La veste couleur « paille »

L’été, l’inspiration est toujours un peu moindre pour s’habiller élégamment. L’hiver, tweeds et flanelles proposent de nombreuses couleurs et une variété importante de motifs, unis, faux-unis et carreaux. Mais l’été, il semble que la garde-robe doive se faire plus discrète, plus simple. Pourquoi d’ailleurs ? C’est une excellente question.

Peut-être tout simplement car le bonheur est plus simple lorsque les températures sont clémentes et que les vacances approchent ? L’idée de se laisser vivre, de laisser faire, va alors de pair avec une penderie simple, des blancs, des bleus ciels, quelques beiges, de l’écru… A l’inverse de l’hiver où la lutte contre le froid s’accompagne d’une volonté de mettre en évidence avec panache cette recherche. Le vêtement, plus que nécessaire, se drape dans la complexité. Les couches s’empilent, cardigan, chemise, cravate, veste, pardessus, etc… Une abondance de tissu au double écho, pratique d’abord, esthétique ensuite.

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La lumière d’été si écrasante et naturellement réconfortante se suffit à elle-même. Sous la pluie il faut déployer des trésors d’inventivité pour contrebalancer la morne nature. Mais sous le soleil au contraire, il faut accompagner en douceur cette clarté. Avec simplicité je crois. Plus l’on s’habille plus la recherche est importante ; moins l’on s’habille, plus une essence de simplicité élégante se fait jour ?

J’avais fait il y a quelques temps un article sur la veste de couleur tabac. Une merveilleuse teinte polyvalente et efficace en cette période. Étudions cette semaine la veste de couleur « paille », une nuance plus jaune et plus claire que le tabac.

J’avais acheté il y a de nombreuses années une sublime veste chez Hackett au temps où la marque anglaise vendait chez Old England. Un mélange je crois, laine, lin et soie. La couleur de la paille vraiment, avec une nuance verte assez appuyée en plus. Cette teinte facile s’accommodait très bien à des pantalons de coton de la même teinte ou plus clairs. Il n’y avait pas de risque de faire costume dépareillé, car les surfaces s’opposaient, soyeux contre mat. J’avais même tenté plusieurs fois le chino marine, qui allait assez bien car le tissu de la veste présentait de très légers carreaux marine justement. Et bien sûr, avec un pantalon gris clair, c’était tout à fait classique.

Cette veste, j’ai eu plaisir à la porter, puis au fil du renouvellement vers une qualité entoilée plus agréable, elle est partie à la cave où elle se trouve encore. Et c’est souvent que je me prends à penser à sa remplaçante.

Il me semble que cette nuance de beige est très agréable pour cette saison, pratique en même temps que lumineuse et remarquable. Faut-il encore trouver le bon beige, car très vite cette teinte chez les drapiers tire sur le vert, le grisâtre ou encore le jaune verdâtre. Ce n’est pas une recherche évidente. D’autant qu’il me semble que chaque client voit le jaune à sa manière. Enfin, c’est une impression, j’ai toujours l’impression de pas décrire les mêmes beige / sable que les messieurs en face de moi. D’après les commentaires, l’appréciation de cette couleur est très variable d’une personne à l’autre. Un tel trouvera ce beige chaud et agréable, un tel autre le trouvera laid. C’est plus tranché que pour un gris.

La laine unie genre gabardine n’est pas le meilleur choix me semble-t-il. Elle est souvent teinte en pièce et trop unie, trop proche du costume. Au contraire, là, il faut un peu de matière, un peu de relief, de la profondeur malgré la simplicité de la teinte. Un effet chiné, fil à fil, est préférable je pense. Pour donner un peu de richesse à la veste.

Un mélange avec du lin, ou de la soie est donc à privilégier. D’autant que les drapiers ne sont pas avares en la matière. Là où l’hiver est très simple dans les matières mais très varié dans les motifs et oppositions de couleur, l’été est sage en coloris mais pas avare en matières et beaux mélanges.

La laine apporte toujours la souplesse et la légèreté. Aucun tissu n’est plus adapté à l’élégance tailleur. C’est un fait. Le lin apporte une touche plus matte et une raideur à l’étoffe. Et il sèche très vite de la transpiration. Bon point. La soie contrebalance un tantinet le lin en apportant souplesse et luminosité, comme les drapiers font avec le cachemire en hiver.

La veste de la couleur de la paille, une beige assez chaud en fait, éclatant, est un juste milieu entre la veste en lin écru, de couleur naturelle, et la veste tabac, et à côté du blazer. C’est un modèle simple et polyvalent admirablement rehaussé par un tissu raffiné. Une belle opportunité pour composer des tenues variées, avec des pantalons blancs, gris ou beige voire bleu, avec des chemises blanches ou bleu ciel, ou plus complexes. La simplicité tout en élégance je crois.

Ci-dessous quelques échantillons trouvés dans mes liasses. Un peu de tout. J’ai écrit une légende sous chaque image, lorsque la souris passe sur la photo.

Bonne semaine, Julien Scavini

Le costume en coton

Évidemment, nous avons passé deux mois enfermés alors qu’il faisait un soleil radieux à l’extérieur. Et parfois même chaud. En ce jour attendu de déconfinement, il a plu! Je l’avais parié avec un ami sur un ton de badinerie il y a quelques semaines sans penser que … cela serait vrai. J’aurais du jouer un sous. Quoiqu’il en soit, en Mai, il est temps de sortir les tenues d’été de leur remise.

J’affectionne bien les costumes beige, car cela change résolument des couleurs de l’hiver, du gris et du marine général. Et puis cela se voit si peu. Un petit esprit suranné flotte sur le costume sable. C’était un grand classique de la garde-robe qui s’est perdu. Je pense surtout que celui-ci détonne probablement trop dans les environnements de travail institutionnels.

Il est évident que d’autres dépenses passent avant le costume beige. Là où il est possible d’envisager un peu plus de vêtements pour l’hiver, en tweed, flanelle et autres lainages lourds, l’été donne surtout envie de se vêtir le moins possible.

J’ai la chance par mon travail de pouvoir être en costume. Et en costume sable l’été. Donc je ne me prive pas.

Bien sûr on ne le dira jamais assez, la laine est la matière la plus respirante qui soit. Surtout si la trame de tissage est résolument ouverte, si les fils sont espacés. La laine froide a cet avantage de laisser passer une petite brise. Et un peu de mohair rend le tissu plus solide.

Toutefois à côté de la bien heureuse toison, je me suis essayé en 2015 à un grand classique masculin, le costume en coton. Les militaires depuis longtemps utilisent cette matière pour les uniformes tropicaux. Dans la vie civile, le costume de coton connait une grande variabilité de modes. C’est surtout une icône de la garde-robe américaine, pays qui subit des chaleurs écrasantes l’été. Et les anglais ont su lui donner ses lettres de noblesses.

Le coton a l’immense avantage de ne pas gratter par rapport à la laine. Un fait indéniable. Il est assez neutre thermiquement. En revanche le tissage serré ne laisse pas du tout passer l’air. Mais il sèche rapidement en contrepartie. Une longue succession d’avantages et inconvénients ne permettrait pas de toute façon de trouver un consensus pour ou contre. Le coton froisse presque autant que le lin, mais il est plus souple. Le lin est plus frais, mais le coton d’un entretien plus facile, etc… La lutte serait sans fin.

On dit généralement que les tailleurs n’aiment pas travailler le coton. Et c’est bien vrai. Cette matière, c’est la chienlit. Elle est difficile à travailler d’abord car toutes les coutures marquent. Même les bâtis laissent des marques. La mise sur toile est bien difficile, car c’est jamais net. Le coton ne drape pas, ne gonfle pas. Il n’a aucune mystique, aucune supériorité. Il est plat et sans relief. Le lin est bien plus facile et pardonne beaucoup au tailleur. Pas loin de la laine qui est généreuse et le tailleur son maître absolu. Le coton lui est revêche. Le coton n’en fait qu’à sa tête. Le coton marque!

Et puis alors surtout, le coton rétrécie. Vous avez beau le décatir, le laver, le repasser, il rétrécie. A cela se rajoute pour la veste en particulier sa rigidité. Même les cotons les plus fins sont raides. Et cela se ressent immensément dans la veste. Il n’y a pas d’élasticité naturelle. Là où la laine accompagne tous les mouvements ou presque, le coton reste là, il n’aide en rien. Et pour le porteur, pour le client, le couperet est souvent immédiat avec un manque de confort certain.

Pour ces deux raisons, le rétrécissement et la rigidité, j’ajoute en général à la commande une demi-taille sans le dire au client. Surtout aux épaules pour éviter qu’elles ne soient bloquées. C’est d’ailleurs un peu la même chose pour les vestes en velours. Un costume, donc une veste en coton, ne peut pas être près du corps, sinon, rien ne bouge. Et l’été en particulier, l’aisance est primordiale.

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Une anecdote à ce sujet. L’année dernière, un client m’a commandé un costume en coton après quelques costumes en laine plutôt bien réussis. J’étais très réservé sur le costume en coton connaissant les exigences précises de ce client précis, et toutes les difficultés énoncées. Le costume arriva et quelque chose clochait sans pouvoir dire quoi. Mais ça tombait pas trop mal. Pas génialement, mais pas trop mal… Il se révéla au troisième et dernier essayage, le pantalon et la veste n’étaient pas coupés sur le même côté du tissu. En gros le pantalon présentait la face et la veste l’envers… Imperceptible à l’œil car le coton est d’un tissage très basique. L’atelier n’avait pas vu. Bref, j’ai relancé une nouvelle veste. La seconde , identique à la première, était pourtant trop serrée là, trop imparfaite ici.

Je le voyais sans pouvoir dire grand chose autre que, le coton, c’est une plaie pour les tailleurs. Et que j’aimerais faire mieux. Mais c’est du coton. J’ai fini par rembourser le client échaudé et moi avec. Heureusement un habitué s’est trouvé agréablement bien dans celui-ci, et je n’ai pas tout perdu…

Quoiqu’il en soit et malgré toutes ces problématiques, j’en suis à mon troisième costume de coton. Deux beige d’abord. Et un marine arrivé l’année dernière et pas encore tout à fait terminé. La vie est longue et je l’aurais un jour, rien de presse. Comme je les taille à peine ample, ils tombent bien. Enfin, autant que le coton puisse.

J’apprécie l’aspect un peu moins habillé que les costumes en laine. Ce léger froissé apporte une touche de décontraction intéressante. Un détachement. En même temps c’est un trompe l’œil, car le costume en coton, d’un coût similaire au costume en laine, est un détachement calculé. Une allure étudiée faussement décontractée.

Une forme de solidité, de rusticité se dégage du costume en coton. Un esprit d’habit de travail peu recherché, une tenue humble.

Le fait est que lors des fortes chaleurs, le costume en coton est agréable à porter, en particulier bien sûr le pantalon. Et puis surtout, cela permet aux costumes de laine de se reposer et de ne pas s’abimer à cause de la transpiration. Une variété stylistique doublée d’un intérêt de conservation. Allier l’utile à l’agréable!

Et puis avec deux costumes en coton, l’un sable, l’autre caramel, il est très élégant d’échanger les vestes et les pantalons. Un petit air de ce qui se faisait au début du siècle, où personne vraiment ne portait jamais le complet intégral, et où les couleurs claires étaient mixées entre elles. Un sublime camaïeu lumineux.

Bonne soirée, Julien Scavini

Un petit ajout : j’ai testé mes costumes dans un coton type chino, en 260grs ce qui me parait un bon poids. Plus lourd rendrait la veste trop raide je pense. Plus fin est possible mais froisse très fort. Un petit pourcentage d’élasthanne aide au confort, c’est certain sur la veste.

Le petit plus en cachemire

Je n’en ai jamais tellement parlé sur le blog, du cachemire. Car c’est une matière plus qu’onéreuse et elle ne concerne très peu de clients. A tort ou à raison ? Les drapiers les plus connus, Holland & Sherry ou Loro Piana proposent de belles sélections de cachemire pure, pour vestes, mais les prix au mètre sont stratosphériques. Si bien que seul le tissu vaut parfois le prix total d’une veste plus simple. J’ai eu la chance de me faire offrir à deux reprises de belles coupes par Drapers, l’une rouge écarlate et l’autre bleu marine. Le confort n’est guère différent d’une veste normale, mais c’est le toucher qui est agréable et bien sûr, le cachemire est un petit peu plus chaud.

Je dis cachemire à veste, car c’est le seul domaine qui intéresse les drapiers. Le cachemire peut être très duveteux en surface, comme un velours, ou au contraire très sec comme un costume. Chez Holland & Sherry, le cachemire ‘Doeskin’ est tellement dingue en qualité qu’il irise comme de l’astrakan. Le peigné fait des vagues merveilleuses, et cela donne des vestes d’un très haut niveau de formalisme. On parle de finition chamoisée. C’est le fin du fin. Le cachemire vient de Mongolie et est filé en Écosse et de vrais chardons naturels sont encore utilisés pour soulever les fibres et apporter cet aspect velouté et moelleux caractéristique.

 

Loro Piana de son côté propose deux liasses de cachemire. Une avec des draps chamoisés du même genre que précédemment et une autre avec des draps plus lisses, qui généralement ont la préférence, car extérieurement, on ne voit pas le luxe de la matière. Le drap est classique, légèrement façonné comme une  flanelle ou un tissu à costumes. Il existe même une sélection façon tweed donegal que j’aime beaucoup. Quel luxe !

 

Si vous voulez faire un pantalon ou un costume en 100% cachemire, seul Loro Piana propose encore jusqu’à épuisement une très très maigre sélection. Cette matière a du mal à endurer les efforts au niveau d’un pantalon, elle se détend et poche. Donc souvent il faut un mélange pour faire un pantalon très doux.

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Justement, parlons mélanges.  Que penser des drapiers qui ajoutent un petit peu de cachemire dans le drap de laine ?

Généralement, le pourcentage est faible. Chez Holland & Sherry, la liasse ‘Cape Horn’ est une parfaite sélection pour costumes polyvalents, en 340grs, et contient 1% de cachemire. Soit si votre costume utilise 2,5 mètres de tissus, 840grs de tissu, donc, règle de trois égale 8,4grs de cachemire… Qu’en penser ?

 

Pareil chez Bateman Ogden où la ‘Supreme Classic’ contient 3% de cachemire en plus de laine super 130. Chez Loro Piana, les flanelles intègrent 5% de cachemire.  Retour chez Holland & Sherry où la liasse super luxe ‘Swan Hill’ super 160 et cachemire, en intègre… 5% aussi. La belle sélection ‘Top Line’ de Drapers ose monter à 10% avec une texture de flanelle légère.

 

Dans les liasses de vestes, les draps un peu façon tweed doux intègrent un peu plus. Chez Loro Piana, il y a 7% de cachemire et 10% chez Drapers dans les draps d’hiver unis ou à carreaux. Donc encore un fois, rien de fou.

Comment expliquer cette limitation ?

La première idée est qu’il s’agit pour les drapiers de trouver le juste équilibre financier. S’il y avait trop de cachemire, le prix s’envolerait et le drap ne trouverait pas sa clientèle.

La seconde idée, en particulier pour les draps à costumes, est qu’il faut garantir l’endurance sur le long terme. Comme le cachemire feutre vite, cela ne fonctionnerait pas.

La vérité je pense est surtout marketing. Les drapiers mettent un peu de cachemire pour marquer les esprits et se démarquer. L’effet est toujours net sur les clients, en particulier ceux n’ayant aucune connaissance du secteur et faisant confiance à des demi-mesures expéditives. Présenter du laine cachemire, c’est présenter du rêve. Qu’importe qu’en réalité il n’y ait que 8,4grs de cachemire, autant dire rien, l’idée est bien là.

En même temps, un petit peu de cachemire permet de justifier un prix au mètre plus élevé pour le drapier. L’idée étant d’améliorer le ‘panier moyen’ du client, donc du tailleur qui passe la commande de la coupe. Cet argument doit être contrebalancé par le fait que les draps cités plus haut, en dehors du cachemire, ne sont pas tellement chers en prix. En particulier la ‘Cape Horn’ de Holland & Sherry qui est un très bon produit de base.

Au final, même à moi, cela me fait plaisir ce petit montant de cachemire ‘factice’. Je finis par me convaincre aussi de l’utilité de la chose. C’est l’envie du commerce, il ne faut pas tout rationnaliser. Une pointe de cachemire ? Un plaisir et tant mieux. Je connais bien un ou deux drapiers qui chaque fois moquent cela en disant que les autres sont des vendeurs qui fourguent de la cochonnerie et que leur vrai 100% laine à eux, il est mieux! Peut-être… et alors. N’a-t-on pas le droit de rêver ?

La pointe de cachemire a deux utilités d’après Holland & Sherry que j’ai interrogé. Le tissu est plus fluide, même à de petits pourcentages, car les fibres longues de cachemire agissent comme un lubrifiant entre les fibres de laine. Ensuite, le tissu acquiert, en dehors du toucher, une lumière plus soyeuse. Vrai ou faux, comment le dire ?

Il n’y a que les tissus à manteaux qui font la part belle au cachemire, avec 10% ou 20% en complément de laine peignée.

Je ne crois pas que l’on puisse trouver du positif ou du négatif dans ce débat. L’argument marketing est assez avéré mais il ne faut jamais bouder son plaisir. D’autant que les grands drapiers des tailleurs font partis des plus honorables membres de la profession textile, bien loin des mastodontes qui remplissent la fast-fashion d’un luxe à deux sous. Et ont des procédés douteux. Le cachemire des grands drapiers est totalement tracé et ses origines connues.

A ce sujet, je vous rapporte ce fait amusant qu’un client de confession juive m’a rapporté. Il avait acheté une sublime veste 100% cachemire à Shanghai pour… de mémoire 80€. Pratiquant, il était allé consulter l’expert de la synagogue (celui qui juge si tel tissu ou tel vêtement est conforme au rite, pour vérifier le ou la? ‘chaatnez’). Après quelques jours, le monsieur a récupéré sa veste. Conclusion amusée de l’expert : «bravo, vous avez là une veste formidable et très douce. Et aucune inquiétude, elle ne contient pas une once de matière naturelle !».  On a bien rigolé ensemble !

Finissons avec cette mignonne photo transmise par Holland & Sherry, d’un musaraigne sur un chardon servant à peigner le cachemire.

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Bonne semaine, Julien Scavini

La laine mérinos, partie II

L’Australie et la Nouvelle-Zélande produisent aujourd’hui les plus belles qualités de laine, car les souches mérinos s’y sont particulièrement bien acclimatées. Mais le mérinos australien n’est pas une race homogène et unique. Les australiens distinguent quatre variantes de mérinos.

Mérinos Peppin

Cette souche est si importante que partout en Australie, les éleveurs classent souvent leurs moutons simplement comme étant soit du type Peppin, soit non-Peppin. Ce nom vient des frères Peppin, qui créèrent un haras en 1861 à 250km environ au Nord de Melbourne, à Deniliquin. Si des souches françaises et espagnoles ont servi de base à l’élevage, c’est un bélier exceptionnel de race mérinos – Rambouillet (que les australiens appellent ‘Emperor’) qui a donné naissance à la lignée mérinos-Peppin.

On estime aujourd’hui que 70% des mérinos australiens sont descendant directement du mouton développé par Peppin. Sa toison épaisse s’inscrit dans le milieu de gamme des qualités de laine mérinos. La laine du Peppin est protégée des excès de l’environnement par une teneur relativement élevée en graisse naturelle (le suint), apportant une teinte crémeuse au drap de laine.

Le Peppin est particulièrement répandu dans les troupeaux de moutons du Queensland, de Nouvelle-Galles du Sud, au nord de Victoria et dans les zones de production mixte de l’Australie du Sud et de l’Australie occidentale. La race est si adaptable qu’elle peut également être trouvée en grand nombre dans les régions pluvieuses de Victoria ou de Tasmanie.

Les vieilles statistiques de l’époque de la colonisation montrent qu’en moyenne, les mérinos du début produisaient 1,5 à 2kg de laine moelleuse chaque année. De nos jours, un bélier mérinos Peppin peut produire jusqu’à 18 kg de laine, et il n’est pas rare que les animaux commerciaux de cette race produisent jusqu’à 10 kg chaque année.

 

Mérinos d’Australie méridionale

Alors que les moutons Peppin ont été développés pour le climat tempéré des pentes et des plaines, les mérinos d’Australie méridionale ont été spécifiquement élevés pour prospérer et fournir du rendement dans des conditions pastorales arides, rencontrées dans une grande partie du pays-continent.

Les précipitations dans ces régions sont généralement de l’ordre de 250 mm par an ou moins. Des arbustes ou des plantes herbacées constituent une grande partie de la végétation naturelle.

Le mérinos sud-australien est physiquement la plus grande des souches de moutons mérinos du pays. Ils sont généralement plus longs, plus grands et plus épais que les types Peppin.

La laine de ces moutons est la moins bonne des mérinos (diamètre de la fibre très important). Il a également tendance à contenir une trop grande proportion de suint, idéale pour que le mouton se protège du soleil, mais défavorable au textile.

 

Mérinos saxon

Les moutons mérinos saxons se trouvent exclusivement dans le sud de l’Australie, où les pluies sont abondantes, en particulier sur les hauts plateaux de Tasmanie, dans les régions froides et humides de Victoria et sur les plateaux de la Nouvelle-Galles du Sud. C’est l’opposé du mérinos d’Australie méridionale.

Physiquement c’est le plus petit des types mérinos, produisant peu de laine (3 à 6 kg). Mais le saxon est sans égal pour la qualité produite. Par exemple, un mouton produisant des fibres 14 microns (soit environ super 190) donnera 3 kilos de laine et un mouton de 17,5 microns (soit environ super 120) donnera 6 kilos. Attention, dans une toison, toutes les fibres ne sont pas aussi douce. Il y a un tri à faire.

Cette laine est extrêmement brillante et de couleur blanche, douce à manipuler et fine. Ces caractéristiques en font une matière recherchée par l’industrie textile pour produire les tissus les plus coûteux.

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Les différentes qualité de fibre et leurs usages

Une foie coupées, les toisons sont lavées (souvent en Chine, car cette activité est contraignante pour l’environnement) puis peignées pour en retirer les plus belles fibres et les trier. C’est la capacité de la race ou d’un cheptel à produire tel ou tel pourcentage de fibres classées X ou Y qui permet de faire ce classement. Voici les types :

  • L’ultrafine
    L’ultrafine est la fibre de laine la plus douce au monde. Le diamètre des fibres doit être compris entre 12,5 à 17,5 microns (super 230 à super 120). Les éleveurs se concentrant sur les microns extra fins peuvent d’ailleurs aller jusqu’à 11,25 microns, et même un peu en dessous.
  • La super fine
    De 17,6 à 18,5 microns, soit de super 120 à super 100.
  • La fine
    De 18,6 à 19,5 microns, soit de super 100 à super 80.
  • La fine-moyenne
    De 19,6 à 20,5 microns, soit des laines peu utilisées pour les draps à costumes, sauf mélanges ou tissus rugueux type tweed.

Au delà, on parle de laine ‘moyenne’, de 20,6 à 22,5 microns. Ces lainages servent à confectionner des vêtements tricotés, mais peuvent aussi servir pour les draps de costumes d’été, solides malgré des tissages aérés. C’est d’ailleurs pour cela que les draps d’été ne font pas mention du terme super, ce n’est pas ce qui est recherché là.

Et enfin, après 22,6 microns, la laine est considérée comme ‘forte‘ et sert aux mélanges bas de gamme pour l’habillement, et dans l’industrie : draps d’habillage dans l’automobile et l’aéronautique, décoration d’intérieur, etc…

J’ai demandé à Holland & Sherry quelques informations sur leurs lainages pour faire le raccord avec ces deux articles. Chez Holland & Sherry, presque toutes les fibres viennent de mouton mérinos, même le fameux sherry-tweed. Seuls les Harris tweed sont produits par des moutons Scottish Blackface ou Cheviot.Voici un petit tableau qui donne des informations intéressantes :

Liasse H&Sherry Composition(s) de la liasse Race Origine
Sherry Tweed – 8188xxx
100% Wool Sheep = Ovis Aries Sheep = New Zealand
100% Wool Sheep = Ovis Aries Aries Sheep = Australia/New Zealand/South Africa
100% Wool Worsted Sheep = Ovis Aries Aries Sheep = South Africa
78% Wool 12% Silk 10% Nylon Sheep = Ovis Aries Aries      Silkworm = Bombyx Mori Sheep = Australia         Silkworm = China
Harris Tweed – 8919xxx
100% Wool – 33µ Sheep = Ovis Aries Orientales Sheep = United Kingdom
Royal Mile – 318xxx
100% Wool – 16,5µ – s140 Sheep = Ovis Aries Sheep = Australia
Cape Horn – 667xxx
99% Wool – 18,5µ – s100 1% cashmere Sheep = Ovis Aries Aries       Goat = capra hircus lainger Sheep = Australia          Cashmere = China

Certaines races de moutons mérinos sont si exclusives, que le nom de race devient une marque déposée. Par exemple, la race mérinos Escorial est une sorte de légende, plus douce que le cachemire. Elle est distribuée par le drapier Standeven . Chez Holland & Sherry, deux races de mérinos sont exclusivement distribuées : le mérinos Gostwyck d’Australie, avec tout un volet développement durable, et le mérinos Monadh d’Ecosse.

Petite aparté, les lainages dit ‘lambswool’, c’est à dire provenant des agneaux ne sont pas forcément de race mérinos. J’ai trouvé peu d’information. Je me demande si ce ne sont pas du coup les toisons des agneaux que l’on mange, donc de toutes races…?

Je vous laisse enfin deux brochures d’Holland & Sherry à propos du Monadh et du Gostwyck si vous voulez plus d’informations et de belles photos !

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Belle semaine, semaine prochaine, pas de blog! Julien Scavini

Se laisser tenter

Faire réaliser ses vêtements sur-mesure est très agréable. Seulement, sortir des sentiers battus et se laisser tenter par telle ou telle étoffe est toujours difficile. Pour certain, c’est sortir du drap bleu marine uni qui est difficile. Pour d’autre déjà un peu plus aventurier, c’est la rayure qui fait peur. La chemise n’est pas exempte de cette problématique. Sortir du bleu et du blanc n’est pas si simple. Un des avantages du prêt-à-porter est de proposer directement le produit fini. La tentation est alors plus grande de se laisser tenter par une rayure orange ou carreau lilas. C’est le coup de cœur de l’instant.

L’achat sur-mesure entre dans une démarche plus réfléchie. Il est alors plus difficile de sortir du classique et de se laisser tenter. Ce qui est pourtant la base du commerce. Les supermarchés en ligne buttent sur ce point. Les acheteurs ayant des listes toutes-faites qu’ils réitèrent à chaque nouvelle commande, il reste peu de place pour les nouveaux produits, ce qui sort de l’ordinaire, ce qui pourrait plaire. Toute la difficulté et l’intérêt du commerce est d’arriver à bien tenter son client. Mais en mesure, avec un coût assez important, la tentation est moins aisée. Il est plus difficile de pousser son client.

Et c’est aussi valable pour moi, même si j’ai la chance de bénéficier de mon propre travail. C’est ainsi qu’en chemise, étant déjà bien pourvu, je n’en fais qu’à dose homéopathique.

La semaine dernière, j’allais au marché Saint-Pierre, au pied de la butte Montmartre pour chiner du tissu avec un ami. Derrière cette appellation de marché Saint-Pierre se cachent en réalité deux choses : 1- le nom du plus grand magasin du secteur, aussi appelé Dreyfus et 2- par extension, l’ensemble des magasins blottis autour de la halle de l’ancien marché Saint-Pierre (aujourd’hui une bibliothèque et une galerie d’art contemporain). Donc d’une certaine manière, lorsque l’on dit marché Saint-Pierre, on parle de toutes les boutiques, pas que d’une seule.

Le vrai marché Saint-Pierre, chez Dreyfus, n’a pas grand intérêt pour les amateurs de mode masculine. C’est un bazar à tout. En face, chez Reine, il y a déjà plus à faire. La sélection de tissus pour chemises de chez Testa est petite mais de bien belle qualité. Il y a aussi quelques lainages pour costume.

Chez Reine en particulier, j’ai remarqué de très très beaux draps laineux avec du cachemire, genre flanelle, disponibles en toutes les couleurs pour réaliser des vestes. Le rouges était profond, le vert somptueux. Malgré le nom Blin Blin* apposé partout, Il y avait aussi un petit écusson Loro Piana discrètement apposé sur les rouleaux. J’ai appelé Loro Piana pour avoir de plus amples informations. Et j’ai découvert l’existence du somptueux drap Blin & Blin. C’est en fait une spécialité française assez ancienne, dont les activités et les métiers à tisser furent rachetés par Loro Piana dans les années 90. Il est très apprécié des orientaux qui réalisent avec leurs djellabas chaudes. Un business qui se porte très bien. Amusante anecdote. Ce beau drap est disponible par ailleurs dans la liasse ‘Blazer’ de Loro Piana. Du très joli !

*(ce tissu est aussi appelé en arabe M’lifa qui signifie ‘drap brillant’. Toutefois, beaucoup de contrefaçons du drap Loro Piana existent sous l’appellation Mlifa, souvent pas en laine ni fabriquées en Europe. Des contrefaçons utilisent aussi le nom Blain Blain. Seul le magasin Reine vend le vrai Blin Blin)

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Après les vendeurs de tissus au mètre (vous choisissez ce que vous voulez et on vous le coupe) comme Dreyfus, Reine ou Moline, il a les dé-stockeurs de tissus, ceux qui récupèrent à droite et à gauche dans toute l’Europe et plus loin les précieux ‘left-over’, des rouleaux restant après la fabrication des vêtements par les industriels. Et évidemment, les rouleaux de tissus des grands commanditaires partent très chers. A ce petit jeu, « Sacré Coupon Le Gentleman des Tissus » (4bis Rue d’Orsel) et « Les Coupons de Saint-Pierre » (1 Place Saint-Pierre) sont des maîtres. Ils n’écrivent jamais vraiment d’où viennent leurs tissus, mais il suffit de demander. Chez Sacré Coupon, il y a souvent des pièces de Dormeuil pour costume ou veste, des lainages Barbara Bui ou Yves Saint-Laurent et les tissus de chemise viennent de chez Hermès (petite marque CH  pour coton Hermès sur l’étiquette). Mais chut c’est un secret. J’avais eu l’occasion de faire un reportage sur « Les Coupons de Saint-Pierre » ici. Les prix sont en général très correct. 20 à 30€ le mètre pour les laines, 10 à 20€ pour les chemises.

Tous les bons tailleurs peuvent normalement réaliser la façon d’un tissu que vous amenez. C’est le moment de se faire plaisir avec quelques draps fantaisies.

  • Comptez 2m00 pour une veste, 2m30 s’il y a des poches plaquées ou des carreaux ou qu’elle est croisée.
  • Comptez 1m40 pour un pantalon. Pour les grandes tailles, le métrage augmente très vite, jusqu’à 2m50 le pantalon. Se renseigner avant.
  • Comptez 3m50 pour un costume, un peu plus si carreaux ou grande taille.

En partant, alors que je n’avais rien trouvé pour moi et que j’étais courroucé (un peu comme lorsqu’on fait les puces et qu’on ne trouve rien), je suis entré chez Sacré Coupon déstockage (10 Rue Seveste). Et je suis tombé sur un petit coupon de 2m de tissu de chemise pour 10€, une paille! Teinte à peine écrue, rayure discrète rouge et beige, origine CH sur l’étiquette confirmée pour la douceur du twill de belle qualité. Hop l’affaire était dans le sac. J’attends avec impatience cette chemise. Une bonne affaire et un tissu que je n’aurais probablement pas regardé autrement. Je me suis laissé tenter!

Belle semaine, Julien Scavini

Rayure craie et rayure tennis

Si la dissociation dans l’esprit des Anglais est assez clair, en France, il y a toujours une hésitation sur le terme adéquat pour désigner telle ou telle rayure.

Signe certain de conservatisme, le costume rayé fait parti de la grande tradition anglaise du costume de travail, un signe de respectabilité et d’ascension sociale. C’est LA tenue du banquier dès les années 20, des hommes d’affaires et même de la pègre qui adore faire étalage de raies marquées et ostentatoires. Les années d’après guerre et une certaine tempérance sociale estompent son usage au profit des draps unis. Les années 80 et 90 ont permis un retour en grâces des rayures, pour le pire et pour le meilleur. Mais trop fric, trop cliché, trop clinquante, elles furent encore poussées dehors. Avec les années 2000, des designers de tout poil la réintroduisent sous toutes les formes, détournant sa respectabilité.

Les drapiers proposent toujours une grande variété de rayures, surtout les Anglais. Habituellement, les raies sont blanches ou grises. Elles peuvent aussi être colorées, à manier avec précaution. Les Italiens sont assez conventionnels sur les couleurs des rayures, en revanche, ils jouent souvent sur l’écartement de celles-ci. Le classicisme avec un twist!

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Quoiqu’il en soit. Il existe deux variétés de rayures :

La rayure tennis, en anglais pin stripe, désigne une rayure très fine. Wikipédia dit 1/30ème de pouce soit moins d’un millimètre. La rayure tennis est en fait constituée d’un seul fil, qui, entrecoupé par les fils horizontaux, forme un effet de points qui se succèdent. D’où le terme pin stripe = ligne d’épingles. Elle peut être très discrète ou très marquée :

 

La rayure craie, en anglais chalk stripe, désigne toutes les rayures plus larges qu’un fil. La rayure craie peut apparaitre sur un drap sec (lisse) ou sur un drap flanellé. La rayure craie a une épaisseur variable, de quelques fils discrets à de fortes bandes. Dans un tissu sec, la rayure craie aura tendance à faire apparaitre de légères diagonales. Tissu assez voyant ai-je tendance à penser. Mais une fois le costume réalisé, c’est toujours d’une grande beauté. Si la surface du tissu est frottée, un aspect flanelle apparait alors, estompant la rayure craie. Dans une flanelle, la rayure peut être très ou peu visible.

Ci-dessous des tissus secs avec une rayure craie, deux fils seulement dans le premier exemple, une succession de petites diagonales dans le second :

Et ci-dessous deux tissus flanellés, l’un plus que l’autre. Dans la flanelle, la rayure devient un vrai coup de craie, une trace vaporeuse :

Il existe des rayures craies parfois plus discrètes que des rayures tennis, alors que ce devrait être l’inverse. Tout dépend en fait de la teinte. Je ne pense pas qu’il y ait une différence fondamentale de formalisme entre une rayure tennis et une rayure craie. C’est surtout une question de QUI L’ON EST ou de CE QUE L’ON VEUT MONTRER.

La rayure tennis, très appréciée dans les publicités Ralph Lauren, est assez peu demandée par mes clients. Elle est souvent soit trop marquée soit trop estompée. De manière générale, les rayures sont appréciées si discrètes ces temps-ci. Sauf en flanelle où c’est l’eldorado. Les jeunes adorent là où les plus âgés, surtout les dames, trouvent que ça fait vieux. Aller comprendre!

Belle semaine, Julien Scavini

Un costume pour l’hiver

La plupart des costumes fabriqués de nos jours sont coupés dans des lainages dit ‘quatre saisons’. Le drap de laine pèse environ 260 à 280grs au mètre linéaire (ou au mètre carré suivant les fabricants). Pour l’hiver, il est bon de monter un peu, un grammage plus lourd donnant un costume plus lourd et donc plus chaud.

Une sorte de consensus se dégage chez tous les drapiers, ce qui est assez amusant. 340grs est le premier palier intermédiaire. Les anglais appellent parfois cela le Royal Twelve, pour douze onces, soit 340grs. Avec ce poids, les tissus restent mettables presque toute l’année, en dehors de l’été chaud. Les costumes ont un bon tombé et sont solides. Suivant l’acception à la chaleur, on pourrait donc presque considérer ce poids comme toutes saisons.

Deux échelons permettent d’envisager trouver un costume bien plus hivernal. Le premier se situe aux alentours de 370grs. C’est un poids spécifique à la moitié la plus froide de l’année. Mais, curiosité, la plupart des tissus de ce poids ne donnent pas des costumes si lourds. La relative souplesse des tissus contemporains y est pour quelque chose, à l’inverse des draps anciens très raides. Il y a chez Drapers une liasse de ce type, la Five Stars, armurée de manière très dense, ce qui permet d’obtenir un tissu d’une robustesse incroyable, très raide. Je dois avouer n’avoir jamais vu à part dans les tissus anciens un tel maintien. Les costumes ainsi réalisés ont une prestance incroyable, une netteté hors pair digne de la grande-mesure. Ce tissu pardonne beaucoup au tailleur comme on dit.

Ensuite vient le dernier échelon connu, 400grs, de plus en plus rare. Bateman Ogden, honnête petit drapier d’Huddersifield me propose deux liasses, des british classics pourrait-on dire très agréables. Holland & Sherry édite une liasse amusante appelée City of London, sous-titrée Vintage Suiting, à 420grs. Les tissus sont toutefois assez mous, et le ressenti n’est pas si lourd que cela, malgré un cintre bien chargé. C’est paradoxal. Souvent ces tissus lourds font peur, mais en fait, une fois le costume coupé et monté, on est très loin d’un costume des années 60 ou 70, forcément bien plus raide et dense.

Il semble que le lourd revient un peu à la mode à en croire toutes les liasses que les drapiers sortent avec un peu plus d’étoffe. Caccioppoli a par exemple diffusé une liasse de tissus anglais en 360/370grs très attractive. Je remarque par ailleurs que ces liasses présentent souvent des tissus assez typés, à l’ancienne. Les caviars ont plutôt un grain  assez gros, les prince-de-galles sont forts, les rayures marquées. Loin de l’esthétique fine des tissus quatre-saisons.

Les tissus que je viens de décrire sont à ranger dans la catégorie des tissus lisses, présentant une surface satinée. A l’inverse, la flanelle de laine donne des tissus plus moelleux dont le simple aspect donne chaud. Un consensus s’opère là aussi, autour de 340grs. Vitale Barberis (via Drapers, ou Caccioppoli, ou les fabricants) propose une large gamme et Loro Piana ajoute une touche de cachemire pour la douceur. Il faut toutefois noter que ces flanelles sont là encore plutôt molles et que si vous en cherchez une vraiment à l’ancienne, dense et structurée, il faudra se pencher vers des liasses plus spécifiques, comme Gorina (470 à 500grs) ou Caccioppoli (450grs environ).

Il faut toutefois penser à une chose, à poids égale, par exemple 340grs, une flanelle sera plus épaisse qu’une laine lisse. D’où une perte légère d’aisance si le tailleur n’augmente pas un peu les dimensions du vêtement.

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Enfin, question délicatesse, il est bon de faire un rappel. La jauge du tissu, c’est à dire in fine, sa douceur, s’exprime en super quelque chose. Super s’100 ou super s’150. Attention, cette mention n’a aucun rapport avec le poids.

Généralement, les tissus lourds ne sont pas réalisés avec des laines aux jauges élevées, pour une simple question de prix. Les tissus lourds n’intéressent pas les gens les plus fortunés, ils intéressent les passionnés. Donc ils ne doivent pas être vendus trop chers. Et mettre beaucoup de fils luxueux coute très cher. Donc les tissus lourds, 340grs et plus sont généralement obtenus à partir de fils super s’60 ou super s’80 ou super s’100. Cette relative pauvreté de la matière n’est alors pas indiquée par les drapiers, car elle ne constitue pas un argument commercial. Corolaire, ces laines grattent un peu plus, ce que je ne supporte pas personnellement, le long de la jambe.

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Le graal est donc de trouver un tissu relativement lourd mais avec une jauge élevée. Loro Piana propose cela dans sa liasse Winter Tasmanian s’150. Un poème, la douceur et le poids réunis. Caccioppoli propose également des s’130 lourds, mais en dehors de ces deux drapiers, c’est morne plaine. Et ils sont pas donnés. Ces liasses de tissus sont composées de tissus aux dessins plus discrets et modernes, à l’inverse comme déjà dit des liasses typées lourdes.

Vous voilà donc entièrement renseigné. Reste à trouver votre tissu précis, bleu marine, gris fil à fil et passe partout, ou chevron serré, tissus habillé très intéressant et évocateur de la robustesse hivernale…

Belle semaine, Julien Scavini

La saison du tweed commence !

On l’aurait dit mort, dépassé par les nouveaux tissus techniques ou même les lainages très fins et autres cotons avec de l’élasthanne. Pourtant, force est de constater que les drapiers sont particulièrement prolixes cette saison. Le tweed est toujours là, bien là! Je vous ai préparé une petite sélection de ces merveilles.

Si on me demande souvent ce qu’est du tweed, la définition n’est pas aisée. Je dirais qu’il s’agit d’un tissu plutôt rustique, au toucher vaguement rugueux, qui sent bon les sous-bois. Techniquement, le tweed serait donc plutôt une laine cardée, c’est à dire peu travaillée. Mais, la plupart des drapiers utilisent des laines peignées, plus raffinées, pour obtenir des étoffes moelleuses et douces. Le tweed renvoie aussi à la notion de solidité. Pourtant, force est de constater que la plupart sont plutôt mous, j’y reviens à la fin de l’article.

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Holland & Sherry d’abord a complètement renouvellé sa liasse de tissus « SherryTweed », avec, et c’est une force par rapport à l’ancienne liasse, de nombreux tweed à effet Donegal. Ces tissus discrets et mouchetés sont très appréciés des français, qui se laissent rarement convaincre par les grands carreaux colorés, qu’Américain et Anglais adorent. Notons toutefois la présence de polyamide dans une bonne part de ces tweeds. La question est : est-ce pour donner de l’épaisseur et du grain au tissu? Ou pour légitimement renforcer une trame fragile (les tweeds fins sont fragiles)? Ou pour faire baisser le prix de production? Chez Holland & Sherry toujours, il existe aussi une liasse de Harris Tweed, très épais.

 

Chez les anglais de Standeven / William Halstead, le tweed se mêle d’un peu de cachemire, influence très italienne. Il en résulte une liasse magnifique, que je n’avais pas vu depuis longtemps. Des motifs anglais, d’autres italiens, des couleurs ou des unis, des chevrons discrets et des effets Donegal mouchetés (d’ailleurs utilisés pour ma ligne de Pantalons, ICI) superbes.

 

Chez les italiens, le tweed est aussi, et c’est le plus amusant, très à l’honneur. Le groupe Carnet / Ratti / Tallia di Delfino nous a livré une sublime liasse très épaisse de Harris Tweed, le fameux drap tissé dans les Hébrides. Un côté de la liasse présente des coloris classiques et l’autre des plus avant-gardistes. Un ensemble très cohérent, à prix correct en plus. Drapers aussi, à Milan, y va de sa petite sélection de véritables Harris.

 

Loro Piana de son côté n’a jamais été tellement habitué aux tweeds, la maison italienne préférant la douceur de draps de laine peignée, souvent mêlés de cachemire. Là, ils se sont lancés et la liasse « Sopra Visso » est une vraie merveille. Un poids très intéressant, mi-lourd mi-léger, des coloris variés et toujours de bon goût. Et comme chez Loro Piana, ils ne font jamais rien à moitié, la laine pour faire cette liasse est exclusivement italienne.

J’avais entendu dire il y a longtemps que la laine produite en Europe permettait rarement l’usage textile, les races étant trop primitives. Un mouton à laine doit vivre très agréablement pour que sa toison soit douce. Un mouton vivant dans des conditions difficiles sera plus stressé, d’où une laine plus rugueuse. La laine européenne servirait plutôt à la conception de tapis et matériaux divers. Ce serait donc un tour de force pour Loro Piana d’avoir sourcé assez de laine en Italie pour réaliser cette belle liasse.

 

 

Une remarque enfin. Une bonne partie de ces tweeds sont à réserver à la confection de veste. Ils pèsent seulement 350grs (environ). Et comme la trame de tissage est assez lâche, ces tissus ne supportent pas l’abrasion qu’un pantalon subit à l’entrejambe. Il faut donc y aller avec précaution.

Car si les drapiers s’amusent à sortir de nombreux tweeds, ils sont avant tout destinés à la confection de vestes dépareillées. Les tweeds à costume sont bien plus difficile à trouver. Bateman Ogden propose une liasse de tweeds rasés lourds (500grs et plus) qui sont parfaits, mais aucun uni ou motif discret, que des grands carreaux et autres gun-tweed. Dugdale de son côté propose une sélection de chevrons qui iraient très bien, mais le choix n’est hélas, pas très important. Si vous avez un projet de costume en tweed, le choix du tissu sera délicat. Si vous voulez une veste, allez-y, il y a pléthore!

Belle semaine, Julien Scavini

Les tweeds

Il faut bien avoir à l’esprit que lorsque l’on parle d’un tweed, on utilise en fait un mot valise. En effet, la famille des tweeds est très vaste et ses contours parfois difficile à décrire.

Repartons à la source du mot. Le tweed est étoffe de laine peu ou pas épurée. Car à partir d’un ballot de laine, il est possible d’obtenir des fils bruts (on parle alors d’une laine cardée) ou des fils raffinés (on parle alors de laine peignée). La laine peignée est plus douce que la laine cardée (qui est plus rêche).

Le tweed désigne une famille de laines cardées (brutes). Les tissus de laine peignée (reconnaissable à la mention d’un super 1XX) ne sont pas des tweeds à proprement parler. C’est donc une étoffe solide et endurante.

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Seulement voilà, les tweeds varient suivant la race du mouton qui donne la laine. Ainsi, les moutons de race Cheviot (originaire d’Angleterre) donnent une laine vraiment très rugueuse, à l’ancienne, et la race Mérinos (originaire d’Espagne) une laine très qualitative réputée pour sa douceur. Les tweed ainsi obtenus seront donc très différents, vous vous en doutez. La race des moutons Saxony (originaire d’Allemagne) produit une laine assez douce bien qu’un peu moins usitée.

En plus, la laine peut être récoltée sur le mouton à des âges différents et à des endroits différents. Si le lainier utilise seulement la toison du cou, le tweed sera très doux. Encore mieux, si la laine est prélevée sur un agneau (on parle alors de la fameuse appellation Lambswool), le drap sera très qualitatif, et cela sans travail particulier de raffinage.

Ainsi, il existe de grandes disparités de toucher. Le tweed de Harris constitué de laine de Cheviot, le plus connu, est du genre très rugueux, un peu fil barbelé dirait James Darwen.

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Les tweed lambswool sont magnifiques avec un toucher beaucoup plus doux. Quant aux Italiens, ils tissent des étoffes de campagne dans du Mérinos d’où un confort exceptionnel. Et parfois, les tweeds peuvent être un peu mélangés avec du cachemire. Alors là, on est loin des prairies britanniques. Ci-dessous, il est possible d’apercevoir la différence, rien qu’à la photo, entre les touchers différents, rugueux et doux.

Le poids est aussi une composante importante. Holland & Sherry propose sa liasse la plus vendue ‘Sherrytweed’ en 310grs. Ce sont de très belles étoffes mais qui sont plus utiles en ville qu’à la campagne.

Le tweed souvent appelé ‘Royal Twelve’ car pesant 12oz c’est à dire 340/360grs est plus classique à la campagne. Ces draps sont parfois appelés Gamekeepers pour tweed des gardes chasses. Le toucher est moins rugueux et le tissage plus serré pour pouvoir réaliser des pantalons. Car les tweeds mous, confortables pour réaliser des vestes ne sont pas assez solides pour endurer les efforts d’une culotte.

Enfin, les anglais se sont fait une spécialité de ce qui est parfois appelé le ‘tweed rasé’, à savoir un drap très lourd et très dense (500grs) au toucher très sec, ci-dessous. L’aspect est bien moins broussailleux que le tweed de Harris. Ces tweeds disponibles dans une infinie variété de formes et couleurs sont utilisés aussi bien pour réaliser des complets, des vestes ou pantalons seuls, voire même des manteaux ou des parkas de chasse.

Bref, comme vous le voyez, c’est une étoffe qui ne manque pas de ressource !

Et ce qui est amusant avec le tweed, c’est sa capacité à faire immédiatement ‘pas moderne’. Une tenue constituée de tweed, à l’aspect mat et aux couleurs fanées, constitue un message et révèle une envie. Ce n’est a priori pas le tissu du siècle à venir et pourtant il continue toujours à faire sens et à donner envie. Alors que les matières deviennent techniques, brillantes et synthétiques, le tweed avec sa simplicité et son esprit old-school continue de plaire. Et c’est heureux. Cette photo du Sartorialist m’a justement donné envie d’écrire cet article :

http://www.thesartorialist.com/men/on-the-street-east-second-st-new-york/

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Bonne semaine, Julien Scavini.

La moleskine

Les anglais l’appellent moleskin, qui peut se traduire par peau de taupe. Pour le nom français, l’histoire n’est pas allé chercher très loin, en ajoutant simplement un -e, il est vrai que la prononciation est aisée en français.

Il s’agit d’un tissu de coton de poids moyen à lourd, qui après tissage est gratté en surface pour obtenir un aspect à la fois doux et velouté, similaire à la peau de chamois. D’une certaine manière, la moleskine est un peu comme le veau-velours si apprécié pour les chaussures, à la fois un peu rustique, brute et en même temps assez racée. C’est une matière distinguée et rare. Car peu de gens connaissent cette matière.

La moleskine est de la  famille des velours. A la différence que les poils ne sont pas profonds. Tout au plus la surface est brossée. Il n’y a donc pas de sens.

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La moleskine est généralement disponible dans des poids allant de 350grs à 600grs. Toutes vous procureront un grand agrément et un toucher extrêmement doux. C’est la caractéristique essentielle de cette matière, elle est confortable à porter.

Pour autant, si elle est douce et moelleuse, la moleskine a de la tenue. Une excellente tenue, bien supérieure aux velours, qui à cause de leurs trames de fond fines et aux raies parfois profondes, ne tiennent pas le pli. La moleskine elle tient le pli. Impeccablement. Ainsi, en association avec une belle veste de tweed ou même du cachemire, votre tenue a de la prestance.

Cette étoffe a un tombé si étonnant que dans les poids lourds, elle est même coupe-vent. C’est pourquoi et pendant longtemps, les ouvriers la portaient. La moleskine avec les velours à grosses cotes, sont des tissus anciens que l’on dirait aujourd’hui ‘technique’. Ils résistent à tout : usure, abrasion, feu et eau. Ainsi étaient réalisés nombre de pantalons et de vestons, y compris parfois des grosses chemises.

Même si on peut en tirer un costume (très british), il est assez rare de voir des vestes ainsi faites. Car comme souvent avec les vestes en coton, elles sont un peu raides et ont du mal à donner du confort. Par contre, question pantalon, il faut s’en donner à cœur joie. C’est LE modèle du week-end hivernal. Plus chaud que le pantalon chino, il donne une irrésistible allure de gentleman farmer et les coloris sont très variés.

 Bonne semaine. Julien Scavini