La mode, la science et les dames

L’univers de la mode masculine classique est régi par des codes et des usages en fait assez simples, que je prends le temps d’expliquer ici. De nombreux auteurs traitent ce sujet, au fil de livres et de blogs nombreux. La conclusion des ces règles est simple : les hommes s’habillent suivant un usage lié à une occasion. C’est ainsi que le costume et les ensembles dépareillés se choisissent parmi un répertoire connu, dont on peut faire varier quelques formes et accessoires pour trouver le juste formalisme.

A l’usage (C’est ainsi, on fait comme ça) et au moment (soir, mariage, travail) se surimpose une troisième grille d’appréciation : le goût personnel. Ce goût vient principalement de l’expérience.

C’est de ce point particulier que je veux vous parler. Car à ce niveau, les dames créent toujours une très forte interférence. Quasiment à tous les coups, elles m’interrogent ainsi : pensez vous que ça lui aille ? Pensez vous que cela corresponde à ses cheveux ? Pensez vous que ça ne le fera pas trop grossir ?

Je manque à chaque fois d’exploser!

Oui oui et oui.

Les femmes s’habillent principalement suivant le moment mais avec une moindre connexion à l’usage, elles sont plus libres. Le corpus des références chez les femmes est énorme. Quand nous autres élégants référons au style anglais idéal ou au style preppy américain, nous restons très normés. Les femmes peuvent faire à peu près ce qu’elles veulent, elles n’ont pas d’académisme et ne se fie que modérément aux canons.

Toutefois, pour les aider, la presse féminine ne cesse d’inventer des règles, toutes plus abstraites les unes que les autres pour essayer de rendre logique ce qui l’est ou ce qui ne l’est pas. Et suivant les modes et les gourous, les règles changent. C’est ainsi que l’on fait la mode.

Il a les règles corporelles : femme en H, en 8, en L, en V. Il a les règles afférentes à la carnation : peau clair, peau foncé, peau comme ci, comme ça. Il y a les règles afférentes enfin aux cheveux : rousses, brunes, blondes. Il y a enfin les règles internes aux couleurs : celles qui s’opposent, celles qui vont ensemble, à l’aide de triangles, de cercles et autres diagrammes… Il faut enfin multiplier les règles entre elles… pour au final se dire que seules les plus expertes y arriveront, ce qui renvoie encore et toujours à la force de l’individualisme : certaines sont des génies, d’autres non. C’est toute la curiosité du monde post-moderne : il veut abolir les inégalités, proposer du progrès pour tous. Pour au final ériger en maître le super-individu capable de se frayer un chemin dans ce magma de pensée.

D’ailleurs, les hommes ont tendance à se laisser faire par ces méthodes. Le nombre de blog expliquant toutes les subtilités du t-shirt, des boots et des jeans, en rapport au corps et aux couleurs est vaste. C’est navrant.

Être un conservateur au niveau vestimentaire, c’est reconnaitre que personne n’est un génie (ou presque) et que dès lors se fier à des règles d’usage est plus pratique. Quitte, c’est toute la beauté des vêtements masculins, à accessoiriser sa tenue pour la rendre un peu unique. C’est toujours possible.

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Pour en revenir aux dames que je vois, je ne cesse de leur répondre la même chose : aucun scientifique n’a jamais prouvé que les carreaux grossissaient, aucun scientifique n’a jamais prouvé que les rayures allongent, aucun scientifique n’a jamais prouvé que le gris n’allait pas à telle personne etc…

Le répertoire stylistique des hommes est classique : gris, bleu, brun en majorité. Et quelques compléments. Dans ces classiques, tout va à tout le monde ! Tout va à tout le monde. Parceque je ne m’intéresse pas au rapport à la personne. Je ne m’intéresse qu’aux règles. Et un costume gris est normal. Un costume bleu est normal. Pourquoi dès lors n’irait il pas?

Avec ce genre d’idée, on finit par appauvrir le discours stylistique. La rayure va à tout le monde, le carreau va à tout le monde.

Pour moi, tout est dans la tête.

C’est là le point essentiel. Il est possible qu’un homme m’argumente : je n’aime pas porter de marron. J’admets cela. Je n’admettrais pas la phrase : le marron ne me va pas. Qui a dit ça?

J’admets qu’on puisse ne pas aimer. C’est un choix personnel basé sur l’expérience.

C’est exactement la même chose pour les revers en bas de pantalons. Par exemple des gens me disent : cela ne va pas au petit. Faux. Archi-faux. L’exemple de l’élégant sino-américain Mafoofan le prouve. Il porte bien les revers et ses vestes ont des revers généreux, autre exemple qui tord le cou à ce préjugé connu : il existe un rapport logique et scientifique entre la tête et les revers de veste. Non, il existe une règle tailleur qui veut que le col occupe environ la moitié de l’épaule. Après, le goût personnel s’impose, on peut aimer plus, on peut aimer moins.

Qui oserait critiquer de telles mises, sortant des meilleurs ateliers italiens. M. Mafoofan s’habille suivant les règles (costume, dépareillé, gris, bleu, beige etc…), suivant l’occasion (jour, travail, soir etc…) et enfin suivant son goût personnel, avec des mises typées. Il a envie, c’est dans sa tête… Alors je vois que ce que l’on va me répondre : ça lui fait une grosse tête… Mais mince alors. Il a une grosse tête comparativement à un corps menu. Aucun tailleur ne va dissimuler ce fait.

Il faut donc lutter contre ces préjugés idiots. Tout est dans la tête. Que vous n’ayez pas envie d’affirmer un style, je le comprends. Mais il ne faut pas se cacher derrière un dogme qui n’existe pas.

Le costume beige pour l’été est un autre bon exemple. Beaucoup de dames refusent que leurs hommes en mettent… Elles peuvent dire qu’elles n’aiment pas ça. A la place elles disent : ça ne lui va pas. Mais d’où? d’où??? Cela va à tout le monde ! Aucun scientifique n’a prouvé le contraire. Mais c’est une question d’envie. Il faut oser porter le beige. La dame peut dire : je ne l’aime pas en beige. C’est objectif. Le beige ne lui va pas est subjectif.

Les gens ont toujours peur de leur ombre. La chance : le vestiaire classique est fait pour se dissimuler. C’est un fait. On a le droit de se dissimuler. Mais je n’aime pas que l’on mette cette envie de discrétion sous la responsabilité d’un dogme qui n’existe pas…

Les gens adorent la liberté et la revendique, tout en se créant des règles qui n’existent pas (les rapports de couleur) et en rejetant des règles qui existent (les règles classiques). C’est fou.

Le vestiaire classique a quelques règles (usages, couleurs, situation) et se mêle assez facilement au goût personnel (discret ou épatant). Toutes les autres règles visant à expliquer ci ou ça sont idiotes. Elles ne servent qu’à camoufler une couardise. On a le droit de dire : je n’aime pas en porter. C’est beaucoup plus honnête intellectuellement !

Bonne semaine, Julien Scavini

Lancement d’Ardillon !

Chers amis, je continue mon développement au travers d’une nouvelle aventure textile que je vous relate ce soir.

Je suis ravi après quelques années d’activité de mon commerce de demi-mesure installé à Paris. Il s’est légitimement posé la question à un moment donné du développement de cette activité. Plusieurs options se présentaient à moi, dont celle d’ouvrir d’autres boutiques. Ceci m’aurait obligé à trouver de nouveaux vendeurs, amenant à une expérience client différente, avec le risque de faire moins bien.

Je préfère ainsi décliner mon savoir-faire sur internet. Nouvel eldorado, certainement pas. Mais manière plus sûre pour apporter des produits de qualité à un plus grand nombre de clients hors de Paris. J’ai noté durant mes recherches que le continent européen était très en retard par rapport aux USA ou au Royaume-Uni où une part presque majoritaire du commerce de biens se fait en ligne. Autant prendre des marques le plus tôt possible.

Le premier volet de cette aventure au bout de la souris fut le lancement en novembre dernier d’une collection de pantalons classiques à prix attractifs. Le succès se confirmant jours après jours, j’envisage maintenant de ré-assortir les modèles épuisés et de proposer plus de grandes tailles. Il fallait bien commencer. De nouveau coloris arriveront pour l’été, de même que des bermudas un peu typés ‘Pitti Uomo’.

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Ce soir, j’aimerais vous présenter le deuxième volet : la marque ARDILLON. Cette petite-soeur propose en prêt-à-porter des vestes et costumes de qualité (toujours) à prix attractifs (j’essaye!) Au début, j’ai pensé cela comme un divertissement et puis peu à peu j’ai pris goût à développer les modèles.

A ce jour, Ardillon propose 6 costumes différents et 3 vestes. Les tailles (ajustées) vont du 44 au 52. J’ai toujours noté dans mes recherches que l’écrasante majorité des acheteurs en ligne est jeune. Passé un certain âge, l’idée d’acheter à distance fait peur. Ceci dit, si le succès est au rendez-vous, les modèles seront là encore déclinés en plus de tailles.

Ardillon, c’est une seule coupe ajustée et une foule de détails dans l’air du temps :

  • épaule napolitaine sans padding
  • boutonnière milanaise à la main
  • poche poitrine ‘barchetta’
  • revers un peu généreux
  • coupe ajustée mais veste pas trop courte !
  • vestes toujours non doublées, toujours très légères !

Les pantalons des costumes suivent les modèles déjà connus sur le site Les Pantalons (coupe S1) :

  • pantalons à la taille naturelle
  • pantalons avec des ajusteurs latéraux

La sélection des tissus pour commencer est raisonnable : des laines de chez Vitale Barberis Canonico et Dugdale Bros, des doublures la plupart du temps en cupro (haut de gamme de la viscose) et de beaux boutons façon corne. Le choix est classique : trois bleus, un beau gris, une rayure en flanelle, natté moelleux etc… Au fur et à mesure, des tissus seront rajoutés, certainement avec plus de fantaisie. Et pourquoi pas un gilet croisé un jour…

Au final, les marges sont toutes petites pour des prix tout doux :
399€ le costume et 349€ la veste.

Les patronages ont fait l’objet de nombreux ajustements pour que les modèles tombent très bien et surtout que les tailles soient très vraies ! Un 48 ici est un vrai 48, pas de triche pour vous faire paraitre plus mince. Nous expédions avec Chronopost, en 72h environ et le retour est toujours possible !

Bonne découverte du site ! Les volumes sont faibles, attention, ne tardez pas 😉

Je souhaite que cela vous plaise et vous donne envie d’être … élégant !

Bonne semaine, Julien Scavini

[Le Chouan d.v.] Regards sur les primaires

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Oyez oyez amis lecteurs, pour une publication inédite et exclusive

du Chouan Des Villes !

J’ai écouté (un peu) et regardé (beaucoup) les débats des primaires de la droite et de la gauche. La disparité hommes-femmes crevait les yeux et démentait de façon cocasse les beaux principes d’égalité revendiqués par la plupart des postulants. Que mesdames Kosciusko-Morizet et Pinel m’excusent : ce n’est pas par sexisme qu’elles seront ici ignorées mais parce qu’elles n’entrent évidemment pas dans le cadre de mon propos. Les tenues des uns – à droite – et des autres – à gauche – ont été l’objet de mon attention. S’il fallait désigner les gagnants, je dirais que les uns l’ont emporté sur les autres mais que leur victoire n’eut rien de flamboyant. Les costumes mal coupés d’Alain Juppé réduisirent à néant tous ses efforts pour conserver, en dépit de son âge, une silhouette athlétique. Les costumes de Jean-Frédéric Poisson avaient l’air aussi fatigué que lui et ceux de Jean-François Copé rappelaient – c’est dire – ceux d’Alain Juppé. A des degrés divers et pour des raisons différentes, François Fillon, Nicolas Sarkozy et Bruno Le Maire surent tirer leur épingle du jeu. A gauche, le sur-mesure n’est pas de mise. Je sauve Arnaud Montebourg qui ne manquait pas de prestance et d’allure.

Ces quelques bons points et mauvais points rapidement distribués, ce qui m’a d’abord frappé, c’est l’uniformité des choix. On n’attend certes pas de prétendants à la magistrature suprême qui débattent devant nous de leurs programmes respectifs qu’ils fassent preuve d’une originalité vestimentaire débridée. L’exercice est formel et la tenue doit l’être aussi. On peut néanmoins s’étonner que les chemises des uns et des autres aient toujours été blanches et toujours dénuées de motifs. De même, aucune cravate à motifs – aucune – et, très majoritairement, des cravates bleues ou rouges. Seules notes de très relative originalité, la cravate gris clair de Montebourg et celle, violette, de Fillon. Le formalisme de l’exercice n’interdisait tout de même pas quelques touches de fantaisie : costumes à fines rayures, cravates club ou à pois, chemises de couleur et/ou à petits carreaux… Frappant, encore, le décalage entre tous ces candidats imberbes et la multitude barbue qui a envahi nos rues.

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Quelque chose m’échappe : ces gens se présentent à nos suffrages dans l’espoir que nous les distinguions. Pourquoi, dès lors, se copient-ils les uns les autres ? Le vêtement n’est certes pas le seul moyen de faire valoir sa singularité : il y a le physique, le verbe, la culture, les idées… On aurait tort toutefois de minimiser son rôle, surtout quand on prétend à une fonction dont la dimension de représentation est essentielle. Si François Hollande avait accepté de s’habiller en président, n’aurait-il pas habité plus facilement la fonction ? Qui sait s’habiller montre qui il est. La neutralité vestimentaire de nos candidats les rendait physiquement transparents et interchangeables. Les conseillers en image ont sans doute une responsabilité dans ce phénomène, qui, selon des principes de télégénie réels ou supposés, disent à leurs clients comment ils doivent s’habiller alors qu’ils devraient leur faire aimer le vêtement (s’ils le peuvent) et leur en transmettre le langage (s’ils le savent). S’intéresser aux vêtements est, dit-on, un signe de superficialité. Ne pas s’y intéresser ou laisser à d’autres le soin de s’occuper de son image ne trahirait-il pas un manque de personnalité ?

Nos candidats semblent ignorer la fonction symbolique du vêtement. Si symbole il y eut, il fut grossier et éculé : je pense à la cravate absente du cou de Bruno Le Maire lors du premier débat. La naïveté du message (« Je n’ai pas de cravate parce que je suis jeune et moderne ») fit à juste titre sourire. Le sourire se transforma en rire chez ceux qui se souvenaient que ce même candidat avait confié peu avant que, dans cette compétition, son « intelligence serait un handicap ». Il arrive que la dimension symbolique d’une tenue échappe à son porteur même : la cohérence est totale entre le programme conservateur et libéral de François Fillon et sa tenue classique et luxueuse. L’effet en fut d’autant plus fort qu’il n’était le fruit d’aucun calcul, d’aucune tactique marketing… Durant cette campagne, François Fillon est simplement resté fidèle à son style et à ses fournisseurs. Cette cohérence a réjoui un certain électorat traditionnel et aisé. Mais limité. Gageons qu’elle n’échappera pas à ses futurs adversaires qui se plairont à claironner qu’entre sa montre et son costume, le candidat des riches porte une vingtaine de SMICS sur lui !

Il en est un à qui la dimension symbolique du vêtement est familière, c’est Jean-Luc Mélenchon. Sa singularité, ce candidat à la présidentielle l’a souvent revendiquée, ne serait-ce que par son refus de participer à la primaire de son camp. Sa singularité passe aussi par sa mise. Jean-Luc Mélenchon pense ses tenues ; il cherche à ce qu’elles fassent sens. Ainsi orne-t-il sa boutonnière d’un petit triangle rouge pour rappeler que ce signe servait aux nazis à marquer, dans les camps, les déportés politiques. Sa cravate, de même couleur, est son drapeau, celui des prolétaires et des vrais socialistes. Et voici que depuis quelque temps, il arbore très souvent un type de veste dont mon hôte d’un jour a bien dit (« La vraie élégance ne se remarque pas ? ») qu’elle « le faisait passer pour un petit père des peuples » !

François Fillon est souvent loué pour son élégance. Pour ma part, j’ai des réserves, que ses prestations vestimentaires aux différents débats n’ont pas contribué à lever. François Fillon est bien mis, c’est indéniable, mais où est le goût personnel ? la note d’originalité ? l’audace contrôlée ? Il porte des choses chères, mais le fait-il avec la négligence qui convient ? Sa retenue, son éternel quant-à-soi, sa raideur même sont d’insurmontables obstacles à l’expression de l’élégance. D’aucuns disent qu’en politique François Fillon a l’étoffe d’« un second » et non d’un chef ; question vêtement, c’est un suiveur, pas un pionnier. A gauche, l’homme politique le plus intéressant n’a pas participé à la primaire. Il s’agit de Bernard Cazeneuve. Ses moyens physiques sont limités, mais il ose ! Et il se trompe rarement. Autant la lecture symbolique du costume de Jean-Luc Mélenchon est aisée, autant le décryptage de la garde-robe de Bernard Cazeneuve relève de l’impossible. Pensez donc : cet homme de gauche s’habille comme n’osent plus s’habiller les hommes de droite ! Il est allé jusqu’à s’approprier le loden que, même à droite, on a des scrupules à sortir du placard. Encore un peu, et il empruntera sa veste autrichienne à Jean Raspail ! Ses feutres bruns, son cover-coat et ses pochettes m’enchantent, mais s’il advenait qu’il brigue un jour nos suffrages, ses jolis atours ne suffiraient quand même pas – par Saint Salomon Leclercq – pour que je vote pour lui !

Le Chouan Des Villes

Lectures pour Noël

Chers ami(e)s, vous ne savez peut-être pas tous, mais j’ai le plaisir, en plus du blog, d’écrire et d’illustrer chaque semaine La Chronique Du Tailleur Scavini, dans Le Figaro Magazine. C’est un gros travail que de trouver pour Stiff Collar et le magazine, deux sujets d’articles par semaine. Quoiqu’il en soit, je suis heureux de vous présenter la compilation des 100 premières chroniques (j’écris depuis 2014) parues dans Le Figaro Magazine. Cet ouvrage de petites dimensions sera en vente dans tous les kiosques de France dès le 1er Décembre au prix de 9,90€ et à partir du 1er Janvier 2017, les librairies pourront le vendre, pour respecter la chronologie des médias.

Voici donc 100 POUR CENT CHIC, LE GUIDE DE L’ELEGANCE AU MASCULIN. Les 100 chroniques illustrées décrivent et expliquent de nombreux éléments de la garde robe masculine, chaussettes, pulls, pantalons, couleurs, matières etc…

 

Par ailleurs, pour les plus polyglottes d’entre vous, mon premier livre MODEMEN est sorti en Chine, aux éditions Shangaï Joint Publishing. Je ne sais rien du prix ni du réseau de distribution. Mais c’est très amusant à feuilleter !

 

Je prépare par ailleurs un autre livre, DU FIL AU CRAYON, à compte d’auteur, qui reprendra les meilleurs dessins de Stiff Collar. Il devrait être disponible courant Décembre, je vous tiendrai au courant.

Et en ce qui concerne le livre MODEMEN en Français cette fois-ci, sachez qu’il est épuisé et que Marabout ne l’imprimera pas de nouveau. Les exemplaires vendus vont donc voir leur cote monter, ce qui est déjà le cas sur Amazon ou Fnac Market Place.

Bonne lecture. Julien Scavini

La Maison Scavini lance son premier e-commerce dédié aux pantalons !

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Il y a un peu plus d’un an, à l’issue d’une longue et complexe réflexion sur mon développement, j’ai décidé de me jeter dans la bataille du e-commerce. Il m’est apparu plus intéressant de venir chatouiller le prêt-à-porter plutôt que d’ouvrir d’autres boutiques de mesure, avec des vendeurs qui ne feraient pas ce que j’aime.

Je me suis donc penché sur les divers produits à vendre. Cravates? Pulls? Chaussettes? D’autres l’ont déjà fait, et parfois très bien en plus. Par contre, personne ne s’est vraiment frotté aux pantalons. Et pourtant, que j’aime cette pièce. Il me semble que l’on en a jamais assez. D’autant plus que si l’on peut beaucoup varier le haut en terme de forme (veste ou pull-over) ou même se passer de haut et rester en bras de chemise, on est bien toujours obligé de porter un pantalon.

Et puis le jean, franchement, assez. Et alors quel plaisir de pouvoir chaque matin, suivant sa tenue, choisir le bon pantalon. Soit un modèle discret et urbain, laine s110 ou flanelle, soit un modèle plus décontracté, velours ou moleskine.

Quel plaisir aussi de pouvoir créer des tenues à partir de belles couleurs chatoyantes : prune, cerise, vert mousse, crème ou encore grège. Que de styles à explorer.

C’est ainsi que j’ai décidé d’investir dans un site de vente en ligne dédié aux pantalons. Un site immédiatement massif, avec une offre et un choix important, pour que chacun y trouve son plaisir ! J’ai l’honneur de vous présenter le dernier né de mon aventure entrepreneuriale :

http://pantalons-scavini.fr/

Le site est organisé ainsi : d’abord vous devez choisir une coupe. De cette coupe dépend des détails et options fixés, car il s’agit bien d’un prêt-à-porter, pas d’un système à la mesure. Ensuite, différentes matières vous sont proposées, lainages divers ou cotons. Il y a en a pour tous les goûts et tous les usages. Puis vous pourrez découvrir les couleurs qui vont bien!

J’ai réfléchi de long mois aux coupes idéales, car faire du prêt-à-porter impose de choisir. Choisir la coupe, donc choisir le client cible. J’ai dessiné trois coupes exclusives, dérivées de mon expérience de tailleur.

D’abord, ces trois coupes sont à ‘taille naturelle’, c’est à dire aux hanches. C’est tellement plus confortable !

Les coupes sont appelées S1, S2 et S3 :

  • La coupe S1 est assez proche de la jambe. Ce n’est pas une slim-fit pour autant. Une coupe ajustée, heureux mix entre un pantalon classique et le goût contemporain des jeunes qui aiment les jambes affinées.
  • La coupe S2 est dérivée de la S1 et s’adresse aux hommes qui comme moi, sont toujours entre deux tailles. Si vous êtes bien dans les pantalons en taille 42 mais que la ceinture est trop ample et qu’il vous faut un taille 40, alors le S2 en taille 41 sera idéal!
  • La coupe S3 est une coupe à pinces avec une fermeture déportée, comme les pantalons d’Ambrosi. Un détail très italien unique ne prêt-à-porter !

Les coupes S1 et S2 ont des passants de ceinture, une formule plus universelle. Ceux qui regrettent les ajusteurs seront heureux d’en trouver sur la coupe S3. Suivant les retours, nous seront amenés à faire évoluer certains choix stylistiques au fil des collections.

Les matières ne sont pas les mêmes suivant les coupes. A l’exception des laines s110 qui sont invariantes. Nous avons choisi les matières en rapport avec la coupe. Ainsi en coupe S1, flanelles et moleskines sont plutôt fines car le pantalon est près de la jambe. En S2, les flanelles et moleskine sont plus lourdes et le cavalry twill apparait. Quant à la coupe S3, elle fait la part belle aux matières de poids.

Toutes les étoffes proviennent de mes fournisseurs habituels. Ce sont des tissus chers rarement vus en prêt-à-porter. Je me suis fournis chez Vitale Barbeis Canonico, chez Gorina et chez le meilleur cotonnier anglais. Et tous les intérieurs sont réalisés en tissus de chemises. C’est bien plus joli ainsi. Mais quel travail pour trouver toutes ces matières. Plus d’un an qu’on y est.

Question prix, j’ai serré les budgets pour penser à tout le monde. A partir de 110 euros, ce qui je l’espère vous permettra étoffer votre garde-robe. Pour commencer, nous ne pouvons prendre en charge les retours gratuits pour ne pas pénaliser le prix. Il aurait été possible d’augmenter le prix pour tout le monde, mais je ne le voulais pas.

En contre-partie, nous réalisons gratuitement l’ourlet ou le revers à votre mesure grâce à un outil développé spécifiquement par notre prestataire internet. Attention toutefois, soyez sûr de vous.

Et enfin, nous envoyons en Chronopost ou en RelaisColis suivant vos disponibilités.

Il ne vous reste plus qu’à faire marcher votre souris. Le stock partira vite !

PS : pour ceux qui veulent essayer avant d’acheter, nous allons organiser une après midi de découverte un samedi de décembre. Restez à l’écoute !

A bientôt et bonne semaine. Julien Scavini

L’esprit de la rentrée

Les premiers articles de Stiff Collar furent rédigés en septembre 2009. C’est dire si l’activité ici est ancienne sur l’échelle de l’histoire du net. En 7 ans, le marché des vêtements pour homme s’est renforcé et en même temps diversifié. Parisian Gentleman s’est souvent fait l’écho de cette marche en avant heureuse.

En 7 ans, il me semble aussi que le goût sartorial que nous partageons ici et là sur internet a aussi évolué. Cet été fut l’occasion pour moi de relire de nombreux articles et d’y penser. De manière rétrospective, je dirais qu’à l’époque le sentiment commun était plus orienté sur l’histoire et que l’ancien servait plus de modèle. Il y avait une sorte de conservatisme esthétique. Hackett en est le parfait exemple. Voici une maison qui à partir des années 2000 s’est efforcé de proposer ‘l’essential british kit‘. (Pour aujourd’hui beaucoup hybrider son discours). Le vêtement ne fut pas le seul à pencher vers ce retour d’un certain classicisme. L’automobile aussi a eu son lot de regards dans le rétroviseur, comme le montrent les très dignes lignes de la Rover 75 ou de la Jaguar S-type dessinées à l’orée du millenium pour faire ‘british’.

On dit souvent qu’un mouvement esthétique s’oppose à un autre ou est une réaction à. Ce goût classique était une contre-culture. L’appropriation de la dignité du lord par le nouvel argent? Et le fait est que ma propre conception du beau vêtement lorsque j’étais étudiant il y a dix ans environ était très edwardienne. Je l’ai d’ailleurs écrit ici assez souvent. Il y a des règles qui sont comme ci, il y a des règles comme ça.

Pas à un seul instant je n’aurais l’idée de remettre en cause cette conception. Mais pour autant, il me semble que ce fut une étape dans l’appropriation d’internet et de ce formidable espace de discussion collectif. Sur les blogs et les forums, ce fut une première étape dans l’approche du beau. Le site The Sartorialist est tout à fait notable de cela. Combien de beaux messieurs bien habillés il y a 7 ans, combien aujourd’hui? Le contraste est frappant.

En même temps que j’écrivais des lignes sur le rigorisme vestimentaire (au fil de nombreux articles sur la garde robe idéale par exemple), celui-ci glissait doucement. Mais vers quoi me direz-vous?

Et bien pas du tout comme on pourrait le croire (et se désespérer) vers un ‘je-m’en-foutisme‘ de retour, mais vers une lecture plus apaisée de l’ancien. Hey, l’ancien c’est cool, utilisons-le. Ce faisant, les années post-crise ne sont pas du tout un abandon de la qualité et du goût, elles ne sont pas non plus du tout une fuite en avant moderniste, loin de là. Ce qui est plus étonnant peut-être. Non, notre époque est celle du ‘faisons du neuf avec du vieux’. Avec respect. C’est le mot le plus important. C’est le hipster qui va chez le barbier et qui en même temps restaure des motos anciennes. Pas trop moderne, pas trop ancien. In-between.

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Et ce mouvement est multiple. D’un côté vous trouvez des jeunes ultra-connectés qui portent des casquettes de tweed et font les puces et de l’autre vous avez les Chap, gentlemen utopistes aux idées diverses. Les Chap par exemple peuvent être loufoques ou très rigoristes. Et le beau vêtement n’est même plus forcément un marqueur social.

De ce fait, je renouvelle une conclusion qui est devenu le fil de la pensée de Stiff Collar : plus que jamais : le classicisme n’est pas un carcan, c’est un ensemble de principes qui visent deux choses : le pratique en même temps que le beau.

Mais au delà, je n’aurais plus comme en septembre 2009 l’idée de m’habiller toujours en costume ou même de toujours porter une veste dans un coloris adapté à la situation. Quelle gageure.

A la place, j’intègre au discours la flexibilité et la polyvalence. Ce que je sous-entend par là est qu’il faut s’habiller suivant les circonstances (pour être pratique) en faisant attention au beau, mais sans être limité par une garde robe trop ancienne.

C’est là que les classiques doivent savoir répondre à ceux qui les traitent de vieux. Le chic, c’est savoir s’adapter en restant digne. Si l’on visite des villages anciens avec des rues pavées, c’est savoir porter une paire de chaussures de marche de chez Columbia. Si l’on est dans une pays chaud, c’est rester digne avec une élégante paire de sandales et un chapeau de paille. Si l’on prend l’avion, c’est aller vite au détecteur de métal en portant une paire de mocassins mous qui ne bipent pas et un pantalon de coton plus confortable assis. Par contre, c’est aussi savoir porter un très beau costume bien coupé quand il le faut et un manteau digne pour aller à l’opéra, pas un Barbour.

Tiens, d’ailleurs voilà une marque qui a compris exactement ce repositionnement stratégique. D’une image archi classique, Barbour a su comprendre cette variété de profils traditionnels ou néo-traditionnels pour proposer une gamme énorme de produits pour tous. Elle n’a pas renié son histoire en passant au tout nylon. Elle n’est pas morte non plus dans ses murs. In-between.

Ce in-between se retrouve aussi dans cette mode et ce goût pour la belle fripe, mélangées à ces pièces contemporaines.

En bref, le maitre mot qu’il me faut apporter est ‘diversité’. Le secret d’un classicisme de bon ton et apaisé, c’est une garde robe variée, où le moderne côtoie le bien ancien. Qu’en pensez-vous? Cela doit être fait avec intelligence par contre. Il ne s’agit pas de mélanger de manière ridicule les vêtements et les styles entre eux. Sauf si l’on sait faire et que l’on se juge soit même comme une icône du style.

En terme de style, rares sont les élégants qui s’habillent dans Un style ou dans Une époque. Ils sont rares à oser le tout tailleur ou le tout moderne. Non, les personnages les plus marquants de notre sphère internet mélangent et hybrident doucement, tels les Lino Ieluzzi. Les nombreux Tumblr et Instragram au goût sartorial qui pullulent partout en sont l’exemple marquant. Souvent classiques et proches des tailleurs à la main, ils proposent tous une réinvention normée et raisonnable. Des mélanges de registres, de couleurs et de matières qui font sens et portent un discours qui va vers l’avant, où les cardigans prennent une place supérieures, où les écharpes à motifs cachemires côtoient les doudounes matelassées, etc…

Finalement je peux répondre amicalement à Hugo Jacomet et à son célèbre adage ‘first learn the rules, then break them’. Non! Il n’est pour moi jamais question de les briser, ni même de les réinventer (quelle folie), et pas même forcément de les réinterpréter. Certes, j’apprécie l’idée d’être comme le chef d’orchestre qui réinterprète une partition : la musique est la même (la règle classique), mais l’esprit est plus moderne ou plus dynamique. Rien ne change mais tout change.

Non, je dirais surtout que les règles méritent d’être enrichies et complétées. Que les situations changent, les gens aussi et que le vêtement s’adapte. Un mouvement qu’il est plus heureux d’accompagner que de rejeter !

 

Belle rentrée. Julien Scavini