Archive for the ‘Pièces de dessus’ Category

Emboitement et emmanchure

21 septembre 2014

Confectionner une veste pour un client exige beaucoup de travail et des mesures précises. Cela demande aussi de comprendre ce dernier, et encore plus, d’arriver à le faire parler sur ses goûts, ses envies et son ressenti, peut-être le point le plus important.

Les longueurs sont un point crucial, longueur du corps d’abord, longueurs  des manches ensuite. Mais ce sont des points stylistiques. Il y a ensuite le niveau de cintrage, un point stylistique qui mêle aussi le confort. Car il faut pouvoir respirer dans une veste, il faut aussi pouvoir la fermer. ll faut aussi prévoir les éléments que le client va mettre dans les poches intérieures. Qui plus est, les vestes entoilées supportent moins bien les cintrages forts que les veste collées. Le tissu n’étant pas rigidifié (par le thermocollant) mais seulement accompagné (par la toile), la nuance est importante, il a tendance à se comporter naturellement. Aussi, le fameux X décrit dans la documentation spécialisée se produit plus rapidement avec une veste entoilée, parfois même pour un simple cintrage. C’est plus souple ! Sauf à utiliser une flanelle de 400gr, mais ce n’est pas forcément l’envie commune. Et puis le corps gonfle dans la journée…

Attention aussi à votre physique. Si vous avez les épaules larges et hautes, ou la tête assez forte, une veste trop cintrée pourrait vous donner l’air d’un bilboquet !

Un peu plus haut que le cintrage, il y a la poitrine et le raccord des manches. Ici, l’étude doit être approfondie et le tailleur ne trouvera pas forcément le ton juste dès la première veste. Car devant, le long de l’emmanchure, au dessus du poitrail, le niveau de drapé du tissu peut-être modulé, c’est ce qu’on appelle l’emboitement ! La veste peut ainsi plus ou moins serrer le flanc pour tourner et passer sous la manche. Laisser un peu trop de tissu aura tendance a visuellement gonfler la poitrine. En retirer juste un peu trop pourra faire ouvrir le revers. Et ce point se commande difficilement, passant de trop à trop peu assez rapidement.

ILLUS56

Les tailleurs s’écharperont tous sur le sujet. Certains aimeront laisser un peu de gras, d’autres préféreront tendre la ligne pour emboiter le flanc. Un travail spécifique de la toile et de la courbe d’emmanchure sera alors réalisé. La toile pourrait être par exemple piquée en même temps que la manche dans sa partie basse et courbée, et être bâti souplement dans sa partie haute avec l’épaulette. D’où une certaine rigidité au galbe mais une épaule qui avance souplement.

Se sentir tenu au bord du flan et sous la manche peut être ressenti comme un avantage (pour une majorité de clients actuels) ou une gêne (principalement pour les clients au delà de 50ans ou ceux n’ayant pas l’habitude).

Ce point de précision est complété par l’emmanchure haute. Plus elle est haute, plus le confort dans les mouvements est intense. Mais cela peut être ressenti comme une véritable gêne. Je ne joue pas trop avec ce point, préférant une version entre deux. Car l’emmanchure haute demande une réelle habitude. Elle se sent et peut faire transpirer plus. De là découle une usure rapide des doublures sous l’effet de l’humidité acide.

Les messieurs d’un certain âge préfèrent quant à eux une emmanchure profonde et un emboitement au large, pour ne pas sentir la veste. Ils y trouvent une plus grande liberté de mouvement, le tout soutenu par une épaulette cantilever. Tout l’inverse de l’affection italienne pour l’emmanchure haute et l’emboitement serré. Mais au fond, chacun ses goûts !

Bonne semaine, Julien Scavini

La laine solaire

30 juin 2014

L’été, lorsqu’il fait chaud – ce qui est assez loin d’être atteint cette année – la question vestimentaire devient cruciale, surtout si vous devez être habillé classiquement, j’entends par là le contraire de la combinaison t-shirt et pantacourt. Le port du costume peut même devenir une vraie plaie si les températures grimpent trop. Je me souviens à ce titre d’un agent revenant du Pitti Uomo l’année dernière à Florence qui m’avait amusé en parlant de, je cite, tous ces gugusses sappés en croisé sous 35°c à l’ombre. Le-dit agent vendait du sportswear, ceci expliquant peut-être cela.

Et en parlant de Pitti, l’une des grandes trouvailles depuis deux ans maintenant dont on parle partout est le Solaro. A ne pas confondre avec le Solano, un étoffe britannique ressemblant en texture à du lin mais composé de 50% de laine, de 25% de coton et de 25% de lin, très frais et peu froissable, à l’aspect assez brut.

ILLUS53

Bref, le solaro, vous connaissez tous je pense. Il s’agit d’une étoffe de laine. Mais pas d’une étoffe de laine froide. C’est d’ailleurs la grande incongruité de ce tissu. Réalisé en serge simple ou en chevrons, il n’est pas particulièrement respirant. En revanche, il renvoie bien la lumière grâce à son tissage mêlant deux fils de couleurs différentes. Le solaro est une matière dite changeante. Sa couleur et ses nuances varient suivant l’angle du regard. Cela en fait une étoffe rare et amusante.

La plupart d’entre vous connaissent le solaro dans sa version ‘tumblr et autres blogs’, c’est à dire rouille, un mélange de rouge et de vert. Mais je pense que peu savent en revanche que le solaro existe dans toutes les couleurs. En voici quelques exemples, à carreaux et chevrons, à chevrons et en serge simple.

Cette matière assez solide du fait qu’elle n’est pas une toile permet de réaliser des veste et des pantalons, et donc des costumes. Les costumes sont toujours les plus simples, limitant l’accord de couleur à la cravate et à la chemise. Mais une belle veste en solaro peut constituer une alternative intéressante à la veste sport en tweed de l’hiver. Car l’été, il est assez difficile de trouver des étoffes pour réaliser des vestes seules. Trop unie, trop fade, trop épaisse, le choix de l’étoffe sport de l’été se réduit souvent au natté bleu ou au lin beige. Et bien maintenant, vous avez la laine solaire !

Bonne semaine, Julien Scavini

Aux couleurs de l’Union Jack !

23 juin 2014

Récemment, je faisais une recherche sur Albert Golberg, créateur de Façonnable et qui se consacre maintenant à sa nouvelle danseuse, Albert Arts, une marque implantée à Nice, sur la côte d’Azur. Albert Arts propose comme j’ai déjà pu l’évoquer ici et là, des articles de grande qualité. Mais surtout des articles hyper brandés et reconnaissables par l’utilisation d’une palette de couleur extrêmement restreinte : les couleurs de l’Union Jack, qui sont déclinées à l’envi. Ces couleurs sont au nombre de trois : rouge, blanc, bleu.

Vous connaissez depuis longtemps ma passion pour les harmonies de couleur. Le bleu reste la couleur la plus masculine qui soit. A partir d’un bleu de prusse ou d’un bleu marine, par adjonction de blanc, il est possible d’obtenir des nuances plus claires, pétrole ou azur par exemple. Tous ces bleus s’associent entre eux à merveille, chinos marine avec chemise ciel, complétés parfois par des souliers en veau-velours cobalt ou une veste en seersucker rayée barbeau.

Bref, Albert Arts use et abuse du drapeau anglais qu’il plaque sur beaucoup de ses créations. Par là, le ‘petit’ façonnier de Nice se rappelle l’âge d’or de la promenade des Anglais. L’Union Jack fait symbole et il n’est pas le seul à l’avoir compris : Hackett et Barbour au Royaume-Uni utilisent la même tactique, de même qu’un nombre très impressionnant de couturiers. Certains utilisent l’emblème par attachement conservateur, pour véhiculer un idéal de qualité et de respectabilité, distillant par là même un esprit tailleur, celui de Savile Row et Jermyn Street. D’autres en revanche le dérobent dans un esprit pop, libéral et novateur, détracteur ou rebelle aussi. C’est l’Union Jack de l’esprit rock, des Beatles et du renouveau post-industriel.

gilet rouge

La maison de Nice se situe certainement plus dans la première catégorie. Et à partir de ces trois couleurs tisse un véritable dialogue de nuances. Les cravates, la plupart du temps magnifiques alternent marine et rouge avec marine et blanc. Les tonalités se croisent et se conjuguent donnant à l’ensemble des produits proposés une véritable homogénéité. Qui plus est dans une gamme masculine. Je loue cet effort qui est fait. Au fond, pourrait-on dire qu’en dehors du bleu et du blanc, point de salut ?

Ceci étant dit, il convient de remarquer le rôle pivot du rouge dans cette dialectique. Une couleur pas évidente car parfois criarde, en tous cas toujours forte. Une cravate rouge ou une paire de chaussette rouge, cela réveille et parfois choque. Tout autant qu’un pantalon rouge, sans parler d’une veste rouge ! Une couleur à laquelle beaucoup d’hommes préfèrent le violet, plus discret.

Je voulais vous faire part de ce court sentiment après avoir vu la photo d’une mise avec un gilet rouge, superbe ! Cette touche de couleur rehaussait toute la mise, sport d’ailleurs. Elle l’égayait et lui donnait une vraie personnalité. Sans être de trop, l’ensemble parait à la fois classique et légèrement désinvolte.  Enfin, je souhaitais parler de l’Union Jack pour faire remarquer et pour s’amuser du fait que les couleurs de notre drapeau – étant l’exact inverse, bleu, blanc, rouge - sont bien moins souvent placardées sur les vestes que le drapeau de l’Union !

Bonne semaine, Julien Scavini.

La saison des mariages, partie IV

31 mars 2014

Suite et fin des diverses possibilités pour s’habiller à SON mariage et ce soir pièce incontournable : le costume gris. Le mariage est l’événement formel par excellence, rare par définition. Le vêtement absolu (et rare) en terme de style reste d’abord et avant tout la jaquette. La jaquette est constituée d’un vêtement long (jusqu’aux genoux) de forme caractéristique (rond sur le devant et un bouton), principalement noire ou grise, que l’on associe avec un pantalon noir rayé de gris et de blanc (au dessin caractéristique la encore) et un gilet gris clair ou de couleur. Pour plus d’information, cet article fait le point sur le sujet.

Un client m’interrogeait récemment sur le porte de la veste longue, genre redingote. Comme il me dit, c’est la proposition incontournable des vendeurs ‘marieux’, et comme il me dit aussi : "c’est toujours d’un goût douteux". J’étais d’accord. Il s’agit là d’une invention contemporaine, batarde du point de vue du style. Si l’idée découle des redingotes droites du début du siècle, l’esprit ici est radicalement différent, et totalement déguisé. A la limite, tant qu’à être mal fagoté en ‘costard’ dans la vie de tous les jours, autant l’être aussi à son mariage. Non, ce vêtement est idiot, surtout en écru brillant comme il est possible de voir dans les vitrines. Si l’on veut un vêtement long, alors il faut se tourner vers la jaquette. En plus, si l’un comme l’autre se portent peu, vous pourrez reporter la jaquette à d’autres mariages, alors qu’il serait saugrenu de reporter une redingote blanche ailleurs (et même à votre mariage).

Bref, si vous trouvez la jaquette un peu trop formelle et pas pratique (car il est vrai qu’il est difficile d’arriver au bureau dans une telle tenue), l’alternative courte serait le costume gris ou anthracite. Je passe volontairement sur le ‘stroller’, qui paraitra décalé aux non initiés.

Je trouve le costume gris légèrement plus formel que le costume bleu marine à un mariage. Peut-être pour le côté plus éteint, moins lumineux que le bleu. Un bel anthracite, peut-être à chevrons fins comme pour les jaquettes peut être du plus bel effet, avec une chemise blanche et des souliers noirs. Là encore, le gris du costume appelle plus logiquement le noir aux pieds.

ILLUS44

Ce costume peut être trois pièces aussi. Trois pièces sur même tissu, trois pièces avec un gilet du même tissu mais d’une teinte plus claire, ou encore trois pièces avec un gilet dépareillé. Trois écoles se font face.

J’ai réalisé l’année dernière pour un client un complet gris moyen, dans une belle laine froide, lourde mais avec un veston non doublé. Avec, nous avons décidé de réaliser un gilet droit dépareillé, bleu ciel à fines rayures blanches : un tissu de costume, une laine froide là encore, sélectionnée dans une autre liasse. J’étais interrogatif lors du choix – du client – mais conquis par le résultat. L’ensemble était léger et très agréable et le rappel de bleu et de blanc faisait écho à la chemise et à la cravate.

Cet année, j’ai guidé un client vers un costume gris uni, d’une coupe relativement simple (deux boutons, deux poches horizontales) associé à un gilet croisé. Ce gilet, plutôt que de batailler des heures à trouver un autre tissu coloré, nous l’avons simplement réalisé dans le gris clair, juste à côté dans la liasse. Sans complication, mais avec un rendu exceptionnel. Ainsi, le complet n’était pas chargé et juste assez formel pour cet événement. Passé le mariage, le costume intégrera la vie de tous les jours et le gilet pourra ressortir à l’occasion de baptêmes ou fêtes de famille. D’une pierre, deux coups.

Je souhaite qu’avec ces diverses propositions, ce long chemin pour les non initiés paraitra plus simple et plus agréable à parcourir. Retenez une chose de ces articles. Il ne sert à rien de vouloir absolument faire de l’effet à votre mariage. Vous êtes le marié, tout le monde le saura. Et le simple fait de pousser la porte d’un tailleur donnera déjà à votre costume assez de cachet et une allure remarquable. Cela suffit.

Bonne semaine, Julien Scavini

La saison des mariages, partie III

24 mars 2014

L’une des difficultés des cérémonies de mariage, c’est qu’il a parfois lieu en deux temps, civil puis religieux, avec quelques jours ou mois d’avance. C’est par exemple le cas d’un de mes clients, qui se marie religieusement assez tard au mois d’aout, mais dont la cérémonie à la mairie a lieu au mois de juin. Vous me direz, où est la complication : costume les deux fois et costume identique. Et bien ce n’est pas si facile. Car il faut aussi compter avec la mariée, qui en toute logique garde la grande robe blanche pour l’Eglise. Les tenues pour le mariage civil sont plus sobres. ll est alors possible pour le marié de recourir à un simple costume de travail, que l’on aura mis au pressing avant, avec des souliers simples que l’on aura bien ciré également.

Dans le cas qui nous intéresse ce jour, ce mariage civil aura lieu à la campagne, dans l’arrière pays Varois. Il pourrait faire chaud, très chaud. Et l’idée d’un costume ne plaisait qu’à moitié. Son père quelques années auparavant et dans les mêmes conditions, avait porté un costume de coton beige puis un costume bleu marine. Mais il est rare que les fils fassent exactement comme les pères.

Nous avons passé en revue une grande quantité de tissu à la quête d’une idée. Pour ma part, je me souvenais d’une mise portée par le personnage de Peter Campbell dans la série Mad Men, lors d’une garden partie à l’occasion d’un mariage (S03E03). Le rapport était immédiat dans ma tête grâce à ce détail. Le blazer était marron et le pantalon bleu pétrole. Cravate fine très années 60 et petits derbys marrons foncés. L’ensemble était harmonieux. Seulement les tonalités étaient fortes, alors que la robe de la mariée sera claire. Dans un cadre champêtre, cela nous a paru déséquilibré.

ILLUS43

Nous avons également essayé d’inverser l’ensemble, souliers marrons et pantalon marron, le haut bleu (chemise + cravate + veste). Là encore, l’ensemble semble à la fois foncé et trop tranché (marron en bas, bleu en haut). L’avantage d’un pantalon bleu marine au milieu est de séparer deux masses de marron : souliers et veste.

Mais plus nous avancions plus la veste marron nous semblait fade. Le marron est une couleur formidable, qui dans une mise à l’italienne est facile et complète admirablement le bleu marine et les souliers en veau-velours tabac, mais qui en veste est assez ennuyeux. Une belle idée sur le papier mais une mise en œuvre plus difficile. J’en possède une mais ne suis jamais très enthousiaste à l’idée de la mettre. Le côté terreux sans doute. Alors qu’un ocre ou une teinte chamois est superbe.

Nous aurions pu pencher pour une veste sable précisément, et un pantalon bleu marine, mais pour le coup l’ensemble nous parut déséquilibré. Car les mises dépareillées doivent être équilibrées. Teintes foncées ensemble, ou teintes claires ensemble, ou tonalités se faisant écho etc.

Devions nous revenir au costume? Non. Nous trouvâmes bien un caviar bleu tirant sur le beige, mais il était à la fois trop lourd pour l’été et trop gris vu de loin. Car il faut penser à tester les échantillons à diverses distances.

Finalement, nous nous arrêtâmes sur un coton sable pour le pantalon. Une matière lourde (360grs) avec un joli tombé. Et pour la veste, nous avons sélectionné deux tissus bleus, l’un bleu piqué de beige assez clair et l’autre natté bleu plus franc. C’est moi qui choisirai, le client n’en pouvant plus au bout d’une heure et demie de choix cornélien. Il y a un moment où le tailleur reprend la main, que lui laisse courtoisement son client en toute confiance. Et j’ai toute confiance dans les deux choix. Il me reste donc à choisir :)

Bonne semaine, Julien Scavini

La saison des mariages, partie II

17 mars 2014

Continuons ce jour le tour d’horizon des différents cas qui se sont présentés à moi, à propos des tenues de mariage. L’une des premières questions que je peux poser pour cerner mieux l’idée du jeune homme a rapport au thème de couleur. Certains couples choisissent en effet de décorer leur salle de banquet avec des chemins de tables ou des fleurs d’une certaine couleur. Cette couleur est souvent répétée sur les cravates et accessoires portés par les témoins et pères.

J’ai déjà eu le plaisir d’être le témoin de la mariée et mes amis avaient décidé d’acheter un lot de cravate, pour tous les témoins et pères. Nous avions tous une cravate violette, assez foncée et le marié en avait une violette claire. Ainsi, malgré nos jaquettes et costumes différents (les pères n’avaient pas voulus de la jaquette, à la différence des jeunes ; monde amusant), il y avait une certaine harmonie dans l’assemblée, et le premier cercle était immédiatement lisible sur les photos de groupe.

Donc, un jeune homme se présente avec une idée simple : costume blanc pour être raccord avec la marié… Oui oui oui… J’écoute tranquillement et je dois hélas le doucher assez vite : la laine blanche, ça n’existe pas! C’est une matière animale, c’est donc toujours crème. Et je dois dire qu’au premier abord, je manquais d’inspiration. J’avais en tête les affreuses liquettes à moitié longue, blanches, que l’on peut voir dans les boutiques de mariage. Le projet m’enthousiasmait peu.

Et puis je lui ai parlé de ce thème de couleur, et il m’a répondu vouloir une cravate ou un papillon bleu lagon, ou bleu sarcelle (bleu/vert canard), pour correspondra à la ceinture de la robe de sa fiancée et aux couleurs de la décoration de salle. Intéressant ! Il est vrai qu’envisager un costume entièrement dans cette couleur serait difficile. Le blanc était finalement une couleur pas idiote pour ce costume. Je repris ma réflexion, en ouvrant des liasses de coton et de lin, les seules matières que j’avais en blanc de blanc.

A force de conversation, nous nous sommes arrêtés sur le trois pièces blanc de coton, finalement dans un esprit à gentleman anglais, bien loin des premières idées affreuses que j’avais. Pour les souliers, une interrogation demeure encore : marron, noir ou bleu s’il est possible d’en trouver?

ILLUS41_1

Le second cas fut aussi très intéressant. Pour la première fois, c’était un couple de garçon qui venait pour se faire couper deux costumes identiques. Comme quoi, le mariage gay, ça fait faire des affaires! L’un des deux avait essayé chez un ‘spécialiste’ du mariage une veste col mao greige, avec gilet orange très haut et affreuse lavallière du même ton que le gilet. La tenue n’était pas grotesque, mais ce jeune homme est plutôt petit et costaud. La veste col officier était une absolue hérésie sur lui. Avec des manches recouvrant la moitié de la main, le tableau n’était pas très heureux.

Mais grâce à cet essayage, ils avaient décidé de porter de l’orange et que cette couleur constituerait un thème. J’accueillis l’idée favorablement, même si cette couleur franche n’est pas forcément facile à placer.

Nous avons étudié d’abord un assortiment pantalon orange avec veste blanche, puis l’inverse en passant en revue laine froide, lin et coton. Pas évident, les oranges sont souvent criards ou au contraire éteints. Nous sommes revenus au trois pièces en tombant par hasard sur une laine froide crème à pieds de poule orangés. Superbe  et idéal pour un gilet. Nous nous sommes finalement arrêtés sur des costumes de lin crème, associés à ces fameux gilets. L’ensemble fait merveille avec des souliers en daim blanc et une cravate orange en soie sauvage. Je leur ai sortie de la tête la lavallière, qui de mon humble avis fait vraiment costumé, surtout que personne n’en maîtrise vraiment le montage avec l’épingle. Et pour les différencier, l’un aura une veste à col châle et l’autre une veste à cran pointu.

ILLUS41_2

Finalement, nous pouvons voir à travers ces deux exemples qu’à partir d’idées curieuses ou très moyennes du point de vue de l’élégance classique, il est possible d’arriver à des réponses d’un goût relativement épuré, ni criard ni terne et très différents de costume de travail. Et quand le client est aussi ravi du résultat que le tailleur, tout va bien ! J’ai pu paraitre un peu dur dans le premier article la semaine dernière. Mais personne n’est obligé de s’y connaitre en vêtement, et chacun peut faire des erreurs de jugement à propos de tel ou tel style. La bonne démarche, c’est déjà d’aller chez un professionnel de bon conseil ! Et il y en a.

 

Bonne semaine, Julien Scavini

La saison des mariages, partie I

10 mars 2014

La plupart des mariages se déroulant de juin à septembre, la réalisation du costume du marié occupe l’hiver. C’est certes moins de temps que l’année prise par les jeunes femmes pour leurs robes, mais ces six mois sont bien nécessaires, la décision étant parfois longue à prendre. Je vais vous relater quelques cas, qui je l’espère vous aideront.

La majorité des jeunes mariés ne savent pas ce qu’ils veulent, c’est le point clef. Seulement, certains ont quelques idées plus abouties. Ensuite, il est possible de classer ces messieurs en trois types : 1- la catégorie avec des idées qui ne changeront pas ; 2- la catégorie au goût incertain que je finis par orienter sur un choix plus classique ; 3- la catégorie au goût classique (dont le mariage est souvent religieux avant d’être civil, sans que cette règle soit absolue (pour l’ordre et le sens) ) avec qui la discussion est rapide et un grand plaisir.

La catégorie 1 est rapide à évacuer. Par exemple un jeune homme est récemment venu me voir avec une idée : un costume brillant à boutonnières violettes ! Si si, je vous jure (bien que Marie-Thérèse le sache : il ne faut point jurer, merci Chatiliez). Au bout d’une heure et demie de conversation infructueuse, je lui ai dit de trouver un autre tailleur !

La catégorie 2 est plus intéressante. La présentation du projet par le client est quelque fois un long moment de solitude pour le tailleur, des paroles comme ‘costard’, ‘pas blanc mais ivoire comme la robe de ma fiancée’, ‘lavallière avec col cassé’, ‘pas un bleu du travail, mais pas un bleu électrique non plus’ pouvant être prononcées. Et je vous en épargne… Mais au milieu de tout cela, je décerne toujours quelques points positifs sur lesquels bâtir un costume plus classique, d’un goût plus sûr et intemporel. Car comme je le répète à jeunes gens :  si vous ne divorcez pas avant, vous garderez votre photo de mariage  pour des dizaines d’années. Alors attention, restez simple et de bon goût. Ne faîtes pas une tenue que vous trouveriez ridicule passé 40 ans ! Si vous n’avez jamais porté la lavallière, ne pensez pas être chic avec le jour J. Et si en plus vous ne portez jamais de costume, cela suffit déjà pour une première !

Cette semaine, étudions un cas, les semaines prochaines nous en verrons d’autres.

Premier cas, le costume bleu.

Ce projet n’est jamais évident, car après l’annonce de cette idée pourtant si limpide, une annonce est faite : il faut que le costume puisse être réutilisé au travail, mais que cela ne soit pas un bleu de travail, pas un bleu de costard quoi ! Je rigole toujours et montre alors des bleus spéciaux, qui évidemment effraient. Il n’y a pas trois bleu : ceux du travail, ceux du mariage et les importables (bleu Klein ou ultra-violet) ; il n’y en a que deux : les deux premiers étant les mêmes. Ce préambule évacué, nous retombons sur un bleu marine ou un bleu pétrole (à porter exclusivement avec souliers noirs, même si cela ennuie parfois les jeunes mariés, que je m’empresse de recadrer : c’est votre mariage, souliers noirs, sans discussion).

La question est souvent de savoir si le costume est deux ou trois pièces. Et s’il est trois pièces, dans quelle couleur et matière réaliser le gilet ? Le gilet doit-il être ton sur ton ou d’une autre couleur ? Ce n’est jamais une réponse facile. Si la cravate est bleue, il faudra faire attention à l’accord des trois bleu. Si la cravate est bleu d’un même ton que le costume, le gilet est alors facile à dépareiller. Si la cravate est d’une couleur autre, comme fushia, le gilet doit-il être fushia (mais forcément pas tout à fait le même), ou d’un autre bleu, couleur complémentaire de la cravate et du costume ? Le choix est hasardeux. Il y a bien le gilet blanc cassé, qui sur un costume marine foncé est très formel, mais rares sont les jeunes gens à se laisser tenter.

La matière du gilet dépareillé peut être sélectionnée dans la même liasse de tissus (par exemple un bleu air force associé à un bleu marine classique), ou dans une liasse différente (par exemple un lin bleuté associé à un bleu marine classique).

Voici deux exemples illustrés. D’une part le costume trois pièces dépareillé, et d’autre part le costume trois pièces uni. A vous de choisir.

ILLUS40Bonne semaine, Julien Scavini

Boutonner ou non sa veste, telle est la question.

3 mars 2014

Un jeune client m’a récemment posé cette question au détour d’un rendez-vous pour un costume de mariage :

"La veste que vous me réalisez peut elle se fermer ? Je dois dire que j’ai été interloqué quelques instants, ne comprenant par le sens de cette demande.

- Euh, oui répondis-je balbutiant, le regard interrogatif.

- ah? car celles que j’achète dans le commerce ne peuvent pas se boutonner habituellement". J’ai continué à creuser le sujet et ai fini par découvrir avec stupeur que ce jeune homme prenait systématiquement des vestes une taille plus petite que la sienne, pour le style me dit-il. Mais quel style? Celui près du corps. Oui, vous avez bien compris : le style étriqué, un peu raz de fesse. Tout de même, je ne sais pas quelle mode ou bien même qui a pu mettre une telle idée dans l’esprit des jeunes, qu’une veste se porte trop petite, à telle point que le bouton ne peut se fermer ?

L’occasion était trop belle de lui rappeler quelques évidences. A l’extérieur, la règle est simple : il faut boutonner sa veste. En intérieur, la règle est sujette à interprétation. Le plus logique est de porter la veste ouverte, mais si l’on a envie, fermée est aussi bien. Par contre, en intérieur toujours, pour une occasion particulière, par exemple devant un supérieur hiérarchique, ou lorsque l’on prend la parole devant un auditoire, il FAUT fermer sa veste.

Ce genre de petits détails peut paraitre anodin en France. Seulement si vous voyagez ou faites des affaires, cela aura une grande importance. De ce petit détail, vous passerez pour quelqu’un de civilisé ou pour un sauvage. Si les anglais font cela naturellement, les américains très à cheval sur ces petits principes de vie vous le feront vite sentir si vous fautez. Je ne parle même pas des japonais qui vous tourneront le dos.

Je me souviens aussi de cet autre client, un jour que nous nous promenions vers Madeleine, qui me fit remarquer le nombre de gens déambulant dans la rue veste ouverte. Il me dit 80%, je fus surpris d’en voir au moins 95% avec la veste ouverte. Cela aussi vient peut-être de cette manie de vouloir toujours tout cintrer. Je coupe mes costumes avec de l’aisance à la taille et suis régulièrement amené à réduire celle-ci. Cela doit être inconfortable au final.

ILLUS39

Récemment, lors d’une journée particulièrement chargée, je remarquais vers 8h du matin que mon costume était plutôt ample, 8 à 10cm d’aisance lorsque je tirais sur le bouton. Et je fus étonné lorsque vers minuit, toujours dans le même costume, l’aisance était nulle, voire serrée. Les heures et la fatigue ont tendance à faire gonfler le corps. Par exemple, il ne faut pas acheter de souliers le matin ou en toute fin de journée, quand vos pieds sont froids ou gonflés.

Je pense prêcher dans le désert quand je dis qu’une veste c’est plutôt ample à la taille. Le cintrage ne doit être qu’un effet, une triche relative entre la taille du bassin et de la taille. Si la veste a un bassin très resserré, pour obtenir l’effet de cintrage, il faudra aussi beaucoup resserrer la taille, d’où l’étroitesse. Au contraire, si le bassin a un peu d’ampleur et la poitrine un peu de drapé, l’effet de cintrage sera facile à obtenir, par pincement. C’est ici que réside l’allure des vestes de tailleur, en opposition aux vestes de prêt à porter et demi-mesure. Bref, une idée : un effet de pincement plus que d’étroitesse. Mais difficile d’aller contre les modes…

Bonne semaine, Julien Scavini

Le cran pointu

23 février 2014

Aujourd’hui, étudions le cran pointu, parfois appelé col tailleur. Vous le savez, sur une veste, l’encolure et l’ouverture sur le devant sont bordées par le revers et le col. Cette partie est assez difficile à réaliser, tant du point de vue technique que du point de vue stylistique. En effet, c’est de la forme du col que dépend en grande partie l’allure et le style d’une veste.

Le revers en lui-même est constitué par la garniture de la veste (c’est à dire la partie intérieure en tissu, le long du devant), qui se retourne vers l’extérieur. Cette partie peut être plus moins large suivant le goût et la morphologie. Par exemple, un revers d’une largeur de 8cm est classique ; certains modèles ‘slim’ présentent 4 ou 5cm de largeur et certains modèles à l’italienne une dizaine de centimètres, voire plus.

Le haut du revers forme à la jonction avec le col, un cran plus ou moins caractéristique. Le cran est dessiné par l’association des lignes d’anglaise et de contre-anglaise. L’anglaise, c’est la ligne du haut du revers, la contre anglaise, c’est la ligne du bas du col (vert et orange sur le schéma A). Ces deux lignes s’épousent puis se séparent : c’est le cran de revers.

ILLUS38

Le cran le plus classique est appelé ‘notch’ lapel par les anglais (A). Difficile de lui trouver une traduction directe (revers à encoche?) en français, les termes les plus courants sont cran ‘sport’ ou cran ouvert. Il est caractérisé par sa forme très nette. C’est le plus répandu, notamment sur les vestes droites (non-croisées).

Un autre cran très répandu est le ‘peak’ lapel ou cran pointu (B). Sa forme caractéristique est tout de suite reconnaissable : une pointe monte vers le ciel. Il n’y a pas de séparation visuelle entre le col et le revers, les deux sont bord à bord. Le dessin de ce col est particulièrement ardu à bien faire. Il est tout en équilibre et en proportions. 5mm de trop ici ou là et l’esthétique paraitra déséquilibrée (C et D).

Ce col en pointe est presque exclusif de la veste croisée. Sur cette dernière, le cran ouvert est une hérésie du pire goût, souvent appréciée des stylistes du reste. Il peut aussi être employé sur une veste droite, notamment pour un smoking. Sur une veste droite de ville, le cran pointu apporte une touche de formaliste. Il rend la veste plus ‘importante’. Il est possible de réaliser avec ce cran des vestes un, deux voire trois boutons suivant l’envie.

crans pointus

Le cran pointu sur des vestes droites peut donner un effet ‘dandy’ ou du moins rendre plus ‘précieuse’ une mise, par opposition au cran ouvert, plus classique, plus décontracté aussi. Il a ses amateurs et ses détracteurs. Ceci dit, il a de l’allure, y compris et surtout quand il est bien large et assez haut. 9 à 10cm de large est classique pour le cran pointu. Regardez donc Hercule Poirot dans la série du même nom pour vous en convaincre.

Notons enfin que le cran pointu a un seul défaut, il vieillit mal quand il est réalisé dans des tissus fins. Car alors, ses pointes vont finir par tomber avec le temps. C’est un trait typique des vieux smoking souvent utilisés. Cela peut faire son charme aussi.

A vous de choisir, si à l’occasion de la commande d’un costume, vous n’optez pas pour celui-ci.

Bonne semaine, Julien Scavini

Vestes en velours

16 décembre 2013

S’il est bien une pièce qui m’a longtemps laissé perplexe, c’est bien la veste en velours… Et plus j’en vois, plus je trouve cela intéressant. Du reste, quand on parle de vestes en velours, il peut s’agir de choses : la veste en velours côtelé et la veste en velours ras, appelé autrement veste en palatine (du nom de ce type de velours).

Il est possible de voir de plus en plus de vestons de velours lisse dans le commerce, surtout à l’approche des fêtes. Cela donne une mise immédiatement habillée. Notons que ces vestes descendent des vestes de fumoir (smoking jacket en anglais) et qu’elles se portent maintenant au même titre que le smoking (dinner jacket en anglais pour ne pas confondre). En effet, avec un pantalon de smoking, il est assez simple de mettre une telle veste. L’effet est souvent intéressant quand les coloris sont éteints. Parisian Gentleman dans son dernier article sur le smoking a posté beaucoup d’illustrations sur le sujet.

vestes velours

Dans un instant moins formel, je ne suis pas sûr que la veste en velours ras soit extrêmement chic. Il est possible d’en voir porter sur un jean : oui et bof. Peut-être qu’en bleu cela pourrait remplacer en blazer en apportant un petit twist intéressant. Avec, le pantalon doit rester élégant. Car le velours ras rappelle quelque chose des liquettes ancien régime. Il est luxueux par essence.  La réalisation doit aussi être au top. Les vestes en velours ne supportent pas l’approximation, plus généralement celles en coton, qui peuvent froisser inélégamment, la faute à une matière raide qui doit être parfaitement coupée.

L’autre velours, c’est le côtelé. L’effet est ici bien plus sport, parfois plus campagnard. Si l’on est peu inspiré par les lainages unis (une gageure parfois, tant les carreaux sont répandus dans les liasses des drapiers), un velours côtelé chocolat ou même chamois peut être du meilleur effet. De près les côtes sont évidemment visibles, mais de loin l’effet est similaire à une moleskine, avec de légers reflets mats, donnant une impression alléchante de confort. Il faudra bien sûr choisir un velours 750 raies, donc avec des raies plutôt fines. Des poches plaquées à plis creux peuvent bien compléter le tableau.

Enfin, d’une manière général, les vestes en coton demandent plus d’attention. Le coton n’est pas une matière qui vieillit bien à la différence de la laine. Il froisse plus facilement, se défroisse assez peu seul sur le cintre et a tendance à blanchir (un effet similaire au lustrage pour la laine) aux bords. Il convient donc de ne pas disposer la veste à la va-vite sur le dossier d’une chaine. En revanche à l’usage, c’est plutôt doux et chaud.

Bonne semaine, Julien Scavini


Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 459 autres abonnés