Le poids des manteaux

Le manteau est une belle pièce de la garde-robe, et un investissement sûr si l’on regarde les nombreuses années où il sert. Pourtant, c’est une sorte de parent-pauvre et rares sont les clients à prévoir la saison hivernale à l’avance. Le directeur de Mario Dessuti m’avait raconté qu’il vendait des manteaux uniquement les jours de pluie. Comme si c’était le déclic obligatoire. Cette statistique était réellement stupéfiante. De son côté, mon fabricant réalise très peu de manteaux, à peine 1% du volume général de son service Demi-Mesure.

Le mois d’octobre est idéal pour commissionner un manteau, même si le pic semple être un peu plus tardif cette année, je pense à cause de la relative chaleur.

Si vous souhaitez commander chez votre tailleur un premier manteau, vers quoi s’orienter?

J’aurais tendance à penser qu’un bon drap bleu marine est idéal, car cette couleur est un peu plus polyvalente que le gris. En particulier, le week-end. Le bleu fait assez sport. Le gris ramène toujours à la notion d’urbanité, de sobriété triste. Un peu. Le bleu est un peu moins formel. Toutefois, si vous portez plutôt des jeans gris le week-end, le manteau gris sera très bien.

Est-ce que le manteau bleu ira bien avec un costume gris? Oui, bien sûr je n’y vois aucun inconvénient. Et puis, il est difficile d’avoir autant de couleurs de manteaux que de couleurs de costumes…

Le beige, tendance poil de chameau, plait énormément ces temps-ci. Très à la mode dans les années 90, il avait ensuite été délaissé. Mais voici que les jeunes le remettent sur le devant de la scène. Ce ton chaud a le même avantage que le marine, il fait habillé avec un costume et fait décontracté avec un chino.

Bleu, gris, beige, marron, faîte votre choix dans cette liasse de Caccioppoli :

 

Question poids

Les drapiers proposent de moins en moins des lainages 100% laine. Holland & Sherry, Loro Piana et les autres mettent toujours un peu de cachemire, entre 10 et 20% pour donner un peu de chaleur et de douceur en plus. Le cachemire apporte de la fluidité également.

Mais les poids sont de plus en plus légers. Généralement, les draps pèsent 480 à 580 grs au mètre. Ce qui est idéal pour les 5 à 6 mois d’hiver, surtout en France où le climat est doux. Mais qui est juste pour la période mi-janvier à mi-février, où la bise se fait ressentir. Je conseille alors toujours d’acheter un petit gilet matelassé sans manche, type Uniqlo, à la fois léger et très chaud. Il permet de compléter le manteau lors des grands froids.

En prêt-à-porter, les draps sont très légers. Parfois épais, mais ce n’est que de l’air. Un industriel m’a raconté un jour qu’il était préférable de faire des manteaux légers, car cela coûte moins cher en transport. Évidemment, si pour le même poids, il est possible de mettre 25% de manteaux en plus dans un conteneur, y’a pas à hésiter… Chez les drapiers tailleur, ce problème n’existe toutefois pas.

 

Je n’ai qu’une seule liasse vraiment à l’ancienne, et d’ailleurs les draps les moins chers, chez Dugdale Bros. Les manteaux classiques pèsent 640 grs et les motifs discrets (chevrons) 760 grs. Là c’est du très lourd et du très chaud. Du solide et du durable. Mais évidemment, ça n’a pas la luminosité des mélanges avec un peu de cachemire.

 

Un client me demandait la semaine derrière ce que j’en pensais. A vrai dire, ce n’est pas une question simple. Le très lourd est parfaitement chaud, mais le sera trop en septembre en en mai. C’est donc une question d’équilibre. Si vous le manteau représente déjà un investissement lourd, alors il faut mieux faire un drap solide et durable. Si vos moyens le permettent, faîtes aussi un manteau mi-saison. Et si vous n’êtes pas frileux et que vous voulez un peu de préciosité, le mélange avec du cachemire est très bien.

Quant au 100% cachemire, il n’est généralement pas extrêmement lourd. Mais généralement, si on en a les moyens, on ne fait que passer de la moquette de l’auto à la moquette d’un intérieur confortable. C’est donc pas une question de chaleur, mais de pure luxe.

Entre les deux, on trouve le poil de chameau. La même douceur que le cachemire (presque) et un peu plus de solidité. Une merveille, qui évidemment se trouve généralement uniquement dans la couleur d’origine, camel. Sauf chez Loro Piana qui arrive à le teinter, mention spéciale pour le bleu air-force superbe, de douceur et de fluidité, ci-dessous.

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Et puis il y a les fantaisies. Un manteau n’est pas obligé d’être uni. Un beau-chevron, une texture de laine bouilli, de l’ocre, du vert, on peut s’amuser !

Belle semaine, Julien Scavini

Le blazer bleu moyen

L’année dernière, j’avais disserté sur l’utilité de la veste tabac pour faire de belles associations l’été, saison toujours délicate du point de vue de l’élégance. Le tabac a cette qualité d’être assez médian, ni chocolat, ni beige, ce qui permet une grande polyvalence.

Il se trouve que je possède un blazer bleu moyen qui a cette qualité aussi. Réalisé dans un natté Vitale Barberis vendu par Drapers, il est très respirant et léger. D’ailleurs, VBC décline ce tissu 100% laine en une infinité de couleurs agréables.

J’avais choisi un peu au pif une nuance de bleu pas trop claire et pas trop marine non plus, pour changer, mais sans plus de réflexion. A l’usage, ce bleu médian est très commode, si bien que ces dernières semaines chaudes, je l’ai mis un jour sur deux.

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Je l’ai associé la plupart du temps avec des pantalons bleus. Une fois avec un bleu gris, un peu air-force, une autre fois avec un pantalon bleu marine, une troisième avec un bleu ciel. Très commode. Et une fois avec un pantalon beige, une autre avec un pantalon blanc. Et bientôt avec du gris.

Les pantalons bleu marine ne sont jamais facile à assortir, car si le blazer est d’une teinte approchante, ce n’est pas esthétique. Avec ce bleu plus clair, c’est pratique. Avoir le bas foncé permet de jouer sur le contraste et n’est pas inélégant. Souvent en effet, le haut est foncé et le bas clair. Il est tout à fait possible de faire l’inverse.

Et le bleu du blazer reste assez foncé pour être discret et passe-partout. Une veste bleu ciel serait très typée été. Or, cette teinte peut se porter longtemps, même aux lisières de l’hiver. Pensez-y!

Belle semaine, Julien Scavini

Chaussettes hautes et pantalons étroits

C’est une problématique récurrente lors de l’essayage des pantalons : le mollet accroche et le pantalon se bloque en dessous du genoux. C’est particulièrement vrai lorsque l’on passe de la position assise à debout. J’ai moi-même souvent rencontré ce désagrément, et l’on se retrouve à faire quelques pas comme si le pantalon était devenu un knickers. Parfois il faut taper un peu du pied pour faire redescendre la jambe sur la chaussure. Le mal contemporain!

Cette question du pantalon qui se bloque sur le bas de jambe a trois causes : un mollet fort, un pantalon étroit et des chaussettes hautes, les mi-bas.

Tout cela est surtout causé par l’étroitesse actuel de nos culottes. La majorité des pantalons – à la demande des clients – sont coupés sur environ 19cm en bas. Et parfois moins, 18,5, 18 voire 17 sont parfois demandés. Ainsi ajustés, les pantalons sont très collant au mollet. En position debout, c’est assez joli, mais un fois assis, le mollet s’élargit et bloque la jambe qui ne veut pas retomber.

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Lorsque le pantalon, fait 21 cm ou plus, il n’y a aucun problème. Cette allure à l’ancienne fait bon ménage avec les mollets forts et les chaussettes mi-bas.

Le problème est en plus renforcé lorsque le pantalon est d’une matière non-lisse, comme la flanelle. Avec un super 150 fluide, le pantalon glisse un peu mieux.

Les clients se tournent alors vers moi pour exiger une solution. Que puis-je dire? Soit couper le pantalon plus ample, soit se passer parfois de chaussettes hautes.

Pour ma part, c’est ce que je fais. Avec mes pantalons les plus étroits et les plus rugueux (comme mes costumes en flanelle), j’abandonne les mi-bas et je recours aux petites chaussettes. Labonal en produit d’excellente en coton ouaté, de toutes les couleurs, qui tiennent relativement bien le mollet sans s’affaisser. Et pour les esprits chagrins qui pensent au mollet mis à nu, il n’en est rien. Un pantalon étroit n’arrive pas à monter haut et se bloque passé la cheville, ne découvrant que de manière rarissime la jambe.

La chaussette mi-bas est la plus confortable et la plus érudite des manière d’habiller le pied. Mais elle fait meilleur attelage avec des pantalons un peu ample. A l’inverse, un pantalon slim s’accordera mieux avec une petite chaussette. Il est possible de penser à une saisonnalité sur ce point : mi-bas élégant qui tient chaud l’hiver avec des pantalons à 20cm (il faudra un peu taper du pied parfois, et alors!) et chaussette l’été lorsqu’il fait chaud, avec des modèles plus affutés.

La vie d’élégant est pleine rebondissement!

Belle semaine, Julien Scavini

Ourlet ou revers ?

Lorsqu’un client sort de la cabine d’essayage, invariablement, je pose les deux même questions : la ceinture est-elle bien ajustée et voulez-vous un ourlet simple ou un revers?

L’ourlet invisible consiste à couper le tissu 5 centimètres plus loin que le bas, et à retourner ce tissu à l’intérieur. Ce trop plein de tissu est ‘glacé’, autrement dit fixé, à l’aide de points qui prennent seulement l’épaisseur du tissu. Des points invisibles réalisés à la machine ou à la main. Le revers consiste en un pliage de tissu qui fait apparaitre une bande à l’extérieur.

Le revers fait classiquement 3cm de haut, c’est ainsi que l’aiment les vieux messieurs. De manière contemporaine, 4cm semble une plus juste valeur, avec un peu plus de présence. 5cm est beaucoup à mon goût mais je reconnais que cela donne une impact visuel intéressant. Bien sûr, 4,5cm est aussi possible. La complication est toujours possible…

Curieusement, beaucoup de clients passés la quarantaine s’étonnent que je propose les revers. Souvent, la femme qui les accompagne s’étouffe en trouvant que cela fait vieux. Indéniablement. Et je réponds que les jeunes adorent ça, ce qui remet les pendules à l’heure. Car oui, les plus jeunes apprécient beaucoup le revers.

Je suis à peu près sûr qu’en volume, je fais au moins 40% de bas revers. La courte majorité revient donc à l’ourlet, mais sans netteté.

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Si beaucoup ont un avis tranché sur la question, un certain nombre toutefois s’interroge sur l’opportunité de l’une ou l’autre finition. Les hésitations sont parfois longues. Que répondre à mon niveau, ce n’est pas simple. Bien sûr, il serait possible de dire que le revers est plus opportun sur un vêtement décontracté alors que l’ourlet simple est plus formel. Mais ce qui est vrai à Londres est inverse ici. Le revers fait assez formel. Alors, c’est un peu la roulette.

Comme le disait John Slamson de Parisian Gentleman en visite récemment, ça dépend un peu de l’humeur du jour et de l’âge du capitaine. Je dois dire que pour moi même, je choisis au petit bonheur la chance. Certaines fois, le revers m’inspire, d’autres, la simplicité de l’ourlet me plait.

Quant à savoir si le revers tasse ou si l’ourlet allonge… C’est des fadaises. Tout est encore une fois une question de goût personnel. J’écoute toujours bien sûr avec attention les empilements argumentaires à ce sujet. Les architectes prétendent aussi que telle couleur repousse les murs et que telle autre les écrase. C’est assez subjectif.

Alors laissez-vous faire. Devant un miroir lors d’un essayage, tous les petits détails prennent des proportions délirantes. Au fond, le bas du pantalon, on ne le voit plus dès qu’on le porte. Alors, relativisons.

Belle semaine, Julien Scavini

 

Les poches plaquées

Il existe classiquement deux manières de faire des poches sur une veste : par crantage (c’est à dire, dans le vocabulaire tailleur, cranter égale poinçonner ou percer) ou par application.

Dans la première variante, l’ouverture de la poche donne sur un sac dissimulé à l’intérieur de la veste. Cranter le tissu revient donc à y pratiquer un ouverture propre pour laisser passer la main. Il existe deux sortes de poches qui permettent de traverser l’étoffe : la poche de poitrine, avec sa patte légèrement oblique, et la poche passepoilée. Les passepoils sont deux petites bandes de tissu qui bordent l’ouverture (je l’avais expliqué ici). En général, entre les deux passepoils est intégré un rabat de poche, mobile. Ces deux poches sont assez longues et périlleuses à réaliser. Il faut en effet percer adroitement le tissu, sans déchirer notamment les coins des poches qui feraient alors apparaitre des fils à vif. La poche pourrait craquer si elle est mal réalisée.

Tout aussi long mais bien moins fastidieuses sont les poches appliquées ou plaquées. La forme légèrement arrondie est à la fois décorative et utile, elle est le sac de poche. Dans l’autre type, il y a dissociation entre l’allure de la poche (deux lignes ou un rectangle sur la poitrine) et sa contenance. Les deux ne font qu’un avec la poche plaquée. C’est donc un modèle assez utilitaire, commun, à l’inverse des poches crantées qui sont plus érudites, qui cherchent à dissimuler l’utile, donc à embellir.

Toutefois, les tailleurs ont cherché à rendre belle cette poche plaquée, à allier l’utile à l’agréable. Les vareuses d’ouvriers ont généralement des poches plaquées basiques, plutôt carrés simplement cousues à la machine. Les tailleurs ont cherché le raffinement, par la courbe, plus dure à bien faire, et l’application aux petits points dissimulés.

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De gauche à droite : poches crantées (passepoilée en bas et poitrine en haut) ; poches plaquées traditionnelles ; poches plaquées contemporaines.

Les livres de coupe classiques ont tendance à présenter des poches plaquées en forme de U, assez pataude et très années 50. C’est ce que j’ai appris à faire à l’AFT par exemple (un vieil article sur les poches ici). Une belle poche plaquée conventionnelle. Il faut toutefois remarquer que de nos jours, les tailleurs italiens et les usines bien inspirées proposent des modèles plus arrondis. Les napolitains sont même devenus maîtres dans cet art de la poche plaquée tout en rondeur.

Sur une veste conventionnelle, il y a normalement trois poches. Une à la poitrine et deux sur les côtés plus bas. Il est donc possible et faisable d’avoir trois poches plaquées sur sa veste, une petite et deux grandes. Toutefois, il me semble que si l’on aime les pochettes, il est préférable de recourir à une poche poitrine normal, qui a tendance à moins gonfler à cause de la pochette. La petite poche plaquée devient vite anormalement joufflue sinon.

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Une veste avec des poches plaquées est plus ‘sport’ qu’une veste à poches normales. Les vestes dépareillées se prêtent mieux aux poches plaquées, bien que quelques élégants aiment aussi en avoir sur leur costume, pour donner un air nonchalant, décontracté et italien. Il semble que les auteurs anglais parlant d’élégance désapprouvent la poche plaquée, synonyme de laisser-aller. Une poche est « crantée » dit James Darwen. Donc c’est une affaire de goût et de tenue. La vieille baderne X sera outrée que le blazer du monsieur Y d’à côté soit à poches plaquées, le dit monsieur Y s’offusquera lui du port de souliers noirs avec le blazer de monsieur X. On est tous le mauvais goût d’un autre.

Côté saison, les poches plaquées ne sont pas plus été qu’hiver. Un beau tweed sera très sympathique avec, comme un lin frais et aéré.

Le veston croisé peut aussi avoir des poches plaquées. S’il y en a trois (celle de la poitrine), alors il ne sera pas possible de placer convenablement les deux boutons décoratifs qui font tout le charme et l’allure du croisé. Dommage. Deux poches plaquées sont suffisantes je crois ; elles sont déjà très osées sur le croisé je dirais. Qui a dit que le vestiaire masculin manquait de variété. Diantre, que de combinaisons.

Belle semaine, Julien Scavini

La poche cavalier

Sur un pantalon se trouvent un certain nombre de poches : les poches côtés, les poches dos, parfois une poche gousset réalisée à la lisière de la ceinture pour placer un peu de monnaie ou une montre et parfois aussi des poches cargo, à soufflets, sur le côté de la cuisse. Si toutes ces poches présentent une ou deux variantes, la poche côté elle peut prendre jusqu’à quatre configurations.

Classiquement, les poches côtés sont réalisées dans un biais léger, qui permet plus facilement de faire entrer les mains. L’ouverture peut également être pratiquée dans la couture. La poche s’ouvre alors à la verticale, ce qui est très discret. Une option que j’ai choisi pour ma ligne de pantalon. Les tailleurs autrefois affectionnaient la poche côté passepoilée. Plus technique à réaliser et plus fragile, elle se situe plus en avant sur le flanc de la cuisse et nécessite un pantalon ample pour rester élégante. Si le pantalon serre, les passepoils s’ouvrent. Il faut vraiment que les tailleurs compliquent tout, juste pour montrer que c’est possible!

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Enfin, les poches côtés peuvent être disposées de manière cavalière. Assis sur le dos d’un cheval – d’où le nom – il est plus aisé de mettre la main dans la poche par le haut. Une poche n’ouvrant que par le haut garde aussi mieux les petites choses que l’on y place, monnaie, clefs ou contremarques diverses.

Ainsi, la poche cavalière présente une ouverture largement horizontale et peu importante sur le côté. Chez les tailleurs, la poche cavalier est réalisée par une succession d’angles droits et biseautés, comme sur le dessin.

Les jeans utilisent la même poche, à la différence qu’elle est découpée en arrondie. Une forme très élégante me semble-t-il.

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Pendant longtemps j’ai été très circonspect sur l’usage de cette poche. Il est vrai que la disposition ‘par le haut’ rend l’accès à la poche mal aisé. Mais a priori, on ne met pas ses mains dans les poches, donc ce n’est pas un problème.

En revanche, cette disposition a deux aspects positifs très importants : elle permet à ceux qui mettent des choses dans les poches – ce qui n’est pas mon cas, c’est très disgracieux de mettre des choses dans le pantalon, ça alourdit tout – de les garder sans risque de perte. Je pense que le jean, vêtement de travail, a été développé suivant ce principe.

Surtout, la poche cavalier règle le problème de la poche qui fait des oreilles, qui s’épanche en s’affaissant. C’est le mal des pantalons contemporains, coupés ajustés. Si le fessier est à peine fort ou si – surtout – le bas ventre appuie à peine sur la ceinture, les poches côtés verticales s’ouvrent de manière disgracieuse.

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La poche cavalier, en étant coupée horizontalement améliore grandement ce point et permet au bassin d’apparaitre étroit, au plus près de la cuisse. L’allure est au plus près. Dans les années 60 et 70, les pantalons très moulants ont popularisé ce modèle, y compris chez les grands tailleurs. La réponse technique est la bonne lorsque le ventre est un peu fort et fait bailler les poches classiques. Pour ma part je n’ai pas ce problème, mais je l’applique aussi souvent que possible lorsque l’on me commande un pantalon ajusté et que je m’aperçois que sur le modèle classique les poches verticales baillent. Ainsi, le problème est réglé et le client découvre un pantalon de costume aussi ajusté qu’un jean. Les tailleurs s’adaptent à la demande.

Notons enfin que la poche côté en biais ou dans la couture, a l’avantage de faire office de soufflet, lorsque l’on s’assoie. La poche baille ce qui donne de l’aisance. Avec la poche cavalier, ce soufflet n’existe pas. Le tissu doit être un peu souple pour encaisser l’agrandissement du volume du bassin assis.

Belle semaine, Julien Scavini

Le pantalon blanc d’hiver

Après les fêtes et en même temps que la neige arrive la saison du blanc dans la distribution. Cadeaux et mets délicats cèdent le pas au linge de maison. Jusqu’à une date récente, serviettes de toilette, nappes, taies d’oreillers étaient blancs, parfois finement rayés de couleurs pastels. Le développement des pigments artificiels permet maintenant au linge d’être de toutes les couleurs. Le blanc se salie plus vite il est vrai.

C’est pour cette raison certainement que la chemise blanche, incontournable au siècle dernier, cède de plus en plus sa place au profit de modèles colorés. Même les sous-vêtements sont de moins en moins blancs. Les maillots de corps toutefois ont l’air de rester non teintés. Rares sont les vêtements à être blancs. L’été, chemises, vestes, pantalons et bermudas sont élégants ainsi. Mais ne sont pas légions non plus.

Avec le temps, la seule chose qui semble vouloir rester blanche sont les semelles des baskets. Mais comme disaient deux de mes clients un jour : « elles sont très belles neuves ou alors défoncées ». L’entre-deux, vaguement sali, n’est pas esthétique. Curieuse idée finalement que de concevoir l’endroit le plus facilement salissable du corps en blanc. Peut-être que ce faisant, la semelle blanche crée un filtre entre le corps et le sol. Le blanc repousse la souillure. C’est une proposition de l’ordre du sacré. Y-aurait-il un sens symbolique dans cette chaussure ô combien moderne? C’est amusant de l’imaginer.

A l’inverse de l’été, l’hiver le blanc se porte très peu en vêtement de dessus. Certes, un manteau en laine bouillie blanc, comme un dufflecoat, peut être magnifique. Il n’y a guère qu’à Pitti (qui commence) que l’on voit ça. Jean Cocteau aimait aussi le dufflecoat blanc. Flamboyant.

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Le pantalon blanc – ou à peine crème – est rare en hiver. Mais pas dénué d’une certaine élégance. Rares sont les messieurs à vouloir tenter l’expérience. Le velours ou le coton peau de pèche blanc est particulièrement beau. Salissable aussi vous me direz. Avec un haut camel ou même gris clair, la tenue apparait lumineuse. Finalement, loin d’être morne et froid, le pantalon éclaire la personne. Comme un pantalon rouge vif réchauffe et égaye, le pantalon blanc irradie de lumière. Il s’oppose à la saison finalement.

C’est une façon de voir les choses très italienne j’en conviens. J’y décèle trois avantages :

  1. la possibilité de jouer sur un contraste fort entre le haut et le bas,
  2. la création d’une harmonie douce de teinte légère, comme une veste camel,
  3. rendre légère une tenue qui serait lourde par ailleurs (le cas typique étant une veste en tweed un peu pépère). Le blanc permet de moderniser une telle veste à moindre frais. C’est d’ailleurs souvent un truc mis en œuvre par les italiens.

Le jean blanc d’un autre côté, s’il est certes connoté très ‘Nice bling-bling’ peut, bien accessoirisé, offrir de beaux accords en hiver. Il peut faire merveille associé à une paire de bottines en veau-velours et un bon col-roulé. Soyons attentif au Pitti, je suis sûr que nous en verrons !

Je vous souhaite une bien belle année et pour commencer, une bonne semaine !

Julien Scavini