Archive for the ‘Chroniques’ Category

De la veste militaire à la parka

29 mars 2015

Il y a un siècle, le monde et en particulier l’Europe étaient jetés dans une guerre féroce et sanguinaire, qui les faisait basculer dans le XXème siècle avec plus de force que jamais. L’ancien monde, celui du romantisme et du temps qui passe avait vécu. Il y a exactement un siècle, la première guerre mondiale bouleversait les habitudes et les styles de vie, les usages, les traditions. Le vêtement ne fut pas épargné, loin s’en faut.

Le t-shirt de coton fut une de ces révolutions. Les américains l’adoptèrent assez vite, mais ce furent les armées anglaises et françaises qui dessinèrent les contours de cette tenue avec le garment de coton et non en tricot de laine inventé dès 1870. La force des américains est leur nombre, si bien que le A-shirt pour Athletic-shirt sans manche et le T-shirt pour sa forme en T avec manches courtes furent ensuite dans l’entre deux-guerre assez vite popularisés. Mais ils restaient encore pour quelques temps un sous-vêtement.

L’évolution la plus notable est à chercher du côté des vêtements de dessus, la veste en particulier. Si la question de la couleur s’est assez vite posée, notamment du côté français où le rouge garance posait problème, la forme aussi fut remise en question. Ce faisant, il est possible de lire dans les quelques modifications de l’époque le futur du vêtement au XXème siècle, moins mais mieux. Ainsi, la veste des poilus qui était longue et présentait encore le retroussis hérité des armées napoléoniennes disparut bientôt, pour laisser place à une veste carrée plus courte, plus mobile. Les tailleurs civils avaient aussi pris cette direction du plus court depuis un moment déjà, mais l’habit long restait d’usage à la ville aux moments les plus formels et sa disparition fut hâtée.

ILLUS77Le changement est plus visible encore chez les officiers. Je ne me lasse pas de regarder des photos des maréchaux, comme Lyautey. La vareuse militaire a des proportions très intéressantes : épaules étroites avec manches volumineuse, taille très pincée et bas ample. Les immenses poches à carte apportent, avec un dimensionnement très visible un cachet indéniable. Mais surtout elles sont pratiques. C’est un point important. Le vêtement n’est plus seulement beau. Il ne s’agit plus d’une veste de hussard à brandebourg faite pour rendre beau, mais il s’agit d’un vêtement pratique.

Une petite pierre était posée. Plus tard durant la seconde guerre mondiale, les militaires avancèrent encore un pion en raccourcissant les vestes pour créer les blousons. La taille était très haute car les pantalons montaient hauts. C’est la naissance d’une esthétique de l’homme très différente de ce que l’on avait toujours vu. Si les épaules s’étaient élargies durant les années 40, ces blousons dépourvus d’épaulette et de rembourrage étaient assez naturels dans leur esthétique.

Le vêtement civil n’a jamais eu besoin de ce niveau de praticité. Si le costume est ou était aussi un uniforme, en particulier durant les années 60, il n’avait pas les mêmes impératifs.

Pourrait-on émettre la légère hypothèse que le vêtement militaire représente l’avant-garde du vêtement civil, avec quelques décennies d’avance ? Ou qu’au contraire le vêtement militaire exprime le vêtement du moment, le révélant plus fort ? Les tenues de combat d’aujourd’hui, plus du tout d’apparat et très techniques, connectées et intelligentes seront-elles la trame du vêtement dans 50 ans ?

ILLUS77bisPourquoi j’interroge comme cela l’histoire, voire l’instrumentais-je me direz-vous? Car j’aime porter le costume en semaine mais n’aime pas beaucoup porter la veste le week-end et durant les moments de détente. Ainsi, je cherche une quadrature élégante et pratique. Quel niveau de praticité quotidienne puis-je emprunter au vêtement du commerce, celui-de monsieur tout-le-monde ET quel niveau d’élégance puis-je emprunter ou lire de l’histoire… ?

Et de noter la très importante diffusion aujourd’hui des parkas et autres doudounes… La forme courte voire semi-trois quart ; l’ensemble recouvert de poches très pratiques ; la réalisation dans des tissus techniques chauds et imperméables qui permettent d’être en simple chemise dessous ; la taille relativement étroite sont autant d’aspects qui renvoient aux grands principes du vêtement militaire. J’ai une de ces doudounes. Et je l’adore pour son large usage. L’été je remplace celle-ci par une sorte de saharienne couverte de poche, genre travel-jacket, en coton solide. Mais elle n’est pas d’une forme particulièrement étudiée.

Aussi en tant que tailleur je m’interroge sur ce nouveau vêtement décontracté. Cifonelli s’interroge aussi beaucoup à voir sa production de vestons sport. Le tailleur ne peut rester en marge de ce mouvement, bien au contraire il se doit de l’accompagner pour survivre et se renouveler. Et le vêtement militaire du XXème siècle m’apparait comme lumineux à plus d’un titre. Les officiers en particulier avaient le sens du beau. La field jacket ou le blouson d’aviateur court ont une forme d’élégance habillée. Les vareuses avec leurs grandes poches aussi. L’histoire est une source infinie de forme et d’usage, j’essaye d’y lire dedans !

Bonne semaine. Julien Scavini

L’usure et l’entretien

15 mars 2015

Nombreux sont les clients qui me demandent quelle est la durée de vie d’un vêtement et quelle est la meilleure manière pour les entretenir. Tâchons d’y voir clair.

La veste et le pantalon s’usent à des vitesses différentes. Je conseille toujours d’avoir au moins un costume par jour de travail. Ou trois costumes, un blazer et une veste sport pour pouvoir faire tourner assez les pièces. Les riches n’abiment pas les vêtements, car ils en ont beaucoup ! Le soir, il convient de retirer le costume et de passer un vêtement plus décontracté, comme un chino. Cela évite d’abimer au quotidien ses pantalons. Le costume retournera sur son cintre. Le cintre doit être large et de la bonne dimension pour bien soutenir l’épaule. Il faut vider les poches. De temps à autre, un coup de brosse suffit. Pour ma part je plis mes pantalons sur la barre du cintre, en prenant soin de replacer les plis. Vous pouvez aussi suspendre le pantalon par les pieds, ou le placer dans une presse. J’en ai une sur mon valet, non chauffante, et c’est pas mal, mais sans plus.

Les costumes s’usent pour plusieurs raisons par ailleurs. La principale est le recours à des tissus trop légers. C’est par exemple le cas des costumes De F****c qui durent 2 ans. Le costume kleenex d’un sens. Ce n’est pas la faute des marques, qui du reste ne font qu’acheter des laines à des drapiers. Cer**ti par exemple qui produit des grammages autour de 240/200grs, qui ne résistent pas. Les marques sont prises en étau entre une image et des drapiers toujours plus audacieux et une clientèle qui exige cela. C’est très schizophrénique finalement. Le client cherche la légèreté mais la reproche aussi. La veste élimera ainsi très vite en bas des manches, aux coudes, vers les poches. La laine se lustrera (elle deviendra brillante) assez vite aussi. Le corollaire de ces laines très fines, et qui ne sont pas du tout du même niveau de qualité que les laines fines supers 180’s dont parlait Parisian Gentleman récemment. Alors qu’un costume entoilé, avec un tissu de 370/400grs gardera un tomber implacable durant de nombreuses années.

Le pantalon va aussi s’user à l’entrejambe. Là encore ce n’est pas complètement la faute du duo marque/drapier, car les clients cherchent des pantalons ultra-slim. Je le répète, en laine, ça ne marche pas. Les fibres sous tensions, chauffées entre les cuisses, s’abraseront très vite par frottement, frottement accentué par l’étroitesse des cuisses. Beaucoup de mes clients me demandent un volume minimal pour les pantalons. Le résultat est une moindre durée de vie.

A4 Portrait _ Master LayoutEn ce qui concerne le lavage, évitez de le faire vous même. J’ai déjà mis un pantalon à la machine à laver sur cycle laine/ froid et le résultat n’était pas mauvais. Seulement pour retrouver les plis au fer, c’est une gageure ! Cela abime malgré tout un peu le montage intérieur de la ceinture qui n’est pas vraiment fait pour cela. Un chino est cousu solidement et endure les cycles de tambour, un pantalon de ville absolument pas.

Pour un petit repassage hebdomadaire, vous pouvez utiliser votre fer à repasser. Un bon modèle légèrement lourd et avec une bonne force de vapeur sera idéal. Vous réglez sur position laine et vapeur à fond et vous y allez. Achetez une semelle type téflon pour votre fer, c’est l’idéal pour ne pas lustrer la laine. Cette méthode défroisse. Mais elle ne marque pas vraiment les plis. Pour ce faire, il faut recourir à une autre méthode, plus ancienne, la pattemouille. Vous prenez un torchon de cuisine propre, vous le posez bien à plat, vous l’humectez d’une auréole d’eau et vous posez le fer. Sans vapeur. Sans bouger, et vous laisser la vapeur ‘infuser’. Vous retirez le fer 15/20s plus tard et/ou si l’eau a disparu. Vous répétez l’opération touche par touche, c’est assez long mais le résultat est bon.

Pour la veste, je déconseille de s’y atteler soi-même. Un peu de vapeur ne fait pas de mal, mais le risque de lustrer (c’est à dire de rendre brillante la laine) est important. Le pressing une fois l’an est largement suffisant. Pour le pantalon, suivant votre usage, tous les deux à trois mois suffit. Si vous mettez le costume une fois par semaine, cela fait tous les 8 à 12 ports, ce qui est raisonnable. Si vous n’avez que deux ou trois costumes, il faut envisager d’avoir une second pantalon.

Enfin, tous les pressing ne sont pas mauvais. Vous n’êtes pas obligé de demander un nettoyage à sec. Vous pouvez juste payer pour un repassage éventuellement. Il est toutefois difficile de savoir si un pressing est bon ou pas. Testez en faisant juste repasser une veste. Si le blanchisseur écrase le revers tout le long, c’est un mauvais. Il doit écraser au fer le tiers supérieur seulement, pour laisser le reste ‘rouler’ avec naturel. C’est un bon test. Le perchloréthylène qui est utilisé pour le nettoyage à sec peut parfois redonner de l’éclat à une laine, donc il ne faut pas le proscrire absolument. En revanche, il ne faut pas y passer une laine vierge genre tweed, cela dégraisse la laine, dont les fameux suints pourtant essentiels au confort thermique !

Vous savez tout maintenant !

Je vous souhaite une excellente semaine. Par ailleurs, je ne publierai qu’une semaine sur deux jusqu’à fin Mai, car j’ai beaucoup de travail devant moi!

Lecture et penderie

9 mars 2015

Un article un peu différent des autres ce jour, où je voudrais vous faire part de deux points. En premier lieu je souhaite vous présenter Une Histoire de l’Elegance Masculine, une chronique de la célèbre maison Gieves & Hawkes. Écrit par un collectif de personnes, dont Simon Crompton (qui en fait de participation livre une page sur les deux cent quarante que compte l’ouvrage!), le livre est plein de promesses. La couverture est superbe, le costume qui est représenté aussi. Le format est généreux, type beau-livre, bien loin des chiches dimensions du mien et le prix (75€ tout de même) distille une certaine idée de qualité. C’est donc plein d’entrain que j’ai attaqué, car le mot n’est vain en l’occurrence, la lecture de ce pavé lourd et encombrant.

Une histoire de l’élégance masculine. Rien que ça. Mis en avant dans les rayonnages des grandes librairies, je m’attendais à une somme encyclopédique sur le sujet. Peut-être aurais-je le plaisir de lire un autre Des Modes et Des Hommes, l’ouvrage de référence pour qui s’intéresse à la mode masculine. Il y a l’histoire stricte d’un côté, Des Modes et Des Hommes en est un bon exemple. Il y a une autre façon d’aborder le vestiaire masculin, par exemple en dressant une étude stylistique et purement conventionnelle, à la manière d’un guide de bonne manière. L’Eternel Masculin est l’exemple parfait de cela même si le côté historique est moins marqué.

Il y avait donc deux solutions pour aborder ce thème de l’histoire de l’art très rarement mis en lumière de manière intéressante et didactique. Et Une Histoire de l’Elégance masculine n’entretient avec ces deux ouvrages qu’une relation de titre. Purement et simplement.

Ainsi, l’ouvrage constitué de différents articles d’une vingtaine de feuillets chacun n’est que la chronique ordinaire et soporifique du développement de différents petits tailleurs qui donneront naissance à la fin du XXème siècle à la ‘si grande’ maison Gieves & Hawkes. Sous couvert d’un titre extrêmement pompeux, le livre n’est en fait qu’une vulgaire plaquette publicitaire. Et encore, pas la meilleure.

Les articles font rapidement tomber dans l’ennui le plus émérite des gentlemen. Je n’ai absolument rien appris dans cet ouvrage (à part peut-être l’histoire du casque colonial ou du gilet gonflable !). Je n’ai rien appris de l’histoire de l’élégance masculine et je n’ai rien appris de l’histoire du tailleur. Je n’ai pas non plus appris comment on faisait un costume chez Gieves & Hawkes. Quelle coupe, quelle philosophie, qui sont les coupeurs, les façonniers etc… Là dessus mystère !

Les articles ont par ailleurs le défaut d’une bonne partie des ouvrages écrits par les anglais, dont ceux du sympathique James Sherwood, ils ne parlent que de monarchie ! Ainsi, au fil du texte sont égrainés les noms des rois successifs, de leurs cousins, petits neveux, grands oncles etc… si bien qu’il faut un arbre généalogique sous le coude pour bien suivre. Savoir que tel duc ou tel baronnet faisait faire ses vêtements chez G & H. ne présente aucun intérêt et rend la lecture difficile.

Le seul intérêt de l’ouvrage, ce sont les photos. Le prince Charles en veste de brousse, son grand oncle le Duc de Windsor en culotte de cheval, les amiraux britanniques et quelques huiles diverses et anciennes. Mais il faut encore dire hélas. Hélas car toutes les photos ne sont pas belles. Par exemple, la quasi totalité des photos réalisées spécialement pour l’ouvrage à partir de création d’aujourd’hui présentent des mises d’une vulgarité et d’une superficialité extrême (la jaquette et la queue de pie sont affublées d’accessoires hideux, les vestes et pantalons sont trop courts, les couleurs ne font pas envie etc…). Rien dans les propositions ‘maison’ n’a attiré mon attention en dehors du costume de la couverture et du manteau de la quatrième de couverture.

Ainsi, je suis ressorti de cette lecture de manière indifférente. Et c’est bien dommage. Ne dépensez donc pas l’argent qui vous est demandé pour ces pages. Feuilletez le à la Fnac, vous en saurez autant !

Par contre, si vous souhaitez un ouvrage très historique et érudit, je vous conseille de chercher So British aux éditions du Regard. Ce livre raconte l’histoire et l’ascension du grand magasin Old England. Là aussi un livre de commande à visée commerciale, mais une réussite qui dépasse le sujet, richement illustré.

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En seconde partie de cet article, je présente quelques photos de ma penderie. Pour une émission que je prépare, la styliste voulait voir quels ‘look’ j’allais adopter. Si je n’avais à l’origine aucune envie de me livrer à cet exercice ruinant irrémédiablement l’entrain de la découverte d’un nouveau jour pour tout gentleman qui se respecte, je suis assez heureux de ma démonstration.

L’idée de remuer ma penderie pour me livrer à cette promenade stylistique faisant tâter de manière pesante l’étonnante vacuité qui étreint chaque homme élégant ne m’enthousiasmait guère. Un travail qui met en exergue un goût dispendieux pour l’inutile qu’est la beauté… Mais j’ai du m’y résoudre.

Et j’y ai pris un malin plaisir au final. Voici donc le résultat (partiel) de mes travaux. J’ai essayé de proposer de la variété, d’accorder les couleurs de manière simple, pour montrer au débutant que la complication n’est pas obligée. Une chemise bleu ciel, une autre rayée, une blanche, quelques cravates et le tour est joué. Cela illustre le clacissisme dont je parle toujours ici, qui avec un peu de goût et de patience peut être certes simple mais enjoué.

Côté costume. J’ai essayé de garder des chemises simples et de chercher dans les cravates un accord direct de couleur, soit la cravate contient un peu de marine/ gris ou de noir, soit elle contient les deux couleurs pour faire le lien chemise/ costume. Toujours avec souliers noirs.

Côté ‘sport’. Je essayé d’illustrer les propos développés précédemment sur le blog. J’ai adjoint les souliers.

Bonne semaine. Julien Scavini

Les hommes politiques et le vêtement

15 décembre 2014

Les hommes politiques et le vêtement, c’est toute une histoire ! Le désamour est de plus en plus profond entre eux et leurs costumes. Il n’y a qu’à ouvrir une page de magazine, politique ou people, pour le constater. Et je ne parle pas là que de notre seul président, qui le pauvre, n’a pas un physique facile et doit donner bien du fil à retordre à son tailleur, plutôt habilleur.

Nos présidents portaient l’habit sur les photos officielles… jusqu’à Valérie Giscard d’Estaing, qui fit souffler un vent de modernité sur la fonction. A la différence – c’est curieux – de son propre goût  personnel pour la décoration très versé dans le 17ème français. Pour autant, il s’habillait chez le tailleur, à Londres dit-on. F. Mitterrand allait chez le tailleur à Paris, Cifonelli dit-on également. Aucune de ses tenues ne m’a laissé un souvenir éclatant. Au moins était il présentable. J. Chirac eut une démarche inverse. Élégant quand il était jeune et mince, il s’habilla assez rapidement comme un sac.

N. Sarkozy est un animal vestimentaire plus curieux. Avant de devenir président, il n’était pas extrêmement bien habillé. Mais il avait le goût classique des bourgeois du XVIème. Lors de son arrivé à Bercy en 2004, il rétablit la tenue des huissiers (habit noir et lourd breloques dorés) que Francis Mer son prédécesseur avait jugé bon d’abandonner. Un signe. Plus tard lors de son arrivé à l’Elysée, il fit progressivement évoluer son style. Style italien, trois boutons et épaule molle, style parisien, veston plus carré à deux boutons. Nina Ricci et Franck Namani ai-je souvent entendu dire. Nous ne le saurons jamais, mais au moins l’ensemble était bien coupé, si ce n’est le signe d’un goût, au moins le signe d’une conscience de la question.

François Hollande ne mérite même pas une ligne. Smuggler et Agnès B. dit-on coupent ses costumes. La tâche n’est pas facile. L’homme fait un bon 56 de tour de poitrine, a un peu de ventre, aucune hanche et une épaule franchement plus haute d’un côté. On est comme on est. Seulement, organiser un diner d’Etat en l’honneur de la reine de Suède en simple costume sombre est une injure à la culture et au bon goût, cf. Franck Ferrand du Figaro.

Plus généralement, les hommes politiques sont élus. Ils sont donc les représentants du peuple. Et il est amusant de constater qu’en l’occurrence, il n’existe pas un fossé énorme entre cette élite et la base de la pyramide sociale… Pour une fois, pas de fracture sociale, le mauvais goût est partout ! Certes le commun s’habille chez Décathlon et le député ou le conseiller général plutôt chez Armand Thierry ou Brice, mais au fond, peu de différence de goût. Un goût simple.

Comment expliquer cela ? Premièrement, les hommes politiques ne sont pas si différents des hommes normaux. L’éducation au vêtement étant tombé en désuétude, il n’est pas curieux de voir des maires, présidents de régions et sénateurs ventripotents habillés comme l’as de pique.

ILLUS68Au delà de cette explication, un client lui même dans la politique m’a raconté une anecdote amusante. Un député, ancien secrétaire d’Etat au goût prononcé pour la voute plantaire de ces dames adore les vêtements, les beaux vêtements italiens, Etro, Pal Zileri etc… et porte à Paris de magnifiques costumes bleu marine, avec des Lobb à double boucles et un manteau de cachemire l’hiver. Mais lorsque son chauffeur le ramène dans sa circonscription, il fait alors un détour par le coffre. Exit la magnifique cravate en reps, bonjour le nœud Kiabi. Exit le beau manteau, bonjour le vieux caban élimé.

Pourquoi un tel tour de passe-passe ? Tout simplement parce que les électeurs ne comprennent pas un tel goût. En latin, le commun ou l’ordinaire se traduit par vulgus, qui a donné vulgaire en français. Vous voyez où je veux en venir… Il ne faut donc pas heurter et rester très discret, voir carrément plouc. En bref, il faut savoir se mettre au niveau. Le concept peut tout à fait s’entendre ! C’est triste, mais si c’est obligatoire…

Regardez comment E. Balladur s’était fait moquer pour ses chaussettes rouges. Le Chouan des Villes n’a t il pas non plus démontré comment ses costumes étroits et bien coupés avaient été jugés sévèrement par ses communicants. Je n’irai pas prétendre qu’il fut battu à cause de cela. Mais ce détail n’a pas du aidé non plus. C’est ainsi que j’émets les plus sérieuses réserves sur l’avenir politique de Bruno Lemaire, qui adore beaucoup trop les pulls en cachemire et les beaux costumes Brioni.

Ce qui pour moi constitue un point fort passera un jour ou l’autre pour une marque d’affectation indigne d’un présidentiable. Pour moi, cela est au contraire une marque d’intelligence. Le vêtement demande une recherche, une patience, un goût synonyme d’intelligence, une intelligence du propos et de la mesure !

Sur ce, je vous souhaite d’excellentes fêtes de fin d’année! Je me retire quelques temps pour un repos bien mérité. Bonne semaine. JS.

Petit à propos sur le prix et la valeur…

23 novembre 2014

Mon ami Jean-Baptiste R. m’a glissé ce petit billet au questionnement passionnant et à l’humour sous-jacent… Je vous laisse profiter de ce court texte à l’accent Chap’ !

            Les discours et cérémonies de vente des enseignes du luxe ont toujours attaché une grande importance aux mots. Marketing oblige. L’objectif final étant de vous procurer une expérience inoubliable.

Dès lors, chaque terme est soigneusement sélectionné pour vous suggérer ou vous faire oublier certaines pensées afin que ce moment soit le plus mémorable. On vous parlera de manufacture plutôt que d’usine, d’artisan plutôt que d’ouvrier, de maison plutôt que de marque… La liste est longue et continue de s’agrandir avec le temps.

Parmi ces trouvailles, nous observons le remplacement du mot « prix » par la notion de « valeur ». Cette pirouette linguistique permettrait en effet d’éviter d’utiliser le mot qui fâche pour vous suggérer l’un des bénéfices directs de votre achat. Ainsi, on parlera, par exemple, de la valeur d’une montre et non de son prix.

glen tweed

Cependant, en associant les termes de « prix » et de « valeur », les marques de luxe ne passeraient-elles pas à côté de l’essentiel ?

En effet, ce jeu dangereux pourrait bien vite se retourner contre eux : dans une grande enseigne internationale, une montre à X milliers d’euros ne « vaut » pas son prix, qui inclut des frais importants, étrangers à la fabrication de cette dernière (communication, événements, marges requises par les actionnaires). A l’opposé, une marque de niche proposant des montres de qualité comparable ou supérieur, proposera généralement des prix nettement inférieurs à la valeur du produit (valeur intrinsèque, rareté, rapport personnalisé…).

 Ce faisant, le gentilhomme élégant devrait toujours acquérir un objet qui a plus de valeur que son prix.

 Finalement, le regain d’intérêt pour ces maisons confidentielles n’illustre-t-il pas une recherche de notre part d’un prix juste pour une valeur infiniment plus grande ?

Bonne semaine, Julien Scavini

Boutiques fouillis !

13 octobre 2014

Comme ancien architecte, j’aime bien réfléchir moi même à l’aménagement et à la décoration de ma boutique. Choix des coloris, harmonie de la charte graphique, sacs, housses ; de la couleur des plinthes à la couleur des murs, des rangements etc. C’est un travail de longue haleine, qui se couple aussi avec l’apprentissage du goût en matière de décoration intérieure et de style : style résolument moderne, Art Déco ou Régence ; plutôt style anglais ou style français (car oui en décoration cela existe à la différence du vêtement homme).

Ces questionnements sont doublés par le placement commercial de mon activité. Où dois je me situer? Haut de gamme ou moyenne gamme, humble artisan ou belle maison, échoppe moderne ou d’un goût plus désuet? Car l’esthétique d’un commerce révèle tout de celui-ci. Un art du stéréotype en somme. On n’entre pas chez Ralph Lauren comme l’on entre chez Melinda Gloss.

Même si je mène un questionnement de la cible comme on dit dans les milieux intéressés, je ne suis pas pour autant marketeur et n’ai pas fait de hautes études commerciales. Alors je tâtonne, de manière empirique. Le chic me guidant, comme seul maître mot.

Toutefois, au fil de mes recherches, je note une chose, le goût de l’authentique. Depuis peu, pour faire face au succès grandissant, je suis obligé d’utiliser occasionnellement l’atelier comme lieu pour les essayages ou les commandes, pour garder un caractère intime à l’acte tailleur, pendant que visiteurs ou curieux attendent dans la première pièce. J’ai noté un certain plaisir des clients à venir à l’atelier, là où les chutes de tissus trainent par terre, où la table de coupe est recouverte de gros ciseaux et où les vestes sont parfois éventrées, en attente de retouches.

Je me souviens avoir visité il y a fort longtemps un autre tailleur, Markal je crois, qui recevait au premier étage d’un immeuble haussmannien dans un désordre indescriptible. Une chatte n’y aurait pas retrouvé ses petits. Et pourtant le bougre a la plus belle clientèle de tout Paris, une foule de DG et autres notables de la politique et des arts.

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A l’instar de cet honorable tailleur, je connais un petit pressing, qui ne paie pas de mine et propose de la demi-mesure de qualité moyenne. Je sais qu’il fonctionne très bien. Nombre de messieurs en apportant chemises et caleçons le samedi matin s’y font prendre les mesures. J’imagine que cette ambiance ouvrieuse, chargée de vapeur et de perchlorétylène les inspire.

j’ai souvent noté cette curieuse envie de certains hommes pour le très basique, voir le bazar. Regardez chez Mettez, vénérable institution parisienne. Impossible de circuler, le stock est immense et je peine à croire qu’ils soient même capable d’en faire l’inventaire. Et pourtant, les messieurs adorent.

J’explique cela de trois manières. Une première catégorie d’homme n’aime pas le vêtement, par inintérêt. Une seconde n’aime pas le chic, par dégoût ou par peur (peur de ne pas se sentir à la hauteur socialement par exemple). C’est sûr qu’il fallait une petite dose de courage pour rentrer chez Arnys et oser regarder les vêtements, encore plus pour s’asseoir dans une de leur bergère. Ce luxe de service, qui se ressent dans le prix, peut effrayer.

Je décrierais également une autre catégorie d’hommes que je pense être toujours des enfants au fond d’eux. Ainsi, s’ils ne vont plus acheter des jouets pour eux même – bien que l’envie d’un train électrique les mette en joie – le vêtement est l’objet d’un achat de plaisir. Ainsi, au lieu de baver devant la devanture du marchand de jouet, ils bavent devant la devanture d’une boutique de vêtements et accessoires, tout en fouillis. Il y a là un petit côté malle au trésor. On ne sait tout à fait si l’on y trouvera son plaisir, mais par plaisir, on va aller y fouiller.

C’est d’ailleurs tout le charme des boutiques anglaises, qui sont sombres, avec des murs recouverts d’acajou foncé, du tartan au sol, des fauteuils clubs affaissés et de marchandises qui jaillissent de partout. Rien que par cette description, je pense que vous serez plusieurs à éprouver le même plaisir que celui qui consiste à tremper son doigts dans un pot de pâte chocolat-noisette. Les américains ont un mot pour décrire cette atmosphère : haberdashery qui signifierait Mercerie.

Certains clients aiment le chic, l’ordonné et le luxueux. Ils aiment s’asseoir dans un fauteuil Louis XVI et apprécient qu’on leur serve un thé. Si le vendeur est légèrement obséquieux, c’est encore mieux. Question de rang. Il y a d’autres messieurs, qui au contraire aimeront tutoyer le vendeur, se sentir comme chez eux, au milieu d’un désordre indescriptible. Ils aimeront relativiser le moment, ne pas en faire toute une histoire. Bref, deux parcours différents.

Une chose est sûre, les hommes sont plus difficiles à convaincre quand il s’agit de vêtement. Les mettre à l’aise est la première qualité d’un bon vendeur, et d’une bonne boutique !

Des pièces millésimées dans vos vestiaires

5 octobre 2014

Cette semaine, je donne la parole à mon ami, Jean-Baptiste R., qui a eu la bonne idée de me soumettre ce papier très intéressant !

Ces derniers temps, l’actualité ne cesse de relayer les nombreux changements qui se produisent au sein du secteur du luxe et de l’artisanat. Rachats spectaculaires (à l’instar de la fameuse Savile Row tombée dans l’escarcelle d’un fond d’investissement norvégien), volatilité des directions artistiques, naissance et renaissance de « maisons » en tout genre… Tous ces éléments nous rappellent que ces entreprises mènent une existence propre, avec des conséquences importantes sur les produits qu’elles fabriquent.

On oublie trop souvent que les articles proposés illustrent à merveille l’état d’esprit d’une maison à un moment donné. Dans ce secteur où le facteur humain est prédominant, chaque incident peut avoir une influence considérable sur le rendu final du modèle.

Chaque pièce a sa propre histoire. L’ambiance régnant dans l’atelier, la présence ou non de tel artisan, la qualité de tel arrivage de matière première, lors du passage de votre commande peut avoir un impact important sur le résultat final. N’oublions pas les périodes d’apogées, de déclin voire de rachat. Avez-vous acquis votre Forestière chez Arnys ou chez Berluti ? Vos costumes de chez Kilgour datent-ils de votre grand-père ou de 2013, date du rachat du tailleur par le fond Fung Capital ?

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Poussons la logique jusqu’au bout : le comportement du client influence également sa commande. Incitera-t-il par sa gentillesse, sa personnalité, sa confiance ou sa fidélité l’artisan ou le vendeur à se surpasser ?

Dès lors, avant de pousser la porte d’une boutique il convient de garder à l’esprit ces réflexions suivantes : dans quelle situation se trouve l’entreprise actuellement (indépendante ou non, en situation d’émergence, d’apogée ou de déclin…), qui est votre interlocuteur (fondateur, salarié ou stagiaire ?), la production est-elle stable (changement de sous-traitant, délocalisation, changement de personnel…) , quid du timing de votre commande (fermeture annuelle de l’atelier, manufacture débordée par les commandes…), etc.

Il n’y a pas de règle établie pour une commande exceptionnelle. Néanmoins il s’agit toujours d’une aventure humaine qui dépend en partie de la chance et de votre engagement personnel. Ce raisonnement est également valable pour les achats d’occasion.

Et vous, possédez-vous quelques pièces millésimées dans votre garde-robe ?

Bonne semaine, JS.

 

Classe américaine

29 septembre 2014

Je discutais récemment avec une journaliste qui m’interrogeait sur la cravate et son usage, qui lui semblait à juste titre tendre à disparaitre de nos jours. Par différent biais, nous arrivâmes à discuter des cravates des hommes politiques, français notamment, qui semble affectionner les modèles ton sur ton du costume.

Je repensais ainsi à M. Sarkosy qui aime les cravates en grenadine. La grenadine pour ceux qui l’ignorent est une fine maille de soie, tissée et non tricotée. Elle a une tenue assez raide du fait de son épaisseur et est assez mat du fait de ton tissage qui absorbe la lumière.

De manière générale, les gouvernants français aiment le sobre, le sans relief, le sans goût pourrait-on dire. Le gouvernement (presque) actuel est très représentatif de cela. Des cravates sombres, avec parfois un bleu plus roi, comme pour notre président. Amusant du reste un tel choix de coloris.

A mon humble niveau de commerçant, je constate aussi que le bleu marine, plutôt sombre a le vent en poupe. Etant attaché à ma trésorerie que je ne saurais laisser en souffrance trop longtemps, j’ai la lâcheté de produire des cravates bleus en quasi majorité. Toutefois, je n’en ai jamais vendu d’unie. Elles sont toujours texturées, soit imprimées ou brodées d’un petit motif, peut-être ton sur ton, mais jamais unies. Je m’adapte à ma clientèle. Deux cravates bleu ciel que j’ai fabriqué cherchent désespèrent preneurs !

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Pourquoi un tel goût en France? Toujours ce plaisir d’être soit disant en retrait par rapport à l’élégance de la gent féminine ? Ou un goût à l’italienne ?

Mes petites recherches sur le sujet m’ont amené à regarder les autres pays. Le Royaume (encore) Uni a à sa tête un gouvernement assez fade aussi. Les cravates n’y sont pas que bleu ou marine ou océan, mais parfois violette ou jaune. Seulement, ces couleurs sont plutôt criardes, en tout cas rarement de bon goût.

Enfin, la journaliste et moi avons évoqué les séries politiques que j’affectionne, House Of Cards ou The West Wing. Une remarque m’est alors apparue. Eux, les américains, portent du bleu ciel. Il portent aussi du rouge à l’envie. Et diantre, ils osent encore la rayure club ! Ce conformisme social faisait d’ailleurs l’objet d’une blague dans le film The Social Network, relatant la création de Facebook quand les deux frères je ne sais plus comment se présentaient à je sais plus qui, leur répondant : hey vous voulez quoi, me faire ouvrir une franchise Brooks Brothers? Les deux portraits de sénateurs ci-dessus sont extraits du trombinoscope du Sénat. Ce sont les plus sobres et les plus représentatifs. La chemise blanche est aussi le complément quasi essentiel ! Les chemises à rayures bengal sont rares aussi, sauf pour les plus anciens représentants. Les rares en chemises bleues doivent être des biknit comme dirait Coluche ! Barack Obama ne dénote pas dans le tableau.

Par contre, un point qui mettra tout le monde au même niveau, les parlementaires des deux côtés de l’atlantique sont aussi mal fagotés !

Emboitement et emmanchure

21 septembre 2014

Confectionner une veste pour un client exige beaucoup de travail et des mesures précises. Cela demande aussi de comprendre ce dernier, et encore plus, d’arriver à le faire parler sur ses goûts, ses envies et son ressenti, peut-être le point le plus important.

Les longueurs sont un point crucial, longueur du corps d’abord, longueurs  des manches ensuite. Mais ce sont des points stylistiques. Il y a ensuite le niveau de cintrage, un point stylistique qui mêle aussi le confort. Car il faut pouvoir respirer dans une veste, il faut aussi pouvoir la fermer. ll faut aussi prévoir les éléments que le client va mettre dans les poches intérieures. Qui plus est, les vestes entoilées supportent moins bien les cintrages forts que les veste collées. Le tissu n’étant pas rigidifié (par le thermocollant) mais seulement accompagné (par la toile), la nuance est importante, il a tendance à se comporter naturellement. Aussi, le fameux X décrit dans la documentation spécialisée se produit plus rapidement avec une veste entoilée, parfois même pour un simple cintrage. C’est plus souple ! Sauf à utiliser une flanelle de 400gr, mais ce n’est pas forcément l’envie commune. Et puis le corps gonfle dans la journée…

Attention aussi à votre physique. Si vous avez les épaules larges et hautes, ou la tête assez forte, une veste trop cintrée pourrait vous donner l’air d’un bilboquet !

Un peu plus haut que le cintrage, il y a la poitrine et le raccord des manches. Ici, l’étude doit être approfondie et le tailleur ne trouvera pas forcément le ton juste dès la première veste. Car devant, le long de l’emmanchure, au dessus du poitrail, le niveau de drapé du tissu peut-être modulé, c’est ce qu’on appelle l’emboitement ! La veste peut ainsi plus ou moins serrer le flanc pour tourner et passer sous la manche. Laisser un peu trop de tissu aura tendance a visuellement gonfler la poitrine. En retirer juste un peu trop pourra faire ouvrir le revers. Et ce point se commande difficilement, passant de trop à trop peu assez rapidement.

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Les tailleurs s’écharperont tous sur le sujet. Certains aimeront laisser un peu de gras, d’autres préféreront tendre la ligne pour emboiter le flanc. Un travail spécifique de la toile et de la courbe d’emmanchure sera alors réalisé. La toile pourrait être par exemple piquée en même temps que la manche dans sa partie basse et courbée, et être bâti souplement dans sa partie haute avec l’épaulette. D’où une certaine rigidité au galbe mais une épaule qui avance souplement.

Se sentir tenu au bord du flan et sous la manche peut être ressenti comme un avantage (pour une majorité de clients actuels) ou une gêne (principalement pour les clients au delà de 50ans ou ceux n’ayant pas l’habitude).

Ce point de précision est complété par l’emmanchure haute. Plus elle est haute, plus le confort dans les mouvements est intense. Mais cela peut être ressenti comme une véritable gêne. Je ne joue pas trop avec ce point, préférant une version entre deux. Car l’emmanchure haute demande une réelle habitude. Elle se sent et peut faire transpirer plus. De là découle une usure rapide des doublures sous l’effet de l’humidité acide.

Les messieurs d’un certain âge préfèrent quant à eux une emmanchure profonde et un emboitement au large, pour ne pas sentir la veste. Ils y trouvent une plus grande liberté de mouvement, le tout soutenu par une épaulette cantilever. Tout l’inverse de l’affection italienne pour l’emmanchure haute et l’emboitement serré. Mais au fond, chacun ses goûts !

Bonne semaine, Julien Scavini

Aux couleurs de l’Union Jack !

23 juin 2014

Récemment, je faisais une recherche sur Albert Golberg, créateur de Façonnable et qui se consacre maintenant à sa nouvelle danseuse, Albert Arts, une marque implantée à Nice, sur la côte d’Azur. Albert Arts propose comme j’ai déjà pu l’évoquer ici et là, des articles de grande qualité. Mais surtout des articles hyper brandés et reconnaissables par l’utilisation d’une palette de couleur extrêmement restreinte : les couleurs de l’Union Jack, qui sont déclinées à l’envi. Ces couleurs sont au nombre de trois : rouge, blanc, bleu.

Vous connaissez depuis longtemps ma passion pour les harmonies de couleur. Le bleu reste la couleur la plus masculine qui soit. A partir d’un bleu de prusse ou d’un bleu marine, par adjonction de blanc, il est possible d’obtenir des nuances plus claires, pétrole ou azur par exemple. Tous ces bleus s’associent entre eux à merveille, chinos marine avec chemise ciel, complétés parfois par des souliers en veau-velours cobalt ou une veste en seersucker rayée barbeau.

Bref, Albert Arts use et abuse du drapeau anglais qu’il plaque sur beaucoup de ses créations. Par là, le ‘petit’ façonnier de Nice se rappelle l’âge d’or de la promenade des Anglais. L’Union Jack fait symbole et il n’est pas le seul à l’avoir compris : Hackett et Barbour au Royaume-Uni utilisent la même tactique, de même qu’un nombre très impressionnant de couturiers. Certains utilisent l’emblème par attachement conservateur, pour véhiculer un idéal de qualité et de respectabilité, distillant par là même un esprit tailleur, celui de Savile Row et Jermyn Street. D’autres en revanche le dérobent dans un esprit pop, libéral et novateur, détracteur ou rebelle aussi. C’est l’Union Jack de l’esprit rock, des Beatles et du renouveau post-industriel.

gilet rouge

La maison de Nice se situe certainement plus dans la première catégorie. Et à partir de ces trois couleurs tisse un véritable dialogue de nuances. Les cravates, la plupart du temps magnifiques alternent marine et rouge avec marine et blanc. Les tonalités se croisent et se conjuguent donnant à l’ensemble des produits proposés une véritable homogénéité. Qui plus est dans une gamme masculine. Je loue cet effort qui est fait. Au fond, pourrait-on dire qu’en dehors du bleu et du blanc, point de salut ?

Ceci étant dit, il convient de remarquer le rôle pivot du rouge dans cette dialectique. Une couleur pas évidente car parfois criarde, en tous cas toujours forte. Une cravate rouge ou une paire de chaussette rouge, cela réveille et parfois choque. Tout autant qu’un pantalon rouge, sans parler d’une veste rouge ! Une couleur à laquelle beaucoup d’hommes préfèrent le violet, plus discret.

Je voulais vous faire part de ce court sentiment après avoir vu la photo d’une mise avec un gilet rouge, superbe ! Cette touche de couleur rehaussait toute la mise, sport d’ailleurs. Elle l’égayait et lui donnait une vraie personnalité. Sans être de trop, l’ensemble parait à la fois classique et légèrement désinvolte.  Enfin, je souhaitais parler de l’Union Jack pour faire remarquer et pour s’amuser du fait que les couleurs de notre drapeau – étant l’exact inverse, bleu, blanc, rouge – sont bien moins souvent placardées sur les vestes que le drapeau de l’Union !

Bonne semaine, Julien Scavini.


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