Archive for the ‘Vestes’ Category

La saison des mariages, partie III

24 mars 2014

L’une des difficultés des cérémonies de mariage, c’est qu’il a parfois lieu en deux temps, civil puis religieux, avec quelques jours ou mois d’avance. C’est par exemple le cas d’un de mes clients, qui se marie religieusement assez tard au mois d’aout, mais dont la cérémonie à la mairie a lieu au mois de juin. Vous me direz, où est la complication : costume les deux fois et costume identique. Et bien ce n’est pas si facile. Car il faut aussi compter avec la mariée, qui en toute logique garde la grande robe blanche pour l’Eglise. Les tenues pour le mariage civil sont plus sobres. ll est alors possible pour le marié de recourir à un simple costume de travail, que l’on aura mis au pressing avant, avec des souliers simples que l’on aura bien ciré également.

Dans le cas qui nous intéresse ce jour, ce mariage civil aura lieu à la campagne, dans l’arrière pays Varois. Il pourrait faire chaud, très chaud. Et l’idée d’un costume ne plaisait qu’à moitié. Son père quelques années auparavant et dans les mêmes conditions, avait porté un costume de coton beige puis un costume bleu marine. Mais il est rare que les fils fassent exactement comme les pères.

Nous avons passé en revue une grande quantité de tissu à la quête d’une idée. Pour ma part, je me souvenais d’une mise portée par le personnage de Peter Campbell dans la série Mad Men, lors d’une garden partie à l’occasion d’un mariage (S03E03). Le rapport était immédiat dans ma tête grâce à ce détail. Le blazer était marron et le pantalon bleu pétrole. Cravate fine très années 60 et petits derbys marrons foncés. L’ensemble était harmonieux. Seulement les tonalités étaient fortes, alors que la robe de la mariée sera claire. Dans un cadre champêtre, cela nous a paru déséquilibré.

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Nous avons également essayé d’inverser l’ensemble, souliers marrons et pantalon marron, le haut bleu (chemise + cravate + veste). Là encore, l’ensemble semble à la fois foncé et trop tranché (marron en bas, bleu en haut). L’avantage d’un pantalon bleu marine au milieu est de séparer deux masses de marron : souliers et veste.

Mais plus nous avancions plus la veste marron nous semblait fade. Le marron est une couleur formidable, qui dans une mise à l’italienne est facile et complète admirablement le bleu marine et les souliers en veau-velours tabac, mais qui en veste est assez ennuyeux. Une belle idée sur le papier mais une mise en œuvre plus difficile. J’en possède une mais ne suis jamais très enthousiaste à l’idée de la mettre. Le côté terreux sans doute. Alors qu’un ocre ou une teinte chamois est superbe.

Nous aurions pu pencher pour une veste sable précisément, et un pantalon bleu marine, mais pour le coup l’ensemble nous parut déséquilibré. Car les mises dépareillées doivent être équilibrées. Teintes foncées ensemble, ou teintes claires ensemble, ou tonalités se faisant écho etc.

Devions nous revenir au costume? Non. Nous trouvâmes bien un caviar bleu tirant sur le beige, mais il était à la fois trop lourd pour l’été et trop gris vu de loin. Car il faut penser à tester les échantillons à diverses distances.

Finalement, nous nous arrêtâmes sur un coton sable pour le pantalon. Une matière lourde (360grs) avec un joli tombé. Et pour la veste, nous avons sélectionné deux tissus bleus, l’un bleu piqué de beige assez clair et l’autre natté bleu plus franc. C’est moi qui choisirai, le client n’en pouvant plus au bout d’une heure et demie de choix cornélien. Il y a un moment où le tailleur reprend la main, que lui laisse courtoisement son client en toute confiance. Et j’ai toute confiance dans les deux choix. Il me reste donc à choisir :)

Bonne semaine, Julien Scavini

Boutonner ou non sa veste, telle est la question.

3 mars 2014

Un jeune client m’a récemment posé cette question au détour d’un rendez-vous pour un costume de mariage :

"La veste que vous me réalisez peut elle se fermer ? Je dois dire que j’ai été interloqué quelques instants, ne comprenant par le sens de cette demande.

- Euh, oui répondis-je balbutiant, le regard interrogatif.

- ah? car celles que j’achète dans le commerce ne peuvent pas se boutonner habituellement". J’ai continué à creuser le sujet et ai fini par découvrir avec stupeur que ce jeune homme prenait systématiquement des vestes une taille plus petite que la sienne, pour le style me dit-il. Mais quel style? Celui près du corps. Oui, vous avez bien compris : le style étriqué, un peu raz de fesse. Tout de même, je ne sais pas quelle mode ou bien même qui a pu mettre une telle idée dans l’esprit des jeunes, qu’une veste se porte trop petite, à telle point que le bouton ne peut se fermer ?

L’occasion était trop belle de lui rappeler quelques évidences. A l’extérieur, la règle est simple : il faut boutonner sa veste. En intérieur, la règle est sujette à interprétation. Le plus logique est de porter la veste ouverte, mais si l’on a envie, fermée est aussi bien. Par contre, en intérieur toujours, pour une occasion particulière, par exemple devant un supérieur hiérarchique, ou lorsque l’on prend la parole devant un auditoire, il FAUT fermer sa veste.

Ce genre de petits détails peut paraitre anodin en France. Seulement si vous voyagez ou faites des affaires, cela aura une grande importance. De ce petit détail, vous passerez pour quelqu’un de civilisé ou pour un sauvage. Si les anglais font cela naturellement, les américains très à cheval sur ces petits principes de vie vous le feront vite sentir si vous fautez. Je ne parle même pas des japonais qui vous tourneront le dos.

Je me souviens aussi de cet autre client, un jour que nous nous promenions vers Madeleine, qui me fit remarquer le nombre de gens déambulant dans la rue veste ouverte. Il me dit 80%, je fus surpris d’en voir au moins 95% avec la veste ouverte. Cela aussi vient peut-être de cette manie de vouloir toujours tout cintrer. Je coupe mes costumes avec de l’aisance à la taille et suis régulièrement amené à réduire celle-ci. Cela doit être inconfortable au final.

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Récemment, lors d’une journée particulièrement chargée, je remarquais vers 8h du matin que mon costume était plutôt ample, 8 à 10cm d’aisance lorsque je tirais sur le bouton. Et je fus étonné lorsque vers minuit, toujours dans le même costume, l’aisance était nulle, voire serrée. Les heures et la fatigue ont tendance à faire gonfler le corps. Par exemple, il ne faut pas acheter de souliers le matin ou en toute fin de journée, quand vos pieds sont froids ou gonflés.

Je pense prêcher dans le désert quand je dis qu’une veste c’est plutôt ample à la taille. Le cintrage ne doit être qu’un effet, une triche relative entre la taille du bassin et de la taille. Si la veste a un bassin très resserré, pour obtenir l’effet de cintrage, il faudra aussi beaucoup resserrer la taille, d’où l’étroitesse. Au contraire, si le bassin a un peu d’ampleur et la poitrine un peu de drapé, l’effet de cintrage sera facile à obtenir, par pincement. C’est ici que réside l’allure des vestes de tailleur, en opposition aux vestes de prêt à porter et demi-mesure. Bref, une idée : un effet de pincement plus que d’étroitesse. Mais difficile d’aller contre les modes…

Bonne semaine, Julien Scavini

Le cran pointu

23 février 2014

Aujourd’hui, étudions le cran pointu, parfois appelé col tailleur. Vous le savez, sur une veste, l’encolure et l’ouverture sur le devant sont bordées par le revers et le col. Cette partie est assez difficile à réaliser, tant du point de vue technique que du point de vue stylistique. En effet, c’est de la forme du col que dépend en grande partie l’allure et le style d’une veste.

Le revers en lui-même est constitué par la garniture de la veste (c’est à dire la partie intérieure en tissu, le long du devant), qui se retourne vers l’extérieur. Cette partie peut être plus moins large suivant le goût et la morphologie. Par exemple, un revers d’une largeur de 8cm est classique ; certains modèles ‘slim’ présentent 4 ou 5cm de largeur et certains modèles à l’italienne une dizaine de centimètres, voire plus.

Le haut du revers forme à la jonction avec le col, un cran plus ou moins caractéristique. Le cran est dessiné par l’association des lignes d’anglaise et de contre-anglaise. L’anglaise, c’est la ligne du haut du revers, la contre anglaise, c’est la ligne du bas du col (vert et orange sur le schéma A). Ces deux lignes s’épousent puis se séparent : c’est le cran de revers.

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Le cran le plus classique est appelé ‘notch’ lapel par les anglais (A). Difficile de lui trouver une traduction directe (revers à encoche?) en français, les termes les plus courants sont cran ‘sport’ ou cran ouvert. Il est caractérisé par sa forme très nette. C’est le plus répandu, notamment sur les vestes droites (non-croisées).

Un autre cran très répandu est le ‘peak’ lapel ou cran pointu (B). Sa forme caractéristique est tout de suite reconnaissable : une pointe monte vers le ciel. Il n’y a pas de séparation visuelle entre le col et le revers, les deux sont bord à bord. Le dessin de ce col est particulièrement ardu à bien faire. Il est tout en équilibre et en proportions. 5mm de trop ici ou là et l’esthétique paraitra déséquilibrée (C et D).

Ce col en pointe est presque exclusif de la veste croisée. Sur cette dernière, le cran ouvert est une hérésie du pire goût, souvent appréciée des stylistes du reste. Il peut aussi être employé sur une veste droite, notamment pour un smoking. Sur une veste droite de ville, le cran pointu apporte une touche de formaliste. Il rend la veste plus ‘importante’. Il est possible de réaliser avec ce cran des vestes un, deux voire trois boutons suivant l’envie.

crans pointus

Le cran pointu sur des vestes droites peut donner un effet ‘dandy’ ou du moins rendre plus ‘précieuse’ une mise, par opposition au cran ouvert, plus classique, plus décontracté aussi. Il a ses amateurs et ses détracteurs. Ceci dit, il a de l’allure, y compris et surtout quand il est bien large et assez haut. 9 à 10cm de large est classique pour le cran pointu. Regardez donc Hercule Poirot dans la série du même nom pour vous en convaincre.

Notons enfin que le cran pointu a un seul défaut, il vieillit mal quand il est réalisé dans des tissus fins. Car alors, ses pointes vont finir par tomber avec le temps. C’est un trait typique des vieux smoking souvent utilisés. Cela peut faire son charme aussi.

A vous de choisir, si à l’occasion de la commande d’un costume, vous n’optez pas pour celui-ci.

Bonne semaine, Julien Scavini

Vestes en velours

16 décembre 2013

S’il est bien une pièce qui m’a longtemps laissé perplexe, c’est bien la veste en velours… Et plus j’en vois, plus je trouve cela intéressant. Du reste, quand on parle de vestes en velours, il peut s’agir de choses : la veste en velours côtelé et la veste en velours ras, appelé autrement veste en palatine (du nom de ce type de velours).

Il est possible de voir de plus en plus de vestons de velours lisse dans le commerce, surtout à l’approche des fêtes. Cela donne une mise immédiatement habillée. Notons que ces vestes descendent des vestes de fumoir (smoking jacket en anglais) et qu’elles se portent maintenant au même titre que le smoking (dinner jacket en anglais pour ne pas confondre). En effet, avec un pantalon de smoking, il est assez simple de mettre une telle veste. L’effet est souvent intéressant quand les coloris sont éteints. Parisian Gentleman dans son dernier article sur le smoking a posté beaucoup d’illustrations sur le sujet.

vestes velours

Dans un instant moins formel, je ne suis pas sûr que la veste en velours ras soit extrêmement chic. Il est possible d’en voir porter sur un jean : oui et bof. Peut-être qu’en bleu cela pourrait remplacer en blazer en apportant un petit twist intéressant. Avec, le pantalon doit rester élégant. Car le velours ras rappelle quelque chose des liquettes ancien régime. Il est luxueux par essence.  La réalisation doit aussi être au top. Les vestes en velours ne supportent pas l’approximation, plus généralement celles en coton, qui peuvent froisser inélégamment, la faute à une matière raide qui doit être parfaitement coupée.

L’autre velours, c’est le côtelé. L’effet est ici bien plus sport, parfois plus campagnard. Si l’on est peu inspiré par les lainages unis (une gageure parfois, tant les carreaux sont répandus dans les liasses des drapiers), un velours côtelé chocolat ou même chamois peut être du meilleur effet. De près les côtes sont évidemment visibles, mais de loin l’effet est similaire à une moleskine, avec de légers reflets mats, donnant une impression alléchante de confort. Il faudra bien sûr choisir un velours 750 raies, donc avec des raies plutôt fines. Des poches plaquées à plis creux peuvent bien compléter le tableau.

Enfin, d’une manière général, les vestes en coton demandent plus d’attention. Le coton n’est pas une matière qui vieillit bien à la différence de la laine. Il froisse plus facilement, se défroisse assez peu seul sur le cintre et a tendance à blanchir (un effet similaire au lustrage pour la laine) aux bords. Il convient donc de ne pas disposer la veste à la va-vite sur le dossier d’une chaine. En revanche à l’usage, c’est plutôt doux et chaud.

Bonne semaine, Julien Scavini

La veste dépareillée unie

2 décembre 2013

Lorsqu’il n’est pas en costume, le gentleman s’habille en dépareillé. La mode anglaise nous apprend que la veste seule – appelée veste dépareillée, odd jacket dans le texte – se porte classiquement avec un pantalon gris, toile lisse, serge grattée ou flanelle.

La mode anglaise toujours a démocratisé jusqu’à plus soif les tissus pour veston en tweed. Et pas n’importe quels tweeds : ceux à carreaux. Ce tissu est presque l’essence même d’un tissu démocratique : le tweed est une matière peu onéreuse et le tissage des carreaux embelli l’ensemble, à peu de frais. Les carreaux sont réalisés par le croisement de fils de couleurs, certains en trame, d’autre en chaine. Une technique permettant de produire du motif au kilomètre. Bien moins couteux, c’est évident, que les délicates broderies des vêtements d’aristocrates. Le pauvre Brummel – au sens propre – fut le précurseur de cela !

A force de réfléchir à une spécificité française, j’en viendrai à énoncer une hypothèse : une hypothèse plus en forme de questionnement qu’issu d’un argumentaire établi. Une hypothèse plus proche du ressenti ou de l’intuition.

anglais vs français

La veste dépareillée à carreau est british. Trop british pour le goût français qui aspire à un peu plus de délicatesse, au raffinement. Le carreaux rouge sur un tweed vert, c’est voyant ! L’esprit français serait peut-être plus enclin à apprécier les tissus unis, tweed également, mais proposant soit des tissages particuliers (chevrons fondus, grain de riz, etc…), soit des couleurs plus étudiées (rouilles, chamois, vert d’eau, etc…).

L’accord avec un pantalon est le même que chez nos amis d’outre-manche. La flanelle complète ces vestes avec un grand chic classique, de même que la moleskine ou le velours qui peuvent réchauffer la teinte générale.

Bref, plus d’interrogations que de réponses. Une chose est sûre, je ne vends qu’une fois l’an une veste à la Hackett. Qu’en pensez-vous ?

Bonne semaine. Julien Scavini

Le blazer pour les quatre saisons

7 octobre 2013

 Je voyais la semaine dernière un bon client pour réfléchir à l’évolution de sa garde robe et quel chantier mettre en route. Ne portant pas beaucoup de costumes, les réflexions que nous menons tournent le plus souvent autour de vestes seules. Mais détail important, des vestes pas trop sport, donc plutôt discrètes, évitant les grands carreaux et autres écossais, presque une gageure.

Nous regardions un magnifique tissu violet foncé dans une belle liasse de cachemire peau de pêche. Puis en tournant les échantillons, nous avons aboutis sur un beau bleu marine. Superbe. Seulement lui dis-je, "nous avons déjà fait un blazer, souvenez vous, dans un natté un peu épais". "Et alors" me rétorquât-il ? "Au fond, on peut avoir un blazer par saison…"

Je n’y avais jamais vraiment pensé, mais la remarque a du sens. Cette veste – qui fait l’objet d’un article que j’ai écrit pour Monsieur ce mois-ci – est assez versatile. Pratique en beaucoup de circonstances, elle est parfaitement urbaine grâce à une tonalité sombre et discrète. Les boutons dorés ne sont pas obligatoires, bien qu’un jeu de boutons un peu différent de celui du costume soit toujours préférable.

Donc un blazer pour chaque saison ? Alors il est sûr que ce beau cachemire bleu marine était idéal pour l’hiver. Chaud et moelleux.

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Quelles matières pourrait-on alors conseiller suivant la saison ?

  • Hiver > une grosse flanelle ou un épais cachemire en trois boutons
  • Printemps >  un natté à gros grain, un peu chaud et mais non doublé, en deux boutons
  • Eté > une toile aérifère de laine froide, non doublée, en deux boutons
  • Automne, une serge à peine peignée, pas trop épaisse en trois boutons

Vous complétez cela à chaque moment de l’année avec deux ou trois pantalons appropriés, gris, beige ou de couleur ; en laine froide l’été, coton gratté à l’automne, velours en hiver sans oublier la flanelle et l’affaire est dans le sac ! Le bleu va avec tout, que ce soit une harmonie à l’anglaise en association du gris ou une palette à l’italienne avec les marrons.

Et l’avantage : un même bleu marine, très classique dans les liasses des drapiers, peut se présenter sous une infinité de finitions et tissages : toile ou twill, sec ou flanellé, fin ou épais, laine ou soie ou cachemire etc… Ou comment à partir d’une même pièce diversifier sa penderie en gardant de la cohérence tout au long de l’année !

La ‘drape cut’

30 septembre 2013

On m’a souvent demandé d’écrire sur la coupe drape cut pour l’expliquer. En effet, il semble que l’on puisse trouver de nombreuses références à celle-ci sur les divers blogs traitant de l’univers tailleur. Seulement, le concept technique est souvent éludé, rarement travaillé, et sert quasiment à chaque fois de bain-moussant à des articles et ‘tailleurs’ plus ou moins intéressants. Et j’ai toujours été très gêné à l’idée d’aborder ce sujet, très technique et au fond tellement rare chez les tailleurs. Mais je vais tenter ce jour une explication.

La coupe drape cut peut être traduite en français par coupe drapée. C’est l’essence même de la coupe des années 30 et 40, par opposition des coupes de la belle époque, littéralement étriquées.

Ce drapé se positionne sur le côté de la poitrine où il crée un pli. Si toutes les vestes à cette époque présentaient un peu de drapé, c’est surtout le tailleur anglais Scholte qui lui donna ses lettres de noblesse (sous le terme de Scholte cut), même si ce sont les américains (sous le terme d’american cut) qui en firent l’allure quasi-unique du gentleman des 40’s.

L’effet était le suivant :  donner aux hommes une allure de stentor, en pinçant fort la taille et en développant les poitrines et les épaules. Car au delà de la poitrine, l’ajout voire l’excès d’épaulette est l’autre caractéristique de l’américan cut. L’homme ressemblait à une armoire à glace, l’allure n’était pas naturelle (et je dis cela sans jugement malgré la formule négative).

drape cut

Le concept de la coupe drapée au niveau des poitrines est difficile à comprendre pour un non-initié. Car de nos jours, il est quasi-impossible de trouver une telle veste dans le prêt-à-porter ou même la mesure. Les vestes contemporaines présentent des poitrines très près des pectoraux. Ainsi la poitrine est enveloppée, tenue, contenue. Avec la coupe drapée, c’est tout le contraire. Le tissu est laissé très lâche, comme si il y avait trop de tissu devant. Ce trop de tissu se répartit alors en un long repli le long de l’emmanchure. Cela se joue à la coupe.

J’ai mis longtemps à vraiment comprendre, sentir ce point de détail. Je dois tout de même confesser y avoir été très tôt confronté, car l’atelier italien avec lequel je travaille propose justement une coupe drapée en poitrine. Mes premières vestes présentent ainsi une formidable aisance au niveau du coffre. Mais depuis un certain temps déjà, je réduis à la commande cette carrure -excessive d’un point de vue contemporain – pour faire des poitrines plus sèches, c’est à dire plus tendues sur le pectoral. Ceci dit, c’est purement une question de goût du client. Beaucoup de jeunes clients viennent m’interroger sur l’opportunité de confectionner une telle veste drapée. Bien souvent juste comme une lubie, car il est notable que l’effet est très particulier.

J’ajouterai enfin que toutes les bonnes vestes présentent un certain degré de liberté en poitrine (à la différence du patronage moderne et industriel), degré qui est variable d’un tailleur à l’autre. Il va du drapé léger pour mettre un portefeuille comme chez Camps De Luca ou beaucoup d’autres grands tailleurs au drapé fort à la Anderson & Sheppard. Pour ma part, je dois confesser que mes vestes drapées sont d’un confort inénarrable. Seulement à la différence de l’originale ‘drape cut’ très épaulée, je préfère lui adjoindre une épaule italienne tombante. Question d’époque !

Les formes du croisé

1 juillet 2013

Deux grandes catégories permettent de prime abord de classer les vestes : forme droite ou croisée. Si nous étudions ici très souvent la forme droite, qui peut elle-même se décomposer en plusieurs catégories suivant le nombre de boutons, la forme croisée se fait en revanche plus rare dans les colonnes de Stiff Collar.  L’occasion d’y jeter un coup d’œil cet après midi, alors que l’été s’annonce.

La forme croisée revient à la mode ! Il suffit pour s’en convaincre de regarder les photos du Pitti Uomo, où quantité de messieurs vont faire les beaux, en croisé, par 30°c. La forme croisée en elle-même est difficilement datable. Il semblerait qu’elle soit plus militaire que civile, et peut-être même plus marine que terrestre. Les cabans des marins avaient un boutonnage double, pour permettre de croiser le veston – ou le caban – suivant le vent, de bâbord ou de tribord.  En dehors de cela, on note vers 1840 quelques fracs et riding coat croisés en Angleterre, mais certainement la forme est elle plus ancienne.

Quoiqu’il en soit, elle nous est arrivée, surtout comme veste de costume un peu formel, popularisé dans les années 30. C’est maintenant l’essence même du costume anglais, le trois pièces s’étant fait damer le pion. Ceci dit, notons qu’il est tout à fait correct, du point de vue ancien, de porter un gilet sous un croisé. Le gilet est droit alors. Car la veste croisée peut se porter ouverte en intérieur. Regardez le Prince Charles fait très bien cela. Si le croisé est bien coupé, c’est à dire pas trop ample comme il était commun de le voir dans les années 90, lorsqu’il est porté ouvert, les pans ne s’évasent pas trop. Au contraire, cela donne un certain air de décontraction et d’aisance. Un peu trop de tissu n’a jamais tué personne.

Dans le détail, le croisé se caractérise par son boutonnage symétrique et la présence de boutons factices sur le devant. Il doit aussi avoir des revers à cran pointus. C’est comme ça. La veste croisée à cran sport est une hérésie ; ‘ça n’existe pas’ dirait simplement For The Discerning Few ! Mais The Kooples le fait, que voulez-vous.  On peut également trouver le col châle sur le croisé, surtout sur les vestons d’intérieur. La largeur des revers de même que la forme (plus ou moins pointue) sont sujets à caution et aux effets de la mode. Disons que classiquement, le revers est un peu large, 9 à 11cm suivant les personnes. Après, il peut être beaucoup plus généreux, ou au contraire étriqué, suivant les goût.

the double breastedAutre petit détail de style, le croisé ne possède normalement pas de rabats aux poches. J’ai essayé les deux, je préfère maintenant sans rabats. C’est plus chic et cela correspond mieux à cette forme, à l’instar là encore, du Prince Charles. Aussi, le croisé a toujours deux fentes dans le dos, jamais une, quelque fois aucune.

Enfin, le système de boutonnage peut suivre plusieurs schémas. L’archi classique est appelé 6 x 2, et présente un carré de quatre boutons plus deux plus haut décoratifs. Le 4 x 2 est la variante d’été, par exemple avec une poche plaquée de poitrine empêchant le positionnement des deux boutons décoratifs en haut. En fait, cette nomenclature de déchiffre comme suit : d’abord de nombre de boutons visibles (hors bouton de rappel intérieur) fois le nombre de boutonnières visibles (hors donc boutonnière de rappel intérieure).

Autre forme plutôt populaire pour les croisés du soir ou ceux très décontractés, le 4 x 1 se boutonne comme une veste un bouton, avec une croisure assez basse, ouvrant sur une large échancrure et de beaux revers. Autre dérivé, le 6 x1 est l’essence même du croisé des années 80 et 90. A utiliser avec modération.

Enfin, les formes militaires peuvent présenter des variantes 6 x 3 ou 8 x 4, aucun bouton n’étant décoratif. Ces formes se retrouvent sporadiquement dans les collections de prêt à porter, mais c’est très habillé ! A vous de choisir votre forme !

Bonne semaine, Julien Scavini

La veste comme un pull

24 juin 2013

 Si j’aime m’habiller – et je pense vous aussi chers lecteurs – de manière classique, c’est à dire en costume ou en veste pantalon, avec des souliers classiques également, en cuir, il n’en est pas de même pour nombre de jeunes gens. Je prête une grande attention dans le métro, dans la rue, à la façon dont s’habillent les adolescents.

Et j’ai remarqué la présence en force d’un nouveau type de veste qu’un ami appelle la ‘swacket’, soit le mélange du sweat et de la jacket. Vous voyez très certainement de quoi je veux parler : cette fameuse veste vendue dans la grande distribution (zara, célio et consort) et réalisée en molleton de coton. Complètement déstructurée, elle est la mollesse par excellence.

Un fait est notable à ce propos, elle est courte. Même souvent un peu plus courte que la plupart des vraies vestes ‘ras-de-pet’ vendues dans le commerce maintenant. Celle-ci est courte comme un pull ! En fait, cette veste est un pull avec des poches. Car rares sont les jeunes qui portent des vestes à la manière de papa. Normal me direz vous. Mais ici, nous sommes un cran plus loin. Le vêtement devient de plus en plus ‘facile’.

Lors du dernier défilé de mode organisé par Hackett pour présenter sa collection printemps / été 2014, j’ai noté la présence de vestes du même esprit. Celles-ci prenaient l’apparence de blazers de régate, deux boutons et gansés. Le tissu, certainement une cotonnade, est mou. Et surtout, détail de style intéressant, le col est châle. Ce n’est pas la première fois que ce col apparaît sur les podiums, mais c’est la première fois – à ce que je sais – qu’il apparaît chez une marque ‘classique’.

veste col châleLa marque Gap est une coutumière des blousons et autres coupe-vent en col châle. C’est aussi un élément de style des marques d’urban-sportwear. Car relevé, ce col protège le cou – autant qu’une veste à col classique – mais mieux, il ne présente pas de faiblesse structurelle au niveau du cran de revers. Car un col à cran n’est pas tellement fait pour se relever. Il est fragile au niveau du cran. Une veste Yves Saint Laurent m’avait d’ailleurs beaucoup marqué il y a quelques mois, elle était en molleton éponge (celui du serviette de plage) et ressemblait un peu à une veste d’intérieur.

Ces deux idées : col châle et veste en molleton, sont représentatives de l’orientation du vestiaire masculin. Décontraction et souplesse ! C’est une voie qui je pense aura tendance à s’amplifier dans les années à venir.

Dans le même temps, un grand industriel de retour du Pitti Uomo me disait la semaine dernière avoir remarqué l’écrasante présence des pantalons. Et pas n’importe lesquels : ceux en coton ou en laine légère, colorés, d’esprit décontracté, mais avec une foule de détails sartoriaux : surpiqures tailleur, doublures colorées, V d’aisance, etc… Les hommes en ont marre du jean apparemment. Tant mieux. L’évolution est donc dans les deux sens. Plus de décontraction, mais recherche d’un peu d’élégance. La mode se fait ainsi, deux pas en avant, un pas en arrière. Attendons et voyons comme disent les anglais.

Bonne semaine. Julien Scavini

Et le ‘un bouton’ alors?

20 mai 2013

Et oui, comme soulevé dans les commentaires de l’article de la semaine dernière, qu’en est-il des vestes ‘un bouton’ ? A priori, ce n’est pas un choix fort classique. L’un des rares éléments du vestiaire avec un bouton qui me vient à l’esprit est le smoking. Et ses dérivés / ou ancêtres, les vestons d’intérieurs, mais ceux-ci ont parfois une cordelette plutôt qu’un boutonnage.

Notons que les vestons ‘un bouton’ furent à la mode dans les années 30. Je me souviens d’un beau portrait de Maurice Ravel avec une telle veste, qui arborait en plus un bouton jumelle. Cela signifie en fait qu’il y a deux boutons au même endroit, un sur l’endroit (classique) et un sur l’envers. Et les deux pans de la veste se boutonnent en s’épousant et non en se chevauchant. A l’instar des jaquettes. Un petit truc amusant. La veste du célèbre compositeur présentait des revers en pointes, ce qui parait le plus logique. Un petit côté formel émane immédiatement d’une telle mise.

un boutonL’histoire nous donne donc quelques exemples. Elle nous apprend aussi que le vestiaire se dépouille, s’allège de plus en plus. Les vestons sont maintenant majoritairement deux boutons, donc le dernier – le plus bas – ne sert pas. Le pas est facile pour supprimer ce dernier. Le boutonnage d’une veste un bouton est donc égal à celui d’une veste deux boutons, seul le dernier ‘inutile’ disparait, sans modification de la hauteur de fermeture. C’est logique, le bouton principal étant vers la taille, c’est ici que se ferme le veston.

Alors pourquoi un deux boutons ? Je vais répondre d’abord, pour qui. Les hommes pas très grands peuvent admirablement porter le ‘un bouton’, de même que ceux qui sont corpulents. En associant cela avec une belle échancrure du V des revers, la silhouette est allongée. Je me souviens du blog d’un jeune homme asiatique vivant à NYC qui faisait systématiquement faire des vestes ‘un bouton’, y compris dans les tweeds. La question du registre se pose donc. Je n’en ai jamais eu encore, mais je me fais actuellement un costume bleu nuit avec un bouton. Et des revers classiques, sport. Pour essayer justement. J’ai été assez convaincu sur les clients qui voulait cela. Seulement, il ne faut pas en faire une règle absolue. La variété est souvent par parente de l’élégance.

Vous pouvez donc prendre le parti du formalisme et réserver cela pour les costumes de mariage ou du soir. Vous pouvez également trouver cela très sport, et l’utiliser sur des tweeds. Nous touchons ici à des questions de style très contemporaines. L’histoire ne nous dit pas grand chose. Il revient donc à chacun de se faire son idée…

Bon repos ce jour et bonne semaine. Julien Scavini.


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