Conflit sartorial

Récemment, un ami me pointait une nouvelle page facebook déclinant à l’envie des petites blagues sur le thème sartorial. L’humour est similaire à celui  de Rosace, qui chaque semaine dépeint une situation cocasse, mettant souvent en relief la vanité et le tapage vestimentaire. Si Croquis Sartoriaux recourt aux dessins, Sartorial Meme – c’est son nom – recourt aux photomontages, pour pointer les dérives des élégants. Pour ceux qui se demandent ce que signifie l’anglicisme ‘meme’, wikipédia donne la définition sur cette page. Si l’humour y est la plupart du temps fort amusant, les piques deviennent parfois méchantes. C’est l’écueil principal de l’humour corrosif, surtout parlant d’élégance, qui peut devenir si l’on y prend pas garde, inélégant. Taper sur les amateurs de costumes De Fursac ou du style The Kooples peut être blessant. Surtout qu’il y a pire…

La plus grande des élégances est de ne pas le faire remarquer à ceux qui n’en ont pas ai-je toujours pensé. C’est un paradigme qui peut d’ailleurs se décliner à l’envie.

Pour exemple, Sartorial Meme a récemment mis en ligne ce détournement de la couverture du livre de Rose Callahan, intitulé I am Dandy.

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Nous serions au XIXème siècle, le personnage de la photo détournée, le dandy parisien Massimiliano Mocchia di Coggiola, aurait pu demander en duel l’auteur de ce billet. Même pour un bien innocent combat de cannes. Mais la magie d’internet est de rendre anonymes les auteurs. La magie d’internet est en même temps de pouvoir écrire soi-même ses tribunes. Ce qu’à fait notre cher dandy, dans un billet très drôle, très osé voire excessivement piquant, à lire ici.

L’excès bien sûr caractérise les deux bords ici en présence. Et m’amuse. Il est étonnant de voir à quel point le vêtement peut soulever la fougue. Viscéralement. Comme si le monde en dépendait. Certes, vivre en beauté comme disait Saint-Laurent est impératif, mais il me semble inutile de se mettre dans de tels états. Chacun fait bien comme il veut tant que c’est dans le respect de l’autre.

L’élégance est justement un respect de l’autre, mais les élégances sont plurielles et nul n’est prophète en la matière.

Ce débat d’anciens et de modernes, d’orthodoxes et d’avant-gardistes, de précis et de fantaisistes n’en finira jamais. Lisez avec délice cet article scanné dans le Vogue Homme de novembre 1988. Il est de la main de Farid Chenoune, LE spécialiste de l’élégance masculine depuis la publication de sa bible Des Modes et des Hommes. Il n’est pas tendre avec les classiques gnangnans de mon genre. J’aurais fini sur un cintre au vestiaire à le lire. Son sujet est à la fois très classique, ses références érudites mais sa thèse est progressiste. Le pauvre Prince Charles que les élégants adulent en prend pour son grade. Alors que Bryan Ferry est donné comme exemple d’une simplicité sophistiquée…

Délicieuses batailles…

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Je vous souhaite une excellente – et amusante – semaine. Julien Scavini

Comment s’est constituée ma garde-robe

Il y a quelques temps, Parisian Gentlaman a publié un long article dans lequel il revenait sur les différentes étapes ayant conduit à établir une vaste penderie de dandy contemporain. Un exemple extrêmement impressionnant. J’ai eu l’idée de faire de même par amusement. Ma garde-robe est toutefois moins prestigieuse que celle d’Hugo Jacomet. Par avance pardon pour l’abondance de photos de moi.

 

J’ai acheté mon premier costume il y a environ dix ans chez Hackett, une maison que j’idolâtrais lorsque j’étais étudiant en architecture. La boutique de la rue de Sèvres était un repère chic et prestigieux, avant que la marque ne devienne une boite comme les autres à la qualité variable. A l’époque, j’étais même inquiet à l’idée de renter chez Hackett ; peur de l’inconnu, de ne pas être assez chic, de faire tâche, de faire des bourdes. Et puis peu à peu, j’ai découvert que si l’on sait ce que l’on veut et que l’on est poli, tout se passe bien. J’avais longuement mûri mon idée en consultant les vendeurs en ligne comme Pernac qui proposaient un configurateur 3D, permettant de tester la nuance entre poches horizontales, revers étroit, bas arrondi ou carré.

Le premier costume était bleu marine, trois boutons, avec les poches inclinées dont la fameuse poche ticket. Le style maison intemporel. J’avais acheté deux chemises, un peu parachutes, en oxford, une blanche et une bleu ciel pour aller avec. J’avais cousu sur la machine de ma sœur une petite pochette blanche que j’exposais en une ligne et non en pointe. Pour compléter l’ensemble, Hackett m’avait aussi vendu une cravate marine à pois blanc et j’avais pris une paire de richelieus noirs chez Bexley, à l’époque aussi une adresse estimable. Une digne tenue à l’anglaise.

La saison suivante, j’avais fait la folie d’acheter deux costumes. Le premier était de la gamme Mayfair apparemment supérieure et donc plus onéreuse, en flanelle légère, gris moyen, un drap Loro Piana. Le second était un prince-de-galles gris moyen avec une légère fenêtre bleue. J’étais tombé fou amoureux des deux matières, donnant à la fois des costumes habillés en même temps que légèrement ‘sport’. Les vestes étaient en deux boutons, toujours avec les fameuses trois poches inclinées.

Avec ces trois costumes, j’avais une garde-robe assez étoffée et variée. Encore étudiant et pendant l’école des Tailleurs, je n’avais pas besoin de réellement plus. Un manteau droit à col pointe vaguement noir de chez Jules me permettait de rester toujours très anglais l’hiver. Hackett avait un slogan décliné partout à l’époque : « Essential British Kit« . Et c’était vrai, j’essayais de combiner des pièces simples pour respecter ce dicton.

Pour le week-end, j’avais déniché après des années de recherches une veste matelassée Liddesdale vert olive de chez Barbour. Bien avant la mode pour le matelassé, et ne connaissant pas Barbour, j’avais écumé les Décathlons et autres magasins de sport équestre pour découvrir quelle maison vendait ce genre d’article. Une paire de richelieus en veau-velours de chez Bexley complétait mes jeans Levis. Pour l’amusement, j’étais allé chez Gambler qui avait réalisé une veste dans un coton rayé bleu et blanc acheté pour 5€ au marché Saint-Pierre.

Il fallu attendre longtemps après mon installation comme tailleur pour pouvoir me réaliser un costume. L’idée était plutôt de garder de la trésorerie que de manger l’échalote directement. Mon premier costume made-in-italy était croisé, en flanelle marine rayée craie. Hélas, j’avais eu l’idée jusqu’au-boutiste d’acheter un drap Gorina très lourd (480grs) et en fait, en dehors du mois de février, je n’ai jamais tellement pu mettre ce costume, trop chaud. Comme mon premier blazer droit, trois boutons, toujours dans un drap Gorina, un whipcord marine qui chatoyait sous la lumière.

A la suite d’un ou deux autres tests de draps en poids moyens, je me suis rendu compte que la laine me grattait les jambes si elle n’était pas assez douce. Mon nouvel atelier en Europe de l’Est proposant sa propre sélection de Perennial s’110 Vitale Barberis et par soucis d’économie, j’ai lancé un premier costume bleu pétrole, par besoin plus que par goût. Puis toujours dans la même série de tissus, j’ai fait réalisé un bleu nuit, un gris anthracite, et deux petites flanelles fines, marine et gris anthracite.

Ce faisant, j’ai reconstitué ma penderie de costumes simples et efficaces, à simplement égayer de pochettes blanches, de papillons et de cravates classiques. Les papillons club – surtout ceux de Brooks Brothers – sont devenus fétiches.

Une première petite veste sport, droite, deux boutons dans un simple chevron marron / miel de chez Dugdale Bros et un blazer à boutons cuivrés (deux boutons aussi) dans un drap Holland & Sherry Cape Horn ont comblé mon besoin de vêtements simples et dignes, sans excès. Entre temps, j’ai récupéré quelques costumes plus avant-gardistes que j’avais confectionné pour ma vitrine (costumes de ville ou en tweed) dont un prince-de-galles gris à carreaux violet, se portant avec un gilet croisé en velours violet, mais sans jamais éprouver un plaisir particulier à porter ce vêtement ultra-voyant.

Finalement et plus le temps passe, plus je suis heureux de la simplicité de costumes simples, parfois discrètement rayés. Maintenant que j’ai trouvé mon chausseur aux Etats-Unis – Alden (une tracasserie sans nom pour faire venir les souliers en Europe), je suis comblé. J’ai de nombreuses chemises, de toutes les couleurs, rayées ou unies, parfois à carreaux, que je m’amuse chaque matin à accorder avec papillons ou cravates.

J’ai très vite compris que je préférais équilibrer mes plaisirs de vie, entre dimanche aux puces, restaurants et voyages agréables. Je connais bien des messieurs qui sont sapés comme des milords mais mangent des patates et vivent dans un clapier (le même genre qui possèdent parfois des très gros 4×4 allemands). Le costume n’est pas pour moi un objet mono-maniaque mais un outil qui se veut agréable et pratique. Ce que je ne cesse de professer d’ailleurs : il ne faut pas voir l’élégance comme une difficulté et un ennui, mais un ensemble de règles simples et efficaces pour gagner du temps et donner de la confiance en soi. Ma garde-robe est raisonnable. Chaque année, je me confectionne un costume d’été, à dominante beige ou en coton, qui me comble de plaisir (environ 1 mois à peine en comptant la fermeture d’août et l’hiver qui dure 10 mois).

Je renouvelle doucement, en me sentant obligé de sortir évidemment un vêtement que je n’aime plus pour faire de la place dans mon armoire. Car il est aussi là l’autre problème, ma garde-robe est trop remplie. Chaque cintre lutte avec le suivant pour ne pas finir expulsé comme le bouchon d’une bouteille de champagne. Ce qui oblige à une certaine modération. Et puis la vie est longue, j’aurais bien le temps de tout apprécier.

Belle semaine, Julien Scavini

Costume, une affaire d’État

Dans un gazouillis du 14 mai 2017, Laurence Haïm porte parole du parti politique En Marche ! déclarait : le Président sera habillé d’un costume de chez Jonas & Cie, magasin situé rue d’Aboukir à Paris.Le coût d’un costume est d’environ 450 euros.

J’avais découvert l’enseigne dans un article de Paris Match l’été d’avant lors de mes vacances. J’avais appris que la maison, tenue de père en fils, habillait tous les hommes politiques et de nombreux journalistes. Jean-Pierre Elkabbach aurait été à l’origine de ces nombreux ralliements. Sur le moment et même encore maintenant, je n’en ai rien pensé. Ce sont des confrères et grand bien leur fasse me suis-je dit. Cette clientèle pour l’avoir approcher parfois n’est pas évidente. Il faut à la fois aller vite et ne pas être cher. Deux points qui me passent royalement au dessus. Prendre le temps est un luxe. C’est même le luxe suprême. La patience s’apprend chez le tailleur !

J’ai été plus curieux d’apprendre que des usines situées en Italie pouvaient sortir des costumes à ce prix là. Je me suis depuis renseigné auprès des agents que nous avons en commun…

J’ai été encore plus intéressé par le concept maison de ‘demi-mesure’ qui consiste en fait à retoucher du prêt-à-porter. Pardon. Mais la demi mesure consiste à couper un costume exclusivement pour un client, un dans un tissu sélectionné avec des options variables (poches, revers, doublures). Retoucher un costume de prêt-à-porter s’appelle retoucher un costume de prêt-à-porter, point. Mais enfin qu’importe.

Question tarif, je comprends aisément le positionnement tarifaire et je pense que le produit est honnête dans cette gamme de prix, surtout si les retouches sont comprises. Beaucoup de marques bien plus connues vendent bien plus chers un produit similaire. Mais elles ont des locaux prestigieux à payer. La rue d’Aboukir n’est pas ce que l’on peut appeler un lieu prestigieux.

Les hommes aiment ces lieux. Plus j’avance dans mes réflexions de boutiquier et plus je me dis que les parisiens aiment ça. Au fond, une belle boutique bien située fait peur. Alors qu’un lieu cradingue plein de fils à l’allure de recoin réservé aux ‘connaisseurs’ plait beaucoup plus. Il suffit pour s’en convaincre d’aller faire un costume chez Gambler. La file d’attente est sur le trottoir mais la boutique ne désemplit jamais.

Mais revenons à Emmanuel Macron. Je trouve qu’il lui manque une demi-taille pour vraiment bien porter le costume. Actuellement, j’ai l’impression qu’il porte le même modèle depuis sa prépa, mais qu’il a pris un peu depuis. L’allure est un peu garçonnet, un peu étriqué, cela se sent au col de la veste qui décroche. La cravate trop slim, comme les rabats des poches et les manches de la veste trop serrées pour des poignets mousquetaires. Mais au fond, rien d’extravagant. Je n’ai donc rien à lui reprocher ni à son fournisseur. Il changera certainement de crèmerie et son allure dans cinq ans ne sera pas la même. Parions la dessus. Le cuisiner de l’Élysée travaille bien.

Si je ne suis pas outré qu’il fasse de la pub à Jonas (et aux chemises Figaret aussi), je suis en revanche peiné qu’il évoque le prix publiquement comme un argument.

Car ce faisant, il indique à une très large partie de la population quel est le prix d’un costume. Ses habits deviennent en quelque sorte un étalon auquel se mesurer. Un costume à 450 euros est donc une référence. D’une certaine, manière, c’est graver dans le marbre la « normalité » voulue par M. Hollande qui avait quand même le bon goût dans les derniers temps de se fournir chez Brioni…

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Dire qu’un costume doit coûter 450 euros, c’est dire qu’une voiture doit coûter 9 000 euros d’une certaine manière. Pourtant, je n’ai pas vu notre nouveau PR descendre les champs Élysées en Dacia. Une Dacia a quatre routes, dont deux qui tournent dans les coins avants, a la climatisation et permet d’aller de Paris à Biarritz sans aucun problème.

C’est surtout nier une simple et honteuse réalité. Un costume est un outil de travail. A ce titre il doit être confortable. Le PR doit passer quoi ? 14 heures par jour dans le même vêtement. Dès lors, cet objet ne devrait-il pas être très affuté ? Au fond, l’armée pourrait se contenter de petits Cessna plutôt que de Rafale ? La Présidence, c’est de la représentation. Sinon, il pourrait travailler en t-shirt.

 

Un bon costume s’oublie.

Un bon costume est souvent fabriqué à la main et est le résultat d’un savoir faire extrêmement pointu, qu’il est honteux de dévaloriser de la sorte.

Un bon costume est un passeport pour le rêve devisait Yves Saint Laurent. Rockfeller disait aussi qu’avec ses derniers dollars, il s’achèterait un bon costume car il redeviendrait milliardaire avec.

C’est se moquer de personne que de dire qu’un costume de prix est plus confortable. Qu’un costume entoilé est aérien et qu’on ne le sent pas. Mais je ne suis pas sûr que le fournisseur actuel du PR soit même au courant qu’un costume peut être fabriqué autrement que par thermocollage… Comment Madame Macron qui achète les costumes pourrait-elle aussi le savoir? C’est le drame lorsque les dames achètent pour leurs maris, ce n’est pas elles qui portent. Évidement, si Emmanuel Macron arbore un costume Cifonelli ou Berluti, ce serait trop. Il y a un juste milieu.

Je me suis interrogé sur le sujet longuement, en me questionnant sur la meilleure façon d’habiller un tel personnage public. J’avais bien été obligé au début du quinquennat Hollande, même si les interrogations étaient heureusement restées lettre morte.

Le costume du PR doit être robuste. Car les poches sont certainement mises à rude épreuve, autant que les pantalons qui doivent endurer de nombreux déplacements. Le tissu doit être assez épais pour ne pas froisser. Je me souviens des pantalons du précédent locataire de l’Élysée qui étaient affreusement froissés à l’entrejambe.

Un peu d’épaisseur donne aussi un meilleur tombé. Et cela change tout. Mon œil de professionnel le reconnait de loin et je pense que les gens peuvent aussi le sentir, lorsqu’une matière plombe bien. Jonas doit utiliser des laines ‘Perrenial’ de Vitale Barberis, soit des super 110 en 260grs. J’en porte tous les jours aussi. Ce n’est pas suffisant pour un tel grade. Il faut du meilleur. Pas plus luxueux non. Plus étoffé.

Enfin et surtout, les lignes ne doivent pas être aussi ridiculement chiches qu’actuellement. Il faut un peu d’aisance, une manche plus large pour bouger les bras, des épaules plus généreuses pour ne pas que la tête apparaisse trop grosse, une taille moins pincée. En bref, sans faire un costume large, il faut que le PR adopte une coupe plus intemporelle, jusqu’au dessin du revers, pas trop haut.

Son costume doit être au dessus de la mêlée. Personne n’interrogera ce point s’il reste discret. Et c’est le but des bons faiseurs que de proposer des modèles classiques !

Pour répondre à Mme Haïm, il est idiot d’utiliser un tel argument. C’est misérabiliste. Car un costume n’est pas qu’utilitaire. Il est aussi et doit être synonyme de plaisir. Et lorsqu’on se juge au centre des choses, dans une attitude raisonnable et raisonnée, il est impératif de se poser plus de questions. Tout le monde peut comprendre qu’un costume est un protocole social, surtout à ce niveau. Mais seul le PR peut comprendre qu’un costume est aussi un confort de vie !

La mode, la science et les dames

L’univers de la mode masculine classique est régi par des codes et des usages en fait assez simples, que je prends le temps d’expliquer ici. De nombreux auteurs traitent ce sujet, au fil de livres et de blogs nombreux. La conclusion des ces règles est simple : les hommes s’habillent suivant un usage lié à une occasion. C’est ainsi que le costume et les ensembles dépareillés se choisissent parmi un répertoire connu, dont on peut faire varier quelques formes et accessoires pour trouver le juste formalisme.

A l’usage (C’est ainsi, on fait comme ça) et au moment (soir, mariage, travail) se surimpose une troisième grille d’appréciation : le goût personnel. Ce goût vient principalement de l’expérience.

C’est de ce point particulier que je veux vous parler. Car à ce niveau, les dames créent toujours une très forte interférence. Quasiment à tous les coups, elles m’interrogent ainsi : pensez vous que ça lui aille ? Pensez vous que cela corresponde à ses cheveux ? Pensez vous que ça ne le fera pas trop grossir ?

Je manque à chaque fois d’exploser!

Oui oui et oui.

Les femmes s’habillent principalement suivant le moment mais avec une moindre connexion à l’usage, elles sont plus libres. Le corpus des références chez les femmes est énorme. Quand nous autres élégants référons au style anglais idéal ou au style preppy américain, nous restons très normés. Les femmes peuvent faire à peu près ce qu’elles veulent, elles n’ont pas d’académisme et ne se fie que modérément aux canons.

Toutefois, pour les aider, la presse féminine ne cesse d’inventer des règles, toutes plus abstraites les unes que les autres pour essayer de rendre logique ce qui l’est ou ce qui ne l’est pas. Et suivant les modes et les gourous, les règles changent. C’est ainsi que l’on fait la mode.

Il a les règles corporelles : femme en H, en 8, en L, en V. Il a les règles afférentes à la carnation : peau clair, peau foncé, peau comme ci, comme ça. Il y a les règles afférentes enfin aux cheveux : rousses, brunes, blondes. Il y a enfin les règles internes aux couleurs : celles qui s’opposent, celles qui vont ensemble, à l’aide de triangles, de cercles et autres diagrammes… Il faut enfin multiplier les règles entre elles… pour au final se dire que seules les plus expertes y arriveront, ce qui renvoie encore et toujours à la force de l’individualisme : certaines sont des génies, d’autres non. C’est toute la curiosité du monde post-moderne : il veut abolir les inégalités, proposer du progrès pour tous. Pour au final ériger en maître le super-individu capable de se frayer un chemin dans ce magma de pensée.

D’ailleurs, les hommes ont tendance à se laisser faire par ces méthodes. Le nombre de blog expliquant toutes les subtilités du t-shirt, des boots et des jeans, en rapport au corps et aux couleurs est vaste. C’est navrant.

Être un conservateur au niveau vestimentaire, c’est reconnaitre que personne n’est un génie (ou presque) et que dès lors se fier à des règles d’usage est plus pratique. Quitte, c’est toute la beauté des vêtements masculins, à accessoiriser sa tenue pour la rendre un peu unique. C’est toujours possible.

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Pour en revenir aux dames que je vois, je ne cesse de leur répondre la même chose : aucun scientifique n’a jamais prouvé que les carreaux grossissaient, aucun scientifique n’a jamais prouvé que les rayures allongent, aucun scientifique n’a jamais prouvé que le gris n’allait pas à telle personne etc…

Le répertoire stylistique des hommes est classique : gris, bleu, brun en majorité. Et quelques compléments. Dans ces classiques, tout va à tout le monde ! Tout va à tout le monde. Parceque je ne m’intéresse pas au rapport à la personne. Je ne m’intéresse qu’aux règles. Et un costume gris est normal. Un costume bleu est normal. Pourquoi dès lors n’irait il pas?

Avec ce genre d’idée, on finit par appauvrir le discours stylistique. La rayure va à tout le monde, le carreau va à tout le monde.

Pour moi, tout est dans la tête.

C’est là le point essentiel. Il est possible qu’un homme m’argumente : je n’aime pas porter de marron. J’admets cela. Je n’admettrais pas la phrase : le marron ne me va pas. Qui a dit ça?

J’admets qu’on puisse ne pas aimer. C’est un choix personnel basé sur l’expérience.

C’est exactement la même chose pour les revers en bas de pantalons. Par exemple des gens me disent : cela ne va pas au petit. Faux. Archi-faux. L’exemple de l’élégant sino-américain Mafoofan le prouve. Il porte bien les revers et ses vestes ont des revers généreux, autre exemple qui tord le cou à ce préjugé connu : il existe un rapport logique et scientifique entre la tête et les revers de veste. Non, il existe une règle tailleur qui veut que le col occupe environ la moitié de l’épaule. Après, le goût personnel s’impose, on peut aimer plus, on peut aimer moins.

Qui oserait critiquer de telles mises, sortant des meilleurs ateliers italiens. M. Mafoofan s’habille suivant les règles (costume, dépareillé, gris, bleu, beige etc…), suivant l’occasion (jour, travail, soir etc…) et enfin suivant son goût personnel, avec des mises typées. Il a envie, c’est dans sa tête… Alors je vois que ce que l’on va me répondre : ça lui fait une grosse tête… Mais mince alors. Il a une grosse tête comparativement à un corps menu. Aucun tailleur ne va dissimuler ce fait.

Il faut donc lutter contre ces préjugés idiots. Tout est dans la tête. Que vous n’ayez pas envie d’affirmer un style, je le comprends. Mais il ne faut pas se cacher derrière un dogme qui n’existe pas.

Le costume beige pour l’été est un autre bon exemple. Beaucoup de dames refusent que leurs hommes en mettent… Elles peuvent dire qu’elles n’aiment pas ça. A la place elles disent : ça ne lui va pas. Mais d’où? d’où??? Cela va à tout le monde ! Aucun scientifique n’a prouvé le contraire. Mais c’est une question d’envie. Il faut oser porter le beige. La dame peut dire : je ne l’aime pas en beige. C’est objectif. Le beige ne lui va pas est subjectif.

Les gens ont toujours peur de leur ombre. La chance : le vestiaire classique est fait pour se dissimuler. C’est un fait. On a le droit de se dissimuler. Mais je n’aime pas que l’on mette cette envie de discrétion sous la responsabilité d’un dogme qui n’existe pas…

Les gens adorent la liberté et la revendique, tout en se créant des règles qui n’existent pas (les rapports de couleur) et en rejetant des règles qui existent (les règles classiques). C’est fou.

Le vestiaire classique a quelques règles (usages, couleurs, situation) et se mêle assez facilement au goût personnel (discret ou épatant). Toutes les autres règles visant à expliquer ci ou ça sont idiotes. Elles ne servent qu’à camoufler une couardise. On a le droit de dire : je n’aime pas en porter. C’est beaucoup plus honnête intellectuellement !

Bonne semaine, Julien Scavini

Lancement d’Ardillon !

Chers amis, je continue mon développement au travers d’une nouvelle aventure textile que je vous relate ce soir.

Je suis ravi après quelques années d’activité de mon commerce de demi-mesure installé à Paris. Il s’est légitimement posé la question à un moment donné du développement de cette activité. Plusieurs options se présentaient à moi, dont celle d’ouvrir d’autres boutiques. Ceci m’aurait obligé à trouver de nouveaux vendeurs, amenant à une expérience client différente, avec le risque de faire moins bien.

Je préfère ainsi décliner mon savoir-faire sur internet. Nouvel eldorado, certainement pas. Mais manière plus sûre pour apporter des produits de qualité à un plus grand nombre de clients hors de Paris. J’ai noté durant mes recherches que le continent européen était très en retard par rapport aux USA ou au Royaume-Uni où une part presque majoritaire du commerce de biens se fait en ligne. Autant prendre des marques le plus tôt possible.

Le premier volet de cette aventure au bout de la souris fut le lancement en novembre dernier d’une collection de pantalons classiques à prix attractifs. Le succès se confirmant jours après jours, j’envisage maintenant de ré-assortir les modèles épuisés et de proposer plus de grandes tailles. Il fallait bien commencer. De nouveau coloris arriveront pour l’été, de même que des bermudas un peu typés ‘Pitti Uomo’.

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Ce soir, j’aimerais vous présenter le deuxième volet : la marque ARDILLON. Cette petite-soeur propose en prêt-à-porter des vestes et costumes de qualité (toujours) à prix attractifs (j’essaye!) Au début, j’ai pensé cela comme un divertissement et puis peu à peu j’ai pris goût à développer les modèles.

A ce jour, Ardillon propose 6 costumes différents et 3 vestes. Les tailles (ajustées) vont du 44 au 52. J’ai toujours noté dans mes recherches que l’écrasante majorité des acheteurs en ligne est jeune. Passé un certain âge, l’idée d’acheter à distance fait peur. Ceci dit, si le succès est au rendez-vous, les modèles seront là encore déclinés en plus de tailles.

Ardillon, c’est une seule coupe ajustée et une foule de détails dans l’air du temps :

  • épaule napolitaine sans padding
  • boutonnière milanaise à la main
  • poche poitrine ‘barchetta’
  • revers un peu généreux
  • coupe ajustée mais veste pas trop courte !
  • vestes toujours non doublées, toujours très légères !

Les pantalons des costumes suivent les modèles déjà connus sur le site Les Pantalons (coupe S1) :

  • pantalons à la taille naturelle
  • pantalons avec des ajusteurs latéraux

La sélection des tissus pour commencer est raisonnable : des laines de chez Vitale Barberis Canonico et Dugdale Bros, des doublures la plupart du temps en cupro (haut de gamme de la viscose) et de beaux boutons façon corne. Le choix est classique : trois bleus, un beau gris, une rayure en flanelle, natté moelleux etc… Au fur et à mesure, des tissus seront rajoutés, certainement avec plus de fantaisie. Et pourquoi pas un gilet croisé un jour…

Au final, les marges sont toutes petites pour des prix tout doux :
399€ le costume et 349€ la veste.

Les patronages ont fait l’objet de nombreux ajustements pour que les modèles tombent très bien et surtout que les tailles soient très vraies ! Un 48 ici est un vrai 48, pas de triche pour vous faire paraitre plus mince. Nous expédions avec Chronopost, en 72h environ et le retour est toujours possible !

Bonne découverte du site ! Les volumes sont faibles, attention, ne tardez pas 😉

Je souhaite que cela vous plaise et vous donne envie d’être … élégant !

Bonne semaine, Julien Scavini

[Le Chouan d.v.] Regards sur les primaires

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Oyez oyez amis lecteurs, pour une publication inédite et exclusive

du Chouan Des Villes !

J’ai écouté (un peu) et regardé (beaucoup) les débats des primaires de la droite et de la gauche. La disparité hommes-femmes crevait les yeux et démentait de façon cocasse les beaux principes d’égalité revendiqués par la plupart des postulants. Que mesdames Kosciusko-Morizet et Pinel m’excusent : ce n’est pas par sexisme qu’elles seront ici ignorées mais parce qu’elles n’entrent évidemment pas dans le cadre de mon propos. Les tenues des uns – à droite – et des autres – à gauche – ont été l’objet de mon attention. S’il fallait désigner les gagnants, je dirais que les uns l’ont emporté sur les autres mais que leur victoire n’eut rien de flamboyant. Les costumes mal coupés d’Alain Juppé réduisirent à néant tous ses efforts pour conserver, en dépit de son âge, une silhouette athlétique. Les costumes de Jean-Frédéric Poisson avaient l’air aussi fatigué que lui et ceux de Jean-François Copé rappelaient – c’est dire – ceux d’Alain Juppé. A des degrés divers et pour des raisons différentes, François Fillon, Nicolas Sarkozy et Bruno Le Maire surent tirer leur épingle du jeu. A gauche, le sur-mesure n’est pas de mise. Je sauve Arnaud Montebourg qui ne manquait pas de prestance et d’allure.

Ces quelques bons points et mauvais points rapidement distribués, ce qui m’a d’abord frappé, c’est l’uniformité des choix. On n’attend certes pas de prétendants à la magistrature suprême qui débattent devant nous de leurs programmes respectifs qu’ils fassent preuve d’une originalité vestimentaire débridée. L’exercice est formel et la tenue doit l’être aussi. On peut néanmoins s’étonner que les chemises des uns et des autres aient toujours été blanches et toujours dénuées de motifs. De même, aucune cravate à motifs – aucune – et, très majoritairement, des cravates bleues ou rouges. Seules notes de très relative originalité, la cravate gris clair de Montebourg et celle, violette, de Fillon. Le formalisme de l’exercice n’interdisait tout de même pas quelques touches de fantaisie : costumes à fines rayures, cravates club ou à pois, chemises de couleur et/ou à petits carreaux… Frappant, encore, le décalage entre tous ces candidats imberbes et la multitude barbue qui a envahi nos rues.

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Quelque chose m’échappe : ces gens se présentent à nos suffrages dans l’espoir que nous les distinguions. Pourquoi, dès lors, se copient-ils les uns les autres ? Le vêtement n’est certes pas le seul moyen de faire valoir sa singularité : il y a le physique, le verbe, la culture, les idées… On aurait tort toutefois de minimiser son rôle, surtout quand on prétend à une fonction dont la dimension de représentation est essentielle. Si François Hollande avait accepté de s’habiller en président, n’aurait-il pas habité plus facilement la fonction ? Qui sait s’habiller montre qui il est. La neutralité vestimentaire de nos candidats les rendait physiquement transparents et interchangeables. Les conseillers en image ont sans doute une responsabilité dans ce phénomène, qui, selon des principes de télégénie réels ou supposés, disent à leurs clients comment ils doivent s’habiller alors qu’ils devraient leur faire aimer le vêtement (s’ils le peuvent) et leur en transmettre le langage (s’ils le savent). S’intéresser aux vêtements est, dit-on, un signe de superficialité. Ne pas s’y intéresser ou laisser à d’autres le soin de s’occuper de son image ne trahirait-il pas un manque de personnalité ?

Nos candidats semblent ignorer la fonction symbolique du vêtement. Si symbole il y eut, il fut grossier et éculé : je pense à la cravate absente du cou de Bruno Le Maire lors du premier débat. La naïveté du message (« Je n’ai pas de cravate parce que je suis jeune et moderne ») fit à juste titre sourire. Le sourire se transforma en rire chez ceux qui se souvenaient que ce même candidat avait confié peu avant que, dans cette compétition, son « intelligence serait un handicap ». Il arrive que la dimension symbolique d’une tenue échappe à son porteur même : la cohérence est totale entre le programme conservateur et libéral de François Fillon et sa tenue classique et luxueuse. L’effet en fut d’autant plus fort qu’il n’était le fruit d’aucun calcul, d’aucune tactique marketing… Durant cette campagne, François Fillon est simplement resté fidèle à son style et à ses fournisseurs. Cette cohérence a réjoui un certain électorat traditionnel et aisé. Mais limité. Gageons qu’elle n’échappera pas à ses futurs adversaires qui se plairont à claironner qu’entre sa montre et son costume, le candidat des riches porte une vingtaine de SMICS sur lui !

Il en est un à qui la dimension symbolique du vêtement est familière, c’est Jean-Luc Mélenchon. Sa singularité, ce candidat à la présidentielle l’a souvent revendiquée, ne serait-ce que par son refus de participer à la primaire de son camp. Sa singularité passe aussi par sa mise. Jean-Luc Mélenchon pense ses tenues ; il cherche à ce qu’elles fassent sens. Ainsi orne-t-il sa boutonnière d’un petit triangle rouge pour rappeler que ce signe servait aux nazis à marquer, dans les camps, les déportés politiques. Sa cravate, de même couleur, est son drapeau, celui des prolétaires et des vrais socialistes. Et voici que depuis quelque temps, il arbore très souvent un type de veste dont mon hôte d’un jour a bien dit (« La vraie élégance ne se remarque pas ? ») qu’elle « le faisait passer pour un petit père des peuples » !

François Fillon est souvent loué pour son élégance. Pour ma part, j’ai des réserves, que ses prestations vestimentaires aux différents débats n’ont pas contribué à lever. François Fillon est bien mis, c’est indéniable, mais où est le goût personnel ? la note d’originalité ? l’audace contrôlée ? Il porte des choses chères, mais le fait-il avec la négligence qui convient ? Sa retenue, son éternel quant-à-soi, sa raideur même sont d’insurmontables obstacles à l’expression de l’élégance. D’aucuns disent qu’en politique François Fillon a l’étoffe d’« un second » et non d’un chef ; question vêtement, c’est un suiveur, pas un pionnier. A gauche, l’homme politique le plus intéressant n’a pas participé à la primaire. Il s’agit de Bernard Cazeneuve. Ses moyens physiques sont limités, mais il ose ! Et il se trompe rarement. Autant la lecture symbolique du costume de Jean-Luc Mélenchon est aisée, autant le décryptage de la garde-robe de Bernard Cazeneuve relève de l’impossible. Pensez donc : cet homme de gauche s’habille comme n’osent plus s’habiller les hommes de droite ! Il est allé jusqu’à s’approprier le loden que, même à droite, on a des scrupules à sortir du placard. Encore un peu, et il empruntera sa veste autrichienne à Jean Raspail ! Ses feutres bruns, son cover-coat et ses pochettes m’enchantent, mais s’il advenait qu’il brigue un jour nos suffrages, ses jolis atours ne suffiraient quand même pas – par Saint Salomon Leclercq – pour que je vote pour lui !

Le Chouan Des Villes

Lectures pour Noël

Chers ami(e)s, vous ne savez peut-être pas tous, mais j’ai le plaisir, en plus du blog, d’écrire et d’illustrer chaque semaine La Chronique Du Tailleur Scavini, dans Le Figaro Magazine. C’est un gros travail que de trouver pour Stiff Collar et le magazine, deux sujets d’articles par semaine. Quoiqu’il en soit, je suis heureux de vous présenter la compilation des 100 premières chroniques (j’écris depuis 2014) parues dans Le Figaro Magazine. Cet ouvrage de petites dimensions sera en vente dans tous les kiosques de France dès le 1er Décembre au prix de 9,90€ et à partir du 1er Janvier 2017, les librairies pourront le vendre, pour respecter la chronologie des médias.

Voici donc 100 POUR CENT CHIC, LE GUIDE DE L’ELEGANCE AU MASCULIN. Les 100 chroniques illustrées décrivent et expliquent de nombreux éléments de la garde robe masculine, chaussettes, pulls, pantalons, couleurs, matières etc…

 

Par ailleurs, pour les plus polyglottes d’entre vous, mon premier livre MODEMEN est sorti en Chine, aux éditions Shangaï Joint Publishing. Je ne sais rien du prix ni du réseau de distribution. Mais c’est très amusant à feuilleter !

 

Je prépare par ailleurs un autre livre, DU FIL AU CRAYON, à compte d’auteur, qui reprendra les meilleurs dessins de Stiff Collar. Il devrait être disponible courant Décembre, je vous tiendrai au courant.

Et en ce qui concerne le livre MODEMEN en Français cette fois-ci, sachez qu’il est épuisé et que Marabout ne l’imprimera pas de nouveau. Les exemplaires vendus vont donc voir leur cote monter, ce qui est déjà le cas sur Amazon ou Fnac Market Place.

Bonne lecture. Julien Scavini