Les fentes de la veste

Une veste présente généralement un ou deux découpes dans la bas du dos, appelées fentes d’aisance. Pour ma part, je coupe tous mes modèles avec deux fentes. C’est l’occasion pour les clients – et souvent leurs épouses – de me demander l’origine et la signification des ces dégagements.

Alors que les habits anciens comme le frac ou la redingote ont toujours eu une fente dans le dos (ancien héritage équestre), lorsque la veste courte fut inventée aux alentours des années 1880, celle-ci en était dépourvue. Avec un dos sans découpe, les hanches étaient mises en valeur par cette forme emboitant. Très vite, pour améliorer le confort, notamment dans des conditions sportives (rappelons que la veste courte fut développée pour la pratique des sports nouveaux), les tailleurs anglais ont fendu le bas du dos au milieu, revenant au patron ancestral.

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C’est après la seconde guerre mondiale que germe l’idée de découper deux fentes. Les tailleurs britanniques ont tous pris le pli progressivement : deux fentes sur un costume de ville, les vestes de campagne gardant encore occasionnellement une seule fente. Sur le continent, les élégants ont longtemps considéré le sans fente beaucoup plus habillé. De nombreuses vestes des années 90 en sont dépourvues. Et encore aujourd’hui, les maisons de mode comme Dior coupent leurs vestes avec une fente, dans un esprit plutôt guindé.

En aucun cas ceci-dit, le nombre de fente renvoie à un style plus italien ou plus anglais.

Une chose est sûre : les fentes sont synonymes de décontraction. Elles permettent de plus facilement mettre les mains dans les poches du pantalon. La veste est aussi plus confortable quand on est assis ou que l’on marche. L’habit est moins ‘gainant’.

Les doubles fentes ont été développées pour améliorer le tomber des vestes dans le dos. Car lorsque le fessier est rebondi (ce qui arrive souvent), la fente unique a tendance à s’ouvrir. En particulier en prêt-à-porter. C’est un problème simple à comprendre : si une veste est trop serrée au bassin, le manque de tissu s’équilibre mieux avec deux fentes. Les doubles fentes donne par ailleurs plus d’allure. Les vestes sont moins pataudes et le bas du dos décolle légèrement : il juponne. C’est un détail qui est considéré comme très élégant.

Question hauteur, les fentes débutent généralement au niveau des poches côtés. Ce qui donne des fentes d’environ 24cm de haut. Il est possible de les couper plus hautes, à l’instar des vestes d’équitation. Le cintrage est alors moins aisé car qui dit fente dit interruption de la continuité du tissu. Difficile de donner un effet à la veste par la couture s’il n’y pas de… couture. Et les fentes plus basses sont assez moches. Occasionnelles dans les années 60, elles n’ont pas laissé un grand souvenir.

Enfin, sachez que les grands tailleurs parisiens dans leur folie de perfection repassent souvent la sous-fente pour marquer un pli à l’endroit exact où le dos vient se poser. Le diable est encore dans ce détail chez Camps De Luca.

Belle semaine, Julien Scavini.

 

 

Les gilets à revers

Lorsque l’on parle de gilet à revers, tout le monde pense immédiatement au gilet croisé. Ce modèle classique a toujours des revers. Je préfère d’ailleurs ceux à cols châles, bien généreux. Les revers en pointes sur un gilet sont curieux lorsqu’ils sont portés, car la veste laisse entrevoir deux petites coutures (celles du col du gilet) sans réel intérêt. Certaines maisons créent des gilets croisés sans revers, ce qui m’a toujours laissé perplexe. Je trouve qu’il manque alors quelque chose.

D’un autre côté, il y a le gilet droit. Ce modèle n’a habituellement pas de revers. Sauf le gilet très échancré, comme celui qui va avec un smoking ou une queue de pie. Le revers y est d’ailleurs est assez large et sa forme très variée.

Sur le gilet 5/6 boutons traditionnel, il est assez rare de trouver des revers. Sauf que depuis quelques années, les petits revers sur les gilets sont appréciés. J’ai eu des doutes au début. Car bien souvent, ce sont les tenues en tweed qui possèdent de tels ornements. Or, cela fait beaucoup d’épaisseur. Et puis dans les matières raides, ces petits revers peuvent rebiquer.

Seulement, force est de constater que dans un tissu léger comme une laine de ville, les petits revers peuvent avoir du panache. C’est incontestable. J’ai rarement eu l’occasion de réaliser cela pour des clients, mais je reconnais volontiers que l’effet est intéressant.

Question forme, il existe une hiérarchie entre les cols de gilet. Passons en revue quelques idées.

A GAUCHE : veste droite revers cranté : gilet droit sans revers.

A DROITE : veste droite revers cranté : gilet droit avec revers cranté ou châle (assez rare). Occasionnellement gilet croisé col châle dans le goût de Cifonelli.

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A GAUCHE : veste droite revers pointe : gilet droit avec revers châle (assez rare) ou un gilet à revers cranté. Mais le col cranté du gilet me parait un peu dissonant avec le col pointe de la veste.

A DROITE : le mieux avec une veste à col pointe est un gilet croisé, avec un col châle ou pointe selon le désir.

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Je souhaite que ces quelques propositions vous inspirent. En tout cas, elles permettent d’égayer des tenues de manière assez simple et de donner un peu de fantaisie au gilet tout en restant dans le cadre bien normé du classicisme que l’on aime.

Belle semaine, Julien Scavini.

Après midi découverte des pantalons

Bonjour chers lecteurs (et lectrices).

Comme annoncé précédemment, vous pourrez venir découvrir les différentes coupes et les étoffes de nos pantalons vendus en ligne le SAMEDI 10 DECEMBRE, de 15h à 19h.

Le pantalon est certainement le vêtement le moins facile à appréhender du point de vue des mesures. Et ce n’est pourtant pas faute de pédagogie. Ainsi, vous pourrez essayer en vrai la coupe, pour trouver votre taille. Les matières (twills, moleskines, flanelles, whipcord, ect…) seront exposées.

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http://pantalons-scavini.fr/

A très vite.

Julien Scavini

La moleskine

Les anglais l’appellent moleskin, qui peut se traduire par peau de taupe. Pour le nom français, l’histoire n’est pas allé chercher très loin, en ajoutant simplement un -e, il est vrai que la prononciation est aisée en français.

Il s’agit d’un tissu de coton de poids moyen à lourd, qui après tissage est gratté en surface pour obtenir un aspect à la fois doux et velouté, similaire à la peau de chamois. D’une certaine manière, la moleskine est un peu comme le veau-velours si apprécié pour les chaussures, à la fois un peu rustique, brute et en même temps assez racée. C’est une matière distinguée et rare. Car peu de gens connaissent cette matière.

La moleskine est de la  famille des velours. A la différence que les poils ne sont pas profonds. Tout au plus la surface est brossée. Il n’y a donc pas de sens.

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La moleskine est généralement disponible dans des poids allant de 350grs à 600grs. Toutes vous procureront un grand agrément et un toucher extrêmement doux. C’est la caractéristique essentielle de cette matière, elle est confortable à porter.

Pour autant, si elle est douce et moelleuse, la moleskine a de la tenue. Une excellente tenue, bien supérieure aux velours, qui à cause de leurs trames de fond fines et aux raies parfois profondes, ne tiennent pas le pli. La moleskine elle tient le pli. Impeccablement. Ainsi, en association avec une belle veste de tweed ou même du cachemire, votre tenue a de la prestance.

Cette étoffe a un tombé si étonnant que dans les poids lourds, elle est même coupe-vent. C’est pourquoi et pendant longtemps, les ouvriers la portaient. La moleskine avec les velours à grosses cotes, sont des tissus anciens que l’on dirait aujourd’hui ‘technique’. Ils résistent à tout : usure, abrasion, feu et eau. Ainsi étaient réalisés nombre de pantalons et de vestons, y compris parfois des grosses chemises.

Même si on peut en tirer un costume (très british), il est assez rare de voir des vestes ainsi faites. Car comme souvent avec les vestes en coton, elles sont un peu raides et ont du mal à donner du confort. Par contre, question pantalon, il faut s’en donner à cœur joie. C’est LE modèle du week-end hivernal. Plus chaud que le pantalon chino, il donne une irrésistible allure de gentleman farmer et les coloris sont très variés.

 Bonne semaine. Julien Scavini

Les ceintures de pantalon

Un pantalon se termine invariablement, en haut, par une ceinture. Cette ceinture cousue, car je parle là de la partie terminale du pantalon et non de l’accessoire en cuir, fait traditionnellement 4cm de large. Les pantalons de paysans et d’ouvriers ont tendance à être bien plus large, pour apporter un soutien lombaire. Les deux pans gauche et droites se rejoignent à l’arrière où ils sont cousus ou bien partiellement cousus, pour donner une certaine souplesse. Devant, ils se chevauchent pour se boutonner ou s’agrafer l’un à l’autre.

La ceinture est coupée en droit-fil, c’est à dire dans la verticale du tissu, sens toujours le moins déformable, le moins extensible. De la vertical, la ceinture se retrouve donc à l’horizontal pour garantir l’indéformabilité de la taille du pantalon. Celui-ci serre bien sans s’agrandir.

Généralement, un pantalon se coupe avec un petit peu d’aisance par rapport à la taille du client. Ainsi, si l’on mesure 88cm, il est bon de coudre un pantalon qui fait 89 à 90cm de tour de ceinture suivant le désir de chacun. Certains aiment être serrés, d’autres aiment être au large. C’est une affaire de goût.

Il est surtout vital d’avoir un peu de mou lorsque l’on s’assoit. Sinon, gare aux maux de ventre. Comme les pantalons ne sont pas élastiques (du moins historiquement, car dans les années 60, de nombreuses marques se développèrent sur la mode du pantalon stretch dit ‘élastis’, comme Bruno Saint Hilaire), il fallut bien inventer des systèmes pour facilement serrer ou desserrer le pantalon. Le ceinturon en cuir fut donc inventé.

Pour faire tenir le ceinturon en place, les tailleurs disposèrent autour de la ceinture du pantalon un certain nombre de passants, petits languettes de tissus. Classiquement, ils sont au nombre de 6 à 8. Plus 1 : le porte ardillon disposé devant au dessus de la braguette. Celui-ci sert à maintenir l’ardillon, c’est à dire la partie mobile de la boucle de ceinture, le pivot, à sa place.

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Les jolis pantalons des tailleurs ont des passants de ceintures qui sont cousus de part et d’autre de la ceinture. C’est à dire que les extrémités des passants disparaissent sous la ceinture et dans la doublure en haut. C’est plus fin que le manière industrielle de coudre le passant à vif, laissant toujours quelques effilochures.

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Une autre façon de serrer la ceinture a été développée, peut-être même antérieure à la ceinture de cuir : les ajusteurs latéraux. Ceux-ci se présentent sous la forme de languettes de tissus qui s’ajustent au travers d’une boucle métallique. Il y a un ajusteur de chaque côté. Les vieux pantalons qui présentaient un dos montant pour bretelles pouvaient avoir un seul ajusteur, situé derrière.

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Notons également que les ajusteurs peuvent se présenter sous la forme de pattes boutonnables. Ce dispositif peut se présenter sous deux aspects: classique sans élastique, ou moderne avec élastique intégré. Je n’avais jamais été vraiment convaincu jusqu’à ce qu’un client me demande cela. La patte à bouton émerge d’une découpe dans la ceinture. A l’intérieur de cette ceinture tunnel est placé un élastique relié à la patte. Et bien je dois admettre que ce détail est super pratique. Car si l’on ajuste la ceinture en boutonnant au plus serré, il est possible de garder une belle souplesse lorsque l’on s’assoit, l’élastique joue son rôle à plein ! C’est une vraie trouvaille je dois avouer !

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Pour aller plus loin, je note aussi que certains industriels et tailleurs ont décidé de ne plus coudre de ceinture intégrée. Le pantalon se termine ainsi tout simplement. la rigidité à l’horizontal, la fameuse indéformabilité de la ceinture est alors apportée par la doublure intérieure, qui est en droit-fil. C’est aini qu’Uniqlo coud ses chinos ou que le tailleur STEED réalise ses pantalons, voyez plutôt.

Enfin se pose la question du style. Est-il préférable de porter une ceinture ou vaut il mieux l’abandonner?

D’aucun émet l’hypothèse que la ceinture en cuir a tendance à couper la silhouette en deux alors que les tirettes ont l’avantage d’être plus minimalistes…? C’est un point de vue dogmatique. Car je n’ai jamais trouvé que le style d’une personne était altéré par cette démarcation.

Une chose est sûre, si votre pantalon est à la bonne taille, la nécessité de serrer est faible. Ceinture comme ajusteurs sont alors superflus et ne servent principalement qu’à décorer, qu’à habiller le pantalon. La ceinture de cuir constitue un accessoire qui, s’il rappelle le cuir des souliers, est très élégant. Et l’été, la ceinture peut être un ruban coloré ou tressée.  Les ajusteurs sont par ailleurs si rare en prêt à porter qu’ils sont alors un point positif du sur-mesure.

Bref, je peux lister tous les arguments que possibles, chacun doit se faire sa propre idée… Suivant l’usage, vous pouvez aussi varier les plaisirs. Avec tel costume la ceinture, avec tel autre, en particulier trois pièce, des tirettes. Le tweed va bien avec une ceinture de veau-velours et le pantalon de velours-côtelé avec des tirettes. C’est selon…

Bonne semaine. Julien Scavini

La veste de cocktail

C’est la saison ! Et les mariés sont nombreux à visiter les échoppes des tailleurs. Si le costume classique, deux ou trois pièces se taille la part du lion, certains ont envie d’autre chose. Bien sûr, il y a la classique jaquette. Il y a aussi le smoking. Même si canoniquement le smoking est plutôt une tenue du soir, je ne suis pas particulièrement contre son port en journée pour une telle occasion. Il ne faut pas être plus royaliste que le roi, et un smoking, c’est très joli et c’est un bel effort pour changer un peu.

Au cours de la discussion au sujet du smoking reviennent souvent deux interrogations. La première concerne cette fameuse couleur noire et son utilisation en pleine journée. La seconde renvoie à la réutilisation de ce vêtement.

Porter du noir en pleine journée est en effet quelque peu curieux. En particulier si le mariage a lieu en plein été avec une forte dominante d’extérieurs (apéritif, diner). Cela renvoie à l’usage du smoking, qui est en effet un vêtement semi-formel (pour de ne pas dire complètement formel de nos jours), qui est plus en usage le soir en intérieur, opéra ou grand diner.

La matière du smoking permet pourtant son utilisation en extérieur en pleine chaleur. Car son drap est souvent constitué de laine et de mohair, le rangeant dans la catégorie des laines aérées. Car si le grain de poudre classique est 100% laine et souvent lourd, les drapiers proposent depuis longtemps des mélanges plus légers et frais.

Par ailleurs, si quelques élégants ont l’occasion de porter le smoking de temps à autre, pour des galas, des congrès ou même des soupers intimes, il est assez rare en France de sortir ce vêtement. C’est bien dommage du reste. Il y a donc deux catégories de messieurs : ceux qui savent immédiatement qu’ils auront souvent usage du vêtement et les autres, qui ont envie d’un costume de mariage différent de celui du travail mais qui se demandent si le smoking est bien indiqué.

Je leur conseille alors de s’intéresser à la veste de cocktail. En particulier s’ils me décrivent un mariage pas trop formel. Le principe est simple. On garde le principe du smoking : chemise blanche, pantalon (sans galon), souliers et papillon noirs. S’ils ont quelques moyens, on réalise la veste de smoking pour la mairie par exemple.

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Dans un cas et pour faire une économie sur l’ensemble, j’ai conseillé au jeune homme d’acheter un costume noir dans son magasin habituel, pour qu’il puisse l’utiliser au travail, et nous avons brodé sur le haut, c’est à dire la veste.

Car une fois vêtu ainsi, il reste le plat de résistante, la veste !

Notons que le pantalon peut être bleu nuit également.

Et là les possibilités sont infinies. Je conseille souvent de regarder quelques bons James Bond avec Sean Connery pour trouver l’inspiration.

Dans les années 60, ces vestes du soir étaient très à la mode. La matière reine était le shantung ! Il s’agit en fait d’un taffetas ou d’un doupion lourd de soie sauvage. Son effet cannelé (comme le reps de soie) et sa texture grossière et souvent irrégulière est très plaisante. La plupart du temps, le shantung est teinté de couleurs vives. Ainsi, une veste de cocktail en shantung peut être bleu lagon ou rouge rubis.

Cette veste peut aussi être réalisée dans un beau velours de coton et soie. Dormeuil en propose de très jolis par exemple. C’est un peu plus chaud, je le concède. Mais si la veste est destinée uniquement à la fin de journée et au diner, c’est sublime.

Pour être plus simple, il est possible de recourir à des tissus légers et des mélanges luxueux, comme le lin ou le lin et soie. Les drapiers proposent des quantités de tissus élégants pour réaliser des vestes. En France, les clients sont très frileux à choisir des couleurs ou des motifs un peu amusant. Pourtant, pour un mariage, c’est bien l’occasion de s’amuser !

Cette veste de cocktail peut avoir un col en pointes ou un col châle et pas de rabats aux poches. C’est simple et efficace.

Enfin, pourquoi est-ce que je trouve cette option intéressante?

1- Car elle permet de s’amuser avec une couleur et une coupe inhabituelle

2- Car elle permet d’utiliser une base simple (pantalon et souliers noirs, chemise blanche)

3- Car elle peut être réutilisée.

En effet, il est facile d’utiliser au quotidien le pantalon noir (je ne fais pas partie des gens qui portent cette couleur habituellement, et Stiff Collar se bat contre le noir. Mais mettre un pantalon noir au travail avec un col roulé anthracite n’a rien de déshonorant). Et la veste de cocktail fera merveille dans de nombreuses soirées, accompagnant aisément un jean si on veut. C’est une pièce forte et pas commune, certes. Tom Ford le premier a remis cette idée au goût de jour et de nombreuses stars d’Hollywood comme Ryan Gosling ont suivi, attirés je pense par le changement. Mais un changement élégant! Car quel plaisir de sortir un tel vêtement en certaines occasions, vous ne pensez pas? Bref, la porte ouverte à l’amusement. Il ne faut pas s’en priver !

Bonne semaine, Julien Scavini

La couleur des manteaux

Si l’hiver vous avez un peu froid et que la doudoune, réponse contemporaine et presque universelle, ne vous fait pas envie, vous portez certainement un manteau de laine. J’ai déjà écrit sur Stiff Collar un nombre important de billets sur les différentes formes de manteaux, droit, croisé, de pluie, raglan etc… Si les longueurs ont beaucoup varié, le standard classique à travers les époques reste quand même derrière le genoux ; plus long est très typé années 30 ou 80 alors que plus court voire trois-quart est 60’s ou contemporain. Aujourd’hui, intéressons nous à la couleur, variable suivant les goûts.

Pendant très longtemps, le pardessus classique anglais était anthracite. Il était rarement noir, bien que, associé à un col de velours noir également, puisse être d’une grande élégance avec un chapeau homburg.

Le pardessus anthracite pouvait se porter en alternance avec un pardessus en whipcord un peu olive. C’est disons l’attelage classique anglais.

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Le gris était d’ailleurs la couleur la plus répandue pour les costumes, les liasses en étaient principalement constituées. Peut-être parceque la teinture bleue coûtait plus chère?

Toujours est-il qu’aujourd’hui, c’est le bleu qui recueille le plus de votes favorables. Et à la limite, j’en suis très content, tant cette couleur peut être lumineuse, y compris dans des tons très sombres. Aussi, lorsqu’un client demande un conseil pour un beau manteau, je l’oriente vers un drap bleu marine, plus ou moins lumineux suivant son goût. L’avantage du bleu est d’être plus versatile, c’est à dire qu’il complète admirablement un costume (bleu ou gris d’ailleurs) et qu’il est aussi parfait avec un jean ou un chino le week-end. Le bleu apparait soit comme formel et habillé soit plus sport. C’est un avantage indéniable. Un manteau anthracite sur un chino et des chaussures de toile le week end n’est pas esthétique. Au moins ce choix est simple.

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Ceci dit, ce serait vite passer sur le gris que de considérer exclusivement le ton anthracite. A l’opposée du gradient, il y a le gris clair. Cette nuance se fait une place dans le cœur des amateurs de beaux vêtements. Les pantalons de flanelle claire, parfois presque blanche, sont très commandés en ce moment. Ainsi, un manteau gris clair dans un drap plus sec parait très intéressant. Il est plus contemporain que son grand frère anthracite et fait bon ménage, à la fois avec un costume (mention spéciale pour les costumes gris et les souliers marrons) et les vêtements décontractés. Un chino beige va très bien avec le week end.

En parlant de beige, il est possible d’évoquer avec plaisir cette autre couleur à la mode, le camel. Comme son nom l’indique, la couleur découle de la teinte naturelle de la laine du chameau. Et la laine de chameau est aussi douce que le cachemire et plus solide! Les couturiers italiens comme Brunello Cucinelli ou Loro Piana en ont fait leur marque de fabrique. Et bien un manteau beige, c’est aussi très joli. Par contre, c’est assez sport, y compris avec le costume. Ceci dit, ce n’est plus un point qui rebute grand monde. Car même en étant sport ainsi, on reste quand même cent fois mieux habillé que le commun. Pour alléger cette couleur très franche, j’émettrai simplement l’opinion suivante : un trois-quart sera plus léger visuellement et fera moins old fashion. Mais ce n’est qu’un avis.

Un manteau beige peut aussi être réalisé en coton lourd, genre manteau de mi-saison. C’est un choix archi-classique mais pourtant si joli à porter !

Pour revenir sur le bleu, il existe aussi une teinte bleu ciel / bleu horizon (donc un peu grise) très élégante et facile à manier.

J’oubliais de vous parler d’autres matières. Car l’on est pas obligé de recourir à un drap de laine peignée. Il est par exemple possible de s’amuser à faire un manteau avec 1- du coton lourd dans l’esprit manteau de pluie, 2- du whipcord lourd, très lumineux et endurant, 3- du tweed. Car oui, il est possible de réaliser un manteau mi-saison avec un Harris Tweed par exemple. C’est un peu à mi-chemin vous me direz. Mais pour en avoir réalisé un récemment, c’est très agréable à porter (j’imagine, il faudrait demander au client) et à voir. Et là, c’est carton plein le week end. Quant à la semaine, sur un costume, l’effet est quand même très direct.

Je ne vais pas évoquer l’idée de faire un manteau à rayures, ou un manteau à carreaux, ni même les manteaux colorés rouge ou jaune qui ne sont pas classiques et pourtant si représentés au Pitti. Il m’apparait que ce sont des pièces sympathiques mais très typées. Or un manteau se garde des années, alors autant faire discret.

Par contre, un beau manteau vert, dans une flanelle par exemple, c’est admirable. Comme le Loden arpente les rues depuis des décennies, notre œil est habitué. Le vert va très bien avec un costume gris foncé, c’est même une merveille. Le vert va pas mal avec certains bleus (soit marine très profond, soit bleu air force). Et le vert va bien avec le beige, le marron et les autres couleurs du week end !

Je n’évoque pas le manteau marron, qui est à mon avis difficile à porter. Le marron en grand volume a tendance à donner une teint terreux à son porteur. Si un modèle Barbour semble classique et tout à fait portable, je suis réservé sur un manteau ainsi réalisé. Sauf, si le motif est à chevrons, auquel cas le résultat peut être magnifique, très sport dans le sens british. Mais ce n’est pas le manteau le plus versatile, il faut bien l’avouer !

 Bonne semaine Julien Scavini