Le greige ou le grège ?

Les teintes claires et naturelles sont à la mode. Elles sont synonymes d’une sorte de douceur d’être ou de vivre. Loro Piana ne cesse de présenter des tissus aux coloris très doux, là où par exemple les anglais d’Holland & Sherry jouent la carte des couleurs vives ou piquantes. Chez le premier, il existe même une liasse nommée « pecora nera » présentant des draps non-teintés, du marron jusqu’à l’écru, sans aucune teinture, juste la couleur du poil du mouton. Le poil-de-chameau pour manteau ( presque encore de saison ! ) est aussi le plus souvent présenté sans aucune teinture, pour faire la part belle à la profondeur onctueuse de ses nuances « camel ».

Tout un poème, et un luxe même. Porter des vêtements naturels et non-teintés serait presque un luxe en fait. Loin des péripéties délirantes de la mode et des outrages de la fast-fashion. Un pantalon de lin n’est-il jamais plus beau que au naturel justement, entre le gris des falaises normandes et le gris chaud du calcaire tourangeau. Vous voyez, il y a dans les teintes naturelles un renvoi immédiat à la beauté de nature, non altérée. Les tweeds à peine teintés de mousses suivent cet état d’esprit.

Ce luxe des teintes naturelles, sublimant le corps des Hommes ( et donc aussi et souvent d’ailleurs, des femmes ), les marques de luxe l’ont bien vues. Hermès bien sûr, Loro Piana encore, Brunello Cucinelli enfin, ne cessent de travailler un répertoire fait de laines, lins, cotons et cachemires faiblement teintés, drapant simplement et majestueusement.

C’était une couleur assez rare toutefois dans le petit monde feutré de l’élégance « sartoriale ». La faute à des liasses de tissus aux coloris souvent sombres et britanniques. A part le manteau « camel », les hommes faisaient plutôt confiance au tweed marron foncé, au drap de costume marine ou à la flanelle anthracite. Il a fallu du temps pour que les couleurs claires se frayent un chemin élégant vers la penderie. Et elles n’y sont d’ailleurs pas tout à fait encore bien ancrées, même si les italiens ne cessent de nous régaler avec des pantalons de velours ou des pull-over ivoire. Je remarque aussi que SuitSupply mais aussi PiniParma osent présenter de telles teintes, très claires, et que cela [ peut-être ? ] fonctionne donc.

Les drapiers anglais ne sont pas encore à la page. La faute à des sables trop sables, des beiges trop beiges, des noisettes trop foncés, et finalement en un mot comme en cent, à une touche de vert confinant au tilleul qu’on retrouve à peu près partout.

A l’inverse chez les italiens, c’est une débauche de « gris sales » ou « gris poussiéreux », je ne me souviens plus très bien, comme me l’avait dit M. Lolli de Drapers. L’image était bonne. Imaginez dans un gris très clair, rajoutez une goutte de jaune. D’un coup, ce qui était une teinte froide devient plus chaude, plus chatoyante, plus onctueuse. La différence avec du beige tient en même temps à une pâleur caractéristique. Si bien qu’il n’est jamais très facile de distinguer cette teinte. Qu’est-elle vraiment ? Un gris chaud, un beige froid. Un entre deux, savant et surtout un écru recherché. Tissus de costume, natté pour veste d’été, tweed pour l’hiver, ils déclinèrent très vite toutes leur gamme pour inclure ce greige, ou grège ?

J’ai cherché greige dans le dictionnaire. Logique après tout, je pensais que le mot, récent, était constitué de l’association des mots gris et beige. Une explication totalement en adéquation avec ce que je viens d’évoquer. Et puis rien. J’eus l’idée de cherche à grège. Mon Petit Larousse de 1902 en sept volumes plus une annexe m’a donné la réponse :

« GRÈGE : (grèj‘ – de l’italien greggia, même sens) adj. Se dit de la soie, lorsqu’elle est telle qu’on l’a tirée de dessus le cocon, et des fils que l’on fait avec cette soie. »

Je me coucherai moins bête !

Belle et bonne semaine, Julien Scavini

Le fil-à-fil

S’il est possible de les couper dans des flanelles moelleuses ou des tweeds rugueux, la plupart des costumes sont toutefois réalisés dans des draps de laine lisses. Quand on pense costume, on a plutôt tendance à le voir ainsi, sans relief excessif, dans un tissu sans aspérité. C’est la partition habituelle du drapier. Les liasses « de ville » sont remplis de ces lainages secs et sans grain.

A l’intérieur toutefois de cette proposition, il existe un grand nombre de dessins. Les unis bien sûr. Puis les faux-unis, comme les chevrons ou les caviars, qui se voient de près mais s’estompent de loin. Et enfin les rayures, à la craie ou tennis, puis les carreaux, dont les fameux prince-de-galles. Voilà généralement qui donne le choix. Une sélection qui bien sûr peut se croiser avec le poids, pour donner autant de costumes que nécessaire à l’honnête homme suivant les saisons.

Il ne faudrait pas toutefois passez trop vite sur les unis. On aurait tord de les réduire à une petite famille simplement constituée d’un long dégradé de gris et de bleus.

Car au-delà de la couleur, le procédé même de teinture peut faire apparaitre du relief et un grain particulier. Faussant l’aspect totalement uni et par là même la catégorie elle-même. Les unis ne le sont pas tant que ça !

Tout se joue au niveau de la teinture. Celle-ci peut intervenir en amont de la réalisation du tissu, ou après.

Première option : le drap est tissé dans une couleur neutre comme l’écru. En sortie de métier à tisser, la pièce obtenue est alors teintée à la demande. Ce procédé massif a pour effet de donner un tissu à la couleur dense et uniforme. Voici un dégradé de draps Holland & Sherry Cape Horn ainsi teintés. Les couleurs sont homogènes. (= teint en pièce).

Second option : les ballots de laine brute sont teintés. Des fils aux teintes nuancées sortent de ces divers ballots. Puis le tissu est réalisé à partir des ces fils. En faisant un peu varier les teintes des fils, on obtient des nuances sur le tissu final. On parle alors d’un fil-à-fil. Chaque fil apporte sa touche de variation. Il y a la teinte générale faite de l’assemblage des fils. Et il y a les teintes particulières, toutes un peu différentes. (= teint en laine / ou teint en fil).

Les gris sont depuis très longtemps réalisés et appréciés de cette manière. Ces fil-à-fil, les anglais les appellent « sharkskin » pour peau de requin. Les costumes de James Bond (encore lui !) sont souvent coupés dans ces « sharkskin » dont la prononciation seule fait sérieux. Pour un style affuté. L’effet du fil-à-fil peut être plus ou moins appuyé par l’effet de teinture. Généralement, les gris clairs en fil-à-fil sont très marqués et irisent beaucoup. Cary Grant dans La Mort aux trousses porte un costume fil-à-fil foncé qui fait peu ressortir les nuances. Mais dans les années 50, il était assez courant de voir des fil-à-fil clairs très francs.

Les drapiers peuvent aussi s’amuser à renforcer l’effet contrastant du fil-à-fil en alternant franchement les teintes, un fil sur deux par exemple, ce qui a pour effet de créer un effet « pick & pick ». Ainsi, des draps gris clairs peuvent être en fait constitués de fils presque blancs et d’autres presque noirs. Il y a alors une grande tension visuelle qui peut se rajouter ou non à l’effet fil-à-fil. Voyez l’exemple ci-dessous. La même photo à deux échelles. En petit vous voyez un gris. En gros, vous voyez les deux couleurs clairement.

Les avis sont très tranchés sur ces fil-à-fil versus des draps unis. J’ai tendance personnellement à préférer les seconds. Question de goût. Toutefois, les drapiers ne font jamais des très unis, qui font très cérémonie.

Je note toutefois deux choses depuis quelques mois. Les jeunes sont très demandeurs des gris clairs à effet fil-à-fil. Pour l’excellente raison qu’ils rappellent les flanelles. Et oui, les flanelles en sont d’une certaine manière, avec leurs nuances chinées. Mais comme on ne peut les porter toute l’année, les fil-à-fil plus « quatre saisons » sont une bonne alternative. Ils apportent de la profondeur et de du relief.

La seconde chose est que je pense que les drapiers s’en sont rendu compte. Car les liasses s’étoffent de ce côté-là. Et surtout, les bleus, marine et plus clairs, qui avant étaient toujours teints « en pièce », du nom du premier procédé décrit plus haut, apparaissent en force en version fil-à-fil maintenant. Cela a pour effet de donner du grain et une profondeur nouvelle, peu vue il y a encore quelques temps. Et pour les costumes de mariage, ces bleus fil-à-fil, et bien, ils marchent à fond !

  Bonne semaine, Julien Scavini

La laine est elle imperméable?

Telle est la question que l’on me pose assez souvent à propos des manteaux. La réponse la plus simple et directe est de dire non. Sur le principe, la laine n’est pas imperméable.

D’autant plus que de nos jours les draps ne sont pas tissés de manière très serrée, ni de manière trop lourde. Il est en revanche vrai qu’au XIXème siècle, les draps étaient si denses, les fils si rapprochés, qu’ils devaient d’une certaine manière empêcher l’eau de pénétrer. Dans le passé, j’ai eu à restaurer plusieurs habits de cette époque. Ces tissus sont si impénétrables que même l’aiguille n’y rentre pas facilement. Je me souviens en particulier d’une cape qui me donna bien du fil à retordre. Le tissu était si serré d’ailleurs, qu’en fait, les tailleurs ne s’étaient pas embêtés à faire un ourlet tout autour, le tissu était tout simplement laissé à vif. Bord franc comme on dit. Aucune trace d’effilochure après un siècle tant les fils étaient entrecroisés solidement.

Chez les drapiers anglais en particulier, les draps contemporains frisent parfois les 1000grs au mètre. Chez Holland & Sherry ou Dugdale Bros’, leurs sélections 860 ou 780grs doivent être assez résistantes à l’eau je crois. Une telle épaisseur, il faudrait vraiment des litres d’eau pour les détremper.

Tout le sujet est là. A priori, un manteau de ville n’est pas fait pour être détrempé. Car un parapluie doit être là pour le protéger. Ce n’est pas un manteau de marin-pêcheur ! Eux ont ce qu’il faut. Le manteau d’un tailleur, coupé dans un drap lourd, résiste un peu à l’eau, oui. Il ne va pas se transformer en éponge. D’autant que la laine par son tissage ou son apprêt peut devenir légèrement hydrophobe. Les draps à loden par exemple sont un peu étanchéifiés. Pour une usage raisonné et raisonnable encore une fois !

Si vous commandez un beau manteau chez un tailleur, c’est la chaleur et la prestance qui comptent.

Parfois, quelques clients se demandent si le cachemire en particulier craint l’eau. En aucun cas une matière naturelle ne craint l’eau. Ce qui est certain, c’est que la matière luxueuse n’est pas hermétique et qu’elle prendra plus facilement l’eau qu’un drap de laine robuste. Si le cachemire sèche convenablement, un petit coup de brosse et tout rentrera dans l’ordre. Il ne va pas friser comme de l’astrakan !

Reste que les drapiers, tout de même, se sont intéressés à rendre la laine plus résistante. Il n’y avait aucune raison qu’ils se laissent distancer par les industriels de la pétrochimie.

La première recherche permit de rendre les fibres hydrophobes et déperlantes. Cette recherche fut aidée par l’arrivée des fibres longues de laine mérinos. Plus les fibres sont longues, plus l’eau naturellement a du mal à pénétrer le tissu. C’est pourquoi d’ailleurs certains drapiers proposent des laines à costumes naturellement déperlantes. Si la laine rejette l’eau, sous une grosse ondée toutefois, elle ne pourra pas résister à ce que l’eau passe entre les fibres.

La seconde recherche fut plus orientée donc vers l’étanchage du drap. Le but, que l’eau ne pénètre pas. Et encore mieux, que le vent n’entre pas. Les k-ways et autres coupes-vents furent très à la mode dans les années 90. Les gens adoraient leur légèreté. Mais pour les drapiers, cet aspect plastique n’était pas de bon augure.

Loro Piana présenta dès la première moitié des années 90 son procédé « Storm System ». Une membrane collé au dos du tissu de laine apporte deux bénéfices : elle est coupe vent et étanche. Ce fut une révolution, où comment avoir le bénéfice, l’allure souple et moelleuse de la laine, tout en étant aidé par une membrane invisible. Avec le temps, cette couche s’est vue ajouter une autre qualité, celle de la respirabilité, pour laisser sortir la vapeur d’eau dégagée par le corps. Le rêve, parfois y compris en cachemire et alpaga ! Ou en Vigogne, je suis sûr qu’il le font…!

Il est probable que Zegna ait aussi son procédé. Et chez Vitale Barberis Canonico, ce procédé a aussi été implanté. Nom officiel « Earth, Wind & Fire ». La membrane polyuréthane a la qualité d’être teinté pour pouvoir réaliser des vêtements non-doublés, où l’intérieur tranche avec l’extérieur. Fantaisie amusante. Tous les tissus V.B.C. peuvent être ainsi traité, y compris des laines fines, pour la confection d’anorak très souples. La division vente au détail de V.B.C., Drapers, vend seulement une petite sélection de ces draps, soit de la flanelle, soit des whipcords

Seuls les grands-comptes pendant longtemps avaient accès à ces procédés complexes, qui nécessitent des commandes volumineuses, pour le prêt-à-porter. Les doudounes et autres parkas techniques en flanelle ont fleuri. Depuis quelques temps, les drapiers commencent à distiller ces tissus, assez coûteux d’ailleurs, chez les tailleurs, qui dès lors peuvent aussi les vendre. De quoi relancer le marché du pardessus, de plus en plus faible en mesure ?

  Bonne semaine, Julien Scavini

Petite histoire du prince-de-galles

Superbe prince-de-galles qui continue années après années d’enthousiasmer les élégants et d’animer la surface de leurs costumes. Ce motif sied aussi bien aux costumes qu’aux vestes seules, gage de durabilité et de longévité vis-à-vis des rayures par exemple, toujours un peu curieuses sur une veste seule il faut le reconnaitre. Le prince-de-galles sait par ailleurs se faire discret, passant avec certains caviars et chevrons dans la catégorie des faux-unis. On ne le voit que de près, et au loin, le costume parait uni. Ce qui plait encore plus. Mais d’où vient ce motif ?

Il fut popularisé dans les années 1920, il y a un siècle donc, par le Prince de Galles d’alors, David d’un de ses prénoms, fils de George V. C’est lui qui abdiqua rapidement pour suivre son grand amour, l’américaine Wallis Simpson. C’est aussi lui qui avait quelques sympathies nazies. Bref, quoiqu’il en soit, dans ses jeunes années, ce fringant jeune homme toujours à la pointe du style aimait faire de l’effet par ses vêtements. Certains diront qu’il avait un goût très sûr, d’autres qu’il savait être grotesque. Quoiqu’il en soit, il mit ce tissu écossais sur le devant de la scène, et en particulier aux États-Unis d’Amérique, ce motif fit florès. Ci-dessous, le Prince de Galles porte costume et casquette en prince-de-galles. J’imagine que l’attrait venait de l’aspect ambivalent de l’étoffe, faite pour la campagne écossaise, et portée à la ville. Une sorte de dissidence vestimentaire comme d’autres font aujourd’hui. Mais il l’avait bien trouvé quelque part ce tissu ?


Précisément en Écosse. Patrie des tartans, ces grands carreaux colorés, le prince-de-galles en est un lointain dérivé. Ces tartans au XIXème siècle se figent dans leurs dessins. Chaque famille, chaque clan, chaque région adoptent le leurs. Mais pour ceux qui n’en n’ont pas, comme les riches industriels ou les aristocrates anglais en villégiature écossaise, il faut bien créer des tissus reconnaissables. C’est ainsi qu’apparurent les « shepherd’s check » et autres « gun tweed » reconnaissables à leurs lignes colorées s’entrecroisant plus ou moins en pieds-de-poule. Ci-dessous, un tweed façon « shepherd’s check » de chez Moon :


Ce serait précisément une de ces histoires qui serait à l’origine de tissu, pour habiller des gardes-chasse attachés au château d’Urquhart en Ecosse au bord du Loch Ness. On prononce « Eurqeut ». Mais au lieu de se contenter des dessins habituels en lignes colorés proposés plus haut, il eut l’idée de prendre un bête pied-de-poule noir et blanc, et d’en écraser les proportions alternativement. Ce faisant, cela crée des blocs de pieds-de-poule, reliés les uns aux autres par des harpes. Une sorte de carroyage irisé apparait. Quelle idée ! Ainsi naquit le « glen urquhart check » ou « glen urquhart plaid ». Vous reconnaitrez ci-dessous très clairement les croisures en pied-de-poules :

Historiquement, le prince-de-galles est donc très monochrome et plutôt fort dans son dessin. Ralph Lauren adore présenter de telles vestes. Si elles m’ont toujours séduites, je les trouve néanmoins assez fortes et tapageuses. Mais c’est beau. Très vite, des lignes bleue-vertes plus fortes apparaissent et encadrent les harpes, donnant plus de relief avec la superposition d’un double carreau-fenêtre. C’est ce tissu que choisit un autre Prince de Galles, grand père de ce lui évoqué. Là nous parlons du fils de Victoria, le futur Edouard VII. Il aimait l’Écosse et la vie au grand air. Il fit sien ce motif de lainage. Ci-dessous, un exemple contemporain de ce que devait-être ce premier prince-de-galles à sur-carreaux doubles :

Il y eut encore quelques perfectionnements, avant d’arriver aux prince-de-galles que nous connaissons aujourd’hui et dont nous parlerons peut-être prochainement ?

Belle et bonne semaine, Julien Scavini

La veste couleur « paille »

L’été, l’inspiration est toujours un peu moindre pour s’habiller élégamment. L’hiver, tweeds et flanelles proposent de nombreuses couleurs et une variété importante de motifs, unis, faux-unis et carreaux. Mais l’été, il semble que la garde-robe doive se faire plus discrète, plus simple. Pourquoi d’ailleurs ? C’est une excellente question.

Peut-être tout simplement car le bonheur est plus simple lorsque les températures sont clémentes et que les vacances approchent ? L’idée de se laisser vivre, de laisser faire, va alors de pair avec une penderie simple, des blancs, des bleus ciels, quelques beiges, de l’écru… A l’inverse de l’hiver où la lutte contre le froid s’accompagne d’une volonté de mettre en évidence avec panache cette recherche. Le vêtement, plus que nécessaire, se drape dans la complexité. Les couches s’empilent, cardigan, chemise, cravate, veste, pardessus, etc… Une abondance de tissu au double écho, pratique d’abord, esthétique ensuite.

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La lumière d’été si écrasante et naturellement réconfortante se suffit à elle-même. Sous la pluie il faut déployer des trésors d’inventivité pour contrebalancer la morne nature. Mais sous le soleil au contraire, il faut accompagner en douceur cette clarté. Avec simplicité je crois. Plus l’on s’habille plus la recherche est importante ; moins l’on s’habille, plus une essence de simplicité élégante se fait jour ?

J’avais fait il y a quelques temps un article sur la veste de couleur tabac. Une merveilleuse teinte polyvalente et efficace en cette période. Étudions cette semaine la veste de couleur « paille », une nuance plus jaune et plus claire que le tabac.

J’avais acheté il y a de nombreuses années une sublime veste chez Hackett au temps où la marque anglaise vendait chez Old England. Un mélange je crois, laine, lin et soie. La couleur de la paille vraiment, avec une nuance verte assez appuyée en plus. Cette teinte facile s’accommodait très bien à des pantalons de coton de la même teinte ou plus clairs. Il n’y avait pas de risque de faire costume dépareillé, car les surfaces s’opposaient, soyeux contre mat. J’avais même tenté plusieurs fois le chino marine, qui allait assez bien car le tissu de la veste présentait de très légers carreaux marine justement. Et bien sûr, avec un pantalon gris clair, c’était tout à fait classique.

Cette veste, j’ai eu plaisir à la porter, puis au fil du renouvellement vers une qualité entoilée plus agréable, elle est partie à la cave où elle se trouve encore. Et c’est souvent que je me prends à penser à sa remplaçante.

Il me semble que cette nuance de beige est très agréable pour cette saison, pratique en même temps que lumineuse et remarquable. Faut-il encore trouver le bon beige, car très vite cette teinte chez les drapiers tire sur le vert, le grisâtre ou encore le jaune verdâtre. Ce n’est pas une recherche évidente. D’autant qu’il me semble que chaque client voit le jaune à sa manière. Enfin, c’est une impression, j’ai toujours l’impression de pas décrire les mêmes beige / sable que les messieurs en face de moi. D’après les commentaires, l’appréciation de cette couleur est très variable d’une personne à l’autre. Un tel trouvera ce beige chaud et agréable, un tel autre le trouvera laid. C’est plus tranché que pour un gris.

La laine unie genre gabardine n’est pas le meilleur choix me semble-t-il. Elle est souvent teinte en pièce et trop unie, trop proche du costume. Au contraire, là, il faut un peu de matière, un peu de relief, de la profondeur malgré la simplicité de la teinte. Un effet chiné, fil à fil, est préférable je pense. Pour donner un peu de richesse à la veste.

Un mélange avec du lin, ou de la soie est donc à privilégier. D’autant que les drapiers ne sont pas avares en la matière. Là où l’hiver est très simple dans les matières mais très varié dans les motifs et oppositions de couleur, l’été est sage en coloris mais pas avare en matières et beaux mélanges.

La laine apporte toujours la souplesse et la légèreté. Aucun tissu n’est plus adapté à l’élégance tailleur. C’est un fait. Le lin apporte une touche plus matte et une raideur à l’étoffe. Et il sèche très vite de la transpiration. Bon point. La soie contrebalance un tantinet le lin en apportant souplesse et luminosité, comme les drapiers font avec le cachemire en hiver.

La veste de la couleur de la paille, une beige assez chaud en fait, éclatant, est un juste milieu entre la veste en lin écru, de couleur naturelle, et la veste tabac, et à côté du blazer. C’est un modèle simple et polyvalent admirablement rehaussé par un tissu raffiné. Une belle opportunité pour composer des tenues variées, avec des pantalons blancs, gris ou beige voire bleu, avec des chemises blanches ou bleu ciel, ou plus complexes. La simplicité tout en élégance je crois.

Ci-dessous quelques échantillons trouvés dans mes liasses. Un peu de tout. J’ai écrit une légende sous chaque image, lorsque la souris passe sur la photo.

Bonne semaine, Julien Scavini

Le costume en coton

Évidemment, nous avons passé deux mois enfermés alors qu’il faisait un soleil radieux à l’extérieur. Et parfois même chaud. En ce jour attendu de déconfinement, il a plu! Je l’avais parié avec un ami sur un ton de badinerie il y a quelques semaines sans penser que … cela serait vrai. J’aurais du jouer un sous. Quoiqu’il en soit, en Mai, il est temps de sortir les tenues d’été de leur remise.

J’affectionne bien les costumes beige, car cela change résolument des couleurs de l’hiver, du gris et du marine général. Et puis cela se voit si peu. Un petit esprit suranné flotte sur le costume sable. C’était un grand classique de la garde-robe qui s’est perdu. Je pense surtout que celui-ci détonne probablement trop dans les environnements de travail institutionnels.

Il est évident que d’autres dépenses passent avant le costume beige. Là où il est possible d’envisager un peu plus de vêtements pour l’hiver, en tweed, flanelle et autres lainages lourds, l’été donne surtout envie de se vêtir le moins possible.

J’ai la chance par mon travail de pouvoir être en costume. Et en costume sable l’été. Donc je ne me prive pas.

Bien sûr on ne le dira jamais assez, la laine est la matière la plus respirante qui soit. Surtout si la trame de tissage est résolument ouverte, si les fils sont espacés. La laine froide a cet avantage de laisser passer une petite brise. Et un peu de mohair rend le tissu plus solide.

Toutefois à côté de la bien heureuse toison, je me suis essayé en 2015 à un grand classique masculin, le costume en coton. Les militaires depuis longtemps utilisent cette matière pour les uniformes tropicaux. Dans la vie civile, le costume de coton connait une grande variabilité de modes. C’est surtout une icône de la garde-robe américaine, pays qui subit des chaleurs écrasantes l’été. Et les anglais ont su lui donner ses lettres de noblesses.

Le coton a l’immense avantage de ne pas gratter par rapport à la laine. Un fait indéniable. Il est assez neutre thermiquement. En revanche le tissage serré ne laisse pas du tout passer l’air. Mais il sèche rapidement en contrepartie. Une longue succession d’avantages et inconvénients ne permettrait pas de toute façon de trouver un consensus pour ou contre. Le coton froisse presque autant que le lin, mais il est plus souple. Le lin est plus frais, mais le coton d’un entretien plus facile, etc… La lutte serait sans fin.

On dit généralement que les tailleurs n’aiment pas travailler le coton. Et c’est bien vrai. Cette matière, c’est la chienlit. Elle est difficile à travailler d’abord car toutes les coutures marquent. Même les bâtis laissent des marques. La mise sur toile est bien difficile, car c’est jamais net. Le coton ne drape pas, ne gonfle pas. Il n’a aucune mystique, aucune supériorité. Il est plat et sans relief. Le lin est bien plus facile et pardonne beaucoup au tailleur. Pas loin de la laine qui est généreuse et le tailleur son maître absolu. Le coton lui est revêche. Le coton n’en fait qu’à sa tête. Le coton marque!

Et puis alors surtout, le coton rétrécie. Vous avez beau le décatir, le laver, le repasser, il rétrécie. A cela se rajoute pour la veste en particulier sa rigidité. Même les cotons les plus fins sont raides. Et cela se ressent immensément dans la veste. Il n’y a pas d’élasticité naturelle. Là où la laine accompagne tous les mouvements ou presque, le coton reste là, il n’aide en rien. Et pour le porteur, pour le client, le couperet est souvent immédiat avec un manque de confort certain.

Pour ces deux raisons, le rétrécissement et la rigidité, j’ajoute en général à la commande une demi-taille sans le dire au client. Surtout aux épaules pour éviter qu’elles ne soient bloquées. C’est d’ailleurs un peu la même chose pour les vestes en velours. Un costume, donc une veste en coton, ne peut pas être près du corps, sinon, rien ne bouge. Et l’été en particulier, l’aisance est primordiale.

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Une anecdote à ce sujet. L’année dernière, un client m’a commandé un costume en coton après quelques costumes en laine plutôt bien réussis. J’étais très réservé sur le costume en coton connaissant les exigences précises de ce client précis, et toutes les difficultés énoncées. Le costume arriva et quelque chose clochait sans pouvoir dire quoi. Mais ça tombait pas trop mal. Pas génialement, mais pas trop mal… Il se révéla au troisième et dernier essayage, le pantalon et la veste n’étaient pas coupés sur le même côté du tissu. En gros le pantalon présentait la face et la veste l’envers… Imperceptible à l’œil car le coton est d’un tissage très basique. L’atelier n’avait pas vu. Bref, j’ai relancé une nouvelle veste. La seconde , identique à la première, était pourtant trop serrée là, trop imparfaite ici.

Je le voyais sans pouvoir dire grand chose autre que, le coton, c’est une plaie pour les tailleurs. Et que j’aimerais faire mieux. Mais c’est du coton. J’ai fini par rembourser le client échaudé et moi avec. Heureusement un habitué s’est trouvé agréablement bien dans celui-ci, et je n’ai pas tout perdu…

Quoiqu’il en soit et malgré toutes ces problématiques, j’en suis à mon troisième costume de coton. Deux beige d’abord. Et un marine arrivé l’année dernière et pas encore tout à fait terminé. La vie est longue et je l’aurais un jour, rien de presse. Comme je les taille à peine ample, ils tombent bien. Enfin, autant que le coton puisse.

J’apprécie l’aspect un peu moins habillé que les costumes en laine. Ce léger froissé apporte une touche de décontraction intéressante. Un détachement. En même temps c’est un trompe l’œil, car le costume en coton, d’un coût similaire au costume en laine, est un détachement calculé. Une allure étudiée faussement décontractée.

Une forme de solidité, de rusticité se dégage du costume en coton. Un esprit d’habit de travail peu recherché, une tenue humble.

Le fait est que lors des fortes chaleurs, le costume en coton est agréable à porter, en particulier bien sûr le pantalon. Et puis surtout, cela permet aux costumes de laine de se reposer et de ne pas s’abimer à cause de la transpiration. Une variété stylistique doublée d’un intérêt de conservation. Allier l’utile à l’agréable!

Et puis avec deux costumes en coton, l’un sable, l’autre caramel, il est très élégant d’échanger les vestes et les pantalons. Un petit air de ce qui se faisait au début du siècle, où personne vraiment ne portait jamais le complet intégral, et où les couleurs claires étaient mixées entre elles. Un sublime camaïeu lumineux.

Bonne soirée, Julien Scavini

Un petit ajout : j’ai testé mes costumes dans un coton type chino, en 260grs ce qui me parait un bon poids. Plus lourd rendrait la veste trop raide je pense. Plus fin est possible mais froisse très fort. Un petit pourcentage d’élasthanne aide au confort, c’est certain sur la veste.

Le petit plus en cachemire

Je n’en ai jamais tellement parlé sur le blog, du cachemire. Car c’est une matière plus qu’onéreuse et elle ne concerne très peu de clients. A tort ou à raison ? Les drapiers les plus connus, Holland & Sherry ou Loro Piana proposent de belles sélections de cachemire pure, pour vestes, mais les prix au mètre sont stratosphériques. Si bien que seul le tissu vaut parfois le prix total d’une veste plus simple. J’ai eu la chance de me faire offrir à deux reprises de belles coupes par Drapers, l’une rouge écarlate et l’autre bleu marine. Le confort n’est guère différent d’une veste normale, mais c’est le toucher qui est agréable et bien sûr, le cachemire est un petit peu plus chaud.

Je dis cachemire à veste, car c’est le seul domaine qui intéresse les drapiers. Le cachemire peut être très duveteux en surface, comme un velours, ou au contraire très sec comme un costume. Chez Holland & Sherry, le cachemire ‘Doeskin’ est tellement dingue en qualité qu’il irise comme de l’astrakan. Le peigné fait des vagues merveilleuses, et cela donne des vestes d’un très haut niveau de formalisme. On parle de finition chamoisée. C’est le fin du fin. Le cachemire vient de Mongolie et est filé en Écosse et de vrais chardons naturels sont encore utilisés pour soulever les fibres et apporter cet aspect velouté et moelleux caractéristique.

 

Loro Piana de son côté propose deux liasses de cachemire. Une avec des draps chamoisés du même genre que précédemment et une autre avec des draps plus lisses, qui généralement ont la préférence, car extérieurement, on ne voit pas le luxe de la matière. Le drap est classique, légèrement façonné comme une  flanelle ou un tissu à costumes. Il existe même une sélection façon tweed donegal que j’aime beaucoup. Quel luxe !

 

Si vous voulez faire un pantalon ou un costume en 100% cachemire, seul Loro Piana propose encore jusqu’à épuisement une très très maigre sélection. Cette matière a du mal à endurer les efforts au niveau d’un pantalon, elle se détend et poche. Donc souvent il faut un mélange pour faire un pantalon très doux.

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Justement, parlons mélanges.  Que penser des drapiers qui ajoutent un petit peu de cachemire dans le drap de laine ?

Généralement, le pourcentage est faible. Chez Holland & Sherry, la liasse ‘Cape Horn’ est une parfaite sélection pour costumes polyvalents, en 340grs, et contient 1% de cachemire. Soit si votre costume utilise 2,5 mètres de tissus, 840grs de tissu, donc, règle de trois égale 8,4grs de cachemire… Qu’en penser ?

 

Pareil chez Bateman Ogden où la ‘Supreme Classic’ contient 3% de cachemire en plus de laine super 130. Chez Loro Piana, les flanelles intègrent 5% de cachemire.  Retour chez Holland & Sherry où la liasse super luxe ‘Swan Hill’ super 160 et cachemire, en intègre… 5% aussi. La belle sélection ‘Top Line’ de Drapers ose monter à 10% avec une texture de flanelle légère.

 

Dans les liasses de vestes, les draps un peu façon tweed doux intègrent un peu plus. Chez Loro Piana, il y a 7% de cachemire et 10% chez Drapers dans les draps d’hiver unis ou à carreaux. Donc encore un fois, rien de fou.

Comment expliquer cette limitation ?

La première idée est qu’il s’agit pour les drapiers de trouver le juste équilibre financier. S’il y avait trop de cachemire, le prix s’envolerait et le drap ne trouverait pas sa clientèle.

La seconde idée, en particulier pour les draps à costumes, est qu’il faut garantir l’endurance sur le long terme. Comme le cachemire feutre vite, cela ne fonctionnerait pas.

La vérité je pense est surtout marketing. Les drapiers mettent un peu de cachemire pour marquer les esprits et se démarquer. L’effet est toujours net sur les clients, en particulier ceux n’ayant aucune connaissance du secteur et faisant confiance à des demi-mesures expéditives. Présenter du laine cachemire, c’est présenter du rêve. Qu’importe qu’en réalité il n’y ait que 8,4grs de cachemire, autant dire rien, l’idée est bien là.

En même temps, un petit peu de cachemire permet de justifier un prix au mètre plus élevé pour le drapier. L’idée étant d’améliorer le ‘panier moyen’ du client, donc du tailleur qui passe la commande de la coupe. Cet argument doit être contrebalancé par le fait que les draps cités plus haut, en dehors du cachemire, ne sont pas tellement chers en prix. En particulier la ‘Cape Horn’ de Holland & Sherry qui est un très bon produit de base.

Au final, même à moi, cela me fait plaisir ce petit montant de cachemire ‘factice’. Je finis par me convaincre aussi de l’utilité de la chose. C’est l’envie du commerce, il ne faut pas tout rationnaliser. Une pointe de cachemire ? Un plaisir et tant mieux. Je connais bien un ou deux drapiers qui chaque fois moquent cela en disant que les autres sont des vendeurs qui fourguent de la cochonnerie et que leur vrai 100% laine à eux, il est mieux! Peut-être… et alors. N’a-t-on pas le droit de rêver ?

La pointe de cachemire a deux utilités d’après Holland & Sherry que j’ai interrogé. Le tissu est plus fluide, même à de petits pourcentages, car les fibres longues de cachemire agissent comme un lubrifiant entre les fibres de laine. Ensuite, le tissu acquiert, en dehors du toucher, une lumière plus soyeuse. Vrai ou faux, comment le dire ?

Il n’y a que les tissus à manteaux qui font la part belle au cachemire, avec 10% ou 20% en complément de laine peignée.

Je ne crois pas que l’on puisse trouver du positif ou du négatif dans ce débat. L’argument marketing est assez avéré mais il ne faut jamais bouder son plaisir. D’autant que les grands drapiers des tailleurs font partis des plus honorables membres de la profession textile, bien loin des mastodontes qui remplissent la fast-fashion d’un luxe à deux sous. Et ont des procédés douteux. Le cachemire des grands drapiers est totalement tracé et ses origines connues.

A ce sujet, je vous rapporte ce fait amusant qu’un client de confession juive m’a rapporté. Il avait acheté une sublime veste 100% cachemire à Shanghai pour… de mémoire 80€. Pratiquant, il était allé consulter l’expert de la synagogue (celui qui juge si tel tissu ou tel vêtement est conforme au rite, pour vérifier le ou la? ‘chaatnez’). Après quelques jours, le monsieur a récupéré sa veste. Conclusion amusée de l’expert : «bravo, vous avez là une veste formidable et très douce. Et aucune inquiétude, elle ne contient pas une once de matière naturelle !».  On a bien rigolé ensemble !

Finissons avec cette mignonne photo transmise par Holland & Sherry, d’un musaraigne sur un chardon servant à peigner le cachemire.

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Bonne semaine, Julien Scavini

La laine mérinos, partie II

L’Australie et la Nouvelle-Zélande produisent aujourd’hui les plus belles qualités de laine, car les souches mérinos s’y sont particulièrement bien acclimatées. Mais le mérinos australien n’est pas une race homogène et unique. Les australiens distinguent quatre variantes de mérinos.

Mérinos Peppin

Cette souche est si importante que partout en Australie, les éleveurs classent souvent leurs moutons simplement comme étant soit du type Peppin, soit non-Peppin. Ce nom vient des frères Peppin, qui créèrent un haras en 1861 à 250km environ au Nord de Melbourne, à Deniliquin. Si des souches françaises et espagnoles ont servi de base à l’élevage, c’est un bélier exceptionnel de race mérinos – Rambouillet (que les australiens appellent ‘Emperor’) qui a donné naissance à la lignée mérinos-Peppin.

On estime aujourd’hui que 70% des mérinos australiens sont descendant directement du mouton développé par Peppin. Sa toison épaisse s’inscrit dans le milieu de gamme des qualités de laine mérinos. La laine du Peppin est protégée des excès de l’environnement par une teneur relativement élevée en graisse naturelle (le suint), apportant une teinte crémeuse au drap de laine.

Le Peppin est particulièrement répandu dans les troupeaux de moutons du Queensland, de Nouvelle-Galles du Sud, au nord de Victoria et dans les zones de production mixte de l’Australie du Sud et de l’Australie occidentale. La race est si adaptable qu’elle peut également être trouvée en grand nombre dans les régions pluvieuses de Victoria ou de Tasmanie.

Les vieilles statistiques de l’époque de la colonisation montrent qu’en moyenne, les mérinos du début produisaient 1,5 à 2kg de laine moelleuse chaque année. De nos jours, un bélier mérinos Peppin peut produire jusqu’à 18 kg de laine, et il n’est pas rare que les animaux commerciaux de cette race produisent jusqu’à 10 kg chaque année.

 

Mérinos d’Australie méridionale

Alors que les moutons Peppin ont été développés pour le climat tempéré des pentes et des plaines, les mérinos d’Australie méridionale ont été spécifiquement élevés pour prospérer et fournir du rendement dans des conditions pastorales arides, rencontrées dans une grande partie du pays-continent.

Les précipitations dans ces régions sont généralement de l’ordre de 250 mm par an ou moins. Des arbustes ou des plantes herbacées constituent une grande partie de la végétation naturelle.

Le mérinos sud-australien est physiquement la plus grande des souches de moutons mérinos du pays. Ils sont généralement plus longs, plus grands et plus épais que les types Peppin.

La laine de ces moutons est la moins bonne des mérinos (diamètre de la fibre très important). Il a également tendance à contenir une trop grande proportion de suint, idéale pour que le mouton se protège du soleil, mais défavorable au textile.

 

Mérinos saxon

Les moutons mérinos saxons se trouvent exclusivement dans le sud de l’Australie, où les pluies sont abondantes, en particulier sur les hauts plateaux de Tasmanie, dans les régions froides et humides de Victoria et sur les plateaux de la Nouvelle-Galles du Sud. C’est l’opposé du mérinos d’Australie méridionale.

Physiquement c’est le plus petit des types mérinos, produisant peu de laine (3 à 6 kg). Mais le saxon est sans égal pour la qualité produite. Par exemple, un mouton produisant des fibres 14 microns (soit environ super 190) donnera 3 kilos de laine et un mouton de 17,5 microns (soit environ super 120) donnera 6 kilos. Attention, dans une toison, toutes les fibres ne sont pas aussi douce. Il y a un tri à faire.

Cette laine est extrêmement brillante et de couleur blanche, douce à manipuler et fine. Ces caractéristiques en font une matière recherchée par l’industrie textile pour produire les tissus les plus coûteux.

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Les différentes qualité de fibre et leurs usages

Une foie coupées, les toisons sont lavées (souvent en Chine, car cette activité est contraignante pour l’environnement) puis peignées pour en retirer les plus belles fibres et les trier. C’est la capacité de la race ou d’un cheptel à produire tel ou tel pourcentage de fibres classées X ou Y qui permet de faire ce classement. Voici les types :

  • L’ultrafine
    L’ultrafine est la fibre de laine la plus douce au monde. Le diamètre des fibres doit être compris entre 12,5 à 17,5 microns (super 230 à super 120). Les éleveurs se concentrant sur les microns extra fins peuvent d’ailleurs aller jusqu’à 11,25 microns, et même un peu en dessous.
  • La super fine
    De 17,6 à 18,5 microns, soit de super 120 à super 100.
  • La fine
    De 18,6 à 19,5 microns, soit de super 100 à super 80.
  • La fine-moyenne
    De 19,6 à 20,5 microns, soit des laines peu utilisées pour les draps à costumes, sauf mélanges ou tissus rugueux type tweed.

Au delà, on parle de laine ‘moyenne’, de 20,6 à 22,5 microns. Ces lainages servent à confectionner des vêtements tricotés, mais peuvent aussi servir pour les draps de costumes d’été, solides malgré des tissages aérés. C’est d’ailleurs pour cela que les draps d’été ne font pas mention du terme super, ce n’est pas ce qui est recherché là.

Et enfin, après 22,6 microns, la laine est considérée comme ‘forte‘ et sert aux mélanges bas de gamme pour l’habillement, et dans l’industrie : draps d’habillage dans l’automobile et l’aéronautique, décoration d’intérieur, etc…

J’ai demandé à Holland & Sherry quelques informations sur leurs lainages pour faire le raccord avec ces deux articles. Chez Holland & Sherry, presque toutes les fibres viennent de mouton mérinos, même le fameux sherry-tweed. Seuls les Harris tweed sont produits par des moutons Scottish Blackface ou Cheviot.Voici un petit tableau qui donne des informations intéressantes :

Liasse H&Sherry Composition(s) de la liasse Race Origine
Sherry Tweed – 8188xxx
100% Wool Sheep = Ovis Aries Sheep = New Zealand
100% Wool Sheep = Ovis Aries Aries Sheep = Australia/New Zealand/South Africa
100% Wool Worsted Sheep = Ovis Aries Aries Sheep = South Africa
78% Wool 12% Silk 10% Nylon Sheep = Ovis Aries Aries      Silkworm = Bombyx Mori Sheep = Australia         Silkworm = China
Harris Tweed – 8919xxx
100% Wool – 33µ Sheep = Ovis Aries Orientales Sheep = United Kingdom
Royal Mile – 318xxx
100% Wool – 16,5µ – s140 Sheep = Ovis Aries Sheep = Australia
Cape Horn – 667xxx
99% Wool – 18,5µ – s100 1% cashmere Sheep = Ovis Aries Aries       Goat = capra hircus lainger Sheep = Australia          Cashmere = China

Certaines races de moutons mérinos sont si exclusives, que le nom de race devient une marque déposée. Par exemple, la race mérinos Escorial est une sorte de légende, plus douce que le cachemire. Elle est distribuée par le drapier Standeven . Chez Holland & Sherry, deux races de mérinos sont exclusivement distribuées : le mérinos Gostwyck d’Australie, avec tout un volet développement durable, et le mérinos Monadh d’Ecosse.

Petite aparté, les lainages dit ‘lambswool’, c’est à dire provenant des agneaux ne sont pas forcément de race mérinos. J’ai trouvé peu d’information. Je me demande si ce ne sont pas du coup les toisons des agneaux que l’on mange, donc de toutes races…?

Je vous laisse enfin deux brochures d’Holland & Sherry à propos du Monadh et du Gostwyck si vous voulez plus d’informations et de belles photos !

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Belle semaine, semaine prochaine, pas de blog! Julien Scavini

Se laisser tenter

Faire réaliser ses vêtements sur-mesure est très agréable. Seulement, sortir des sentiers battus et se laisser tenter par telle ou telle étoffe est toujours difficile. Pour certain, c’est sortir du drap bleu marine uni qui est difficile. Pour d’autre déjà un peu plus aventurier, c’est la rayure qui fait peur. La chemise n’est pas exempte de cette problématique. Sortir du bleu et du blanc n’est pas si simple. Un des avantages du prêt-à-porter est de proposer directement le produit fini. La tentation est alors plus grande de se laisser tenter par une rayure orange ou carreau lilas. C’est le coup de cœur de l’instant.

L’achat sur-mesure entre dans une démarche plus réfléchie. Il est alors plus difficile de sortir du classique et de se laisser tenter. Ce qui est pourtant la base du commerce. Les supermarchés en ligne buttent sur ce point. Les acheteurs ayant des listes toutes-faites qu’ils réitèrent à chaque nouvelle commande, il reste peu de place pour les nouveaux produits, ce qui sort de l’ordinaire, ce qui pourrait plaire. Toute la difficulté et l’intérêt du commerce est d’arriver à bien tenter son client. Mais en mesure, avec un coût assez important, la tentation est moins aisée. Il est plus difficile de pousser son client.

Et c’est aussi valable pour moi, même si j’ai la chance de bénéficier de mon propre travail. C’est ainsi qu’en chemise, étant déjà bien pourvu, je n’en fais qu’à dose homéopathique.

La semaine dernière, j’allais au marché Saint-Pierre, au pied de la butte Montmartre pour chiner du tissu avec un ami. Derrière cette appellation de marché Saint-Pierre se cachent en réalité deux choses : 1- le nom du plus grand magasin du secteur, aussi appelé Dreyfus et 2- par extension, l’ensemble des magasins blottis autour de la halle de l’ancien marché Saint-Pierre (aujourd’hui une bibliothèque et une galerie d’art contemporain). Donc d’une certaine manière, lorsque l’on dit marché Saint-Pierre, on parle de toutes les boutiques, pas que d’une seule.

Le vrai marché Saint-Pierre, chez Dreyfus, n’a pas grand intérêt pour les amateurs de mode masculine. C’est un bazar à tout. En face, chez Reine, il y a déjà plus à faire. La sélection de tissus pour chemises de chez Testa est petite mais de bien belle qualité. Il y a aussi quelques lainages pour costume.

Chez Reine en particulier, j’ai remarqué de très très beaux draps laineux avec du cachemire, genre flanelle, disponibles en toutes les couleurs pour réaliser des vestes. Le rouges était profond, le vert somptueux. Malgré le nom Blin Blin* apposé partout, Il y avait aussi un petit écusson Loro Piana discrètement apposé sur les rouleaux. J’ai appelé Loro Piana pour avoir de plus amples informations. Et j’ai découvert l’existence du somptueux drap Blin & Blin. C’est en fait une spécialité française assez ancienne, dont les activités et les métiers à tisser furent rachetés par Loro Piana dans les années 90. Il est très apprécié des orientaux qui réalisent avec leurs djellabas chaudes. Un business qui se porte très bien. Amusante anecdote. Ce beau drap est disponible par ailleurs dans la liasse ‘Blazer’ de Loro Piana. Du très joli !

*(ce tissu est aussi appelé en arabe M’lifa qui signifie ‘drap brillant’. Toutefois, beaucoup de contrefaçons du drap Loro Piana existent sous l’appellation Mlifa, souvent pas en laine ni fabriquées en Europe. Des contrefaçons utilisent aussi le nom Blain Blain. Seul le magasin Reine vend le vrai Blin Blin)

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Après les vendeurs de tissus au mètre (vous choisissez ce que vous voulez et on vous le coupe) comme Dreyfus, Reine ou Moline, il a les dé-stockeurs de tissus, ceux qui récupèrent à droite et à gauche dans toute l’Europe et plus loin les précieux ‘left-over’, des rouleaux restant après la fabrication des vêtements par les industriels. Et évidemment, les rouleaux de tissus des grands commanditaires partent très chers. A ce petit jeu, « Sacré Coupon Le Gentleman des Tissus » (4bis Rue d’Orsel) et « Les Coupons de Saint-Pierre » (1 Place Saint-Pierre) sont des maîtres. Ils n’écrivent jamais vraiment d’où viennent leurs tissus, mais il suffit de demander. Chez Sacré Coupon, il y a souvent des pièces de Dormeuil pour costume ou veste, des lainages Barbara Bui ou Yves Saint-Laurent et les tissus de chemise viennent de chez Hermès (petite marque CH  pour coton Hermès sur l’étiquette). Mais chut c’est un secret. J’avais eu l’occasion de faire un reportage sur « Les Coupons de Saint-Pierre » ici. Les prix sont en général très correct. 20 à 30€ le mètre pour les laines, 10 à 20€ pour les chemises.

Tous les bons tailleurs peuvent normalement réaliser la façon d’un tissu que vous amenez. C’est le moment de se faire plaisir avec quelques draps fantaisies.

  • Comptez 2m00 pour une veste, 2m30 s’il y a des poches plaquées ou des carreaux ou qu’elle est croisée.
  • Comptez 1m40 pour un pantalon. Pour les grandes tailles, le métrage augmente très vite, jusqu’à 2m50 le pantalon. Se renseigner avant.
  • Comptez 3m50 pour un costume, un peu plus si carreaux ou grande taille.

En partant, alors que je n’avais rien trouvé pour moi et que j’étais courroucé (un peu comme lorsqu’on fait les puces et qu’on ne trouve rien), je suis entré chez Sacré Coupon déstockage (10 Rue Seveste). Et je suis tombé sur un petit coupon de 2m de tissu de chemise pour 10€, une paille! Teinte à peine écrue, rayure discrète rouge et beige, origine CH sur l’étiquette confirmée pour la douceur du twill de belle qualité. Hop l’affaire était dans le sac. J’attends avec impatience cette chemise. Une bonne affaire et un tissu que je n’aurais probablement pas regardé autrement. Je me suis laissé tenter!

Belle semaine, Julien Scavini

Rayure craie et rayure tennis

Si la dissociation dans l’esprit des Anglais est assez clair, en France, il y a toujours une hésitation sur le terme adéquat pour désigner telle ou telle rayure.

Signe certain de conservatisme, le costume rayé fait parti de la grande tradition anglaise du costume de travail, un signe de respectabilité et d’ascension sociale. C’est LA tenue du banquier dès les années 20, des hommes d’affaires et même de la pègre qui adore faire étalage de raies marquées et ostentatoires. Les années d’après guerre et une certaine tempérance sociale estompent son usage au profit des draps unis. Les années 80 et 90 ont permis un retour en grâces des rayures, pour le pire et pour le meilleur. Mais trop fric, trop cliché, trop clinquante, elles furent encore poussées dehors. Avec les années 2000, des designers de tout poil la réintroduisent sous toutes les formes, détournant sa respectabilité.

Les drapiers proposent toujours une grande variété de rayures, surtout les Anglais. Habituellement, les raies sont blanches ou grises. Elles peuvent aussi être colorées, à manier avec précaution. Les Italiens sont assez conventionnels sur les couleurs des rayures, en revanche, ils jouent souvent sur l’écartement de celles-ci. Le classicisme avec un twist!

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Quoiqu’il en soit. Il existe deux variétés de rayures :

La rayure tennis, en anglais pin stripe, désigne une rayure très fine. Wikipédia dit 1/30ème de pouce soit moins d’un millimètre. La rayure tennis est en fait constituée d’un seul fil, qui, entrecoupé par les fils horizontaux, forme un effet de points qui se succèdent. D’où le terme pin stripe = ligne d’épingles. Elle peut être très discrète ou très marquée :

 

La rayure craie, en anglais chalk stripe, désigne toutes les rayures plus larges qu’un fil. La rayure craie peut apparaitre sur un drap sec (lisse) ou sur un drap flanellé. La rayure craie a une épaisseur variable, de quelques fils discrets à de fortes bandes. Dans un tissu sec, la rayure craie aura tendance à faire apparaitre de légères diagonales. Tissu assez voyant ai-je tendance à penser. Mais une fois le costume réalisé, c’est toujours d’une grande beauté. Si la surface du tissu est frottée, un aspect flanelle apparait alors, estompant la rayure craie. Dans une flanelle, la rayure peut être très ou peu visible.

Ci-dessous des tissus secs avec une rayure craie, deux fils seulement dans le premier exemple, une succession de petites diagonales dans le second :

Et ci-dessous deux tissus flanellés, l’un plus que l’autre. Dans la flanelle, la rayure devient un vrai coup de craie, une trace vaporeuse :

Il existe des rayures craies parfois plus discrètes que des rayures tennis, alors que ce devrait être l’inverse. Tout dépend en fait de la teinte. Je ne pense pas qu’il y ait une différence fondamentale de formalisme entre une rayure tennis et une rayure craie. C’est surtout une question de QUI L’ON EST ou de CE QUE L’ON VEUT MONTRER.

La rayure tennis, très appréciée dans les publicités Ralph Lauren, est assez peu demandée par mes clients. Elle est souvent soit trop marquée soit trop estompée. De manière générale, les rayures sont appréciées si discrètes ces temps-ci. Sauf en flanelle où c’est l’eldorado. Les jeunes adorent là où les plus âgés, surtout les dames, trouvent que ça fait vieux. Aller comprendre!

Belle semaine, Julien Scavini