Soirée Stiff Collar

26 septembre 2014

Messieurs et mesdames,

comme évoqué récemment, j’ai l’honneur de vous inviter le Mercredi 15 Octobre,

entre 18h30 et 21h30,

à la boutique, Scavini, 50 bd. de La Tour-Maubourg, Paris 7ème,

Métro 8 LA TOUR-MAUBOURG.

A4 Portrait _ Master Layout

J’ai un gros stock du livre ModeMen et le signerai volontiers !

N’hésitez pas à répondre en commentaire si vous venez !

Emboitement et emmanchure

21 septembre 2014

Confectionner une veste pour un client exige beaucoup de travail et des mesures précises. Cela demande aussi de comprendre ce dernier, et encore plus, d’arriver à le faire parler sur ses goûts, ses envies et son ressenti, peut-être le point le plus important.

Les longueurs sont un point crucial, longueur du corps d’abord, longueurs  des manches ensuite. Mais ce sont des points stylistiques. Il y a ensuite le niveau de cintrage, un point stylistique qui mêle aussi le confort. Car il faut pouvoir respirer dans une veste, il faut aussi pouvoir la fermer. ll faut aussi prévoir les éléments que le client va mettre dans les poches intérieures. Qui plus est, les vestes entoilées supportent moins bien les cintrages forts que les veste collées. Le tissu n’étant pas rigidifié (par le thermocollant) mais seulement accompagné (par la toile), la nuance est importante, il a tendance à se comporter naturellement. Aussi, le fameux X décrit dans la documentation spécialisée se produit plus rapidement avec une veste entoilée, parfois même pour un simple cintrage. C’est plus souple ! Sauf à utiliser une flanelle de 400gr, mais ce n’est pas forcément l’envie commune. Et puis le corps gonfle dans la journée…

Attention aussi à votre physique. Si vous avez les épaules larges et hautes, ou la tête assez forte, une veste trop cintrée pourrait vous donner l’air d’un bilboquet !

Un peu plus haut que le cintrage, il y a la poitrine et le raccord des manches. Ici, l’étude doit être approfondie et le tailleur ne trouvera pas forcément le ton juste dès la première veste. Car devant, le long de l’emmanchure, au dessus du poitrail, le niveau de drapé du tissu peut-être modulé, c’est ce qu’on appelle l’emboitement ! La veste peut ainsi plus ou moins serrer le flanc pour tourner et passer sous la manche. Laisser un peu trop de tissu aura tendance a visuellement gonfler la poitrine. En retirer juste un peu trop pourra faire ouvrir le revers. Et ce point se commande difficilement, passant de trop à trop peu assez rapidement.

ILLUS56

Les tailleurs s’écharperont tous sur le sujet. Certains aimeront laisser un peu de gras, d’autres préféreront tendre la ligne pour emboiter le flanc. Un travail spécifique de la toile et de la courbe d’emmanchure sera alors réalisé. La toile pourrait être par exemple piquée en même temps que la manche dans sa partie basse et courbée, et être bâti souplement dans sa partie haute avec l’épaulette. D’où une certaine rigidité au galbe mais une épaule qui avance souplement.

Se sentir tenu au bord du flan et sous la manche peut être ressenti comme un avantage (pour une majorité de clients actuels) ou une gêne (principalement pour les clients au delà de 50ans ou ceux n’ayant pas l’habitude).

Ce point de précision est complété par l’emmanchure haute. Plus elle est haute, plus le confort dans les mouvements est intense. Mais cela peut être ressenti comme une véritable gêne. Je ne joue pas trop avec ce point, préférant une version entre deux. Car l’emmanchure haute demande une réelle habitude. Elle se sent et peut faire transpirer plus. De là découle une usure rapide des doublures sous l’effet de l’humidité acide.

Les messieurs d’un certain âge préfèrent quant à eux une emmanchure profonde et un emboitement au large, pour ne pas sentir la veste. Ils y trouvent une plus grande liberté de mouvement, le tout soutenu par une épaulette cantilever. Tout l’inverse de l’affection italienne pour l’emmanchure haute et l’emboitement serré. Mais au fond, chacun ses goûts !

Bonne semaine, Julien Scavini

Signature ?

18 septembre 2014

Mes chers amis,

peut-être ne le savez vous pas, mais je ne suis pas très bon gestionnaire de mes Relations Publiques (même si je peux donner le sentiment inverse). J’aime bien le calme de ma boutique ou de ma chambre, devant mon écran à vous écrire. Seulement, nombreux sont les lecteurs qui me poussent à organiser une petite soirée dédicace…

Alors soit, je pensais un des premiers mercredi soir du mois d’octobre ? le 15 ? Qu’en pensez vous ? Je suis à l’écoute :) Ma boutique n’est pas bien grande, mais si le temps le permet, le trottoir est très large !

JS

Une veste en Grande Mesure – 2

14 septembre 2014

Après avoir découpé, marqué, puis surfilé certaines pièces, on coud! Première étape, le milieu dos (une facilité déconcertante) et les pinces devant, plus ardues. Ces pinces se trouvent au milieu du buste et commencent juste sous la poitrine. Elles sont une invention plutôt récente, disons de l’après guerre pour faire simple. C’est la première étape du cintrage.

Cette pince a un sommet, où elle meurt, et une fin où elle ne meurt pas, c’est à dire où sa valeur de retrait est conservée. Les moins couturiers auront du mal à comprendre, les plus expérimentés me suivent. Donc cette pince, qui débute à 0 d’un côté retire progressivement 2m. Comment résorber ces 2cm? Et bien voilà la grande invention des tailleurs : le mariage, saignée horizontale qui décale le panneau haut du devant par rapport au panneau bas, et que l’on masque… par la poche passepoilée. Vous comprendrez mieux en image, que voici.

Bref, une fois la pince réalisée (il existe plusieurs méthodes et toutes cherchent à compenser le haut de la pince, là où elle meure, pour éviter la petite bulle dans le tissu), on l’ouvre au fer. En tailleur, le repassage des coutures se fait en deux temps : on ouvre à la pointe du fer sec, puis on écrase, sans pattemouille mais avec de l’eau si l’on est sur l’envers. On laisse le fer pour ‘cuire’ la laine, cette dernière est revêche !

Après la pince, le petit-côté se raccorde au bord du devant, simple opération malgré une couture en contre-courbe. On clôt aussi le mariage, que l’on a contrôlé auparavant (pour ne pas avoir d’espace entre les deux lèvres).

Le devant est terminé. Vous pouvez aussi voir à quoi servent les crochets tailleurs (les fameux points de marques symétriques). Ils servent à voir le dessin final malgré les marges de couture généreuses et utiles aux essayages !

 Ce devant, pour être rigidifié doit être soutenu. Il doit y avoir une structure interne. La technique moderne consiste à thermocoller le devant et ceci directement à la coupe. Pour ma part, j’utilise seulement le thermocollant dans les rabats de poche, sous le mariage à l’emplacement futur des passepoils et aussi des boutonnières main, ainsi que ça et là, pour x ou y raison.

Pour ma part, je travaille à l’ancienne, j’entoile! Ah l’entoilage, quel poème. Ce dernier permet 1- de rigidifier le devant 2- de supporter le poids des choses que l’on met dans les poches. C’est en effet la toile qui récupère le poids, car les fonds de poches y sont cousus. Et le fait que la toile soit en laine et simplement posée sur le tissu et non collée garde toute la souplesse au tissu. Le tissu respire, le bonhomme aussi, la veste vieillit mieux, le bonhomme aussi !

Cette toile est constituée d’un grand pan de toile proprement dite, la plupart du temps 100% laine. Cette toile en droit-fil va de haut en bas et reprend grossièrement la forme du devant (en étant un peu moins large). Au niveau de la poitrine jusqu’à l’épaule, cette toile est renforcée par une ou plusieurs couches, les plastrons, la plupart du temps, un mélange de laine et de crin de cheval ou de crin de chèvre, pour le côté ressort. Ce point est particulièrement important pour garder à vie un joli bombé sur la poitrine. Enfin, une couche de ouate recouvre les plastrons, qui sont capables de piquer à travers la doublure.

Pour lier les couches, il est possible de faire une multitude de points de chevrons, chose que j’ai expliqué il y a bien longtemps. Pour ma part, j’aime acheter des toiles préfabriquées, à la bonne taille. Les matières sont tout de même nobles et cela me fait gagner du temps. Elles sont à la fois fines et rigides, j’aime ça.

L’entoilage est une étape délicate que je ne saurais expliquer en détail. Il faut placer le tissu du devant sur la toile, en s’assurant que le tissu de la veste est bien tendu. Il faut nettoyer comme on dit en tailleur, c’est à dire tendre sur le bombé du torse. En revanche, à d’autres endroits, il faut mettre plus de tissu que de toile, pour créer des embus. La mise sur toile se doit d’être impeccable ! La taille doit être bloquée, tout comme une ligne verticale passant près de la pince. D’un tailleur à l’autre, les mises sur toile varient, mais ces deux lignes de bâtis restent. On repasse.

Je contrôle la mise sur toile le lendemain, après repos et sur le mannequin, pour vérifier le droit-fil et l’aspect général qui est très important. Il faut que ce soit beau ! Et aussi joli que les industriels, sinon à quoi bon le faire à la main si c’est pour avoir quelque chose de moche !

Il n’y a plus qu’à assembler les deux devants avec le dos. Ces étapes de bâtissage sont importantes. Il faut coudre de manière temporaire aussi bien que de manière définitive. Car à l’essayage, il faudra de la précision pour voir les défauts. Donc, on bâti finement, proprement, en respectant bien les valeurs de couture et les relarges s’il y en a. Il faut mettre en place la toile parfaitement à l’épaule, puis une petite épaule qui sera là à la fin. Oui la pente d’épaule dépend de l’épaulette, il ne faut pas l’oublier. Celle-ci est en ouate et fait 1cm d’épaisseur.

Une veste avec épaulette même fine est toujours préférable à rien du tout. Le tombé est meilleur, la clavicule se place mieux. C’est aussi plus simple pour le tailleur qui sinon s’arrachera les cheveux !

Voici le corps. Je vais maintenant fabriquer les manches. C’est assez simple. Il faut commencer par coudre la couture avant de la manche, appelée composé de saignée. Un peu technique, mais les techniciens comprendront : la manche est courbe. Mais la couture n’est pas sur cette courbe, elle est 2cm derrière. Dès lors, pour éviter que la manche tire ou vrille, il faut étirer, détendre le tissu du composé de saignée au fer. Le repassage de cette couture se fait toujours sur le même schéma, dessus de manche plissé trois fois pour la courbe. Je monte vite fait le bas de manche après.

Le dessous de col est réalisé avec un sandwich de feutre de laine et de toile de lin très rigide. Le patron papier ébauche une forme très généreuse. Le sandwich est lié par des points de chevrons, toujours les mêmes, qui traversent à peine pour ne pas être vus. Une fois cette tâche ingrate terminée, on détend le tout au fer (la toile de lin est en biais, le feutre n’a pas de sens !) D’abord on casse le col contre son pied de col, puis on détend la courbe pour l’allonger.

Quand les accessoires sont là, petit bâti rapide du sous col en place (il faut y rentrer de l’embu aussi) et raccord aux futurs revers, et mise en place des manches avec une cigarette pour apprécier le volume de tête de manche.

Le veston est prêt pour le premier essayage ! En tailleur, jamais de toile, direct dans le tissu. Les hommes ne varient pas beaucoup dans leurs mesures, aussi le patron tombe juste. Si toutefois le tailleur pensait son client plus mince qu’il ne l’est, il agrandit avec les relarges judicieuses. Et il faut aussi noter que la toile de coton est une cochonnerie qui ne partage aucune qualité avec la laine. Raide, elle se travaille mal et ne permet pas vraiment de mettre des embus.

Voici l’essayage, je ne suis pas tombé trop loin de l’arbre ! Il faut dire que mon honorable client expérimente ma petite mesure italienne depuis 3 ans ! Je contrôle le cintrage, l’horizontalité de la veste, sa symétrie droite et gauche et le cas échéant son asymétrie si le client est bancal, l’aisance générale, le placement des épaules, l’aisance de la manche et l’aplomb de la manche !

Ensuite, je démonte ces dernières ainsi que le col, je remets à plat l’ouvrage pour faire les corrections et les noter également sur le patron, pour les fois prochaines.

J’emballe tout pour expédier à mon ouvrier, avec une fiche détaillée et des morceaux du patron de base. Celui-ci va réaliser les poches, les revers, mettre en place la garniture ainsi que les doublures. Bref, tout le travail du corps, c’est le travail de l’apiéceur ou du façonnier. La veste me revient, nous sommes à un stade plus avancé ! Il me faut maintenant songer à la suite, rebâtir les manches avant de terminer.

La suite du roman sera donc pour plus tard, quand le client aura essayé cela… :)

Une veste en Grande Mesure – 1

7 septembre 2014

Les semaines à venir, je vais vous présenter un travail de grande mesure que j’ai mené au mois de Juin, et qui continue encore, au rythme des essayages du client.

Pour ce dernier, presque un ami, j’ai accepté après moult discussions de passer à l’étape supérieure, la grande mesure ! Cela signifie que j’allais réaliser dans mon atelier (avec des aides) un vêtement cousu main, de A à Z. Un travail de longue haleine et surtout périlleux. Car si la réussite donnera au client entière satisfaction, ainsi qu’à moi-même, l’échec sur un travail aussi minutieux peut être rageant, au mieux décourageant.

Bref, pour cette première veste sport après de lointains essais (ICI), mon estimable client a arrêté son choix sur un natté Vitale Barberis Canonico. 280grs, donc un tissu pas trop léger. C’est mieux pour un premier essai main. Les tissus plus légers, comme 230grs ne me donnent aucune satisfaction, même quand façonnés par les plus grandes manufactures de costumes.

La première étape consiste à collecter les éléments de la veste :

  1. le tissu
  2. la doublure, en l’occurrence une veloutine changeante de chez Lafayette Saltiel
  3. la doublure de manche (mignonette)
  4. fil de couture et cordonnet pour boutonnière, fil de bâti (coton blanc)
  5. boutons de corne
  6. percaline (coton pour fonds de poches) et bougran (coton renfort divers)
  7. un peu de thermocollant pour des endroits précis, à minima.
  8. les toiles tailleurs (toile, plastron, crin, ouate etc…)
  9. épaulette ouate
  10. feutre de col et toile de lin pour col

Je ne crois pas avoir oublié quelque chose dans cette liste. Ensuite, il faut dresser un patron. Pour ce faire, j’utilise encore mon logiciel d’architecture pour tracer. Je peux ainsi, à loisir, modifier mes tracer et les regarder, les observer pour sentir telle ou telle courbe, tel ou tel détail. Ce patron, je le fais tirer sur un A0, une grande feuille. C’est très précis ainsi. Je découpe les pièces :

  • A- Devant (comprenant une pince, une courbe en bas, un revers avec emplacement de col en haut)
  • B- Petit-côté (qui se raccorde au devant et se voit greffer la poche côtée)
  • C- Demi dos (qui comme le petit côté se voit adjoindre les fentes)
  • D- Dessus et dessous de manche.
  • + des petits patrons pour les rabats de poche par exemple.

La première étape consiste à préparer le tissu. Celui-ci arrive du stock mal plié. Ainsi, il convient de le remettre en place, endroit contre endroit, lisière contre lisière. La lisière est le bord du tissu avec des écritures. Les tissus font en général 140cm de large. Ce repli en deux vous donne un tissu ‘dossé’ de 70cm de large. Ce tissu a besoin d’être décati. En effet, durant le tissage, les tissus sont tendus et enduits d’apprêts. Et sous l’action future de la chaleur et de l’eau, le tissu pourrait rétrécir. Pour se prémunir contre ce risque, il convient de décatir le tissu, c’est à dire le passer avant coupage à la vapeur. Un bon coup de vapeur suffit. Les tissus d’aujourd’hui bougent certainement beaucoup moins qu’avant!

Une fois ce travail effectué, on place les patrons. Comme je n’ai qu’une veste et beaucoup beaucoup de tissu (on sait jamais!), je prends mes aises. Un tailleur plus expérimenté saura mieux rentabiliser son achat. Les patrons doivent être placés dans le droit fil. Le tissu a un sens (l’horizontale et la verticale) qui dépend des fils qui le composent. Le sens vertical est appelé droit fil. Les patrons sont tracés en prenant en compte l’aplomb naturel du tissu. Donc, le droit fil du patron doit toujours être parallèle aux fils verticaux du tissu. Ce placement est essentiel, comme la mise en place du tissu dossé, pour couper d’un coup droite et gauche en symétrie.

Après un placement correct, il faut tracer à la craie. D’abord détourer les patrons. Ensuite marquer les crans de montage pour la suite. Puis retirer les patrons et tracer les éléments cachés, poches, pinces. Enfin, il faut ajouter des relarges, c’est à dire des valeurs de couture en plus, pour par exemple modifier le cintrage ou augmenter la largeur d’épaule. 2cm en plus, à certains endroits est classique.

Après avoir tracé, on coupe ! Avec un ciseau de coupe, c’est à dire un grand ciseau, c’est plus facile et en faisant de grandes saignées avec les lames, pas de hachage ! La lame fine est vers le bas, la plus haute vers le haut. La pointe de la lame fine reste sur la table. On ne bouge pas trop le tissu en coupant sous peine de déplacer les couches, que l’on aura tout de même épinglées.

Ce travail chez les tailleurs est réalisé par le détacheur. Ce dernier détache les pièces du vêtements et les empile pour l’ouvrier suivant. Les pièces une fois découpées sont marquées (Notam, il est aussi possible de marquer avant la coupe comme je l’ai fait). Le marquage consiste à réaliser avec le fil de bâti des ‘crochets’, plus simplement, des bouclettes. Vous passez un fil vers l’avant, en laissant du mou à chaque point. Ainsi, après découpe, en écartant les deux couches, vous obtenez un devant droit et un devant gauche, marqué au même moment. Ces marques resteront par la suite, car vous coupez les bouclettes entre les deux couches.

Lorsque toutes les pièces ont été découpées, marquées puis séparées, il faut surfiler les valeurs de coutures les plus fines, celles où l’on a pas ajouté de relarges, car exemple les coutures petit-côté et devant, la pince, les emmanchures etc. Ce surfil rapide se fait à la main, c’est plus simple, plus fin, et plus propre. Les points ne sont pas trop petits !

Il faut ensuite penser au montage, nous le verrons la semaine prochaine !

Bonne semaine, Julien Scavini

ModeMen, le livre de Stiff Collar !!

4 septembre 2014

Cher(e)s ami(e)s, enfin ! Après deux ans à écrire et à dessiner, mon pavé est enfin sorti ! Il s’intitule ModeMen, aux éditions Marabou.

Je suis très heureux du résultat. Légèrement inspiré des ouvrages de Bernhard Roetzel, j’ai reconditionné des articles publiés ici, mais largement revus et corrigés ainsi que des nouveaux. Ils sont organisés par chapitre : la chemise, les pulls, les vestes, les accessoires etc.

Le fil conducteur du livre est Antoine, jeune homme fraichement diplômé qui débarque en entreprise, et se rend vite compte que le jean basket, ça le fait pas !

MODEMEN

Évidemment, le propos est entièrement illustré ! Pas de photos, seulement des dessins.

Je vous laisse le découvrir, sur Amazon ou La Fnac, au prix de 16€90. J’en aurais aussi des exemplaires en vente à la boutique, que je pourrais évidemment signer !

Inspiration et éducation

1 septembre 2014

L’une des principales difficultés lorsque l’on se rend chez le tailleur, en particulier la première fois, et d’appréhender le choix du tissu. Et oui, choisir le tissu de son costume sur un petit coupon de quelques centimètres n’est pas simple. Le choix se révèle un peu plus facile lorsque des costumes d’autres clients sont là, à côtés en train d’attendre leurs livraisons.

Le choix peut s’avérer aussi très difficile pour les novices en ce qui concerne par exemple la forme et la position des poches. Tous les détails représentent alors une difficulté.

L’inspiration ! Être inspiré ! La question du désir se cache dessous. De l’envie. Comment faire naître cette envie ? Par la connaissance. Le savoir permet de palier aux difficultés des premières commandes. Des blogs comme Parisian Gentleman, Milanese Selection, ou le mien aident. Les magazines le peuvent aussi, The Rake, GQ ou Monsieur. Surtout les publicités d’ailleurs. Je propose également aux novices peu sûr d’eux d’aller taper des mots clefs dans Google Image. Le défilement des propositions permet de se faire une idée plus précise.

Seulement, il faut prendre une décision. Une décision financière d’abord, qui à cause du coût peut parfois rebuter. Une décision de style ensuite. Et c’est peut-être là qu’est la plus grande difficulté. Car pour beaucoup, jeunes et moins jeunes, il est aisé que le choix vienne d’ailleurs. Je prends l’exemple des poches à rabat par exemple. Plusieurs fois, des clients n’en ont pas voulu, sous le même prétexte énoncé par l’un d’eux en particulier : « je ne suis pas sûr de les assumer ».

Je me suis longuement interrogé sur cette formule tranchante. Elle m’a laissé pantois mais n’a cessé de me travailler. Assumer ! A – ssu – mer ! Pourquoi ? Ces rabats ne sont pourtant que l’entrée d’un temple du classicisme. Tout l’inverse d’une invention délirante ! Est-ce l’expression d’une frilosité ?

ILLUS55

Et puis je me suis dit, mais non. Ce n’est pas la faute du client qui n’arrive pas à choisir. C’est la mienne. Faute de n’être qu’un tailleur. C’est à dire un professionnel qui écoute et non dicte. Qui laisse le choix ! Erreur de ma part. Choix et libre pensée sont-ils tout à fait de ce monde ? Ou le monde est-il celui du préconçu voire du tout cuit, un monde vestimentaire où c’est le styliste- star fait l’œuvre.

Quand Paul Smith ou Agnes B inventent des dispositifs, des coutures spéciales, des formes bizarres, le questionnement change. Car s’ils le font, c’est bien. Mais attention ! La fantaisie se doit de rester discrète !

La boutonnière de revers colorée (voire deux boutonnières) sur une veste noire fade plutôt qu’une veste pimpante en tweed à carreaux colorés ?

Alors certes, chaque client n’est pas un styliste-star en herbe. Chaque client n’est pas obligé de se sentir créateur pour se faire confectionner une veste. Alors comment faire ? Précisément en revenant aux classiques, en les apprenant puis en les ré-interprétants. Bref, en s’éduquant.

S’éduquer à un sujet, c’est s’éloigner des stéréotypes, des poncifs, de la platitude, bref du vulgus, au sens latin : s’éloigner de l’Ordinaire. L’ordinaire, tout le contraire d’une visite au tailleur !

Bonne rentrée. Julien Scavini.

C’est l’été

14 juillet 2014

C’est l’été, et donc les vacances. Si mon activité professionnelle continue encore quelques temps, le blog lui se met au repos après une année bien chargée ! Je vous dis donc à tous et à chacun : bel été, bon repos ! Je vous laisse en compagnie de l’orchestre du Titanic, qui interprétera pour vous quelques rag time pour faire passer le temps …

TITANIC

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Réhabilitons la chemise à manches courtes

7 juillet 2014

Décidément, je vais me faire taper dessus par les puristes, mais comme je suis assez têtu je vais comme l’année dernière en remettre une petite couche sur la chemise à manches courtes, la bien nommée… Eh non je ne dirai pas son nom, qui à mon avis galvaude déjà l’idée, le suffixe sonore -zette n’aidant vraiment pas. Mais d’où vient donc cette haine de la part des élégants pour la chemise à manches courtes ? Les anglais qui sont des maîtres de l’élégance ne l’étaient-ils pas aux Indes, en Égypte ou ailleurs sous des chaleurs humides écrasantes ? Nos militaires ont-ils l’air ridicules vêtus de la sorte l’été ? Je m’interroge encore, d’autant que des années 20 à 60, il était tout à fait commun d’en porter. Les américains en étaient très friands ; les acteurs d’Hollywood (il me semble avoir déjà vu Cary Grant ainsi) ou des présidents américains en portaient.

Alors certes, la chemise à manches courtes ne se porte pas avec une cravate, ni même avec un costume. C’est d’abord et avant tout un vêtement décontracté. Avec le col boutonné sous une veste, oui c’est assez ridicule. Mais seul, cela peut être d’une grande élégance. Le col doit rester ouvert. D’ailleurs les militaires ont sur leurs chemises manches courtes des cols requins, dépourvus de boutons de col, qui s’ouvrent largement et sont écrasés sur les côtés.

Questions détails, la chemise manches courtes possède assez souvent une poche, pour y glisser les lunettes (ce qui est mieux que de les abimer en les coinçant dans les cheveux). Elle peut présenter à la base des manches des revers, avec parfois une patte de boutonnage, détail issu des chemises type sahariennes. Cette patte peut être remplacée par une épaulette boutonnée pour les modèles plus sports.

Elle peut se porter à mon avis de deux manières. Un de mes clients (d’un certain âge) se présente toujours à mon échoppe l’été, vêtu d’élégants pantalons clairs à double pinces. Il rentre sa chemise dans le pantalon, et additionne l’ensemble d’une belle ceinture de cuir marron, parfois tressée ! Ses chemises manches courtes de chez Charvet sont toujours en popeline blanche et quelques fois en lin. Il respire la décontraction. Il est aussi possible de porter la chemise manches courtes hors du pantalon. Ceci est particulièrement adapté pour cacher un peu l’embonpoint. Car oui, les hommes peuvent avoir de la bedaine et éviter l’effet saucisson peut être salutaire parfois. A ce moment là, la chemise doit être coupée avec un bas horizontal et fendue sur le côté.

ILLUS54

Et au fond, réfléchissons bien. Quand il fait très chaud, que porter? Une chemise à manches longues que l’on retrousse ? Idiotie, car le roulé comprime alors le biceps, empêchant l’air de passer, on a alors encore plus chaud. Un client me disait récemment que la chemise manches courtes présentait le désavantage d’un polyvalence restreinte. Oui, mais on ne fait pas sa vie sur 4 chemises. Je possède une quinzaine de chemises à manches courtes (popeline blanche, bleu gendarme, rayé blanc/bleu ou à carreaux, certaines en lin) que je ne sors que l’été. Le reste de l’année et surtout l’hiver j’ai quelques coloris très différents. Et puis à Monoprix, les chemises manches courtes bien coupées ne valent pas très chères…

La chemise manches courtes à l’extrême avantage de faire circuler l’air sous les bras et le long du corps. Par ailleurs, comme elle s’enfile par le devant et se boutonne, même lorsque l’on transpire fort, elle reste facile à retirer. J’ai déjà expérimenté le polo dans de telles circonstances, il faut alors se débattre pour en sortir. Le jersey petit piqué à de ce point de vue beaucoup de progrès à faire. Il est assez lourd et prend l’humidité, à la différence d’un tissu fin de coton. D’autres désavantages du polo sont son aspect saucisson sur les corps pas trop musclés et un pied de col très bas difficile avec certains physiques, comme les cous longs. Un ami me dit récemment que la chemise manches courtes n’est pas chic. Lui porte des polos avec un gros logo brodé dessus. Mais enfin de qui se moque-t-on? La chemise à manches courtes doit en plus se repasser, signe d’un certain train de vie estival. Alors que le polo sèche sur un cintre seulement.

Enfin il y a le t-shirt, mais je vous laisse dresser la liste de ses défauts d’élégance…

Bref, pour ma part, je continue de porter mes chemises à manches courtes, elles sont tellement fraiches quand il fait chaud. Et regarde amusé mes contemporains retrousser leurs manches ;) Je vous laisse y réfléchir d’ici la semaine prochaine, pour un dernier billet illustré qui marquera la fin de la saison !

Bonne semaine, Julien Scavini

La laine solaire

30 juin 2014

L’été, lorsqu’il fait chaud – ce qui est assez loin d’être atteint cette année – la question vestimentaire devient cruciale, surtout si vous devez être habillé classiquement, j’entends par là le contraire de la combinaison t-shirt et pantacourt. Le port du costume peut même devenir une vraie plaie si les températures grimpent trop. Je me souviens à ce titre d’un agent revenant du Pitti Uomo l’année dernière à Florence qui m’avait amusé en parlant de, je cite, tous ces gugusses sappés en croisé sous 35°c à l’ombre. Le-dit agent vendait du sportswear, ceci expliquant peut-être cela.

Et en parlant de Pitti, l’une des grandes trouvailles depuis deux ans maintenant dont on parle partout est le Solaro. A ne pas confondre avec le Solano, un étoffe britannique ressemblant en texture à du lin mais composé de 50% de laine, de 25% de coton et de 25% de lin, très frais et peu froissable, à l’aspect assez brut.

ILLUS53

Bref, le solaro, vous connaissez tous je pense. Il s’agit d’une étoffe de laine. Mais pas d’une étoffe de laine froide. C’est d’ailleurs la grande incongruité de ce tissu. Réalisé en serge simple ou en chevrons, il n’est pas particulièrement respirant. En revanche, il renvoie bien la lumière grâce à son tissage mêlant deux fils de couleurs différentes. Le solaro est une matière dite changeante. Sa couleur et ses nuances varient suivant l’angle du regard. Cela en fait une étoffe rare et amusante.

La plupart d’entre vous connaissent le solaro dans sa version ‘tumblr et autres blogs’, c’est à dire rouille, un mélange de rouge et de vert. Mais je pense que peu savent en revanche que le solaro existe dans toutes les couleurs. En voici quelques exemples, à carreaux et chevrons, à chevrons et en serge simple.

Cette matière assez solide du fait qu’elle n’est pas une toile permet de réaliser des veste et des pantalons, et donc des costumes. Les costumes sont toujours les plus simples, limitant l’accord de couleur à la cravate et à la chemise. Mais une belle veste en solaro peut constituer une alternative intéressante à la veste sport en tweed de l’hiver. Car l’été, il est assez difficile de trouver des étoffes pour réaliser des vestes seules. Trop unie, trop fade, trop épaisse, le choix de l’étoffe sport de l’été se réduit souvent au natté bleu ou au lin beige. Et bien maintenant, vous avez la laine solaire !

Bonne semaine, Julien Scavini


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