Archive for the ‘Costumes’ Category

La laine solaire

30 juin 2014

L’été, lorsqu’il fait chaud – ce qui est assez loin d’être atteint cette année – la question vestimentaire devient cruciale, surtout si vous devez être habillé classiquement, j’entends par là le contraire de la combinaison t-shirt et pantacourt. Le port du costume peut même devenir une vraie plaie si les températures grimpent trop. Je me souviens à ce titre d’un agent revenant du Pitti Uomo l’année dernière à Florence qui m’avait amusé en parlant de, je cite, tous ces gugusses sappés en croisé sous 35°c à l’ombre. Le-dit agent vendait du sportswear, ceci expliquant peut-être cela.

Et en parlant de Pitti, l’une des grandes trouvailles depuis deux ans maintenant dont on parle partout est le Solaro. A ne pas confondre avec le Solano, un étoffe britannique ressemblant en texture à du lin mais composé de 50% de laine, de 25% de coton et de 25% de lin, très frais et peu froissable, à l’aspect assez brut.

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Bref, le solaro, vous connaissez tous je pense. Il s’agit d’une étoffe de laine. Mais pas d’une étoffe de laine froide. C’est d’ailleurs la grande incongruité de ce tissu. Réalisé en serge simple ou en chevrons, il n’est pas particulièrement respirant. En revanche, il renvoie bien la lumière grâce à son tissage mêlant deux fils de couleurs différentes. Le solaro est une matière dite changeante. Sa couleur et ses nuances varient suivant l’angle du regard. Cela en fait une étoffe rare et amusante.

La plupart d’entre vous connaissent le solaro dans sa version ‘tumblr et autres blogs’, c’est à dire rouille, un mélange de rouge et de vert. Mais je pense que peu savent en revanche que le solaro existe dans toutes les couleurs. En voici quelques exemples, à carreaux et chevrons, à chevrons et en serge simple.

Cette matière assez solide du fait qu’elle n’est pas une toile permet de réaliser des veste et des pantalons, et donc des costumes. Les costumes sont toujours les plus simples, limitant l’accord de couleur à la cravate et à la chemise. Mais une belle veste en solaro peut constituer une alternative intéressante à la veste sport en tweed de l’hiver. Car l’été, il est assez difficile de trouver des étoffes pour réaliser des vestes seules. Trop unie, trop fade, trop épaisse, le choix de l’étoffe sport de l’été se réduit souvent au natté bleu ou au lin beige. Et bien maintenant, vous avez la laine solaire !

Bonne semaine, Julien Scavini

La saison des mariages, partie II

17 mars 2014

Continuons ce jour le tour d’horizon des différents cas qui se sont présentés à moi, à propos des tenues de mariage. L’une des premières questions que je peux poser pour cerner mieux l’idée du jeune homme a rapport au thème de couleur. Certains couples choisissent en effet de décorer leur salle de banquet avec des chemins de tables ou des fleurs d’une certaine couleur. Cette couleur est souvent répétée sur les cravates et accessoires portés par les témoins et pères.

J’ai déjà eu le plaisir d’être le témoin de la mariée et mes amis avaient décidé d’acheter un lot de cravate, pour tous les témoins et pères. Nous avions tous une cravate violette, assez foncée et le marié en avait une violette claire. Ainsi, malgré nos jaquettes et costumes différents (les pères n’avaient pas voulus de la jaquette, à la différence des jeunes ; monde amusant), il y avait une certaine harmonie dans l’assemblée, et le premier cercle était immédiatement lisible sur les photos de groupe.

Donc, un jeune homme se présente avec une idée simple : costume blanc pour être raccord avec la marié… Oui oui oui… J’écoute tranquillement et je dois hélas le doucher assez vite : la laine blanche, ça n’existe pas! C’est une matière animale, c’est donc toujours crème. Et je dois dire qu’au premier abord, je manquais d’inspiration. J’avais en tête les affreuses liquettes à moitié longue, blanches, que l’on peut voir dans les boutiques de mariage. Le projet m’enthousiasmait peu.

Et puis je lui ai parlé de ce thème de couleur, et il m’a répondu vouloir une cravate ou un papillon bleu lagon, ou bleu sarcelle (bleu/vert canard), pour correspondra à la ceinture de la robe de sa fiancée et aux couleurs de la décoration de salle. Intéressant ! Il est vrai qu’envisager un costume entièrement dans cette couleur serait difficile. Le blanc était finalement une couleur pas idiote pour ce costume. Je repris ma réflexion, en ouvrant des liasses de coton et de lin, les seules matières que j’avais en blanc de blanc.

A force de conversation, nous nous sommes arrêtés sur le trois pièces blanc de coton, finalement dans un esprit à gentleman anglais, bien loin des premières idées affreuses que j’avais. Pour les souliers, une interrogation demeure encore : marron, noir ou bleu s’il est possible d’en trouver?

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Le second cas fut aussi très intéressant. Pour la première fois, c’était un couple de garçon qui venait pour se faire couper deux costumes identiques. Comme quoi, le mariage gay, ça fait faire des affaires! L’un des deux avait essayé chez un ‘spécialiste’ du mariage une veste col mao greige, avec gilet orange très haut et affreuse lavallière du même ton que le gilet. La tenue n’était pas grotesque, mais ce jeune homme est plutôt petit et costaud. La veste col officier était une absolue hérésie sur lui. Avec des manches recouvrant la moitié de la main, le tableau n’était pas très heureux.

Mais grâce à cet essayage, ils avaient décidé de porter de l’orange et que cette couleur constituerait un thème. J’accueillis l’idée favorablement, même si cette couleur franche n’est pas forcément facile à placer.

Nous avons étudié d’abord un assortiment pantalon orange avec veste blanche, puis l’inverse en passant en revue laine froide, lin et coton. Pas évident, les oranges sont souvent criards ou au contraire éteints. Nous sommes revenus au trois pièces en tombant par hasard sur une laine froide crème à pieds de poule orangés. Superbe  et idéal pour un gilet. Nous nous sommes finalement arrêtés sur des costumes de lin crème, associés à ces fameux gilets. L’ensemble fait merveille avec des souliers en daim blanc et une cravate orange en soie sauvage. Je leur ai sortie de la tête la lavallière, qui de mon humble avis fait vraiment costumé, surtout que personne n’en maîtrise vraiment le montage avec l’épingle. Et pour les différencier, l’un aura une veste à col châle et l’autre une veste à cran pointu.

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Finalement, nous pouvons voir à travers ces deux exemples qu’à partir d’idées curieuses ou très moyennes du point de vue de l’élégance classique, il est possible d’arriver à des réponses d’un goût relativement épuré, ni criard ni terne et très différents de costume de travail. Et quand le client est aussi ravi du résultat que le tailleur, tout va bien ! J’ai pu paraitre un peu dur dans le premier article la semaine dernière. Mais personne n’est obligé de s’y connaitre en vêtement, et chacun peut faire des erreurs de jugement à propos de tel ou tel style. La bonne démarche, c’est déjà d’aller chez un professionnel de bon conseil ! Et il y en a.

 

Bonne semaine, Julien Scavini

La saison des mariages, partie I

10 mars 2014

La plupart des mariages se déroulant de juin à septembre, la réalisation du costume du marié occupe l’hiver. C’est certes moins de temps que l’année prise par les jeunes femmes pour leurs robes, mais ces six mois sont bien nécessaires, la décision étant parfois longue à prendre. Je vais vous relater quelques cas, qui je l’espère vous aideront.

La majorité des jeunes mariés ne savent pas ce qu’ils veulent, c’est le point clef. Seulement, certains ont quelques idées plus abouties. Ensuite, il est possible de classer ces messieurs en trois types : 1- la catégorie avec des idées qui ne changeront pas ; 2- la catégorie au goût incertain que je finis par orienter sur un choix plus classique ; 3- la catégorie au goût classique (dont le mariage est souvent religieux avant d’être civil, sans que cette règle soit absolue (pour l’ordre et le sens) ) avec qui la discussion est rapide et un grand plaisir.

La catégorie 1 est rapide à évacuer. Par exemple un jeune homme est récemment venu me voir avec une idée : un costume brillant à boutonnières violettes ! Si si, je vous jure (bien que Marie-Thérèse le sache : il ne faut point jurer, merci Chatiliez). Au bout d’une heure et demie de conversation infructueuse, je lui ai dit de trouver un autre tailleur !

La catégorie 2 est plus intéressante. La présentation du projet par le client est quelque fois un long moment de solitude pour le tailleur, des paroles comme ‘costard’, ‘pas blanc mais ivoire comme la robe de ma fiancée’, ‘lavallière avec col cassé’, ‘pas un bleu du travail, mais pas un bleu électrique non plus’ pouvant être prononcées. Et je vous en épargne… Mais au milieu de tout cela, je décerne toujours quelques points positifs sur lesquels bâtir un costume plus classique, d’un goût plus sûr et intemporel. Car comme je le répète à jeunes gens :  si vous ne divorcez pas avant, vous garderez votre photo de mariage  pour des dizaines d’années. Alors attention, restez simple et de bon goût. Ne faîtes pas une tenue que vous trouveriez ridicule passé 40 ans ! Si vous n’avez jamais porté la lavallière, ne pensez pas être chic avec le jour J. Et si en plus vous ne portez jamais de costume, cela suffit déjà pour une première !

Cette semaine, étudions un cas, les semaines prochaines nous en verrons d’autres.

Premier cas, le costume bleu.

Ce projet n’est jamais évident, car après l’annonce de cette idée pourtant si limpide, une annonce est faite : il faut que le costume puisse être réutilisé au travail, mais que cela ne soit pas un bleu de travail, pas un bleu de costard quoi ! Je rigole toujours et montre alors des bleus spéciaux, qui évidemment effraient. Il n’y a pas trois bleu : ceux du travail, ceux du mariage et les importables (bleu Klein ou ultra-violet) ; il n’y en a que deux : les deux premiers étant les mêmes. Ce préambule évacué, nous retombons sur un bleu marine ou un bleu pétrole (à porter exclusivement avec souliers noirs, même si cela ennuie parfois les jeunes mariés, que je m’empresse de recadrer : c’est votre mariage, souliers noirs, sans discussion).

La question est souvent de savoir si le costume est deux ou trois pièces. Et s’il est trois pièces, dans quelle couleur et matière réaliser le gilet ? Le gilet doit-il être ton sur ton ou d’une autre couleur ? Ce n’est jamais une réponse facile. Si la cravate est bleue, il faudra faire attention à l’accord des trois bleu. Si la cravate est bleu d’un même ton que le costume, le gilet est alors facile à dépareiller. Si la cravate est d’une couleur autre, comme fushia, le gilet doit-il être fushia (mais forcément pas tout à fait le même), ou d’un autre bleu, couleur complémentaire de la cravate et du costume ? Le choix est hasardeux. Il y a bien le gilet blanc cassé, qui sur un costume marine foncé est très formel, mais rares sont les jeunes gens à se laisser tenter.

La matière du gilet dépareillé peut être sélectionnée dans la même liasse de tissus (par exemple un bleu air force associé à un bleu marine classique), ou dans une liasse différente (par exemple un lin bleuté associé à un bleu marine classique).

Voici deux exemples illustrés. D’une part le costume trois pièces dépareillé, et d’autre part le costume trois pièces uni. A vous de choisir.

ILLUS40Bonne semaine, Julien Scavini

Tenue de marié / et de tous les jours

23 septembre 2013

Un lecteur m’écrivait récemment pour avoir des précisions sur les tenues de marié réutilisable par la suite. Car évidemment, la jaquette n’est pas le vêtement le plus versatile. La mienne dort sagement dans la penderie depuis des mois et pour encore de longs mois. La jaquette c’est beau, mais en effet, c’est assez peu pratique au bureau ou dans le bus.

Comment faire alors ? J’ai quelque fois eu à traiter cette question avec des clients. Voici quelques pistes. En général, la solution se présente parmi d’autres solutions, pas de bonne ni de mauvaise. Et du coup, une bonne décision :

1- ne doit jamais être prise avant une analyse rationnelle et approfondie de la question (ICI :) )

2- suppose un choix entre des solutions différentes.

Premièrement la couleur. Suivant votre goût, le bleu marine et le gris sont de bonnes réponses. Le bleu marine a l’avantage d’être toujours plus lumineux que le gris, à tonalité identique. Dans les gris, ils sont tous bons. Seulement, l’anthracite sera peut-être plus formel. Un gris moyen pourrait être indiqué pour l’été. Attention toutefois au gris trop clair car vous seriez pâle sur la photo de mariage en noir et blanc. Il faut quelque chose qui tranche visuellement du blanc de la mariée.

Deuxièmement, costume 2 pièces ou 3 pièces ? Encore une fois, question de goût. Notons seulement que si la veste est assez belle, avec un revers particulier par exemple et que le mariage se tient l’été, le gilet peut être abandonné. Si la veste est plus sobre, alors un gilet ira très bien.

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Continuons sur ce sujet. La veste doit-elle avoir un, deux ou trois boutons ? La encore, il n’existe pas de solution claire et votre avis seul comptera. J’émettrai juste qu’une veste deux – voire un bouton à l’instar de la jaquette – dégagera plus de place pour le gilet et/ou la cravate.

Le gilet donc. Vous pouvez le choisir du même tissu que le costume. Le résultat est un vrai trois pièces. Vous pourrez réutiliser le gilet l’hiver au travail ou dans le cadre de soirée ‘habillée’ par exemple. L’autre solution est le gilet dépareillé. Croisé ou droit, là encore, question de choix, il peut être réalisé dans un tissu différent ou seulement plus clair. Par exemple pour un client, j’ai réalisé en complément d’un costume gris moyen un gilet dans un fine laine bleu ciel rayée blanc. L’effet était très réussi. Vous pourriez également opter pour un gilet de lin lilas ou plus osé, un gilet en soie avec des motifs stylisés. Ce gilet dépareillé sera la pièce phare du costume. Certes vous ne pourrez pas le remettre facilement, mais il restera comme l’empreinte de votre tenue, un petit reliquat au fond pas très couteux.

Si l’on étudie d’autres petits détails, il y a la question du revers de la veste. Le cran sport est évidemment le plus répandu et tout va avec. Mais un beau col à pointes peut aussi donner du cacher à une tenue, surtout si vous ne portez pas de gilet. Comme sur l’illustration, un costume bleu marine à col pointe avec une belle chemise bleu très pâle et une fleur à la boutonnière (fleur que les témoins et pères peuvent aussi arborer, pour unifier la cérémonie) peut être très sobre. Les poches peuvent être horizontales ou légèrement penchés, qu’importe la encore.

Enfin, le pantalon de ce costume n’arborera pas de revers et les souliers seront noirs, surtout ! J’espère que cela vous aidera.

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Bonne semaine, Julien Scavini

Les carreaux

24 septembre 2012

Ce soir, abordons la question des carreaux. Avec les rayures, c’est le motif par excellence des tenues masculines. Mais attention, les carreaux ont leurs registres et leurs limites. Notons d’abord qu’un carreau, autrement appelé carreau-fenêtre, n’est pas carré, mais allongé. Remarque un peu idiote certes, mais précision utile pour les béotiens. Le registre le plus courant du carreau-fenêtre est sportif, disons campagnard. C’est n’est pas, à la différence de la rayure, un motif pour la ville ; même si nous approcherons de la frontière, qui est plutôt floue. Le carreau accompagne très bien le tweed.

Donc, il est très courant de voir d’élégants croisements de lignes d’une grande variété de tonalités (rouilles, jaunes etc) sur fond de de tweed couleur mousse. Cela rehausse ainsi les laines vierges les plus simples. L’utilisation idéale de ces laines, en complément des tweed de plaids et autres tartans plus complexes, est le complet knickers pour la chasse. Avec un coordonné entre le haut et le bas, il peut aussi se porter en costume.

Dérivé de cela, nous trouvons la veste sport à carreaux. C’est peut-être la pièce la plus courante de nos jours. Des marques anglaises ou américaines bien connues ont pérennisé cet usage, en complément d’un pantalon de tweed uni, de flanelle ou de velours. La coordination d’une veste à carreaux avec un pantalon de velours, d’une belle couleur chatoyante est d’ailleurs du plus bel effet, et peut faire très jeune ! Notons que ces deux catégories appellent des lainages très particuliers. Ici, il n’est point question de couleurs de la ville, comme le bleu marine ou l’anthracite. Le tons tirent plutôt sur le marron, avec des compléments de couleurs vives.

Mais il existe une étroite possibilité pour les amateurs de carreaux de s’exprimer en ville. Remontons un peu en arrière, dans les villes universitaires anglaises, Cambridge ou Oxford. Comme le raconte Evelyn Waugh dans Brideshead, il est de bon ton dans ces cités de porter du tweed, ou quelque chose qui ne fasse pas londonien. Aucun étudiant ne voudrait en effet se rendre coupable de présomption et déjà arborer un complet de financier de la City. Le tweed était donc de bon aloi (les oxford bags trousers ne font pas parties du bon aloi) et les carreaux étaient donc habituellement portés. Pour autant, certaines étoffes de prix étaient plus raffinées que d’autres. Bon an mal an, les fins carreaux à la craie furent donc développés et l’usage en ville se pérennisa. Ceci dit, le complet de flanelle anthracite à carreaux ‘à la craie’ blancs fait très professeurs d’université. Même si, je sais bien …

Bref, résumons donc. D’un côté nous avons les laines genre tweeds avec des carreaux, plutôt typées chasse ou veston sport, et de l’autre les carreaux raffinés, avec un petit côté ‘universitaire’ sur les bords. De nos jours, les deux sont tout à fait acceptables en ville, d’autant que les premiers se sont teintés de cachemire et que les seconds sont vendus à longueur d’échoppes. Attention toutefois, le carreau, cela peut lasser. En revanche, un costume qui aurait lassé peut facilement continuer sa vie en dépareillé, la veste d’un côté comme veston sport et le pantalon en complément d’un pull ou d’un cardigan, pour un petit côté sortie au golf…

Julien Scavini

Le mariage (MàJ 1)

16 juillet 2012

Ce soir, je vous retranscris un article d’un vieux numéro d’Adam des années 60. La partie I ce soir, l’habit. Par Jean Laury.

"Non! Non! Il ne s’agit pas ici de guider le choix de votre coeur : fut-il désastreux, c’est votre affaire. Mais de vous conseiller vestimentairement, ce qui nous regarde. ‘Adam’ maintient avec ses lecteurs – et avec plaisir – un contact épistolaire permanent. Il reçoit presque chaque jour des lettres anxieuses concernant la tenue dans laquelle on doit se présenter devant le maire et le curé. Ces lettres témoignent parfois d’un tel embarras qu’elles laissent à penser que l’amour et les usages sont incompatibles pour les uns – que les autres ayant organisé leurs finances pour prendre femme en sont, de ce fait, réduits à ne plus pouvoir s’acheter une paire de souliers, ni de gants !

Dès 1950, nous avons édité un petit livre – précisément intitulé Mariages et toujours en vente 4, rue de la Paix – où nous nous sommes efforcés de résoudre a plupart des problèmes ‘des fiançailles au voyage de noces’. Aujourd’hui, nous allons d’abord passer le marié en revue, de la tête aux pieds, avant de le laisser monter en voiture pour s’aller mettre l’anneau au doigt … et la corde au cou !

L’habit

A la belle époque, et même après, tout grand mariage comportait un long cortège d’habits : époux, parents, témoins et proches. Aujourd’hui, il n’y a presque plus de cortège, mais encore des gens qui se marient en habit : c’est exactement la tenue de soirée de gala, adoptée quelquefois par les deux pères et témoins. Ou alors il faut renoncer à la formule.

  • L’habit s’accompagne du chapeau haut-de-forme, mais dût-il claquer des dents, par -10°c, le marié sort de l’église sans endosser son manteau.
  • La boutonnière d’habit du marié s’orne obligatoirement d’une fleur blanche. Précisons :  le gardénia. Mais cette fleur étant – presque – introuvable entre janvier et septembre, on la remplacera alors par un œillet blanc. Les parents, les témoins arborent un œillet blanc pas trop volumineux type ‘œillet de Paris’.
  • Les décorations sont absolument incompatibles avec une fleur. Choisissez. Elles sont exactement les mêmes sur l’habit que celles portées à la ville : rubans et rosettes. A moins qu’il ne s’agisse d’un mariage officiel, où figurent des personnes de marques : on fixe alors au revers, la barrette des réductions.
  • La chemise du marié, dont il n’aura pas le temps de changer, entre la cérémonie et la réception, doit, avec confort, résister à la cassure, hâtée par les agenouillements de la messe. On fait, pour éviter ce petit drame, des chemises d’habit demi-souples, qui demeurent impeccables jusqu’à ‘l’ouf, enfin seuls‘…
  • Les souliers du marié en habit sont tout simplement les classiques vernis à lacets. Ses gants sont blancs : agneau glacé ou peau chamoisée.

Par ailleurs, aucune fantaisie n’est admise dans la coupe du vêtement d’apparat. Pour cette cérémonie, il reste conforme à sa ligne classique : revers pointus recouverts de soie. Les parents et les témoins pourront être soit en habit, soit en jaquette, à la condition de s’entendre préalablement pour donner une unité au cortège.

  • Le pantalon est assez étroit et tombe droit sur la chaussure, en veau verni.
  • La chemise est à plastron empesé nid d’abeille ou unie, à col cassé et manchettes empesées, cravate papillon blanche en fine batiste ou nid d’abeille, de forme classique ou à bouts pointus.
  • Le gilet est blanc en piqué de coton nid d’abeille.
  • Chapeau haut de forme brillant (alors qu’il est mat pour accompagner l’habit le soir).
  • Les gants sont blancs, en chevreau glacé ou suède.
  • Pochette blanche en fil de main.
  • Chaussettes en soie noire.

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La jaquette

C’est actuellement (toujours dans les années 60 ; article extrait d’Adam, note de Stiff Collar : *) la formule préférée, bien qu’elle pose, pour certains, un problème pécuniaire.

  •  Sur la jaquette, le Président de la République fut-il présent, on ne porte ses décorations qu’en rubans et rosettes. Si l’on n’a pas – ou que l’on ne porte pas – de décorations, le gardénia est remplacé par l’œillet blanc pour le marié, rouge pour les autres, à l’exclusion de toute autre fleur.
  • La chemise chemise, à col cassé (* non représenté dans le dessin, où j’ai préféré le col turn-down) à poignets empesés (* plutôt single cuff je pense), peut être à plastron souple, si la cravate est également plastron : ce qui cache cette mollesse. C’est la formule que nous conseillons, pour son élégance et sa commodité. La cravate plastron (* ce que l’on appelle à tord maintenant la lavallière (la lavallière étant autre chose))  est obligatoirement grise. Le choix du tissu, limité, se porte sur de fins motifs ton sur ton ou noirs, des diagonales, des chevrons. La régate (* la cravate moderne, celle de tous les jours), toujours grise, unie, bien sûr, s’étale sur le plastron de chemise dur.
  • Le marié en jaquette se coiffe d’un tube. Ses gants sont de peau chamoisée grise. Ses chaussures basses, noires, cirées, comportent un empeigne rigoureusement unie. A la campagne (grands mariages hors-Paris) on note une certaine faveur pour la jaquette claire et – gaieté – le haut de forme gris.

Aucune erreur n’est tolérée dans cet ensemble. Il obéit à la loi stricte de la tradition, résumée ci-dessous :

  • La jaquette est gris marengo, légèrement pincée à la taille, les basques s’arrêtant au-dessus de la pliure du genoux. Les revers sont à cran pointus.
  • Le pantalon peut être uni ou à petits chevrons ou à rayures sur fond gris. Il tombe droit sur la chaussure sans cassure et sans être relevé, bien entendu.
  • Le gilet est croisé de préférence, est en toile bis ou en lainage gris clair ou beige.
  • La chemise est blanche et comporte, pour le marié, un col cassé et manchettes empesées (* pour le col, c’est à voir).
  • Tous les membres du cortège doivent avoir un chapeau haut de forme brillant.
  • Pochette en fil de main.
  • Gants gris clair en agneau velours ou en chevreau
  • Chaussettes en soie noire.
  • Chaussures noires cirées, unies.

* PS: j’ai dessiné la lavallière portée avec un col de chemise classique. Hérésie ou pas ? Je m’interroge encore. De toute manière, le col cassé n’est beau que lorsqu’il est véritable, c’est à dire faux et rattaché. Donc introuvable.

La tenue militaire

J’ai ouï dire qu’un officier de dragons, avant 1914, avait eu maille à partir avec les Suisses de la Madeleine : il entendait gardait sur la tête son casque à crinière pour monter à l’autel ! (* tiens, qui sait quand et pourquoi les gardes Suisses de la Madeleine ont disparu ?) Aujourd’hui, les gens d’armes revêtent ce que l’on pourrait appeler la petite tenue. Mais parcequ’ils portent le sabre, ils entrent et se tiennent durant la cérémonie, du côté de l’Évangile, contrairement aux civils auxquels est dévolu le côté de l’Épitre. Ceci vaut pour la famille et les amis. Et c’est le bras droit que l’époux, pour sortir, offre à son épouse.

* intéressant détail n’est-il pas? Bonnes vacances pour les chanceux qui y sont déjà. A la semaine prochaine pour le dernier épisode.

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Dernier épisode aujourd’hui, toujours la retranscription d’un article d’Adam des années 60, par Jean Laury. Note de Stiff Collar, avec une * .

Le costume de ville

Si l’on choisit cette formule, la plus simple, du moins faut-il la soigner d’autant mieux : complet foncé, bleu marine de préférence, chemise blanche, régate grise (* cravate grise, mais un peu de couleur est accepté maintenant), gants chamoisés de même ton – jamais de beige – chaussures cirées, nues au possible et à lacets, chapeau mou et fendu : chapeau rond interdit. Bref le comble de la sobriété : presque l’effacement !

Enfin, quelle que soit la tenue, la pochette à laquelle le marié a droit, doit dépasser à peine – et non plus en pointe, mais horizontalement. Et en habit, en jaquette, en tenue militaire, en veston, il portera invariablement des chaussettes en soie noire.

Erreurs et vérités

Quant à vous marier en smoking, c’est l’hérésie même du point de vue vestimentaire. En ce qui nous concerne, nous ne serions pas plus choqués par un marié en tenue de chasse, de golf, de ski, que par un marié en smoking ! A moins qu’il ne s’agisse d’un enlèvement au sortir d’un petit dîner en ville. (* du même genre, je rajoute les souliers marrons … se marier en souliers marrons… et puis quoi encore…)

Baiser la main. Doit-on le faire, à la sacristie, pour la mariée ? Bien sûr : ce geste, avec l’appelation de Madame, fait partie de ses nouvelles prérogatives. A tant faire que de salir les gants qu’elle porte, mieux vaut s’y livrer en s’inclinant sur sa main qu’en la lui serrant.

Les chapeaux. On nous pose parfois cette question : soit chez elle, soit dans un local loué, la mère de la mariée doit-elle garder son chapeau ? Sûrement. D’abord parce que le temps lui manque pour remettre sa coiffure en ordre. Ensuite, parce que cela se fait. Si elle porte un immense chapeau qui se cogne à la foule, elle peut tourner la difficulté comme le fit récemment une femme très élégante. En rentrant de la messe, elle avait hâtivement troqué de larges bords contre une étroite coiffure de fleurs, très habillée, qui s’harmonisait avec sa robe et lui permettait de circuler librement, sans collision !

La cadeaux

Ah ! Ces cadeaux ! Les temps ont bien changé, les portefeuilles sont encore plus plats. Mais la coutume admise, chez les gens les plus traditionalistes, c’est le dépôt d’une liste, établie par les fiancés, dans plusieurs magasins, dont les donataires éventuels se communiquent les noms. Cette liste va des porte-couteaux en cristal au plat en argent pour la dinde de Noël et au réfrigérateur. On peut compléter par un service de verrerie, de vaisselle, se décider pour un plateau, des cendriers de table, des tasses à déjeuner, un aspirateur – toutes choses qu’on n’eut jamais osé d’offrir au temps de nos grand-mères. Le tout, c’est d’arriver, pour le choix, parmi les bons premiers : de ne pas se trouver, précisément, devant une liste close, à l’exception de ses deux extrêmes : la vendeuse suggère, alors, tout autre chose, au hasard, lequel  – c’est bien connu – ne vous sert jamais.

Fleur ou décorations

Lors d’un grand mariage parisien, la nationalité suisse du marié posait un problème à la famille française de la jeune fille : le père, grand-pères, frères et oncles de la mariée pouvaient tous arborer une imposante brochette de décorations civiles et militaires. Par déférence vis-à-vis de leurs amis et invités, des beaux-parents suisses, originaires d’un pays ne décernant aucune décoration, tous les français avaient décidé de remplacer rubans et rosettes par une simple fleur à la boutonnière. C’était là un geste de bonne éducation.

Sortie de l’église

Rien n’est plus charmant que la coutume de la haie d’honneur accueillant le jeune couple entouré de son cortège de garçonnets et de fillettes. Cette haie évoquera l’activité sportive de l’un des époux : trompes de chasse, pour les veneurs et chasseurs, avirons, skis, épées, dressés en voûte, composeront un tableau que le photographe immortalisera pour l’album de famille.

Mariage israélite

N’oubliez pas ce tire qui veut que tout assistant à une cérémonie, dans une synagogue, ait le chef recouvert d’une coiffure. Si vous êtes un va nu-tête, on vous prêtera une calotte, mais vous serez certainement plus à votre aise en extirpant de votre garde-robe un de vos chapeaux personnels.  Jean Laury.

Julien Scavini

Le drop à l’essai !

20 février 2012

Il est un terme a priori mystérieux auquel nous sommes souvent confrontés, sans que personne vraiment n’en connaisse la signification : le Drop. Je n’en connaissais pas non plus la signification jusqu’à récemment. Mais pour vous, je me suis renseigné. Car il est maintenant monnaie courante de rencontrer dans une même enseigne des modèles en plusieurs drop. Alors, autant le dire tout de suite, ce terme technique n’a aucun rapport avec la bonne petite-mesure, puisque précisément, la mesure n’est pas fixée…

Tout d’abord, le drop est utile pour les costumes dont le pantalon est vendu avec et que l’on ne peut pas séparer. Car certaines bonnes maisons comme Brooks Brothers ou Arthur & Fox peuvent par exemple, prendre un pantalon dans une autre taille. La veste seule n’est pas concernée par le drop.

Bien, rentrons rapidement dans le vif du sujet : le drop désigne le différentiel de taille entre la veste et le pantalon d’un costume. Par exemple, en boutique le vendeur vous prendra d’abord le tour de poitrine (en passant sous les bras). Si vous faîtes entre 99cm et 101cm, vous ferez une taille 50 (soit la valeur divisée par deux). Il vous sortira donc le costume taille 50. Si ce costume est fixé en drop 6 (conformation classique), le pantalon fera 50 – 6 = 44cm de demi-tour de taille, soit 88cm de tour de taille.

Le drop est donc le rapport entre la poitrine de la veste et la taille du pantalon, exprimée en demi-périmètre et en centimètre en France. De nos jours, alors que les hommes mincissent et surtout les jeunes, les drops courants sont 7 ou 8. Par exemple pour un drop 8, la veste fera 50 et le pantalon 42. Vous voyez donc, drop 8 sera synonyme d’allure svelte.

Poussons plus loin. Le drop aura une influence (mais pas de rapport direct à ma connaissance) sur le tour de taille de la veste (A ou B sur le schéma). A priori, une veste en drop 6 est coupée plus droite qu’une veste en drop 8, qui sera plus cintrée. Car le tour de taille du pantalon et le tour de taille de la veste sont assez proches en réalité. Ils se chevauchent. Pour que l’un emboite bien l’autre, il faut un rapport logique, mais qui dépend du goût du modéliste/styliste. Sachant qu’une veste est plus facile à cintrer que l’inverse…

De nos jours, les bonnes maisons tentent de proposer deux drops, pour des allures et des expériences différentes. Mais attention, ce ne sera pas forcément le même modèle. On pourrait imaginer qu’une même coupe est vendue en drop 6 puis en drop 8 suivant le tissu ou les détails. Et bien non. Si vous êtes sveltes, vous pourriez dire : je prends le drop 6 et je cintre la veste par exemple. Sauf qu’en général, les conformations sont très différentes. Je prends la fiche de mon propre atelier pour le prêt à porter :

  • En taille 50, le drop 6 : 1/2 tour de taille 55cm, épaule 14,4cm, 1/2 dos 23cm, manche 64,5cm, longueur veste 78cm, pantalon taille 44.
  • En taille 50, le drop 9 : 1/2 tour de taille 51cm, épaule 13,8cm, 1/2 dos 22cm, manche 64cm, longueur veste 77,3cm, pantalon taille 41.

Vous constatez donc que les changements vont bien au delà du simple cintrage, une foultitude de différences pouvant être constatée.

Pour ma part, je trouve plus simple les marques qui parlent de conformation Regular, Long ou Short. Pour une même taille, vous trouvez alors trois longueurs différentes. Il est idéal alors que cette marque travaille avec un drop classique, qu’il est possible de cintrer. Mais si vous êtes grand et svelte, alors il sera aussi efficace de trouver une enseigne proposant un drop 8 ou 9 dans lequel vous vous glisserez sans retouches.

Enfin, fuyez les tailleurs qui parlent de drop. Quel intérêt ? Précisément, en mesure industrielle ou non, il est possible – voire même souhaitable – de modifier à l’envie le tour de taille, de poitrine, la largeur des épaules, ou encore de commander un pantalon à la mesure exacte, sans rapport avec la veste …

Julien Scavini

Les méthodes de doublure

27 juin 2011

Qu’il fait chaud, mais qu’il fait chaud! En ces temps incertains où les orages doivent arriver, impatiemment guettés comme au milieu des plaines africaines, il est bon de s’interroger sur sa veste de costume. Comment en effet concilier prestance au travail et modération thermique? Pour ceux d’entre nous qui travaillent à la clim’, aucun problème. Mais pour les autres? Notons également que l’air conditionné, vendu depuis les années 50 par nos amis américains trouve actuellement, dans la crise de l’énergie sa limite. Le premier ministre japonnais a en effet et depuis quelques semaines décrété un ‘cool biz’ – comprenez être cool au travail, c’est-à-dire venez sans veste – en raison de l’arrêt de nombreuses centrales nucléaires, et du manque d’électricité qui en découle. Les grandes tours de bureaux, révolution moderne du travail, se transforment alors en immense grille-pain.

Le coton peut-être un atout, bien qu’il respire assez mal. Mais il a l’avantage sur la laine, de s’entretenir mieux, notamment le pantalon, qui s’il est bien fait, pourrait supporter un cycle en machine. Les coupes amples (pas trop grandes!) facilitent aussi la vie, avec une sensation moindre sur la peau. Chemises et costumes trop cintrés sont à proscrire, alors que l’hiver ils sont intéressants.

Enfin et surtout, que mettre à l’intérieur. Comment alléger au maximum la veste? Choisir un coton léger (240gr) peut déjà être une base. Passez ensuite à la doublure. Quatre grandes options s’offrent à vous : A – la doublure intégrale, évidemment la plus courante, en viscose, en acétate, en polyester, en soie etc. Elle permet de réaliser les ‘propretés’, càd camoufler les coutures et l’intérieur (fonds de poches, toiles, coutures, etc).

B – le non-doublé dos, quelque fois appelé 1/4 dos. C’est déjà une avancée. Vous conservez la jouissance des poches de la garniture, et un empiècement doublure finit le haut du dos.

C – le non-doublé. Ici, plus de doublure pour camoufler les fonds de poches etc. Une grande garniture de tissu double le devant, dans laquelle sont réalisées les poches portefeuille. Les poches extérieures possèdent des fonds de poches (donnant sur l’intérieur) en tissu, à la manière des poches de pantalons. C’est une jolie méthode qui donne à voir, tout en étant relativement minimaliste! Les ‘propretés’, càd les coutures sont camouflées par des ganses ou surpiquées-couchées comme dans une chemise.

Dans ces trois méthodes, vous bénéficiez de l’entoilé et d’une épaulette, ces méthodes n’étant pas contradictoires.

D – le non-doublé intégral, quelque fois appelé veste foulard. Ici, il n’existe plus aucune poche à l’intérieur. De même la toile disparait, comme les épaulettes. Le montage de la tête de manche est plutôt comme une chemise. La structure disparait, la veste est molle, effectivement comme un foulard, ce qui peut être idéal pour des cachemires bi-faces bi-colores.

Julien Scavini

Manches courtes

20 juin 2011

Non, nous n’allons pas aborder ce soir le sujet des chemisettes – je sens déjà les tomates pourries arriver – mais bien celui des manches de vestes, irrémédiablement trop longues ! Je crois qu’à tous les prêt-à-porter, je retirerai 1,5cm de longueur ; mais ils sont issus des mêmes tables de gradation.

Il est de tradition de laisser entrevoir 1 à 2 cm du poignet de chemise – tradition détestée en Asie, honnie chez les militaires – mais les tailleurs anglais nous ont appris cette règle, alors autant se la tenir pour dîtes. Dès lors, et comme les vestons en p.à.p. ont des manches généreuses, les chemises s’adaptent en étant plus longues encore, jusqu’à recouvrir la moitié de la paume de la main quelques fois.

Il n’existe pas vraiment de règle parfaitement tranchée en la matière, pour juger de la bonne longueur ou non au demi centimètre près. Soyons pratique : quel est le résultat de manches trop longues (même si la chemise dépasse, donc encore plus longue) : la sensation de chaleur. Il est un fait : recouvrir la veine qui relie la main au bras donne une abominable sensation de chaleur, ou du moins amplifie celle-ci. Et je crois que l’aisance dans ce cas est tout ce qui compte!

La plupart, sinon tous les vendeurs et petits tailleurs prennent la longueur de manche avec le bras coudé à l’horizontale. Je pense que c’est une erreur. Finalement, prêtez-y attention, nous sommes le plus souvent bras vertical, notamment en déplacement. Il convient à ce moment d’avoir de l’allure. Sinon, accoudé à votre bureau, la problématique est différente. Donc je prends la mesure bras tombant. Et comme repère, je me fixe sur le petit os (en fait le sommet du cubitus, opposé au pouce, sur la face externe du bras). J’imagine la veste s’arrêter au dessus, la chemise en dessous, d’où 1,5cm de différence. Rajouter exactement +1,5cm pour un port classique, question de volonté du client vis à vis de son tailleur.

Pour vérification, je place (bras vertical, comme sur l’illustration) la main perpendiculairement au bras, et la fait aller de droite à gauche. Elle doit frotter le poignet de la chemise, mais pas le faire remonter, encore moins la manche veste.

Alors je vois poindre d’ici les critiques : quoi, une manche comme ça? mais elle est trop courte? Oui en effet, la manche est courte, et toutes vos chemises seront irrémédiablement trop longues (je le sais d’expérience). Mais lorsque quelques vestons correspondront à quelques chemises, vous vous sentirez à l’aise, sans jamais de surchauffe à ce niveau et une aisance parfaite pour serrer des mains ou tenir votre sacoche à bout de bras. Évidement, bras coudé, cela fera court, mais cette posture est généralement admise devant un clavier d’ordinateur où c’est un avantage. Et puis personne ne remarquera jamais que vos manches sont plutôt courtes tant que l’harmonie générale est correcte : veste à la bonne taille ni trop longue ni trop courte. Quelqu’un qui est à l’aise et en confiance dans son costume se remarque ; quelqu’un qui a chaud sous un costume trop long, mal adapté ne sera ouvertement pas à l’aise. Monsieur Hulot lui était à l’aise ;)

Julien Scavini

Quel costume l’été?

5 juillet 2010

Pour faire suite au précedent article qui avait fait couler beaucoup d’encre sur le port du polo manche courte et du bermuda, nous allons ce soir nous intéresser aux costumes estivaux. Car évidemment, quand il fait, la tentation est grande de faire tomber la veste, mais ce n’est pas recommandé par la rédaction. Et surtout, au delà du costume, la coupe étant une question de goût, quelle matière?

La problématique de la couleur peut aussi être posée. Pour un costume de travail, difficile de se passer des gris et des bleus. Ils peuvent simplement être sélectionnés dans des coloris plus clairs. Également, il est possible de revêtir aussi des tons beiges, mais jamais marron en ville. La veste sport ou les blazers légers peuvent également être combinés avec des pantalons de flanelles légères ou de laines vierges, ou de coton blanc.

Par ailleurs, notons que le nec plus ultra des coloris estivaux est le blanc, plutôt le blanc cassé, complété par de nombreuses variantes allant du crème au caramel. En trois pièces, cela peut-être exquis. Les anglais, avec ces couleurs, ne jouent jamais le total ‘look’, ne s’habillent pas de la tête aux pieds en blanc, préférant les dépareillés. De la bouche d’un anglais, ce ‘style’ est italien!

Enfin et surtout, la matière. D’abord, je vais détruire beaucoup d’idéaux largement répandus dans l’opinion: non au coton et au lin. Oui à la laine. Et oui, techniquement, rien n’est plus fin que la laine, rien n’est plus léger (en dehors des polyester et de la soie). Le coton a un défaut (à part le tissage seersucker): il est tissé serré et n’est donc pas aéré, très peu utile pour les jours de chaleur. Le lin quant à lui, froisse, vous le savez bien. Et par ailleurs, ce qui est peu connu, le lin se gorge d’eau en milieu humide (je pense aux régions de bords de mers) et dès lors ne respire plus. Par ailleurs, les cotons et les lins sont lourds (300gr bien souvent). Aussi, un tailleur refuse de travailler ces tissus, qui sont terribles sous l’aiguille et et le fer.

Il ne reste que la laine, dont les fibres peuvent allier deux qualités: finesse et légèreté. En dehors des laines vierges et des tissages légers, il existe deux catégories de laines spécifiques pour l’été: les laines fresco et les mohair.

Les fresco d’abord désignent une catégorie de tissages techniques. Les fils de laine, avant leur tissage ensemble, sont sur-tordus, sont enroulés sur eux-même. Une fois tissé, le plus souvent sur une armure toile (très aérée), le drap a un comportement étonnant, avec beaucoup de nervosité. On dit que ses fibres frisent, ce qui est une image pour signifier la réaction du fil retors.

Ensuite les mohairs sont des laines de chèvres. De ce point de vue et comme beaucoup d’amis, vous devez trouver cela bizarre. Mais le poil de chèvre a un avantage de plus par rapport au lainage de mouton: il a du ressort et est très rigide. Le tissage en toile de kid mohair est d’une grande légereté (220gr) et est trés aéré. C’est une merveille, que je recommande véritablement, même si elle est un peu chère! Si il est possible de trouver des costumes en fresco dans le commerce (notamment chez Arthur et Fox à Paris), ceux en mohair sont plus difficile à dénicher. Mais allez-y les yeux fermés, en plus, ça ne froisse quasiment pas!

Julien Scavini


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