Archive for the ‘Chemises’ Category

Réhabilitons la chemise à manches courtes

7 juillet 2014

Décidément, je vais me faire taper dessus par les puristes, mais comme je suis assez têtu je vais comme l’année dernière en remettre une petite couche sur la chemise à manches courtes, la bien nommée… Eh non je ne dirai pas son nom, qui à mon avis galvaude déjà l’idée, le suffixe sonore -zette n’aidant vraiment pas. Mais d’où vient donc cette haine de la part des élégants pour la chemise à manches courtes ? Les anglais qui sont des maîtres de l’élégance ne l’étaient-ils pas aux Indes, en Égypte ou ailleurs sous des chaleurs humides écrasantes ? Nos militaires ont-ils l’air ridicules vêtus de la sorte l’été ? Je m’interroge encore, d’autant que des années 20 à 60, il était tout à fait commun d’en porter. Les américains en étaient très friands ; les acteurs d’Hollywood (il me semble avoir déjà vu Cary Grant ainsi) ou des présidents américains en portaient.

Alors certes, la chemise à manches courtes ne se porte pas avec une cravate, ni même avec un costume. C’est d’abord et avant tout un vêtement décontracté. Avec le col boutonné sous une veste, oui c’est assez ridicule. Mais seul, cela peut être d’une grande élégance. Le col doit rester ouvert. D’ailleurs les militaires ont sur leurs chemises manches courtes des cols requins, dépourvus de boutons de col, qui s’ouvrent largement et sont écrasés sur les côtés.

Questions détails, la chemise manches courtes possède assez souvent une poche, pour y glisser les lunettes (ce qui est mieux que de les abimer en les coinçant dans les cheveux). Elle peut présenter à la base des manches des revers, avec parfois une patte de boutonnage, détail issu des chemises type sahariennes. Cette patte peut être remplacée par une épaulette boutonnée pour les modèles plus sports.

Elle peut se porter à mon avis de deux manières. Un de mes clients (d’un certain âge) se présente toujours à mon échoppe l’été, vêtu d’élégants pantalons clairs à double pinces. Il rentre sa chemise dans le pantalon, et additionne l’ensemble d’une belle ceinture de cuir marron, parfois tressée ! Ses chemises manches courtes de chez Charvet sont toujours en popeline blanche et quelques fois en lin. Il respire la décontraction. Il est aussi possible de porter la chemise manches courtes hors du pantalon. Ceci est particulièrement adapté pour cacher un peu l’embonpoint. Car oui, les hommes peuvent avoir de la bedaine et éviter l’effet saucisson peut être salutaire parfois. A ce moment là, la chemise doit être coupée avec un bas horizontal et fendue sur le côté.

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Et au fond, réfléchissons bien. Quand il fait très chaud, que porter? Une chemise à manches longues que l’on retrousse ? Idiotie, car le roulé comprime alors le biceps, empêchant l’air de passer, on a alors encore plus chaud. Un client me disait récemment que la chemise manches courtes présentait le désavantage d’un polyvalence restreinte. Oui, mais on ne fait pas sa vie sur 4 chemises. Je possède une quinzaine de chemises à manches courtes (popeline blanche, bleu gendarme, rayé blanc/bleu ou à carreaux, certaines en lin) que je ne sors que l’été. Le reste de l’année et surtout l’hiver j’ai quelques coloris très différents. Et puis à Monoprix, les chemises manches courtes bien coupées ne valent pas très chères…

La chemise manches courtes à l’extrême avantage de faire circuler l’air sous les bras et le long du corps. Par ailleurs, comme elle s’enfile par le devant et se boutonne, même lorsque l’on transpire fort, elle reste facile à retirer. J’ai déjà expérimenté le polo dans de telles circonstances, il faut alors se débattre pour en sortir. Le jersey petit piqué à de ce point de vue beaucoup de progrès à faire. Il est assez lourd et prend l’humidité, à la différence d’un tissu fin de coton. D’autres désavantages du polo sont son aspect saucisson sur les corps pas trop musclés et un pied de col très bas difficile avec certains physiques, comme les cous longs. Un ami me dit récemment que la chemise manches courtes n’est pas chic. Lui porte des polos avec un gros logo brodé dessus. Mais enfin de qui se moque-t-on? La chemise à manches courtes doit en plus se repasser, signe d’un certain train de vie estival. Alors que le polo sèche sur un cintre seulement.

Enfin il y a le t-shirt, mais je vous laisse dresser la liste de ses défauts d’élégance…

Bref, pour ma part, je continue de porter mes chemises à manches courtes, elles sont tellement fraiches quand il fait chaud. Et regarde amusé mes contemporains retrousser leurs manches ;) Je vous laisse y réfléchir d’ici la semaine prochaine, pour un dernier billet illustré qui marquera la fin de la saison !

Bonne semaine, Julien Scavini

La bonne chemise II

2 février 2014

Après les matières et les mesures, étudions cette semaine la façon. Une bonne chemise est cousue avec des coutures anglaises, c’est à dire que le bord du tissu, à vif et moche, est dissimulé à l’intérieur de la couture qui est retournée sur elle-même et repiquée une deuxième fois. Cela permet une finition parfaite et sans doublure. Chez les grands chemisiers artisanaux, cette couture est extrêmement fine (environ 3mm), alors qu’en industrie, 5mm à 1cm est toléré. Parfois même, chez les plus délicats artisans, cette couture est repiquée – on dit alors rabattue – à la main avec de petits points de côté. Très esthétique et très souple, mais fragile si vous n’avez pas encore un grosse garde robe et que vous lavez souvent vos chemises.

Question technique également, le col et les poignets peuvent être entoilés. Pour rigidifier ces parties, il faut placer à l’intérieur des tissus une toile plus épaisse. La technique courante consiste à coller cette toile contre l’un des tissus. Ce n’est pas un mal, et rares sont les chemises à manifester des signes d’usure à cause de cela. Les chemises contemporaines s’usent plus à cause des tissus fins que du thermocollant qui cloque. Ceci dit, les belles chemises peuvent être entoilées sans colle. Le principal inconvenant alors est le repassage qui n’est pas simple. Je fus même confrontés à des clients connaisseurs qui découvraient cette difficulté. Il s’agit notamment de bien repasser le col en le tendant pour qu’aucun pli ne subsiste sur les bords.

Passons aux détails maintenant : le col peut avoir plusieurs formes (étroit ou large) et différentes hauteurs suivant les cous. Il se ferme par un seul bouton placé sur le pied de col (et non deux ou trois boutons). Les baleines (ces petites languettes de plastiques) peuvent être amovibles ou intégrées: amovibles, c’est plus chic ; intégrées, c’est plus pratique, choisissez.

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Les boutons – prioritairement en nacre – sont placés le long de l’ouverture devant. Cette ouverture peut être sans gorge (C), avec gorge surpiquée (D) ou alors avec gorge cachée (E), comme quelques chemises du soir. Le plus simple – sans gorge  – a depuis toujours ma préférence. Une poche (B) peut être placée sur la poitrine sur les chemises d’été à manches courtes (A), mais jamais sur une chemise habillée.

Vos initiales peuvent être également brodées. Classiquement, elles se placent sur le pan gauche, au troisième ou quatrième bouton (sans compter le bouton du col), donc en dessous de la poitrine ou au dessus de la ceinture du pantalon (F). Restez discret à ce sujet. L’idée de les placer sur le poignets, très visibles, est saugrenue.

chemise détails 2Le bas de la chemise peut être arrondie sur les côtés, comme les liquettes anciennes (L et M) ou droit (K), avec une fente à droite et à gauche. La chemise doit être assez longue pour arriver presque en dessous du popotin. Quand la chemise est arrondie en liquette, à la jointure du pan arrière et avant, en bas de la couture verticale, une hirondelle de renfort peut être placée (M). Elle n’est obligatoire que si l’angle est aigu. Sinon il s’agit d’un simple détail de style.

En haut du dos, sous le pan de tissu horizontal, des pinces peuvent être placées, une à droite et une à gauche sur les chemises classiques de ville (H) ou les deux rassemblées au milieu sur les chemises de week-end (G). Ces pinces peuvent être supprimés à deux conditions : que la carrure soit un peu élargie (et donc l’aisance générale) ou que le client veuille une chemise très près du corps. Si vous souhaitez une chemise particulièrement près du corps ou si votre postérieur est rebondi avec le bas du dos très creux, il pourra être intéressant d’effectuer deux pinces (I), pour répartir le cintrage efficacement.

Ce morceau de tissu horizontal peut être coupé d’une seule pièce ou en deux avec une couture au milieu (J). Bernhard Roetzel rapporte qu’un pan coupé en deux permet de prendre en compte l’épaule droite et gauche. C’est faux, car il est aussi possible de couper asymétriquement le pan unique. Le mystère demeure donc à ce sujet, sauf si l’on considère la petite économie qui consiste à couper ce pan en deux et non d’une seule pièce, ou le plaisir du chemisier à raccorder les rayures au centre.

chemise détails 3Question raccord, ce pan horizontal doit raccorder le motif de la manche (rayure ou carreau). C’est un must-have. En descendant le long de la manche, vous tombez sur la fente de manche. Celle ci reçoit en son milieu un petit bouton appelé capucin (N). Sur les très belles chemises, ce capucin est absent. Vous voyez un peu la peau… et alors ? A côté de cette fente et mourant dans le poignet, vous trouverez des plis. Deux plis parait un minimum et mon expérience me pousse à en faire systématiquement trois maintenant, des clients ayant été serrés à l’avant bras (la mode du slim ne va pas à tout le monde).

Le poignet enfin peut arborer un seul ou deux boutons (pour l’ajustage latéral -O), ou encore deux boutons en ligne verticale, à l’italienne (P). Sans boutons, il s’agira alors de poignets à boutons (de manchette) ou de poignets mousquetaires.

Avec toutes ces informations, vous serez de fins connaisseurs  et pourrez apprécier l’importante quantité de modèles vendus dans le commerce.

Bonne semaine, Julien Scavini

PS : pas de billet la semaine prochaine, je serais trop occupé par un projet qui sera visible en Septembre 2014…

La bonne chemise

27 janvier 2014

J’avais il y a quelques mois écrit un article sur les caractéristiques d’une bonne chemise. Cet article, figure parmi les références du blog. Seulement il contient plusieurs approximations et contre-vérités. Essayons de (re)passer en revue ce qui fait une bonne chemise.

D’abord et avant tout, le tissu compte pour une très grande part de la qualité globale d’une chemise. Il faut éviter absolument le polyester, même en quantité moyenne. Seul le coton (et dans une moindre mesure le lin ou la soie) doit être utilisé. Quand on pense que même Yves Dorsay propose des 100% coton à 16€, ce serait vraiment exagérer pour une marque de ne pas faire de même. La qualité du coton importe aussi, mais joue un peu moins, le niveau général en boutique étant plutôt bon. Seules une ou deux de mes vieilles chemises se sont mis très vite à boulocher, ce qui est absolument désagréable sur la peau, mais elles venaient de chez E. Leclerc (des tartans pour le week-end).

Un tissu de chemise fait généralement un poids de 110 à 120grs. Plus fin, il sera été, mais aussi plus transparent, comme les voiles suisses. Vers 140 et 160grs, nous trouverons de grosses cotonnades, comme les oxfords et les tattersalls anglais. Les tissus pour chemises se caractérisent aussi par leur titrage. Le titrage est analogue au terme super 120′s des costumes.

Disons que les belles qualités commencent avec les doubles retors (deux fils torsadés ensembles, donnant plus de solidité), 80 à 2, puis l’échelonnent jusqu’à 120, 140 à 2 etc. Il existe des chemises en 300 à 2, mais cela frise le ridicule et est plutôt un argument purement commercial. Une bonne chemise, c’est un tissu classique et une bonne coupe ; pas un tissu de compétition sur un façon moyenne.

ILLUS36Certains tissus de chemise sont proposés ‘easy to iron’ ou ‘non-iron’. Plusieurs techniques existent pour arriver à ces textiles surprenants et pratiques. Une première technique consiste à merceriser le coton – du nom de monsieur Mercer – sous l’effet d’acides ou de bases, à l’instar de la technique utilisée pour faire le fil d’écosse de nos chaussettes. D’autres techniques plus mécaniques s’intéressent à la torsade des fils, comme la chiralité en chimie organique. Cela permet d’obtenir des propriété d’aération ou de non froissage.

En ce qui concerne les mesures et la coupe générale, la chemiserie encore plus que le tailleur est délicate tant les modes et les goûts des clients sont variés. La première des mesures est le tour de poitrine, par exemple 100cm pour un client standard. De cette mesure, il est possible de déduire trois chemises : la coupe classique avec mesure finale du tour de poitrine de 122cm (aisance 20 à 24cm en plus), la coupe ajustée, avec une mesure finale de 112cm, et la coupe très ajustée, avec une mesure finale autour des 106cm. Ce n’est qu’une question de goût et de ressenti. Pour avoir testé les deux premières, je peux affirmer que je préfère la plus large et je me fous du plis qui se présente ça et là. D’autres penseront tout l’inverse. Il en va de même pour l’aisance à la ceinture ou l’aisance du biceps.

Au niveau de la manche, il est impératif que le chemisier prenne une mesure de votre tour de poignet pour faire des manchettes ajustées et non des trucs gigantesques qui flottent. Je dois confesser qu’à mes débuts j’ai voulu trop bien faire en ajustant un peu trop (environ 1cm de marge) les poignets. Maintenant et suivant les clients, j’ajoute plutôt 2 à 3cm, et plus si il y a une montre.

Mesures toujours, dans le dos, si le client est très cambré ou s’il veut une chemise très près du corps, deux pinces peuvent être exécutée. Elles sont tout à fait courantes maintenant et ne constituent pas une hérésie comme j’ai pu le lire ici ou là.

Cette première partie sur la bonne chemise est terminée. La semaine prochaine, nous étudierons les détails.

Bonne semaine, Julien Scavini

La chemise bleu

20 janvier 2014

Ce soir, je souhaiterais mettre en avant une chemise chemise qui a tendance à être oublié dans nos penderies : la chemise bleu. Un client récemment venait pour faire une chemise et s’arrêta sur un carreau de vert et de bleu, très Arnys. Soit. Nous nous interrogeâmes longtemps sur l’utilité de cette dernière par rapport à une chemise bleu ciel, si simple, mais dont l’envie était moins forte. D’autres clients, je m’en souviens, exprimèrent la même interrogation.

Ce fut aussi l’occasion de me dire que moi même, je n’en avais qu’une seule, et encore, je l’ai trouvée par hasard dans les restes du fonds de commerce que j’ai acheté. Et quel dommage de n’en avoir qu’une seule ! J’ai bien des blanches, et j’ai surtout un nombre incalculable de chemises à rayures, surtout bleues. Cette catégorie, que les anglais appellent ‘bengal shirt’ représente maintenant une écrasante majorité des chemises vendues, pour son côté très business et en même temps plus fantaisie que l’uni. Les rayures larges, appelées ‘bâtons’ sont en revanche très sports, trop à mon goût. Les américains et les anglais très moyens en raffolent, surtout lorsqu’il y a plusieurs coloris dedans. En association avec une cravate club huit couleurs dont un peu de fluo, c’est le summum du goût ‘troggie’ dirait James Darween.

Bref, la bonne vieille chemise bleu uni a dû mal à se faire une place dans le placard. Elle peut être réalisée dans une simple popeline, un fils à fils chiné de blanc ou encore en oxford fin. Par rapport à la chemise blanche, elle se salit moins vite au col. Et par rapport à la chemise à rayures, elle peut aller avec toutes les vestes anglaises à carreaux possibles. Un immense avantage, tant l’accord des motifs est crucial. Avec un costume gris ou bleu, elle fait encore merveille. D’un coloris plus doux que le blanc, la chemise bleu ciel permet un accord en pastel, où les couleurs se répondent, dialoguent, sans tension extrême, dans une douce harmonie que la cravate seule va rehausser. C’est pourquoi je ne saurais que trop vous conseiller de lui faire une place de choix !

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Bonne semaine, Julien Scavini

Le col blanc

21 octobre 2013

J’en vois de plus en plus dans le métro le matin : le col blanc reviendrait-il-en force ? Je me le demande. Si la chemise blanche semble tomber peu à peu aux oubliettes – et c’est bien dommage – le col blanc rattrape un peu cela, pour le moment. Étudions quelques instants le pourquoi du comment.

Si vous relisez un très ancien article du blog, ICI, vous retrouverez quelques éléments sur la spécificité des cols détachables. Ceux-ci étaient blancs, d’un blanc immaculé et brillant, permis par l’amidonnage. Au début de ce siècle et surtout dans les années 20 et 30, la mode était aux chemises rayées et très colorées. Parfois trop pour le goût de nos jours. La rayure bleue – parfois horizontale – était un grand classique, et cela dans de multiples couches de la société. Les chemises sans cols que l’on peut appeler tunique possèdent un petit pied de col, similaire à un col officier. Sur celui-ci était fixé le col dur par l’intermédiaire de deux petites brides métalliques ornées. Et seules les plus hautes couches de la société en mettaient un. Son entretien était couteux. Le simple ouvrier se contentait de sa tunique (que l’on a plus tard appelé à col mao, peut-être une référence communiste ou socialiste?, qui s’apparente de nos jours à quelque chose de décontracté, donc de populaire…?).

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Il y a bien eu une mode temporaire pour le poignet amidonné séparé, mais elle fut très courte. Si bien que sur les vieilles chemises, les poignets sont quasiment toujours du même tissu que le corps. Seul le pied de col et donc le col séparé sont blancs. Je ne saurais dire à quelle époque est apparue véritablement la mode du poignet blanc en complément du col blanc. Une chose est sûre, les années 80 ont consacré cela !

De nos jours, vous avez le choix. Soit le col et les poignets blancs, soit le col seulement en blanc. J’opte assez souvent pour cette dernière variante que je trouve plus discrète, en un mot plus raffiné. J’utilise en complément des poignets simples à boutons de manchette, et non des poignets mousquetaire, que je trouve trop volumineux. Question de goût, absolument ! Du reste, le poignet mousquetaire est pas mal en blanc avec un col blanc.

Enfin, notons que dans tous les cas, le col blanc doit compléter un tissu plutôt rayé – pourquoi pas uni, mais l’effet est moins net – où une couleur autre que le blanc doit dominer. Les rayures un peu épaisses sont ainsi plus indiquées que les rayures fines, à moins qu’elles ne soient très rapprochées. Je rajouterais aussi que le col blanc ne se porte pas avec des souliers marrons. Ce serait un contre-sens absolument. Le port du col blanc étant un signe distinctif de l’élite, mélanger cela avec une chaussure d’un cuir sport serait passablement bizarre…

A vous de choisir ! Bonne semaine, Julien Scavini

Le polo, tenue d’hiver et d’été

18 mars 2013

Il est amusant de constater que la même semaine, deux lecteurs m’ont posé des questions sur le polo et de son absence criante dans mes colonnes. L’occasion d’y répondre. En effet, c’est une pièce dont je parle assez peu, une pièce également peu présente dans le répertoire de l’élégant et dans les règles d’élégance masculine anciennes.

Historiquement, le polo est assez jeune, puisqu’il daterait des années 30. L’histoire la plus commune à son propos est française. En effet, René Lacoste aurait inventé le polo à la fin des années 20 pour faciliter la pratique du tennis. Il a en fait pris la chemise typique des tennismen, en a coupé les manches (qui étaient depuis longtemps retroussées) et a remplacé le coton et la flanelle (des matières tissées) par un jersey dit ‘jersey petit piqué’ (matière tricotée).

Une autre histoire fait provenir le polo des Indes anglaises, où précisément des joueurs de polo, auraient fait confectionner ce vêtement plus simple dans une toile de gros oxford, ayant l’aspect du piqué de coton. Il y a donc une controverse sur le sujet entre les sujets de Sa Majesté et ceux de la République.

Quoiqu’il en soit, le polo de René Lacoste, qu’il commercialisa en Europe et aux Etats-Unis à partir de 1933, avait plusieurs points particuliers, que l’on retrouve encore de nos jours : des manches courtes, une fente boutonnée facilement ouvrable pour respirer, un col mou facilement retournable pour se protéger le cou des brulures du soleil, un jersey de coton pour rester au frais, un pan arrière plus long pour ne pas sortir du pantalon.

Alors justement, comment porte-t-on le polo ? La méthode classique veut qu’à l’instar d’une chemise, on le porte dans le pantalon ou le bermuda. Avec une ceinture. Mais attention à l’aspect ‘saucissonné’ d’un tel ensemble. Bien sûr, la méthode contemporaine est de le sortir. Évidemment, d’aucuns pourraient objecter que c’est négligé.

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Quid du polo à manches longues ? S’il est maintenant rare d’en voir porté, il fut à la mode sur les parcours de Golf, notamment ceux de St Andrews en Écosse. Le froid mordant était ainsi contenu et le cardigan en laine d’agneau à manches longues était son indispensable allié. L’ensemble n’est pas le plus élégant, mais il a fut un canon de l’élégance sportive, alors …

Maintenant, comment vois-je le polo ? Il est évident que ma valise en est rempli lorsque je pars l’été sur la côte basque. Mais il est évident que ce n’est vraiment pas un vêtement élégant. C’est un vêtement trop décontracté pour entrer d’une quelconque manière dans un recueil d’élégance. Aucun art la dedans ! Et puis surtout, ce qui ne me le rend pas sympathique, c’est son affreuse tendance à marquer l’anatomie. Vous me direz, on est pas obligé de le prendre ajusté. Oui mais c’est alors pire.

Ainsi, poitrine et petit ventre sont moulés, d’une manière pas forcément avantageuse. De même que le col trop bas fait ressortir des longs cous, dont je suis. Non, vraiment cela fait beaucoup. Dès lors, je préfère autant une bonne chemise fine et pourquoi pas, une chemisette. Mais nous y reviendrons cet été…

Julien Scavini

On finit sur la chemise, les bons faiseurs

19 novembre 2012

Dernier article consacré aux chemises, celui sur les bons faiseurs, hélas de plus en plus rares. Alors évidemment, à Paris, nous sommes obligés de citer les deux maîtres chemisiers de la place : Courtot et Lucca. Ces deux maisons excellent par leur savoir-faire et aussi par leurs prix, très attractifs pour ce service : en moyenne à partir de 210€ la chemise. Ce qui, pour une chemise réalisée avec deux ou trois essayages à partir d’une toile, est un prix plus que compétitif. Courtot, 113 rue de Rennes dans le 6ème et Lucca, 58 boulevard des Batignolles dans le 17ème. Par contre, je sais que chez Courtot, il faut maintenant compter plus de 3 mois pour une première commande, renommée oblige, 1 mois par la suite (information rapportée par plusieurs clients).

Je note aussi l’existence du chemisier Charles Demagne, au 61, rue de la Boétie Paris 8ème, qui propose un service grande mesure en plus de la mesure industrielle, pour un prix égal aux précédents cités si je me souviens bien, ayant rencontré un jour la tenancière, fort sympathique et très prolixe en informations diverses.

Enfin, en grande mesure, toujours à Paris (hélas je n’en connais aucun en province), notons Halary, Charvet et Arnys. Des grands. Pour les deux derniers, il faut compter au moins 500€ si ce n’est plus. Hermès propose également des chemises d’une jolie façon, mais en prêt-à-porter uniquement. Je crois que Marc Guyot réalise aussi des chemises en petite-mesure italienne de qualité.

Côté prêt-à-porter, cela devient difficile. La grande institution parisienne est Alain Figaret. Mais j’ai appris récemment – pour le compte d’un client – qu’ils ne réalisaient plus le changement des cols… aïe! Quête de la meilleure rentabilité? C’est fou comme les marques françaises peuvent être attirées par le très moyen, au lieu de chercher vers le haut. C’est un petit service, pour une minorité de clients pointilleux certes, mais tout de même, cela en dit long sur l’esprit d’une maison. Alors que reste-t-il?

Les anglais. Évidemment, citons Hilditch & Key, 252, rue de Rivoli Paris 1er, mais la qualité a un peu baissé, appréciation rendue par de nombreuses personnes de mon entourage. En revanche, l’institution qui fait parler d’elle est Turnbull & Asser, mais hélas uniquement à Londres, comme T.M. Lewin sur Jermyn Street.

Enfin en véritable prêt-à-porter, je dois dire n’avoir été jamais déçu par les chemises Hackett, avec cols entoilés il fut un temps, et par celles de Brooks Brothers. Mais c’est plus une question de tissus – épais et donc durables – que de façon.

MàJ : un employé d’Alain Figaret, qui fait son travail avec passion, me signale qu’ils peuvent bien changer les cols… Informations contradictoires alors. Il faudrait mettre les collègues au parfum. Quant à Courtot, tout semble rentrer dans l’ordre, avec un délais raisonnable d’un à deux mois.

Julien Scavini

La chemise, petites règles simples, partie II

12 novembre 2012

Etudions aujourd’hui les accords avec les vestons ‘sport’ ou de campagne. A vrai dire, ce registre est plus ample que celui de la ville, avec une variété de couleurs et de motifs bien plus développée. Je dissocierai encore une fois les unis, les rayures, et les carreaux. Notons seulement que les rayures sont moins présentes dans ce registre. Il est en effet rare de voir des vestes dépareillées à rayures (sauf quelques unes pour l’été). Pourrions-nous en déduire que la rayure serait plus connotée ‘ville’ et le carreau plus connoté ‘campagne’ ? Je franchis le pas et n’hésite pas à répondre oui. Bien que des exceptions existent toujours, cf. l’article sur les carreaux.

Les coloris ensuite. Typiquement, les vestons sport ou campagne alternent entre les coloris vert, marron et un ensemble de dégradés ‘fauves’. Évidemment, ce sont des coloris issus du monde naturel, mousses et lichens. Les vestons ‘sport’ dans les tons gris sont plutôt versatiles, mi-ville mi-campagne et sont appréciés pour la pratique des sports automobiles dans les années 30. Enfin, les vestes à dominante bleu ou blanc sont typiques des bords de mer. La encore, il convient de respecter l’accord de couleur avec la chemise.

Premièrement donc, les unis dans des tons forestiers. Si la chemise blanche n’est pas la plus indiquée, elle n’en demeure pas moins un classique. Je prends l’exemple d’un petit tweed Donegal, simple, dans une tonalité marron. Avec, nous pourrons arborer une chemise unie ou à carreaux. La rayure n’apparaît pas comme le choix d’excellence. En revanche, au dessus de tout cela, vous pourrez bien porter une cravate club. Donc ici, l’opposition carreau/rayure vole en éclat. Et oui, les règles sont faites de finesse et d’exceptions. Nous pourrions imaginer mettre un chevron à la place du Donegal. Faisant partie de la catégorie des unies (malgré l’effet de rayures parfois), il constitue une excellente alternative pour une première veste décontractée.

 

Deuxièmement, essayons avec l’exemple de la veste de tweed à carreaux, dans un ton chasse, vert et rouille. Quelle chemise ? Unie, oui, à carreaux oui. A rayures ? Certainement pas. L’idée serait parfaitement saugrenue. Et pour la cravate ? Unie me semble le meilleur choix, celui de la simplicité (ne l’oublions pas, nous sommes à la campagne). Une grenadine de vert par exemple. Citons aussi les petits motifs campagnards : perdrix, canards et chiens de chasse. Enfin, le club, pourquoi pas, dans des tons pour la forêt la encore. A la place du tissu de la veste cité en exemple dans la demi-lune, nous pourrions envisager un prince de galles, dont l’histoire se confond avec celle des Higlands.

Prenons l’exemple maintenant d’un chevron gris, comme je l’ai dit, plus urbain. Nous sommes dans le règne de l’uni. La chemise pourra être unie, à rayures (oui pourquoi pas, car ici nous sommes un peu plus rus-in-urbe) ou à carreaux. Notez aussi, dans les deux précédentes demi-lunes, les coloris. Les tons sont radicalement différents de la demi-lune ci-dessous, cela afin de bien marquer la différence de registre. Et pour s’accorder avec le ton de la veste. Je suis en effet assez gêné à l’idée d’accorder du bleu avec du marron… Les italiens le font très bien pourtant. Notez également comment les chemises s’effacent par rapport aux cravates. Le but est de créer un effet de contraste fort, faisant ressortir la cravate. C’est un savant dosage pas évident à maîtriser.

Et enfin, le blazer par exemple, digne représentant des tenues de bord de mer. Vous pourrez le porter avec une infinité de pantalons seuls (blanc, en flanelle grise, en toile rose, en velours dans certains cas, etc…). Les chemises unie, à rayures ou à carreaux lui vont la encore. La cravate par excellence ? La cravate club évidemment. Mais attention à l’excès de superposition encore une fois. Deux rayures pourrait faire trop, sauf si les échelles ne se contredisent pas. Et ne riez pas pour le tout dernier accord, tattersall très américain sur petites otaries. Tant qu’à être excessif – cette chemise l’est – autant aller jusqu’au bout.

Notons que le carreau type tattersall check constitue le plat de résistance de ce répertoire ‘sport’. Il se marie en effet avec tout. Et pour bien faire, son fond est préférentiellement crème plutôt que blanc. Certes il peut faire papy. Mais c’est à vous de mettre assez d’élégance et de tenue dans votre mise pour que cette accolade péjorative n’arrive pas. Le tattersall n’en demeure pas moins un incontournable de la garde robe, en complément des chemises rayées pour le travail !

Vous avez donc pu vous rendre compte de la différence notable entre le registre ville, de la semaine dernière, et le registre campagne en haut de cet article. D’un côté du gris et du bleu et de l’autre, du marron et du vert. Voilà pour faire simple. En complément d’autres couleurs. Enfin, le registre que j’appelle quelque fois mi-sport, mêlant les tons de ville et le foisonnement des accords campagnards.

En ce qui concerne les cravates illustrées dans ces articles, elles proviennent toutes du site Brooks Brothers, et je remercie cette maison pour la perfection de son interface internet, très pratique dans une telle recherche.

Julien Scavini

La chemise, petites règles simples

5 novembre 2012

Quelle chemise, avec quel costume. Telle sera la question du jour, dans la continuité de l’article de la semaine dernière.

L’accord d’une chemise – et de son motif – avec un costume, ou une veste – et de son motif – est un petit travail en soi. A priori, cette recherche esthétique est assez simple, et le bon sens souvent est plus utile que n’importe qu’elle règle. Mais évoquer ces dernières n’est pas superflu tant il est fréquent de voir des contresens formels. Le résultat immédiat est l’inesthétisme.

Rappelons des évidences. Un tissu de chemise, en coton, en lin et coton, ou parfois en soie, peut être uni, à rayures ou à carreaux (et ces dérivés comme le pied de poule ou le vichy). Ces motifs peuvent être plus ou moins visibles, le trait plus ou moins ‘gras’, le blanc plus ou moins dominant.

Commençons par les tenues de ville, coloris bleu marine ou gris, dans un premier temps. Avec une veste (ou un costume) unie, vous avez le choix : chemise unie, à rayures ou à carreaux. Le deux premiers choix sont les plus évidents. Du point de vue anglais classique, le carreau semble quelque chose de bien moins formel, donc de moins idéal pour une mise urbaine, de travail. Je privilégierai donc l’uni ou la rayure même si j’apporte au niveau du schéma une petite contradiction. A ce niveau, nous pouvons trouver les rayures fines, les rayures bâtons, les rayures multiples. La demi-lune des associations reprend les accords possibles en vous proposant des cravates.

Dans les bleus premièrement :

Puis dans les gris :Notons que les tissus dessinés ci-dessus sont à blanc dominant. C’est la plus classique des voies. De même, il sera possible d’associer quasiment toutes les couleurs de chemises avec des costumes unis bleu ou gris (avec toutes les nuances possibles). C’est la simplicité même. En ce qui concerne les cravates, c’est très simple. Les motifs peuvent être variés : club, pois, cachemire, uni, grenadines, tricots etc…

Voyons maintenant, avec des tissus de chemises un peu plus sport l’effet produit. Ici les motifs sont un peu plus ‘gras’, un peu plus visibles.

Passons maintenant aux costumes à rayures, rayures tennis d’abord (traduction de pin stripes), qui sont des rayures fines mais très visibles la plupart du temps. Maintenant que nous sommes en présence de rayures, il sera impossible – pour le goût classique – d’arborer une chemise à carreaux. L’accord doit être logique. L’uni s’accorde de tout, et les motifs s’accordent entre eux. Simple question de logique élémentaire. Donc, avec une veste à rayures, privilégions les chemises unies ou à rayures. Mais attention, le problème se corse un petit peu, car l’échelle de la rayure de chemise doit être en adéquation avec celle de la veste. Logique. Le plus simple est d’opposer le rapport d’échelle : rayures espacées / rayures serrées et inversement, mais pas seulement. Ce serait trop simple. Nous entrons ici dans des problématiques d’esthétique et même de goût personnel. Suivre à la lettre ces principes est possible. Mais vous pouvez bien les outrepasser, tout est une question d’assurance. Regardez le duc de Windsor et ses mélanges improbables. Sur la demi-lune des associations, j’ai proposé, dans la partie droite encadrée, un tel essai stylistique, à réserver aux plus aventuriers !

Et ensuite avec un costume à rayures craies (chalk stripes), souvent des rayures un peu plus fondues :En ce qui concerne les costumes à rayures, vous constaterez que j’ai essayé autant que faire se peut de ne pas multiplier les rayures. Ainsi, entre une cravate club et la veste, je préférerai l’uni. Et au dessus d’une veste et d’une chemise à rayures, je mettrai plutôt une cravate unie ou à motifs géométriques ou imprimés. Question la encore de retenue : ce n’est pas la peine de multiplier les effets !

Et si vous avez un costume de ville à carreaux ? Alors vous pouvez opter soit pour une chemise à carreaux, à petits princes de galles ou à pied de poule, soit pour une unie. N’est-ce pas élémentaire mon cher Watson ? Évidement, le plus ardu est de bien mélanger les échelles, et ce n’est pas toujours chose facile. Il arrive que le matin nous n’ayons pas toute notre tête et manquions de sens commun. Cela arrive et n’est pas rédhibitoire évidemment. Ça l’est beaucoup plus dans le catalogue des marques, où les mélanges idiots sont légions.

Donc on se résume :

veste unie > chemise unie / rayée / à carreaux > cravates toutes

veste à rayures > chemise rayée > cravate à pois ou motifs divers / > chemise unie > cravate club ou à pois ou à motifs divers

veste à carreaux > chemise à carreaux > cravate à pois ou motifs divers / > chemise unie > idem. On évite le club sauf si c’est dans un cadre sportif ou loisir et que le veste est adéquate, nous verrons cela la semaine prochaine.

Julien Scavini

La chemise : questions techniques

29 octobre 2012

Les lundis à venir, je vais revenir un peu aux essentiels de Stiff Collar, à savoir énoncer certaines règles de l’élégance anglaise. Nous allons étudier la chemise. Car la aussi, il existe quelques règles simples qui tiennent plus du bon sens pour accorder ses mises.

Il fut un temps – les années 50 et 60 surtout – où les hommes portaient des chemises blanches. C’était simple, efficace. Avec un complet ‘sack suit’ anthracite à petits revers et un chapeau feutre trilby, c’est l’archétype de la mode sixties. Mais voilà, la chemises blanches, à la fois ça se salit vite au col et aux poignets et c’est peut-être un peu fade. (Quoiqu’encore je trouve cela très raffiné). Alors ressurgirent les chemises colorées, unies ou à motif.

Évoquons rapidement les armures (= la manière de tisser) des cotons pour chemises qui sont excessivement complexes, bien plus que pour les lainages à costumes. Évidemment la grande reine des cotonnades est la popeline, que l’on peut trouver teinte en pièce (donc très unie) ou teinte aux fils (donc un fils à fils). La grande caractéristique de la popeline est d’avoir plus de fils en chaine qu’en trame. Je rappelle que les fils de chaine sont ceux qui sont tendus sur le métier à tisser et que ceux en trame sont mis en place par la navette. Cette caractéristique a son utilité pour ‘fabriquer’ des rayures, les rayures étant la chaine.

Évoquons aussi le titrage des matières, un point plus intéressant. S’il est utile de comparer les tissus par leurs grammages relatifs les uns aux autres (entre 120gr/m et 185gr/m pour des tissus toutes saisons), il est bon aussi de regarder la qualité des fils. Comme pour les lainages où l’on trouve les termes super 100’s. Ainsi en chemise, il existe des fils de finesses variables (finesse de 30, 40, 50 voire 120, 170 etc). Plus le nombre est grand, plus la fibre est fine, soyeuse. Ensuite, les fils tirés de ces fibres sont :

- soit utilisés tel quel pour le tissage, on parle alors par exemple de 40/1 (on prononce 40 à 1)

- soit retissés par deux pour donner un fil plus épais, on parle alors de double retors, par exemple 40/2 (on prononce 40/2).

Évidemment, un 170/2 est un tissu de grande qualité, vous vous en doutez : fibre très fine et fil doublé pour plus de solidité. Ceci dit, attention, il est des mauvaises qualités qui se font passer pour de très bonnes, et qui proposent certes un fil 120/2 en chaine, mais un fil de 120/1 ou pire, 70/1 en trame… Incidemment, ils ne communiquent que sur le meilleur fils passé dans la masse. A vérifier donc si les deux titrages (en chaine et en trame) sont donnés et identiques.

Il est également possible de serrer plus ou moins les fils dans le tissu. Ainsi, avec un fil double retors 140/2 par exemple, on pourra obtenir après tissage un tissu plus ou moins lourd, plus ou moins lâche, suivant l’usage et la saison. D’où l’intérêt de regarder le poids, comme pour la laine.

Viennent ensuite les origines. Les meilleurs cotons pour chemises proviennent de deux endroits dans le monde : les îles de La Barbade dont on tire les ‘Sea Island’ et les plateaux égyptiens, dont on tire les giza 32, 45, 89 etc… Ce sont des variétés de cotons différentes, comme il existe des patates BF15 ou Charlotte. Une importante catégorie de coton provient d’Amérique du nord. La variété est le Pima. Un classique chez Gap : les pulls en coton pima. Comme pour la laine, d’un même ballot de coton on peut tirer diverses qualités, suivant que l’on raffine ou pas les fibres. Ainsi dans un même ballot, on tirera des fibres longues, la meilleure qualité, achetées au prix fort, et des fibres de deuxième, troisième et quatrième catégorie. Donc dans un ballot, on peut trouver des fibres 180, 120, 80, 40 etc… soit on crée un mélange de fibres diverses, soit on ne recherche que les meilleures. Suivant les usages…

Enfin, notons qu’un tissu de chemise peut rétrécir jusqu’à 3%, ce qui est bien plus important que pour la laine. C’est pour cela que l’on achète une chemise avec un peu d’aisance. A ce propos, au niveau de l’aisance du col, il est vrai que l’on ajoute traditionnellement la valeur d’un doigt à la mesure de tour de cou. Ceci dit, attention si vous portez un nœud papillon, lorsqu’on serre celui-ci, il a tendance à écraser et donc déformer le col, d’où l’interêt de prendre un col plutôt resserré.

Je rajouterai enfin un élément important : un vendeur ne doit pas mettre son doigt entre le centimètre et votre cou lorsqu’il mesure. Car si vous mesurez votre cou et trouvez 39, vous devez acheter une chemise taille 39. Cette chemise aura en réalité un tour de cou de 40cm, car 1cm d’aisance aura été automatiquement ajouté à la coupe. Après trois lavages et un léger rétrécissement, vous approcherez de votre tour de cou. Suivez le raisonnement : si vous ajoutez la valeur d’un doigt à votre tour de cou, au lieu de 39, vous tombez sur 40cm, et une chemise taille 40 a en réalité un tour de cou de 41cm… et là, c’est trop large ! Une veste, comme une chemise, ça doit tenir son homme ; pas le laisser flotter. Ça explique peut-être pourquoi tant d’hommes ont des chemises qui baillent tant ! Ah la formation professionnelle des vendeurs ! Comme disait Pépin, bref.

La semaine prochaine, nous étudierons un peu les motifs de chemises et les bons façonniers.

Julien Scavini


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