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Retour de New-York

1 juin 2015

J’ai pris récemment de petites vacances aux Etats-Unis et notamment à New-York où je n’ai pas manqué d’ouvrir mes yeux, en voici un compte-rendu. Évidemment, ce n’est pas un relevé scientifique mais simplement une constatation qui généralise un peu.

La première chose qui frappe lorsque l’on se promène dans la ville est l’importante quantité de messieurs en costume. Un peu comme lorsque l’on se promène à Paris La Défense. Le statut de mégalopole du commerce aide certainement. En comparaison, je ne vois pas autant de costume dans Paris. Et de fait, le nombre de magasin en rapport est très important.

Deuxième point, on voit aussi énormément de messieurs portant des odd jacket, c’est à dire des vestes dépareillés, souvent dans des tissus clairs ou colorés (c’est le printemps) et avec des carreaux plus ou moins visible. Avec des pantalons gris clairs, cela semble être du plus grand chic, notamment sur les messieurs ‘installés’ (à savoir plus de 40 ans et avec une corpulence en rapport à leur importance sociale). D’ailleurs les boutiques vendent une quantité importante de telles vestes, que l’on voit assez peu à Paris ou que l’on voit toujours comme des contre-exemples d’élégance. Le blazer bleu marine à boutons dorés est souvent vu.

Troisième point, les new-yorkais adore en particulier le motif Prince de Galles. Je me souviens d’un parcours en métro durant lequel j’ai croisé trois messieurs avec. Et pas des PdG discrets comme ici, non non, des modèles très voyant. D’ailleurs Ralph Lauren en propose toujours de beaux modèles.

Quatrième point, la cravate unie bleu ciel ou rouge représente l’essentiel de la garde robe des hommes. Un esprit de Sénateur du congrès, cf. mon article amusé sur le sujet. Mais au delà de cette simplicité d’apparence, leur répertoire cravaté est bien plus important qu’à Paris. A New-York, on voit TOUTES les cravates possibles et imaginables. Unie, club, à pois, à petits motifs, gros motifs, avec des paisley petits et très grands, dans des tons clairs, dans des tons foncés, dans des tons chamarrés, avec bon goût ou mauvais goût, c’est un défilé permanent. Et cette variété, si elle questionne parfois l’élégance, ressort très plaisante.

Cinquième point, dans un mode mineur de la cravate, le papillon vit encore très bien au quotidien là bas. Je dois dire que pour en porter souvent, je me sens un peu seul et regardé curieusement dans le métro. Là bas, il est tout à fait commun de voir des messieurs en porter, souvent dans des motifs très classiques comme je les aime et comme Brooks Brothers sait en faire. Dans le métro, en bas des tours, dans les boutiques, jeune ou moins jeunes portent naturellement le papilon. Et j’en suis ravi.

Sixième point, la pochette est appréciée également. Certes parfois dans le même tissu que la cravate, mais tout de même, ils en portent. La pochette est souvent en soie, très colorées, dans un ton radicalement différent. L’effet est souvent ‘un peu trop’, mais l’effort est louable.

Septième point, les new-yorkais en particulier en dessous de 40ans sont très ‘lookés’ pitti uomo. Ils suivent la mode italienne et cela se voit. Les camaïeux de couleurs sont très étudiés et les vestes aux motifs italiens (pieds de poules, carreaux fenêtres, flanelles etc…) sont légions. Les pantalons sont coupés très courts et les souliers double-boucles très à la mode. Le tout porté sans chaussette, évidemment. D’ailleurs les marques jeunes mettent cette mode très en avant.

En conclusion intermédiaire, il ressort de toute cela que les américains et en particuliers les New-Yorkais font l’effet d’être élégant. Ils aiment s’habiller et le montrer. Ils le font avec un classicisme anglais que je m’attendais à trouver (la veste dépareillé avec pantalon gris, le costume très classique) mais en y apportant une touche ‘un peu trop’, comme une cravate très osée ou une pochette criarde. Les jeunes dans leur comportement très italien sont à leur manière aussi classique avec une touche osée.

Mais Mais Mais, tout n’est pas rose, et il y a un point en particulier qui a attiré mon attention, les souliers. Mais que diable les américains portent-ils aux pieds ? Voyez plutôt ces godasses vendues chères dans les rayons de Macy’s, grand magasin. Ces affreux modèles sont portés par 70% au moins des messieurs croisés dans la rue, exception faites des jeunes à la mode italienne et des messieurs bien installés qui sont un peu plus à la mode européenne. Un tel goût et surtout une telle offre sont très étonnants. En France par exemple, il existe une foule de marques proposant avec plus ou moins de succès de belles lignes anglaises, comme Bexley, Lodding, Finsbrry, Bowen, Markowski, Altan etc…

D’une manière générale, le gros mocassin à plateau, avec renforts élastiques et double semelle caoutchouc arrive en haut du podium. Il est suivi de près par le derby à bout carré, tout aussi grossier et vulgaire. C’est vraiment très étonnant et cela ruine à chaque fois l’effort de classicisme réalisé. Je pense que cela tient au côté pratique. Premièrement c’est confortable (un peu comme leur préférence pour les énormes 4×4 Escapade avec chauffeur plutôt que les Mercedes classe S. Sur les chaussées défoncées et l’hiver avec la neige, ça craint moins). Deuxièmement pas besoin de se baisser pour faire les lacets, c’est un plus dans un pays où beaucoup d’hommes sont en surpoids. Troisièmement, les semelles moulées à chaud ne nécessitent pas d’entretiens. Et c’est assez important, car on ne trouve pas beaucoup de cordonniers dans ces contrées.

C’est d’ailleurs le fait le plus étonnant. Les petits métiers comme cordonnier ou retoucheur ne se trouvent pas facilement et sont chers. Peut-être un signe de l’ère du service digital post-industriel. Des amis tailleurs là-bas me racontaient qu’un retoucheur salarié coûte plus de 6000$/mois à payer et que donc il faut passer par de très rares indépendants qui facturent chers et ne font pas grand chose. Etonnant.

S’il est possible de trouver dans le climat des explications sur l’achat de tels godillos, il faut reconnaître que cela gâche sensiblement le plaisir des belles mises. Car les américains, s’ils s’habillent un peu trop grands, s’habillent tout de même dans des qualités qui se voient. Les costumes tombent souvent très bien, ceci peut-être grâce à l’importance des conformations dans leur prêt à porter. Regular, Short et Long, parfois Extra Waist pour les plus forts, ce qui permet dans une même taille 50 par exemple d’habiller une foule de gens. Leur offre est un vrai plus à l’élégance.

Question boutiques, j’ai remarqué la présence très importante des habilleurs anglais dans la Grosse Pomme. Charles  Tyrwhitt et Pink ont plusieurs boutiques, souvent très grandes. J’ai préféré voir des produits purement américains. (Même si je suis rentré chez The Suit Supply. J’ai été agressé par je ne sais combien de vendeur (il doit y en avoir un par mètre carré de vente. J’ai aussi été agressé par la musique à fond. Je n’y ai enfin rien trouvé, il y a trop de choses, tout en serré, je n’ai même pas eu envie de demander plus de chose, au bout de 2min, je tournais les talons). J’ai donc visité :

  • Jos. A. Bank. C’est une enseigne très courante là-bas mais parfaitement inconnue en Europe et c’est assez dommage. Cette maison assez ancienne propose un prêt à porter très important et très classique. C’est une sorte de Brooks Brothers bis où les vêtements sont très abordables. 400 à 600$ le costume, 140$ le pantalon de laine froide. On peut y trouver des bermudas de coton très attractifs aussi, des vestes en seersucker et une foule d’autres articles.
  • Brooks Brothers sur Madisson Avenue est une immense boutique sur trois niveaux. Tellement immense qu’elle paraît trop grande. Une certaine impression de vide m’est apparue en me promenant dans les allées. Je n’ai pas ressenti d’émotion particulière et la décoration très récente (notamment les gondoles en faux acajou et les décors en laiton) m’a fait l’impression d’une marque sans histoire. C’est un peu fort tout de même pour une maison qui est peut-être l’une des plus anciennes à habiller les hommes. Rien ne m’a inspiré.
  • Ralph Lauren en haut de Madisson propose un véritable manoir dédié à l’homme. C’est ‘huge’ et insensé. Quatre niveaux d’un luxe et d’une sophistication époustouflantes. On y est très bien accueilli et il est possible de visiter toutes les parties. J’ai pu regarder, toucher, discuter avec le tailleur de Purple Label. Celui-ci m’a révélé que le Made to Measure commence à 5000$, accrochez vous ! Il faut se rappeler tout de même que le pouvoir d’achat américain est assez élevé. Un costume à 3000€ est rare en PàP à Paris. C’est monnaie-courant à NYC, en particulier dans les grands magasins. (Il ne faut pas oublier des droits de douane à l’importation, en particulier d’Europe et d’Italie, assez élevé).
  • Les souliers Alden possèdent dans mon imaginaire une sorte d’aura. C’est l’équivalent américain de Crockett & Jones. Sur Madisson la boutique est minuscule et très artisanale. J’ai cru à une boutique de cordonnerie. Mais quelle beauté à l’intérieur. Des cuirs épais et souples à la fois, des Cordovan (cuir de cheval) sublimes et des veau-velours au grain si fin et si beau …. Si le débord des semelles est exagéré (1cm de débord), les souliers Alden sont quand même extrêmement beaux. La coupe est sublime. Les bouts droits sont très courts comme j’aime et la forme ronde est captivante pour un amateur de formes anglaises. Ils sont vendus à partir de 509$ là bas, ce qui est très intéressant avec le taux de change (je signale qu’Upper Shoes les vend en France à partir de 765€ !!)
  • Les souliers Allen Edmonds semblent bien plus connus et reconnus qu’Alden et les boutiques sont plus nombreuses et plus belles. Mais en revanche, les formes sont très américaines, très pataudes. Voyez vous-mêmes. Les lignes sont très rondes, les bouts droits trop longs. On pourrait croire à des chaussures pas chères.
  • Enfin, la dernière boutique que j’ai vu – et je finirai par ça – est Paul Stuart. J’ai aperçu les vitrines en arrivant dans Big Apple depuis la fenêtre du taxi. La boutique occupe au moins 8 vitrine le long de la rue, j’ai donc eu un sacré aperçu. J’y suis retourné tranquillement plus tard. Je suis entré, accueilli par un gentleman anglais du XVIIIème en bois sculpté taille réel! J’ai trouvé l’intérieur immense. Un peu vieillot années 70 mais pas grave. Au mur des tapisseries d’Aubusson, d’épais tapis au sol, un air de jazz en fond. J’ai commencé mon tour, immédiatement attiré par les robes de chambre immenses et épaisses en soie brocard et les vestes de fumoir en velours vert et revers matelassé. Un signe! Puis j’ai déambulé au milieu des cravates, des papillons et des pochettes. Je pense qu’il y en a au moins autant que chez Charvet. Le choix est pléthorique, toutes les couleurs, tous les styles. 139$ tout de même, c’est le lieu qui fait ça. Puis j’ai continué mon tour. Les vieux vendeurs vous saluent discrètement. Certains portent le croisé avec le papillon à merveille. J’ai ainsi pu vagabonder sans que personne me demande quoique ce soit, à la différence de The Suit Supply. La plupart des produits sont italiens. Les boutonnières sont cousues à la main. La collection de costumes  supérieurs s’appelle Phinéas Cole et est très inspirées. Souvent la poche ticket est placée en arrière, un détail à l’ancienne. La maison manie beaucoup les couleurs par ailleurs. Un vrai feu d’artifice et quel plaisir. Les pièces sont inventives et colorées, tout en restant classiques et discrètes. Voyez par vous même. Finalement, Paul Stuart m’est apparu comme une maison au charme suranné, à l’élégance chic et le plus souvent discrète. Car Paul Stuart est bien une maison américaine pour ça, si le goût est classique, il y a toujours un petit quelque chose et en particulier uen cravate un peu trop osée pour ruiner la mise… Chaque maison a ses défauts. Une sorte de mélange entre Charvet et Arnys, rien que ça, imaginez bien !

En bref, presque mon meilleur souvenir de voyage ! J’étais tellement ravi et reposé, que j’ai pris une cravate ;)

Bonne semaine, Julien Scavini

Quelques livres

25 mai 2015

Mes amis(es), je pose à peine mes valises de retour de vacances. Je pensais pouvoir faire un article ce soir, mais le décalage horaire me fait encore tourner la tête.

ILLUS81Donc, pour patienter, je vous propose une critique de trois ouvrages dernièrement lus. J’ai fait la critique, très dure d’un ouvrage sur Gieves & Hawkes récemment, je me rattrape avec uniquement des livres que j’aime.

L’éternel masculin : Icônes de mode et vestiaire idéal de  Josh Sims, aux éditions de la Martinière. A ne pas confondre avec L’éternel masculin d’un autre auteur allemand bien connu. Cet ouvrage retrace vêtement par vêtement l’histoire des pièces incontournables de la garde robe masculine. Il énumère tous des classiques comme le covertcoat Crombie ou le costume, évoque des pièces plus récentes comme le blouson et le jean, et passe en revue le trench, la chaussure bateau et sans oublier, la chemise hawaïenne ! Si le livre penche – à mon goût – un peu trop du côté du sportwear vintage, il comporte une masse d’informations captivantes. Les illustrations sont bien sélectionnées et imprimées en grands. Le propos est clair et le livre bien organisé. C’est au final un livre que l’on prendra plaisir à lire, et à feuilleter. Je mets 7/10.

Vintage Menswear : a collection from the vintage showroom, toujours du même auteur, mais en anglais cette fois-ci, aux éditions Laurence King. J’ai acheté cet ouvrage sur une simple recommandation d’Amazon sans trop regarder au fond ce que j’achetais. Je ne suis pas un passionné de workwear et de vêtements vintage à vrai dire. Mais force est de constater qu’il s’agit d’un des plus jolis livres que j’ai eu l’occasion de feuilleter. Feuilleter car ici, le texte n’est pas consistant. Peu importe, le travail qui a été fait est colossal. Il s’agit d’un catalogue très complet d’une boutique de vintage, et tous les vêtements (du classique complet trois pièces en tweed des années 30 au blazer gansé en passant par de vieux blousons de motards et des tuniques militaires) y sont représentés avec soin et amour. Les photos sont belles. Plans larges, gros plans, comparatifs avec d’autres pièces similaires, l’ensemble est bien organisé, l’ensemble est beau et c’est la boutique entière que l’on aurait envie d’acheter. Je recommande aussi chaudement. J’accorde 8,5/10.

L’évolution dans le vêtement, de George Darwin, réédition chez Allia d’un ouvrage de la fin du XIXème siècle. L’auteur est le fils du célèbre théoricien de l’évolution Charles Darwin, et tout comme son père, il s’intéresse à l’évolution, mais cette fois appliquée au vêtement. Dans un langage d’époque, mi-scientifique mi-philosophique, il décrit comment des vêtements ont été créés, ont évolués, se sont abâtardis, se sont transformés. Si le propos est difficile à vraiment cerner compte tenue des pièces décrites (anciennes comme le frack et la redingote), il n’en demeure pas moins passionnant, car il peut s’appliquer à l’époque moderne. Par ailleurs, la lecture (plutôt courte) est très distrayante. Et comme pour l’évolution humaine, on découvre que ce n’est pas forcément la force des choses qui crée des nouveautés, mais plutôt des accidents et des gratuités qui deviennent utiles. Mais l’utilité et la mode… Tel est tout le débat posé par Darwin. Instructif pour les plus passionnés. 6,5/10.

Bonne semaine, à bientôt. Julien Scavini.

Les retouches

11 mai 2015

Vous n’imaginez pas le nombre de clients que je vois qui ignorent absolument que oui, un vêtement se retouche. Etant un tailleur prolifique en tenue de mariages, j’écrème une certaine quantité de clients souvent jeune. Je m’amuse à les sonder et reste toujours étonné devant leurs habitudes.

Ainsi, une veste ne sera pas fermée, car en fait elle est trop petite. ‘Oui mais les épaules sont belles‘. NDLR : en fait elles sont étriquées…

Ainsi une chemise sera portée avec le col ouvert car en fait il ne peut se fermer. ‘Oui mais la taille est bien cintrée‘. NDLR : en fait elle colle à la peau… ou pourquoi ne pas avoir les deux ?

Ainsi un pantalon ne permettra pas de s’asseoir. ‘Oui mais c’est plus stylé comme ça sans tissu en trop derrière la cuisse’. NDLR : plus serré, il faut demander au toréador…

Donc avoir tout est un luxe en somme. Le col qui ferme ET le cintrage, c’est un luxe de nos jours ?

Vous n’imaginez pas les trésors d’ingéniosité que je dois mettre en œuvre pour les persuader du contraire. Et la patience… (mais c’est la composante essentielle du métier de tailleur).

On ne le répétera jamais assez, il vaut mieux un bon vêtement bien retouché qu’un vêtement acheté trop serré. C’est d’ailleurs un pli vicieux qu’ont pris les français, ils n’aiment pas faire retoucher. Dès lors, ils sont légions avec les manches trop longues. Payer pour ce service n’est pourtant pas superflu.

Il découle de cette fainéantise deux choses :

1- les marques intègrent les retouches, mais font alors payer cher le produit. Ou elles baissent les prix dans une course compétitive et cherchent alors absolument à vendre le produit sans retouche. La conclusion est la suivante : le client ressort mal habillé. La marque y est poussé par le marché. Cher avec service ou moins cher sans service ? Devinez l’orientation ! Une maison sérieuse et pas trop chère comme Boggi n’intègre pas les retouches. Les clients crient au scandale.

2- les marques segmentent leur offre. Le directeur artistique en relation avec le marketing édicte un drop (c’est à dire une relation de proportion entre la taille et le cintrage) pour viser telle clientèle ou telle autre. Bien souvent, les personnes d’un certain âge ou volume sont exclues. Cherchez une chemise taillée avec de l’aisance à prix abordable maintenant… Non, les modèles sont taillés pour des garçonnet crayon. Ceux là même qui me disent, je ne comprends pas, chez The Kooples, je tombe parfaitement dans le modèle. Et chez Ralph Lauren je trouve que c’est un parachute. En effet. Il en résulte qu’une bonne part des clients de ces maisons qui n’ont pas le ‘drop’ mais y vont par mode ont les bourrelets apparents… L’ennui est que la cible est très mince ces temps-ci. Le minet des villes a le vent en poupe. L’idée de tomber dans le modèle séduit les clients, ils n’ont pas à payer la retouche.

Notez toutefois que les femmes sont assez souvent pousse au crime. Les hommes à leur goût sont souvent habillés trop grand. Ce petit commentaire est le fruit de mon observation mais ne vaut pas généralisation.

Rappelons alors une évidence, un vêtement confortable cintré juste à l’endroit qu’il faut est plus agréable qu’une taille de moins.

Remarquons que si les jeunes prennent une taille de moins, les messieurs âgés abusent en sélectionnant une taille de plus…

Bref, lorsque je finis par convaincre mon interlocuteur qu’être à l’aise compte beaucoup, c’est gagné. En mesure, c’est facile, mais en prêt à porter?

Une chemise par exemple se retouche bien. Ce qui compte, c’est de prendre le bon tour de cou. C’est primordiale. Ensuite si vous trouvez la chemise trop ample, vous pouvez au choix : faire cintrer le modèle par les coutures côtés pour une grosse reprise, ou faire cintrer le modèle en exécutant deux pinces dans le dos, pour une petite reprise, ou bien additionner les deux. Ce n’est pas très cher et vous conservez un certain coffre pour la poitrine. La longueur des manches ainsi que la largeur se révisent aussi. Soit vous pouvez recoudre le bouton pour serrer plus le poignet qui tombera au dessus de la main, soit vous pouvez faire raccourcir la manche par le poignet, ce qui est plus fin. Demandez à votre retoucheur de quartier, il saura faire. Demandez un devis. 20 à 30€ pour ces opérations. Oui ça coûte.

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Une veste se sélectionne à partir de l’exact tour de poitrine divisé par deux. 96cm = taille 48FR. Ou taille 46IT. Ou taille 38UK. Une veste trop petite ou étriquée est juste ridicule. Prenez garde à la largeur d’épaule aussi. Si vous êtes plus large, prenez une taille au dessus. Car après, vous pouvez faire cintrer la veste. Par la taille, au niveau des deux coutures côtés. Par le milieu dos si besoin, mais cette retouche doit uniquement s’ajouter aux deux autres reprises. Si trop de carrure dos, cela se reprend aussi. Si vous avez les épaules hautes, une petite retouche de la ligne de col et des épaules est facile aussi. Les manches peuvent aussi se cintrer et se raccourcir.

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Enfin le pantalon. Il doit avoir un peu d’aisance derrière la cuisse, pour s’assoir quand même. S’il est trop long, cela s’ajuste. Finir à un doigt du talon à l’arrière n’est pas déraisonnable. Si vous appréciez les bas très étroits, vous pouvez. Mais il faudra laisser l’aisance au genoux. Car si le tube est étroit, le mollet qui est rond va attiré le pantalon qui va casser en dessous du genoux. Une coupé légèrement carotte est préférable je pense.

ILLUS80-5Après ça, n’hésitez plus, un bon vêtement se retouche toujours et on peut tout faire. Plus la peine d’aller dans des marques que vous n’aimez pas pour bien tomber dans le modèle. Travaillez un peu à votre allure, vous en tirerez une certaine satisfaction.

La semaine prochaine, petites vacances. Je reviens vite. Bonne semaine, Julien Scavini.

De la veste militaire à la parka

29 mars 2015

Il y a un siècle, le monde et en particulier l’Europe étaient jetés dans une guerre féroce et sanguinaire, qui les faisait basculer dans le XXème siècle avec plus de force que jamais. L’ancien monde, celui du romantisme et du temps qui passe avait vécu. Il y a exactement un siècle, la première guerre mondiale bouleversait les habitudes et les styles de vie, les usages, les traditions. Le vêtement ne fut pas épargné, loin s’en faut.

Le t-shirt de coton fut une de ces révolutions. Les américains l’adoptèrent assez vite, mais ce furent les armées anglaises et françaises qui dessinèrent les contours de cette tenue avec le garment de coton et non en tricot de laine inventé dès 1870. La force des américains est leur nombre, si bien que le A-shirt pour Athletic-shirt sans manche et le T-shirt pour sa forme en T avec manches courtes furent ensuite dans l’entre deux-guerre assez vite popularisés. Mais ils restaient encore pour quelques temps un sous-vêtement.

L’évolution la plus notable est à chercher du côté des vêtements de dessus, la veste en particulier. Si la question de la couleur s’est assez vite posée, notamment du côté français où le rouge garance posait problème, la forme aussi fut remise en question. Ce faisant, il est possible de lire dans les quelques modifications de l’époque le futur du vêtement au XXème siècle, moins mais mieux. Ainsi, la veste des poilus qui était longue et présentait encore le retroussis hérité des armées napoléoniennes disparut bientôt, pour laisser place à une veste carrée plus courte, plus mobile. Les tailleurs civils avaient aussi pris cette direction du plus court depuis un moment déjà, mais l’habit long restait d’usage à la ville aux moments les plus formels et sa disparition fut hâtée.

ILLUS77Le changement est plus visible encore chez les officiers. Je ne me lasse pas de regarder des photos des maréchaux, comme Lyautey. La vareuse militaire a des proportions très intéressantes : épaules étroites avec manches volumineuse, taille très pincée et bas ample. Les immenses poches à carte apportent, avec un dimensionnement très visible un cachet indéniable. Mais surtout elles sont pratiques. C’est un point important. Le vêtement n’est plus seulement beau. Il ne s’agit plus d’une veste de hussard à brandebourg faite pour rendre beau, mais il s’agit d’un vêtement pratique.

Une petite pierre était posée. Plus tard durant la seconde guerre mondiale, les militaires avancèrent encore un pion en raccourcissant les vestes pour créer les blousons. La taille était très haute car les pantalons montaient hauts. C’est la naissance d’une esthétique de l’homme très différente de ce que l’on avait toujours vu. Si les épaules s’étaient élargies durant les années 40, ces blousons dépourvus d’épaulette et de rembourrage étaient assez naturels dans leur esthétique.

Le vêtement civil n’a jamais eu besoin de ce niveau de praticité. Si le costume est ou était aussi un uniforme, en particulier durant les années 60, il n’avait pas les mêmes impératifs.

Pourrait-on émettre la légère hypothèse que le vêtement militaire représente l’avant-garde du vêtement civil, avec quelques décennies d’avance ? Ou qu’au contraire le vêtement militaire exprime le vêtement du moment, le révélant plus fort ? Les tenues de combat d’aujourd’hui, plus du tout d’apparat et très techniques, connectées et intelligentes seront-elles la trame du vêtement dans 50 ans ?

ILLUS77bisPourquoi j’interroge comme cela l’histoire, voire l’instrumentais-je me direz-vous? Car j’aime porter le costume en semaine mais n’aime pas beaucoup porter la veste le week-end et durant les moments de détente. Ainsi, je cherche une quadrature élégante et pratique. Quel niveau de praticité quotidienne puis-je emprunter au vêtement du commerce, celui-de monsieur tout-le-monde ET quel niveau d’élégance puis-je emprunter ou lire de l’histoire… ?

Et de noter la très importante diffusion aujourd’hui des parkas et autres doudounes… La forme courte voire semi-trois quart ; l’ensemble recouvert de poches très pratiques ; la réalisation dans des tissus techniques chauds et imperméables qui permettent d’être en simple chemise dessous ; la taille relativement étroite sont autant d’aspects qui renvoient aux grands principes du vêtement militaire. J’ai une de ces doudounes. Et je l’adore pour son large usage. L’été je remplace celle-ci par une sorte de saharienne couverte de poche, genre travel-jacket, en coton solide. Mais elle n’est pas d’une forme particulièrement étudiée.

Aussi en tant que tailleur je m’interroge sur ce nouveau vêtement décontracté. Cifonelli s’interroge aussi beaucoup à voir sa production de vestons sport. Le tailleur ne peut rester en marge de ce mouvement, bien au contraire il se doit de l’accompagner pour survivre et se renouveler. Et le vêtement militaire du XXème siècle m’apparait comme lumineux à plus d’un titre. Les officiers en particulier avaient le sens du beau. La field jacket ou le blouson d’aviateur court ont une forme d’élégance habillée. Les vareuses avec leurs grandes poches aussi. L’histoire est une source infinie de forme et d’usage, j’essaye d’y lire dedans !

Bonne semaine. Julien Scavini

L’usure et l’entretien

15 mars 2015

Nombreux sont les clients qui me demandent quelle est la durée de vie d’un vêtement et quelle est la meilleure manière pour les entretenir. Tâchons d’y voir clair.

La veste et le pantalon s’usent à des vitesses différentes. Je conseille toujours d’avoir au moins un costume par jour de travail. Ou trois costumes, un blazer et une veste sport pour pouvoir faire tourner assez les pièces. Les riches n’abiment pas les vêtements, car ils en ont beaucoup ! Le soir, il convient de retirer le costume et de passer un vêtement plus décontracté, comme un chino. Cela évite d’abimer au quotidien ses pantalons. Le costume retournera sur son cintre. Le cintre doit être large et de la bonne dimension pour bien soutenir l’épaule. Il faut vider les poches. De temps à autre, un coup de brosse suffit. Pour ma part je plis mes pantalons sur la barre du cintre, en prenant soin de replacer les plis. Vous pouvez aussi suspendre le pantalon par les pieds, ou le placer dans une presse. J’en ai une sur mon valet, non chauffante, et c’est pas mal, mais sans plus.

Les costumes s’usent pour plusieurs raisons par ailleurs. La principale est le recours à des tissus trop légers. C’est par exemple le cas des costumes De F****c qui durent 2 ans. Le costume kleenex d’un sens. Ce n’est pas la faute des marques, qui du reste ne font qu’acheter des laines à des drapiers. Cer**ti par exemple qui produit des grammages autour de 240/200grs, qui ne résistent pas. Les marques sont prises en étau entre une image et des drapiers toujours plus audacieux et une clientèle qui exige cela. C’est très schizophrénique finalement. Le client cherche la légèreté mais la reproche aussi. La veste élimera ainsi très vite en bas des manches, aux coudes, vers les poches. La laine se lustrera (elle deviendra brillante) assez vite aussi. Le corollaire de ces laines très fines, et qui ne sont pas du tout du même niveau de qualité que les laines fines supers 180’s dont parlait Parisian Gentleman récemment. Alors qu’un costume entoilé, avec un tissu de 370/400grs gardera un tomber implacable durant de nombreuses années.

Le pantalon va aussi s’user à l’entrejambe. Là encore ce n’est pas complètement la faute du duo marque/drapier, car les clients cherchent des pantalons ultra-slim. Je le répète, en laine, ça ne marche pas. Les fibres sous tensions, chauffées entre les cuisses, s’abraseront très vite par frottement, frottement accentué par l’étroitesse des cuisses. Beaucoup de mes clients me demandent un volume minimal pour les pantalons. Le résultat est une moindre durée de vie.

A4 Portrait _ Master LayoutEn ce qui concerne le lavage, évitez de le faire vous même. J’ai déjà mis un pantalon à la machine à laver sur cycle laine/ froid et le résultat n’était pas mauvais. Seulement pour retrouver les plis au fer, c’est une gageure ! Cela abime malgré tout un peu le montage intérieur de la ceinture qui n’est pas vraiment fait pour cela. Un chino est cousu solidement et endure les cycles de tambour, un pantalon de ville absolument pas.

Pour un petit repassage hebdomadaire, vous pouvez utiliser votre fer à repasser. Un bon modèle légèrement lourd et avec une bonne force de vapeur sera idéal. Vous réglez sur position laine et vapeur à fond et vous y allez. Achetez une semelle type téflon pour votre fer, c’est l’idéal pour ne pas lustrer la laine. Cette méthode défroisse. Mais elle ne marque pas vraiment les plis. Pour ce faire, il faut recourir à une autre méthode, plus ancienne, la pattemouille. Vous prenez un torchon de cuisine propre, vous le posez bien à plat, vous l’humectez d’une auréole d’eau et vous posez le fer. Sans vapeur. Sans bouger, et vous laisser la vapeur ‘infuser’. Vous retirez le fer 15/20s plus tard et/ou si l’eau a disparu. Vous répétez l’opération touche par touche, c’est assez long mais le résultat est bon.

Pour la veste, je déconseille de s’y atteler soi-même. Un peu de vapeur ne fait pas de mal, mais le risque de lustrer (c’est à dire de rendre brillante la laine) est important. Le pressing une fois l’an est largement suffisant. Pour le pantalon, suivant votre usage, tous les deux à trois mois suffit. Si vous mettez le costume une fois par semaine, cela fait tous les 8 à 12 ports, ce qui est raisonnable. Si vous n’avez que deux ou trois costumes, il faut envisager d’avoir une second pantalon.

Enfin, tous les pressing ne sont pas mauvais. Vous n’êtes pas obligé de demander un nettoyage à sec. Vous pouvez juste payer pour un repassage éventuellement. Il est toutefois difficile de savoir si un pressing est bon ou pas. Testez en faisant juste repasser une veste. Si le blanchisseur écrase le revers tout le long, c’est un mauvais. Il doit écraser au fer le tiers supérieur seulement, pour laisser le reste ‘rouler’ avec naturel. C’est un bon test. Le perchloréthylène qui est utilisé pour le nettoyage à sec peut parfois redonner de l’éclat à une laine, donc il ne faut pas le proscrire absolument. En revanche, il ne faut pas y passer une laine vierge genre tweed, cela dégraisse la laine, dont les fameux suints pourtant essentiels au confort thermique !

Vous savez tout maintenant !

Je vous souhaite une excellente semaine. Par ailleurs, je ne publierai qu’une semaine sur deux jusqu’à fin Mai, car j’ai beaucoup de travail devant moi!

Lecture et penderie

9 mars 2015

Un article un peu différent des autres ce jour, où je voudrais vous faire part de deux points. En premier lieu je souhaite vous présenter Une Histoire de l’Elegance Masculine, une chronique de la célèbre maison Gieves & Hawkes. Écrit par un collectif de personnes, dont Simon Crompton (qui en fait de participation livre une page sur les deux cent quarante que compte l’ouvrage!), le livre est plein de promesses. La couverture est superbe, le costume qui est représenté aussi. Le format est généreux, type beau-livre, bien loin des chiches dimensions du mien et le prix (75€ tout de même) distille une certaine idée de qualité. C’est donc plein d’entrain que j’ai attaqué, car le mot n’est vain en l’occurrence, la lecture de ce pavé lourd et encombrant.

Une histoire de l’élégance masculine. Rien que ça. Mis en avant dans les rayonnages des grandes librairies, je m’attendais à une somme encyclopédique sur le sujet. Peut-être aurais-je le plaisir de lire un autre Des Modes et Des Hommes, l’ouvrage de référence pour qui s’intéresse à la mode masculine. Il y a l’histoire stricte d’un côté, Des Modes et Des Hommes en est un bon exemple. Il y a une autre façon d’aborder le vestiaire masculin, par exemple en dressant une étude stylistique et purement conventionnelle, à la manière d’un guide de bonne manière. L’Eternel Masculin est l’exemple parfait de cela même si le côté historique est moins marqué.

Il y avait donc deux solutions pour aborder ce thème de l’histoire de l’art très rarement mis en lumière de manière intéressante et didactique. Et Une Histoire de l’Elégance masculine n’entretient avec ces deux ouvrages qu’une relation de titre. Purement et simplement.

Ainsi, l’ouvrage constitué de différents articles d’une vingtaine de feuillets chacun n’est que la chronique ordinaire et soporifique du développement de différents petits tailleurs qui donneront naissance à la fin du XXème siècle à la ‘si grande’ maison Gieves & Hawkes. Sous couvert d’un titre extrêmement pompeux, le livre n’est en fait qu’une vulgaire plaquette publicitaire. Et encore, pas la meilleure.

Les articles font rapidement tomber dans l’ennui le plus émérite des gentlemen. Je n’ai absolument rien appris dans cet ouvrage (à part peut-être l’histoire du casque colonial ou du gilet gonflable !). Je n’ai rien appris de l’histoire de l’élégance masculine et je n’ai rien appris de l’histoire du tailleur. Je n’ai pas non plus appris comment on faisait un costume chez Gieves & Hawkes. Quelle coupe, quelle philosophie, qui sont les coupeurs, les façonniers etc… Là dessus mystère !

Les articles ont par ailleurs le défaut d’une bonne partie des ouvrages écrits par les anglais, dont ceux du sympathique James Sherwood, ils ne parlent que de monarchie ! Ainsi, au fil du texte sont égrainés les noms des rois successifs, de leurs cousins, petits neveux, grands oncles etc… si bien qu’il faut un arbre généalogique sous le coude pour bien suivre. Savoir que tel duc ou tel baronnet faisait faire ses vêtements chez G & H. ne présente aucun intérêt et rend la lecture difficile.

Le seul intérêt de l’ouvrage, ce sont les photos. Le prince Charles en veste de brousse, son grand oncle le Duc de Windsor en culotte de cheval, les amiraux britanniques et quelques huiles diverses et anciennes. Mais il faut encore dire hélas. Hélas car toutes les photos ne sont pas belles. Par exemple, la quasi totalité des photos réalisées spécialement pour l’ouvrage à partir de création d’aujourd’hui présentent des mises d’une vulgarité et d’une superficialité extrême (la jaquette et la queue de pie sont affublées d’accessoires hideux, les vestes et pantalons sont trop courts, les couleurs ne font pas envie etc…). Rien dans les propositions ‘maison’ n’a attiré mon attention en dehors du costume de la couverture et du manteau de la quatrième de couverture.

Ainsi, je suis ressorti de cette lecture de manière indifférente. Et c’est bien dommage. Ne dépensez donc pas l’argent qui vous est demandé pour ces pages. Feuilletez le à la Fnac, vous en saurez autant !

Par contre, si vous souhaitez un ouvrage très historique et érudit, je vous conseille de chercher So British aux éditions du Regard. Ce livre raconte l’histoire et l’ascension du grand magasin Old England. Là aussi un livre de commande à visée commerciale, mais une réussite qui dépasse le sujet, richement illustré.

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En seconde partie de cet article, je présente quelques photos de ma penderie. Pour une émission que je prépare, la styliste voulait voir quels ‘look’ j’allais adopter. Si je n’avais à l’origine aucune envie de me livrer à cet exercice ruinant irrémédiablement l’entrain de la découverte d’un nouveau jour pour tout gentleman qui se respecte, je suis assez heureux de ma démonstration.

L’idée de remuer ma penderie pour me livrer à cette promenade stylistique faisant tâter de manière pesante l’étonnante vacuité qui étreint chaque homme élégant ne m’enthousiasmait guère. Un travail qui met en exergue un goût dispendieux pour l’inutile qu’est la beauté… Mais j’ai du m’y résoudre.

Et j’y ai pris un malin plaisir au final. Voici donc le résultat (partiel) de mes travaux. J’ai essayé de proposer de la variété, d’accorder les couleurs de manière simple, pour montrer au débutant que la complication n’est pas obligée. Une chemise bleu ciel, une autre rayée, une blanche, quelques cravates et le tour est joué. Cela illustre le clacissisme dont je parle toujours ici, qui avec un peu de goût et de patience peut être certes simple mais enjoué.

Côté costume. J’ai essayé de garder des chemises simples et de chercher dans les cravates un accord direct de couleur, soit la cravate contient un peu de marine/ gris ou de noir, soit elle contient les deux couleurs pour faire le lien chemise/ costume. Toujours avec souliers noirs.

Côté ‘sport’. Je essayé d’illustrer les propos développés précédemment sur le blog. J’ai adjoint les souliers.

Bonne semaine. Julien Scavini

Les hommes politiques et le vêtement

15 décembre 2014

Les hommes politiques et le vêtement, c’est toute une histoire ! Le désamour est de plus en plus profond entre eux et leurs costumes. Il n’y a qu’à ouvrir une page de magazine, politique ou people, pour le constater. Et je ne parle pas là que de notre seul président, qui le pauvre, n’a pas un physique facile et doit donner bien du fil à retordre à son tailleur, plutôt habilleur.

Nos présidents portaient l’habit sur les photos officielles… jusqu’à Valérie Giscard d’Estaing, qui fit souffler un vent de modernité sur la fonction. A la différence – c’est curieux – de son propre goût  personnel pour la décoration très versé dans le 17ème français. Pour autant, il s’habillait chez le tailleur, à Londres dit-on. F. Mitterrand allait chez le tailleur à Paris, Cifonelli dit-on également. Aucune de ses tenues ne m’a laissé un souvenir éclatant. Au moins était il présentable. J. Chirac eut une démarche inverse. Élégant quand il était jeune et mince, il s’habilla assez rapidement comme un sac.

N. Sarkozy est un animal vestimentaire plus curieux. Avant de devenir président, il n’était pas extrêmement bien habillé. Mais il avait le goût classique des bourgeois du XVIème. Lors de son arrivé à Bercy en 2004, il rétablit la tenue des huissiers (habit noir et lourd breloques dorés) que Francis Mer son prédécesseur avait jugé bon d’abandonner. Un signe. Plus tard lors de son arrivé à l’Elysée, il fit progressivement évoluer son style. Style italien, trois boutons et épaule molle, style parisien, veston plus carré à deux boutons. Nina Ricci et Franck Namani ai-je souvent entendu dire. Nous ne le saurons jamais, mais au moins l’ensemble était bien coupé, si ce n’est le signe d’un goût, au moins le signe d’une conscience de la question.

François Hollande ne mérite même pas une ligne. Smuggler et Agnès B. dit-on coupent ses costumes. La tâche n’est pas facile. L’homme fait un bon 56 de tour de poitrine, a un peu de ventre, aucune hanche et une épaule franchement plus haute d’un côté. On est comme on est. Seulement, organiser un diner d’Etat en l’honneur de la reine de Suède en simple costume sombre est une injure à la culture et au bon goût, cf. Franck Ferrand du Figaro.

Plus généralement, les hommes politiques sont élus. Ils sont donc les représentants du peuple. Et il est amusant de constater qu’en l’occurrence, il n’existe pas un fossé énorme entre cette élite et la base de la pyramide sociale… Pour une fois, pas de fracture sociale, le mauvais goût est partout ! Certes le commun s’habille chez Décathlon et le député ou le conseiller général plutôt chez Armand Thierry ou Brice, mais au fond, peu de différence de goût. Un goût simple.

Comment expliquer cela ? Premièrement, les hommes politiques ne sont pas si différents des hommes normaux. L’éducation au vêtement étant tombé en désuétude, il n’est pas curieux de voir des maires, présidents de régions et sénateurs ventripotents habillés comme l’as de pique.

ILLUS68Au delà de cette explication, un client lui même dans la politique m’a raconté une anecdote amusante. Un député, ancien secrétaire d’Etat au goût prononcé pour la voute plantaire de ces dames adore les vêtements, les beaux vêtements italiens, Etro, Pal Zileri etc… et porte à Paris de magnifiques costumes bleu marine, avec des Lobb à double boucles et un manteau de cachemire l’hiver. Mais lorsque son chauffeur le ramène dans sa circonscription, il fait alors un détour par le coffre. Exit la magnifique cravate en reps, bonjour le nœud Kiabi. Exit le beau manteau, bonjour le vieux caban élimé.

Pourquoi un tel tour de passe-passe ? Tout simplement parce que les électeurs ne comprennent pas un tel goût. En latin, le commun ou l’ordinaire se traduit par vulgus, qui a donné vulgaire en français. Vous voyez où je veux en venir… Il ne faut donc pas heurter et rester très discret, voir carrément plouc. En bref, il faut savoir se mettre au niveau. Le concept peut tout à fait s’entendre ! C’est triste, mais si c’est obligatoire…

Regardez comment E. Balladur s’était fait moquer pour ses chaussettes rouges. Le Chouan des Villes n’a t il pas non plus démontré comment ses costumes étroits et bien coupés avaient été jugés sévèrement par ses communicants. Je n’irai pas prétendre qu’il fut battu à cause de cela. Mais ce détail n’a pas du aidé non plus. C’est ainsi que j’émets les plus sérieuses réserves sur l’avenir politique de Bruno Lemaire, qui adore beaucoup trop les pulls en cachemire et les beaux costumes Brioni.

Ce qui pour moi constitue un point fort passera un jour ou l’autre pour une marque d’affectation indigne d’un présidentiable. Pour moi, cela est au contraire une marque d’intelligence. Le vêtement demande une recherche, une patience, un goût synonyme d’intelligence, une intelligence du propos et de la mesure !

Sur ce, je vous souhaite d’excellentes fêtes de fin d’année! Je me retire quelques temps pour un repos bien mérité. Bonne semaine. JS.

Petit à propos sur le prix et la valeur…

23 novembre 2014

Mon ami Jean-Baptiste R. m’a glissé ce petit billet au questionnement passionnant et à l’humour sous-jacent… Je vous laisse profiter de ce court texte à l’accent Chap’ !

            Les discours et cérémonies de vente des enseignes du luxe ont toujours attaché une grande importance aux mots. Marketing oblige. L’objectif final étant de vous procurer une expérience inoubliable.

Dès lors, chaque terme est soigneusement sélectionné pour vous suggérer ou vous faire oublier certaines pensées afin que ce moment soit le plus mémorable. On vous parlera de manufacture plutôt que d’usine, d’artisan plutôt que d’ouvrier, de maison plutôt que de marque… La liste est longue et continue de s’agrandir avec le temps.

Parmi ces trouvailles, nous observons le remplacement du mot « prix » par la notion de « valeur ». Cette pirouette linguistique permettrait en effet d’éviter d’utiliser le mot qui fâche pour vous suggérer l’un des bénéfices directs de votre achat. Ainsi, on parlera, par exemple, de la valeur d’une montre et non de son prix.

glen tweed

Cependant, en associant les termes de « prix » et de « valeur », les marques de luxe ne passeraient-elles pas à côté de l’essentiel ?

En effet, ce jeu dangereux pourrait bien vite se retourner contre eux : dans une grande enseigne internationale, une montre à X milliers d’euros ne « vaut » pas son prix, qui inclut des frais importants, étrangers à la fabrication de cette dernière (communication, événements, marges requises par les actionnaires). A l’opposé, une marque de niche proposant des montres de qualité comparable ou supérieur, proposera généralement des prix nettement inférieurs à la valeur du produit (valeur intrinsèque, rareté, rapport personnalisé…).

 Ce faisant, le gentilhomme élégant devrait toujours acquérir un objet qui a plus de valeur que son prix.

 Finalement, le regain d’intérêt pour ces maisons confidentielles n’illustre-t-il pas une recherche de notre part d’un prix juste pour une valeur infiniment plus grande ?

Bonne semaine, Julien Scavini

Boutiques fouillis !

13 octobre 2014

Comme ancien architecte, j’aime bien réfléchir moi même à l’aménagement et à la décoration de ma boutique. Choix des coloris, harmonie de la charte graphique, sacs, housses ; de la couleur des plinthes à la couleur des murs, des rangements etc. C’est un travail de longue haleine, qui se couple aussi avec l’apprentissage du goût en matière de décoration intérieure et de style : style résolument moderne, Art Déco ou Régence ; plutôt style anglais ou style français (car oui en décoration cela existe à la différence du vêtement homme).

Ces questionnements sont doublés par le placement commercial de mon activité. Où dois je me situer? Haut de gamme ou moyenne gamme, humble artisan ou belle maison, échoppe moderne ou d’un goût plus désuet? Car l’esthétique d’un commerce révèle tout de celui-ci. Un art du stéréotype en somme. On n’entre pas chez Ralph Lauren comme l’on entre chez Melinda Gloss.

Même si je mène un questionnement de la cible comme on dit dans les milieux intéressés, je ne suis pas pour autant marketeur et n’ai pas fait de hautes études commerciales. Alors je tâtonne, de manière empirique. Le chic me guidant, comme seul maître mot.

Toutefois, au fil de mes recherches, je note une chose, le goût de l’authentique. Depuis peu, pour faire face au succès grandissant, je suis obligé d’utiliser occasionnellement l’atelier comme lieu pour les essayages ou les commandes, pour garder un caractère intime à l’acte tailleur, pendant que visiteurs ou curieux attendent dans la première pièce. J’ai noté un certain plaisir des clients à venir à l’atelier, là où les chutes de tissus trainent par terre, où la table de coupe est recouverte de gros ciseaux et où les vestes sont parfois éventrées, en attente de retouches.

Je me souviens avoir visité il y a fort longtemps un autre tailleur, Markal je crois, qui recevait au premier étage d’un immeuble haussmannien dans un désordre indescriptible. Une chatte n’y aurait pas retrouvé ses petits. Et pourtant le bougre a la plus belle clientèle de tout Paris, une foule de DG et autres notables de la politique et des arts.

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A l’instar de cet honorable tailleur, je connais un petit pressing, qui ne paie pas de mine et propose de la demi-mesure de qualité moyenne. Je sais qu’il fonctionne très bien. Nombre de messieurs en apportant chemises et caleçons le samedi matin s’y font prendre les mesures. J’imagine que cette ambiance ouvrieuse, chargée de vapeur et de perchlorétylène les inspire.

j’ai souvent noté cette curieuse envie de certains hommes pour le très basique, voir le bazar. Regardez chez Mettez, vénérable institution parisienne. Impossible de circuler, le stock est immense et je peine à croire qu’ils soient même capable d’en faire l’inventaire. Et pourtant, les messieurs adorent.

J’explique cela de trois manières. Une première catégorie d’homme n’aime pas le vêtement, par inintérêt. Une seconde n’aime pas le chic, par dégoût ou par peur (peur de ne pas se sentir à la hauteur socialement par exemple). C’est sûr qu’il fallait une petite dose de courage pour rentrer chez Arnys et oser regarder les vêtements, encore plus pour s’asseoir dans une de leur bergère. Ce luxe de service, qui se ressent dans le prix, peut effrayer.

Je décrierais également une autre catégorie d’hommes que je pense être toujours des enfants au fond d’eux. Ainsi, s’ils ne vont plus acheter des jouets pour eux même – bien que l’envie d’un train électrique les mette en joie – le vêtement est l’objet d’un achat de plaisir. Ainsi, au lieu de baver devant la devanture du marchand de jouet, ils bavent devant la devanture d’une boutique de vêtements et accessoires, tout en fouillis. Il y a là un petit côté malle au trésor. On ne sait tout à fait si l’on y trouvera son plaisir, mais par plaisir, on va aller y fouiller.

C’est d’ailleurs tout le charme des boutiques anglaises, qui sont sombres, avec des murs recouverts d’acajou foncé, du tartan au sol, des fauteuils clubs affaissés et de marchandises qui jaillissent de partout. Rien que par cette description, je pense que vous serez plusieurs à éprouver le même plaisir que celui qui consiste à tremper son doigts dans un pot de pâte chocolat-noisette. Les américains ont un mot pour décrire cette atmosphère : haberdashery qui signifierait Mercerie.

Certains clients aiment le chic, l’ordonné et le luxueux. Ils aiment s’asseoir dans un fauteuil Louis XVI et apprécient qu’on leur serve un thé. Si le vendeur est légèrement obséquieux, c’est encore mieux. Question de rang. Il y a d’autres messieurs, qui au contraire aimeront tutoyer le vendeur, se sentir comme chez eux, au milieu d’un désordre indescriptible. Ils aimeront relativiser le moment, ne pas en faire toute une histoire. Bref, deux parcours différents.

Une chose est sûre, les hommes sont plus difficiles à convaincre quand il s’agit de vêtement. Les mettre à l’aise est la première qualité d’un bon vendeur, et d’une bonne boutique !

Des pièces millésimées dans vos vestiaires

5 octobre 2014

Cette semaine, je donne la parole à mon ami, Jean-Baptiste R., qui a eu la bonne idée de me soumettre ce papier très intéressant !

Ces derniers temps, l’actualité ne cesse de relayer les nombreux changements qui se produisent au sein du secteur du luxe et de l’artisanat. Rachats spectaculaires (à l’instar de la fameuse Savile Row tombée dans l’escarcelle d’un fond d’investissement norvégien), volatilité des directions artistiques, naissance et renaissance de « maisons » en tout genre… Tous ces éléments nous rappellent que ces entreprises mènent une existence propre, avec des conséquences importantes sur les produits qu’elles fabriquent.

On oublie trop souvent que les articles proposés illustrent à merveille l’état d’esprit d’une maison à un moment donné. Dans ce secteur où le facteur humain est prédominant, chaque incident peut avoir une influence considérable sur le rendu final du modèle.

Chaque pièce a sa propre histoire. L’ambiance régnant dans l’atelier, la présence ou non de tel artisan, la qualité de tel arrivage de matière première, lors du passage de votre commande peut avoir un impact important sur le résultat final. N’oublions pas les périodes d’apogées, de déclin voire de rachat. Avez-vous acquis votre Forestière chez Arnys ou chez Berluti ? Vos costumes de chez Kilgour datent-ils de votre grand-père ou de 2013, date du rachat du tailleur par le fond Fung Capital ?

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Poussons la logique jusqu’au bout : le comportement du client influence également sa commande. Incitera-t-il par sa gentillesse, sa personnalité, sa confiance ou sa fidélité l’artisan ou le vendeur à se surpasser ?

Dès lors, avant de pousser la porte d’une boutique il convient de garder à l’esprit ces réflexions suivantes : dans quelle situation se trouve l’entreprise actuellement (indépendante ou non, en situation d’émergence, d’apogée ou de déclin…), qui est votre interlocuteur (fondateur, salarié ou stagiaire ?), la production est-elle stable (changement de sous-traitant, délocalisation, changement de personnel…) , quid du timing de votre commande (fermeture annuelle de l’atelier, manufacture débordée par les commandes…), etc.

Il n’y a pas de règle établie pour une commande exceptionnelle. Néanmoins il s’agit toujours d’une aventure humaine qui dépend en partie de la chance et de votre engagement personnel. Ce raisonnement est également valable pour les achats d’occasion.

Et vous, possédez-vous quelques pièces millésimées dans votre garde-robe ?

Bonne semaine, JS.

 


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