Archive for the ‘Histoires’ Category

L’habit noir, d’origine française ?

9 septembre 2013

Chers amis, pour recommencer l’année, je vous propose une synthèse d’une partie du livre Les habits du pouvoir, Une histoire mondiale du costume d’apparat, de Dominique et François Gaulme, paru récemment aux éditions Flammarion. Le sujet du jour est donc un résumé du chapitre V, consacré à Philippe Le Bon et dont j’ai trouvé le sujet passionnant, permettez-moi de vous en faire profiter. Il traite de l’adoption du noir, un sujet récurent de e blog  ;)

L’adoption du noir à la cour de France remonterait à l’assassinat de Jean Sans Peur au pont de Montereau, en 1419. Initialement, il devait s’agir d’une rencontre entre Jean Sans Peur, duc de Bourgogne et chef de file des Bourguignons et le dauphin, futur Charles VII, du parti des Armagnacs. Le but ultime de la rencontre est de sceller une alliance pour bouter les anglais hors de France et mettre fin à la guerre de cent an. Mais l’atmosphère est tendue et l’orage éclate, Jean Sans Peur finit transpercé de multiples coups de lame.

"Ne pouvant venger ce meurtre immédiatement, son fils unique, Philippe (futur Philippe III, duc de Bourgogne  dit Philippe le Bon, ndlr), vingt trois ans, décide alors d’adopter pour lui-même et les gens de sa maison un deuil qui ne finira jamais". Page 78.

Ainsi, aux funérailles de celui-ci, tout fut recouvert ou peint en noir, avec de simple rehausses et broderies d’or, à l’image des deux mille fanions avec étendards ou des fauteuils de sa voiture. Ceci avait pour but de bien signifier au nouveau pouvoir bourguignon son refus d’oublier.

Dans le même temps, l’époque voit un bouleversement profond de la mode, en particulier masculine. En effet, le costume dit ‘ancien’ commence à disparaitre. Il s’agit de la robe longue, unisexe qui est caractéristique des dignitaires depuis Consantin, donc vers l’an 700. Ce vêtement est remplacé par le pourpoint, bien plus court, lacé et près du corps, qui permet plus de mouvements. Inspiré des tenues militaires, il connait un succès grandissant, surtout pour la chasse. Dans le même temps, l’usage des couleurs se modifie. Notons que dès le XIIème siècle, l’église a condamné et interdit au clergé les étoffes trop luxueuses, interdisant par exemple le rouge et le vert, "qui ont fait la gloire de Byzance." Par exemple, le roi Saint Louis pour son départ en croisade en 1248, change ses vêtements, comme le relate Tillemont : "Depuis qu’il fut parti de Paris, il n’usa plus d’habits ni de fourrures d’écarlate, de vert ou d’autre couleur éclatante [...] il voulut toujours être habillé fort simplement de bleu et de pers, de camelot ou de noir brunette ou de soie noire".

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Le bleu notamment devient couleur royale comme il est possible de le lire dans Les Très Riches Heures du Duc de Berry. A contrario, le duc de Bourgogne lui, ne quitte plus le noir, un noir qui depuis l’époque romaine est associé au deuil, aux maladies ou à la guerre. Fait intéressant, le Prince Philippe Le Bon possède les Flandres. Ses vêtements noirs sont donc loin d’être de simples robes de bures, mais sont au contraire d’une beauté et d’une richesse extraordinaire. Les teinturiers flamands vont ainsi développer un savoir faire unique à partir de la noix de galle pour produire de "très beaux noirs, solides et brillants". Et cette mode va déferler sur toute l’Europe.

D’une grande intelligence et bonté d’âme (d’où son surnom de Philippe Le Bon), le duc de Bourgogne va influencer beaucoup d’aristocrates européens. C’est aussi lui qui crée le très prestigieux ordre de La Toison d’Or. La tradition du noir se perpétue ainsi, notamment jusqu’à son arrière arrière petit fils, Charles Quint. En Espagne, le fils de ce dernier Philippe II trouve un terreau encore plus favorable à l’adoption du noir de cour grâce à l’importance de la foi Catholique. Cette mode du sombre finira par arriver – ou revenir – en France sous Henri II, fils de François Ier.

Ainsi, "à l’époque de la Renaissance, la haute société, riches marchands, citoyens en vue, banquiers juifs, tous finissent par endosser le noir, synonyme de raffinement et d’éminence sociale." Ainsi, la cours des Ducs de Bourgogne essaima le noir, dans un subtil mélange de mode et de religiosité. Cela est allé jusqu’à la décoration d’intérieur, avec le travail du marbre noir de Dinant ou encore l’ornementation des livres. Les auteurs de l’ouvrage,  Dominique et François Gaulme, rapportent même un extrait de Hamlet, dont le père a été assassiné comme le fut Jean Sans Peur :

This not alone my inky cloak, good mother,

Nor customary suits of solmn black,

Ce n’est pas seulement mon manteau d’encre, bonne mère,

Ni ce costume de noir solennel,          

Captivant, n’est-il pas ? A la semaine prochaine, Julien Scavini

Pape émérite et surtout coquet

11 mars 2013

A l’heure où les peuples catholiques du monde attendent la fumée blanche et la prononciation au balcon de la célèbre phrase ‘Habemus Papam‘, intéressons nous quelques instants au vestiaire de Sa Sainteté Benoit XVI ! S’il est inutile d’évoquer de nouveau son fournisseur de chaussettes  – Gamarelli – (qui ne confectionne d’ailleurs pas que ces articles), il est notable que le pape avait un goût pour l’élégance, d’esprit d’abord, vestimentaire ensuite. Et c’est d’autant plus remarquable qu’il est allemand !

Si je ne suis pas un fan des curés en soutanes dans la rue (en revanche cela a de l’allure dans le cadre d’une messe solennelle à St Eugène), il est notable que Benoit XVI a laissé revenir ce vêtement qui avait été remplacé par le moderne costume – pantalon noir depuis Vatican II. Et s’il a beaucoup œuvré pour faire évoluer l’Église d’Occident en la rapprochant de celle d’Orient, des peuples juifs et musulmans (malgré de nombreuses incompréhensions mutuelles), il est et restera comme un vicaire du christ particulièrement conservateur. pape benoit 16 chapeaux

Et sur le plan vestimentaire, évidemment, cela ne me gène guère. C’est tout de même un grand plaisir pour les yeux que de voir tous les hauts prélats du Vatican en grandes couleurs, doublés par les Gardes-Suisses, tout autant bariolés. Nous n’avons plus l’habitude de voir tant de jolis nuances de nos jours, à part peut-être au 14 juillet lorsque les militaires aussi daignent se parer de milles coloris.

Bref, un pape attaché aux traditions et qui n’a pas hésité à exhumer de vieux atours pontificaux. Signe de cela, la nomination en 2007 de Monseigneur Guido Marini au poste de maître des cérémonies liturgiques pontificales. Cet ecclésiastique est favorable à un retour à la tradition vestimentaire. C’est surtout au niveau des accessoires que se manifeste cette envie, comme par exemple à travers l’utilisation d’imposantes mitres de la fin du 18ème siècles (cf. dessin du milieu).

Ensuite, le pape étant frileux (il suffit pour cela de voir le nombre de couches de vêtement qu’il porte : chemise, gilet et veston croisé, avec entre les deux certainement un petit thermolactyl), il a besoin de se couvrir la tête. Ainsi, comme repris dans les dessins en haut, vous pouvez observer un ‘Saturno’. Il s’agit d’un chapeau d’été, couramment porté à Castel Gondolfo et qui est uniquement un accessoire non-cérémoniel (à la différence du ‘Galero’). Aussi appelé ‘Cappello romano’, il est a priori en fourrure de castor ou en feutre, mais peut aussi être de soie rouge. Il est rehaussé d’or. Il est d’ailleurs notable à ce sujet qu’il n’était pas insensible aux dorures.

Autre petite trouvaille de charme beaucoup plus cérémonielle, la remise au goût de jour (car pour le coup, il avait complètement disparu des usages depuis les années 60) du ‘Camauro’. Il s’agit d’un bonnet de laine ou de velours de soie rouge, bordé de fourrure d’Hermine. Si l’on ira pas voir s’il s’agit de vraie ou de fausse fourrure, je ne peux m’empêcher de trouver beaucoup d’attrait à ce couvre-chef. Il ressemble un peu à un bonnet de nuit ce qui n’est pas le plus élégant, mais il constitue une attention remarquable, et amusante ! Attendons de voir si le suivant en perpétue l’usage …

MàJ : finalement la tradition ne se perpétue pas pour l’instant, comme le rapporte Le Chouan.

Julien Scavini

Commençons le cours

14 janvier 2013

Je vais vous présenter au fil des prochaines semaines, le cours – dans les grandes lignes – que je donnais l’année dernière à l’École des Tailleurs sur l’élégance masculine. Ce cours s’appuie en très grande partie sur les images d’Apparel Arts intégrée à ce blog. Il s’adresse en priorité à un auditoire non-éclairé. Il est donc très basique. Débutons…

L‘élégance masculine possède ses propres règles. Je vais essayer de vous présenter celles-ci, structurées d’après mes lectures diverses (cf. bibliographie). Vous pouvez tout à fait les rejeter, c’est votre droit le plus absolu. Mais vous pouvez aussi vous interroger. D’où viennent ces règles ? Principalement de l’Angleterre de George V et de George VI, soit approximativement entre 1900 et 1950, avec un âge d’or que les amateurs situent vers 1930. Comme toutes les expressions humaines, l’habillement a été érigé en art. Et cet art s’est doucement sédimenté, couches par couches, au fils des époques jusqu’à nos jours.

Et si l’on fait exception de la période contemporaine ayant vu l’avènement du post-modernisme et la destruction des canons, a priori, un art est régie par des règles internes et externes. Ainsi, en peinture il existe des règles de maniement du pinceau et des règles de présentation des œuvres et des sujets. Des règles pour la forme, des règles pour fond. De nos jours, ces règles ont été remplacées par le diktat du talent, du génie personnel. A prix d’un travail personnel plus immense et encore plus élitiste. L’artiste n’est plus dans le canon, il est le canon. Chaque artiste définit donc le sien. Seuls les plus grands créent plus ou moins des canons à l’usage des autres : je pense à Le Corbusier en architecture, et aux suiveurs, néo-corbuséen de plus ou moins grand talent. Le styliste est l’artiste du vêtement. Il crée son propre référentiel et travail dedans. Avec plus ou moins – la encore – de succès. introduction cours

Bref, ici nous ne formons pas des stylistes, mais des artisans, des faiseurs. Vous avez déjà bien assez d’apprendre des gestes pour en plus devoir créer votre vocabulaire formel. Il en est tout autant pour vous cher lecteur. Vous avez déjà certainement bien assez de choses à penser pour ne pas devoir rajouter une strate complexe au sujet de votre façon de vous vêtir. Pour autant, sentir le t-shirt de la veille puis l’enfiler en même temps qu’un pantalon de survêt’ serait trop facile. Un peu d’effort est nécessaire, une question d’humanité, de chemin vers l’art. Vivre en beauté disait Saint-Laurent. Heureusement pour vous, des canons existent en mode masculine. Certes ils sont datés, certes, ils ne s’adaptent plus forcément à toutes les situations. Mais nous allons voir de quelle manière les faire évoluer, les bousculer. Car ils sont flexibles. Retenez bien cette notion. Les règles de bon sens de l’habillement doivent être vues comme une facilité d’esprit, un ensemble flexible et adaptable. Non un carcan : vous n’aurez rien compris.

Les élégances sont plurielles. A partir des mêmes bases, les résultats peuvent varier du tout au tout. La règle ne conduit pas à l’uniforme, bien au contraire. Elle n’est qu’ordonnancement de la liberté. Ordonnance que vous pouvez refuser. Mais que vous refuserez mieux si vous en connaissez le chemin et donc l’opposé où aller… Mais de toute manière, vous suivrez une autre ordonnance si vous refusez la précédente, à moins de préférer le chaos, mais je laisse ça aux plus fous.

L’idée est simple, chaque semaine un thème, ville, campagne, sport, soir etc. Dans chaque thème les règles, les exceptions, les possibles, les illustrations et les pistes d’évolutions. Dans chaque thème, il sera intéressant de mettre en perspective la version historique, grâce aux images d’Apparel Arts, et une version actualisée. Nous pourrons évoquer les changements intervenus ainsi que parler des différentes analyses suivant les pays.

Le but est de prendre un peu de plaisir dans l’apprentissage. Ensuite, simplement, calmement, la mise en place et l’analyse personnelle que vous en ferez vous donnera toute la liberté possible et se transformera en plaisir : celui de suivre au plus près avec gourmandise, ou au contraire de vous écarter avec malice du droit chemin…

Julien Scavini

Insaisissable style français, partie II

15 octobre 2012

Pour reprendre le fil de la semaine dernière, questionnons nous sur le pourquoi d’une prédominance anglaise dans l’art du vêtement masculin. Car a priori en Europe occidentale, les traditions vestimentaires se sont toujours ressemblées d’un pays à l’autre. Inutile d’attendre le XXème siècle pour parler de mondialisation. A la Renaissance déjà, les principales cours d’Europe s’habillaient plus ou moins sur le même modèle. Il est vrai que déjà les maîtres italiens en parfums et vêtements parcouraient l’Europe du Nord pendant que peintres et bâtisseurs du Nord visitaient des ruines du Sud.

La haute bourgeoisie et l’aristocratie européenne étaient donc vêtues de manière similaire. Les lourdes étoffes – velours de soie ou de mohair, toile de lin, brocards, pashmina – étaient monnaie courante. L’arrangement était le suivant : culotte jusqu’en dessous du genoux, pourpoint, puis plus tard gilet et justaucorps. Notons que le gilet était appelé veste et se nouait par lassage dans le dos.

Les évolutions du vestiaire, donc des traditions qui s’y rattachent, demandent du temps pour se produire. Et un calme relatif. La prime alors va aux anglais. Premièrement car leur régime politique est resté d’une incroyable stabilité au cours des siècles, aidé par une monarchie parlementaire ayant su savamment allier bourgeois et aristocrates. Deuxièmement car bénéficiant d’un territoire insulaire, la question de l’invasion et des guerres de frontières ne s’est jamais vraiment posé, laissant libre cours aux développements les plus divers.

En France, la Révolution sonne le glas de l’évolution naturelle de la garde-robe masculine de la haute société. La révolution d’abord eut à cœur de mettre de nouvelles tenues à la mode. Mais précisément, ce ne fut que des modes. La rupture fut donc brutale, d’autant que le territoire était encore très hétérogène – bretons, basques, savoyards, niçois, alsaciens, etc – et donc les influences multiples. L’Allemagne n’était pas mieux, dispersée en une multitude de provinces, de royaumes et d’états prussiens. Tout comme l’Autriche Hongrie. L’ensemble du continent européen connu à partir du début du 19ème siècle une série de bouleversements et de déchirures politiques d’ampleurs. Difficile alors de rendre le cours des choses immuable et de doucement faire évoluer les traditions.

Dire que l’Angleterre est la terre des conservatismes est peu de chose. C’est son essence même. Ainsi, la décapitation de notre bon roi Louis ne marqua pas un coup brutal à la mode à la française outre-manche. Au contraire, le vestiaire évolua tranquillement. Jusqu’à l’avènement une vingtaine d’année plus tard de la mode ‘garçon d’écurie’. Comme le rapporte Farid Chenoune, cette mode instillée par le ‘beau’ Brummell vit la disparition rapide et complète des ‘atours’, c’est-à-dire de tous les passements, broderies et autres passepoils dorés au profit d’une liquette de drap : de drap de laine. Disparition brutale car excessivement formelle mais évolution douce du point de vue de la forme du vêtement même. Puis après une rapide mode du collet haut, vinrent les revers : empiècement de tissus retombant du col. Le modèle se détachait des soubresauts du continent, il devenait autonome.

En France, la haute société devait revoir ses règles vestimentaires au même rythme que les révolutions politiques. Dès lors, difficile de faire le tri naturel entre utile et agréable, ornements et fioritures… En revanche, notre pays resta de la révolution française jusqu’à au moins la moitié de la révolution industrielle, une terre agricole, provinciale, rurale. Et là, nous pouvons trouver un terreau assez conservateur.

Je pose donc comme hypothèse que cette opposition des conservatismes anglais (concernant la noblesse et la haute-bourgeoisie – appuyées sur la ruralité) et français (se distinguant par sa ruralité uniquement) révèle bien des choses. Mais il s’agira très certainement d’une vision réduite, le vêtement de labeur ne s’intéressant que peu à l’élégance. Nous continuerons la semaine prochaine alors.

Julien Scavini

Les carreaux

24 septembre 2012

Ce soir, abordons la question des carreaux. Avec les rayures, c’est le motif par excellence des tenues masculines. Mais attention, les carreaux ont leurs registres et leurs limites. Notons d’abord qu’un carreau, autrement appelé carreau-fenêtre, n’est pas carré, mais allongé. Remarque un peu idiote certes, mais précision utile pour les béotiens. Le registre le plus courant du carreau-fenêtre est sportif, disons campagnard. C’est n’est pas, à la différence de la rayure, un motif pour la ville ; même si nous approcherons de la frontière, qui est plutôt floue. Le carreau accompagne très bien le tweed.

Donc, il est très courant de voir d’élégants croisements de lignes d’une grande variété de tonalités (rouilles, jaunes etc) sur fond de de tweed couleur mousse. Cela rehausse ainsi les laines vierges les plus simples. L’utilisation idéale de ces laines, en complément des tweed de plaids et autres tartans plus complexes, est le complet knickers pour la chasse. Avec un coordonné entre le haut et le bas, il peut aussi se porter en costume.

Dérivé de cela, nous trouvons la veste sport à carreaux. C’est peut-être la pièce la plus courante de nos jours. Des marques anglaises ou américaines bien connues ont pérennisé cet usage, en complément d’un pantalon de tweed uni, de flanelle ou de velours. La coordination d’une veste à carreaux avec un pantalon de velours, d’une belle couleur chatoyante est d’ailleurs du plus bel effet, et peut faire très jeune ! Notons que ces deux catégories appellent des lainages très particuliers. Ici, il n’est point question de couleurs de la ville, comme le bleu marine ou l’anthracite. Le tons tirent plutôt sur le marron, avec des compléments de couleurs vives.

Mais il existe une étroite possibilité pour les amateurs de carreaux de s’exprimer en ville. Remontons un peu en arrière, dans les villes universitaires anglaises, Cambridge ou Oxford. Comme le raconte Evelyn Waugh dans Brideshead, il est de bon ton dans ces cités de porter du tweed, ou quelque chose qui ne fasse pas londonien. Aucun étudiant ne voudrait en effet se rendre coupable de présomption et déjà arborer un complet de financier de la City. Le tweed était donc de bon aloi (les oxford bags trousers ne font pas parties du bon aloi) et les carreaux étaient donc habituellement portés. Pour autant, certaines étoffes de prix étaient plus raffinées que d’autres. Bon an mal an, les fins carreaux à la craie furent donc développés et l’usage en ville se pérennisa. Ceci dit, le complet de flanelle anthracite à carreaux ‘à la craie’ blancs fait très professeurs d’université. Même si, je sais bien …

Bref, résumons donc. D’un côté nous avons les laines genre tweeds avec des carreaux, plutôt typées chasse ou veston sport, et de l’autre les carreaux raffinés, avec un petit côté ‘universitaire’ sur les bords. De nos jours, les deux sont tout à fait acceptables en ville, d’autant que les premiers se sont teintés de cachemire et que les seconds sont vendus à longueur d’échoppes. Attention toutefois, le carreau, cela peut lasser. En revanche, un costume qui aurait lassé peut facilement continuer sa vie en dépareillé, la veste d’un côté comme veston sport et le pantalon en complément d’un pull ou d’un cardigan, pour un petit côté sortie au golf…

Julien Scavini

Visite du Président Félix Faure

23 septembre 2012

Petite trouvaille sur le site d’Arte+7, la visite filmée par un caméraman des frères Lumière du Président Félix Faure en Vendée, en 1897. Elle est intéressante à plus d’un titre, dont les tenues. Mention spéciale aux huissiers ouvrant la marche, en grande tenue, bas de soie noirs et escarpins vernis.

C’est ici.

Exposition Ancely à Biarritz

27 août 2012

Ce court billet illustré pour vous inciter – si vous êtes encore en vacance, ou avez la possibilité de l’être sur la côte basque – à voir l’exposition Biarritz, par Georges Ancely, à l’ancien casino Bellevue, jusqu’au 29 septembre. Vous pourrez admirer quelques 200 clichés de différents formats, ainsi que des vêtements d’époque, portant sur la période 1880-1895. Cette période très reculée permet d’appréhender des éléments du vestiaire masculin aujourd’hui disparus, et d’assister à la lutte entre vestons longs (fracs et redingotes) et vestons courts.

Georges Ancely n’était pas un artiste, ni même un photographe. L’illustration le présente à ses vingt ans, vêtu d’un étrange frac gansé à col velours dont le pantalon en prince de galles est rehaussé d’un galon. Toute une mode. Il tenait commerce de bijoux et de bronzes dorés à Toulouse. Il fut décoré pour sa bravoure militaire durant la guerre de 1870. Né en 1847 et mort en 1919 dans la ville rose, il développa une passion pour l’archéologie et la photographie au sein des nombreuses sociétés savantes de l’époque. Il voyagea beaucoup (en France et en Algérie, mais aussi Londres ou l’Italie) prenant de nombreux clichés. Les Pyrénées furent son sujet de prédilection. Il séjourna souvent à Biarritz, petite cité balnéaire qui connaissait à l’époque une rapide croissance aidée par le développement des ‘bains de mer’ et l’affection passée de l’Impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III. Il y réalisa de nombreux clichés, dont l’intérêt artistique réside principalement dans l’impeccable état de conservation et l’ordonnancement chronologique. Ils sont très détaillés permettant d’admirer avec minutie les tenues d’époque, hommes, femmes et enfants. Pour ne rien retirer à l’affaire, la scénographie est très bien réalisée. Notons qu’un quartier de Toulouse-Blagnac porte son nom, car il y possédait un petit château.

Plus d’informations ICI et LA.

Julien Scavini

Le bal de l’X

19 mars 2012

Vendredi soir avait lieu à l’Opéra Garnier l’un des évènements les plus mondains de la saison, le bal de l’Ecole Polytechnique. En avant soirée, j’ai eu l’occasion de regarder de plus près l’uniforme d’un des élèves. L’occasion intéressante d’observer une pièce à taille de plus près ; les tuniques militaires étant toujours captivantes à regarder, avec leur allure rigoureuse et leurs gros boutons dorés.

Alors, faisons un peu d’histoire. L’École Polytechnique fut officiellement créée durant la Révolution Française mais elle reste pour autant associée à l’Empire. En effet, Napoléon 1er lui conféra le statut d’école militaire, obligeant par là l’élite des ingénieurs à servir sous les drapeaux. Notons d’ailleurs que l’ingénierie fut originellement une activité des militaires, plus précisément, le génie. Cela remonte de l’époque romaine, où les ‘ingénieux’ concevaient de l’architecture et des machines, notamment de guerre. Vitruve nous ayant laissé dans son livre le De Architectura une somme de connaissance sur l’époque. Quelques architectes passèrent par l’Ecole Polytechnique, dont Jacques Nicolas Louis Durand, le père du rationalisme architectural. Mais je digresse.

Le 121ème bal ayant eut lieu samedi, ce fut l’occasion de voir dans Paris et son métro des hommes en uniforme, chose assez rare maintenant que nous vivons dans une société relativement démilitarisée. Qui pourrait citer le nom d’un général de nos jours ? Bref, j’ai eu l’occasion de regarder sous toutes les coutures une de ces tuniques, faite d’une épaisse serge de laine noire.

L’uniforme est constitué d’une tunique croisée, à sept boutons dorés, dépourvue de poche extérieure et ceinturée à la taille. Elle se complète d’un pantalon droit à plis avec un triple galonnage rouge en baguette. Les souliers sont des bottines type équestre à élastiques. La chemise possède un col cheminée court et des poignets mousquetaires, sur lesquels sont fixés des boutons de manchette dorés aux armes de l’École. Enfin, quelques accessoires, un bicorne placé dans l’axe du chef, des gants blancs et une épée. Pour parfaire la tenue, un faux col est fixée à l’intérieur du col officier. Mais pour des raisons pratiques, ce faux col est en fait un morceaux de plastique blanc, ce qui donne bien chaud au porteur de l’uniforme.

Et c’est ici la limite de la tradition. Il devient assez hasardeux de conserver la forme d’un héritage sans en préserver le fond. A l’instar de ce col en plastique, la tunique elle-même a subi les affres de la modernisation et est maintenant dépourvue de couture de taille. L’effet est moins net, la structure est rigide et non pas fluide comme peuvent l’être les pièces ajustées. Ceci dit, c’est une critique à la marge, l’effet restant assuré ! Le fabricant de ces pièces de série : Balsan, heureusement encore une entreprise française qu’il convient de saluer.

Pourtant, il fut une époque où tailleurs et militaires, notamment cadet de l’X avaient en commun. A l’instar de la médecine où il faut passer une certaine note pour être reçu dans le numerus clausus, il faut à Polytechnique passer la barre du tailleur, c’est à dire une certaine note permettant d’être reçu et par là même de filer se faire confectionner son grand uniforme !

Julien Scavini

La cravate blanche

16 janvier 2012

Nous sommes de nos jours habitués à voir des cravates aux tons colorés, aux motifs chamarrés et aux matières variées. Mais ce ne fut pas le cas pendant longtemps. Étudions rapidement cette évolution.

Jusqu’au milieu du XVIIIème siècle, il était courant d’arborer des cravates blanches en lin fin : de la baptiste. Plutôt qu’une cravate, il s’agissait plutôt d’un ancêtre du nœud papillon : la lavallière (la vraie, pas celle au nom usurpé des mariages d’aujourd’hui). Les pans, plutôt ou moins dentelés, retombaient de part et d’autre après avoir fait plusieurs fois le tour du cou, autour d’un col de chemise haut. C’est habituellement cette version que l’on portait en-cours à Versailles, jusqu’à Louis XVI, sous des versions diverses.


Le blanc était donc prépondérant, et c’était les vêtements qui arboraient les couleurs. Replacez ce principe aujourd’hui : votre costume en soie de couleurs et votre cravate blanche ? Quoique cela ferait un peu Kenzo ou autre non ?

A partir de ces faits, entrons dans les hypothèses, mes recherches étant encore partielles. Ce serait les allemands les premiers qui ont ‘inventé’ la cravate noire. Plus précisément, ce serait les romantiques allemands. Occupant des métiers intellectuels, ils auraient manqué de fonds pour entretenir les fines bandelettes de lin blanc. Vous l’avez sans doute constaté, les cols de chemises blanches se salissent (jaunissent) très vite. Alors que la cravate blanche nécessitait un entretien intensif que seule l’aristocratie pouvait s’offrir, ces jeunes artistes eurent recours, en complément du drap de laine noir à cet artifice plus ‘utilitaire’ (amusante caractéristique allemande). En France, des romantiques comme Balzac eurent recours également à la cravate violette (cravate équivalent ici encore à lavallière).


En Italie, à la même période (1790 / 1830), les mouvements révolutionnaires et démocratiques pour l’unité du pays se développaient. Regroupés sous forme de sociétés secrètes appelées Carbonari, les membres arboraient en signe de reconnaissance des nœuds avec des impressions de motifs cachemires, en provenance d’Inde. Là encore, une autre piste toujours actuelle, de cravate colorée naissait. Et depuis, toutes les folies sont possibles, des plus sombres anglaises aux plus vives américaines, en passant par les amusantes françaises.

Aujourd’hui, la cravate blanche n’est plus représentée que ponctuellement. ‘Cravate blanche’ d’ailleurs est le code pour le port de l’habit (queue de pie). Le noeud, de coton marcella (nid d’abeille) a remplacé la baptiste de lin. Cette sorte et cette couleur de nœud, sous forme de lavallière simplifiée, est encore utilisée en deux occasions : pour l’habit de chasse et pour l’habit de concours d’équitation. Deux soubresauts hélas. Pourtant, avec le retour du goût pour les vêtements colorés, cela pourrait être une alternative assez minimaliste.

En tout cas, certainement pas de nœuds en satin blanc ! Je ne vois aucune utilité à ces affreusetés, aucune !

Julien Scavini

Soirée cuir !

21 novembre 2011

Ce soir, penchons nous sur les pièces en cuir, éternellement à la mode et sur lesquelles je me penche depuis peu. Inutile d’espérer un discours sur le pantalon en cuir, non ; mais plutôt sur les blousons. Il est possible d’en trouver dans toutes les échoppes. Tous se valent ils, je ne sais pas. J’imagine que beaucoup des matières utilisées pour leurs confections viennent de chine. Par ailleurs, le processus de tannage  doit grandement influencer la durée de vie de la peau : effet du temps et donc de la patine, résistance à l’usure et aux plis. En revanche, au niveau de la coupe, il m’est possible de me prononcer.

Les blousons en cuir sont assez souvent attachés à la figure de l’aviateur. Si cette matière ancestrale a de tout temps été utilisée, elle a acquis des formes intéressantes grâce au travail des tailleurs des armées.  Le cuir est apprécié pour sa résistance, son endurance. Il est aussi thermiquement intéressant et (peut) protéger le corps des flammes. Deux modèles retiennent mon attention, deux classiques ! Le premier est le flying jacket heavy B3, datant de la seconde guerre mondiale. Avec, on pourrait vous croire descendant de votre bombardier, mais au moins, il est authentique ! Ce modèle-ci est d’ailleurs très reconnaissable à ses parmentures en moutons. Il possède traditionnellement une grande poche à cartes sur le devant et sa taille peut se resserrer grâce à des tirettes. C’est un blouson court, vous obligeant à porter un pantalon taille haute.

Le deuxième est un manteau croisé, plutôt court (pour la position assise) à grand col et manches raglantes, souvent ceinturé à la taille et possédant deux poches ventrales et une poche poitrine à rabat.  Ce modèle, digne des premiers temps héroïques de l’aviation est indéniablement élégant et très versatile.

Ces deux modèles sont trouvables aux puces, ou à défaut, la Mecque du surplus militaire : Doursoux qui en ré-édite de très beaux! Je ne suis pas spécifiquement un amateur de vêtements d’armées, mais quelques fois, c’est là que se nichent d’authentiques et robustes pièces. Puisqu’on me le souffle gentillement: Eastman Leather.

Ce soir également, une courte chronique de Stiff Collar Business :

  1. La marque Albert Arts dirigée par Albert Goldberg (article ici) réduit la voilure. Liquidation de l’enseigne à Paris (chez Old England) et baisse de capacité à Nice.
  2. Il semblerait que le groupe Richemont ait racheté les 2000m² du magasin Old England lui ayant par le passé déjà appartenu. L’idée serait d’en faire un vaste flagship dédié aux montres du groupe, dont Cartier. En recoupant avec l’information 1, Old England doit disparaitre. Triste nouvelle. Les touristes chinois sont visés par ce redéploiement à deux pas de la place Vendôme, sachant que leur panier moyen à Paris est de 1300€.
  3. Dormeuil a cédé toutes ses activités dans le prêt-à-porter et le sur-mesure à Smuggler. Aucune information sur le maintient à long terme de la marque Dormeuil. Par ailleurs, Dormeuil Drapiers Frères a déménagé l’intégralité de son business en Angletterre. Les tissus Dormeuil ne sont plus français (petit snif).
  4. La marque Brioni a été rachetée par le groupe de luxe PPR, qui compte en faire une marque de référence dans le luxe pour hommes. Notons également l’intention du fils de Bernard Arnault (groupe LVMH) de projeter Berluti sur une échelle globale, proposant en plus des souliers, des vêtements pour hommes.

Julien Scavini


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