Archive for the ‘Souliers’ Category

Mon expérience en souliers

7 avril 2014

J’ai longtemps hésité à écrire sur les marques de souliers et notamment celles que je porte. Principalement car je ne suis pas un expert. Ceci dit, ce n’est peut être pas une tare, car quand je lis certains, compter leur nombre de port entre deux crémages, je m’estime heureux ! Bref, je vais vous relater mon expérience en souliers, plutôt humble tant du point de vue que de la critique des marques. Pour avoir été moi même critiqué (gentiment) ça et là sur internet, je vais prendre des pincettes, je suis sûr que vous comprendrez.

Quand j’ai commencé à me vêtir correctement, c’est à dire ‘à la parisienne’ et à abandonner mes sweatshirt Billabong et Quiksilver, j’ai découvert BEXLEY. Leur toute petite boutique de Sèvres-Babylone à deux pas des Beaux-Arts exerçait sur moi un pouvoir d’attraction fort. Des souliers du sol au plafond, dans de beaux rayonnages de bois. Superbe ! Mon goût avait été aiguisé par un professeur qui portait une paire de richelieu à bout droit en veaux-velours, dont j’avais reconnu la provenance (professeur depuis devenu un client, les retournements sont amusants, entre élégants).

J’ai commencé par une première paire identique, mais souffert le martyr au début. Je ne savais pas ce qu’était un soulier en cuir, les baskets rendant les pieds mous. Cependant j’étais particulièrement satisfait de la forme, très équilibrée avec son bout rapporté plutôt court et sa matière très feuille de tabac. Un bonheur dont je prenais grand soin : patin, fer encastré et embauchoir.

Je choisis toujours chez Bexley un richelieu noir, toujours à bout droit, mais d’une ligne plus John Lobb. Superbe là encore. Il complétait mon premier costume, un Hackett bleu marine que j’ai toujours. A l’époque cette vénérable maison proposait encore de la qualité !

La ligne du soulier est quelque chose qui m’obsède. Son balancement, ses proportions. Je suis devenu très difficile à ce sujet.

J’ai continué d’acheter chez Bexley. Toujours un peu trop grand (42 1/2, 43). Les vendeurs ne sont pas bien formés, le choix se fait un peu à la va vite. Mais je n’ai jamais trop souffert. J’ai également eu chez Bexley une paire de one-cut bergeronnette et une paire de tassel loafer en veau velours, dont un client m’a dit qu’elle ressemblait à des Green.

Et puis j’y suis retourné quelques temps plus tard, acheter la même paire que ma première, le richelieu à bout droit en veaux-velours. Disposant d’un peu de sous, j’ai pris la même en cuir marron foncé. Et j’ai bien déchanté. Cinq années se sont écoulées. Les formes ont changées. Légèrement évidemment, si bien que je ne le remarquais pas immédiatement. La forme est devenue plus large, le bout droit s’est allongé, si bien que les plis se forment maintenant sur celui-ci. Hérésie et douleur au gros orteil ! Celle en cuir foncé avait un cuir tellement dur qu’un ami a dû y pulvériser un produit pour les assouplir. Rien n’y fit. Les deux paires partirent à la poubelle bien vite et je fus contraint de garder ma très ancienne paire, qui avait franchement fait son temps, vaillamment.

Je ne suis jamais retourné chez Bexley depuis. Dommage, car le prix et le cousu Goodyear sont intéressants.

Autre expérience, chez BOWEN, un jour que je faisais des emplettes à La Vallée Village, un lieu où les marques écoulent leurs stocks à prix réduit. Je choisis un richelieu à bout droit, en veaux-velours gold. Couleur pas évidente, mais sur le moment j’ai apprécié. Je pris une paire en 9 (43). Elles ont très bien vieilli, en dépit d’une tâche de graisse faite dans la première semaine de port… Seulement j’ai remarqué qu’à l’usage, elles sont trop grandes et cela se ressent sur le confort. Le pied flotte et les orteils buttent à l’avant.

Je suis ensuite allé chez MARKOWSKI. Un ami bloggeur m’y a accompagné pour ce que j’estimais être une première expérience de vrais souliers. J’y croisais d’ailleurs le créateur, avec qui j’ai parlé de chemises non-iron Brooks Brothers. Je choisis une paire assez ronde de richelieu à bout droit noir, avec du fleuri car hélas le plus simple modèle était en rupture. Le vendeur de bon conseil, me vendit une paire de 8,5. Je signalais être un peu serré. A l’époque, je ne savais pas trop quelle était l’aisance nécessaire. Personne ne me l’avait expliqué clairement.

Là encore, j’ai souffert le martyr là encore. Ils ont en effet eu l’idée très saugrenue de placer une couture de doublure juste sur le côté du talon, vers l’intérieur, précisément là où je perce mes doublures, car je marche un peu sur le talon intérieur. J’ai pesté plus d’une fois contre cette couture ! Mais dès lors que sa sensation s’est estompée, ces souliers sont devenus de véritables chaussons. Et je dois dire être très satisfait par la ligne générale, harmonieuse et très anglaise. J’aime les souliers un peu rond, voilà qui est parfait. Seulement, je note que cette chaussure, au bout de deux ans est un peu trop grande. Comme quoi… Pour le prix, c’est merveilleux.

Parce que tout simplement la boutique Markowski est trop loin de chez moi, je suis allé ensuite chez LODING, dont plusieurs amis portent les souliers. J’ai pris un richelieu à bout droit, en cuir lisse gold. Je l’ai trouvé superbe dans le magasin. Le vendeur en jogging n’avait pas l’air de s’y connaitre, aussi ai-je pris une pointure qui me semblait bonne. Je les porte encore, mais sans plus. Oui c’est bon, mais la forme est à peine déséquilibrée, et cela me gêne un peu. Le bout droit est un peu trop long et l’arrondi a quelque chose de pas chic, de pas assez anglais, une forme de méplat maladroit que je ne sais pas caractériser vraiment. Quand je vous dis que je suis difficile. Finalement j’ai aussi une tare :)

Je continue toutefois de conseiller à mes jeunes clients et aux clients pour les mariages d’aller chez Loding. Jusqu’à ce qu’un client la semaine dernière me montre son achat, sur mon conseil (un richelieu noir à bout droit). J’ai découvert un cuir très dur et surtout un cousu blake. Non pas que ce soit un défaut, loin de là, mais disons que c’est dommage. Je pense que Loding se développant énormément, ses vendeurs doivent être confrontés en province surtout à des retours négatifs de clients ne comprenant pas qu’il faille en plus poser des patins sur des souliers déjà chers (ah inculture quand tu nous tiens), d’où également l’importance des semelles gommes maintenant.

Bref, l’expérience fut intéressante mais peu concluante.

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Puis, j’essayais 7EME LARGEUR. Tout le monde m’en parlait, il fallait que je teste ! J’y suis donc allé un matin avant d’ouvrir. Je fus agréablement impressionné par les formes. Je fis une folie et en pris deux paires, un richelieu à bout droit noir et un mocassin en cuir grainé marron. Le vendeur m’expliquait que mon pied était plat et que je devais prendre un petit soulier pour éviter les plis d’aisance trop marqués. Je me suis laissé convaincre. Pour une raison que j’ignore, il a absolument voulu me vendre le richelieu en 7 (40,5) et le mocassin en 7 1/2 (41), en me donnant une semelle intérieure pour faire monter le pied en plus. Soit ! Après deux ports des richelieus, j’avais le pied en sang et ce n’était plus possible. Je fis une réclamation pour un échange standard. Refus. Je suis donc allé chez mon cordonnier qui me les a élargies. Erreur. Le cuir sec a craquelé tout au long des pans élargis. Résultat moyen au final, avec des souliers très petits qui certes ne plissent pas, mais iront à la poubelle dès que j’aurais troué les doublures. Car les glissoires (ces pièces de cuir que le cordonnier pose à l’intérieur au talon) sont épais, trop épais en l’occurrence. Quant au mocassin, il n’est pas mal, même si je trouve que finalement cette forme ronde (la 206?) est vraiment trop ronde, pas élégante.

Expérience moyenne à désastreuse, je passe mon chemin. Finalement, j’en venais à être dégoûté des souliers en cuir. Chez Décathlon au rayon Nike et Addidas, c’est beaucoup plus simple et on est toujours très bien dedans ! Alors quoi ?

J’ai laissé passer du temps, sans rien acheter, car j’avais trop peur d’être déçu.

Puis un client est venu, qui est allé sur mon conseil pour son mariage chez BOWEN. Je fus très enthousiasmé par la forme et l’équilibre générale. J’y suis donc allé la semaine dernière, prendre un richelieu à bout droit en veau-velours. Le vendeur sympathique à qui j’ai expliqué tout ce que je viens d’écrire marchait sur des œufs. Il me fit essayer la paire 8 et la 8 1/2. Je découvris avec lui que j’avais un pied fort, évidemment plus serré dans le soulier. C’est un peu la même chose en tailleur. Lorsque le sur-mesure commence à être de qualité, on voit apparaitre les petits défauts, une épaule plus large d’un côté, un bras à peine plus long de l’autre. Je me suis décidé pour la plus petite paire des deux. Un peu serré, mais je compris l’idée : le veau-velours se détend bien. J’ai juste peur le jour où je devrai poser des glissoires. Mais pour l’instant, c’est un bonheur : forme équilibrée, cuir d’une belle couleur. Le mois prochain, je prendrais une paire en noir. Pour 305€, je suis assez conquis.

Bien sûr, quantité de clients me parlent de CROCKETT & JONES. Mais mettre 450€ dans une paire est pour moi encore impensable. On évolue à son rythme. Pour me faire l’écho de mes clients et poursuivre ce commentaire général, j’ai entendu extrêmement de bien de GAZIANO & GIRLING y compris de clients dans mon cas qui ont découvert le bonheur dans une de leur chaussure. Enfin, AUBERCY et LOBB semble tenir une place de choix chez nombre de messieurs classiques pas calcéophiles pour deux sous. Ils ne doivent être ni trop serré, ni trop au large. C’est le secret ! Et chez EDWARD GREEN, un de mes clients qui y a fait une folie ne le regrette pas !

Voici donc pour ce panel très large. D’habitude sur les blogs et magazines, il n’est question que de souliers à 500€ minimum. J’ai voulu contre-balancer cet esprit général élitiste avec mon humble expérience. Je n’ai pas jugé le cuir ou les montages techniques, je ne suis pas expert. Il s’agit juste de donner la parole à mes pieds, après tout, ce sont eux qui ont souffert, ou pas. La ligne et le confort, deux critères finalement hautement subjectifs qui n’engagent donc que moi et ne remettent pas en cause votre propre expérience… à vous d’essayer ces maisons. De toute manière, si ces maisons sont citées ici, c’est qu’elles sont déjà de qualité, je ne vous importunerais pas avec Er*m ou And*é …

Bonne semaine, Julien Scavini

 

Le derby, une passion française

6 juin 2011

Il n’est pas un jour sans que notre vue et notre esthétique ne soit attaquée à la vue d’horribles chaussures de forme derby. Vous savez, cet horrible écrase-m*** que l’on trouve pour rien – et parfois beaucoup –  dans pratiquement tous les commerces de souliers. Cette forme ‘gauche’ est souvent molle, la plupart du temps avec une semelle collée, et elle reçoit rarement du cirage ou mieux, des embauchoirs.

Si Célio ou Eram vendent en quantité de tels modèles, il en est de même pour les maisons plus haut de gamme, comme Yves St Laurent ou Lanvin. J’ai noté également le bout très arrondis de ses souliers, me faisant penser aux Repetto.

D’autres milieux s’intéressent aux derbys, c’est à dire à ces souliers dont les quartiers de laçage sont rapportés SUR la chaussure, il s’agit des maîtres bottiers. Notons les frères Corthay avec leurs désormais célèbres Arca ou encore M. Delos dont un derby très élégant lui a permis d’obtenir le titre de MOF. Le derby est la mode, et ces derniers m’intéressent beaucoup, même si je n’en ai aucun.

Mais pourquoi diable la chaussure derby intéresse-t-elle tellement? Les usines chinoises en sortent des millions de paires, toutes plus atroces les unes que les autres, et il me semble que Paris en est la plaque tournante. Tout le monde en porte (pas moi, pas nous ?), que ce soit avec un costume ou avec un jean, en marron, en noir etc…

Il pourrait être émis que ce type de montage est plus simple… Ceci n’explique pas la passion des bottiers pour ce registre.

Il pourrait être émis que ce type fait moins bourgeois… Certainement dans l’inconscient collectif.

Il pourrait être émis que ce type n’est pas anglais… Et au fond, ce serait peut-être là qu’il faille aller chercher.

Alors que le richelieu est ouvertement plus bourgeois (une bourgeoisie travailleuse à l’anglo-saxonne, une bourgeoisie de bonnes mœurs), le derby s’affranchit de ce poids, d’où son utilisation par les grandes maisons et par la masse des consommateurs. Le derby fait jeune! Le richelieu, surtout à bout droit, fait papa!

Mais les bottiers parisiens eux, où se situent-ils? Certainement dans une tradition de l’école française, qui se construit, avec quelques trains de retards, contre l’école anglaise, dans un rapport du ‘je t’aime moi non plus’. Porter un derby fait main est certainement une note de grande élégance, tant la forme des corthay par exemple est racée. La ligne est scuplturale, en arc-boutant depuis le talon et en courbe droite jusqu’à l’étrave. Avec des lacets plats! Promenez-vous à Londres avec, vous ne passerez pas pour un anglais, ni un italien d’ailleurs. Et à Paris, vous défendrez ce que j’appelle maintenant, un style français. Un style français d’ailleurs qui était déjà très notable dans les années 50/60 où certains souliers de marque Unic étaient très proches stylistiquement des formes bottières d’aujourd’hui!

Quant à vous, portez-vous ces épouvantables derbys? pourquoi? Ou préférez-vous de solides richelieus anglais? Ou êtes-vous attirés par ces derbys d’un nouveau genre que les bottiers nous confectionnent? Dîtes nous…

Julien Scavini

Les souliers, partie 2

17 mai 2010

Ce soir, continuons l’un de mes premiers articles, consacré aux souliers et lisible à cette adresse. Intéressons nous tout d’abord à la technique, chose que j’avais à peine esquissée. Je vais tâcher d’être didactique et surtout à la portée de toutes les bourses.

Une chaussure de qualité, outre son cuir, se caractérise par sa méthode de montage, c’est à dire la façon dont la partie visible de la chaussure (la tige) se raccorde sur la semelle. La première approche, commune, consiste à thermocoller ou simplement coller les deux parties ensembles. Évidemment, cette technique n’a pas ma faveur, et les semelles de ce type étant généralement en caoutchouc, inutile de s’y attarder. Dans le niveau supérieur (à partir de 130€ comme je l’avais énoncé dans l’article 1), nous trouvons le célèbre cousu Goodyear, dont beaucoup s’interrogent sur la signification. C’est l’un des plus perfectionné système de montage, avec le cousu norvégien (courant sur les Paraboot, assurant l’imperméabilité de la chaussure). Il existe aussi le montage Blake, moins perfectionné, peut-être plus italien que l’anglais goodyear, mais relativement esthétique s’il est bien utilisé.

Bref, le cousu goodyear fut développé pour assurer une chose toute simple: le changement simple et rapide de la semelle d’usure, à une époque où les gommes et autres patins collants n’existaient pas encore. Si sa réalisation préliminaire est relativement ardue en méthode artisanale, les industriels ont su en tirer un bon compromis performant:

Voilà donc un schéma de coupe sur une chaussure (en fabrication artisanale). J’espère que la légende est claire. L’une des grandes différences avec la méthode industrielle est le ‘mur’, ici sculpté dans la masse de cuir de la première, que les industriels réalisent par moulage d’une pâte siliconée sur la première. Évidemment, technique industrielle et démarche artisanale ne sont pas comparables, mais toutes deux permettent une chose: le changement de la semelle d’usure lorsque celle-ci est finie. Le démontage de la couture petits-points permet son remplacement rapide, sans pour autant démonter le soulier entièrement, puisque la trépointe reste solidaire de la tige et de la première via le point goodyear. Voici donc pour la technique; un peu d’entretien maintenant.

Lorsque vous achetez une nouvelle paire de soulier, il convient de prévoir un budget additionnel non négligeable, et surtout non négociable: une paire d’embauchoir et un passage chez le cordonnier dans le mois qui suit l’achat.  Si vous avez un budget serré, faites comme moi, prenez des embauchoirs en plastique. Ils sont moins performants que ceux en bois, mais la fonction de maintient est à peu près la même. Pas de snobisme là dedans, à chacun suivant ses moyens et ses besoins… Ensuite, si vous portez votre paire deux fois par semaine en moyenne (et oui, avoir beaucoup de paires de souliers permet de ne pas trop les user) attendez un bon mois avant d’aller chez le cordonnier pour: poser un patin et un fer à l’avant (pour éviter que la semelle s’ouvre comme un artichaut avec le temps). Avec cela, vous partirez pour trois bonnes années de tranquillité à ce niveau!

Pour ce qui est du patin (G), deux options s’ouvrent à vous: le patin topy ou le patin en crêpe de caoutchouc. L’un est bon marché mais ne laisse pas respirer le cuir, l’autre est plus cher, dure moins, mais est parfait pour les souliers de qualité. Pour l’instant, je me contente du premier sur mes petits souliers. Quant au fer (F), prenez plutôt celui encastré, autour de la quinzaine d’euros.

Puis, tous les ans (cela dépend des coups de pieds), faites changer le talon gomme (B), vos chaussures seront en route pour un long usage! Quant à la partie A de la semelle, enduisez la généreusement de cirage marron, cette partie se dessèche énormément!

Pour ce qui est de l’entretien proprement dit, il vous faut plusieurs outils et produits:

  • crème délicate (ou surfine), genre Famago
  • cirage de la couleur (ou plus clair si volonté d’éclaircir), marque Grison ou Saphir uniquement!
  • une brosse à chaussures
  • une brosse à poils métalliques
  • un chiffon doux ou une polish.

Ensuite, l’entretien est relativement simple. A chaque port, un petit coup de brosse à chaussures avant et après. Une fois par mois (cela dépend du nombre de ports), une révision en détail: commencez par les nettoyer à la brosse et au chiffon, puis brossez vigoureusement la trépointe et ses petits-points (ils s’encrassent vite) avec la brosse métallique. Ensuite, vous constaterez certainement que des plis, des rainures, des rides, apparaissent à l’avant de votre chaussure. C’est tout à fait normal, cela s’appelle des plis d’aisance.Prenez la crème délicate, et déposez une goutte (seulement une goutte) à l’avant (1) et une autre sur les rides (2). Ensuite, appliquez avec un chiffon. Sur l’avant, cherchez à faire briller. Bien faire pénétrer dans les rides pour adoucir et faire ‘revenir’ le cuir. Éventuellement, mettez un peu de crème sur l’arrière, de temps à autre. Après une dizaine de minutes, passez un chiffon sec pour faire briller, voilà tout. En ce qui concerne le cirage, je n’en mets pas beaucoup, car il assèche le cuir, et amplifie les effets de ride (vous pouvez vous en dispenser). Disons que vous pouvez cirer dans une proportion de 1/4 par rapport au crémage, sauf en ce qui concerne la semelle (A). Ainsi, les plis de vos souliers s’adouciront et prendront avec le temps une jolie patine. Enfin, une fois tous les trois à quatre ans, faites changer la doublure intérieure des quartiers arrières (D) (une quinzaine d’euros), qui sont usées par le chausse-pied (autre instrument indispensable) et le talon.

Et pour les veaux-velours, un petite bombe d’imperméabilisant, de la bonne couleur, chez Grison, sera parfaite. Pensez aussi (désolé de vous faire dépenser tant, mais une paire de souliers, il faut la chérir, que voulez-vous, elle est vivante) à acquérir des semelles intérieures, elles garantissent le confort et surtout la pérennité de la première en cuir (qui ne noircira pas irraisonnablement)…

J’espère qu’avec ces conseils vous trouverez matière à vous exercer, et à faire fonctionner votre cordonnier. Et sachez bien que je ne fais pas ça par plaisir (quoique si un peu), mais par intérêt: mes petites Bexley durent pour certaines depuis 5 ans, alors que ce n’est pas la prime qualité. C’est une source d’économie certaine comme aurait dit Oscar Wilde. Et cet entretien est à la portée de toutes les bourses, du possesseur de Loding à celui de Lobb…

Julien Scavini


Les souliers, partie 1

22 septembre 2009

Il est souvent dit que l’on reconnait les personnes de goût aux chaussures qu’elles portent. Si aucune généralité ne peut devenir une règle, il est tout de même vrai qu’une belle paire de souliers aux pieds d’un homme peut-être du plus bel effet, loin des horreurs en simili-cuir que l’on voit hélas souvent, parfois même chez les méga-brand, je n’en citerai pas.

Mais une paire de souliers représente évidemment un investissement fort conséquent hélas. A moins de 300€, n’espérez pas posséder un bel objet de qualité. Et encore, cela dépendra des marques. Le montage complexe d’une chaussure explique ce prix, autant que la qualité du cuir servant à la confectionner. Car il est évident que le cuir traité au chrome d’une vache de réforme chinoise ne produira pas une bonne matière…

Il existe trois principaux types de montages que nous détaillerons dans une futur article, notamment le très connu montage Goodyear. Pour rester plus simple, je rappellerai simplement les catégories de chaussure grâce à ces dessins, de gauche à droite, le Richelieu (ou Oxford en anglais), le Derby et le Mocassin. Citons également la bottine ou chukka et les bottes, et peut-être les sympathiques espadrilles ou chaussures de corde.

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Différents modèles : richelieus patinés aquarelle ; derbys en cuir grainé châtaigne ; mocassins en cuir chocolat

La différence entre le richelieu et le derby est le positionnement des œillets de lacets. Sur les richelieus, les œillets sont réalisés sur l’empeigne (partie avant de la tige de chaussure) et sur les derbys une partie annexe portant les œillets est rapportée sur l’empeigne. Quelque fois, se sont les quartiers arrières qui portent les œillets, comme ramenés vers l’avant par la pièce de cuir. On dit alors que le quartier est cousu sur la claque ou l’empeigne. Le mocassin est quand à lui beaucoup plus simple puisque sans lacets. Sa partie horizontale est appelée plateau.

Historiquement, le richelieu est une chaussure de ville et le derby une chaussure de campagne, sa technique étant simplifiée. Cette histoire influe sur la couleur du cuir:

- le richelieu peut se parer de noir ou de marron, en cuir lisse ou veaux-velours. Avec un costume, ils seront noirs sauf si vous décidez de porter du bleu marine qui s’accorde mieux au marron, influence italienne oblige. Avec un jean ou un blazer, impossible de porter du noir en revanche.

- le derby arbore exclusivement le marron, c’est une peut-être plus une chaussure de campagne. Le derby noir représenterait-il une hérésie? Je n’en porterai pas avec un costume, sauf à porter du tweed au milieu des champs. Mais je sais que Corthay signe de très beaux derbys à deux œillets, qui accompagnent bien le complet…

- le mocassin est une chaussure décontractée qu’il est impossible d’acheter en noir, les marrons, les bordeaux, les bleus etc lui conviennent. Ne le portez jamais avec un costume. Si d’aventure vous aimez vraiment le noir, préférez alors un marron patiné très foncé, du meilleur effet. Remarquons que le modèle à pampille est couramment porté aux Etats-Unis avec le costume, et comme ce mocassin vient de chez eux, alors nous pouvons  peut-êtreles suivre sur cette règle…

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Différents modèles : richelieus à bout droit en cuir noir box calf ; derbys bicolores à bouts fleuris ; mocassins tassel loafer en veaux-velours

Faisons maintenant un petit tour d’horizon des maisons dignes de figurer à l’index de Stiff Collar. Toutes les autres marques qui ne sont pas mentionnées le sont à raisons. Le monde de la chaussure de qualité est si petit qu’il est facile d’en faire le tour. Mais si jamais vous vous interrogez sur telle ou telle maison, faîtes une recherche sur internet, allez sur le forum de souliers.net ou de pieds en cap par exemple…

Commençons par les gammes raisonnables montées avec la méthode traditionnelle:

  • Bexley, le minimum légal monté en goodyear sur des modèles classiques à 129€
  • Loding, le meilleur rapport qualité/prix à ce jour, 150€
  • Finsbury les jours de soldes uniquement, aux alentours de 140€.

Puis la gamme moyenne:

  • Emling, à 300€, cette marque française signe de beaux modèles
  • Bowen, pour le même prix qu’Emling (le créateur de Bowen a créé Emling aussi) dans une tradition de fabrication britannique
  • Altan, je ne connais pas, mais plusieurs personnes sur de pieds en cap recommandent…
  • Weston les jours de soldes uniquement, aux alentours de 350€
  • Shipton & heneage, un grand de la chaussure britannique, pour 450€, peut-être moins en solde.

Et enfin le haut du panier si votre plaisir et votre porte-feuille vous y portent:

  • Crockett & Jones, le must have de la chaussure britannique, conçu pour durer 10 ans au minimum. Compter 500€ au moins soit 4€ par mois sur la période.
  • Pierre Corthay à Paris est un artisan bottier qui fabrique les modèles d’Arnys, autant dire, une griffe d’exception, au minimum 1000€
  • John Lobb est une filiale du groupe Hermès et historiquement l’un des plus réputés bottier britannique, aux alentours de 1000€ également
  • Berluti aussi n’est-ce pas, Aubercy, Edward Green, Alden, Altan en grande mesure et pour 1000€, je crois que la liste est ouverte!

Ce petit tour d’horizon est pour l’instant fini, avant de revenir avec un dossier plus technique sur la fabrication des souliers qui nous chaussent si bien. Quoi qu’il en soit, sachez bien qu’une paire de chaussure s’entretient : pommade pour nourrir le cuir d’abord puis cirage de qualité comme Grison par exemple (jeter vos Kiwi et autres Barranes, ils contiennent des silicones qui sapent vos cuirs irrémédiablement, sauf si vous posséder des lattes en simili made-in-shangaï). Et embauchoir évidemment pour éviter d’avoir des pompes de clown, cela va sans dire.

Enfin, si vous rêver de posséder des souliers d’une incroyable personnalité, voilà un bon tuyau : achetez une paire de loding à 150€ et prennez les dans le cuir marron le plus clair possible. Ensuite, rendez-vous chez Paulus Bolsen, patineur artistique de soulier qui pour environ 80€ vous fera un travail de rêve, voyez donc cette page ICI. Mon affection se porte particulièrement sur les patines bois/aquarelle, parfaites!


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