Archive for the ‘Pièces de dessus’ Category

La veste de cocktail

16 mai 2016

C’est la saison ! Et les mariés sont nombreux à visiter les échoppes des tailleurs. Si le costume classique, deux ou trois pièces se taille la part du lion, certains ont envie d’autre chose. Bien sûr, il y a la classique jaquette. Il y a aussi le smoking. Même si canoniquement le smoking est plutôt une tenue du soir, je ne suis pas particulièrement contre son port en journée pour une telle occasion. Il ne faut pas être plus royaliste que le roi, et un smoking, c’est très joli et c’est un bel effort pour changer un peu.

Au cours de la discussion au sujet du smoking reviennent souvent deux interrogations. La première concerne cette fameuse couleur noire et son utilisation en pleine journée. La seconde renvoie à la réutilisation de ce vêtement.

Porter du noir en pleine journée est en effet quelque peu curieux. En particulier si le mariage a lieu en plein été avec une forte dominante d’extérieurs (apéritif, diner). Cela renvoie à l’usage du smoking, qui est en effet un vêtement semi-formel (pour de ne pas dire complètement formel de nos jours), qui est plus en usage le soir en intérieur, opéra ou grand diner.

La matière du smoking permet pourtant son utilisation en extérieur en pleine chaleur. Car son drap est souvent constitué de laine et de mohair, le rangeant dans la catégorie des laines aérées. Car si le grain de poudre classique est 100% laine et souvent lourd, les drapiers proposent depuis longtemps des mélanges plus légers et frais.

Par ailleurs, si quelques élégants ont l’occasion de porter le smoking de temps à autre, pour des galas, des congrès ou même des soupers intimes, il est assez rare en France de sortir ce vêtement. C’est bien dommage du reste. Il y a donc deux catégories de messieurs : ceux qui savent immédiatement qu’ils auront souvent usage du vêtement et les autres, qui ont envie d’un costume de mariage différent de celui du travail mais qui se demandent si le smoking est bien indiqué.

Je leur conseille alors de s’intéresser à la veste de cocktail. En particulier s’ils me décrivent un mariage pas trop formel. Le principe est simple. On garde le principe du smoking : chemise blanche, pantalon (sans galon), souliers et papillon noirs. S’ils ont quelques moyens, on réalise la veste de smoking pour la mairie par exemple.

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Dans un cas et pour faire une économie sur l’ensemble, j’ai conseillé au jeune homme d’acheter un costume noir dans son magasin habituel, pour qu’il puisse l’utiliser au travail, et nous avons brodé sur le haut, c’est à dire la veste.

Car une fois vêtu ainsi, il reste le plat de résistante, la veste !

Notons que le pantalon peut être bleu nuit également.

Et là les possibilités sont infinies. Je conseille souvent de regarder quelques bons James Bond avec Sean Connery pour trouver l’inspiration.

Dans les années 60, ces vestes du soir étaient très à la mode. La matière reine était le shantung ! Il s’agit en fait d’un taffetas ou d’un doupion lourd de soie sauvage. Son effet cannelé (comme le reps de soie) et sa texture grossière et souvent irrégulière est très plaisante. La plupart du temps, le shantung est teinté de couleurs vives. Ainsi, une veste de cocktail en shantung peut être bleu lagon ou rouge rubis.

Cette veste peut aussi être réalisée dans un beau velours de coton et soie. Dormeuil en propose de très jolis par exemple. C’est un peu plus chaud, je le concède. Mais si la veste est destinée uniquement à la fin de journée et au diner, c’est sublime.

Pour être plus simple, il est possible de recourir à des tissus légers et des mélanges luxueux, comme le lin ou le lin et soie. Les drapiers proposent des quantités de tissus élégants pour réaliser des vestes. En France, les clients sont très frileux à choisir des couleurs ou des motifs un peu amusant. Pourtant, pour un mariage, c’est bien l’occasion de s’amuser !

Cette veste de cocktail peut avoir un col en pointes ou un col châle et pas de rabats aux poches. C’est simple et efficace.

Enfin, pourquoi est-ce que je trouve cette option intéressante?

1- Car elle permet de s’amuser avec une couleur et une coupe inhabituelle

2- Car elle permet d’utiliser une base simple (pantalon et souliers noirs, chemise blanche)

3- Car elle peut être réutilisée.

En effet, il est facile d’utiliser au quotidien le pantalon noir (je ne fais pas partie des gens qui portent cette couleur habituellement, et Stiff Collar se bat contre le noir. Mais mettre un pantalon noir au travail avec un col roulé anthracite n’a rien de déshonorant). Et la veste de cocktail fera merveille dans de nombreuses soirées, accompagnant aisément un jean si on veut. C’est une pièce forte et pas commune, certes. Tom Ford le premier a remis cette idée au goût de jour et de nombreuses stars d’Hollywood comme Ryan Gosling ont suivi, attirés je pense par le changement. Mais un changement élégant! Car quel plaisir de sortir un tel vêtement en certaines occasions, vous ne pensez pas? Bref, la porte ouverte à l’amusement. Il ne faut pas s’en priver !

Bonne semaine, Julien Scavini

La couleur des manteaux

21 février 2016

Si l’hiver vous avez un peu froid et que la doudoune, réponse contemporaine et presque universelle, ne vous fait pas envie, vous portez certainement un manteau de laine. J’ai déjà écrit sur Stiff Collar un nombre important de billets sur les différentes formes de manteaux, droit, croisé, de pluie, raglan etc… Si les longueurs ont beaucoup varié, le standard classique à travers les époques reste quand même derrière le genoux ; plus long est très typé années 30 ou 80 alors que plus court voire trois-quart est 60’s ou contemporain. Aujourd’hui, intéressons nous à la couleur, variable suivant les goûts.

Pendant très longtemps, le pardessus classique anglais était anthracite. Il était rarement noir, bien que, associé à un col de velours noir également, puisse être d’une grande élégance avec un chapeau homburg.

Le pardessus anthracite pouvait se porter en alternance avec un pardessus en whipcord un peu olive. C’est disons l’attelage classique anglais.

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Le gris était d’ailleurs la couleur la plus répandue pour les costumes, les liasses en étaient principalement constituées. Peut-être parceque la teinture bleue coûtait plus chère?

Toujours est-il qu’aujourd’hui, c’est le bleu qui recueille le plus de votes favorables. Et à la limite, j’en suis très content, tant cette couleur peut être lumineuse, y compris dans des tons très sombres. Aussi, lorsqu’un client demande un conseil pour un beau manteau, je l’oriente vers un drap bleu marine, plus ou moins lumineux suivant son goût. L’avantage du bleu est d’être plus versatile, c’est à dire qu’il complète admirablement un costume (bleu ou gris d’ailleurs) et qu’il est aussi parfait avec un jean ou un chino le week-end. Le bleu apparait soit comme formel et habillé soit plus sport. C’est un avantage indéniable. Un manteau anthracite sur un chino et des chaussures de toile le week end n’est pas esthétique. Au moins ce choix est simple.

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Ceci dit, ce serait vite passer sur le gris que de considérer exclusivement le ton anthracite. A l’opposée du gradient, il y a le gris clair. Cette nuance se fait une place dans le cœur des amateurs de beaux vêtements. Les pantalons de flanelle claire, parfois presque blanche, sont très commandés en ce moment. Ainsi, un manteau gris clair dans un drap plus sec parait très intéressant. Il est plus contemporain que son grand frère anthracite et fait bon ménage, à la fois avec un costume (mention spéciale pour les costumes gris et les souliers marrons) et les vêtements décontractés. Un chino beige va très bien avec le week end.

En parlant de beige, il est possible d’évoquer avec plaisir cette autre couleur à la mode, le camel. Comme son nom l’indique, la couleur découle de la teinte naturelle de la laine du chameau. Et la laine de chameau est aussi douce que le cachemire et plus solide! Les couturiers italiens comme Brunello Cucinelli ou Loro Piana en ont fait leur marque de fabrique. Et bien un manteau beige, c’est aussi très joli. Par contre, c’est assez sport, y compris avec le costume. Ceci dit, ce n’est plus un point qui rebute grand monde. Car même en étant sport ainsi, on reste quand même cent fois mieux habillé que le commun. Pour alléger cette couleur très franche, j’émettrai simplement l’opinion suivante : un trois-quart sera plus léger visuellement et fera moins old fashion. Mais ce n’est qu’un avis.

Un manteau beige peut aussi être réalisé en coton lourd, genre manteau de mi-saison. C’est un choix archi-classique mais pourtant si joli à porter !

Pour revenir sur le bleu, il existe aussi une teinte bleu ciel / bleu horizon (donc un peu grise) très élégante et facile à manier.

J’oubliais de vous parler d’autres matières. Car l’on est pas obligé de recourir à un drap de laine peignée. Il est par exemple possible de s’amuser à faire un manteau avec 1- du coton lourd dans l’esprit manteau de pluie, 2- du whipcord lourd, très lumineux et endurant, 3- du tweed. Car oui, il est possible de réaliser un manteau mi-saison avec un Harris Tweed par exemple. C’est un peu à mi-chemin vous me direz. Mais pour en avoir réalisé un récemment, c’est très agréable à porter (j’imagine, il faudrait demander au client) et à voir. Et là, c’est carton plein le week end. Quant à la semaine, sur un costume, l’effet est quand même très direct.

Je ne vais pas évoquer l’idée de faire un manteau à rayures, ou un manteau à carreaux, ni même les manteaux colorés rouge ou jaune qui ne sont pas classiques et pourtant si représentés au Pitti. Il m’apparait que ce sont des pièces sympathiques mais très typées. Or un manteau se garde des années, alors autant faire discret.

Par contre, un beau manteau vert, dans une flanelle par exemple, c’est admirable. Comme le Loden arpente les rues depuis des décennies, notre œil est habitué. Le vert va très bien avec un costume gris foncé, c’est même une merveille. Le vert va pas mal avec certains bleus (soit marine très profond, soit bleu air force). Et le vert va bien avec le beige, le marron et les autres couleurs du week end !

Je n’évoque pas le manteau marron, qui est à mon avis difficile à porter. Le marron en grand volume a tendance à donner une teint terreux à son porteur. Si un modèle Barbour semble classique et tout à fait portable, je suis réservé sur un manteau ainsi réalisé. Sauf, si le motif est à chevrons, auquel cas le résultat peut être magnifique, très sport dans le sens british. Mais ce n’est pas le manteau le plus versatile, il faut bien l’avouer !

 Bonne semaine Julien Scavini

Réparer un pantalon

15 février 2016

La question de la durée de vie est plus que jamais d’actualité, que ce soit pour les objets high-tech et les vêtements. Je crois que nous faisons tous attention à faire durer nos habits. Soit par économie, soit par envie de protéger la planète, soit pour la perfection d’une coupe ou d’un confort, parceque retrouver le  vêtement qui tombe aussi bien est franchement difficile ! Alors il faut faire durer.

La durée de vie des vêtements est par ailleurs variable. Une chaussette suivant la marque dure plus ou moins et rares sont ceux qui les reprisent encore à la main. Une chemise suivant la qualité de son coton va plus ou moins s’élimer. Rares aussi sont ceux qui font faire un deuxième set de poignets et col pour changer plus tard. Question de coût et de modes qui changent. Une veste s’use très rarement de son côté, sauf les tissus très fins ou les mauvais thermocollage. Par contre les pantalons eux s’usent vite. C’est le mal du siècle. Mais pourquoi diantre s’usent ils si vite?

Pour deux raisons. D’une part les coupes sont très ajustées. Et des cuisses plus resserrées ont tendance à tendre le tissu. Ce tissu plus tendu, sous l’effet de la chaleur, de l’humidité et du frottement s’abrase tout seul. Il s’abrase d’autant plus vite que le tissu est fin, c’est la seconde raison.

Là dessus, la masse de client est en partie coupable et schizophrène à la fois. Les maisons qui vendent des costumes (Hugo Boss, De Fursac, Massimo Duti et j’en passe) sont prises entre deux feux. Si elles proposent des tissus lourds et robustes, elles feront face à une catastrophe industrielles, les clients n’achetant pas. Si elles proposent des tissus légers et fins, les client achètent. Mais au final reprochent cette légèreté et la fragilité qui en découle. Vous voyez le dilemme pour une grande entreprise?

C’est d’autant plus dommage que la veste du costume dure généralement plus longtemps que le pantalon. Et hélas les pantalons ne sont plus vendus en doubles. C’est là encore un comportement schizophrène. Une marque chercherait à vendre deux pantalons qu’elle se retrouverait avec une tonne d’invendu.

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Heureusement, il existe deux parades à l’usure prématurée du pantalon.

D’une part demander à un retoucheur de poser un renfort à la cuisse dès le début. L’opération n’est pas rapide et il faut compter environ 45€ de matière et de pose. Ce renfort consiste en une pièce de tissu de coton, prise dans les coutures (sur dessin ci dessus). En plus de la propreté de fond de culotte.

Ceci-dit, ce renfort n’empêchera nullement la laine de feutrer puis de rompre. Elle ralentira simplement ce désagrément.

Il faut alors surveiller le pantalon. De temps à autre, observer l’entrejambe pour voir si la laine feutre et si la trame commence à apparaitre. (Attention sur ce point, un pantalon neuf peut feutrer très vite sans pour autant s’user ou rompre. Car certaines laines feutrent mais restent solides).

Si vous sentez que la laine va craquer, il est possible de couper le tissu incriminé (une petite partie en forme de long triangle) et de reposer un autre tissu. Ce nouveau morceau est appelé ‘fausse pointe’. Il peut être dans un tissu différent, pris dans les chutes du retoucheur, car il ne se voit pas, ni debout, ni assis, étant très profondément enfouie sous l’entrejambe sur le dessin ci-dessous). Cette retouche simple et renouvelable x fois est idéale pour continuer de faire vivre un costume. Il faut compte 50€ environ. C’est onéreux, mais c’est moins cher payé par rapport au rachat d’un nouveau costume !

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Chez le tailleur, si le tissu est encore disponible, il est possible de faire refaire un pantalon plusieurs mois après. Ou comme l’a fait un de mes clients, d’acheter 1m30 de tissu en plus, en réserve pour plus tard.

Bonne semaine, Julien Scavini

La largeur des manches

7 février 2016

La question de l’aisance d’une veste renvoie à une multitude de caractéristiques et de mesures. De nos jours, l’aisance a beaucoup diminué par rapport aux années 50, où les vestes, très entoilés et dans des tissus lourds, donnaient aux hommes des carrures importantes. Ceci dit, cette aisance presque disproportionné a mis longtemps à émerger. Sous l’ancien régime, la notion même d’aisance n’était pas conceptualisée. Et les vêtements étaient taillés à la même dimension que la peau. C’est pourquoi les vêtements anciens dans les musées paraissent si petits. A partir du XIXème siècle, le tailleurs commencèrent à fixer des règles pour donner du confort au vêtement.

Étudions d’abord les diverses formes de manches . La manche de chemise par exemple, le modèle le plus ancien, est coupé d’un seul morceau. De ce fait, elle tombe verticalement. Ce n’est pas une manche anatomique en ce sens qu’elle est droite. Or, le bras ballant n’est pas droit et vertical, il est légèrement courbe et va vers l’avant. On parle de l’aplomb d’une manche pour désigner cette pente. Pour que la manche soit anatomique, il faut couder la manche. D’une couture placée dessous, on passer alors à deux coutures, une avant, une arrière. Jusqu’aux années 30, les deux parties étaient de taille égale (en dehors de la tête de manche arrondie). A partir des années 40, les tailleurs ont poussé le raffinement en repoussant la couture devant vers le dessous, pour la cacher visuellement. Cela s’appelle le relarge à la saignée. Les deux parties de la manche ne sont alors plus symétrique. Voyez les trois types de manches, coupées puis montées ci-dessous:

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Aujourd’hui, les vestes sont près du corps. Les jeunes les aiment ainsi. Notons en préambule que le corps d’une veste se compose d’un devant, d’un petit côté et d’un dos. L’aisance d’une veste vient pour beaucoup du petit côté. Si celui-ci est généreux au niveau de la carrure (c’est à dire sous le bras), il donne à la veste de la carrure avant et dos. D’où une certaine aisance dans les mouvements. Si vous rétrécissez le petit côté au niveau de la carrure vous emboitez alors les flancs, la veste rétrécie. Simple non?

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Dire cela ne doit pas faire oublier une partie essentielle : la manche. Car en majeure partie, le patronage du petit-côté donne la manche. Ainsi, la largeur de la manche est réglée sur la largeur du petit-côté, hors complications tailleur (comme l’embu surnuméraire des grandes maisons).

Ainsi, pour obtenir une veste slim, il ne suffit pas de cintrer et de retirer de la carrure dos. Il faut réduire le petit côté et aussi réviser la manche, un travail plus périlleux. Il serait curieux d’avoir une veste étriquée et une manche large.

Les jeunes soucieux de mettre leur physique en valeur réagissent très souvent à la largeur de la manche, la trouvant large. Il me faut alors faire œuvre de persuasion pour les convaincre du contraire.

Car une manche ne doit pas coller un bras. Cela est possible avec un t-shirt car la maille s’étire. Mais un tissu en chaîne et trame se s’étend pas et on peut vite être bloqué, notamment au coude. Les mouvement peuvent devenir désagréables. Mais c’est un fait que les jeunes apprécient les manches fines.

Car donner un peu de gras à la manche donne une aisance formidable. Vous pouvez ainsi avoir un corps très ajusté, très emboité et une manche généreuse. Le confort sera formidable. C’est la manière italienne de concevoir un vêtement, associé à une emmanchure haute. Le corps est très petit et la manche confortable.

Par ailleurs, il y a un point à ne pas négliger dans ce débat de style. La largeur de l’épaule est en relation directe avec la manche. Ainsi, une manche large permet une épaule très étroite, très emboitée. Alors qu’une manche slim oblige à donner de l’épaule (les flèches oranges ci-dessus). Une géométrie complexe ! C’est l’un ou l’autre mais pas les deux. Car si la manche est étroite et l’épaule aussi, 1- la veste sera un t-shirt inconfortable et 2- la tête de manche aura tendance à faire une sorte d’escalier, à marquer le biceps (comme s’il sortait et poussait la manche).

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Ce principe simple est facile à constater dans le commerce. Regardez une veste De Fursac, Dior ou The Kooples. La manche super fine est permise par une épaule relativement large et carrée. Alors que les vestes italiennes (Brioni ou même Suit Supply dans certaines coupes) ont une manche légèrement généreuse qui permet de remonter sur l’épaule un peu plus.

En industrie, assister à la mise en place d’une base est passionnant car ce sont précisément des débats de ce genre qui ont lieu. C’est une querelle qui renvoie à la vision de la veste, à son usage et à la cible commerciale. Où comment des questions bien réelles de coupes sont liées à l’aspect commercial.

Pour ma part, je préfère une manche un peu généreuse et la vision d’une épaule un peu emboitée, au plus près du biceps. A vous de choisir !

J’aimerais enfin vous expliquer un petit schéma drôle ci-dessous. La première manche grise est une version normale, relativement ventrue pour l’aisance. La manche grise deux est dite slim. Voyez au bout des flèches oranges comment la ligne est devenue concave. Cela permet d’affiner beaucoup le biceps. Je pense que vous serez amusé de constater que la manche trois, datant de l’ancien régime (à l’époque, la manche était très anatomique et fortement coudée, notamment pour l’attitude ‘à cheval’) présente le même retrait au biceps pour affiner la ligne… La mode est un éternel recommencement !

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Bonne semaine, Julien Scavini

Pantalons d’aujourd’hui, mode d’hier

18 janvier 2016

J’aime bien les batailles d’anciens et de modernes. Car quand on s’intéresse à l’histoire, on ne cesse d’être amusé des trouvailles des jeunes et des railleries des vieux.

Par exemple, lorsque un sénior s’offusque de l’inconsistance des vestes italiennes aux épaules déstructurées, un amateur de vêtements anciens ne peut s’empêcher de penser aux montages d’avant 1914 voire de bien avant sous l’ancien régime, qui précisément étaient très emboitées sur l’épaule et souvent plissées ou froncées. Et il est tout aussi amusant à l’inverse de voir les jeunes tomber en pâmoison devant cette invention de la ‘modernité’.

Au sujet de la veste, on peut s’amuser aussi des jeunes qui adorent les vestes courtes et des anciens qui les aiment longues comme des peignoirs. Aux alentours de 1910, le veston court qui était assez jeune à l’époque se taillait assez raz-de pet! Et très renflé sur les hanches. C’est dans les années 30 qu’il s’allongea et devint plus droit sur les hanches, en contrepartie d’un cintrage plus appuyé.

Le pantalon traverse quant à lui une époque charnière. Et son histoire est courte. Car si des versions très anciennes sont attestées dès le moyen-âge (surtout chez les paysans) et que les sans-culotte de la Révolution le propulsèrent sur le devant de la scène, il faut vraiment reconnaitre que le pantalon moderne pour tous est né au XIXème siècle, à l’époque pré-Victorienne (1800/1830 environ, règne de Guillaume IV).

C’est que le choix du pantalon pour couvrir la jambe n’a jamais été évident et dès le départ il posa des problèmes insolubles de coupe. Au début, c’était tout de même un affreux tuyaux très étriqué. Car ce qui allait de soi, c’était d’exprimer le galbe de la jambe : le beau mollet et la cuisse altière… La culotte que l’on portait sous l’ancien régime voir jusqu’à Napoléon III en France se finissait au genoux, et c’était un délicat bas de soie que couvrait la partie inférieure.

Le pantalon ajusté a posé les problèmes suivants :

1- à la différence du bas de soie qui est un petit jersey extensible, le pantalon est fait de tissu, très peu extensible. Dès lors, envelopper le mollet, dont le volume varie du simple au double suivant que l’on est assis ou debout pose question.

2- la jambe possède en son centre une articulation cruciale, le genoux, dont les mouvements ne sauraient être limités. Ce qui change considérablement la longueur du pantalon, que l’on soit assis ou debout. Pour remédier à ce problème, les premiers pantalons avaient un ruban qui passaient sous le soulier, pour les maintenir droit. Mais si vous avez déjà essayé cela, c’est très bizarre à l’usage. Par ailleurs, si le pantalon est très étroit et le tissu très raide, il peut couper la circulation derrière le genoux et faire une génuflexion pour ramasser un bidule à terre est impossible (véridique, j’ai essayé).

Les pantalons des sans culottes n’avaient pas ces problèmes, ils étaient larges et souvent très courts, car élimés.

Pendant la première guerre mondiale, nombre d’armées ne s’y sont pas trompées et plutôt que de donner des pantalons sans aisance et pas pratique, elles distribuaient des culottes avec bandes molletières. Pourtant, dès 1860, les pantalons de ville étaient un peu amples déjà.

D’un point de vue technique, la culotte et bande molletière (ou un bas) représentent la solution la plus logique, la question de l’articulation étant réglée. Mais il faut faire tenir les deux ensembles. Par ailleurs, ce n’est plus une esthétique à la mode…

Ceci étant dit, pourquoi la querelle des anciens et des modernes m’amuse dans ce cas présent. Car les messieurs d’un certain âge qui ne jurent que par les pantalons à pince et les bas larges croient que ce fut toujours ainsi. Et bien non, cette mode et ces techniques datent précisément des années 10/20/30 et des expérimentations des tailleurs. Cette mode s’est très rapidement diffusée. Vous pensez, quelle aisance !

Mais elle est passée. De nos jours, les pantalons redeviennent près de la jambe, voire même très près de la jambe pour les jeunes qui portent des jeans ‘skinny’. Si je trouve ça parfois aventureux, je n’ai plus un œil hostile à ce sujet. Car au fond, c’est une tendance de l’homme européen depuis des siècles. Une belle jambe se montre ! C’est un fait historique. Regardez un portait de François Ier ou de Vercingétorix (avec ici une pincette sur la véracité historique).

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Pourquoi j’écris cet article? Car je suis allé récemment chez Carhartt et Uniqlo pour me trouver quelques modèles de vacances et que j’ai été amusé par deux faits modernes mais à l’écho ancien :

1- les pantalons sont proposés à la vente pliés par les côtés. Ils sont à plat et pliés sur la fourche. Ce faisant, cela marque les plis sur les côtés, au même endroit que les coutures. Les plus amateurs d’ouvrages de références et de Stiff Collar savent qu’au tout début des pantalons, quand Edouard VI n’était que le Prince de Galles (époque 1860-1900), les plis étaient aussi marqués sur le côté! Un retour en arrière, par rapport à ce pli très structurant (et valable uniquement si la coupe est large) apparue après 1900 pour ne pas dire véritablement dans les années 30.

De nos jours, même sur les pantalons de laine des costumes, les plis sont souvent estompés. D’une part car les matières fines ne les supportent plus longtemps, et d’autre part, car les clients ne s’en préoccupent plus. Certains portent même le pantalon de costume de manière molle, un peu comme un jogging. De toute manière, s’il est coupé à 18cm en bas et que la cuisse est fine, aucun pli ne restera.

2- les pantalons sont coupés étroits comme aux premiers temps (pas forcément tous en coupe slim mais quand même) et ce faisant, ils marquent tous les dessous de genoux. Ils froissent et pochent à l’horizontale là où le mouvement est continu. Regardez une gravure de Beau Brummell, vous les verrez bien ces pliures sous le genoux, puisque la jambe est étroite.

Si en tant que tailleur je cherche à faire des pantalons très droits et stricts, donc un peu large, les clients dans leur grande majorité ne cesse de faire réduire bas, genoux et cuisse. Le résultat est le même qu’en 1830, des pliures et cassures sous le genoux, plus ou moins accentuées se forment. Et cela sans qu’aucun reproche ne m’en soit fait, ce doit être un effet plaisant. J’espère mon illustration à ce propos très parlante !

Comme vous le voyez, ces petits points d’histoire sont passionnants et très éclairants. La mise en perspective permet d’expliquer le présent et parfois de deviner le ou les futurs. Cela permet aussi de relativiser les errements des plus avant-gardistes…

Bonne semaine, Julien Scavini

Le costume marron

14 décembre 2015

Au début du blog, un costume marron était pour moi en tweed, uni ou petit motif genre chevrons. Car costume marron signifiait costume de campagne, trois pièces qui plus est. Avec le temps, je deviens moins ayatollah et pour avoir réalisé bien souvent des costumes de ville marron, je suis amené à réviser mon jugement.

Si l’on est tout à fait anglais dans son amour des beaux vêtements, il apparait comme totalement incongru de porter du marron en ville. Mais, tout évolue et le port de souliers en cuir marron s’est depuis longtemps répandu, même parmi les plus anglophiles. Il est vrai qu’un beau costume de flanelle gris s’accommode délicieusement de chaussures en veau-velours.

Un costume de laine légère et lisse, type super 110 s’accorde dans mon esprit beaucoup moins de souliers marron, mais c’est pourtant un usage maintenant très répandu. Il suffit de regarder dans le métro, le nombre de messieurs portant des souliers marron avec un costume marine ou gris est aussi important que ceux portants des souliers noirs. Il est pourtant plus difficile de garder des souliers marron en bon état. Passons.

Pour ma part, je suis plus amateur d’une unité de couleur dans la tenue. C’est pourquoi au fil des mois, je me suis dit que quitte à porter des souliers marrons avec un costume, un modèle également marron apparaissait comme pas idiot. (Même je ne me vois pas franchir le pas).  Je préfère clairement l’unité de couleur costume et souliers marron plutôt que costume gris moyen et souliers marron.

Ce sentiment s’est renforcé car j’ai tous les jours des exemples sous les yeux : mes clients. Et certains m’ont commandé des costumes en laine fine marron. Il y a les marron fils à fils mêlés de noir, très élégant et sobre, ainsi que des teintes plus claires, comme le marron feuille de tabac, toujours superbe. Vous voyez ci-dessus une palette de différents marrons avec quelques carreaux (mais pas de rayures!), glanés ici et là dans mes liasses de tissus.

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Le fait est que ce n’est pas incongru. C’est même joli et je pense assez versatile. Car ce costume peut très facilement être dépareillé. Une veste marron est très sport et un pantalon marron va avec tout le week end, vert, rouille ou bleu marine en haut.

Stiff Collar est assez arque-boutés sur les principes, un peu edwardien en sommes, à la différence des commentateurs stylistiques des années 20. Durant les années folles, il y avait une bien plus grande liberté quant aux couleurs. La série Boardwalk Empire nous montre cela de manière édifiante. Le marron était alors plus volontiers porté. Et le marron de ville pouvait avoir des rayures. Ce qui vous l’avouerez est un mélange tout à fait curieux. Curieux, car rayure = ville et carreau = campagne. Comme le marron = campagne, marron ≠ rayure. Et pourtant ils le faisaient. Certes pas toutes les classes de la population, mais c’était possible.

De nos jours, ces tissus marron un peu typés ne sont pas légions. Seul Vitale Barberis avec ses draps ‘vintage suiting’ (présentés il y a quelques temps par Parisian Gentleman) propose une telle offre. J’ai fait quelques scans de la liasse que j’ai. Vous avouerez qu’il y a des choses ravissantes non?

Je vous souhaite une belle semaine, Julien Scavini.

 

Les smokings

7 décembre 2015

Revenons au smoking cette semaine, autrement appelé en anglais ‘dinner jacket’ et en américain ‘tuxedo’. J’ai titré cet article Les smokings au pluriel tant les possibles sont nombreux sur cette pièce a priori restrictive en terme d’inventivité.

Pour faire suite à la semaine dernière, rappelons que le vêtement est plus récent que la queue de pie. Il fut inventé vers 1880, par Henry Poole, le tailleur du prince de Galles de l’époque, le futur Edouard VII. Il permettait de remplacer efficacement la queue de pie lors des dîners du soir plus décontractés. Cette nouveauté de mode correspond du reste à l’engouement pour les vestons courts, qui à la même époque connaissent un véritable essor, poussé par la pratique des activités en plein air.

Ceci dit, ce premier et royal ensemble du soir moins formel que la queue de pie était une veste de soie bleu, assez proche d’une veste de fumoir en velours, avec le pantalon correspondant (ci dessous en bleu). D’une certaine manière cet attelage apparait assez osé, même aujourd’hui.

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Il convient ici de bien comprendre la nuance anglaise entre dinner jacket et smoking jacket. Le premier, noir ou marine et très codifié est traduit en France par le mot ‘smoking’. Et la smoking jacket est traduit ‘veste de fumoir’ (ci dessus en fushia). Ce sont deux choses différentes. L’un est une tenue de haut en bas, y compris chemise et chaussures, alors que l’autre est une juste une veste que l’on enfile après avoir retiré sa veste (de smoking ou de queue de pie) pour aller au fumoir. Les odeurs ne restent pas imprégnées dans le tissus de la veste d’apparat. Toujours est-il qu’à l’origine, la frontière entre le smoking et la veste de fumoir est floue.

Le moniteur de la mode de 1890 rapporte ce glissement sémantique : emprunté à l’anglais smoking, substif verbal de to smoke « fumer », utilisé pour smoking-jacket « veste pour fumer » désignant une veste d’intérieur, attesté dans des textes français (chez Bourget, 1888, ou Hervieu,  1890) et pris au sens de l’anglais dinner-jacket. On peut déduire que l’adoption du smoking fut très rapide : création en 1880 sur la base des vestes de fumoir existant depuis 1850. Entre 1880 et 1890, le smoking traverse la manche et le nom évolue déjà.

Le smoking s’est à la suite du Prince de Galles codifié plus finement pour aboutir au début du XXème siècle à la version que l’on connait : ensemble veste et pantalon (+ gilet le cas échéant) noirs. Les effets de style sont les mêmes que sur la queue de pie : galon le long du pantalon et revers de veste en soie, faille ou gros grain.

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Dans les années 10 et 20, la liaison avec la queue de pie était plus directe, gilets et papillons pouvant être ceux de la queue de pie, soit en coton marcella blanc (ci dessus à gauche). Après ils passent du blanc au noir vers les années 30 pour mieux faire la distinction de tenue. On sait par exemple que sur les cartons d’invitations, on écrivait ‘cravate blanche’ pour que les messieurs viennent en queue de pie. Imaginez le bazar si cette expression pouvait laisser planer le doute. Le smoking prit peu à peu le nom codifié de ‘cravate noire’, soit ‘black tie’ en anglais. Plus simple.

C’est dans les années 30 que le smoking actuel prit vraiment son allure actuelle et que la queue de pie commença sa longue agonie, voir mon article ici. Les trois formes classiques se figèrent à cette époque : veste droite à col pointe, droite à col châle et croisée. Le tissu était et reste le grain de poudre, autrement appelé ‘barathea’. C’est une serge complexe. Ce tissu peut être 100% laine ou un mélange de laine et mohair moins froissable dans les poids légers. Ceci dit, 400grs pour un smoking est bien, cela donne un tomber exceptionnel.

C’est un autre Prince de Galles, cette fois-ci le futur roi Edouard VIII (qui a abdiqué et fut appelé Duc de Windsor), qui a développé dans les années 30 un goût pour le drap bleu nuit. Il trouvait que la teinte sous lumière électrique était plus noire. Il est vrai que la laine grain de poudre du smoking apparait toujours comme un peu verdâtre. Cet effet de style en bleu fut apprécié aux USA et même des queues de pie furent coupées dans ce coloris. Je trouve cela difficile, car il faut trouver la bonne soie pour le revers (qui ne reste pas noir) et pour le papillon et la ceinture. Se pose aussi la question des souliers. Bref, c’est pas le plus simple, mais cela peut être très élégant.

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Depuis, une quantité de formes et de styles se sont succédé, les années 50 puis 60 apportant chacune son lot de curiosité et de tentatives.

Reste que le ‘foreign office‘ dans un livret à destination des diplômâtes anglais référence le smoking croisé comme le plus formel. Mais il y a quantité de vestes croisées de smoking : 2×1 bas ou 2×1 haut, 4×1, 6×1 ou 6×2 voire croisé châle, vous avez l’embarras du choix suivant votre goût!

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Le smoking droit est peut-être plus apprécié en France, comme aux USA. Les aficionados d’un style très sharp préfèrent le col pointe mais pas mal de messieurs apprécient le col châle pour son côté passe partout. C’est une pure question de goût, je ne vois pas de rapport entre la hauteur ou la largeur du bonhomme et la forme du revers. Certains apprécient aussi le col large et d’autres le col étroit. C’est selon !

Classiquement, la veste n’a pas de fente. Ceci dit, ce vêtement est né pour être simple et coller au mieux au goût du moment. Il ne me semble donc pas incongru d’y faire deux fentes. Dans les années 10, on y faisait bien une fente!

Le gilet ne se porte plus guère et est remplacé par la ceinture plissée, le cummerbund, nom de provenance indienne. Le plis servent à disposer des contremarques de théâtre ou de vestiaire par exemple. Si vous optez pour un gilet, celui-ci sera plutôt évasé avec 3 petits boutons en bas, comme sur le gilet de frac. Le gilet peut avoir des revers ou non.

Le nœud papillon est enfin noir. Sans dérogation possible, c’est une cause d’excommunication sans droit de faire appel ! Pour le soulier, vous pouvez soit recourir à une paire de richelieus vernis ou simplement utiliser vos richelieus de la ville, bien cirés. Les puristes à l’ancienne aimeront le mocassin d’opéra, verni avec son nœud dessus. Enfin les accessoires métalliques comme les boutons de manchette ou les goujons de chemise sont dorés avec le smoking.

Concernant la chemise, il n’est pas forcément nécessaire d’avoir un plastron empesé, ni même d’avoir des boutons cachés. Si l’on veut que le smoking continue longtemps d’être porté, il faut aussi savoir le moderniser un peu dans des limites raisonnables. Je redis que le smoking est né pour être pratique. James Bond avec Sean Connery porte des boutons visibles et un col ‘italien’ et les illustrations d’Apparel Arts confirment cette tendance dès les années 30. Mon avis est donc que le col doit être moderne, c’est à dire retombant. Le col cassé est très élégant, oui ! Mais seulement s’il est dur et détachable. Les cols cassés mous et cousus à la chemise sont d’un goût très curieux. Après chacun balaye devant sa porte!

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Pour les plus aventureux, on peut enfin envisager d’autres versions de smoking. Si vous chinez une veste seule et qu’il est difficile de trouver le bon pantalon, vous pouvez opter pour le pantalon de tartan, une solution très en vogue ces temps-ci. Le smoking lui même peut être en flanelle noire pour jouer sur la matière. Ou la veste seule peut être en velours noire. Bref, il existe une multitude de solution.

A vous de jouer maintenant, faites vos jeux !

Belle semaine, Julien Scavini.

La queue de pie, passé et présent

30 novembre 2015

Avec les fêtes qui approchent, je voulais vous parler du smoking. Mais pour faire ça bien, j’ai décidé d’évoquer d’abord la queue de pie, son ancêtre. Ce faisant, j’ai tellement écrit que l’article est devenu autonome. Découvrons là ce jour avant de voir les différentes formes de smoking dans un prochain article.

Le forme de la queue de pie est un lien direct avec les vêtements de l’ancien régime, longs eux aussi. Les habits de dessus dès Louis XIV ont adopté une coupe évasée sur le devant et fuyante sur l’arrière pour une question de commodité à cheval. Dès cette époque, le triptyque justaucorps long, gilet moyen et culotte s’est mis en place. Le justaucorps a lui même évolué doucement. D’abord très évasé et ample, il devient sous Louis XVI plus fin, plus léger, presque ressemblant à une jaquette (en rouge dessous). Ce vêtement long et dégagé devant va continuer d’évoluer, notamment en Angleterre où la forme croisée va apparaitre, notamment avec le fameux Beau Brummell (en vert dessous). L’empire français reviendra sur la forme Louis XVI mais pas seulement.

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Pour suivre admirablement le cheminement cet habit long, il est intéressant de regarder tous les présidents américains depuis les origines (1789). Car d’un héritage franco-anglais très aristocratique, il va être le reflet, 4 ans par 4 ans de l’évolution stylistique. Il est d’autant plus représentatif que : 1- le rythme des successions ne fut pas troublé, que 2- ce sont des civils qui sont représentés, et non des militaires ou des princes en habits aristocratiques. Captivante épopée. Je ferai ce relevé un petit peu après Noël, cela s’annonce passionnant !

Enfin bref, revenons à la queue de pie. Celle-ci est reconnaissable à sa coupe en deux temps : corsage ajusté et basques décalées sur le côté et fuyantes. Cette coupe fut utilisée pour les vêtements de jour comme du soir de 1790 à 1850 environ, et souvent fermée devant voire croisée (comme dans le dessin vert). Passé 1850, la forme va se refermer pour le jour et donner 1- la redingote et 2- la jaquette, voir dessins ci-dessous. Les anglais appellent la redingote frock coat, à ne pas confondre avec le frac, qui en français désigne la queue de pie !

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Pour le soir et à partir de 1850 donc, la queue de pie va acquérir ses lettres de noblesse. Puisqu’elle devient exclusive du soir, elle devient noire. Sans exception. Certes dans les années 50 fut elle réalisée en bleu nuit, mais je trouve cela maladroit. Encore pour le smoking, cette fantaisie passe, autant pour une queue de pie, elle est incongrue.

Mais non contente d’être noire et unie, la queue de pie hérite de la fantaisie du XIXème siècle qui consistait à mettre des textures plus brillantes sur les revers. Ainsi une soie de revers fut plaquée, d’abord sous la forme de trottoir (voir dessin de la redingote) puis recouvrant le revers entier. Cette soie était tissée en faille (similaire à du satin mais un ton moins brillant) ou en gros grain (présentant des cotes en relief horizontales). Les boutons étaient le plus souvent brodés.

La queue de pie est appelée par les services protocolaires ‘cravate blanche’ ou ‘habit’. Les anglais disent ‘tail coat’, ‘white tie’ ou ‘full formal’. Le terme lui même est une ellipse de langage, car la queue de pie désigne la panoplie entière : la veste longue, le gilet très court et le pantalon. Détaillons les :

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La queue de pie en elle même est une veste qui ne se ferme pas. Exactement sur le même schéma que les justaucorps ancien régime. Ainsi, il n’y a pas de bouton pour la fermer. Les six boutons présents sur le devant sont décoratifs. Plus ils sont disposés en V, plus la queue de pie paraitra allurée.

Les revers sont en pointe, toujours, et recouverts de soie. Pour la mienne, ne trouvant pas de gros grain de soie, je me suis rebattu sur un gros grain de tapissier, 100% coton. L’effet est le même !

Il n’y a qu’une seule poche, celle de poitrine pour mettre un mouchoir blanc par exemple.

Les basques doivent arriver juste derrière le genoux. La queue de pie peut être un petit peu plus courte que la jaquette, car elle est fait pour s’assoir et danser et se doit d’être assez légère. Le dos de la basque présente deux plis, un vestige des habits Louis XVI et Louis XV très repliés au dos. La doublure dos en bas dissimule le long de la fente une ou deux poches. Les chefs d’orchestres y dissimulent le baguette !

Le corsage, c’est à dire le haut de la jaquette s’arrête très tôt, environ au nombril. Donc le pantalon doit monter jusque là. Le gilet ne doit sous aucun prétexte dépasser ! C’est un crime punissable ! Donc de nouveau, le pantalon doit monter très haut ! Les bretelles sont impératives. Hélas, ce n’est pas un vêtement pour les gros. Certes sous la IIIème république, les tailleurs étaient capables de prouesses ; c’est plus difficile de nos jours. Regardez d’ailleurs comment certains académiciens portent leur habit…

Le pantalon n’a pas de particularité. Il peut avoir des pinces comme en 1930 ou aucunes comme en 1910. Il est par contre assez étroit en bas. Sur le côté, il doit y avoir un galon assez large (d’origine militaire) ou deux galons de smoking parallèles avec un espace entre.

Le gilet est dont très courts. Quand j’ai coupé le mien, cela m’a même choqué. Quelque chose comme 45cm de haut. C’est plus joli ainsi. Classiquement le gilet est droit, avec trois petits boutons de nacre. Il peut aussi être croisé. Il peut se finir horizontalement, ou avoir des pointes, ou avoir des pointes rondes. Le gilet a toujours des revers, d’une forme caractéristique et il peut être dépourvu de dos pour avoir moins chaud (il ressemble alors à une paire de bretelles avec des pans devant).

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Le gilet est par ailleurs toujours en tissu nid d’abeille blanc ou blanc cassé, appelé coton Marcella. Cette matière est utilisée pour le nœud papillon aussi. Gros point d’intérêt ici, l’habit du soir ne se porte avec rien d’autre qu’un nœud papillon blanc. La chemise aussi est blanche, mais lisse. Cela contraste. Ce papillon blanc, illustre descendant des lavallières blanches en dentelle donne par ellipse là encore le nom officiel : ‘cravate blanche’. Par opposition à la ‘cravate noire’ qui désigne le smoking.

Les souliers peuvent être des richelieus vernis ou des opéra pump, plus formels et plus old school aussi.

Les studs, appelés en français goujons et qui servent à fermer la chemise à la place des boutons sont en argent et nacre. L’argent est le métal qui correspond à la queue de pie alors que l’or est le métal du smoking !

Alors c’est bien joli me direz-vous, mais qui utilise encore la queue de pie. C’est vrai. Il existe toutefois deux déclinaisons de l’habit : le spencer et la veste de kilt. Ces deux vestons sont plutôt issus du domaine militaire ou guerrier, comme l’atteste les boutons en métal ou les épaulettes.

Le spencer était très en vogue dans les années 30. Il était assez mal vu chez les civils. Les élégants le trouvaient grotesque. Par contre les militaires le consacrèrent comme le vêtement d’apparat des officiers. C’est encore le cas, surtout au Royaume Uni. Les serveurs et groom des grands hôtels ont très vite utilisé ce vêtement pratique car court. Tellement court d’ailleurs qu’il rend son usage contemporain curieux, notre œil n’étant plus habitué aux pantalons très hauts.

Le spencer peut se fermer devant avec une chainette. Il existe aussi en blanc pour l’été. C’est un vêtement amusant.

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Enfin, les écossais qui ont en commun avec les anglais un honorable formalisme ont adopté une coupe revue de la queue de pie pour l’associer au kilt. Si le haut est strictement identique, la basque au dos est très courte, comme une queue de castor. Deux poches en forme de couronne y sont disposées, à la manière des poches carniers sur les vestes de chasse. Les boutons sont carrés.

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Il est amusant de constater comment ces vêtements ont évolué. Quel filiation depuis les débuts avant la révolution ! Et encore, ce n’est pas fini. La semaine prochaine, nous verrons comment le smoking est né. Quelle aventure !

La canadienne

19 octobre 2015

Le froid est revenu et depuis que j’ai un scooter, chose véritablement libératrice lorsque l’on vit à Paris, j’ai froid ! Ce nouveau mode de vie m’a poussé subitement à abandonner le manteau, pourtant si agréable et élégant. Fini le drap de laine et cachemire, les cols en velours et la longueur généreuse, car assis, cela ne fonctionne pas ! Mince alors. Je n’y croyais pas beaucoup du reste, mais force est de constater que dès 30km/h, il gèle!!!

Je me suis donc intéressé au vestiaire ‘sport’ ou ‘militaire’ moderne et ancien. Bien évidemment, il est toujours possible de prendre une doudoune rembourrée de plume, LE vêtement du moment (on s’excuse (et on s’alarme) auprès des oies, parfois plumées vivantes en Chine). Canada Goose, Schott NYC et Pyrenex apparaissent comme les faiseurs historiques de ce vêtement dont les premiers exemplaires remontent aux années 40. A l’époque on l’appelait plutôt parka bien que le matelassage caractéristique soit arrivé plus tard. Les prémices de ce vêtements se trouvent dans les vêtements ‘bibendum’ des pilotes civils et militaires des années 20 et 30, qui portaient des manteaux tout en mouton retourné (poil laineux vers l’intérieur et capuche en fourrure). L’excellent livre Vintage Menswear de Sims, Luckett & Gunn aux éditions Laurence King montre de nombreuses pièces de la sorte.

Récemment, je lisais un article sur Alain Juppé qui racontait son mode de vie et ses rites bordelais. Au détour d’une phrase était citée sa fameuse canadienne verte, un peu défraichie, qui ne le quitte pas. Je me suis alors demandé ce qu’était une canadienne. Pour moi, le mot sonnait très années 90. Quand j’étais petit, il allait de paire avec la cagoule et autres errements vestimentaires. La canadienne… voici bien un vêtement vintage.

Au cours de ma petite recherche, j’ai découvert que ce vêtement est arrivé en France durant les années 30. Jean Gabin et Jean-Paul Belmondo dans Un Singe en Hiver réalisé par Henri Verneuil en 1962 portent une canadienne. Le vêtement est caractérisé par sa longueur à peine trois quart, ses poches ventrales, son boutonnage croisé et son col châle très enveloppant réalisé en feutre de laine dense, quand le corps est plus souvent en gabardine imperméable de coton ou de laine. Le col recouvert de laine de mouton est venu plus tard.

ILLUS86En France, nous l’appelons canadienne car c’est certainement de là-bas que les premiers modèles furent importés. Le vêtement puise en effet son origine autour des grands lacs Michigan et Huron. Plus précisément, ce manteau court fût développé et commandé vers 1811 pour vêtir les militaires d’un camp anglais, le Fort Saint Joseph. Il fut réalisé par des amérindiens qui lui donnèrent le nom de mackinac ou mackinaw d’après l’appellation du passage reliant les lacs Michigan et Huron, le détroit de Mackinac. Par la suite, les trappeurs et marchands rendirent populaires le modèle, chaud et utilitaire. Dans les années 20, il était très populaire, en particulier après des bûcherons et autres travailleurs en extérieur. L’armée américaine utilisa le modèle dès la première guerre mondiale et en 1938, le vêtement devint officiellement un uniforme, teinté en vert olive. La mackinaw pris le nom de Jeep coat.

Au début du siècle, les canadiennes étaient réalisées en cuir de cheval, car c’était le cuir le plus résistant qui soit. Les chevaux étaient abondants, car ils servaient à la ferme et en ville pour tracter les véhicules. Avec leur disparition progressive, le cuir devint plus cher et il fut abandonné. Cela en faisait le vêtement par excellence des travailleurs des pays froids. La goodyear Rubber Company fabriquait des exemplaires non croisés en cuir de cheval.

De nos jours, ce vêtement est un peu tombé en désuétude, même si quelques maisons en éditent de temps à autre, comme Gap. Son aspect un peu militaire, dû en partie à la couleur olive, rend la canadienne populaire auprès des jeunes. Pour autant, il n’est pas le vêtement le plus élégant qui soit. La pièce est charmante ceci dit, surtout lorsque l’on voit son patronage, ci dessous. Ma quête continue donc !

Pour les amateurs donc, le tracé par LadevèzeDarroux 1966 :

canadienne patronnageBelle semaine, Julien Scavini

PETITES CONSIDERATIONS SUR LA COUPE DU PANTALON

14 septembre 2015

Les plus attentifs d’entre vous, les plus âgés aussi ont peut-être remarqué qu’aujourd’hui, on ne coupe plus les pantalons comme avant. Le tomber est différent. Je vais essayer d’expliquer ce qu’il s’est passé en 30 ans à ce sujet, car cela me questionnait aussi. Je suis arrivé à mes conclusions après plusieurs mois de recherches, qui m’ont amené à interroger des vieux tailleurs et des modélistes et techniciens d’industrie. Les réponses furent incroyables parfois !

L’article suivant est assez suggestif, je m’en excuse, un chat est un chat, surtout qu’il s’agit d’évoquer des points techniques.

Tout commence par une interrogation à propos du port à droite ou à gauche du sexe dans le pantalon. Les plus âgés de mes clients formulent souvent cette demande, car montant le pantalon assez haut, un excès de tissu se forme du côté opposé le long de la braguette. Ce pli de tissu est assez ardu à faire partir sur un pantalon terminé, mais pas impossible, c’est une retouche que je fais assez souvent. Dans un pantalon à plis, qui possède plus d’aisance, à cause du pli justement, ce bourrelet de trop est plus visible encore (le plus souvent à droite, car 80% des hommes portent à gauche. D’ailleurs la vieille blague tailleur consiste à dire que quand on porte à gauche on vote à droite et inversement. Les tailleurs sont plutôt à droite par ailleurs…)

Pour comprendre cette altération droite et gauche mal gérée industriellement, je me suis mis à coudre des toiles. Je me suis alors servi de livres de coupe. Et entre une coupe tailleur des années 60 et une coupe actuelle, c’est le jour et la nuit. Quelles différences, pour quelles implications ?

La coupe la plus ancienne propose de couper la ligne milieu devant le long d’une verticale. La braguette est dite droit-fil. A peine donne-t-on un peu de fruit (de pente) d’un côté pour gérer droite et gauche. Vous découvrez sur les deux illustrations ci-dessous le plan de coupe. C’est assez difficile à comprendre, tant le pantalon est en volume.

A4 Portrait _ Master LayoutA4 Portrait _ Master LayoutLa coupe moderne donne en revanche de la pente à la ligne milieu devant. La braguette se retrouve en biais. Ce constant est corroboré par un bermuda de surf que j’avais démonté il y a quelques temps pour en tirer un patronage. La ligne devant est oblique. Cela donne du volume, alors même que (-hypothèse-) on en a pas besoin à cet endroit, plutôt vertical.

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Diantre, quelle différence donc  et pourquoi ?

J’ai testé la vieille coupe. Elle m’a donné un pantalon très ample, une ligne à la Gabin. Parfaite mais immense. J’ai alors commencé à réduire sa cuisse et donc sa pointe comme on dit en tailleur. Mais très vite, la position sur les hanches est devenue inconfortable et je me suis senti serré, sans pour autant avoir une cuisse bien fine. Cette coupe ne permettait pas de faire la coupe ajustée moderne.

Avec la coupe moderne, le pantalon était prêt de la jambe, idéal, avec un peu de volume devant, que l’on appelle moustache dans l’industrie.

Par ailleurs, le pantalon ancien avait une façon d’emboiter le côté (le rond de hanche) très curieuse. On avait l’impression que l’on allait pas pouvoir entrer dans le pantalon, il paraissait étroit à la ceinture, alors que pas du tout en réalité. Il emboitait bien et montait haut. La coupe moderne elle ne m’a pas questionnée plus que ça.

Voici des considérations et ressentis très techniques allez-vous me dire. Je vais aller au but maintenant.

J’ai donc appelé des spécialistes pour corroborer mes hypothèses, car j’en avais déjà. Deux points sont captivants et renvoient à une certaine vision du monde : la sexualité et le commerce.

  • la braguette a été coupée en biais car on a fait descendre la hauteur des pantalons. On les a fait plus taille basse. Un peu ou beaucoup. Un premier problème s’est posé :  avec une taille plus basse, la ceinture étant anatomiquement bloquée par l’os de la hanche (le pantalon ne pas pas descendre plus bas), cela attire le fond de pantalon vers le haut, réduisant l’espace de l’entrejambe. Dans le même temps, on a voulu affiner la cuisse pour faire plaisir aux messieurs. Pour régler ces deux problèmes conjugués et pour équilibrer la coupe, on a transferrer de la pointe arrière vers l’avant.En même temps que l’on a baissé la taille, l’homme s’est mis à porter slip et boxer, pour un port au ‘centre’. Donc inutile de porter le pantalon à gauche et à droite. En revanche, avec un montant bas, il se posait un problème de place pour le pubis comme je l’ai dit. L’agrandissement de la pointe avant sert cette problématique. J’espère que vous suivez, c’est très technique.C’est l’industrie du jean qui a été précurseur. C’est elle aussi qui mène la danse. Certaines marques comme Diesel l’ont bien compris, le jean doit mettre ‘le paquet’ en avant (la photo dont le dessin ci-dessous est issue ne ment pas !). C’est de l’hypersexualisation. La toile de denim est très rigide, vous le savez. Et bien en réduisant la hauteur de port et en coupant en biais la braguette, on donne l’impression de volume. C’est très baroque finalement. Nous revenons à la Renaissance où les braguettes étaient rembourrées. Une braguette de jean est en plus faite de plusieurs couches et de beaucoup d’épaisseur. Cela donne même assis un volume, une protubérance recherchée par les modélistes pour l’œil des clients. Vous avouerez quand même, c’est cocasse et amusant ! Ce phénomène se renforce aussi grâce au travail des fabricants de sous-vêtements boxer, qui cherchent à soutenir voire à projeter l’entrejambe en avant, plutôt qu’en dessous, comme Aussiebum par exemple. N’en déplaise à Eric Zemmour, il est amusant de constater que l’homme occidental se sexualise. C’est vous l’avouerez une conclusion drôle à ma recherche. Une pure question d’orgueil masculin.

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  • le second point de détail m’est apparu au sujet du rond de hanche beaucoup plus exacerbé sur la vieille coupe (comparez les plans en haut). En effet, la braguette étant verticale, la force de pince (c’est à dire la valeur de tissu que l’on retire pour arriver à la ceinture, plus petite que le bassin) est passée sur le côté. La poche se retrouve dans une couture très ronde sur la coupe ancienne. Ce n’est pas le cas dans la coupe moderne, où la valeur de pince est un peu passée sur le devant (on profite de la pente de braguette). Mais, un pantalon dans la vieille coupe ne se pose pas forcément bien à plat, car il a du volume sur le côté, il est rond. Intolérable dans le prêt à porter où les pantalons doivent être plan pour figurer bien en évidence sur des tables. C’est ainsi que l’on a aplani le rond de hanche (et répercuté la valeur de pince sur la braguette en la penchant), pour mieux vendre le pantalon présenté plié, c’est ce qu’on appelle dans l’industrie de ‘fold appeal’ . Un truc commercial a donc présidé à l’évolution de la coupe. C’est aussi vrai pour la veste, dont les manches sont montées très en avant (ce qui crée des plis derrière la manche lorsqu’on la porte) pour satisfaire le ‘hanger appeal’, c’est à dire la beauté sur cintre, qui vous fait acheter.

 A votre échelle, vous pouvez voir comment votre pantalon est coupé (il y a de forte chance pour qu’il le soit de manière moderne), il suffit de regarder comment tombent les rayures à la braguette. Si elles sont verticales, la coupe est ancienne. Si au contraire les raies arrivent penchées, il s’agit de la coupe modernisée. Elle donne un confort supplémentaire assis avec des sous-vêtements modernes (son corollaire étant un petit manque de netteté, les fameuses moustaches). Donc par exemple, un caleçon avec un pantalon moderne n’est pas logique.

 A4 Portrait _ Master LayoutVous le voyez donc, à partir d’un tout petit questionnement, on arrive à des conclusions très amusantes. Il y aurait un thèse à faire sur ce sujet tant il est vaste. C’est surtout le questionnement sur la place de l’entrejambe dans le pantalon qui aura le plus attiré mon attention, car il renvoie à des considérations historiques passionnantes et à une expressivité corporelle dont on parle peu. Et oui, un jean de nos jours, c’est fait pour mettre le sexe en valeur ! Quelle conclusion !

Bonne semaine, Julien Scavini


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