Visite du drapier Lafayette Saltiel

Pour travailler, un tailleur a besoin de nombreuses matières premières, très diverses. Car pour confectionner une veste, il faut non seulement le savoir faire du coupeur et de l’apiéceur mais aussi les fournitures :

le tissu, principalement en lainage, pour le veste elle-même ; la doublure souvent acétate ou en viscose ; la mignonnette qui est une doublure solide pour les manches (souvent banche à rayures) ; la toile tailleur, en laine pour soutenir les devants ; la toile de crin de cheval, pour rigidifier la toile et le galbe de poitrine; quelques fois une toile de laine et poil de chèvre pour renforcer la toile ; une paire d’épaulette en ouate ; du passement pour border l’intérieur de la veste ; du bougran (toile de coton forte pour rigidifier les poches) ; de la percaline (toile de coton pour réaliser les fonds de poches) ; de la toile de lin pour faire le col ; du feutre de laine pour mettre sous le col ; du fil ; du fil et du cordonnet de soie ; des boutons ; des craies ; des aiguilles ; un dès. (J’espère n’avoir rien oublié. Cela fait beaucoup de matériel tout de même, qui explique en parti le prix d’une veste grande mesure, car l’on peut aussi rajouter un fer à repasser, une demi-lune en bois, un jeannette etc…)

Tout ceci est réellement difficile à trouver maintenant, même sur internet. A Paris, deux fournisseurs alimentent les tailleurs, Socolatex (plus orienté haute couture féminine) et surtout Lafayette Saltiel Drapiers. Cette vénérable institution est née en 1925 de la fusion des drapiers Saltiel et de la mercerie Lafayette. Aujourd’hui, la maison est dirigée par le jeune Virgile Viret, qui a succédé à son grand père après des études d’informatique. Il a réalisé en 2009 l’intégration de l’ancien drapier/mercier Certain, qui se trouvait près de la Place des Victoire à Paris. Chez L.S.D. pour les intimes, les tailleurs peuvent tout trouver, et avoir l’assurance du suivi des références. Tous se fournissent ici, Arnys, Camps, Guilson, et beaucoup de professionnels de province ! Le service est rapide, efficace, et cher, évidemment, cette infrastructure demande du temps et de l’énergie. Mais la matière est de qualité, loin des articles qui déteignent, rétrécissent, se cassent etc…

Allons-y : depuis la rue (photo chipée au blog de La Chemise en Grande Mesure) :

Puis immédiatement à l’intérieur (photos cliquables à partir d’ici) : 

Où James (le coupeur de la maison) sert un client, devant des étagères garnies de diverses toiles tailleur :

Dans cette caverne d’Ali Baba, des milliers de tissus attendent le bon client :

Tous répertoriés dans ce genre de grands livres. Ici, c’est aussi le royaume du tissu vintage, certaines références datant de dizaines d’années :

Auparavant, pour couper les échantillons commerciaux, on se servait de cette presse à découper. Puis vint le temps des liasses industrialisées (en bas à gauche) et ici d’anciennes liasses Lafayette Saltiel. De nos jours, L.S.D vend toujours ses propres laines sous l’appellation Diplomate, en 290gr. La maison a aussi pris des licences de distributeur auprès des tisseurs John G. Hardy, J. J. Minnis, Loro Piana, Ermenegildo Zegna, Lesser & Sons, Vitale Barberis Canonico.

Le vieux stock L.S.D. compte de magnifiques tissus sports, d’incroyables cachemires, ou encore de récentes étoffes italiennes :

Ainsi qu’un nombre incalculable de doublures :

Ici également, il est possible d’acheter les fournitures ; coussin de repassage et garnitures de pantalons ; craies, aiguilles, dès ; jeannettes de repassage, fers à repasser :

Et puis évidemment les boutons pour finir la veste ; les épaulettes de hauteurs variables ; ou encore un sifran (planche en bois pour repasser les manches sans marquer de pli) et une planche à velours (tout en bas  à gauche), sorte de tapis de fakir, constitué de nombreux pics, pour repasser les velours sans les écraser…

J’espère que ce tour vous a intéressé. Vous pouvez encore vous informer sur Lafayette Saltiel Drapiers sur leur site internet : www.lafayette-saltiel.com

Julien Scavini

Arnys, une fois encore, pour le défilé.

La nouvelle politique d’Arnys qui entend se développer l’amène à tester de nouveaux principes de communication parmi lesquels le défilé de mode. Cette charmante et très élitiste maison qui s’érige maintenant en Hermès de la rive gauche a donc testé le principe pour présenter sa collection de l’hiver prochain, au théâtre Récamier. Votre serviteur n’était hélas pas invité mais j’ai cherché à en savoir plus.

Prônant un style résolument contre la mode et recherchant des formes dans les vêtements historiques, le résultat est la plupart du temps très intéressant, notamment par l’usage des couleurs. Les étoffes sont rares et couteuses. La démarche captivante. Il me prend souvent de dessiner quelques modèles en m’inspirant de leurs vitrines. Le fait est que le travail est ardu :Mais je n’y travaille pas alors laissons faire les professionnels : MM. Grimbert et fille. Continuons donc par le texte rédigé pour accompagner la présentation de la nouvelle collection:

Un voyageur se promène des bords de Loire à Oulan Bator…

Ce long périple lui fait parcourir les villes européennes le long du Danube, à travers des paysages de forêts, de prairies et de plaines. Puis, par-delà Minsk et Novgorod, par-delà l’Oural, s’offrent à lui la taïga, la steppe, l’Asie centrale et ses grands espaces.

Ses vêtements reflètent, par touches, l’histoire de ce long voyage initiatique et empruntent les couleurs du temps et des paysages : pastel vert d’eau, lichen et vert mousse, moutarde, palette des bruns et des rouille, symphonie de bleus profonds.

Une vingtaine de silhouettes, longues et fines, quintessence de la collection de la saison, proposent un instantané du chic germanopratin, une interprétation culturelle moderne de l’allure et de la distinction.

Dans un premier temps, les costumes esprit Saint-Germain-des-Prés se révèlent : boutonnage haut et taille rehaussée des vestes droites 2 ou 3 boutons, épaule étroite et fine, près du corps et naturelle, tête de manche en olive qui autorise la gestuelle.

Ces vestes souples à la française aux devants ouverts, un rien plongeants, réminiscence de la chasuble XVIIIe, laissent apparaître des pantalons plats, hauts de montant, fuselés, étroits du bas et cassants sur la chaussure, la plupart portés avec des bretelles.

La part belle est faite aux riches et nobles tissus anglais et irlandais, et aux effets de matières : draps à rayures colorées, flanelles teintées, pèle-mêle tweeds, shetland, lambswool et cachemire…

Les chemises, traitées dans les plus beaux cotons, cachemire et soie, offrent un réel travail du col, sous-boutonné, anglais, à rabat en demi-lune ou à pointe émoussée.

Symbole de l’élégance et élément identitaire d’Arnys, les manches des vestes possèdent toujours 4 boutons dont 3 boutonnables.

La veste se porte avec une seule boutonnière orpheline à droite et deux à gauche côté montre, suggérant le poignet double – parfois simple – de la chemise. Poignet agrémenté de boutons de manchettes, or et pierre dure ou précieuse, le seul bijou que peut raisonnablement se permettre l’homme d’aujourd’hui, une joaillerie que propose la maison.

Alternative au costume de ville, le vêtement devient plus nonchalant pour un autre porter citadin. Entre ainsi en scène la ligne Saint-Germain-des-Prés, vestes d’inspiration mongole, matelassées et détournées dans de superbes tissages, auxquelles s’ajoutent en détails des éléments en cuir surpiqué utilisé en sellerie et pour les ceintures. Le raffinement est dans le travail des doublures, parfois matelassées dans la longueur à la chinoise, et l’emploi du swakara, fin agneau bouclé typé breitschwanz pour les cols et les parements.

In fine, ce long trajet donne l’occasion d’une réception. C’est l’heure du smoking noir formel en fin et souple alpaga/mohair noir avec nœud et ceinture en satin. Les deux autres propositions, élégante offre contemporaine, sont la veste courte à parements boutonnés telle une veste de batelier, ainsi que la veste appelée «  Cornac », d’inspiration indienne, revisitée ici pour le soir avec petit col de satin.

Maintenant, admirez les images sur le site du Figaro Madame (ne me demandez pas pourquoi…)

Je suis circonspect. L’ensemble est pour le moins curieux, plutôt hétérogène à mon goût et certainement pas assez minimaliste. Les couleurs sont outrées et les styles détonants (apparemment revendiqués), allant du russe cosack au voyou des années 30 en passant par le néo-autrichien. Je suis d’accord avec leur positionnement, à savoir rechercher du nouveau dans le confort décontracté et l’élégance à la française. Mais tout de même, pousser à ce point le bouchon! L’ensemble est vraiment ‘costumé’ et pas dans le bon sens. Jean-Paul Goude ne ferait pas différemment pour une commémoration de la prise de  La Bastille.

Qu’en pensez-vous?

Julien Scavini

Boutiques italiennes

Une fois n’est pas coutume, l’article est photographique ce jour. J’étais en fin de semaine en Italie, dans une ville moyenne des Dolomites pour mettre l’avant dernière main à mon projet. L’occasion de faire un tour nocturne dans la ville et d’être étonné par la qualité des boutiques pour homme. Voici les photos, uniquement des revendeurs indépendants. J’ai laissé de côté les boutiques de grands groupes, comme Trussardi ou Calvin Klein. Figurent donc seulement les vitrines des magasins de vêtements classiques (hors sportwear et vêtements techniques) ; de toutes les vitrines que j’ai pu voir (7 échoppes dans le centre ville). Je reste bouche bée devant la qualité des produits et l’excellence de leur présentation, sobrement, efficacement. On sent qu’ils ont lu Apparel Arts, ce fameux magazine qui éduquait les boutiquiers.

Commençons par la première, vendant entre-autres de magnifiques costumes de marque Kiton et St Andrews (un des plus grands façonniers italiens, pour 950€ en solde) :

La suivante, un chouillat plus contemporaine, mais efficace également. Notons toujours les étiquettes de prix directement sur les vêtements :

La quatrième. Nous sommes dans un même rayon de 50m depuis le début. Très classique, pour un prix modéré ici (350€ la veste) :

Encore 50m plus loin (la densité de tels commerces est incroyable pour une ville moyenne), une fastueuse maison, qui distribue des souliers Tricker’s :

Plus loin, c’est au tour des chemises sur mesure :

Puis, d’une autre boutique de vêtement masculin/féminin à la rencontre entre classique et sportwear :Et enfin :

Quel étonnement de trouver à chaque coin de rue une nouvelle boutique de vêtements masculins, et plus encore quel émerveillement de constater la qualité visuel de l’ensemble. Difficile de trouver un équivalent en France et même au Royaume-Uni. Les italiens sont passés maître dans la démarche personnelle qu’est l’habillement. Ceci-dit, ils y mettent le prix. Non pas que les prix généraux soient plus hauts qu’en France, mais plutôt que de nombreuses boutiques proposent des produits nettement plus chers, mais de qualité !

Julien Scavini

Brooks Brothers

L’univers du vêtement masculin est maintenant englué dans la mode. La mode masculine est partout! Paris en est même la capitale d’après le Figaro Magazine. J’estimais plus pour ma part le Pitti Uomo… Le plus effrayant est peut-être la capacité des maisons ‘traditionnelles’ à se couler dans le moule du bouleversement permanent. J’estimais beaucoup la maison Hackett. Force est de constater que l’acharnement commercial qu’elle manifeste va à l’encontre de son message initial: qualité et ‘humeur’ britannique, c’est à dire calme, flegme et dignité. On y trouve plus que de la camelote.

J’ai alors cherché une autre maison ‘grande marque’ et me suis intéressé à Brooks Brothers, et force est de constater que je n’en démords plus! I say, what a insteresting brand it is! Située à Paris au 372, rue St Honoré, face au futur palace Mandarin Oriental, elle tient la dragée haute à toutes ces marques vulgaires qui ont envahi ce shopping mile des plus renommés!

Brooks Brothers n’est pas une marque anglaise, bien qu’elle en ait beaucoup de marqueurs. Vieille de près de 183 ans, elle fut fondée à New York et a habillé quasiment tous les présidents américains. Plus qu’une maison, il est possible de parler d’institution pour la décrire, institution fortement enracinée au cœur de la bonne société de la côte Est. Brooks Brothers est le fournisseur de toutes les familles que l’on pourrait qualifier d’aristocratie américaine.  Ralph Lauren, qui s’appellait alors Ralph Lifschitz y travailla avant de fonder les cravates Polo.

Son esthétique discrète est au service des hommes, des garçonnets mais également de la gent féminine. Chez Brooks, vous pourrez vous habiller de la tête aux pieds. Le costume trois boutons, ou sack suit, est le plus classique du monde et une référence de très bonne facture. Vous y achèterez aussi les chemises, avec une prime pour le fameux modèle ’bouton down’. Chaussettes, caleçons, chemises de nuit, chapeaux, maroquineries et accessoires s’y trouvent aussi. La célèbre maison Alden pourvoit quant à elle aux souliers. Chez Brooks, j’aime aussi et surtout la capacité à proposer des produits de toutes les gammes. A la différence des marques précédemment citées où tout est cher, trop cher. Vous trouverez en effet des vestes aussi bien à 350€ qu’à 800€. Suivant votre budget et vos envies, vous trouverez votre bonheur, surtout en solde (entre 30 et 60% dès le premier jour). L’enseigne à Paris propose également un service de chemises  et de costumes sur mesure de bonne facture. Les produits viennent à la fois d’Amérique, d’Angleterre ou d’Italie. Et fin du fin, ayez confiance en une maison qui propose des jaquettes ET des queues de pie. On en achète jamais, mais cela signe la présence d’un esprit supérieur entre les murs: le temps de l’élégance.

Enfin, Brooks Brothers propose la plus belle gamme (classique à prix modéré) de cravates et de nœuds papillons que je connaisse. Les ‘Rep Ties’ comme ils les appellent ont été importées des ‘Regimental stripes’ anglaises, en inversant le sens de la diagonale. Et leurs motifs colorés sont extrêmement reconnaissables! Songez aux nœuds papillons à nouer soi même, qui à 48€ sont parfaits! C’est mon repère! Car en vérité je vous le dis: fuyez ces grandes marques commerciales qui chaque saison jettent le bébé avec l’eau du bain. L’élégance masculine est faite de temps et de patience, non de renouvellement annuel. Aimez les marques où rien ne change, où d’une année à l’autre vous retrouvez la même sobriété, la même simplicité; c’est le cas ici.

Julien Scavini

N’hésitez pas à vous perdre sur le site internet de e-commerce, vous pouvez tout voir!

Petit tour du prêt à porter de l’été 2010 (màj3)

Une fois est relativement coutume sur Stiff Collar, nous allons dans les semaines à venir nous pencher sur quelques produits phares des maisons de prêt-à-porter que je considère. Si ce questionnement est relativement éloigné de l’Art tailleur et de ma pratique quotidienne en tant qu’apiéceur, il n’en demeure pas moins captivant en terme de nouveautés, de (ré-)inventions, ou simplement de coupes ou de couleurs. J’ai donc parcouru notamment la rue du Faubourg St Honoré à Paris et ses alentours, de maisons en maisons, pour rencontrer les vendeurs et les questionner sur leurs préférences, tout simplement. Les vestes -car c’est finalement l’élément le plus important du vestiaire à mon goût- ont focalisé mon attention. J’ai essayé de sélectionner des produits variés, dans des maisons diverses.

Ce soir, Dunhill, Dormeuil et Brooks Brothers. Après, Façonnable, Ralph Lauren et Crémieux, puis Breuer, Hackett et Old England et enfin Albert Art. J’aurais voulu vous présenter d’autres maisons, mais hélas, leurs services presses n’ont pas daigné me répondre, ou je n’ai tout simplement pas pu avoir des informations satisfaisantes.

Si toutefois en tant qu’amateur éclairé vous aviez à cœur de nous faire découvrir d’autres vestes d’entreprises tierces, n’hésitez pas à me contacter!

Donc tout d’abord Dunhill, cette célèbre maison londonienne que l’on ne présente plus, a toujours véhiculé une image extrêmement étudiée, très anglaise. Hélas ces dernières années, elle se diversifie, toujours dans la même gamme de prix, vers un chic modeux assez sombre, souvent inintéressant. Toutefois, j’ai réussi à trouver rue de la Paix un produit (presque) classique de belle facture (réalisé en toile tailleur et non thermocollé), avec un petit quelque chose du lord anglais en goguette: un blazer en laine navy deux boutons à cran aigu. Si les puristes ne seront pas complètement satisfait, le fait est que cette veste a de l’allure, complétée par ses boutons en argent. Vous n’aurez aucun mal à lui adjoindre un pantalon de flanelle gris clair et une belle chemise:Autre marque et surtout autre esprit, le grand drapier Dormeuil que l’on ne présente plus possède une ligne extrêmement diversifiée de prêt-à-porter et de demi-mesure. A tous ceux qui rêvent d’une veste fluide et légère, Dormeuil propose sa toute nouvelle création dans un tissu jouant subtilement avec la lumière. L’alliance de deux fibres d’une grande noblesse (le pur cachemire (70 %) et la soie (30%)) tissée en nattée (sorte de petit effet en mur de  brique, très fin, comparable à un oxford en coton) confère à la liasse Dream une allure très estivale (en 230gr tout de même!). Les couleurs sont fraiches et lumineuses (petits échantillons). Le modèle de la veste peut évidemment varier suivant votre tailleur, ou le modèle Dormeuil, mais l’esprit reste le même, élégance et bien être. En rosé avec un pantalon bleu marine et des moccassins légers, voilà un visuel engageant:Enfin pour ce soir, présentons un produit de l’immense maison Brooks Brothers, dont je parle trop peu: une veste de sport à poche plaquée. Je trouve que ce modèle à poches raportées est vraiment le plus chic pour l’été, même si certains le trouve très 60’s. Qu’importe, car réalisé dans un lin irlandais possédant un beau tombé, elle possède un petit quelque chose de plus. Elle arbore trois boutons et deux fentes dos et est fabriquée en italie. Petit plus non négligeable, elle est affichée aux alentours des 350€, un produit franchement attractif car classique! Avec une chemise à petits carreaux et un jean, elle peut faire merveille:Je vous laisse pour l’instant sur ces trois produits que j’ai apprécié, et vais continuer dans les jours suivants mes pérégrinations autour de la Madeleine, actuellement facilité il est vrai, par mon stage chez Camps De Lucca! La suite au prochain numéro! Je remercie Mme. Lepetit du service communication de Dormeuil SAS.

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Nous continuons donc ce jour, avec Ralph Lauren et Façonnable. Daniel Crémieux d’abord, dont l’emprunte ‘britons’ remonte aux années 80 joue de plus en plus son esthétique décalée, ouvertement ‘too much’ mais le plus souvent agréable à l’œil. Le label 38 signe la présence de la maison sur les divers articles qu’ils proposent, gamme maintenant étendue au féminin. Une belle réussite française, qui sait ce qu’elle aime, qui ne plait certes pas à tout le monde, mais… Bel effort l’année dernière avec le rapatriement de la production de polo de chine vers l’Europe occidentale. Cet été, l’article qui m’a le plus marqué (difficile à vrai dire tant les items sont variés et inventifs) est une veste en coton de chemise, en vichy bleu gansé de biais bleu. Non entoilé, voilà une petite chose pas inintéressante, à porter décontractée, et surtout légère (pour ne pas faire ‘trop’), avec un pantalon uni et une chemise à carreaux discrets:

Chez Ralph Lauren, difficile de s’y retrouver tant les marques et les labels sont diversifiés. Heureusement, le nouveau flagship du boulevard Saint Germain à Paris propose une lecture claire et différenciée au sein de ce grand bâtiment. Si j’ai du mal à accrocher sur les black et purple label, la gamme Polo Ralph Lauren m’a le plus souvent enthousiasmé pour sa recherche permanente et son brassage de références. Ce fut sur une esthétique d’aristocratie nouvelle Angleterre que monsieur Lauren se lança, déclinant des classiques anglais dans un répertoire américanisé, loin de l’authentique, mais toujours à la recherche de l’effet; honnêtement beaux effets, malgré l’hyper-commerce qui en est fait. L’article qui a accroché mon regard ce printemps est un croisé en seersucker. Curieux produit me direz vous, mais quel attrait:  Enfin pour ce jour, la prestigieuse maison française Façonnable basée à Nice, très présente aux États-Unis continue de décliner, avec sa nouvelle équipe dirigeante, l’allure de la Cote d’Azur des années 30/40. Déclinés dans une large palette de couleurs allant du bleu au blanc, les tons cette saison sont doux et clairs. Les tissus, du lin au coton, en passant par l’association subtile de la laine et de la soie donnent aux vêtements légèreté et souplesse pour un toucher soyeux. La veste qui m’a le plus enthousiasmé est une sorte de saharienne, le produit classique par excellence. Réalisée dans une magnifique laine grège, vous pourrez la compléter avec un chino et des richelieux bi-ton: 

Nous continuerons un jour prochain… Je remercie Mme. Ganme du service publicité et image de Façonnable.


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Découvrons ce soir deux autres maisons qui me sont chères. Commençons par la très réputée maison Breuer, toujours réputée pour ses cravates et qui s’est lancée voilà quelques temps dans le prêt-à-porter. Les couleurs y sont toujours très étudiées, des gris aux bleus en passant par les beiges dans des tons toujours légers, très italiens. La gamme n’est pas très étendue, mais cela suffit. Notons également le bon goût de la maison Breuer qui appelle régulièrement l’ami Floc’h pour esquisser des figurines représentatives des collections! Toujours un grand plaisir à regarder. Cet été, Breuer donc a réalisé une petite prouesse technique avec un blazer bleu en laine Loro Piana, traitée infroissable, et surtout totalement non doublé. Cette veste dite ‘foulard’ car non entoilée, non épaulée est une petite merveille. Jetez un coup d’œil à la fabrication du dos, notamment au raccord du pied de col, une prouesse que je vous dis! Et le blazer reste la tenue internationale la plus adéquate dans beaucoup de situations. Remarquons également les très jolies cravates en soie délavée, non doublé:Passons ensuite le channel pour découvrir les produits de Hackett, maison que l’on ne présente plus. Si la qualité n’est plus ce qu’elle était, le travail toujours renouvelé de ‘style’ est agréable à observer. En tout cas chez Hackett, vous trouverez des vestes, un nombre très important même! Que ce soit du blanc au bleu en passant par le lin et la laine, la proposition en terme de vestes – ce pivot de la tenue masculine – est parfaite. Après, chacun peut se faire son idée, pour ou contre l’ultra commerce, le fait est que les produits y sont variés et plutôt réussi. Cet été d’ailleurs, deux vestes ont retenu mon attention. La première d’entre elles est un modèle deux boutons en coton gratté, bleu marine avec des boutons blancs, et surtout des coudières en daim blanc. Je sais que ce genre de détails vieillissent vite, mais l’effet est superbe. Cela reste simple, sans fioritures et peut aller avec tout!Dans un genre similaire de veste à usages variables et très estivaux, j’ai aussi remarqué cette petite merveille en chevrons de laine et cachemire Loro Piana (encore eux, ces italiens bouleversent tout avec leurs feutres légers!). La version grise n’est pas tout à fait mis en avant par la communication de la maison, mais elle vaut le détour. Elle est qui plus est non doublée, ce qui lui confère une légèreté peu égalée. Avec un simple chino bleu ciel, pourquoi pas le must have de la saison, classiquement.

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Arpentons ce soir le haut du boulevard des Capucines à Paris pour trouver au 12 le célèbre magasin Old England, dont nous avons déjà parlé. Si le magasin vivote encore un peu, le fait est que les travaux s’enchainent (rayon féminin, devanture, actuellement rez-de-chaussée) d’une manière satisfaisante. Enfin ce grand navire de l’élégance parisienne reprend des couleurs, animé il faut le dire par une équipe dirigeante entreprenante! ‘Quality First, Sincerity et Confidence‘ figurent sur les armoiries depuis maintenant 140 ans. J’écrirai certainement un article plus tard sur le magasin lui même. Ce soir concentrons nous sur deux marques dont Old England d’abord. Surtout connu pour ses cravates, chemises et costumes, il existe aussi un petit choix de vestes sports classiques à la réputation éprouvée. J’ai retenu un modèle trois boutons en prince de Galles beige, un choix d’évidence pour les instants de détentes, à la ville comme à la compagne:

Autre enseigne marquante présente au sein de la maison, Albert Arts, évidemment. Là aussi, il y aurait à écrire sur la philosophie de cette maison par comme les autres, créée par le maître de l’élégance niçoise, M. Goldberg. Sports mécaniques et décontraction d’anglais en goguette, tels sont d’une certaine manière les principes esthétiques poursuivis par monsieur Albert. Deux blazers m’ont marqué, toutes deux légères. Des vestes ‘faciles’ pourrait-on dire. Réalisées dans des cachemires italiens (certainement Loro Piana encore) très doux et pas forcément fin d’ailleurs, elles ont une allure de décontraction évidente. Avec le petit drapeaux anglais pour signifier l’origine des produits (la promenade des Anglais à Nice), elles expriment quelque chose de très estival:

Le deuxième modèle (aussi en trois boutons à poches plaquées, plutôt court) est quant à lui disponible en demi-mesure dans un grand nombre de coloris, tous très chaleureux. J’ai choisi celle en cachemire vert d’eau. Curieuse couleur me direz-vous, mais vous serez sûr de pas croiser un produit similaire dans la rue… Je vous conseille d’essayer ce modèle, une réelle impression de légèreté s’en dégage, comme si vous portiez un simple sweatshirt…

Je remercie M. Geoffroy du service RP de Old England.

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Ici ce fini ce long article sur les diverses maisons de prêt-à-porter que j’apprécie… Ce fut un véritable de plaisir de découvrir tant de richesses, de découvertes et d’inventivités. Il me semble toujours vivifiant de regarder ce que les autres font, surtout dans le prêt-à-porter où la rapide évolution des modes brassent quantité de matières, de couleurs et parfois de coupes. Cela oblige à réfléchir à son propre travail.

Tentons maintenant un résumé général des produits. J’ai noté immédiatement dans toutes les maisons que l’heure était à la retenue. Les coloris sont sobres, très souvent uni. Quelques enseignes se sont tentés sur les carreaux, mais je pense que ce n’est pas l’époque, peut-être un effet ‘crise’. Les produits classiques sont en tout cas à l’honneur, même chez les plus avant-gardiste, comme le seersucker ou les simples lins. De même, les gammes ont rétréci, pour pallier à des ventes en difficultés.

Qui plus est, l’été reste une saison difficile pour l’élégant, les chaleurs le faisant défaillir… Le coton n’est jamais à recommander. S’il ne froisse pas beaucoup, il respire assez peu. Le lin respire mais froisse, sauf à le prendre dans de forts gramages. La laine reste finalement un bon compromis, les fresco ou les mohairs étant les plus indiqués, avec les mélanges soie/lin/laine. J’espère que ce petit tour vous aura ravi et donné quelques idées. Sans pour autant aller dans les maisons citées, vous pourrez aisément construire votre silhouette dans d’autres enseignes, l’important étant l’aisance et l’allure, l’un avant l’autre ou vise versa…

Julien Scavini

Croisé en tartan

Hier lors de mes pérégrinations du côté de l’Opéra en ces veilles de fêtes, j’ai croisé (presque comme par hasard …) le magasin Old England du boulevard des Capucines et sa prestigieuse vitrine, qui admettons le, est de mieux en mieux! Le linéaire est parfaitement exploité, présentant à l’envie les plus belles flanelles et tweed, alors qu’il faisait moins cinq degrés dehors. Et au milieu de cette essence du meilleur goût, flairant parfaitement les vieux manoirs oxfordiens, trônait une petite curiosité, un must-have dirait les fashionnistas: un costume croisé sur quatre boutons en tartan, autant dire une merveille pour les soirs de fêtes qui s’annoncent.

L’attrait principal de cet ensemble, outre son tartan rouge proche du clan Fraser (famille arrivée de France avec les troupes de Guillaume le Conquérant vers 1066, installée entre Edimbourgh et Inverness), se remarque par sa croisure très marquée, rappelant les croisés du début du siècle, très montant, très formalisant qui donnent une belle allure, et montrent peu de la cravate. Bref, une belle pièce que je vous recommande d’aller voir!