, plusieurs options mais un gros non : le double Windsor symétrique (1- quand je parlais de pagaie…). En revanche le demi-windsor (4) est intéressant et au fond, le nœud simple (si la triplure est épaisse) reste le plus … simple (5).

Le montage après. Beaucoup de propositions, même si l’on trouve principalement des cravates de soie alourdies par des triplures de laines. Celles-ci confèrent un beau tombé à l’ensemble, quelque fois appelé 3 plis, mais peuvent vite devenir compliquées avec des triplures multiples et épaisses. C’est ce que je reproche à ma Breuer. Très en vogue actuellement aussi, les 7 ou 9 plis. Elles peuvent être doublées comme les Marinella ou juste roulottées comme les Arnys ou Ralph Lauren. Et là je ne sais que choisir. Les premières sont traditionnelles, les secondes plus inventives, plus techniques… Et vous? Une chose est sûre, 8 cm de large, c’est parfait!

Enfin, le modèle que j’affectionne le plus date des années 80. Sauvée de la corbeille du père d’un ami, c’est une cravate fine des années 80, qui permet un petit nœud, comme j’aime et un beau volume juste en dessous, avec de nombreuses ‘gouttes d’eau’ (6). A la manière de la cravate de Blake, comme illustré ci-dessous. La finesse et la souplesse, telles sont les caractéristiques importantes à mon idée… ?

Julien Scavini

Cravate croate?

30 mai 2011

Le terme cravate viendrait d’une invention des mercenaires croates embauchés pour guerroyer par nos bons rois? Il semble que cela soit communément admis par les encyclopédies. Mais au delà de l’étymologie, nous pouvons constater sur les gravures qu’au travers des âges, le col, ou collet fut bien souvent fermé par un ruban de tissu, voire même quelques montages complexes comme les fraises. Celui-ci clôture l’encolure (les sens se télescopent), pour à la fois tenir les pans gauche et droit du vêtement et/ou tenir le cou au chaud et/ou soutenir une décoration et/ou servir d’objet d’apparat. Et c’est bien cette dernière fonction qui de nos jours prend le pas sur les autres, dernier bastion d’ornement pour l’ornement, d’inutile plaisir.L’ancêtre évident de la cravate, peu importe l’étymologie ici, est la lavallière (A). L’ancienne – pas l’actuelle qui tient plus de l’ascot – formée par un long ruban que l’on nouait sur le principe du nœud papillon – ou des lacets de chaussure – et dont les deux pans retombaient longuement de part et d’autre. Ce fin ruban entourait plusieurs fois le col avant d’être noué, parfois même sur le côté, et terminait parfaitement toutes tenues ‘ancien régime’. Il est souvent blanc, et a probablement conduit au nœud papillon blanc en coton marcella que l’on porte avec la queue de pie. C’est aux alentours du début du siècle que l’on inventa la ‘régate’ (B), ancien nom de la cravate actuelle. Cette proposition était elle-même issue des foulards que l’on se nouait négligemment autour du cou. La ‘régate’ était vendue nouée, enfin cousue, et se clipsait directement au bouton de col.

Jusqu’à nos jours, la cravate a bien évolué, en taille, en forme et en couleur. Étroites dans les 60’s, elle s’élargit dans les 70’s, se dilate et s’allonge dans les 80’s, se dénature dans les 90’s, sauf dans les bonnes maisons qui conservèrent leurs modèles. Aujourd’hui, une cravate classique fait 150cm de long pour 8 à 9cm au plus large. Il est possible de classer les cravates dans diverses catégories :

1- Les géométrales (tissées ou imprimées) : avec des pois, des losanges, des rayures horizontales, des petits carrés et autres petits motifs géométriques

2- Les régimentales (tissées) ou Club : inventés par les anglais, elles arborent les couleurs du club auxquelles elles correspondent. Les américains ont récupéré l’idée sous le nom Rep Tie, mais ont modifié l’orientation de rayures, pour ne pas froisser la perfide albion :) Ce sont les préférées de Stiff Collar, dans les combinaisons les plus minimalistes possibles et des tons mats.

3- Les motifs (tissées ou imprimées) : avec des illustrations (Tintin, Milou, Winnie l’Ourson ou petits chiens, fer à cheval etc…), les écussonnées, les palmettes cachemires (paisley) etc…

4- Les imprimées ( donc imprimées) : souvent dans des soies fines, elles présentent plus de triplure que les régimentales qui sont en soie dure. Les motifs peuvent être peints dans l’esprit aquarelle. Les plus belles présentent d’importants motifs cachemires, souvent colorés, ou sinon des abstractions géométriques.

5- Les tricotines (donc tricotées et teintes) : sont souvent finies à l’horizontale en bas, elles sont très confortables en toutes saisons, très 60’s aussi.

Pour les bonnes maisons, il en existe une infinité. Citons Drakes of London, Brooks Brothers, Marinella, Charvet, Hermès évidemment, Hackett pour certains modèles estivaux lin et soie et Breuer qui est parait il le premier fabricant (sous-traitant) européen. Pour les amateurs de cravates en mailles, citons le travail d’un autre ami blogueur qui met en vente de beaux modèles vintages via le blog dédié Autour De Ton Cou. Et vous, quel est votre type préféré?

Enfin et d’une certaine façon, une cravate n’est pas brillante. Elle n’est pas en satin, elle n’est pas bling bling. Elle est mate car elle fuit le tape à l’œil. Elle est ornement sans être ostentation.

MàJ : le tailleur Alain Stark me signale qu’il organise le vendredi 10 juin 2011 une journée autour de la cravate. Des ouvrières spécialisées réaliseront sur demande et devant vous des cravates sur-mesure. Vous choisirez la soie ainsi que votre triplure, simple ou double épaisseur.

Julien Scavini


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