Quelques vidéos pour patienter

26 janvier 2015

Chers amis, je suis en train d’écrire un article assez compliqué sur l’évolution du volume et des dimensions du vêtement masculin à travers les âges et la tâche s’annonce relativement ardue. Les dessins surtout sont longs à réaliser. Toutes mes excuses. Pour vous faire patienter une petite semaine, je vous ai trouvé un ensemble de vidéos extraites de l’émission How It’s Made, une émission canadienne formidable qui détricote les processus industriels. Je regarde cette émission en boucle, et voici quelques vidéos qui vous intéresseront, car elles concernent le vêtement.

Les boutons, en fausse corne aussi vraie que nature :

Le jean, fabrication rapide :

Le costume (thermocollée dans ce reportage):

La laine :

Les belles chaussures en cuir :

En fouillant, vous trouverez également une multitude d’autres vidéos passionnantes sur les sujets connexes.

Bonne semaine, Julien Scavini

L’étoffe du diable

19 janvier 2015

L’article suivant est un condensé du livre de Michel Pastoureau consacré à la rayure, « L’Etoffe du Diable », paru aux éditions du Seuil. Ce résumé nous permettra de mieux comprendre une facette de l’histoire du vêtement que nous étudions en ce début d’année.

L’histoire débute au 13ème siècle époque où le diable commence à apparaître avec des habits rayés. Il existe peu de mention antérieure, surtout de « bonne » rayure. L’historien a plus de prise sur les transgressions et la rayure en est une. L’histoire de la rayure est donc documentée, à la différence de l’uni, très ordinaire.

Michel Pastoureau nous relate que l’une des premières mentions dans la vie réelle, en dehors de représentation, nous provient d’une controverse qui éclata lorsque les moines de l’ordre de Notre Dame du Mont Carmel adoptèrent la rayure pour leur manteau. Ce premier scandale remonte à 1254. Si les descriptions précises manquent, il semblerait que ce vêtement était rayé de brun et de blanc. S’en suivit une longue discussion entre les supérieurs de l’ordre et le Vatican. Il ne fallut pas moins de 8 ou 10 papes pour arriver à faire changer le costume !

Car à l’époque, le tissu rayé était un tissu mauvais.

Le vêtement rayé était destiné à faire remarquer les gens en marge de la société, donc les prostitués, jongleurs, bouffons, bourreaux à qui il était demandé de porter au moins une pièce rayé, marquant par là un écart. Pour ne pas les confondre avec les « honnêtes » gens. Par exemple, dans certaines villes et états d’Allemagne, lépreux, bohémiens, juifs et non-chrétiens étaient contraints d’arborer des rayures.

A4 Portrait _ Master Layout

Le rayé est une mise en valeur, positive et bien souvent négative. Le rayé s’oppose au au semé médiéval, signe positif (le semé est cette manière de disposer à intervalles réguliers sur un mur ou une étoffe unie des signes, fleurs de lys, trèfles et autres petits symboles stylisés.) Le rayé ou le barré était une visualisation du mal ou de l’en dehors de la société.

Ceci dit, en héraldique, le rayé est plus complexe et permet de créer des familles et des groupes, des structures de parentés subtiles et complexes. Mais les aspects péjoratifs sont aussi repris. Par exemple, les chevaliers félons ou les princes usurpateurs ont des armoiries à rayures.

C’est à l’époque moderne (romantique ancien régime) que la rayure devient bonne et tend à écarter l’aspect péjoratif des vêtements du moyen âge.

Malgré tout, jusqu’au 19ème siècle et encore après, la rayure reste péjorative. Les domestiques en portent, comme par exemple Nestor dans Tintin. Mais c’est un entre deux, plus mauvais mais pas encore bon.

Vers 1500, la mode des rayures connaît un nouvel essor, d’abord en Italie, puis en Allemagne et en France, comme par exemple avec François Ier ou Henri VIII, qui portent des pourpoints rayés. Les Princes les imitent et la rayure verticale devient aristocratique, alors que la rayure horizontale reste mal vue. Cependant, l’Espagne, héritière de la cours de Bourgogne n’aime pas cela et reste à l’écart de cette mode.

La réforme protestante puis la contre réforme catholique favorise le retour à des vêtements plus sombres et la rayure s’éclipse. Le 17ème siècle est un siècle sans rayure.

Elle revient doucement sous la régence en France car le goût oriental alors en vogue aime les rayures. Mais c’est avec la révolution américaine vers 1775 que la rayure devient à la mode et concerne toutes les classes sociales. Porter de la rayure, c’est être pro-américain, donc anti-anglais. Presque un phénomène de société. C’est aussi à ce moment que les encyclopédistes découvrent le zèbre, ce qui joue beaucoup !

sans culotteLa révolution reprend alors à son compte la rayure et l’idéologie républicaine fait usage de la rayure, à travers de la cocarde et du drapeau. Les sans-culottes sont rayés.

Le 1er Empire et le Consulat aime toujours la rayure dans le style retour d’Egypte et le directoire a également continué l’usage de la rayure pour son aspect romantique. De plus la rayure semble agrandir les volumes.

Malgré tout la rayure péjorative reste. Le rayé est valorisant ou dévalorisant, comme pour les prisonniers vêtus de rayures. Ce serait dans les colonies du nouveau monde que ce costume serait apparu, vers 1760, mais des exemples anglais et allemands plus anciens existent. Notons que les bagnes français n’en feront jamais usage et où les forçats étaient vêtus d’un rouge vif.

Durant le 19ème siècle, nombre de sous-vêtements sont rayés. Michel pastoureau estime que le but était de protéger la peau comme une barrière infranchissable. Ainsi matelas, draps et pyjamas seraient des cages contre les intrus, contre les mauvais rêves aussi.

A partir de 1860, d’abord aux Etats-Unis puis au Royaume-Uni et en Europe, la chemise évolue. Vers 1920, elle est plus colorée. Du statut de sous-vêtement à peine visible, elle passe au rang de vêtement honorable. Une belle chemise et des cols propres sont un signe de respectabilité. Et il est amusant de noter que la rayure du sous-vêtement suit le mouvement et se retrouve visible, dans des tons pastel le plus souvent.

Notons au sujet des sous-vêtements que l’habitude sociétale voulait que ceux-ci restent le plus naturel possible, c’est à dire non-teinté. La rayure permettait alors une légère fantaisie, non par teinture mais pas tissage.

bord de mer rayé maillot de bain ancien

Au bord de la mer, la rayure connaît une histoire plus triviale. La vogue balnéaire pense imiter les marins pécheurs. Il s’agit d’une transgression de l’idéal bourgeois, on s’encanaille en rayures marines ! On s’habille de rayures.

C’est par ce biais que les rayures deviennent synonymes d’hygiène. Un snobisme apparaît même et les crémier ou les poissonniers arborent alors un tablier rayé et posent des stores rayés qui sont synonymes de fraicheur. La rayure pour les enfants devient seine, sereine et dynamique, comme le dentifrice Signal !

Michel Pastoureau finit alors son étude en faisant remarquer que dans certains sports, les arbitres sont rayés. Seulement il ne trouve pas la réponse et se demande pourquoi les historiens du sport ne s’y sont pas intéressés.

Seulement, il manque à cet ouvrage une belle partie sur la rayure anglaise, sur la rayure londonienne, bref sur celle du banquier ! Par quel prisme le rayé est-il devenu synonyme de respectabilité dans les années 30 ? Après lecture de ce fascinant petit ouvrage, qui comme beaucoup des écrits de Michel Pastoureau était fascinant et plein de rebondissement, j’aurais tendance à émettre une hypothèse amusante : et si la rayure de banquier années 30 était précisément une rayure de parvenue, de nouveau riche ? Si précisément ce motif si détesté à travers les âges n’avait pas été adopté par toute une population travailleuse et vite enrichie, contre l’uni sombre des Lords et autres représentants de l’Ancien Monde ? Rayure forte et expressive, parfois bouffie d’égo, vite récupérée par les truands et mafieux divers ? Sentiment négatif que finalement nous aurions encore oublié, comme souvent dans l’histoire de la rayure, où les modes se chassent et les raisons de l’appropriation ou de rejet avec.

Une chose est sûre, la rayure reste sujette à discussion et peu nombreux sont mes clients à s’y risquer. Dommage !

Bonne semaine, Julien Scavini.

S’habiller au Moyen-Age

12 janvier 2015

En ce début d’année, nous allons étudier quelques temps l’histoire du vêtement au travers de quelques articles, synthèses de mes lectures récentes. C’est en effet un voyage passionnant que celui dans le temps. Regarder en arrière permet de mieux comprendre les us et coutumes attachées aux vêtements : pourquoi telle forme ou telle couleur, comment nos ancêtres voyaient la mode, et surtout, qu’est-ce qui fait l’élégance. Cette question cruciale renvoie un peu à la place de l’art en occident. Et permet peut-être de mieux comprendre la place de la mode dans les habitudes d’aujourd’hui, de relativiser le combat entre anciens et modernes. Voir dans l’histoire peut aussi donner des pistes sur le futur. Et enfin et surtout, il est amusant de dessiner nos ancêtres. D’autant plus que les ouvrages de modes anciennes traitant du vestiaire homme ne sont pas légions, la femme est plus souvent décrite.

Commençons ce jour par un abrégé de l’ouvrage de Sophie Jolivet consacré à ‘S’Habiller Au Moyen-Age’, édité chez Gisserot en 2013. L’auteur est docteur en histoire, chercheur à l’Université de Bourgogne et travaille spécialement sur le vêtement à la cour des ducs de Bourgogne.

Son petit précis dresse un aperçu des usages vestimentaires du moyen-âge, allant de Clovis à Louis XII, soit de 481 à 1498.

La première idée que j’ai retenue de ma lecture est une variation assez mince de la mode vestimentaire sur la période. C’est le fait le plus étonnant, car sur une période de 1000 ans, les hommes sont restés assez attachés à la forme des vêtements hérités de l’époque Romaine, à savoir une variation de la toge, un long vêtement tunique en forme de T, ça et là accessoirisé.

Mais l’entreprise de recherche a deux limites et sur ce point l’ouvrage est clair et très scientifique (c’est même sa seule lourdeur) : 1-nous n’avons qu’une seule strate sociale d’étude, l’élite noble et/ou argenté à l’exclusion de la paysannerie dont il ne reste que de minces traces ; 2- le moyen de transmission de ces informations, des fresques et tentures dont l’exactitude est plus que sujette à caution. Il est en effet très probable que les artistes de l’époque aient représentés rois, princes, seigneurs ainsi que leurs suites sous des atours d’apparat plus luxueux qu’en réalité ou hérité d’époque antérieures, jugées plus fastes et symboliques.

Le vêtement au cours de cette longue période qui nous apparaît sombre (à raison, car l’éducation historique scolaire s’intéresse plus aux Romains puis à l’Ancien Régime tardif qu’aux début de la période mérovingienne) jouait un rôle prépondérant dans les relations humaines. Plus qu’aujourd’hui, la façon de se vêtir reflétait la personnalité de quelqu’un, sa manière de se situer dans un groupe et/ou par rapport à un groupe.

L’auteur s’appuie sur les trois grandes périodes du moyen-âge pour analyser le vêtement. La première période va de 481, début de la dynastie mérovingienne à 1066 et la conquête de l’Angleterre par Guillaume Le Conquérant. Durant cette période, l’Europe a connu les plus grands bouleversement sociaux depuis son peuplement. Durant cette longue période, des peuples en ont chassé d’autres. Un grand brassage culturel eut lieu, mêlant influences du Nord et du Sud, richesse et pauvreté suivant la région. Les traces historiques sont très minces. Il n’existe que très peu de peintures et encore moins d’écrits sûrs. Les tombes lorsqu’elles sont retrouvées intactes ne donnent pas assez d’informations car trop anciennes.

La seconde période va de la première croisade en 1096 à la dernière croisade en 1270. Durant cette ère de consolidation, le vêtement évolue un peu et plus de traces sûres sont à notre disposition, comme le livre des métiers de Paris, grand registre professionnel à visée cadastrale écrit vers 1268 par Etienne Boileau, prévôt de Paris.

Enfin, la dernière période allant de 1328, le début de la guerre de cent ans à 1498 et l’avènement de Louis XII voit enfin des transformations notables du vêtement, menant aux vêtements plus modernes.

La période mérovingienne est assez méconnue. A cette époque, les structures sociales et commerciales de l’ancienne Rome sont profondément corrigées. Les quelques études disponibles sur des fouilles de tombes ne permettent pas de dire grand chose, le modèle chrétien instituant la mise en terre sans objets de faste pour l’au-delà. Ceci dit, des restes de ceinture sont nombreux, le métal ayant résisté plus que le cuir et le chanvre. Les mérovingiens en France auraient été vêtus d’une tunique drapée à l’encolure par une agrafe, ceinturée à la taille et terminant à mi-mollet, d’une culotte s’estompant sous le genoux et de bandes molletières liant à un chausson de cuir. Un mélange de styles assez lié au brassage gallo-romain, mêlé d’influences germaines (dessin 1).

A4 Portrait _ Master LayoutLa période carolingienne qui s’ouvre en 754 apporte plus d’éléments historiques. Ceci dit, l’époque devenant plus pieuse, la majorité des vêtements décrits sont issus du monde sacré. Le capitulaire de Villis en 789 a été dressé sous Charlemagne et avait pour but d’organiser et de réglementer les ‘villae’, les unités de productions et d’exploitations artisanales. Il donne un nombre important d’élément sur la création des vêtements, mais assez peu sur leur mode.

Ainsi, nous apprenons que la production textile était déjà structurée en deux pôles : animale et végétale (lin, chanvre, grande ortie, etc.). La laine provenait des moutons, mais pas seulement, les poils de lapin, chèvres, bovins ou encore chiens étaient utilisée. Le rouissage (c’est à dire le trempage des fibres végétales), puis le cardage et le filage pour les deux catégories sont encore pratiquées de nos jours.

Trois matières étaient principalement utilisées pour la teinture : la guède, le vermillon et la garance. De la première, on tire péniblement l’indigotine donnant le bleu pastel. De la deuxièmement issue d’un animal, la cochenille parasite du chêne, on extrait un rouge éclatant mais extrêmement couteux, tout comme de la troisième, issue d’une racine. En plus de ces trois teintures, de nombreuses mousses étaient utilisées au quotidien. Mais les paysans n’avaient pas accès à ce luxe.

Le métier à tisser n’est pas encore horizontal. Les femmes qui réalisaient les tissus tendaient des fils à la verticale (l’ourdissage) avant d’y passer la navette. Les fils se tassaient par gravité, mais les armures étaient déjà nombreuses (toile et serge). La fabrication de galons et bordures était aussi importante. Car durant cette période et jusqu’au vêtement moderne, le bord des habits n’était pas à vif, comme en architecture une fenêtre n’était pas qu’un simple trou dans une façade. Au contraire, bordures et extrémités étaient l’objet de nombreuses attentions. Ainsi, les bas de manches et le bas du vêtement ainsi que l’ouverture centrale était rehaussés de galons, pierreries et autres rubans. La richesse d’un vêtement, par ses ornements et couleurs était d’une importance cruciale dans la hiérarchie sociale, tout comme le nombre de couches de vêtements.

L’artisanat du cuir apparaît aussi dans le capitulaire. Le tannage du cuir pouvait se faire de quatre manières différentes dont plusieurs sont encore utilisée de nos jours : le tannage végétal, qui recourait à des essences fortes en tannins (chêne, sapin, châtaignier) et le tannage à l’alun (aujourd’hui au chrome), pour obtenir des peaux plus blanches et plus luxueuses. Les cordonniers produisent aussi nombre de petits lacets très utiles. Le cuir était utilisé pour les souliers et les ceintures. Quelque fois, il servait à réaliser des chapeaux et des parties de manteaux. Car le cuir était principalement destiné à l’usage militaire, comme les boucliers ou des parties d’armures. La fourrure semble utilisée parcimonieusement, du moins durant le haut moyen-age.

Au delà du capitulaire, des exemples illustrés permettent de mieux comprendre le vêtement de l’époque carolingienne, c’est le cas de la tapisserie de Bayeux, qui représente des scènes de la vie de cours et de la vie ordinaire. Les vêtements sont largement d’inspiration antérieure (gallo-romaine). Les drapés sont imposants pour les hommes. Le duc Guillaume est par exemple représenté vêtu d’une longue tunique, recouverte d’un manteau cape. Harold qui lui prête serment est vêtu d’une tunique plus courte, mi-cuisse, ceinturée, mais possède aussi une longue capeline-toge. Les jambes sont fines. Le caleçon long est tenu par des bandes molletières là encore. En revanche, les soldats sont représentés en armure, une évolution notable. Mais les soldats se payaient leur propre équipement. Les soldats pauvres étaient à l’instar des paysans vêtus de simples couches de caleçon longs, haut et bas, près du corps, dont les jambes étaient séparées dès le pubis (dessin 2).

A4 Portrait _ Master LayoutDe cette manière de vêtir découlera l’évolution la plus importante pour le vêtement en occident. Car cette tenue qui tient plus du sous-vêtement et mettant en valeur les formes du corps et la musculature sera plus largement mise en valeur durant la première moitié du XIVème siècle lorsque les jeunes en cours décideront de porter seule cette tenue très évocatrice, en complément d’une tunique raccourcie et ajustée, présentant de nombreuses découpes et coutures qui sera appelée pourpoint (dessin 3). L’art tailleur se développe, car les formes sont plus complexes à produire. Ce travail du modelage du corps, réalisé assez tardivement est le premier pas vers un système de mode. Le corps devient porteur de sens et on le triche par des jeux de rembourrages. Cette habitude va devenir indispensable au vêtement masculin occidental dès ce moment.

A4 Portrait _ Master LayoutCe système de mode se caractérise 1-par une plus grandes diversité des formes de vêtements (dû à des modes de vie différents suivant les catégories sociales), 2- plus d’accessoires (c’est le cas de l’apparition du chaperon, sorte de coiffe drapée) et 3- des formes de vêtements incompatibles avec le travail, notamment pour les femmes ou les robes prennent de l’ampleur. L’évolution du vêtement va aussi suivre l’actualité politique. C’est par exemple le cas de l’appropriation de la couleur noir, diffusée depuis la Bourgogne par Philippe Le Bon, que j’avais décrit ICI.

La semaine prochaine, nous étudierons la découverte de la rayure, grâce au travail de Michel Pastoureau, avant un article difficile qu’il me reste à écrire sur l’évolution du volume et des dimensions de l’habit masculin à travers les âges.

Je vous souhaite une excellente semaine, Julien Scavini.

Bonne année 2015

5 janvier 2015

Chers amis lecteurs et lectrices, permettez moi de vous souhaiter une excellente année 2015, heureuse et prospère !

ILLUS69

Portez-vous bien, et bonne semaine ! Julien Scavini

Joyeuses fêtes, bon repos

26 décembre 2014

Chers amis lecteurs, je me repose quelques temps chez moi au Pays Basque. Je vous souhaite avec un peu de retard de bonnes fêtes de fin d’année ! Profitez bien des festivités et de vos cadeaux. Bon repos aussi à ceux qui sont en vacances.

J’ai un peu dessiné ces derniers jours. Je vous livre donc une belle réalisation, intitulée ‘Le Repos du Gentleman’.

le repos du gentleman

Bonne fin d’année. Julien Scavini.

Les hommes politiques et le vêtement

15 décembre 2014

Les hommes politiques et le vêtement, c’est toute une histoire ! Le désamour est de plus en plus profond entre eux et leurs costumes. Il n’y a qu’à ouvrir une page de magazine, politique ou people, pour le constater. Et je ne parle pas là que de notre seul président, qui le pauvre, n’a pas un physique facile et doit donner bien du fil à retordre à son tailleur, plutôt habilleur.

Nos présidents portaient l’habit sur les photos officielles… jusqu’à Valérie Giscard d’Estaing, qui fit souffler un vent de modernité sur la fonction. A la différence – c’est curieux – de son propre goût  personnel pour la décoration très versé dans le 17ème français. Pour autant, il s’habillait chez le tailleur, à Londres dit-on. F. Mitterrand allait chez le tailleur à Paris, Cifonelli dit-on également. Aucune de ses tenues ne m’a laissé un souvenir éclatant. Au moins était il présentable. J. Chirac eut une démarche inverse. Élégant quand il était jeune et mince, il s’habilla assez rapidement comme un sac.

N. Sarkozy est un animal vestimentaire plus curieux. Avant de devenir président, il n’était pas extrêmement bien habillé. Mais il avait le goût classique des bourgeois du XVIème. Lors de son arrivé à Bercy en 2004, il rétablit la tenue des huissiers (habit noir et lourd breloques dorés) que Francis Mer son prédécesseur avait jugé bon d’abandonner. Un signe. Plus tard lors de son arrivé à l’Elysée, il fit progressivement évoluer son style. Style italien, trois boutons et épaule molle, style parisien, veston plus carré à deux boutons. Nina Ricci et Franck Namani ai-je souvent entendu dire. Nous ne le saurons jamais, mais au moins l’ensemble était bien coupé, si ce n’est le signe d’un goût, au moins le signe d’une conscience de la question.

François Hollande ne mérite même pas une ligne. Smuggler et Agnès B. dit-on coupent ses costumes. La tâche n’est pas facile. L’homme fait un bon 56 de tour de poitrine, a un peu de ventre, aucune hanche et une épaule franchement plus haute d’un côté. On est comme on est. Seulement, organiser un diner d’Etat en l’honneur de la reine de Suède en simple costume sombre est une injure à la culture et au bon goût, cf. Franck Ferrand du Figaro.

Plus généralement, les hommes politiques sont élus. Ils sont donc les représentants du peuple. Et il est amusant de constater qu’en l’occurrence, il n’existe pas un fossé énorme entre cette élite et la base de la pyramide sociale… Pour une fois, pas de fracture sociale, le mauvais goût est partout ! Certes le commun s’habille chez Décathlon et le député ou le conseiller général plutôt chez Armand Thierry ou Brice, mais au fond, peu de différence de goût. Un goût simple.

Comment expliquer cela ? Premièrement, les hommes politiques ne sont pas si différents des hommes normaux. L’éducation au vêtement étant tombé en désuétude, il n’est pas curieux de voir des maires, présidents de régions et sénateurs ventripotents habillés comme l’as de pique.

ILLUS68Au delà de cette explication, un client lui même dans la politique m’a raconté une anecdote amusante. Un député, ancien secrétaire d’Etat au goût prononcé pour la voute plantaire de ces dames adore les vêtements, les beaux vêtements italiens, Etro, Pal Zileri etc… et porte à Paris de magnifiques costumes bleu marine, avec des Lobb à double boucles et un manteau de cachemire l’hiver. Mais lorsque son chauffeur le ramène dans sa circonscription, il fait alors un détour par le coffre. Exit la magnifique cravate en reps, bonjour le nœud Kiabi. Exit le beau manteau, bonjour le vieux caban élimé.

Pourquoi un tel tour de passe-passe ? Tout simplement parce que les électeurs ne comprennent pas un tel goût. En latin, le commun ou l’ordinaire se traduit par vulgus, qui a donné vulgaire en français. Vous voyez où je veux en venir… Il ne faut donc pas heurter et rester très discret, voir carrément plouc. En bref, il faut savoir se mettre au niveau. Le concept peut tout à fait s’entendre ! C’est triste, mais si c’est obligatoire…

Regardez comment E. Balladur s’était fait moquer pour ses chaussettes rouges. Le Chouan des Villes n’a t il pas non plus démontré comment ses costumes étroits et bien coupés avaient été jugés sévèrement par ses communicants. Je n’irai pas prétendre qu’il fut battu à cause de cela. Mais ce détail n’a pas du aidé non plus. C’est ainsi que j’émets les plus sérieuses réserves sur l’avenir politique de Bruno Lemaire, qui adore beaucoup trop les pulls en cachemire et les beaux costumes Brioni.

Ce qui pour moi constitue un point fort passera un jour ou l’autre pour une marque d’affectation indigne d’un présidentiable. Pour moi, cela est au contraire une marque d’intelligence. Le vêtement demande une recherche, une patience, un goût synonyme d’intelligence, une intelligence du propos et de la mesure !

Sur ce, je vous souhaite d’excellentes fêtes de fin d’année! Je me retire quelques temps pour un repos bien mérité. Bonne semaine. JS.

Le Style Français, à la ville.

8 décembre 2014

Voilà un énième questionnement sur le fameux style français. Au fil de mes discussions avec des amis sur le sujet, et à force d’observation de mes clients, je nourris cette réflexion sans fin.

Quand on parle de style français, comme du style anglais, il existe une vraie différence entre le registre ville et le registre campagne. Mais alors que l’anglais est versatile à ce sujet, changeant suivant le lieu et les circonstances de registre (le lord s’habille et fréquente clubs à Londres et propriétés à la campagne en changeant de tenue), le français telle que je le pose dans ma démonstration (que j’appellerai Monsieur de F.) est un esthète au goût peut-être moins versatile.

Ainsi, beaucoup de Messieurs de F. affectionnent le registre de la campagne en exclusivité, donc même et surtout en ville ! C’est le fameux gentleman farmer des magazines, un terme absolument affreux et impropre pour désigner antiquaires, médecins, éditeurs, conseillers d’État et autres intellectuels qui se régalent des couleurs et des velours campagnards, à la ville.

Il s’agit d’une catégorie d’hommes que j’ai déjà eu l’occasion de décrire ici et là. Avec eux, le style est plus fait de couleurs et de matières que d’une véritable étude tailleur. Les formes peuvent être aussi bien étriquées qu’amples, affutées que molles. Ce qui compte, c’est l’effet visuel, le panache immédiat. Pour autant, si la recherche est flamboyante, la palette est réduite. Il ne s’agit pas d’un vestiaire de Pinocchio.

Ce registre, nous l’avons tous identifié. Serge Moati, Jean Pierre Coffe et d’autres à la télévision. Il est reconnaissable. Et il fait style! Style Français, c’est certain. A la différence du style anglais, il est moins regardant des usages et circonstances. Il est assez revendicatif de liberté, d’un esprit un peu bohême parfois agaçant mais qui fonctionne comme lorsque F. Fillon avait mis une forestière.

La seconde facette du style français, dans le registre urbain est plus difficile à cerner. Très anglophile dans son esprit, ce style est plus autonome, différent de la raison du lord anglais.

J’ai pu observer celui-ci sur quelques clients, mais assez peu. Ceci dit, la silhouette que ceux-ci dégagaient était tout à fait remarquable.

Premièrement, il s’agit là encore de professions supérieures, avocats, producteurs, haut-fonctionnaires. Les plus remarquables dans le genre portent aussi des noms à particule. Comme si ce petit ‘de’ était porteur d’un inné ad hoc. Par contre, à la différence de la facette ‘campagne’, ces Messieurs de F. ont un physique pour.

Je m’explique. Comme évoqué, les amateurs du style coloré décrit plus haut ont des physiques qui apprécient la rondeur et l’aise, et l’art de la coupe n’est pas vraiment prise en compte. Mais dans le cas qui m’intéresse maintenant, le physique racé est l’objet d’une véritable recherche sculpturale, comme Etienne de Beaumont dans la photo d’Adolf de Meyer. Ce n’est pas un chic fatigué.

J’ai noté que ces Messieurs de F. ont des physiques et au delà, des attitudes gracieuses, délicates et distinguées. Quand ils pinaillent sur un demi-pli, ce n’est pas seulement pas coquetterie, ni pour montrer qu’à 50 ans ils ont toujours un physique de jeune premier, mais pour au contraire être au plus proche du potentiel de la coupe. C’est un esthétisme, une recherche d’art.

Et en les regardant, une chose m’a frappé, l’allure d’ancien régime. Ce petit gentilhomme à l’allure un peu grêle, juché sur des jambes minces que le bas de soie mettait en valeur, était devant moi.

Une impression amusante. Plusieurs facteurs expliquent cette impression, que le physique aide absolument :

1- les pantalons sont coupés très étroits. Très très étroits, possibilité offerte par une cuisse fine. Je le redis, ce n’est pas un style pour rugbyman, mais au contraire pour un homme aux dimensions de l’ancien régime (1m70 environ, 60kg). Ce pantalon est étroit et est porté haut sur les hanches. Un petit effet carotte sympathique qui emboite bien le ventre. Ce pantalon étroit est arrêté très court sur la chaussure, à l’anglaise (trop court au goût du commun). Le plus souvent, un généreux revers termine le bas. Pour autant, ce n’est pas une allure à la Tom Browne ou à l’italienne. Car ici les coloris sont sombres et les souliers noirs.

2- les souliers sont très fins également. Je me souviens du film Les Vestiges du Jour, où le personnage du diplomate joué par Michael Lonsdale se plaint de souliers trop étroits, uniquement achetés ‘par vanité’ dit-il. Il y a là dedans quelque chose d’essentiel pour ce goût français que je décris. Le lord anglais est dans la mesure. Il est flegme. Ce monsieur de F. que je décris ne l’est pas, ou alors pas de la même manière. D’ailleurs, les souliers produits par la maison Aubercy sont remarquables à ce titre. Je n’ai jamais vu une telle ligne. Avec on perd deux tailles. Le chaussant est minuscule, le débord de la semelle quasi inexistant. La ligne est très fine et racée. Un peu à la manière de Corthay, qui autre fait intéressant dans le débat qui nous occupe ce jour, a mis à l’honneur de soulier derby, une forme très peu anglaise à la ville.

3- la veste est taillée à la serpe. La taille est bien serrée et comme tous les hommes ont des fesses, le bassin un peu visible. Impression de bassin un peu large renforcée par une épaule très étroite, en forme de bouteille de Saint Galmier comme l’expression le dit. Tout le haut la veste fait l’objet d’une attention précise: emmanchure haute et épaule étroite, peu épaule sans trop d’épaulette, à l’anglaise, et manches montées (et non pas tombantes à l’italienne) avec un peu de volume, mais qui s’effondre vite sous l’effet de l’utilisation. Le style à ce niveau des grands tailleurs comme Cifonelli ou Camps est aussi une réponse différente des tailleurs anglais pour un goût différent. Cette belle tête de manche, bien rembourrée finie inévitablement par se tasser un peu. En s’effondrant, elle renforce le côté fuyant de l’épaule. Monsieur de F. ne fait pas beaucoup de sport, aussi le biceps n’est pas fort mais la manche est plutôt ample.

Ces trois points coordonnés donnent une allure distinctive à Monsieur de F. Un petit duc juché sur deux ergots, les manières fines et l’allure alerte. On pourrait qualifier cette recherche de dandysme. Oui un petit peu. Mais un vrai, pas à la façon d’un article grossier sur le sujet trouvé dans un magazine quelconque. En même temps ce qui surprend, c’est l’étonnant détachement dont font preuve ces clients. J’ai l’impression que c’est presque une évidence pour eux, pas un effort.

Et le plus remarquable, cette allure n’est pas vraiment reconnaissable par le commun. Ce n’est pas une ostentation italienne. Cela reste simple et souvent sombre (je le répète, je parle du registre ville ici).

Une sorte de nonchalance française. Un esthétique pour esthètes. Une sprezzatura de chez nous, qui emprunte tout à l’anglais mais dans un esprit de salon un petit peu précieux, à la française d’une certaine manière…

Que d’idées ! Peut-être fausses… c’est tout le piquant du débat.

Je dédicace cet article et tous les autres sur le sujet du style français à mon cher et toujours mystérieux ami, Le Chouan Des Villes !

Quand la veste est plus claire

1 décembre 2014

Lorsqu’il s’habille de manière décontractée, le gentleman passe du registre ville au registre sport. D’un choix relativement restreint (du gris, du bleu, un peu de rayures etc.), il passe alors dans catégorie bien plus étoffée, c’est le cas de le dire ! Le choix est très vaste, uni, un peu de rayures et beaucoup de carreaux, un peu de gris, beaucoup de bleu ou de marron, mais aussi du vert, du rouge, du jaune, du violet etc. suivant ses goûts et ses couleurs.

Coordonner cet ensemble n’est pas chose aisée. Evidemment, s’habiller peut être un art. Et comme tous les arts, il est difficile. Les choses belles sont ardues. Mais l’habitude, la routine et l’expérience permettent de palier aux difficultés.

Premièrement, il convient de bâtir un ensemble stylistique basé sur la couleur, deux ou trois en général. En général, les coloris anglais sont plutôt foncé, alors que ceux italiens sont plus clairs. Construire sa tenue à partir d’une ou deux couleurs, de leur accord, est une idée assez contemporaine. Classiquement, c’est à dire de manière anglaise, le vêtement se pense par usage et non par couleur. La cravate régimental se porte par usage et convention, parfois sans importance pour la couleur.

Je vais donc être très précautionneux sur ce point. Le point de vue classique est anglais. Mais les anglais étant (je trouve) assez peu adroits avec les couleurs, ils peuvent faire des mélanges osés, frisant parfois le mauvais goût. C’est par exemple le cas en décoration d’intérieur… Certaines pièces de leurs manoirs peuvent heurter le goût classique français.

Construire sa garde robe autour de deux couleurs fétiches (avec leurs variantes, claires ou foncées) est une excellente idée de départ.

Au delà de la couleur se pose aussi la question de la tonalité (sombre ou clair), principalement entre le haut et le bas.

C’est aussi une question essentielle. Habituellement dans une tenue sport, la veste est plus foncée que le pantalon, ou les deux sont de la même tonalité. Les anglais affectionnent je pense un peu plus les ensemble foncés, alors que les italiens, soleil oblige ont tendance à éclaircir leurs tenues.

La veste dans une tenue sport peut tout à fait être plus claire que le bas. C’est tout à fait possible. Si la veste est de la même couleur que le pantalon, ou d’une couleur approchante, l’effet pourrait être désastreux en terme d’élégance, donnant une fausse impression de costume. Sauf si c’est la matière qui apporte une différence par la texture par exemple. Haut et bas de même couleur claire, mais l’un mat l’autre plus satiné. Et encore…

Une tenue composée d’une veste claire peut poser problème. Le pantalon doit trancher. La plupart du temps, cela se fera par la couleur (veste beige, pantalon orange comme sur l’illustration). Cela peut aussi se faire par la tonalité (veste gris clair, pantalon de flanelle anthracite). Vous pouvez ainsi jouer sur les deux tableaux (pantalon aussi clair mais coloré, ou pantalon de même couleur mais très foncé). Il faudra éviter seulement la couleur d’une tonalité approchante donc.

La couleur est le plus souvent la réponse idéale, surtout l’hiver, où les velours permettent un large panel de configurations. Par exemple veste gris clair avec pantalon côtelé vert fougère. Il ne faut pas hésiter.

Les italiens pourraient par goût de la provocation faire le discours inverse. Avec une veste poil de chameau, ils chercheraient un bas encore plus clair ! Presque blanc, comme une moleskine crème par exemple.

Finalement, l’art de s’habiller, c’est l’art de tout accommoder ! Comme une bonne cuisinière. C’est certes moins académique, mais c’est très bon.

Le vestiaire classique anglais que nous idéalisons (car comme je le répète, dans sa forme usuelle, il est parfois l’occasion de bien des incongruités visuelles) est normé : les couleurs froides de la ville ensemble, les couleurs des feuilles mortes entre elles. Les mariages sont le plus souvent simples : harmonie des couleurs, dialogue entre les textures et matières, concordance de la luminosité et du contraste.

La vision contemporaine peut donc être plus biaisée. La sprezzatura de nos amis italiens ose plus. Ainsi, il est possible de justifier plus d’idées, avec art et manière. Le tout est d’affirmer son point de vue !

Petit à propos sur le prix et la valeur…

23 novembre 2014

Mon ami Jean-Baptiste R. m’a glissé ce petit billet au questionnement passionnant et à l’humour sous-jacent… Je vous laisse profiter de ce court texte à l’accent Chap’ !

            Les discours et cérémonies de vente des enseignes du luxe ont toujours attaché une grande importance aux mots. Marketing oblige. L’objectif final étant de vous procurer une expérience inoubliable.

Dès lors, chaque terme est soigneusement sélectionné pour vous suggérer ou vous faire oublier certaines pensées afin que ce moment soit le plus mémorable. On vous parlera de manufacture plutôt que d’usine, d’artisan plutôt que d’ouvrier, de maison plutôt que de marque… La liste est longue et continue de s’agrandir avec le temps.

Parmi ces trouvailles, nous observons le remplacement du mot « prix » par la notion de « valeur ». Cette pirouette linguistique permettrait en effet d’éviter d’utiliser le mot qui fâche pour vous suggérer l’un des bénéfices directs de votre achat. Ainsi, on parlera, par exemple, de la valeur d’une montre et non de son prix.

glen tweed

Cependant, en associant les termes de « prix » et de « valeur », les marques de luxe ne passeraient-elles pas à côté de l’essentiel ?

En effet, ce jeu dangereux pourrait bien vite se retourner contre eux : dans une grande enseigne internationale, une montre à X milliers d’euros ne « vaut » pas son prix, qui inclut des frais importants, étrangers à la fabrication de cette dernière (communication, événements, marges requises par les actionnaires). A l’opposé, une marque de niche proposant des montres de qualité comparable ou supérieur, proposera généralement des prix nettement inférieurs à la valeur du produit (valeur intrinsèque, rareté, rapport personnalisé…).

 Ce faisant, le gentilhomme élégant devrait toujours acquérir un objet qui a plus de valeur que son prix.

 Finalement, le regain d’intérêt pour ces maisons confidentielles n’illustre-t-il pas une recherche de notre part d’un prix juste pour une valeur infiniment plus grande ?

Bonne semaine, Julien Scavini

La chemise rose

16 novembre 2014

Les coloris de chemises pour hommes ne sont pas très nombreux, principalement, le blanc et le bleu, complétés modérément par le violet ou le rouge. Certes le marron et le vert sont aussi possible, mais dans un registre plus souvent campagnard.

Lorsqu’un client vient faire un choix, il est souvent désorienté par la variété de tissus, unis, rayés, à carreaux etc. Dans les rayons ultra-classiques des grands magasins, en général, les best-seller sont le blanc, le bleu-gendarme (une sorte de bleu ciel très uni) et le rose. Trois choix que l’on pourrait qualifier de ‘vieux messieurs’ tant je constate qu’ils ne sont pas le goût contemporain. Le blanc ne jouit plus de la même aura. Il se salit vite, est parfois trop discret ou au contraire trop tranché par rapport au veston ou à la cravate et ne convient pas bien aux mises sport. Pour autant, il reste toujours absolument nécessaire d’en avoir dans sa penderie.

La chemise bleu-gendarme n’est plus le met de choix pour les gentlemen gourmets. Malgré tout, la chemise bleue comme je l’ai souvent évoqué ici est l’idéal dans quasiment toutes les circonstances. Le bleu ciel complète toujours admirablement les tenues, à la ville, comme à la campagne. Seulement, d’un bleu très uni, presque poudré dans le cas du bleu-gendarme, nous sommes passés au fil à fil bleu, plus chiné, avec des pointes de blanc, légèrement plus clair ou plus foncé. L’effet est plus subtil, moins massif. Un dommage collatéral de la sprezzatura triomphante d’une certaine manière !

Enfin, la chemise rose… Ah la chemise rose, toute une histoire. Elle fut très très à la mode. Les années 80 et 90 la consacrèrent presque comme une icône. Elle parait pourtant difficile à dompter. Il est rare de voir des messieurs en porter de nos jours, encore plus en commander. Pourtant la chemise rose a toujours la cote dans de nombreux pays. Les anglais l’affectionnent beaucoup, les américains, avec une tendance Ivy League tout autant, et les italiens s’amusent avec elle.

Je reproche pour ma part à la chemise rose 1- de rendre le teint rougeau, ce qui n’est pas du meilleur effet et 2- d’être difficile à marier, que ce soit avec le costume ou avec la cravate. Chez les maisons londoniennes, comme Roderick Charles ou Charles Tyrwhitt, le rose layette semble convenir à toutes les mises, aussi bien avec le costume de ville qu’avec le tweed. Je reste persuadé que les mises les plus élégantes sont composées de couleurs en adéquation entre elles, vert avec brun, bleu avec bleu etc, suivant que le registre est ville (gris, bleu, rouge etc) ou de campagne (vert, marron, orangé etc).

Mais soit. Actons que le rose peut aller avec tout. Essayons de définir quelques accords. Je précise que sur les dessins, le rose de la chemise est toujours le même, malgré les effets qui apparaissent !

Premièrement, la chemise rose va très bien avec le gris clair. C’est un fait. Moi qui n’ai ni l’un ni l’autre, voilà un accord qui me fait envie. Je parle bien sûr du rose pur, pas du rose violet, tendance parme qui est il me semble plus doux, plus versatile. Mais quelle cravate mettre alors avec gris clair + rose. GQ a essayé la cravate verte. Pourquoi pas, voilà un accord parfaitement dans le goût italien. Mais un accord osé. Pour ma part, j’essaierais plutôt une cravate grise ou rose claire. Le but est de rester dans une tonalité douce, avec un accord de deux couleurs. L’ensemble est pâle, le rééquilibrons-nous vers le haut ou restons-nous sur cette note basse ?

Ensuite, la chemise rose va assez bien avec le gris foncé, l’anthracite. Evidemment me direz-vous, le gris étant une non couleur, il s’accommode parfaitement d’une couleur, ici le rose. Logique. La veste étant maintenant foncé et le rose pâle, je pense que la cravate doit être assez forte, pour équilibrer chromatique vers le haut l’ensemble. Une cravate violette, assez profonde, dynamise la tenue.

D’ailleurs, il est tout à fait possible de trouver des cravates avec du rose dedans, fondu dans une autre couleur dominante. Les mélange de violet et rose ou bleu et rose permettent un rappel discret du rose, pour un dialogue délicat des couleurs.

Et précisément, avec le bleu marine…? Chemise rose et costume bleu marine, voilà un dialogue compliqué à mettre en place, tant il sort de mon champ habituel de pensée. Avec un costume bleu marine, j’aime mettre une chemise blanche, une chemise rayée bleu et blanc, une chemise bleu ciel, voire une chemise rayée violette, le violet étant la couleur sœur du bleu. Mais avec du rose ? Le bleu marine étant une couleur forte, je ne sais s’il faut mettre une chemise rose pâle ou au contraire soutenu. Quelques exemples trouvés sur internet, au goût très italien, m’incitent à dire que le rose soutenu est mieux. Il équilibre l’ensemble. La cravate ne doit pas être fade alors. Un bleu aussi sombre que le costume donne à l’ensemble un goût fort mais assez minimaliste malgré tout.

Certains anglais utilisent les cravates club rose violet, mais cet accord me semble trop violent. Tout comme l’association d’une chemise rose avec une cravate rouge. Un goût daté. Enfin, la cravate rose… mais qui achète une cravate rose… ? D’abord !

Que pensez vous de ces ébauches stylistiques? De la chemise rose en particulier? N’hésitez pas à vous prononcer, photos à l’appui, pour que je puisse dessiner d’autres illustrations de tenues de ville. Il y a en effet beaucoup à dire sur ce sujet, qui j’en suis sûr, va déchainer les passions !

Bonne semaine, Julien Scavini.


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