Cigarette versus Camicia

Aujourd’hui, rapide tour d’horizon des différentes possibilités de monter une manche. L’engouement actuel – et tout à fait intéressant pour les montages italiens – fait naître une curiosité mal étanchée par les divers supports à notre disposition. J’ai même lu récemment sur un blog des contre vérités terribles sur ce sujet complexe. Il m’a fallu moi-même beaucoup de temps pour comprendre, surtout par le montage, comment fonctionnent ces différentes solutions. Pour autant, je ne suis pas encore sûr de maîtriser à fond le sujet – c’est même évident – mais je vais tenter de vous livrer mes premières constatations, pour clarifier vos idées.

Rappelons d’abord qu’il existe autant de montages qu’il existe d’ateliers dans le monde, chaque tailleur aimant ses trouvailles. Certains, plus doués que d’autres, finirent par créer des Écoles de pensée, souvent associées à des régionalismes.

Le principe universellement reconnu pour monter une manche est le principe (que j’appelle anglais) de la tête de manche avec cigarette. Comme vous pouvez le voir sur le petit schéma ci-dessus (à gauche), la cigarette en rouge, permet de repousser le tissu de la tête de manche, pour donner son volume à celle-ci. En revanche, le montage inversé, d’origine Napolitaine renverse le principe, comme pour une chemise. La ligne est plus fluide, plus proche du corps.

Rappelons aussi qu’une épaule contient (quasi) systématiquement une épaulette (appelé idiotement padding par les francophones non francophiles). Car une épaulette est le seul moyen de ‘finir’ la toile qui recouvre les devants. C’est en effet l’épaulette qui protège et gère la transition à la fin de la toile. Après, cette épaulette peut être très fine, certes… Notons que les vestes thermocollées peuvent, du coup, se passer d’épaulettes assez facilement.

Donc une grande École – celle du montage à cigarette – fait face à une minuscule École en expansion constante ces derniers temps – celle du montage de chemise. La première est plus grande car elle est ramifiée. Elle est aussi intellectuellement plus satisfaisante, car plus compliquée, techniquement et mentalement. Elle demande plus de technique (même si l’autre aussi tout de même).

Des ramifications donc comme vous pouvez le voir dans le tableau ci-dessous:

La ligne 1 représente donc les montages avec enroulé ou cigarette, que les italiens appellent ‘con rollino’. La ligne 2 et sa case unique le ‘spalla camicia’. L’ampleur de la manche A est standard, c’est celle qu’une machine peut donner. La B demande plus de dextérité et la main est nécessaire pour répartir l’embu (le trop plein de tissu). Le C est le fameux épaulé Cifonelli, volumineux (qui ne se limite pas à ce détail seulement, voir ici). Notons d’ailleurs que le montage Cifonelli n’a rien à voir avec un montage italien. C’est un montage à l’anglaise, avec une technique propre à cet atelier. Enfin le montage D, plutôt Italien et même peut-être plus romain encore est aussi un montage ‘con rollino’, mais avec une cigarette très fine. J’ai entendu parlé de cigarettes en peau de chevreau. De ce fait, la tête de manche est très molle et présente souvent des fronces ou des bosses (ce que l’on fuit chez les autres tailleurs). Enfin, en ligne 2, le montage spalla camicia, plus reculé et donc plus près du corps, qui présente souvent de petites vaguelettes.

Voilà pour cette rapide étude technique.

Enfin, je lis souvent des questions de style attachées à ces problématiques techniques. Et je le dis, il n’y a absolument pas de type de physique pour telle ou telle manche. Seule l’occasion et/ou le tailleur expliquent un montage. Les seuls montages disponibles dans le commerce, y compris en demi-mesure, sont le A et le E. Les autres sont réservés à la grande mesure et aux porte-feuilles bien garnis. Ne cherchez pas l’introuvable hors de l’atelier artisanal spécifique qui le produit! Ne demandez pas non plus à votre tailleur de faire ce qu’il ne maitrise pas, c’est lui le chef 🙂

Enfin, est-ce que l’emmanchure ‘spalla camicia’ convient mieux aux hommes forts? Je ne sais pas. Je dirais non. Cela dépend de votre envie et surtout de votre envie de confort. Cette emmanchure est très adaptée aux vestes non-doublées et/ou sportswear. Plus adaptée qu’aux costumes, mais c’est une question de goût personnel…

Julien Scavini

9 réflexions sur “Cigarette versus Camicia

  1. Nicolas 16 mai 2011 / 20:17

    Merci Julien c’est très clair ! Nous voilà mieux instruits.
    Votre offre propose quel type d’épaule ? Pouvez vous commenter votre choix ?
    Pour ma part, je n’aime pas du tout les épaules qui « remontent » type Cifo, je trouve cela inesthétique, et je préfère les lignes naturelles près du corps.

    Fidèlement,

    Nicolas

    • Julien Scavini 17 mai 2011 / 18:12

      Bonjour,

      je propose en fait l’offre A et l’offre E, les deux types d’épaule, dans leur version d’atelier.

      Cela permet suivant l’usage de varier les plaisirs. Costume de travail à emmanchure classique, puis veste demi-doublée en flanelle de couleur, à épaule napolitaine, plus décontractée, plus mobile.

  2. Adrien 16 mai 2011 / 23:38

    Epaule Ciforobocopi ?
    Juste une mauvaise langue qui passait par là…
    :p

  3. Guillaume 23 mai 2011 / 16:00

    Bonjour Julien,

    Encore une fois, un article très intéressant.
    Une petite question cependant:

    J’ai dans l’esprit qu’une épaule napolitaine apportera finesse et délicatesse à une silouhette carrée. A l’inverse, une épaule plus puissante, pourra équilibrer des silouhettes à tendance pyramidale.

    J’ai en tête un très bon exemple paru sur Thesartorialist où l’on voyait un homme avec un petit ventre et des épaules étroites, qui, avec une épaule à l’esprit plus « power suit » avait réussi à gommer complètement ces défauts. (malheureusement impossible de retrouver cette photo).

    Je comprends quand vous dites que choisir son type d’épaule est avant tout une question de confort, mais n’y a-t-il pas quand même des lignes (et notamment des épaules, donc) à proscrire ou du moins limiter pour certaines morphologies?

    Amicalement,

    • Julien Scavini 23 mai 2011 / 16:34

      Oui, vous avez certainement raison, certains physiques peuvent plus pencher vers l’un ou l’autre, mais ce n’est pas une obligation. Avant la découverte toute récente de l’épaule retournée, on avait bien des moyens de remédier aux manquements de la morphologie. Et puis, je ne souhaite pas distiller aux lecteurs l’idée que l’on peut aller voir un tailleur et exiger un type d’épaule. Chaque atelier a son style propre, sa manière de voir les choses… Après, on choisit donc l’atelier 😉

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