Archives de la catégorie ‘Questions de style’

La couleur verte

14 avril 2014

Une couleur difficile le vert… Ces quelques mots lâchés par tante Constance dans Gosford Park (Maggie Smith par Robert Altman)résument parfaitement la réaction de chacun, hommes et femmes à l’idée de porter du vert. C’est vrai mais bien dommage.

Rappelons d’abord que le vert est la couleur dont l’œil peut voir le plus de nuances, son spectre étant très large. Il existe une infinité de variantes, vert pomme, vert anis, vert menthe, vert sapin pour les végétaux, vert sinople en héraldique, vert malachite pour les pierres dures, vert du vers de terre et vert de gris, vert ScotchBrite, vert et bleu canard et j’en passe. De plus le vert est considéré comme la couleur relaxante par excellence. Voir de la verdure repose l’esprit.

Seulement quand il s’agit d’en porter sur soit, le débat se corse. La couleur attire, mais repousse aussi, à cause du teint blafard qu’elle peut donner.

J’ai identifié quelques pièces simples, qui proposées en vert, peuvent être très belles : une veste de tweed, une cravate en grenadine, une chemise rayée, un pantalon chino. Voyez l’illustration. Seulement attention au choix du vert.

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Si ces pièces peuvent être superbes, on ne les mariera que peu entre elles. Et là où le vert acquiert un intérêt certain, c’est dans sa capacité à s’associer à d’autres teintes. Je n’en connais pas qui soit aussi versatile. Ainsi le vert s’associe : avec les bruns évidemment, les orangés et autres rouilles, dans un accord très campagne qui convient bien aux roux ; avec les gris et surtout les anthracites osant une harmonie exceptionnelle rappelant un ciel d’orage sur fond de forêt printanière ; avec les bleus enfin, pour des associations à la fois très étudiées et en même temps presque insensées.

Ainsi, une veste en tweed, par exemple un fin donegal, peut être portée alternativement avec un pantalon de moleskine marron, un pantalon de flanelle anthracite et un chino bleu. Avec une chemise dans l’accord général, soit petits carreaux vert ou marron, soit petits carreaux vert ou anthracite, voir une popeline bleu ciel, soit avec une chemise à petits carreaux vert ou bleu ou encore une popeline bleu ciel. Petits carreaux ou rayures du reste, bien que le premier soit plus sport.

La cravate en grenadine verte, je l’ai dessiné dans cet article, en complément de LA chemise bleu ciel qui va bien avec tout. Un accord majeur à l’italienne.

La chemise à rayures bengal vertes est aussi une trouvaille. Avec un costume uni gris souris ou gris foncé, l’effet peut être captivant et peut – s’est assez curieux – passer pour du bleu à une certaine distance. Cela change des habituelles chemises bleues. En plus, vous pourrez utiliser cette chemise y compris avec des tenues sport à dominante marron.

Enfin le pantalon chino vert est presque devenu ces derniers temps un incontournable chez la plupart des revendeurs, H&M et autres Napapijri compris. Cela doit être dû à la capacité de tels pantalons (qui vont du vert amande au vert kaki) de se fondre dans la masse sombre, sans pour autant être du déjà vu. Il y a les pantalons de couleurs, les pantalons gris et bleus et ceux qui sont verts. D’un vert camouflage très à la mode en passant par un vert plus acidulé, ils iront avec tout en restant discret. Assez étonnant n’est-il pas ?

Je vous laisse méditer ces quelques réflexions, je ne doute pas que cela vous travaille longuement !

Bonne semaine, Julien Scavini

La saison des mariages, partie IV

31 mars 2014

Suite et fin des diverses possibilités pour s’habiller à SON mariage et ce soir pièce incontournable : le costume gris. Le mariage est l’événement formel par excellence, rare par définition. Le vêtement absolu (et rare) en terme de style reste d’abord et avant tout la jaquette. La jaquette est constituée d’un vêtement long (jusqu’aux genoux) de forme caractéristique (rond sur le devant et un bouton), principalement noire ou grise, que l’on associe avec un pantalon noir rayé de gris et de blanc (au dessin caractéristique la encore) et un gilet gris clair ou de couleur. Pour plus d’information, cet article fait le point sur le sujet.

Un client m’interrogeait récemment sur le porte de la veste longue, genre redingote. Comme il me dit, c’est la proposition incontournable des vendeurs ‘marieux’, et comme il me dit aussi : "c’est toujours d’un goût douteux". J’étais d’accord. Il s’agit là d’une invention contemporaine, batarde du point de vue du style. Si l’idée découle des redingotes droites du début du siècle, l’esprit ici est radicalement différent, et totalement déguisé. A la limite, tant qu’à être mal fagoté en ‘costard’ dans la vie de tous les jours, autant l’être aussi à son mariage. Non, ce vêtement est idiot, surtout en écru brillant comme il est possible de voir dans les vitrines. Si l’on veut un vêtement long, alors il faut se tourner vers la jaquette. En plus, si l’un comme l’autre se portent peu, vous pourrez reporter la jaquette à d’autres mariages, alors qu’il serait saugrenu de reporter une redingote blanche ailleurs (et même à votre mariage).

Bref, si vous trouvez la jaquette un peu trop formelle et pas pratique (car il est vrai qu’il est difficile d’arriver au bureau dans une telle tenue), l’alternative courte serait le costume gris ou anthracite. Je passe volontairement sur le ‘stroller’, qui paraitra décalé aux non initiés.

Je trouve le costume gris légèrement plus formel que le costume bleu marine à un mariage. Peut-être pour le côté plus éteint, moins lumineux que le bleu. Un bel anthracite, peut-être à chevrons fins comme pour les jaquettes peut être du plus bel effet, avec une chemise blanche et des souliers noirs. Là encore, le gris du costume appelle plus logiquement le noir aux pieds.

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Ce costume peut être trois pièces aussi. Trois pièces sur même tissu, trois pièces avec un gilet du même tissu mais d’une teinte plus claire, ou encore trois pièces avec un gilet dépareillé. Trois écoles se font face.

J’ai réalisé l’année dernière pour un client un complet gris moyen, dans une belle laine froide, lourde mais avec un veston non doublé. Avec, nous avons décidé de réaliser un gilet droit dépareillé, bleu ciel à fines rayures blanches : un tissu de costume, une laine froide là encore, sélectionnée dans une autre liasse. J’étais interrogatif lors du choix – du client – mais conquis par le résultat. L’ensemble était léger et très agréable et le rappel de bleu et de blanc faisait écho à la chemise et à la cravate.

Cet année, j’ai guidé un client vers un costume gris uni, d’une coupe relativement simple (deux boutons, deux poches horizontales) associé à un gilet croisé. Ce gilet, plutôt que de batailler des heures à trouver un autre tissu coloré, nous l’avons simplement réalisé dans le gris clair, juste à côté dans la liasse. Sans complication, mais avec un rendu exceptionnel. Ainsi, le complet n’était pas chargé et juste assez formel pour cet événement. Passé le mariage, le costume intégrera la vie de tous les jours et le gilet pourra ressortir à l’occasion de baptêmes ou fêtes de famille. D’une pierre, deux coups.

Je souhaite qu’avec ces diverses propositions, ce long chemin pour les non initiés paraitra plus simple et plus agréable à parcourir. Retenez une chose de ces articles. Il ne sert à rien de vouloir absolument faire de l’effet à votre mariage. Vous êtes le marié, tout le monde le saura. Et le simple fait de pousser la porte d’un tailleur donnera déjà à votre costume assez de cachet et une allure remarquable. Cela suffit.

Bonne semaine, Julien Scavini

La saison des mariages, partie III

24 mars 2014

L’une des difficultés des cérémonies de mariage, c’est qu’il a parfois lieu en deux temps, civil puis religieux, avec quelques jours ou mois d’avance. C’est par exemple le cas d’un de mes clients, qui se marie religieusement assez tard au mois d’aout, mais dont la cérémonie à la mairie a lieu au mois de juin. Vous me direz, où est la complication : costume les deux fois et costume identique. Et bien ce n’est pas si facile. Car il faut aussi compter avec la mariée, qui en toute logique garde la grande robe blanche pour l’Eglise. Les tenues pour le mariage civil sont plus sobres. ll est alors possible pour le marié de recourir à un simple costume de travail, que l’on aura mis au pressing avant, avec des souliers simples que l’on aura bien ciré également.

Dans le cas qui nous intéresse ce jour, ce mariage civil aura lieu à la campagne, dans l’arrière pays Varois. Il pourrait faire chaud, très chaud. Et l’idée d’un costume ne plaisait qu’à moitié. Son père quelques années auparavant et dans les mêmes conditions, avait porté un costume de coton beige puis un costume bleu marine. Mais il est rare que les fils fassent exactement comme les pères.

Nous avons passé en revue une grande quantité de tissu à la quête d’une idée. Pour ma part, je me souvenais d’une mise portée par le personnage de Peter Campbell dans la série Mad Men, lors d’une garden partie à l’occasion d’un mariage (S03E03). Le rapport était immédiat dans ma tête grâce à ce détail. Le blazer était marron et le pantalon bleu pétrole. Cravate fine très années 60 et petits derbys marrons foncés. L’ensemble était harmonieux. Seulement les tonalités étaient fortes, alors que la robe de la mariée sera claire. Dans un cadre champêtre, cela nous a paru déséquilibré.

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Nous avons également essayé d’inverser l’ensemble, souliers marrons et pantalon marron, le haut bleu (chemise + cravate + veste). Là encore, l’ensemble semble à la fois foncé et trop tranché (marron en bas, bleu en haut). L’avantage d’un pantalon bleu marine au milieu est de séparer deux masses de marron : souliers et veste.

Mais plus nous avancions plus la veste marron nous semblait fade. Le marron est une couleur formidable, qui dans une mise à l’italienne est facile et complète admirablement le bleu marine et les souliers en veau-velours tabac, mais qui en veste est assez ennuyeux. Une belle idée sur le papier mais une mise en œuvre plus difficile. J’en possède une mais ne suis jamais très enthousiaste à l’idée de la mettre. Le côté terreux sans doute. Alors qu’un ocre ou une teinte chamois est superbe.

Nous aurions pu pencher pour une veste sable précisément, et un pantalon bleu marine, mais pour le coup l’ensemble nous parut déséquilibré. Car les mises dépareillées doivent être équilibrées. Teintes foncées ensemble, ou teintes claires ensemble, ou tonalités se faisant écho etc.

Devions nous revenir au costume? Non. Nous trouvâmes bien un caviar bleu tirant sur le beige, mais il était à la fois trop lourd pour l’été et trop gris vu de loin. Car il faut penser à tester les échantillons à diverses distances.

Finalement, nous nous arrêtâmes sur un coton sable pour le pantalon. Une matière lourde (360grs) avec un joli tombé. Et pour la veste, nous avons sélectionné deux tissus bleus, l’un bleu piqué de beige assez clair et l’autre natté bleu plus franc. C’est moi qui choisirai, le client n’en pouvant plus au bout d’une heure et demie de choix cornélien. Il y a un moment où le tailleur reprend la main, que lui laisse courtoisement son client en toute confiance. Et j’ai toute confiance dans les deux choix. Il me reste donc à choisir :)

Bonne semaine, Julien Scavini

La saison des mariages, partie II

17 mars 2014

Continuons ce jour le tour d’horizon des différents cas qui se sont présentés à moi, à propos des tenues de mariage. L’une des premières questions que je peux poser pour cerner mieux l’idée du jeune homme a rapport au thème de couleur. Certains couples choisissent en effet de décorer leur salle de banquet avec des chemins de tables ou des fleurs d’une certaine couleur. Cette couleur est souvent répétée sur les cravates et accessoires portés par les témoins et pères.

J’ai déjà eu le plaisir d’être le témoin de la mariée et mes amis avaient décidé d’acheter un lot de cravate, pour tous les témoins et pères. Nous avions tous une cravate violette, assez foncée et le marié en avait une violette claire. Ainsi, malgré nos jaquettes et costumes différents (les pères n’avaient pas voulus de la jaquette, à la différence des jeunes ; monde amusant), il y avait une certaine harmonie dans l’assemblée, et le premier cercle était immédiatement lisible sur les photos de groupe.

Donc, un jeune homme se présente avec une idée simple : costume blanc pour être raccord avec la marié… Oui oui oui… J’écoute tranquillement et je dois hélas le doucher assez vite : la laine blanche, ça n’existe pas! C’est une matière animale, c’est donc toujours crème. Et je dois dire qu’au premier abord, je manquais d’inspiration. J’avais en tête les affreuses liquettes à moitié longue, blanches, que l’on peut voir dans les boutiques de mariage. Le projet m’enthousiasmait peu.

Et puis je lui ai parlé de ce thème de couleur, et il m’a répondu vouloir une cravate ou un papillon bleu lagon, ou bleu sarcelle (bleu/vert canard), pour correspondra à la ceinture de la robe de sa fiancée et aux couleurs de la décoration de salle. Intéressant ! Il est vrai qu’envisager un costume entièrement dans cette couleur serait difficile. Le blanc était finalement une couleur pas idiote pour ce costume. Je repris ma réflexion, en ouvrant des liasses de coton et de lin, les seules matières que j’avais en blanc de blanc.

A force de conversation, nous nous sommes arrêtés sur le trois pièces blanc de coton, finalement dans un esprit à gentleman anglais, bien loin des premières idées affreuses que j’avais. Pour les souliers, une interrogation demeure encore : marron, noir ou bleu s’il est possible d’en trouver?

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Le second cas fut aussi très intéressant. Pour la première fois, c’était un couple de garçon qui venait pour se faire couper deux costumes identiques. Comme quoi, le mariage gay, ça fait faire des affaires! L’un des deux avait essayé chez un ‘spécialiste’ du mariage une veste col mao greige, avec gilet orange très haut et affreuse lavallière du même ton que le gilet. La tenue n’était pas grotesque, mais ce jeune homme est plutôt petit et costaud. La veste col officier était une absolue hérésie sur lui. Avec des manches recouvrant la moitié de la main, le tableau n’était pas très heureux.

Mais grâce à cet essayage, ils avaient décidé de porter de l’orange et que cette couleur constituerait un thème. J’accueillis l’idée favorablement, même si cette couleur franche n’est pas forcément facile à placer.

Nous avons étudié d’abord un assortiment pantalon orange avec veste blanche, puis l’inverse en passant en revue laine froide, lin et coton. Pas évident, les oranges sont souvent criards ou au contraire éteints. Nous sommes revenus au trois pièces en tombant par hasard sur une laine froide crème à pieds de poule orangés. Superbe  et idéal pour un gilet. Nous nous sommes finalement arrêtés sur des costumes de lin crème, associés à ces fameux gilets. L’ensemble fait merveille avec des souliers en daim blanc et une cravate orange en soie sauvage. Je leur ai sortie de la tête la lavallière, qui de mon humble avis fait vraiment costumé, surtout que personne n’en maîtrise vraiment le montage avec l’épingle. Et pour les différencier, l’un aura une veste à col châle et l’autre une veste à cran pointu.

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Finalement, nous pouvons voir à travers ces deux exemples qu’à partir d’idées curieuses ou très moyennes du point de vue de l’élégance classique, il est possible d’arriver à des réponses d’un goût relativement épuré, ni criard ni terne et très différents de costume de travail. Et quand le client est aussi ravi du résultat que le tailleur, tout va bien ! J’ai pu paraitre un peu dur dans le premier article la semaine dernière. Mais personne n’est obligé de s’y connaitre en vêtement, et chacun peut faire des erreurs de jugement à propos de tel ou tel style. La bonne démarche, c’est déjà d’aller chez un professionnel de bon conseil ! Et il y en a.

 

Bonne semaine, Julien Scavini

La ‘drape cut’

30 septembre 2013

On m’a souvent demandé d’écrire sur la coupe drape cut pour l’expliquer. En effet, il semble que l’on puisse trouver de nombreuses références à celle-ci sur les divers blogs traitant de l’univers tailleur. Seulement, le concept technique est souvent éludé, rarement travaillé, et sert quasiment à chaque fois de bain-moussant à des articles et ‘tailleurs’ plus ou moins intéressants. Et j’ai toujours été très gêné à l’idée d’aborder ce sujet, très technique et au fond tellement rare chez les tailleurs. Mais je vais tenter ce jour une explication.

La coupe drape cut peut être traduite en français par coupe drapée. C’est l’essence même de la coupe des années 30 et 40, par opposition des coupes de la belle époque, littéralement étriquées.

Ce drapé se positionne sur le côté de la poitrine où il crée un pli. Si toutes les vestes à cette époque présentaient un peu de drapé, c’est surtout le tailleur anglais Scholte qui lui donna ses lettres de noblesse (sous le terme de Scholte cut), même si ce sont les américains (sous le terme d’american cut) qui en firent l’allure quasi-unique du gentleman des 40′s.

L’effet était le suivant :  donner aux hommes une allure de stentor, en pinçant fort la taille et en développant les poitrines et les épaules. Car au delà de la poitrine, l’ajout voire l’excès d’épaulette est l’autre caractéristique de l’américan cut. L’homme ressemblait à une armoire à glace, l’allure n’était pas naturelle (et je dis cela sans jugement malgré la formule négative).

drape cut

Le concept de la coupe drapée au niveau des poitrines est difficile à comprendre pour un non-initié. Car de nos jours, il est quasi-impossible de trouver une telle veste dans le prêt-à-porter ou même la mesure. Les vestes contemporaines présentent des poitrines très près des pectoraux. Ainsi la poitrine est enveloppée, tenue, contenue. Avec la coupe drapée, c’est tout le contraire. Le tissu est laissé très lâche, comme si il y avait trop de tissu devant. Ce trop de tissu se répartit alors en un long repli le long de l’emmanchure. Cela se joue à la coupe.

J’ai mis longtemps à vraiment comprendre, sentir ce point de détail. Je dois tout de même confesser y avoir été très tôt confronté, car l’atelier italien avec lequel je travaille propose justement une coupe drapée en poitrine. Mes premières vestes présentent ainsi une formidable aisance au niveau du coffre. Mais depuis un certain temps déjà, je réduis à la commande cette carrure -excessive d’un point de vue contemporain – pour faire des poitrines plus sèches, c’est à dire plus tendues sur le pectoral. Ceci dit, c’est purement une question de goût du client. Beaucoup de jeunes clients viennent m’interroger sur l’opportunité de confectionner une telle veste drapée. Bien souvent juste comme une lubie, car il est notable que l’effet est très particulier.

J’ajouterai enfin que toutes les bonnes vestes présentent un certain degré de liberté en poitrine (à la différence du patronage moderne et industriel), degré qui est variable d’un tailleur à l’autre. Il va du drapé léger pour mettre un portefeuille comme chez Camps De Luca ou beaucoup d’autres grands tailleurs au drapé fort à la Anderson & Sheppard. Pour ma part, je dois confesser que mes vestes drapées sont d’un confort inénarrable. Seulement à la différence de l’originale ‘drape cut’ très épaulée, je préfère lui adjoindre une épaule italienne tombante. Question d’époque !

Interview de Hugo Jacomet par Bonne Gueule

18 août 2013

Au creux de l’été, voici une – longue – interview d’un personnage bien connu dans notre petit milieu, Hugo Jacomet. Celle-ci a été réalisé par le plus moderne – dans les idées ;) – site internet Bonne Gueule. Voici le lien.

Interview de Hugo Jacomet (Parisian Gentleman) par BonneGueule sur Vimeo.

Julien Scavini

Comment s’habiller l’été ?

8 juillet 2013

Ça y’est, les beaux jours sont arrivés (touchons tous du bois). Et avec eux, la même question revient d’année en année, que mettre par de telles chaleurs ? Question aussi lancinante que le temps pousse à la langueur ! Évidemment, si vous travaillez, un ou deux costumes très fins et un peu amples peuvent faire l’affaire. La plupart des magazines de mode masculine proposent des silhouettes vêtues de blanc, parfois même de trois pièces. Qui peut supporter le trois pièces ces temps-ci ?

La laine reste-t-elle la matière idéale ? Oui en ce qui concerne le haut du corps, la veste. Car rien n’est plus fin que celle-ci. En revanche, pour le pantalon, la question se pose ardemment. Car chaleur dit transpiration dit nettoyage incessant. Et il faut reconnaitre qu’un pantalon en laine, si fine soit-elle, ne sera peut-être pas le plus idéal, ne passant pas vraiment à la machine. Le pantalon en coton apparait dès lors comme le choix de la raison. Seulement le coton a un défaut, il n’est jamais tellement net, finissant toujours par froissé et ayant souvent l’aspect de carton plié. Mais il est quand même possible d’en trouver de bon poids. 280gr parait un minimum en coton, alors que 230gr peut être idéal dans de la laine.

blazer d'étéPour la veste, il faut choisir une laine nattée. C’est à dire ayant été tissée de manière lâche, souple, pour laisser passer l’air. Il en existe d’une multitude de poids et de couleurs. La grande famille des laines d’été est appelée ‘laines froides’. Parfois, un petite dose de mohair rendra la veste moins froissable, elle sera parfois appelée alpagua, bien que cela ne soit pas tout à fait exact. Certains mélanges avec du lin ou de la soie peuvent se révéler par ailleurs magnifiques.

Vous pouvez donc opter pour un costume bleu marine très fin, ou le même bleu marine à rayures tennis fines. La veste pourra être portée seule, ce qui vous fera une tenue supplémentaire. Sinon, le basique impératif à dénicher est le blazer en natté aérien et non-doublé, que vous compléterez toujours facilement avec un chino de coton clair ou un pantalon de laine froide gris. En complément, un veston sport dans une belle toile de laine, de couleur bronze, va s’avérer être passe-partout. Ou également une veste en tissu Solaro, dont Parisian Gentleman nous parle cette semaine. Notons aussi qu’un costume de coton ou de laine légère couleur mastic, caramel ou beige, sera d’un grand secours, allant toujours bien avec les souliers marrons et pouvant être dépareillé. Car le costume blanc, encore un fois, ce n’est pas un basique, bien au contraire, c’est une gageure à bien mettre en scène !

Bonne semaine, Julien Scavini

Folie bleue

27 mai 2013

J’écris aujourd’hui ce court article pour faire remarquer à quel point le bleu gagne du terrain dans le vestiaire masculin. Auparavant couleur exclusive de la ville – avec les gris – il gagne aujourd’hui du terrain, porté par l’art du sportswear.

Pour tout dire, sur les 4 costumes en livraison que j’ai devant les yeux au moment où j’écris ces lignes, 3 sont bleus. Un signe ! De plus en plus d’hommes choisissent cette couleur. Elle a l’avantage, même dans les teintes les plus sombres, d’être toujours plus lumineuse que les gris. Ceci dit, la profonde noirceur des anthracites est formidable aussi ! En flanelle, un blazer bleu marine possède ainsi une intensité remarquable.

Attention toutefois lors du choix d’un bleu marine, car ils ne paraissent pas tous fort bleu. Seulement, lorsque vous vous tenez sous un rayon de soleil – rare en ce moment – l’effet bleu puissant peut se présenter. On distingue trois bleus pour les costumes : marine, minuit, pétrole aux notes prunes (A-B-C).

Un autre bleu qui était très très employé, surtout en France est le bleu de chauffe, ou bleu de mécano, qui est la couleur officielle de la France dans les courses automobiles, d’où le nom de bleu France (D) ou bleu Bugatti. Il est assez difficile à décrire et à trouver. C’est une couleur particulièrement franche ! On pouvait trouver beaucoup de tenues de travail, sur des bases de vestes carrés à col Claudine, pour les ouvriers, dans des cotons ultra-lourds.

différents bleusLe bleu était donc plutôt une couleur de la ville, financière ou industrieuse, en opposition aux tonalités de loisir, plus teintées de marron.

Seulement voilà, le bleu a envahit ce segment, par l’intermédiaire du sportswear ! Tout est bleu maintenant. D’abord et avant tout en accompagnement de l’extraordinaire développement du jean, confectionné en toile denim teinte à l’indigo.

Si bien que tout est bleu de nos jours : chinos, pulls, vestes et mêmes souliers ! Les totals looks peuvent être plaisant à l’œil. Au delà, le bleu peut se porter été comme hiver. L’été, en complément de pièces beige/sable et de blanc, c’est le triptyque gagnant. L’hiver, en association avec le marron chocolat et le beige/kaki, c’est simple comme bonjour ! Le bleu marine se paye même le luxe d’aller à merveille avec le vert, une association piquante à l’œil, avec une vibration sans pareille !

bleu été hiverBref, une couleur versatile ! Et vous, comment aimez-vous le bleu ? Et lequel, marine, ciel, prune etc… ? Je n’ai volontairement pas fait d’illustration ce jour, pour vous laisser le choix des propositions. On va refaire un petit concours amusant :

- imaginons que vous soyez invités à une garden-partie semi-formelle, dans un jardin. Le thème de l’après midi estivale est : reflets de la piscine de Gatsby, tout de bleu vêtu. Quelles pièces choisissez vous ? Comment les mariez-vous ? Décrivez moi la tenue, rapidement, de la tête aux pieds, je dessinerai une dizaine de figurines correspondantes. On va constater l’état d’esprit sportwear du moment ;). Et pas forcément complètement bleu, mariez les tons si vous souhaitez.

A la semaine prochaine. Julien Scavini.

Deux ou trois boutons

13 mai 2013

Voici une des questions les plus récurrentes du métier de tailleur, veston deux ou trois boutons ? Elle se pose invariablement lorsque vient le moment de choisir la forme générale de la veste que l’on commande. Et elle est moins évidente qu’il n’y parait. Beaucoup de messieurs butent sur celle-ci. Car cette question renvoie à une idée de style. Cette forme particulière, que va-t-elle dire de moi ?

Évidemment, la première des options est de regarder l’anatomie générale de la personne. Si vous êtes petit, fuyez le trois boutons, c’est la logique même. Mais une logique qui n’a pas toujours eu cours. Un de mes vieux clients, qui a toute sa vie été chez le même tailleur et qui est pourtant assez petit et corpulent, ne veut que du trois boutons. Son ancien tailleur lui avait dit que c’était comme ça qu’il fallait s’habiller, et que sur lui, c’est idéal et mieux que le deux boutons qui le tasserait… Je m’interroge encore. Que voulez-vous, on ne peut lutter contre les habitudes.

2 ou 3 boutonsLa mode après. Celle-ci est au deux boutons ces temps-ci et depuis un petit moment déjà. Lorsque j’avais interviewé Camps De Luca à ce propos l’été dernier, il m’avait été dit que le deux boutons était maintenant ultra majoritaire dans les commandes. A tel point qu’il n’y avait plus de trois boutons en production. Un signe.

Est-ce une question d’ouverture, d’échancrure, pour montrer plus de cravate par exemple ? Peut-être. Seulement, le costume croisé – à la mode également – ne permet pas une profonde échancrure, du fait de la croisure assez haut. Pour ma part, j’aime les deux, sans distinction. J’ai seulement remarqué que les trois boutons vieillissaient un peu moins bien, présentant notamment des drapés sur la poitrine, du fait du non-boutonnage du haut. Mais ce dernier habille plus. Son côté plus refermé est plein de discrétion, à l’inverse du deux boutons, plus démonstratif. C’est donc surtout une question d’attitude personnelle, et de moment. Notons qu’une veste trois boutons, l’hiver, tient plus chaud.

Enfin, par le petit schéma ci-dessous, étudions les différents trois boutons que l’on peut rencontrer dans le commerce ou chez les tailleurs :

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  • A : le trois boutons classique. Le revers ne commence qu’après le dernier bouton. Il ‘roule’ donc un peu plus haut que le bouton, avec une revers plutôt court.
  • B : le trois boutons, à l’italienne. Le revers commence au dernier bouton, ou à peine avant. L’entrainement du revers et son ‘roulé’ ne peu se développer si vous fermez le dernier bouton. Mais si vous le laissez ouvert (un classique de nos jours), le roulant de revers s’exprime bien, à mi-chemin entre un deux et un trois boutons. Ceci dit, du point de vue des tailleurs parisiens avec qui j’en ai discuté, un revers qui roule de cette manière (c’est à dire sur le bouton) est mal conçu. C’est donc le signe, d’un point de vue parisien d’une mal façon, ce que nierait un tailleur italien !
  • C : le revers américain. Il s’agit en fait d’un véritable deux boutons. La troisième, fausse boutonnière, est exécutée dans le revers, sur l’envers, enfin l’endroit du coup.

Et vous, quel est le vôtre ? Bonne semaine, Julien Scavini

 

Le(s) revers parisien(s) (MàJ)

28 mai 2012

Dans la bataille opposant les styles italiens et anglais, nous possédons une carte plutôt unique et qui signe immédiatement l’origine française – parisienne – d’une costume : le cran ou revers parisien. Cette ligne unique est en effet inconnue outre manche et les italiens ne l’utilisent pas à ma connaissance. C’est un cran de tailleur. Petite définition pour commencer : les dessins de l’anglaise et de la contre-anglaise forment ce que l’on appelle cran du revers.Le prêt à porter et la demi-mesure le maîtrisent rarement tant il est difficile à bien patronner. Car, briser la ligne d’anglaise (je rappelle que classiquement, la ligne ‘portant’ le cran (l’anglaise) est droite dans le modèle classique anglais, cf.A ) est à la portée de beaucoup. Il n’est pas rare de voir dans les mauvaises boutiques des crans plus ou moins brisés, dont on ne sait si l’effet était voulu ou non. Le patronage de ce modèle de cran est une gageure. Il s’accommode assez mal de revers larges. Il me semble que le raffinement parisien, à la Gonzalez, va aux petits revers, disons 8/9cm de large. De même, ce cran ne se place pas trop haut sur l’épaule et exprime toute sa force placé assez bas ; plus bas que la mode actuelle. J’ai essayé de représenter ces différents crans, ce qui n’est guère facile. Ces documents sont des croquis avant tout et ne constituent qu’une simple illustration du propos.

A Commençons par les anglaises classiques : le cran sport anglais, type A. Le revers n’est pas trop large, la ligne d’anglaise légèrement inclinée, le cran ouvert à presque 90°. B Deuxième cran, que l’on ne peut pas considérer comme ‘parisien’, mais créé par une maison si parisienne qu’il se retrouve là : le cran sport (type A) à la Cifonelli. Il est plus haut que le précédent, et son cran est très typique, la contre-anglaise (le col) dépassant presque du revers en vue de face en perspective (la ligne orange montre cet effet de ‘dépassement’). J’ai toujours trouvé cela curieux, mais c’est un dessin. Vous pouvez constater la différence avec le modèle A.

MàJ: commentaire de Lorenzo Cifonelli: Le cran de revers classique Cifonelli mesure 4cm alors que le cran du col mesure 3,8 cm. La ligne de l’anglaise du col ne suit pas le cran du revers mais est remontée d’un centimètre*. Le cran du revers est situé à 9 cm de la couture d’épaule pour une taille standard. *Il s’agit donc, et c’est une bonne information, d’un cran brisé, l’anglaise n’étant pas rectiligne.

C Ensuite nous trouvons le cran parisien des façonniers et du prêt-à-porter. C’est un dérivé du cran aigu représenté au milieu. Seulement par rapport au cran aigu (pointu), la contre-anglaise est décollée de l’anglaise, ouvrant le cran, plus ou moins. C’est par exemple le cran de Marc Guyot ou d’Arnys PàP. Il m’a semblé que c’était aussi celui de Rambure ou d’Ohnona (plus ou moins). Il est caractérisé par une ‘pointe’ de revers. Le revers est assez aigu en fait (pointe orange).

D La plupart des tailleurs grande-mesure utilisent un cran légèrement moins aigu, à l’instar de Guilson, Diagme ou di Fiore. Le revers est un peu plus rond, il possède un certain galbe. L’angle en haut du revers reste pour autant légèrement aigu.

E Le véritable revers parisien, dessin de Joseph Camps est maintenant perpétué avec brio par la maison Camps De Luca. Ici, les deux angles du revers et du col sont à 90° (voir tracé vert et tracé orange). C’est le must en terme de coupe. Notons seulement que la contre-anglaise est plus courte que l’anglaise, le cran n’est pas symétrique. Le col n’est pas aussi large que le revers (tracé bleu).

F Cette fois-ci justement, sur la même base de cran de revers, avec avec un cran symétrique, c’est-à-dire possédant une anglaise et une contre-anglaise d’égales dimensions (lignes rouges). L’effet est plus formel encore. Il me semble qu’Arnys utilise ce cran en grande mesure. G Le Cran Smalto. Rappelons que Francesco Smalto fut chef coupeur chez Camps et qu’il partit fonder sa maison en emportant – c’est logique – son savoir-faire. Outre le cran Camps qu’il utilisa beaucoup, il développa une variante, le cran Smalto. Si je le trouve un peu daté, je reconnais qu’il peut avoir beaucoup d’élégance. Le tailleur Brahim Bouloujour semble l’affectionner. Ici, la proportion entre l’anglaise et la ligne de jonction revers/col est inversée. Vous pouvez constater que la ligne orange est bien plus courte que dans les autres modèles. Cela induit une grosse nuance stylistique. L’échancrure (le cran) est plus profond et plus près de la cassure du revers en même temps. La ligne d’anglaise se trace à la perpendiculaire de la cassure (trait vert).

H Enfin, une variante du cran Smalto, croisé par le cran parisien C. La jeune maison Wicket nous gratifie en effet d’une création aussi originale qu’inédite. Ici les revers sont assez étroits et le rapport cran / jointure col-revers déséquilibré, à l’instar du précédent.

Voici pour cette ébauche sur les crans parisiens. C’est un sujet assez ardu, car demandant une importante base documentaire. Il est possible que les dessins produits ne représentent pas tout à fait la vérité. Cela, à la limite, doit rester dans les ateliers. Ceci dit, si certains tailleurs veulent m’envoyer un croquis, je le reproduirai ici volontiers. J’espère que le propos est assez clair également. Il n’est pas facile de parler de sujet si pointu…

Julien Scavini


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