Archive for the ‘Questions de style’ Category

Le petit maillot de corps

12 mai 2014

Je voyais cette semaine dans le métro un homme plutôt élégant, portant un chino à pinces et une jolie chemise. Son col de chemise était ouvert ! Et laissait entrevoir un maillot de corps blanc à col rond. J’ai immédiatement tilté : il doit être américain, c’est typique. Evidemment, il se mit à parler à la femme à côté, avec un fort accent… américain !

Le maillot de corps est-il un signe de propreté corporelle ? Un signe extérieur envoyé aux autres pour évoquer son hygiène et ses mœurs bonnes sous tous rapports ? Seul un américain pourrait répondre sur ce trait si typique de la culture US, qui transparait même à la télévision et au cinéma.

Je vais confesser en porter également, à col V, pour ne rien laisser deviner ! J’aime cette cotonnade car son touché est plus doux que celui des chemises, surtout moins froid le matin. Quand ce petit jersey blanc s’enfile sans y penser, la chemise bien repassée, apparait cassante, froide, même dans les plus fines étoffes.

Cela me permet également de ne pas abimer trop mes chemises, car les traces de transpiration attaquent fort le coton, et les déodorants modernes n’aident pas.

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Je sais que cette idée ne fait pas du tout l’unanimité, et je pense que vous serez nombreux à réagir à ce propos. Pourtant, il n’est pas si loin le temps où chacun portait un débardeur, le bien nommé Marcel d’après une société française qui le commercialisa sous ce nom ! C’était un signe de propreté, un sous-vêtement que l’on aurait oublié pour rien le matin. Le cadre le portait autant que le travailleur de force, mais pas pour les mêmes raisons. Symbole de la classe ouvrière, le Marcel permettait de protéger le torse des courants d’air tout en étant libre de ses mouvements au niveau des bras. Et ce coton se lave facilement.

Je crois avoir lu quelque part que cette invention – le maillot de corps en coton – est une invention européenne, que les soldats américains se sont appropriées durant la première guerre mondiale. Car lorsqu’ils sont arrivés pour nous aider, ils en ont découvert le confort par rapport aux maillots de corps en laine…

Et ce sont ces maillots de corps, le A-shirt (pour Athletic shirt) en anglais et marcel en français ainsi que le T-shirt (en forme de T), qui sont devenus de nos jours des vêtements à part entière et non plus des sous-vêtements. Il faut cependant éviter de porter le T-shirt avec un veste comme Ardisson ou Don Johnson dans Deux Flics à Miami ! Ce n’est pas élégant !

Bonne semaine, Julien Scavini

PS :La semaine prochaine, je ferai quelques annonces : un peu de mon actualité et aussi le lancement d’un nouveau concours, comme l’année dernière, avec quelques prix à gagner cette fois-ci. Je vous donnerai le thème complet, puis je dessinerai vos idées. Nous élirons les trois premiers, qui recevront cravates, pochettes, entre autres. Préparez-vous…

Le pantalon gris

5 mai 2014

Voici un article que je souhaite écrire depuis des lustres à propos d’un sujet qui me tracasse depuis toujours. Un sujet pas évident, sujet à controverse.

D’un point de vue classique, une veste sport, quelle qu’elle soit se complète d’un pantalon gris. De flanelle par exemple l’hiver, de laine froide l’été. C’est ainsi.

Seulement, deux choses me gênent dans cette idée. Premièrement, je classe le gris plutôt du côté des couleurs urbaines, qui s’opposent aux couleurs ‘sport’. D’un côté je range le gris, le noir et le bleu, de l’autre le marron, le vert, la rouille etc. Ainsi, je construis une garde robe sur ce principe. Avec le bleu pouvant jouer le rôle de pivot, qui se prête avec la même aisance au costume ou au chino.

Dès lors et c’est le second point, j’ai du mal à coordonner mes vestes sports dans les coloris cités plus haut avec un pantalon gris et des souliers marron. Car j’ai le marron associé au gris presque en horreur. A l’exception par exemple de souliers en veau-velours avec un pantalon gris foncé et un blazer marine. Remarquez, j’ai une paire de mocassins grainés qui vont bien – car assez sombre – avec du gris.

Je sais que nombre d’entre vous vont être étonnés par mes propos. Je marche sur des œufs, mais au moins cela provoquera un débat. Le gris va, il est conventionnel. Mais ce n’est pas l’accord ultime à mon goût, qu’en pensez-vous ?

J’argumente. Avec un veston de tweed aux tonalités marrons, que peut-on associer d’autre qu’un pantalon gris ? Immédiatement, je réponds pantalons marron (d’une nuance différente, ou d’une texture et/ou matière différente) ou sable. Autre option, si le marron s’accorde bien avec : du bleu marine ! Très Italien.

Si la veste a de légers carreaux bleus par exemple et si sa matière n’est pas du tweed, mais une laine fine, d’un genre très italien, alors un pantalon bleu ciel pourrait compléter également celle-ci, mais dans un accord très estival.

Je me souviens également d’un client à qui j’ai réalisé un pantalon de fin cavalry twill, dans une tonalité bronze. Superbe, à la fois légèrement urbain mais qui s’accorde à merveille avec les dégradés marron et rouille, ainsi que le vert. Et qui ne jure jamais sur des souliers marron.

J’ai également trouvé dans une liasse un sorte de gris mêlé de marron. Un tissu italien évidemment, que je trouve formidable, comme vous pouvez juger par le dessin. Ainsi, le débat est court-circuité par cet entre deux.

ILLUS49Pour ma part, je réserve maintenant mes pantalons gris aux blazers. Et avec mes vestes plus sport, j’associe l’hiver la moleskine ou le velours, et l’été la laine froide beige, le coton bleu ciel ou le blanc. Le chino beige ou marine joue un rôle intermédiaire. J’oublie enfin la flanelle anthracite, qui pour du gris, s’associe parfaitement avec les teintes marron. Une spécificité de cette matière chinée sans doute.

Finalement, s’habiller en suivant des conventions classiques est très facile. Un peu de bon sens et quelques règles suffisent. Par contre, commencer à s’habiller avec conscience, c’est à dire faire de son acte du matin une pensée construite, presque un art – de la futilité – cela fait réfléchir longuement. Très longuement. Au moins une vie…

Bonne semaine, Julien Scavini

PS : Je fais des fautes, oui et m’en excuse. Je publie très vite et n’ai pas toujours le temps de me relire. Et particulièrement sur les accords de couleur ! Mais bon sang, faut-il les accorder ou pas ? Je pars du principe que la couleur est quelque fois un adjectif qui s’accorde, mais plus souvent un nom commun qui est pris adjectivement. En gros, l’adjectif est aussi un nom. À ce moment-là, la couleur est invariable. Un avis sur la question ?

Le noir et le bleu

28 avril 2014

Pendant de très nombreuses décennies, les souliers noirs ont tenu le haut du pavé. Une chaussure de ville, prise comme une icône est noire. Les gentlemen d’Angleterre nous ont légué quelques codes, parmi lesquels l’usage de souliers différents avec une tenue formelle et avec une tenue sport. C’est ainsi que le noir et le sombre est devenues la couleur des tenues de ville, des tenues de cérémonie, bref de tout ce qui est important, et donc peut-être, du travail. Le marron quant à lui demeure une couleur plus naturelle, plus proche de la teinte de la peau d’origine, plus facile à marier avec des tenues décontractées.

De nos jours, les règles sont évidemment brouillées et personne n’est véritablement obligé – sauf par son milieu social, et encore – de respecter à la lettre ces préceptes. D’autant plus que si l’on suivait ceux-ci à la lettre, il ne serait pas possible de porter souvent les souliers marrons, surtout si l’on aime cela. Car de nos jours, et dans de nombreux domaines, la question du goût – personnel et collectif – se surimpose aux règles quelles qu’elles soient. Que je veuille ou non juger ce goût, il est là.

Et le goût du moment (est-ce une trouvaille italienne ?) consiste à associer un costume sombre avec des souliers marrons, y compris et surtout dans le cadre du travail voire même à un mariage ! Soit. Parfois et suivant le bleu, l’accord peut être sympathique. C’est le cas par exemple de l’alliance de flanelle bleu marine avec des souliers en veau-velours foncé. C’est parfois le cas avec des souliers d’un beau marron moyen, grainé, avec un bleu légèrement pétrole.

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Mais je m’arrête là, car l’usage de souliers marron clair est plus qu’hasardeux, avec du bleu marine ou pire, avec du gris… Ceci dit, il est bien vu de manière classique de porter l’ensemble blazer bleu, pantalon gris et souliers marrons. Donc le gris peut aller avec le marron. Une question de règles. Ceci-dit, je n’aime précisément pas tellement cet accord.

Les souliers noirs n’ont donc plus la cote ? Trop fades, trop semblables d’une paire à l’autre, trop classiques ? Classique ! Ah le mot est lâché pour immédiatement vouloir faire l’inverse. Pourtant, quel commun que toutes ces groles Eram, André ou Zara, marron clair, qui rebiquent car elles ne voient jamais d’embauchoirs ! Le métro le matin est un défilé de laideur.

J’avais récemment un client avec sa fiancé qui cherchait une telle alliance. Mon rôle n’est pas d’imposer mon goût, ni même de vouloir entrer dans de longs débats. Je fus très impressionné par leur capacité à trouver des règles pour associer gris et marron. Ils trouvaient que tel gris allait mieux, que tel autre moins. Je trouvais tout simplement que cela n’allait pas ensemble ! Chacun ses goûts.

Et finalement, ce qui me surprit le plus, c’est que le client chaussait des souliers noirs – un derby curieux – avec son jean, forcément…. bleu. Ah, alors ? Avec le costume bleu marine, plusieurs clients m’ont souvent dit que les souliers noirs ne s’harmonisaient absolument pas ! Que le marron était mieux. Mais là, le jean bleu par essence, se marierait-il mieux avec les souliers noirs? Je cherche encore la réponse … On se fait les règles que l’on veut. Cela s’appelle des principes à géométrie variable, un trait commun de l’époque.

Bonne semaine, Julien Scavini

La couleur verte

14 avril 2014

Une couleur difficile le vert… Ces quelques mots lâchés par tante Constance dans Gosford Park (Maggie Smith par Robert Altman)résument parfaitement la réaction de chacun, hommes et femmes à l’idée de porter du vert. C’est vrai mais bien dommage.

Rappelons d’abord que le vert est la couleur dont l’œil peut voir le plus de nuances, son spectre étant très large. Il existe une infinité de variantes, vert pomme, vert anis, vert menthe, vert sapin pour les végétaux, vert sinople en héraldique, vert malachite pour les pierres dures, vert du vers de terre et vert de gris, vert ScotchBrite, vert et bleu canard et j’en passe. De plus le vert est considéré comme la couleur relaxante par excellence. Voir de la verdure repose l’esprit.

Seulement quand il s’agit d’en porter sur soi, le débat se corse. La couleur attire, mais repousse aussi, à cause du teint blafard qu’elle peut donner.

J’ai identifié quelques pièces simples, qui proposées en vert, peuvent être très belles : une veste de tweed, une cravate en grenadine, une chemise rayée, un pantalon chino. Voyez l’illustration. Seulement attention au choix du vert.

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Si ces pièces peuvent être superbes, on ne les mariera que peu entre elles. Et là où le vert acquiert un intérêt certain, c’est dans sa capacité à s’associer à d’autres teintes. Je n’en connais pas qui soit aussi versatile. Ainsi le vert s’associe : avec les bruns évidemment, les orangés et autres rouilles, dans un accord très campagne qui convient bien aux roux ; avec les gris et surtout les anthracites osant une harmonie exceptionnelle rappelant un ciel d’orage sur fond de forêt printanière ; avec les bleus enfin, pour des associations à la fois très étudiées et en même temps presque insensées.

Ainsi, une veste en tweed, par exemple un fin donegal, peut être portée alternativement avec un pantalon de moleskine marron, un pantalon de flanelle anthracite et un chino bleu. Avec une chemise dans l’accord général, soit petits carreaux vert ou marron, soit petits carreaux vert ou anthracite, voir une popeline bleu ciel, soit avec une chemise à petits carreaux vert ou bleu ou encore une popeline bleu ciel. Petits carreaux ou rayures du reste, bien que le premier soit plus sport.

La cravate en grenadine verte, je l’ai dessinée dans cet article, en complément de LA chemise bleu ciel qui va bien avec tout. Un accord majeur à l’italienne.

La chemise à rayures bengal vertes est aussi une trouvaille. Avec un costume uni gris souris ou gris foncé, l’effet peut être captivant et peut – c’est assez curieux – passer pour du bleu à une certaine distance. Cela change des habituelles chemises bleues. En plus, vous pourrez utiliser cette chemise y compris avec des tenues sport à dominante marron.

Enfin le pantalon chino vert est presque devenu ces derniers temps un incontournable chez la plupart des revendeurs, H&M et autres Napapijri compris. Cela doit être dû à la capacité de tels pantalons (qui vont du vert amande au vert kaki) de se fondre dans la masse sombre, sans pour autant être du déjà vu. Il y a les pantalons de couleurs, les pantalons gris et bleus et ceux qui sont verts. D’un vert camouflage très à la mode en passant par un vert plus acidulé, ils iront avec tout en restant discret. Assez étonnant n’est-il pas ?

Je vous laisse méditer ces quelques réflexions, je ne doute pas que cela vous travaille longuement !

Bonne semaine, Julien Scavini

La saison des mariages, partie IV

31 mars 2014

Suite et fin des diverses possibilités pour s’habiller à SON mariage et ce soir pièce incontournable : le costume gris. Le mariage est l’événement formel par excellence, rare par définition. Le vêtement absolu (et rare) en terme de style reste d’abord et avant tout la jaquette. La jaquette est constituée d’un vêtement long (jusqu’aux genoux) de forme caractéristique (rond sur le devant et un bouton), principalement noire ou grise, que l’on associe avec un pantalon noir rayé de gris et de blanc (au dessin caractéristique la encore) et un gilet gris clair ou de couleur. Pour plus d’information, cet article fait le point sur le sujet.

Un client m’interrogeait récemment sur le porte de la veste longue, genre redingote. Comme il me dit, c’est la proposition incontournable des vendeurs ‘marieux’, et comme il me dit aussi : "c’est toujours d’un goût douteux". J’étais d’accord. Il s’agit là d’une invention contemporaine, batarde du point de vue du style. Si l’idée découle des redingotes droites du début du siècle, l’esprit ici est radicalement différent, et totalement déguisé. A la limite, tant qu’à être mal fagoté en ‘costard’ dans la vie de tous les jours, autant l’être aussi à son mariage. Non, ce vêtement est idiot, surtout en écru brillant comme il est possible de voir dans les vitrines. Si l’on veut un vêtement long, alors il faut se tourner vers la jaquette. En plus, si l’un comme l’autre se portent peu, vous pourrez reporter la jaquette à d’autres mariages, alors qu’il serait saugrenu de reporter une redingote blanche ailleurs (et même à votre mariage).

Bref, si vous trouvez la jaquette un peu trop formelle et pas pratique (car il est vrai qu’il est difficile d’arriver au bureau dans une telle tenue), l’alternative courte serait le costume gris ou anthracite. Je passe volontairement sur le ‘stroller’, qui paraitra décalé aux non initiés.

Je trouve le costume gris légèrement plus formel que le costume bleu marine à un mariage. Peut-être pour le côté plus éteint, moins lumineux que le bleu. Un bel anthracite, peut-être à chevrons fins comme pour les jaquettes peut être du plus bel effet, avec une chemise blanche et des souliers noirs. Là encore, le gris du costume appelle plus logiquement le noir aux pieds.

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Ce costume peut être trois pièces aussi. Trois pièces sur même tissu, trois pièces avec un gilet du même tissu mais d’une teinte plus claire, ou encore trois pièces avec un gilet dépareillé. Trois écoles se font face.

J’ai réalisé l’année dernière pour un client un complet gris moyen, dans une belle laine froide, lourde mais avec un veston non doublé. Avec, nous avons décidé de réaliser un gilet droit dépareillé, bleu ciel à fines rayures blanches : un tissu de costume, une laine froide là encore, sélectionnée dans une autre liasse. J’étais interrogatif lors du choix – du client – mais conquis par le résultat. L’ensemble était léger et très agréable et le rappel de bleu et de blanc faisait écho à la chemise et à la cravate.

Cet année, j’ai guidé un client vers un costume gris uni, d’une coupe relativement simple (deux boutons, deux poches horizontales) associé à un gilet croisé. Ce gilet, plutôt que de batailler des heures à trouver un autre tissu coloré, nous l’avons simplement réalisé dans le gris clair, juste à côté dans la liasse. Sans complication, mais avec un rendu exceptionnel. Ainsi, le complet n’était pas chargé et juste assez formel pour cet événement. Passé le mariage, le costume intégrera la vie de tous les jours et le gilet pourra ressortir à l’occasion de baptêmes ou fêtes de famille. D’une pierre, deux coups.

Je souhaite qu’avec ces diverses propositions, ce long chemin pour les non initiés paraitra plus simple et plus agréable à parcourir. Retenez une chose de ces articles. Il ne sert à rien de vouloir absolument faire de l’effet à votre mariage. Vous êtes le marié, tout le monde le saura. Et le simple fait de pousser la porte d’un tailleur donnera déjà à votre costume assez de cachet et une allure remarquable. Cela suffit.

Bonne semaine, Julien Scavini

La saison des mariages, partie III

24 mars 2014

L’une des difficultés des cérémonies de mariage, c’est qu’il a parfois lieu en deux temps, civil puis religieux, avec quelques jours ou mois d’avance. C’est par exemple le cas d’un de mes clients, qui se marie religieusement assez tard au mois d’aout, mais dont la cérémonie à la mairie a lieu au mois de juin. Vous me direz, où est la complication : costume les deux fois et costume identique. Et bien ce n’est pas si facile. Car il faut aussi compter avec la mariée, qui en toute logique garde la grande robe blanche pour l’Eglise. Les tenues pour le mariage civil sont plus sobres. ll est alors possible pour le marié de recourir à un simple costume de travail, que l’on aura mis au pressing avant, avec des souliers simples que l’on aura bien ciré également.

Dans le cas qui nous intéresse ce jour, ce mariage civil aura lieu à la campagne, dans l’arrière pays Varois. Il pourrait faire chaud, très chaud. Et l’idée d’un costume ne plaisait qu’à moitié. Son père quelques années auparavant et dans les mêmes conditions, avait porté un costume de coton beige puis un costume bleu marine. Mais il est rare que les fils fassent exactement comme les pères.

Nous avons passé en revue une grande quantité de tissu à la quête d’une idée. Pour ma part, je me souvenais d’une mise portée par le personnage de Peter Campbell dans la série Mad Men, lors d’une garden partie à l’occasion d’un mariage (S03E03). Le rapport était immédiat dans ma tête grâce à ce détail. Le blazer était marron et le pantalon bleu pétrole. Cravate fine très années 60 et petits derbys marrons foncés. L’ensemble était harmonieux. Seulement les tonalités étaient fortes, alors que la robe de la mariée sera claire. Dans un cadre champêtre, cela nous a paru déséquilibré.

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Nous avons également essayé d’inverser l’ensemble, souliers marrons et pantalon marron, le haut bleu (chemise + cravate + veste). Là encore, l’ensemble semble à la fois foncé et trop tranché (marron en bas, bleu en haut). L’avantage d’un pantalon bleu marine au milieu est de séparer deux masses de marron : souliers et veste.

Mais plus nous avancions plus la veste marron nous semblait fade. Le marron est une couleur formidable, qui dans une mise à l’italienne est facile et complète admirablement le bleu marine et les souliers en veau-velours tabac, mais qui en veste est assez ennuyeux. Une belle idée sur le papier mais une mise en œuvre plus difficile. J’en possède une mais ne suis jamais très enthousiaste à l’idée de la mettre. Le côté terreux sans doute. Alors qu’un ocre ou une teinte chamois est superbe.

Nous aurions pu pencher pour une veste sable précisément, et un pantalon bleu marine, mais pour le coup l’ensemble nous parut déséquilibré. Car les mises dépareillées doivent être équilibrées. Teintes foncées ensemble, ou teintes claires ensemble, ou tonalités se faisant écho etc.

Devions nous revenir au costume? Non. Nous trouvâmes bien un caviar bleu tirant sur le beige, mais il était à la fois trop lourd pour l’été et trop gris vu de loin. Car il faut penser à tester les échantillons à diverses distances.

Finalement, nous nous arrêtâmes sur un coton sable pour le pantalon. Une matière lourde (360grs) avec un joli tombé. Et pour la veste, nous avons sélectionné deux tissus bleus, l’un bleu piqué de beige assez clair et l’autre natté bleu plus franc. C’est moi qui choisirai, le client n’en pouvant plus au bout d’une heure et demie de choix cornélien. Il y a un moment où le tailleur reprend la main, que lui laisse courtoisement son client en toute confiance. Et j’ai toute confiance dans les deux choix. Il me reste donc à choisir :)

Bonne semaine, Julien Scavini

La saison des mariages, partie II

17 mars 2014

Continuons ce jour le tour d’horizon des différents cas qui se sont présentés à moi, à propos des tenues de mariage. L’une des premières questions que je peux poser pour cerner mieux l’idée du jeune homme a rapport au thème de couleur. Certains couples choisissent en effet de décorer leur salle de banquet avec des chemins de tables ou des fleurs d’une certaine couleur. Cette couleur est souvent répétée sur les cravates et accessoires portés par les témoins et pères.

J’ai déjà eu le plaisir d’être le témoin de la mariée et mes amis avaient décidé d’acheter un lot de cravate, pour tous les témoins et pères. Nous avions tous une cravate violette, assez foncée et le marié en avait une violette claire. Ainsi, malgré nos jaquettes et costumes différents (les pères n’avaient pas voulus de la jaquette, à la différence des jeunes ; monde amusant), il y avait une certaine harmonie dans l’assemblée, et le premier cercle était immédiatement lisible sur les photos de groupe.

Donc, un jeune homme se présente avec une idée simple : costume blanc pour être raccord avec la marié… Oui oui oui… J’écoute tranquillement et je dois hélas le doucher assez vite : la laine blanche, ça n’existe pas! C’est une matière animale, c’est donc toujours crème. Et je dois dire qu’au premier abord, je manquais d’inspiration. J’avais en tête les affreuses liquettes à moitié longue, blanches, que l’on peut voir dans les boutiques de mariage. Le projet m’enthousiasmait peu.

Et puis je lui ai parlé de ce thème de couleur, et il m’a répondu vouloir une cravate ou un papillon bleu lagon, ou bleu sarcelle (bleu/vert canard), pour correspondra à la ceinture de la robe de sa fiancée et aux couleurs de la décoration de salle. Intéressant ! Il est vrai qu’envisager un costume entièrement dans cette couleur serait difficile. Le blanc était finalement une couleur pas idiote pour ce costume. Je repris ma réflexion, en ouvrant des liasses de coton et de lin, les seules matières que j’avais en blanc de blanc.

A force de conversation, nous nous sommes arrêtés sur le trois pièces blanc de coton, finalement dans un esprit à gentleman anglais, bien loin des premières idées affreuses que j’avais. Pour les souliers, une interrogation demeure encore : marron, noir ou bleu s’il est possible d’en trouver?

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Le second cas fut aussi très intéressant. Pour la première fois, c’était un couple de garçon qui venait pour se faire couper deux costumes identiques. Comme quoi, le mariage gay, ça fait faire des affaires! L’un des deux avait essayé chez un ‘spécialiste’ du mariage une veste col mao greige, avec gilet orange très haut et affreuse lavallière du même ton que le gilet. La tenue n’était pas grotesque, mais ce jeune homme est plutôt petit et costaud. La veste col officier était une absolue hérésie sur lui. Avec des manches recouvrant la moitié de la main, le tableau n’était pas très heureux.

Mais grâce à cet essayage, ils avaient décidé de porter de l’orange et que cette couleur constituerait un thème. J’accueillis l’idée favorablement, même si cette couleur franche n’est pas forcément facile à placer.

Nous avons étudié d’abord un assortiment pantalon orange avec veste blanche, puis l’inverse en passant en revue laine froide, lin et coton. Pas évident, les oranges sont souvent criards ou au contraire éteints. Nous sommes revenus au trois pièces en tombant par hasard sur une laine froide crème à pieds de poule orangés. Superbe  et idéal pour un gilet. Nous nous sommes finalement arrêtés sur des costumes de lin crème, associés à ces fameux gilets. L’ensemble fait merveille avec des souliers en daim blanc et une cravate orange en soie sauvage. Je leur ai sortie de la tête la lavallière, qui de mon humble avis fait vraiment costumé, surtout que personne n’en maîtrise vraiment le montage avec l’épingle. Et pour les différencier, l’un aura une veste à col châle et l’autre une veste à cran pointu.

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Finalement, nous pouvons voir à travers ces deux exemples qu’à partir d’idées curieuses ou très moyennes du point de vue de l’élégance classique, il est possible d’arriver à des réponses d’un goût relativement épuré, ni criard ni terne et très différents de costume de travail. Et quand le client est aussi ravi du résultat que le tailleur, tout va bien ! J’ai pu paraitre un peu dur dans le premier article la semaine dernière. Mais personne n’est obligé de s’y connaitre en vêtement, et chacun peut faire des erreurs de jugement à propos de tel ou tel style. La bonne démarche, c’est déjà d’aller chez un professionnel de bon conseil ! Et il y en a.

 

Bonne semaine, Julien Scavini

La ‘drape cut’

30 septembre 2013

On m’a souvent demandé d’écrire sur la coupe drape cut pour l’expliquer. En effet, il semble que l’on puisse trouver de nombreuses références à celle-ci sur les divers blogs traitant de l’univers tailleur. Seulement, le concept technique est souvent éludé, rarement travaillé, et sert quasiment à chaque fois de bain-moussant à des articles et ‘tailleurs’ plus ou moins intéressants. Et j’ai toujours été très gêné à l’idée d’aborder ce sujet, très technique et au fond tellement rare chez les tailleurs. Mais je vais tenter ce jour une explication.

La coupe drape cut peut être traduite en français par coupe drapée. C’est l’essence même de la coupe des années 30 et 40, par opposition des coupes de la belle époque, littéralement étriquées.

Ce drapé se positionne sur le côté de la poitrine où il crée un pli. Si toutes les vestes à cette époque présentaient un peu de drapé, c’est surtout le tailleur anglais Scholte qui lui donna ses lettres de noblesse (sous le terme de Scholte cut), même si ce sont les américains (sous le terme d’american cut) qui en firent l’allure quasi-unique du gentleman des 40’s.

L’effet était le suivant :  donner aux hommes une allure de stentor, en pinçant fort la taille et en développant les poitrines et les épaules. Car au delà de la poitrine, l’ajout voire l’excès d’épaulette est l’autre caractéristique de l’américan cut. L’homme ressemblait à une armoire à glace, l’allure n’était pas naturelle (et je dis cela sans jugement malgré la formule négative).

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Le concept de la coupe drapée au niveau des poitrines est difficile à comprendre pour un non-initié. Car de nos jours, il est quasi-impossible de trouver une telle veste dans le prêt-à-porter ou même la mesure. Les vestes contemporaines présentent des poitrines très près des pectoraux. Ainsi la poitrine est enveloppée, tenue, contenue. Avec la coupe drapée, c’est tout le contraire. Le tissu est laissé très lâche, comme si il y avait trop de tissu devant. Ce trop de tissu se répartit alors en un long repli le long de l’emmanchure. Cela se joue à la coupe.

J’ai mis longtemps à vraiment comprendre, sentir ce point de détail. Je dois tout de même confesser y avoir été très tôt confronté, car l’atelier italien avec lequel je travaille propose justement une coupe drapée en poitrine. Mes premières vestes présentent ainsi une formidable aisance au niveau du coffre. Mais depuis un certain temps déjà, je réduis à la commande cette carrure -excessive d’un point de vue contemporain – pour faire des poitrines plus sèches, c’est à dire plus tendues sur le pectoral. Ceci dit, c’est purement une question de goût du client. Beaucoup de jeunes clients viennent m’interroger sur l’opportunité de confectionner une telle veste drapée. Bien souvent juste comme une lubie, car il est notable que l’effet est très particulier.

J’ajouterai enfin que toutes les bonnes vestes présentent un certain degré de liberté en poitrine (à la différence du patronage moderne et industriel), degré qui est variable d’un tailleur à l’autre. Il va du drapé léger pour mettre un portefeuille comme chez Camps De Luca ou beaucoup d’autres grands tailleurs au drapé fort à la Anderson & Sheppard. Pour ma part, je dois confesser que mes vestes drapées sont d’un confort inénarrable. Seulement à la différence de l’originale ‘drape cut’ très épaulée, je préfère lui adjoindre une épaule italienne tombante. Question d’époque !

Interview de Hugo Jacomet par Bonne Gueule

18 août 2013

Au creux de l’été, voici une – longue – interview d’un personnage bien connu dans notre petit milieu, Hugo Jacomet. Celle-ci a été réalisé par le plus moderne – dans les idées ;) – site internet Bonne Gueule. Voici le lien.

Interview de Hugo Jacomet (Parisian Gentleman) par BonneGueule sur Vimeo.

Julien Scavini

Comment s’habiller l’été ?

8 juillet 2013

Ça y’est, les beaux jours sont arrivés (touchons tous du bois). Et avec eux, la même question revient d’année en année, que mettre par de telles chaleurs ? Question aussi lancinante que le temps pousse à la langueur ! Évidemment, si vous travaillez, un ou deux costumes très fins et un peu amples peuvent faire l’affaire. La plupart des magazines de mode masculine proposent des silhouettes vêtues de blanc, parfois même de trois pièces. Qui peut supporter le trois pièces ces temps-ci ?

La laine reste-t-elle la matière idéale ? Oui en ce qui concerne le haut du corps, la veste. Car rien n’est plus fin que celle-ci. En revanche, pour le pantalon, la question se pose ardemment. Car chaleur dit transpiration dit nettoyage incessant. Et il faut reconnaitre qu’un pantalon en laine, si fine soit-elle, ne sera peut-être pas le plus idéal, ne passant pas vraiment à la machine. Le pantalon en coton apparait dès lors comme le choix de la raison. Seulement le coton a un défaut, il n’est jamais tellement net, finissant toujours par froissé et ayant souvent l’aspect de carton plié. Mais il est quand même possible d’en trouver de bon poids. 280gr parait un minimum en coton, alors que 230gr peut être idéal dans de la laine.

blazer d'étéPour la veste, il faut choisir une laine nattée. C’est à dire ayant été tissée de manière lâche, souple, pour laisser passer l’air. Il en existe d’une multitude de poids et de couleurs. La grande famille des laines d’été est appelée ‘laines froides’. Parfois, un petite dose de mohair rendra la veste moins froissable, elle sera parfois appelée alpagua, bien que cela ne soit pas tout à fait exact. Certains mélanges avec du lin ou de la soie peuvent se révéler par ailleurs magnifiques.

Vous pouvez donc opter pour un costume bleu marine très fin, ou le même bleu marine à rayures tennis fines. La veste pourra être portée seule, ce qui vous fera une tenue supplémentaire. Sinon, le basique impératif à dénicher est le blazer en natté aérien et non-doublé, que vous compléterez toujours facilement avec un chino de coton clair ou un pantalon de laine froide gris. En complément, un veston sport dans une belle toile de laine, de couleur bronze, va s’avérer être passe-partout. Ou également une veste en tissu Solaro, dont Parisian Gentleman nous parle cette semaine. Notons aussi qu’un costume de coton ou de laine légère couleur mastic, caramel ou beige, sera d’un grand secours, allant toujours bien avec les souliers marrons et pouvant être dépareillé. Car le costume blanc, encore un fois, ce n’est pas un basique, bien au contraire, c’est une gageure à bien mettre en scène !

Bonne semaine, Julien Scavini


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