Le col en velours

L’hiver semble s’installer plus vite qu’on ne l’aurait souhaité. Hélas. La saison du manteau est déjà lancée à la boutique. Il faut dire que plus le temps passe, plus les clients pensent à passer commander tôt. Compte tenu des délais, un manteau décidé en décembre ne sert pas à grand chose hélas.

Lors de la commande, il est souvent question du col, en velours ou pas? Je dois dire avoir été pendant très longtemps étranger à ce goût que je ne connaissais pas. Mais je constate qu’il est assez commun et que beaucoup de messieurs me posent la question, même si a priori, ce n’est pas leur goût spontané. Un marqueur de l’anglicisme des français en matière vestimentaire? L’idée est assez ancrée : un beau manteau aurait un col de velours. Vrai ou faux?

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Le mythe dit que les aristocrates anglais ont inventé cet usage stylistique comme une marque de souvenir envers les nobles français étêtés à la révolution. Je pense qu’il n’en est rien l’histoire l’atteste. Sauf qu’elle ne donne pas de raison. A mon avis, c’est tout simplement pour une raison pratique que cette mode est apparue. Les manteaux lorsqu’ils sont beaucoup portés ont tendance à s’élimer au bord du col. La raison principale est le frottement contre l’écharpe qui crée une abrasion. Les millions de petits mouvements du cou au cours d’une vie de manteau érodent le bord du col. Comment remplacer celui-ci? Soit le tissu n’existe plus, soit le nouveau tissu n’est pas de la même teinte. En posant une pièce de velours, on résout cette question. Un peu comme une coudière maquille un trou dans une manche. Le velours peut se remplacer souvent pour toujours garder au manteau une allure impeccable. Ça c’est aristocratique!

Dès lors le truc du tailleur devient une mode, plus ou moins marquée suivant les époques. Alors peut-on faire un manteau avec un col en velours dès le départ? Je dirais que oui, car c’est très élégant et raffiné. Le velours, dense et profond apporte une touche de dignité à un manteau, une marque statutaire intéressante.

J’aurais tendance à penser qu’il n’est pas nécessairement lié à une attitude décontractée ou formelle. Sur un manteau anthracite ou marine, poser un velours noir ou bleu nuit ne rend pas le manteau plus sport. Bien au contraire. Et à l’inverse, poser un velours marron sur un cover-coat olive ne le rend pas plus habillé. C’est donc un signe presque égale de mon point de vue.  Quant à l’idée de poser un velours d’une autre couleur que la dominante générale, je préfère laisser cela aux stylistes, je trouve que c’est un truc bien gratuit et excessif. La sobriété est la mère de l’élégance.

Bonne semaine, Julien Scavini

Les poches d’une veste ont elles un sens?

Un veste est faite pour couvrir, c’est sa première raison d’être. Ensuite, sa forme et sa manière de couvrir le corps, en bref son allure sont le résultat d’un goût qui évolue suivant les modes. Elle donne une ligne à l’homme. Enfin, celle-ci par dessus ces deux points – utilitarisme primaire et esthétique – se veut aussi pratique : la veste est le sac à main de l’homme. Pour se faire, l’histoire a sédimenté un certain nombre de poches sur sa surface. Des poches extérieures et des poches intérieures.

Il existe deux types de poches extérieures : poitrine et côté.

A l’extérieur, sur la poitrine gauche au niveau d’une ligne horizontale passant sous l’aisselle est placée la poche de poitrine. Cette poche de poitrine est souvent réalisée sous la forme d’un rectangle de tissu qui camoufle un trou vers l’intérieur de la veste et le sac de poche. Ce rectangle est toujours disposé légèrement en biais. La poche monte. Ne me demandez pas pourquoi, c’est ainsi. Mieux, le côté gauche de ce rectangle est aussi un peu oblique, pour donner une ligne et un peu d’entrain à cette poche. Quand aux italiens, ils arrondissent un peu le rectangle, pour prouver qu’ils savent faire. C’est une esthétique gratuite.

Ce rectangle fait classiquement 2,5cm de haut pour 9 à 11cm de large. La hauteur est très importante. Les fines poches poitrines des costumes slim signent une esthétique du minable que je ne goûte guère. Parfois, cette poche poitrine peut aussi être plaquée. C’est idéal pour une veste décontractée. Mais les pochettes ont tendance à faire gonfler cette poche plaquée, aussi je le recommande moyennement.

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Toujours à l’extérieur mais en bas se situent les poches de côté. Pour pouvoir rentrer la main à l’intérieur de la veste et donc du sac de poche, il faut faire un trou. Ce trou est ‘maquillé’, cousu grâce à deux passepoils qui sont deux fines bandes de tissus. Ces passepoils sont obligatoires pour faire une poche.

Les vestes très habillées comme les smokings ont deux poches passepoilées simples, sans rabat. Une de chaque côté.

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Les autres vestes ont normalement des rabats de poches qui sont disposés entre les passepoils. Le passepoil du bas se retrouve donc caché sous le rabat. Le rabat est très ancien. Déjà les habits d’ancien régime avaient des rabats. J’imagine qu’il sert à protéger de la pluie et de la poussière l’intérieur du sac de poche. En tout cas, il est obligatoire de mon avis sur une veste classique.

Parfois, sur le côté droit, au dessus de la poche est rajoutée une autre petite poche avec un rabat : la poche ticket. Ce petit contenant a été créé par les tailleurs anglais au début du siècle pour loger les petits tickets de train, plutôt que de les mettre dans la bande de son chapeau comme cela se faisait. La poche ticket était positionnée plutôt sur les vestes décontractées, les beaux costumes de ville n’étant pas fait pour prendre le train. La poche ticket serait donc plutôt synonyme d’un costume relâché..

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Les poches côtés (toujours passepoilées avec un rabat) peuvent aussi être disposées en biais. Avec ou sans poche ticket. Ces poches furent positionnées en biais dès les années 20 pour rendre les vestes plus belles lors de la pratique du cheval. Dans les années 60, les tailleurs anglais les ont adopté sur les costumes de ville et de nos jours, ce détail signe l’élégance anglaise, de Paul Smith à Hackett.

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Si les poches ne sont pas passepoilées, alors elles sont plaquées. C’est à dire qu’au lieu de faire un trou dans la face de la veste pour y passer la main, le sac de poche est directement cousu sur l’extérieur. La poche plaquée est plutôt indiquée pour les vestes décontractées. Elle n’est pas indiquée pour un costume plus habillé.

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Comment peut-on hiérarchiser ces poches ?

Le plus classique est une poche poitrine normale et deux poches simples passepoilées à rabats. Si vous retirez les rabats, la veste apparait immédiatement comme plus formelle.

Si vous ajoutez une poche ticket, la veste (et le costume) sera un peu moins habillé.

Si vous placez les poches en biais (avec ou sans poche ticket), la veste (et donc le costume) sera encore un peu moins habillé.

Si vous optez pour des poches plaquées (en bas seulement ou en bas + à la poitrine), votre veste sera plutôt une veste seule, pas un costume et décontractée.

Mais bon, une fois que ce classement hiérarchique est connu, il est possible de le battre en brèche. Attention toutefois, on casse les codes uniquement lorsqu’on les connait.

Ainsi, il est possible de dire que de nos jours, ce classement est quelque peu caduc.

Difficile en effet de reconnaitre à une veste avec une poche ticket un statut inférieur. Que veut dire en effet ‘un costume habillé’ de nos jours? Tous les costumes sont plus habillés qu’un polo ou un survêtement.

Ainsi, si vous ajoutez une poche ticket, la veste (et le costume) sera très élégant, d’une élégance qui se remarque et fait ‘tailleur’. Pour ma part, tous mes costumes ont une poche ticket où je loge mon petit trousseau de clefs.

Aussi, si vous placez les poches en biais (avec ou sans poche ticket), la veste (et donc le costume), il sera juste possible de dire que le costume fait ‘british’. Il ne sera pas moins habillé que le même costume avec des poches horizontales.

Enfin, si vous optez pour des poches plaquées, le costume sera très ‘italien’, sans pour autant être plouc. C’est juste un peu osé de placer de telles poches sur un costume. Mais il faut bien s’amuser un peu n’est-il pas ? Enfin toutefois attention, une poche plaquée à soufflet est quand même très sport et ferait déguisé sur un costume. Il y a des limites…

Bonne semaine, Julien Scavini

La veste dépareillée grise

Pour beaucoup de jeunes, il semble important et nécessaire d’avoir dans la penderie une veste grise, à porter seule. Ce modèle plutôt clair est même devenu une icône basique de la mode masculine, sans que de prime abord, j’en comprenne bien l’intérêt. Car pour ma part, la veste bleue semble plus importante. Et pour le coup, j’appelle une veste bleue un blazer. Si le tissu est autre que bleu, j’appelle la veste une ‘veste sport’. C’est assez simple comme règle.

Acheter une veste grise seule m’apparait donc comme incongru. De part la couleur qui renvoie plutôt à la palette des coloris urbains, j’ai du mal à appeler un tel modèle ‘veste sport’. Et ce n’est pas un blazer non plus. Je rajouterais même que lorsque je vois quelqu’un porter une veste grise, j’ai tendance à penser que c’est un costume dont le pantalon est fichu. La veste finie ainsi sa vie comme une ‘blazer’…

J’aborde donc le sujet de manière un peu obtus. Car je crois beaucoup aux usages classiques, le bleu et le gris pour les costumes, les couleurs de la forêt pour les ‘vestes sport’ et dans l’entre deux, une catégorie simple, le blazer marine, qui peut être en flanelle l’hiver et en laine froide l’été, à porter avec une palette de pantalons, gris, beige ou blanc. C’est bête et méchant, mais l’application de cet axiome rend la garde robe lisible et harmonieuse.

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En me documentant sur google images, il ressort que la veste gris clair est souvent portée en association du chino bleu marine. Serait-ce la raison d’existence d’une telle veste? Car c’est un fait, avec un chino marine (une variante que j’affectionne beaucoup), la veste est compliquée à trouver. Elle ne peut-être d’un bleu approchant, sinon l’effet faux costume est affreux. J’opte plutôt pour des pulls colorés ou une fameuse veste rouge en hiver. Un beau tweed brun peut-être superbe aussi. Et un natté un peu bleu ciel l’été.

La veste grise avec un pantalon marine permet donc de casser l’effet faux costume. Par là même, la tenue propose les mêmes couleurs que l’attelage classique blazer marine / pantalon gris, mais à l’envers. Pourquoi alors être si troublé? Car je ne trouve pas l’accord très élégant. Je n’y vois pas d’harmonie ni la preuve d’une recherche formelle fine.

Le jean, qui est plutôt de couleur bleu, poserait-il comme le chino un problème d’accord qui rend la veste grise utile et efficace avec? Les marques jeunes ont tendance à penser cela, veste grise sur jean indigo. Évidement, si les stylites ne travaillent qu’avec du gris et du bleu, il faut bien trouver les accords, qui tournent un peu en rond. Ceci dit, les hommes préfèrent ces deux couleurs…

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Quand je pense veste grise, je pense immédiatement à une palette de couleur monochrome. Avec le gris, j’associe d’autres gris et du noir. Cela me semble plus urbain, plus harmonieux. Plus formel aussi. Une tenue ainsi composée ne serait pas loin de ce que portait Fred Astaire. Avec des vestes grises, il est vrai à petits motifs pieds de poule ou gun tweed, un pantalon foncé est intéressant. J’aime alors beaucoup l’accord général, très chic et finalement assez classique, des illustrations Apparel Arts montrant d’ailleurs de telles mises.

J’ai aussi récemment fait l’acquisition d’une veste réalisée dans un lin gris clair tirant légèrement sur le bleu. A cheval sur les deux couleurs, la veste estivale fait un bon contraste avec un pantalon bleu un peu air force (mais pas marine). Il y a donc une sorte de camaïeu de gris bleu qui n’est pas inesthétique je le reconnais.

Mais comment me convaincre que la veste grise peut-être un bon basique? Une ou deux images google présentent des tenues associant chino marine, veste grise et souliers + ceinture marron. Avec une cravate club en flanelle gris et bleu, l’harmonie générale, très italienne, exprime un goût certain qui ne me déplait pas. Mais l’effort doit être important. Dès lors, il est possible de dire que la veste grise ne doit pas être utilisée comme un uniforme tarte à la crème. Sa relative fadeur doit obliger à plus de recherche. Paradoxalement donc, il faut faire plus d’effort pour rendre belle la tenue.

Ce n’est donc pas à un non définitif que j’arrive ; plutôt à un pourquoi pas, mais! Si l’envie de porter uniquement des bas foncés marine (chino ou denim) est forte, il faut bien porter une veste, et autant qu’elle ne soit pas bleue.

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Certains associent même le chino sable avec un veste grise. Beige plus gris, dans un esprit Loro Piana, c’est élégant. Mais il s’agit de cachemire et de beaux draps. Or un chino beige Uniqlo avec une veste grise Zara, c’est pas terrible. Je suis désolé de penser que l’accord est à côté. Par contre, avec un chino blanc et une chemise bleu ciel, accord monochrome, la tenue peut-aussi être très belle sous un soleil éclatant.

Finalement, j’étais assez peu convaincu avant d’aborder le sujet. Le simple fait d’y avoir réfléchi quelques instants et d’avoir dessiné ces trois tenues m’encourage à envisager l’idée qu’une veste seule peut être grise. Je suis encore dubitatif, mais je me convainc moi-même !

Bonne semaine, Julien Scavini

Trucs et astuces du costume en été

L’été arrive. Les chaleurs aussi. Que faire lorsque le travail impose de porter un costume mais que les transports en commun, dès le matin sont un supplice qui rend humide ? La réponse n’est pas simple.

Vous ne le savez peut-être pas, mais la plupart des vendeurs de prêt à porter que je connais, y compris dans les grandes maisons, ne s’habillent pas chez eux pour aller au travail. J’ai connu il y a très longtemps chez Hackett un vendeur qui arrivait en bermuda basket avant de se métamorphoser dans le vestiaire en super dandy. De même à la boutique de chaussures à côté de mon échoppe, le vendeur part le soir de manière bien plus décontractée qu’il n’est durant la journée. Un ami chez Berluti fait aussi de même. Et même, un autre qui travaille au siège d’HSBC affronte quotidiennement le RER dans une tenue légère, ses costumes étant dans son bureau. (Il a un grand bureau). C’est donc bien la preuve qu’il faut être inventif pour ne pas trop souffrir et rester frais.

Le gilet peut aussi être envisagé si vous n’êtes pas trop obligé d’avoir la veste. Vous pourriez ainsi la laisser au bureau et vous déplacer en bras de chemise. Votre tenue peut être composée le matin sans aucune veste aussi. Vous pourriez alors faire confectionner un simple ensemble pantalon + gilet ? Peut-être que votre employeur n’y verra que du feu. Vous pourriez avoir ‘laissé’ la veste à votre poste de travail…

Quand il fait chaud, je recours beaucoup à ce stratagème. J’enfile le matin un pantalon et un gilet seulement. En plus, ce dernier donne plus d’aisance, ce qui est idéal pour se courber jusqu’aux chevilles des clients.

En fait le gilet est une pièce paradoxale. Vous pouvez y avoir recours l’hiver pour avoir plus chaud et l’utiliser l’été comme vêtement de dessus pour ne pas avoir trop chaud. Cela reste très élégant.

Pensez aussi aux avantages indéniables des laines froides. Avec une trame ouverte permise par un tissage lâche, la laine respire. Vous pouvez demander aux bédouins qu’elle est la meilleure matière dans le désert. La laine !  C’est une matière confortable, aussi bien lorsqu’il fait froid que chaud, car elle régule la température corporelle. En plus elle drape admirablement et est ordinairement élastique, donnant de la liberté aux mouvements. Et le froissage disparait naturellement lorsque vous suspendez le costume. Le lin et le coton n’ont pas autant d’avantages.

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Question couleur, je trouve qu’il est de bon aloi de changer un peu de registre par rapport aux couleurs sombres de l’hiver. Aimez le gris et le bleu clair. Sans aller jusqu’au bleu ciel improbable sur un homme blanc, les bleus ardoises et bleu-gris parfois appelés air force blue sont résolument opportuns. En plus, ils vont bien avec des souliers marrons. Bien sûr, j’adore pour ma part les costumes beiges, qui se vendent assez bien et reviennent à la mode. Mais la nuance sable ne plait pas à tout le monde. C’est dommage, elle est pourtant d’un chic indéniable, qui vous place au dessus du lot!

Il est aussi intéressant de recourir à des mini chaussettes qui dégagent les chevilles. Associées à un mocassin, elles permettent au bas de la jambe de bien respirer et de profiter des petits courants d’air au sol et le long du mollet.  Une chaussure plutôt légère sera d’ailleurs plus agréable en été. Pourquoi pas dans les transports mettre une basket ou un sneaker simple, genre petite chaussure en toile? Les chaussures en cuir restent au bureau, c’est simple et efficace.

Pensez aussi aux chemises. Les manches ne doivent pas être trop longues pour que le poignet reste dégagé. Une manche plutôt courte laisse mieux respirer l’articulation de la main, ce qui procure un sentiment de liberté et de frais relatif. Et pourquoi pas une belle chemise en lin, ou en lin et coton? Cela ne choquera personne au travail et vous serez plus au frais.

Pour ma part, je l’ai souvent dit, j’apprécie les chemises à manches courtes. Mais jamais sous une veste ceci dit, c’est ridicule. Si vous ne portez pas de veste, mais simplement un pantalon (et un gilet?), et que le modèle ne fait pas trop bord de mer (notamment à cause de dimensions étriquées), allez-y. Les japonnais y ont beaucoup recours. En blanc, c’est simple et efficace.

Ainsi donc, il faut jouer avec toutes les options et étudier tous les points de la tenue pour résister de la meilleure manière à la chaleur. Pensez y.

Bonne semaine, Julien Scavini

Les poches du pantalon qui baillent

La coupe d’un pantalon n’est pas aisé. Car d’une seule couture (celle à l’intérieur de la jambe, qui se poursuit au milieu du fessier) dépend tout l’aplomb du modèle. Et la forme qui en résulte. A ce niveau, les goûts sont comme les couleurs, nombreux. Il n’y a pas de vêtement plus segmenté sur son marché, j’en sais quelque chose.

Suivant votre conformation, vous aimerez une taille naturelle ou une taille basse, une cuisse fine ou étroite, un genoux affiné ou généreux, un bas étroit ou large. Ces points peuvent être liés entre eux de manière variée, ce qui donne une infinité de combinaisons en fait. Un petit gros ou un grand mince, un grand et gros et une petit mince ne partagent pas la même coupe. C’est bien le vêtement le plus dur à vendre, car la coupe fait tout. Et les hommes qui ont de la cuisse et un fessier développé sont aussi nombreux que ceux qui sont filiformes. Diantre.

L’un des détails qui chagrine le plus le porteur est la façon parfois incontrôlable qu’ont les poches d’ouvrir. Il existe deux manières de placer les poches sur le côté d’un pantalon classique, en biais ou dans la couture. Ces deux manières n’ont pas vraiment d’incidence sur la coupe. En revanche, elles constituent une interruption de la couture du côté. Il s’agit d’une percée faite pour y glisser ses mains. Dès lors, la continuité de la ligne n’est pas assurée. La construction interne de la poche garantie que celle-ci plaque au mieux le flanc. Toutefois, il arrive parfois que la poche ouvre, qu’elle fasse des oreilles me disent certains clients.

Il faut le dire tout de suite, sur les pantalons très serrés, comme aiment porter les jeunes, c’est normal jusqu’à un certain point (une ouverture légère disons). Il est en effet impossible d’avoir à la fois le fessier mis en valeur et une cuisse fine et juste la dose d’aisance pour que la poche plaque le flanc. Le dessin A présente un pantalon à la taille naturelle un peu ample. La poche en biais se présente droite. Le dessin B présente un pantalon semi-slim assez ajusté. Dès lors, sa poche est légèrement tendue, ce qui dès lors normal.

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Car ce qui permet à la poche de se positionner correctement est le volume d’aisance du bassin. Sur un pantalon à pince généreux, la poche se positionne généralement bien. Sur un pantalon slim, elle baille légèrement, c’est normal. Point.

Si la poche baille plus, il existe deux causes. La première est évidente (un bassin trop serré), la seconde l’est moins. Et souvent cette cause oubliée explique largement la moitié des cas constatés. Le plus souvent, le pantalon est bien placé à la taille. Semi-taille basse pour certains, taille naturelle pour les classiques. Visuellement, de face comme de dos, le pantalon tombe bien, il est beau et se place correctement. Pourtant la poche s’affaisse.

Cela provient peu provenir d’un bassin un peu serré ou alors du flanc qui appuie sur la ceinture, poussant celle-ci vers le bas. Les deux cas peuvent être constatés, corrélés ou non. Un pantalon peut être trop serré ou bien le ventre appuie sur la ceinture. Ou les deux.

Ces flancs qui appuient sur la ceinture sont les fameux « poignées d’amour », petites bouées qui ceinturent le ventre de ces messieurs. Le plus souvent, c’est cette petite bouée qui est responsable de l’affaissement des poches. Il ne faut pas chercher plus loin…

Lorsque je fais un pantalon en demi-mesure à un client, je règle généralement le bassin pour lui donner le juste confort (serré ou avec un peu d’aisance). Je règle aussi la hauteur de port, entre semi-taille basse et plus haut sur la hanche. En revanche, je ne peux pas faire grand chose pour les poignées d’amour, qui sont de la seule responsabilité du client. Du coup, si le pantalon est théoriquement parfait, des plis horizontaux se forment sous la ceinture, au niveau de la poche, écrasant celle-ci.

Hélas, il n’y a pas grand chose à faire. Le port des bretelles ne règle même pas tellement ce point, car celles-ci soutiennent l’avant et le dos du pantalon et donc au milieu, l’affaissement peut toujours se produire, même s’il est amoindri.

Le dessin C présente un pantalon semi-slim avec un bassin un peu serré, les poches baillent. Le dessin D présente un pantalon qui n’est pas forcément trop serré au bassin. Mais regardez la ceinture, elle appuie sur la poche. Pourquoi la ceinture est-elle poussée comme cela? A cause d’un petit poignée d’amour? Enfin sur le dessin E, le ventre appuie cette fois sur le devant de la ceinture. Plus de poignet d’amour ici, mais un ventre qui « pèse » sur le devant du pantalon, qui plisse.

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Donc, lorsque vous verrez vos pochez bailler, vous pourrez vous interroger sur trois points :
– le bassin est il trop ajusté ? (auquel cas il faudrait agrandir le fessier, ce qui donnera pour les plus jeunes plus de tissus qui « flotte », eh oui…)
– la hauteur du pantalon est elle adaptée à la morphologie et à la position des hanches ?
– un petit excès de graisse périphérique appuie-t-il sur la ceinture ? Auquel cas ce n’est pas au tailleur de travailler !

Bonne semaine, Julien Scavini

La veste couleur tabac

Le printemps arrive à grands pas que déjà il faut penser au vestiaire de l’été, souvent moins riche que celui d’hiver. Difficile en effet de beaucoup s’habiller lorsqu’il fait chaud. Et alors que l’hiver de nombreuses étoffes existent pour donner de la variété à la tenue comme la flanelle, le tweed, les velours et les différents tissages de laines fines, l’été est plus restreint.

Toujours utile de le rappeler, il est d’abord important d’avoir quelques bons pantalons frais et bien choisis, en laine froide, en coton ou en lin pour associer à toutes les chemises possibles.  La veste apparaît comme plus accessoire lorsqu’il fait chaud. Encore un fois l’hiver permet de la variété, alors que l’été fait sécher la réflexion des plus élégants.

Un blazer marine réalisé dans une toile aérée de laine est des plus utiles.  Polyvalent, associable aussi bien avec un chino beige qu’avec un pantalon en laine grise voire écru, il est incontournable. Le blazer peut évidemment être coupé dans un drap plus clair, bleu air-force (bleu-gris) voire bleu ciel. Un choix plus rare bien que très élégant.

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Quel autre fond de garde robe incontournable s’offre à vous ?

Si vous portez beaucoup de chinos bleu marine, ce qui est mon cas, vous saurez que le blazer lui aussi marine ne convient que moyennement. Dans l’optique de changer un peu, les sahariennes écrues sont toujours superbes. Les détails nombreux qui y sont cousus (poches à soufflets, épaulettes) apportent un supplément d’âme à un vêtement par ailleurs réalisé dans une étoffe assez lisse et sans relief, souvent le coton. Elles ont en revanche le défaut de se salir vite si elles sont très claires.

La veste vert bronze, une couleur un peu militaire et très à la mode en Italie est une bonne piste encore peu explorée en France.

La veste tabac apparaît de son côté comme une réponse opportune. Unie, elle est simple et discrète. La couleur tabac est un juste milieu entre le marron chocolat (une couleur qui était à la mode dans les années 2000) et le gris. Seulement, la veste grise est un peu trop typé urbain et n’offre pas beaucoup d’associations possibles, quand au marron dur il donne une mine terreuse. Or, un fil à fil léger en laine froide couleur tabac est idéalement placé sur le gradient des couleurs.

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Ainsi, la veste tabac passe très bien avec des chinos beige ou même bleu, dans une harmonie tout à fait italienne.  Les lainages de cette teinte sont passe-partout. C’est la polyvalence même, la veste que l’on met sans même y réfléchir.

Cette veste peut-être unie pour maximiser les accords possibles en particulier avec les chemises rayées bleu ciel. Elle peut aussi arborer un élégant carreau-fenêtre vaguement fondu. La couleur du tweed et la fraicheur de la laine froide. Pour ceux qui n’osent pas le beige clair en veste, elle offre un juste équilibre sur la balance stylistique.

Les règles anglaises classiques dissocient le registre des habits de travail et de jour des vêtements destinés aux week-end et aux loisirs. Gris et bleu d’un côté, ocre, beige et brun de l’autre. Avec une telle veste, vous vous situez avec clarté dans la seconde catégorie. Parfait pour partir en vacances, les lunettes de soleil dans la poche poitrine !

Bonne semaine, Julien Scavini

Se faire confectionner une veste sport

Quand vient l’idée de se faire confectionner une veste sport, plusieurs questions doivent se poser. Car à la différence d’un costume, assez normé et plutôt lié à l’uni et au gris et bleu, le veston dépareillé pose beaucoup de questions. Le répertoire des tissus est extrêmement varié, la palette de couleurs très imposante et les motifs nombreux.

Il faut d’abord se demander si la veste sera destinée à l’hiver, à l’été, ou à la demi-saison. Si les laines à costumes classiques sont appelées quatre saisons pour leurs capacités à être mises toute l’année, les draps pour vestes sont disponibles dans différents poids, du tweed de 500grs aux mélanges aérés d’été en 240grs. Il faut donc bien s’interroger sur la saisonnalité et envisager tout de suite l’idée que la veste ne sera pas utilisée du 1er janvier au 31 décembre.

De là découlent trois vestes types : les vestes d’hiver bien lourdes, les vestes d’entre deux, assez nombreuses et enfin les vestes d’été, finalement assez rares et peu utiles tant les températures poussent à rester en chemise.

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Ensuite viennent les motifs. Les tissus de costumes là encore sont relativement simples, principalement unis ou à micro motifs discrets, chevrons et caviars. Les rayures et carreaux sont possibles, mais dans les faits assez rares. Alors que les draps pour faire des vestes sports sont très variés et rarement unis. Les carreaux se payent la part du lion, du plus discret au plus bariolé. Il convient de se poser la question de la praticité à ce niveau.

Une veste sport facile à mettre – en particulier si c’est votre première – sera plutôt unie. Elle ira ainsi avec tout et en toute circonstance. Bien sûr, si vous souhaitez vous amuser un peu, un carreau discret égayera bien votre tenue, mais il faudra choisir une chemise en conséquence, notamment en évitant les rayures.

Du côté des vestes unies pour l’hiver et la mi-saison, des petits tweeds unis ou à petits motifs comme les chevrons seront parfaits. Polyvalents en même temps que discrets, c’est un choix raisonnable. Les tweeds donegal, avec leurs imperfections colorées sont parfaits. Les drapiers italiens ont aussi trouvé le truc en proposant des draps laineux, proches des flanelles.

D’ailleurs, à ce sujet, il est possible d’avoir recours à des tissus de ville pour se faire confectionner une veste dépareillée. Un beau prince de galles ou une flanelle unie peuvent être bien vus. Mais trop simple aussi?

Les carreaux font la force des tissus de loisirs. Ils sont petits, grands, estompés, marqués, de couleurs discrètes ou de tons vifs, ils sont à manier avec précaution et doivent être choisis avec tact. Et il faut se laisser convaincre. Tous les tissus sont beaux et rares sont les erreurs. Un carreau liant bleu et marron est facile quand même. Et une veste ainsi faite égaillera toujours vos sorties.

Le printemps approchant, il faut se poser la question de la saison plus chaude. Et là les réponses sont moins aisées. Bien sûr le tweed est merveilleux et très agréable. Mais enfin, dès qu’il fait 25°c, il n’est pas évident à porter.

Les nattés permettent de réaliser de beaux vestons, efficaces en mi-saison comme en pleine chaleur. Ceci dit, l’effet est plus uni et on perd l’aspect ‘tweedy’ si cher aux messieurs. Comme j’avais pu l’écrire précédemment, quelques mélanges de laine et soie répondent à cette idée.

 

L’été aussi les carreaux sont de sortie. Dans des tons plus ou moins bariolés d’ailleurs. Les mêmes problématiques se posent. Il faut penser à la panoplie idéale, en pensant à deux ou trois pantalons complémentaires. Bien sûr un pantalon blanc va toujours et avec tout, mais c’est très habillé. A moins d’essayer un chino blanc? Le chino beige lui doit être considéré en priorité. Et je pense aussi qu’un pantalon de laine bleu moyen à clair fait beaucoup d’effet l’été en association avec beaucoup de vestons.

 

Comme vous le constatez, les tissus sont nombreux, les coloris et motifs variés. Cela fait beaucoup à penser. Et je ne parle même pas des formes de la veste, avec ou sans poches plaquées, deux ou trois boutons, épaule napolitaine, etc, etc, etc… Mais au fond, n’est-ce pas une chance et un plaisir? A l’heure de l’uniformité, choisir un drap sport est un plaisir et signe de différenciation.

Bonne semaine, Julien Scavini