INVITATION l L’entoilé se développe, Stiff Collar y participe !

23 octobre 2015

Messieurs,

je vous sais friands de petites soirées sartoriales, aussi je vous en propose une ! Il se trouve que le marque LOUIS PURPLE m’a contacté. Connu depuis quelques années pour sa demi-mesure place de la Madeleine, le groupe se développe actuellement dans le pret-à-porter à prix attractif, avec l’ouverture de nombreux magasins en Europe de l’Est, Russie, Maroc etc… LOUIS PURPLE vient également d’inaugurer un joli flagship dans le 17ème arrondissement à Paris que j’ai eu l’occasion de voir en avant-première. Les produits sont bien sélectionnés, avec une note très italienne. Certaines chemises à très bon prix ont des boutons cousus ‘zampa di gallina’ ! La sélection de souliers italiens est importante et je possède moi-même une paire de tassel loafer qui me donne satisfaction ! Par ailleurs, LOUIS PURPLE propose une large sélection d’outer-wear, doudounes et vestons matelassés du meilleur effet cet automne. Les coloris plairont aux aficionados du style italien, car il y a beaucoup de bleu et de marron, du vert en quantité et aussi pas mal de notes plus osées, jaune, pourpre etc… Bref, une jolie découverte dans le paysage des boutiques parisiennes.

Par ailleurs, LOUIS PURPLE qui vend des costumes semi-thermocollés en quantité à prix doux (400€ environ) a décidé de lancer une mini-collection de modèles entoilés (sur un modèle ajusté) ! Enfin la religion prônée par Stiff Collar finit par infuser un peu les maisons qui veulent bien faire ! Donc pour cet automne, le directeur artistique de LOUIS PURPLE que je connais bien a décidé de s’attaquer à ce marché en prêt-à-porter, avec une capsule de costumes entoilés à prix serrés, environ 700€ ! Que demander de plus. Cette petite sélection de costumes entoilés sont fabriqués dans une usine différente ces autres costumes Louis Purple. Cette nouvelle unité, je vous l’ai fait découvrir cet été, une ligne mise au point par le célèbre Alberto Caruso himself !

Et pour couronner le tout, j’ai honneur de vous inviter à la soirée de lancement, avec Alberto Caruso en personne, le lundi 16 novembre à 19h00 ! Je compte sur vous.

invitationLouis Purple, 37 avenue des Ternes, Paris 17.

Merci de faire part de votre présence par mail, à l’adresse suivante :    eventlouispurple@gmail.com    ou par commentaire ici même.

Belle fin de semaine, Julien Scavini

La canadienne

19 octobre 2015

Le froid est revenu et depuis que j’ai un scooter, chose véritablement libératrice lorsque l’on vit à Paris, j’ai froid ! Ce nouveau mode de vie m’a poussé subitement à abandonner le manteau, pourtant si agréable et élégant. Fini le drap de laine et cachemire, les cols en velours et la longueur généreuse, car assis, cela ne fonctionne pas ! Mince alors. Je n’y croyais pas beaucoup du reste, mais force est de constater que dès 30km/h, il gèle!!!

Je me suis donc intéressé au vestiaire ‘sport’ ou ‘militaire’ moderne et ancien. Bien évidemment, il est toujours possible de prendre une doudoune rembourrée de plume, LE vêtement du moment (on s’excuse (et on s’alarme) auprès des oies, parfois plumées vivantes en Chine). Canada Goose, Schott NYC et Pyrenex apparaissent comme les faiseurs historiques de ce vêtement dont les premiers exemplaires remontent aux années 40. A l’époque on l’appelait plutôt parka bien que le matelassage caractéristique soit arrivé plus tard. Les prémices de ce vêtements se trouvent dans les vêtements ‘bibendum’ des pilotes civils et militaires des années 20 et 30, qui portaient des manteaux tout en mouton retourné (poil laineux vers l’intérieur et capuche en fourrure). L’excellent livre Vintage Menswear de Sims, Luckett & Gunn aux éditions Laurence King montre de nombreuses pièces de la sorte.

Récemment, je lisais un article sur Alain Juppé qui racontait son mode de vie et ses rites bordelais. Au détour d’une phrase était citée sa fameuse canadienne verte, un peu défraichie, qui ne le quitte pas. Je me suis alors demandé ce qu’était une canadienne. Pour moi, le mot sonnait très années 90. Quand j’étais petit, il allait de paire avec la cagoule et autres errements vestimentaires. La canadienne… voici bien un vêtement vintage.

Au cours de ma petite recherche, j’ai découvert que ce vêtement est arrivé en France durant les années 30. Jean Gabin et Jean-Paul Belmondo dans Un Singe en Hiver réalisé par Henri Verneuil en 1962 portent une canadienne. Le vêtement est caractérisé par sa longueur à peine trois quart, ses poches ventrales, son boutonnage croisé et son col châle très enveloppant réalisé en feutre de laine dense, quand le corps est plus souvent en gabardine imperméable de coton ou de laine. Le col recouvert de laine de mouton est venu plus tard.

ILLUS86En France, nous l’appelons canadienne car c’est certainement de là-bas que les premiers modèles furent importés. Le vêtement puise en effet son origine autour des grands lacs Michigan et Huron. Plus précisément, ce manteau court fût développé et commandé vers 1811 pour vêtir les militaires d’un camp anglais, le Fort Saint Joseph. Il fut réalisé par des amérindiens qui lui donnèrent le nom de mackinac ou mackinaw d’après l’appellation du passage reliant les lacs Michigan et Huron, le détroit de Mackinac. Par la suite, les trappeurs et marchands rendirent populaires le modèle, chaud et utilitaire. Dans les années 20, il était très populaire, en particulier après des bûcherons et autres travailleurs en extérieur. L’armée américaine utilisa le modèle dès la première guerre mondiale et en 1938, le vêtement devint officiellement un uniforme, teinté en vert olive. La mackinaw pris le nom de Jeep coat.

Au début du siècle, les canadiennes étaient réalisées en cuir de cheval, car c’était le cuir le plus résistant qui soit. Les chevaux étaient abondants, car ils servaient à la ferme et en ville pour tracter les véhicules. Avec leur disparition progressive, le cuir devint plus cher et il fut abandonné. Cela en faisait le vêtement par excellence des travailleurs des pays froids. La goodyear Rubber Company fabriquait des exemplaires non croisés en cuir de cheval.

De nos jours, ce vêtement est un peu tombé en désuétude, même si quelques maisons en éditent de temps à autre, comme Gap. Son aspect un peu militaire, dû en partie à la couleur olive, rend la canadienne populaire auprès des jeunes. Pour autant, il n’est pas le vêtement le plus élégant qui soit. La pièce est charmante ceci dit, surtout lorsque l’on voit son patronage, ci dessous. Ma quête continue donc !

Pour les amateurs donc, le tracé par LadevèzeDarroux 1966 :

canadienne patronnageBelle semaine, Julien Scavini

Pensées italiennes

12 octobre 2015

Je suis récemment allé à Florence. J’ai donc vu la ville du Pitti. Formidable! Très jolie ville bien que remplie de touristes. J’ai cependant noté assez peu d’italiens élégants je dois dire. Y compris les boutiques, je n’ai rien vu de notable, alors même que je pensais revenir avec des photos de vitrines comme je l’avais déjà fait il y a plusieurs mois. Tant pis.

Ceci dit, je me suis plongé dans la culture italienne et en particulier celle de la Renaissance, Florence étant par excellence la ville du renouveau éclairé. Les Médicis ont fait de cette cité un joyau serti de tous les arts, sculpture, peinture et architecture. L’occasion de bâtir une petite réflexion que je m’empresse de vous livrer, faisant lien entre l’ancien et le moderne, les arts et le vêtement, les italiens et le reste du monde. Tout est venu à partir de la visite des jardins de Boboli où notre guide évoquait la question du maniérisme.

Vous savez, sur ce blog en particulier, j’aime caractériser les choses. Le vêtement est fait de code. Et ces codes peuvent être tempéré par un style particulier, personnel ou local. Le style italien que l’on voit au Pitti, très démonstratif et fait de mélanges est à ce sujet plein d’attrait. Qu’en dire? Comment le dire? Comment le reproduire? Autant que de questions que je me suis amusé à compiler sous une même hypothèse stylistique. Presque une hypothèse d’esthétique !

Ainsi nous dit notre guide à propos d’abord du Palais Pitti et en rapport aux nombreux chefs-d’œuvre déjà vu dans Florence, le maniérisme des années 1530-1550 désigne le travail des élèves de grands maitres, peintres et sculpteurs, travaillant leur art ‘à la manière de’, soit pour finir des œuvres, soit pour en créer de nouvelles. Ce faisant, ces élèves s’éloignent peu à peu de l’idéal de leur illustre prédécesseur qui était celui de la perfection et de la règle. Le maniérisme, c’est donc l’histoire d’une suite et d’une rupture.

J’ai alors échafaudé une certaine théorie dans ma tête qui s’adapte bien au goût ‘tailleur’ italien actuel, en opposition au goût ‘tailleur’ anglais et français. Ainsi, le style anglais et français classique serait celui de la règle et de la continuité, alors que le style italien serait celui de la rupture.

Mais avançons encore dans le raisonnement.

Le maniérisme, c’est donc ‘à la manière de’. Cette façon très italienne de penser vise à continuer, à reproduire. Mais dans la copie, les maniéristes italiens introduisent un changement qui leur est propre. Le maniérisme, c’est l’introduction d’un dynamisme, d’une licence (au sens ‘d’un droit à’) et en bref, d’une bizarrerie. Dans le maniérisme, il y a un côté moins équilibré.

Je trouve que l’analogie avec le goût tailleur est très intéressante.

ILLUS85

Car par exemple, cette manière de penser est très différente de la façon française qui vise plus l’ordonnance et la proportion par exemple. Le français et l’anglais de surcroit pourraient paraitre plus mesurés, plus équilibrés.

Le style anglais (et français par extension) est fait pour aider. C’est ce que je fais sur mon blog en permanence. Mais le goût italien est fait pour confondre. Vous comprenez ?

Les élégants et parfois ridicules italiens (au goût des autres classiques qui pourtant les regardent goulument) que l’on voit en photo au Pitti sont des maniéristes, au sens d’une réaction à la perfection atteinte auparavant au Royaume-Uni et ailleurs. Un changement léger mais introduisant du bizarre, dans la continuité. Ce changement eut lieu en plusieurs phases. D’abord par la copie des techniques. Dans les années 50, les petites industries italiennes se sont structurées pour produire des vêtements dans un goût parfaitement anglais. Dans les années 80, les grands noms comme Valentino ou Cerruti ont même pris le dessus, à tel point que Brioni habillait James Bond ! Puis, à ‘cette manière de’ a succédé une phase plus typiquement italienne, récupération actée puis transformée.

Pour paraphraser wikipédia, j’ajouterai même que le maniérisme contemporain et sartorial se caractérise comme un art de répertoire, où les artistes et les figures de prou telles que Gianni Agnelli, Lino Ieluzzi et Luca Rubinacci puisent chez Edouard VI ou le Prince Charles des formules pour définir leur vocabulaire spécifique. Le maniérisme sartorial est donc un jeu artistique de l’emprunt (la montre gousset du banquier) mais aussi un jeu de codes et de symboles souvent troubles (les gants dans la poche, le 7 brodé sur la cravate). Dans le dessin ci-dessus, aucun vêtement en particulier n’est bizarre. Mais leur assemblage peut le paraitre.

Pour terminer, si l’on imagine que l’histoire se repète toujours (mais en l’occurrence sur un registre et une temporalité différente), on pourrait émettre l’hypothèque qu’un retour de bâton viendra un jour. Car les clients pourraient reprocher aux ‘artistes’ ce maniérisme à l’aspect un peu artificiel. Le jeu est-il fait pour durer ? L’avenir s’annonce passionnant !

Sur ces réflexions très ‘chouannesques’, je vous laisse penser et vous souhaite une belle semaine.

Julien Scavini

L’accord des chaussettes

28 septembre 2015

Voici une question qui m’a toujours semblé assez logique mais qui revient assez souvent chez mes interlocuteurs : comment accorde-t-on ses chaussettes. Cela ne doit donc être pas si évident que cela. Essayons de dresser un inventaire des possibles et une règle d’usage.

Il existe deux cas de figure : vous êtes en costume ou alors tenue dépareillée. Étudions la première.

Je postule de mon côté que le port du costume signifie usage de souliers noirs. C’est le plus formel en ville. J’ai recours à deux types de chaussettes alors : noir le plus souvent ou marine si le costume est bleu. C’est très simple.

 Il m’arrive aussi de mettre des souliers marron, en veau-velours avec certains costumes, bleus en particulier. Alors, j’ai recours à des chaussettes marine, rarement marron. Ma tenue est un peu décontractée certes, mais ce serait bien trop osé pour moi de mettre des chaussettes marron là, trop sport.

Vous me direz, si le costume est gris et que les souliers sont marrons. Vous me mettez dans l’embarra. (!) Je ne sais que penser des souliers marron avec un costume gris, mais je m’adapte. Des chaussettes grises me semblent le plus logique (*1).

Tirons une première règle simple : en costume, la chaussette peut être noire ou de la couleur du costume avec des souliers noirs et simplement de la couleur du costume avec des souliers marrons. Car la chaussette marron sous un costume est trop sport. Cela sous-entend que je fais référence à un costume dans un coloris urbain, c’est à dire un costume soit bleu soit gris. Un costume marron dans le goût de Berluti appelle des chaussettes marron. Si les nuances de marron sont fortes, un modèle irisé du genre de ce que fait Gallo est idéal.

Passons au dépareillé.

Avec une tenue sport dépareillée, le problème peut être résolu simplement. Car qui dit ‘dépareillé’ dit… souliers marron. Il y a des règles absolues ! La chaussette peut alors être marron. Simple et efficace.

Mais la tenue dépareillée fait cohabiter assez souvent le pantalon gris (de laine froide l’été ou de flanelle l’hiver) avec une paire de chaussures marron. La chaussette grise pourrait alors apparaître comme une possibilité. Sauf qu’à la différence d’un costume gris sur des souliers marron (voir *1 ci dessus), je trouve maintenant la chaussette grise trop habillée.

Si votre pantalon est beige, une chaussette beige est idéale et est complémentaire de la chaussure marron. Si votre pantalon est vert, une belle chaussette verte est idéale aussi. Bref, les couleurs des feuilles vont bien.

Si la tenue dépareillée est un blazer associé à un pantalon gris et souliers marrons, une chaussette marron ou bleu semble bien. Mais vous pouvez être tenté d’associer le blazer à des souliers noirs pour une occasion qui le réclame. Dès lors, la chaussette grise re-paraît une option plus envisageable. Vous voyez la hiérarchie ?

Deuxième règle simple : en tenue sport, avec des souliers marrons, les couleurs de feuilles dont le marron sont idéales pour les chaussettes, y compris si le pantalon est gris.

Vous me direz, avec ces règles, difficile de se faire plaisir. Et c’est très vrai. Le répertoire des chaussettes depuis quelques années s’est étoffé. Et aux religieux nous avons piqué leurs chaussettes. Le rouge et le pourpre sont superbes. Avec une mise urbaine sombre et classique, cette petite touche de couleur est de bon aloi. Attention toutefois, elle ne doit jamais – ô jamais – être un alibi de style. Avoir des chaussettes colorées à 20€ la paire et présenter un vieux costume affaissé et des godillots avachis est le pire qu’il soit possible de faire. On pourrait croire que vous sortez du XVIème … Non, si vous avez de l’argent, c’est votre costume qui doit présenter bien. Si vous n’avez pas trop de moyen, inutile de flamber alors avec des chaussettes de couleur. Car les chaussettes de couleur sont un signe extérieur fort. Je ne dirais pas un signe extérieur de richesse, mais c’est ostentatoire, tout simplement. Restez raisonnable, l’élégance est le raffinement dans la discrétion. Pas le raffinement dans l’étalement.

La chaussette de couleur peut donc compléter un costume. L’anthracite s’accorde à merveille du rouge pontifical quand la chaussette pourpre fait merveille associée à du marine.

Troisième règle plus élaborée : la chaussette rouge ou pourpre va avec tout mais pas avec n’importe qui.

Au delà ces règles qui tournent autour du triptyque chaussure, chaussette et pantalon, il peut être intéressant d’utiliser cette discrète cheville couverte pour rappeler une couleur de la tenue.

La chaussette peut ainsi faire un rappel de la cravate ou de la pochette, sans jamais être tout à fait sur le même ton. Le camaïeu oui, mais juste un peu ! Cela égaye le costume sans faire trop. Cette chaussette peut aussi rappeler un motif de la veste sport, comme un discret carreau coloré ou une coudière. La chaussette peut enfin apporter une couleur complémentaire ou un motif sous-jacent, comme c’est souvent le cas des tenues sport aux coloris de feuilles mortes et aux motifs élaborés (carreaux, vichy, pieds de poule, paisley etc.) On rejoint alors les règles d’usage pour la pochette. Il faut relire Parisian Gentleman à ce sujet.

Quatrième règle élaborée donc : avec les chaussettes colorées ou à motif, on fait ce qu’on veut ! Mais attention, seul des années d’expérience vous feront toucher du doigt les usages et les limites d’un tel exercice. Vous êtes alors le peintre de votre tenue ! C’est à vous de jouer.

Belle semaine, Julien Scavini

PETITES CONSIDERATIONS SUR LA COUPE DU PANTALON

14 septembre 2015

Les plus attentifs d’entre vous, les plus âgés aussi ont peut-être remarqué qu’aujourd’hui, on ne coupe plus les pantalons comme avant. Le tomber est différent. Je vais essayer d’expliquer ce qu’il s’est passé en 30 ans à ce sujet, car cela me questionnait aussi. Je suis arrivé à mes conclusions après plusieurs mois de recherches, qui m’ont amené à interroger des vieux tailleurs et des modélistes et techniciens d’industrie. Les réponses furent incroyables parfois !

L’article suivant est assez suggestif, je m’en excuse, un chat est un chat, surtout qu’il s’agit d’évoquer des points techniques.

Tout commence par une interrogation à propos du port à droite ou à gauche du sexe dans le pantalon. Les plus âgés de mes clients formulent souvent cette demande, car montant le pantalon assez haut, un excès de tissu se forme du côté opposé le long de la braguette. Ce pli de tissu est assez ardu à faire partir sur un pantalon terminé, mais pas impossible, c’est une retouche que je fais assez souvent. Dans un pantalon à plis, qui possède plus d’aisance, à cause du pli justement, ce bourrelet de trop est plus visible encore (le plus souvent à droite, car 80% des hommes portent à gauche. D’ailleurs la vieille blague tailleur consiste à dire que quand on porte à gauche on vote à droite et inversement. Les tailleurs sont plutôt à droite par ailleurs…)

Pour comprendre cette altération droite et gauche mal gérée industriellement, je me suis mis à coudre des toiles. Je me suis alors servi de livres de coupe. Et entre une coupe tailleur des années 60 et une coupe actuelle, c’est le jour et la nuit. Quelles différences, pour quelles implications ?

La coupe la plus ancienne propose de couper la ligne milieu devant le long d’une verticale. La braguette est dite droit-fil. A peine donne-t-on un peu de fruit (de pente) d’un côté pour gérer droite et gauche. Vous découvrez sur les deux illustrations ci-dessous le plan de coupe. C’est assez difficile à comprendre, tant le pantalon est en volume.

A4 Portrait _ Master LayoutA4 Portrait _ Master LayoutLa coupe moderne donne en revanche de la pente à la ligne milieu devant. La braguette se retrouve en biais. Ce constant est corroboré par un bermuda de surf que j’avais démonté il y a quelques temps pour en tirer un patronage. La ligne devant est oblique. Cela donne du volume, alors même que (-hypothèse-) on en a pas besoin à cet endroit, plutôt vertical.

 A4 Portrait _ Master Layout

Diantre, quelle différence donc  et pourquoi ?

J’ai testé la vieille coupe. Elle m’a donné un pantalon très ample, une ligne à la Gabin. Parfaite mais immense. J’ai alors commencé à réduire sa cuisse et donc sa pointe comme on dit en tailleur. Mais très vite, la position sur les hanches est devenue inconfortable et je me suis senti serré, sans pour autant avoir une cuisse bien fine. Cette coupe ne permettait pas de faire la coupe ajustée moderne.

Avec la coupe moderne, le pantalon était prêt de la jambe, idéal, avec un peu de volume devant, que l’on appelle moustache dans l’industrie.

Par ailleurs, le pantalon ancien avait une façon d’emboiter le côté (le rond de hanche) très curieuse. On avait l’impression que l’on allait pas pouvoir entrer dans le pantalon, il paraissait étroit à la ceinture, alors que pas du tout en réalité. Il emboitait bien et montait haut. La coupe moderne elle ne m’a pas questionnée plus que ça.

Voici des considérations et ressentis très techniques allez-vous me dire. Je vais aller au but maintenant.

J’ai donc appelé des spécialistes pour corroborer mes hypothèses, car j’en avais déjà. Deux points sont captivants et renvoient à une certaine vision du monde : la sexualité et le commerce.

  • la braguette a été coupée en biais car on a fait descendre la hauteur des pantalons. On les a fait plus taille basse. Un peu ou beaucoup. Un premier problème s’est posé :  avec une taille plus basse, la ceinture étant anatomiquement bloquée par l’os de la hanche (le pantalon ne pas pas descendre plus bas), cela attire le fond de pantalon vers le haut, réduisant l’espace de l’entrejambe. Dans le même temps, on a voulu affiner la cuisse pour faire plaisir aux messieurs. Pour régler ces deux problèmes conjugués et pour équilibrer la coupe, on a transferrer de la pointe arrière vers l’avant.En même temps que l’on a baissé la taille, l’homme s’est mis à porter slip et boxer, pour un port au ‘centre’. Donc inutile de porter le pantalon à gauche et à droite. En revanche, avec un montant bas, il se posait un problème de place pour le pubis comme je l’ai dit. L’agrandissement de la pointe avant sert cette problématique. J’espère que vous suivez, c’est très technique.C’est l’industrie du jean qui a été précurseur. C’est elle aussi qui mène la danse. Certaines marques comme Diesel l’ont bien compris, le jean doit mettre ‘le paquet’ en avant (la photo dont le dessin ci-dessous est issue ne ment pas !). C’est de l’hypersexualisation. La toile de denim est très rigide, vous le savez. Et bien en réduisant la hauteur de port et en coupant en biais la braguette, on donne l’impression de volume. C’est très baroque finalement. Nous revenons à la Renaissance où les braguettes étaient rembourrées. Une braguette de jean est en plus faite de plusieurs couches et de beaucoup d’épaisseur. Cela donne même assis un volume, une protubérance recherchée par les modélistes pour l’œil des clients. Vous avouerez quand même, c’est cocasse et amusant ! Ce phénomène se renforce aussi grâce au travail des fabricants de sous-vêtements boxer, qui cherchent à soutenir voire à projeter l’entrejambe en avant, plutôt qu’en dessous, comme Aussiebum par exemple. N’en déplaise à Eric Zemmour, il est amusant de constater que l’homme occidental se sexualise. C’est vous l’avouerez une conclusion drôle à ma recherche. Une pure question d’orgueil masculin.

A4 Portrait _ Master Layout

  • le second point de détail m’est apparu au sujet du rond de hanche beaucoup plus exacerbé sur la vieille coupe (comparez les plans en haut). En effet, la braguette étant verticale, la force de pince (c’est à dire la valeur de tissu que l’on retire pour arriver à la ceinture, plus petite que le bassin) est passée sur le côté. La poche se retrouve dans une couture très ronde sur la coupe ancienne. Ce n’est pas le cas dans la coupe moderne, où la valeur de pince est un peu passée sur le devant (on profite de la pente de braguette). Mais, un pantalon dans la vieille coupe ne se pose pas forcément bien à plat, car il a du volume sur le côté, il est rond. Intolérable dans le prêt à porter où les pantalons doivent être plan pour figurer bien en évidence sur des tables. C’est ainsi que l’on a aplani le rond de hanche (et répercuté la valeur de pince sur la braguette en la penchant), pour mieux vendre le pantalon présenté plié, c’est ce qu’on appelle dans l’industrie de ‘fold appeal’ . Un truc commercial a donc présidé à l’évolution de la coupe. C’est aussi vrai pour la veste, dont les manches sont montées très en avant (ce qui crée des plis derrière la manche lorsqu’on la porte) pour satisfaire le ‘hanger appeal’, c’est à dire la beauté sur cintre, qui vous fait acheter.

 A votre échelle, vous pouvez voir comment votre pantalon est coupé (il y a de forte chance pour qu’il le soit de manière moderne), il suffit de regarder comment tombent les rayures à la braguette. Si elles sont verticales, la coupe est ancienne. Si au contraire les raies arrivent penchées, il s’agit de la coupe modernisée. Elle donne un confort supplémentaire assis avec des sous-vêtements modernes (son corollaire étant un petit manque de netteté, les fameuses moustaches). Donc par exemple, un caleçon avec un pantalon moderne n’est pas logique.

 A4 Portrait _ Master LayoutVous le voyez donc, à partir d’un tout petit questionnement, on arrive à des conclusions très amusantes. Il y aurait un thèse à faire sur ce sujet tant il est vaste. C’est surtout le questionnement sur la place de l’entrejambe dans le pantalon qui aura le plus attiré mon attention, car il renvoie à des considérations historiques passionnantes et à une expressivité corporelle dont on parle peu. Et oui, un jean de nos jours, c’est fait pour mettre le sexe en valeur ! Quelle conclusion !

Bonne semaine, Julien Scavini

Petites pensées de rentrée

7 septembre 2015

L’été est passé et son mois de vacances aussi. Il est temps de redémarrer pour une nouvelle année à peine entrecoupée par la pause de Noël. En général, chez le tailleur, les mois en -bre sont chargés. C’est en effet la période où les hommes font faire massivement les costumes de travail, plus qu’à d’autres moments. A l’inverse, avril, mai et juin voient les jeunes hommes venir pour réaliser des costumes de mariage. C’est un thème que j’apprécie et dont j’ai souvent parlé sur Stiff Collar.

Le blog a commencé en septembre 2009, au moment même où je suis entré à l’école des tailleurs, AFT, où j’ai passé une délicieuse année à apprendre comment on fait une veste de A à Z. L’idée de Stiff Collar était au début de servir de journal de bord de cet apprentissage, pour donner envie à d’autres de suivre le chemin et aux passionnés de mieux comprendre la construction d’un vêtement de qualité. Peu à peu, j’ai étoffé le blog d’article sur les maisons de prêt à porter et surtout sur les différents usages attachés à la penderie masculine classique.

A l’époque, il existait un blog connu : Faubourg Saint Honoré (FSH) qui m’a beaucoup appris sur le sujet, de même que les forums De Pied en Cap et En Grande Pompe. J’ai ainsi compulsé les informations que je trouvais éparses sur internet sous forme d’articles synthétiques. Parisian Gentleman est né à peu près à ce moment là, de même que Le Chouan des Villes qui a hélas arrêté son activité avant de trouver un nouveau souffle sous une nouvelle forme (au mieux espérons le).

L’arrivée de Stiff Collar dans le paysage des blogs consacrés à la garde robe masculine tombe à un moment clef où les hommes ont eu envie de s’habiller de nouveau. Curieuse phase qui arrive on ne sait comment, d’un coup les hommes veulent ré-apprendre, se sentir guider. Cet engouement suit une sinusoïde. La fin des années 80 et début des années 90 furent également un moment où les hommes faisaient attention. De nombreux traités et guides sortirent et une myriade de marques émergèrent, Ralph Lauren en tête. Le look de l’agent de change de Wall Street était adoré, avec ses mocassin Gucci, ses bretelles colorées, ses lunettes rondes en métal doré et ses grands costumes croisés Valentino. C’est à ce moment que les stylistes et certains tailleurs s’attaquèrent au costume et à sa veste. De la coupe classique et sans erreur, ils tirèrent des figures de styles outrés, cran super bas, épaules trop larges, encolures larges et pantalons à triples pinces en élastiss.

ILLUS84S’ensuivit une curieuse phase de vache maigre, comment l’expliquer? Il faut déjà se demander si l’inesthétisme qui a suivi était partagé par toutes les couches de la population. Je n’en suis pas sûr. Ainsi, une certaine élite a toujours eu l’habitude d’aller chez le tailleur. Or, cet artisan est un homme sage, rarement enclin à suivre les effets de mode. On le lui reproche parfois. Oui le tailleur est triste et buté sur ces principes. Mais ce faisant, un homme élégant le reste. L’homme classique a traversé les années 2000 sans prendre une ride. D’ailleurs ses photos ne sont pas datées. Car celles de l’homme en doudoune mauve ou en blazer rouge pétard le sont. Mais ces mêmes là trouvaient l’élégant classique ringard. Et pourtant, ce sont ces autres là qui l’étaient. Amusant :) Ils suivaient la mode, cette étonnante chose qui née dans le bruit, vie dans la rapidité et meurt dans l’indifférence. Ce que le podium et le styliste décide se répand dans la population par l’intermédiaire de toute une chaine complexe de valeurs. Ce qui est beau et génial finit vendu par une foule de boutique plus ou moins bonnes. Ce qui parait génial en haut devient laid en bas. Le client final fait un acte d’achat instantané. Au final, ce processus rapide se retourne contre lui-même. D’une frénésie d’achat bien conseillée et souvent aidée par madame, il reste un costume défraichi dont personne ne veut. Songez à tous ces costumes aux crans très bas et aux épaules trop larges qui emplissent les bacs des fripiers.

Un jeune styliste a récemment répliqué à un vieil article sur les tailleurs vs les stylistes. Ces propos étaient intéressants. Mais je répondrais simplement que l’art tailleur répond à un art du canon, un académisme en somme, qui a pour but de fixer un certains nombre de règles (applicables à son art : la façon et applicables à son mode : ses clients). Ce corpus idéologique vise au meilleur tout en en englobant le plus de monde. Un mauvais tailleur ou un très bon tailleur peuvent tous les deux réussir un costume très classique et très ‘mettable’. Un client simple ou un grand dandy peuvent tous les deux réussir une mise correcte voire élégante. C’est tout à fait différent des stylistes, car leur formation confine au génie. Le but n’est pas de créer des règles pratiques pour rendre le monde beau, le but est d’abolir les règles pour forcer l’individu à penser. Certes, mais la pensée n’est ni universelle ni égalitaire. Si bien que d’un a priori d’idéal on crée une folie du sur-homme superstar que les autres doivent admirer et copier. Je ne suis pas sûr d’aimer cela. Au contraire, je préfère m’amuser dans mon univers restreint quitte à en chatouiller les limites, mais cela se fait une génération, voire deux. Il faut du temps ; il faut lisser la courbe. L’élégance en toute chose, c’est le temps du goût et le goût du temps.

Il faut donc se méfier de cette fameuse sinusoïde. A l’envie succède le dégoût. C’est ainsi que l’on fabrique des cycles économiques dans la mode. J’entendais récemment un journaliste me dire que le goût classique pour homme, tel qu’on en parle ici et ailleurs est en queue de comète. C’est une question que je me pose souvent. Cela fait plusieurs années que j’en parle, avec d’autres. Trop de conseil peut-il tuer l’envie? C’est un écueil auquel il faut faire attention, c’est très vrai. C’est pourquoi jamais je ne me suis montré trop prescriptif. Ce qui me fut reproché gentiment à propos de mon livre ModeMen, très généraliste. La bonne intelligence est de piquer ce que l’on a envie là où il faut, tout comme on ne s’habille pas dans une seule maison, pour ne pas avoir le goût de son habilleur. Je tâcherai donc pour une année encore de donner à voir et à goûter, sans jamais ni assommer ni obliger.

Je compilerai donc mes idées et connaissances avec modération, un lundi sur deux peut-être. Cela me laisse ainsi le temps de réfléchir à ma colonne dans Le Figaro Magazine, pour lequel je dois trouver des sujets également.

Je vous souhaite une belle rentrée.

Bonne semaine, Julien Scavini

Visite des usines II

10 juillet 2015

Après la visite de l’usine de costumes, j’ai eu la chance de visiter la fabrique où le tissu prend vie. Une usine immense et bruyante. Le tissu, quelle industrie ! Cette unité produit 7 million de mètres par an. Oui vous avez bien lu. Et un jour Zara a commandé un seul coloris en  300 000m ! Située à quelques encablures de mon usine, ce fut une vraie opportunité pour moi d’être invité à voir comment on fait du tissu ! Si j’utilise presque uniquement des 100¨% laine, cette draperie produit principale des lainages courants pour le prêt à porter, en mélange poly-laine, laine-viscose ou laine-lycra, et quelques fois au hasard des collections et du prix proposé par les grands acheteurs, des pures laines ou des mélanges coton, laine et lin par exemple. Tout est une question de prix dans une industrie aux marges très serrées.

Tout commence avec un dessin. Le styliste d’une maison de prêt à porter ou les techniciens maisons proposent des motifs, sélectionnent des fils et les assemblent suivant deux schémas incontournables : la toile ou la serge (dont dérive le chevron). L’harmonie, la densité, le poids, la colorimétrie sont des points très importants. Les fils de base arrivent principalement de Turquie qui est devenue en quelque année un acteur incontournable. L’Allemagne reste en pointe sur les fibres techniques et le Portugal n’est pas en reste, profitant d’une ancienne tradition textile restée vivace grâce au coût du travail bas.

Les lots de bobines arrivent près teintées des filatures. Les fils sont testés (torsion, teinte, section et densité, élasticité etc) en interne et par un laboratoire indépendant pour pouvoir faire un rapport au client final et pour s’assurer des qualités de tissage de fibres. Les bobines sont stockées dans des locaux climatisés pour garantir la fixité des fibres.

Ensuite, les bobines sont placées dans de grandes cages aux multiples dévidoirs. L’opération est manuelle et prend plusieurs heures aux ouvrières. Il faut enfiler chaque bobine sur son support et emmené son fil vers l’ourdissoir. Cet immense rouleau rotatif placé au bout de l’outil permet de dérouler l’intégralité de la chaine. Rappelez vous de la structure d’un tissu. Les fils en long, en droit fil sont appelés fils de chaine, ceux qui sont en travers, dans le petit côté fils de trame. L’ourdissoir permet de préparer la longue chaine, parfois jusqu’à 5000m.

Lorsque le fil arrive à l’ourdissoir, on en profite pour le graisser un peu, pour qu’il soit plus facile à travailler ensuite. Un fois la très très grosse bobine crée, on va la diviser en bobines plus petites prêtes à être installées sur les métiers à tisser. C’est la même machine qui exécute l’opération. Regardez ces harpes de fils. Comprenez qu’à ce stade, le tissu existe déjà. Si le tissu est rayé, cette grosse bobine sera rayée. Il s’agit vraiment de la disposition finale. Cette étape de positionnement des bobines est donc cruciale pour le dessin final. Si un fil casse, la machine numérique le détecte automatiquement et l’ouvrière en poste recherche la cassure et fait un nœud plat. Quelle patience.

Une fois la bobine constituée, on va à la salle des métiers à tisser. Alors là, comment vous décrire. Imaginez un stade de foot immense, couvert, où il fait 50°c toute l’année et où des machines battent la mesure au point de faire vibrer le sol comme si un métro passé dessous. Inouïe. Environ 100 métiers se trouvent dans cette salle surveillée par une technicienne pour 6 métiers environ. Les métiers frappent environ 400 coups à la minute, ci-bien que le niveau sonore est d’environ 90 décibels. Les protections acoustiques sont obligatoires ! La salle est par ailleurs sous vide d’air pour empêcher les poussières de polluer les tissus. Des grilles au sol aspirent les résidus de tissu et des aspirateurs robots se promènent depuis le plafond pour aspirer l’air ambiant. Quelle aventure !

Les métiers à tisser de cette usine moderne ne travaillent plus avec des navettes qui distribuent le fil de trame d’un côté à l’autre du pan de tissu. La navette est remplacée par des bras pneumatiques (un de chaque côté) qui se rejoignent au centre pour s’échanger un fil. Les métiers les plus modernes utilisent une jet d’air pour se faire. L’électronique régule tout. La encore, si un fil casse, le métier s’arrête instantanément pour que la technicienne recherche la cassure et fasse un nœud (toujours placé sur l’envers du tissu).

Un métier fonctionne simplement : la bobine mère d’un côté et sa harpe qui entre dans le métier, des petites bobines placées sur le côté entre pour réaliser la trame (sur le principe de la navette qui va de gauche à droite) et un peigne tasse le tout (jusqu’à 400 fois par minute, si bien que vous ne voyez qu’un flou au niveau des peignes, ça va trop vite pour l’oeil humain). De l’autre côté, le tissu s’enroule sur une bobine finale.

Les rouleaux en sortie doivent faire 25kg environ, pour faciliter la manutention humaine. Certains pays ne respectent pas de ce bon sens. Le tissu passe alors un premier contrôle visuel et au toucher. Tous les métrages, oui ! Un travail fastidieux réalisé devant une forte lumière blanche.

Ensuite, le tissu va subir un lavage. Un lavage à l’eau sur de grandes machines semblables à celles employées dans la papeterie. A l’issue, on a une énorme bobine de tissu sec. On peut aussi faire un lavage sous vide au perchloréthylène (cette machine avec des tuyaux partout, un des deux seuls modèles visibles en Europe !)

Après le lavage, les tissus techniques avec des fibres artificielles (lycra, élasthanne, polyester etc) subissent une thermofixation entre des rouleaux chauffants (comme un grand four à biscuits) pour fixer les fibres en longueur et en largeur. Une étape très importante. Enfin, les traitements de surface sont appliqués. Cette partie intéressera les tailleurs. Avec une laine basique, on peut obtenir un panel de lainage différents, de terne à brillant en passant par feutré etc… jusqu’à 50% du travail de création d’un tissu est réalisé ici, sur une très large variété de machine. Des apprêts peuvent être déposés pour rendre lumineux le tissu. Le tissu peut-être battu par des barres de fer pour lui donner du gonflant. Sa surface peut être grattée avec des chardons métallique pour donner l’aspect flanelle etc. C’est sur ce point que se joue la match entre tissu anglais et italiens, les anglais aiment les tissus ternes, plus proche de la laine et les italiens l’aspect satiné. Les italiens de mauvais goût comme D&G par exemple adorent les tissus brillants (suivi dans cela par une foule de petites marques pas chères). Facile : le tissu est cuit en autoclave. Vous savez ce que ça fait lorsque vous oubliez le fer sur une veste, elle lustre. Et bah là, c’est pareil !

Voilà, la route est presque terminée. Les tissus sont enroulés de nouveau en rouleaux de 25m et un dernier et très important contrôle visuel et au toucher est effectué. Entre 1h et 10h par rouleau suivant le besoin. Les techniciens peuvent réparer des trous, couper les nœuds, remailler des points et disposer des sonnettes (petits brins de fils colorés) pour alerter d’erreurs non réparables et qui doivent ci-besoin être évitées à la coupe. La plupart des clients s’en fichent, sauf les clients allemands qui demandent trois niveaux de sonnettes (erreur légère, à placer au bon endroit pour que le vêtement ne soit pas altéré / erreur moyenne, à placer au bon endroit ou à supprimer suivant grade de qualité / erreur importante à supprimer ou à placer à l’intérieur du vêtement par exemple). La qualité allemande commence ici, c’est amusant.

Avant l’expédition, un rapport de tissage est réalisé pour le client. Des laboratoires (interne et externe) testent les tissus : respect de la couleur, toucher, déformation, élasticité, rétrécissement après lavage, résistance au fer à repasser, capacité à être cousu à la machine et à quelle vitesse,  résistance à la déformation, à l’abrasion, résistance à une déchirure amorcée (boutonnière par exemple), résistance en tension etc… (avec des protocoles européens ou américains, c’est selon).

Voilà, comme vous le voyez, que de technicité et d’ingéniosité. Que de ressources aussi pour alimenter boutiques et tailleurs en matière première. C’est sidérant. J’espère que ce voyage vous a intéressé. Il est, à mon avis, toujours très important de se cultiver des choses de la technique. Il me semble que la culture générale en France à propos de l’industrie est assez faible ce qui est dommageable. Voyez d’où viennent vos vêtements. Quel périple !

Sur ces entrefaites, je vous laisse vous reposer cet été et profiter pleinement du beau temps et du temps libre des vacances. Pour ma part, il reste un mois de travail avant celle-ci. Je rechargerai mes batteries pour mon retour en septembre !

Bel été, Julien Scavini

Visite des usines

5 juillet 2015

La semaine dernière, je n’ai pas pu faire mon article car je visitais l’atelier qui réalise mes costumes en demi-mesure. C’est l’occasion de vous faire découvrir comment est produit un costume à la chaine, quelles sont les étapes et les impératifs. J’ai aussi pu visiter une autre usine de tissage. Découvrir comment le tissu est créé fut passionnant et là encore, très très technique. Petit tour d’horizon commenté.

Première étape pour réaliser un costume, le tracé du patronage. En demi-mesure, la fiche saisie par le client est traitée d’abord par une assistante commerciale qui traduit la commande en langage d’usine (codification interne comme le type d’épaule, le type de toile, références tissus et fournitures, étiquettes et positionnement des poches, spécificités clients etc.). La commande passe ensuite entre les mains d’un technicien modéliste, qui à partir de la base standard va faire les modifications de dimensions et d’attitude dans l’ordinateur, sur un logiciel dédié. Le patron ainsi créé est conservé au nom du client. Il est imprimé sur un grand papier lequel est disposé sur le tissu pour être coupé. La coupe peut aussi être réalisée sans papier, directement par le cutter depuis l’ordinateur. Le tissu est étalé sur le ban de coupe et un film plastique est déposé, car la coupe se fait sous-vide, pour éviter que le tissu se déforme. C’est le cutter à guidée laser qui réalise les raccords de motifs (rayures et carreaux).

Le tissu est coupé. Mais il faut aussi couper les éléments annexes : doublures, fonds de poches, renforts divers, toile tailleur, feutre et toile de col etc. Une quantité de petits patrons est utilisée. C’est pour cela que des modifications diverses comme les fonds de poches, leur largeur ou la forme de la doublure sont compliqués à mettre en place à l’unité. Ce faisant, on crée une buche, c’est à dire un paquet constitué des éléments prêts à l’emploi sur la chaine. Une séparation se fait à ce moment entre les diverses chaines de montage : chaine corps veste, chaine manches, chaine pantalon, chaine gilet etc.

Ensuite, le montage commande. La première étape consiste à disposer des petits renforts collants sur le tissu. Un classique, même en entoilé intégral. Il faut ensuite réaliser les pinces sur les devants, puis les poches. Les rabats de poches sont réalisés grâce à des formes métalliques appelées matrices. Ces matrices coûtent très chères à fabriquer. Elles permettent de piquer les rabats avec une forme très régulière, à l’aide d’une machine à coudre dotée d’une crémaillère, qui pique toute seule. C’est pour cela qu’il est impossible de changer la forme du rabat par exemple. Les passepoils sont cousus par un automate à positionnement laser. La poche poitrine est aussi tracée par une ouvrière, à la main à l’aide d’un patron standard. Le rabat de la poche poitrine est préformé au fer par une ouvrière avec un petit gabarit.

La poche poitrine est piquée manuellement, ce qui demande à la couturière une grande dextérité, surtout pour les raccords. La poche plaquée est difficile aussi, il faut de nombreux gabarits papier. Une fois ces tâches effectuées, les devants sont terminés, ils sont repassés dans une presse en forme.

L’étape la plus importante, mais qui n’est pourtant qu’une petite parmi les 150 étapes pour réaliser une veste est la mise sur toile. L’ouvrière spécialisée est formée spécifiquement pour cette tâche. Il faut déposer la toile bien à l’aplomb, commencer par faire un grand point de bâti sur la pince devant, puis faire une succession de lignes de bâtis à divers endroits suivant un schéma ancestral développé par les tailleurs. Il faut évidemment placer des souplesses et des embus (trop plein de toile à l’épaule pour faire ‘avancer’ celle-ci, trop plein de toile au pied du revers pour faire rouler celui-ci etc, passement de tension de la cassure revers). La mise sur toile se fait de concert avec la machine ‘double plongeur’ qui fait les points invisibles pour faire rouler le revers.

A la suite de cette grande opération, il faut régler la pose de la garniture, c’est à dire le tissu intérieur au bord de la veste, qui revient sur le revers. C’est une autre opération très délicate, car de la minutie de la couturière dépendra la ligne de votre veste et la finesse du cran de revers. On trace au bic sur un petit renfort collé blanc pour mieux voir. Là encore, modifier la ligne du revers pose problème sur la chaine de production qui voit défiler entre 100 et 200 costumes par jour. Des techniques me permettent de vous proposer de faire varier la largeur du revers à l’envie. Mais pas la hauteur ou la forme par exemple. Une fois la garniture piquée, la couture devant veste est ouverte sur un ‘ouvre-fourreau’ à vapeur. Les doublures qui sont déjà là sont positionnées et recoupées. On assemble les deux devants avec le dos, et la veste émerge. Une contremaitre la bichonne et en vérifie les côtes.

Voilà, il ne reste plus qu’à piquer les épaules et le corps est là. Il faut alors monter le col. Ceux-ci sont préparés en amont, avec les bonnes dimensions. Car ce point est crucial. L’ouvrière en charge du montage doit faire preuve de beaucoup de minutie pour que votre veste soit belle. Elle vérifie systématiquement la symétrie par exemple.

Les manches arrivent ensuite d’une autre partie de l’usine et grâce à la magie des codes-barre, les deux se retrouvent. Il faut les piquer. Cette opération très très complexe demande des mois de réglages à l’usine et aux techniciens. Les crans de montage doivent être précis et nombreux. Les machines doivent être finement réglées pour avec un beau développé de la tête de manche. Pour passer l’embu, c’est à dire coudre plus de manche que d’emmanchure (toujours le même problème technique évoqué mille fois sur Stiff Collar), diverses machines existent : machine à double entrainement (haut et bas) ou machine à jet d’air comprimé pour faire avancer la manche plus vite. Une fois la manche posée, il faut terminer la mise sur toile de l’épaule, placer la cigarette (le boudin de tissu que l’on met en haut de manche pour la rendre volumineuse), adjoindre la petite épaulette (qui est fabriquée dans l’usine même) et préparer le rabattement de la doublure de manche, appelée mignonette. Je n’ai que peu de photos du montage à proprement parler, la méthodologie est top secrète.

Au détour de la chaîne, je vois un tissu Drapers qui me dit quelque chose. Je regarde dedans :

Voilà, il ne reste plus que quelques étapes, comme la réalisation de boutonnières, diverses coutures à la main et enfin le bichonnage, c’est à dire le repassage final dans les presses. Un travail presque aussi long que la réalisation de la veste, car un bon repassage compte beaucoup, tous les tailleurs vous le diront.

Il faut une bonne petite semaine pour coudre tous les éléments, même si en temps cumulé 5h suffisent à monter une veste. Les 200 ouvriers de la chaine, dans cette partie de la moldavie commencent leur journée à 6h du matin et la finissent vers 15h. C’est une tradition en Europe de l’Est où le travail aux champs l’après midi est monnaie courante. Dans l’usine, il fait entre 25 et 40°c à cause du nombre de presses à vapeur. Dehors, la température varie de -30°c à + 40°c, c’est une drôle de contrée.

Je souhaite que ce court reportage vous aura intéressé et fait voir d’une autre manière la confection et la demi-mesure de qualité. Un travail de longue haleine, qui demande des mois voire des années aux ateliers pour bien faire. Les étapes sont très nombreuses et les ouvriers tournent peu, car sont très spécialisés. Chaque jour chez Scavini nous avons le plaisir de livrer un costume sortant de cette chaine. Je m’y rends le plus souvent possible pour y mettre mon grain de sel et pour toujours mieux vous servir.

Dans quelques jours, la seconde partie de l’article sur la draperie que j’ai visitée.

Julien Scavini.

Le revers ‘faux trois boutons’

22 juin 2015

Le Pitti Uomo qui se déroule en ce moment est l’occasion de se pencher sur un petit détail particulier et si cher aux italiens, la veste ‘faux trois boutons’ ! Car derrière ce petit détail se cache en réalité tout un art ! Et une multitude de problématiques pour le tailleur et son client. Je constate en effet souvent que ces derniers hésitent sur le vocabulaire à utiliser pour demander ce détail. L’hésitation révèle aussi une certaine méconnaisse de ce qu’est une vraie ‘faux trois boutons’.

Revenons aux origines. Depuis quelques décennies il existe deux grandes catégories de vestes : deux et trois boutons. C’est simple :

ILLUS83La position du bouton est fixée par le point d’entrainement du revers. Ce point est situé en France chez les tailleurs classiques 2 cm au dessus du bouton principal ou du troisième bouton. On met 2 cm (entre A et B2 sur le dessin 1) pour donner au revers du ‘gonflant’, du ‘roulant’. Car si le bouton est au pied du revers, le revers va tendre.

Le long de cette ligne qui part au col, la toile tailleur à l’intérieur est bordée par un ruban droit fil qui permet de bien tenir la cassure (dessin 2) et de toujours la retrouver, même sans repère. Voyez cette photo. C’est à cause de ce ruban que l’on ne peut pas modifier une veste trois boutons en deux boutons. Car ce ruban bloque.

Cette ligne en biais définit donc le bord du revers. Ensuite pour maintenir ce dernier en place, on réalise le col avec un angle définie ( ° sur le dessin 3). Le col tire le revers, le force à rouler (différence en A’ et A »). C’est encore pour cela que l’on ne peut pas vraiment repasser une veste 3 boutons pour en faire une 2 ou l’inverse.

ILLUS83-3Voilà pour la théorie. Revenons au style. Durant la seconde guerre mondiale et même un peu avant, de grands acteurs d’Holywood, du cinéma en noir et blanc ont pris pour habitude de ne pas fermer le troisième et dernier bouton de leur veston. Au fil du temps et vous pouvez en faire vous même l’expérience, le point d’entrainement évoqué plus haut va avoir tendance à descendre un peu. L’effet trois boutons va s’amoindrir, car le col qui tend la ligne fait ouvrir un peu la poitrine (veste en tweed brun). Il en résulte un état un peu intermédiaire où la veste parait se fermer uniquement sur deux boutons, la troisième et dernière boutonnière était factice. Cet effet de style fut appelé ‘revers américain’.

Les italiens ont récupéré l’idée en réalisant, sur une veste vraie deux boutons, une troisième boutonnière, prise dans le revers. Cette boutonnière n’est pas réalisée sur l’endroit de la veste mais sur l’envers du revers, soit l’endroit si vous suivez. Alors, la boutonnière est ‘fausse’ et uniquement décorative (veste en tweed à carreaux). Elle ne sert qu’à donner une impression de trois boutons. Mais il est impossible de boutonner celle-ci, car cela va faire vriller le col. C’est dû à l’angle du revers.

ILLUS83-2La confusion vient de là. Voici toutes les variantes :

– veste deux boutons

– veste trois boutons, qu’il est possible de fermer jusqu’en haut ou au choix seulement sur le bouton du milieu. Auquel cas, la veste finira pour doucement s’ouvrir au niveau du troisième bouton. C’est la version que je vends le plus. Mais il s’agit vraiment d’une veste trois boutons, construite comme telle. Il suffit juste de laisser faire le temps. L’ouvrant est intermédiaire et en deux temps : un peu ouvert depuis le bouton central puis très ouvert vers le col.

– veste deux boutons avec une fausse boutonnière dans le revers. C’est la version italienne et un peu artificielle de l’effet. La plupart des clients qui me parlent de cette version pense en fait à celle du dessus. Les rares fois où je l’ai réalisé, ceux-ci ont été étonné du résultat. Et pour cause, l’ouvrant est deux boutons, donc assez échancré.

Si vous forcez une veste deux boutons en trois boutons, par repassage, le col va tirer, il manque un petit peu de tissu à l’angle °° sur le dessin 4. L’inverse est aussi vrai, si vous cherchez à ouvrir plus une veste trois boutons, le revers va pousser le col, celui-ci va décoller, il y a un excès de tissu.

ILLUS83-4

La nuance en grande mesure entre une veste trois boutons italienne et une française vient de la position du troisième bouton en haut. En France, les tailleurs placent le point d’entrainement du revers 2cm au dessus du dernier bouton (B »). Le revers et le col vont se placer ainsi en position trois boutons quasiment toujours sans beaucoup s’évaser avec le temps. M. Guilson pour ne pas le nommer tracerait ainsi car c’est ainsi, point ! Les italiens sont plus décontractés sur ce point. Ils n’hésitent pas à placer le point d’entrainement sur le bouton (B’), voire même un peu avant. L’effet est immédiat, le revers roule sur le bouton. S’il n’est pas boutonné, hop l’effet évasé apparait. Magique !

ILLUS83-5

La laine froide

15 juin 2015

Lorsque les températures montent, il est intéressant de se pencher sur les moyens de rendre plus ‘vivable’ le costume. Il est bien sûr possible de passer de la laine au lin par exemple. Mais cette dernière matière se prête assez mal à une utilisation ‘business’. Et la laine reste toujours la matière qui a le meilleur rapport finesse / solidité. La laine est légère, la laine est solide, la laine froisse peu et possède de très bonnes qualités thermiques. Faut-il encore adopter la bonne laine.

Pour l’été, les drapiers ont inventé il y a déjà très longtemps les laines froides, autrement appelées fresco. Penchons nous sur cette dénomination qui parait encore mystérieuse pour beaucoup.

Petit rappel d’abord, un tissu se tisse grâce à deux fils. Un qui est ‘vertical’ et l’autre ‘horizontal’. Ces fils s’entrelacent à 90° pour créer un tissu. Quand un fil horizontal passe au dessus d’un fil vertical et juste après en dessous d’un fil vertical et que ce motif très simple se répète, vous obtenez une armure toile. Armure = type de tissage. Si l’entrecroisement est plus complexe et donne pour effet de créer des côtes diagonales, on parle d’armure serge. Si l’armure est encore plus complexe, on peut obtenir un satin (non le satin n’est pas une matière). Ces armures peuvent être utilisée pour tisser différentes matières : toile de laine et ou toile de soie (souvent appelée taffetas alors), serge de laine ou serge de coton, satin de viscose ou satin de soie, par exemple.

armuresLa serge fut développée car elle est solide et résistante. Elle s’use assez difficilement et résiste aux éraflures. La toile est beaucoup plus fragile, car plus lâche. Mais elle permet plus d’aération, c’est pour cela que les laines froides sont le plus souvent réalisées dans une armure toile. L’air passe à travers. La peau respire et garde sa fraicheur (si la veste est entoilée et non thermocollée bien sûr). Voyez la transparence dans les photos plus bas. (J’ai volontairement laissé la lisière du coupon pour comprendre l’échelle).

Ainsi, vous allez me dire, toutes les laines tissées en toile sont des laines froides, des fresco? Et bien non. Car il existe des toiles d’hiver au demeurant très jolies. Ce qui va faire la différence, c’est le travail sur le fil avant le tissage du tissu.

Premièrement, la fibre de laine utilisée provient souvent du mouton mérinos. Les professionnels parlent à son sujet d’une frisure exceptionnelle. Car elle est revêche, elle ne se plie pas facilement. Les tissus en mérinos possèdent un gonflant remarquable, ils drapent bien et possèdent une grande élasticité naturelle. Ainsi, une simple passage à la vapeur permet de défroisser un lainage mérino.

Deuxièmement, les laines froides ne sont pas constituées de fibres haut de gamme type super 120’s et supérieur. Petit rappel, plus la fibre est longue, plus elle est fine au toucher et donc douce. Le chiffre super XXX’s vient de là. Plus le chiffre est grand, plus la qualité au toucher est soyeuse. Mais plus la laine est fragile aussi. C’est pour cela que les laines froides sont plutôt réalisées dans des fibres courtes et rugueuses, super 60’s, super 80’s et rarement plus de super 100’s.

Troisième point, les fils constituant les laines froides sont tordus, vrillés avant tissage. Cet effet mécanique donne au drap de laine la propriété de ne pas ou peu froisser. Le tomber est toujours impeccable, c’est pratique pour les clients qui voyagent beaucoup. En plus d’être vrillés, ils sont souvent vrillés par paire, tissus appelés ‘high twist’, pour créer des fils ‘double retors’, vous connaissez le terme.

Voici dont les trois caractéristiques d’une laine froide aussi appelée fresco. Les poids sont ensuite importants. Comme l’armure toile n’est pas trop solide, il vaut mieux privilégier les gammes 260 (comme Cape Horn lighweight de chez Holland & Sherry) à 320grs (comme Crispaire du même drapier). Les tissus plus fins (vers 240grs et moins) sont légions mais je ne leur fais pas confiance. Les anglais adorent les toiles lourdes de plus de 340grs, mais il ne faut pas exagérer tout de même.

Les laines froides, à cause de l’armure toile, sont souvent sobres dans les dessins. Car le tissage toile ne permet pas de réaliser une infinité de motif. C’est ainsi que l’on trouve beaucoup d’unis et de fils à fils, appelés parfois ‘petit moulinés’ dans les liasses italiennes comme celles de Vitale Barberis. Les rayures sont bien présentes ainsi que les Princes de Galles. Inutile en revanche de chercher un caviar ou un chevron. Les petits pieds de poule sont très appréciés dans anglais, ainsi que les ‘nailshead’.

Quand la toile de laine est un peu grossière, les américains appellent cela un ‘hopsack’.

 Lorsque la toile ne possède pas toutes l’un des trois caractéristiques décrites avant, le drapier peut aussi faire une laine froide en ayant recours à un artifice, comme par exemple l’association de deux fils épais, non vrillés mais simplement accolés en parallèle, pour créer un dérivé de la toile, le natté. Le natté est très beau mais fragile. Ses ‘mailles’ peuvent s’accrocher facilement mais il est ultra aéré ! On ne peut réaliser de pantalon dans cette matière. (Un cousin du natté est le reps, souvent en soie, qui raye très facilement, souvenez vous des cravates Arnys).

Enfin, en sortant légèrement de la catégorie stricte des laines froides, on trouve les mélanges laine et mohair. Le mohair est le poil de la toison de la chèvre mohair. C’est un poil très rêche, très retors, assez rugueux ou toucher mais qui a la qualité d’être très solide et infroissable. Avec le mohair, on peut ainsi créer des tissus à l’armure très aérée et à la résistance à toute épreuve. Mais le mohair est rêche et pique. C’est pourquoi les fabricants ont souvent recours au ‘kid mohair’, le poil des petites chèvres jeunes. Mais cette matière est plus couteuse. On utilisait auparavant le poil de l’alpaga pour sa douceur.

Les mélanges laine mohair sont souvent un peu brillants et très lumineux au soleil. On utilise jamais plus de 30% de mohair. Parfois même, la toile laine mohair est double retors, ce qui signifie que le tissu est indestructible ! Mais raide.

Enfin, si l’on ne veut pas de laine froide et que l’on préfère un tissu plus solide, il est possible d’utiliser une gabardine de laine. Si elle est réalisée en mérinos, elle peut être très très légère. Et dans une quantité de couleurs… voyez cette liasse de Bateman Ogden :

Bonne semaine, Julien Scavini


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