Bel été

L’été est là, il est temps de relâcher un peu le rythme, à défaut d’être tout à fait en vacances. L’année fut riche et tumultueuse. Je vous souhaite alors un bel été.

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Je profite de ce dernier billet avant l’automne pour vous encourager à voir un film, Julie & Julia, comédie dramatique américaine datée de 2009.  Ce film tout à fait délicieux relate le destin croisé de deux femmes : l’une a fait découvrir aux américains la cuisine française dans les années 50 et 60, l’autre a remis au goût du jour ces recettes dans les années 2000. Le film entrecroise les deux époques et les deux récits d’une manière très honnête.

Julia Child est peu connue en France. Cette américaine, qui ressemble assez à Maïté dans la façon d’aborder poulets et autres victuailles, s’est prise de passion pour notre gastronomie dans les années 50, lorsqu’avec son mari diplomate, elle s’est installée à Paris. Elle n’a eu de cesse dès lors d’apprendre à cuisiner et surtout de faire aimer la bonne cuisine et les produits frais aux américains. Un destin hors du commun. Elle présenta même pendant 10 ans une émission télévisée sur le sujet. Elle est jouée par une Meryl Streep au sommet de son art, mariée à Stanley Tucci, déjà vu sur Le Diable S’Habille en Prada. La mise à l’écran du Paris des années 50 est absolument formidable, un délice suranné plein de fraicheur, un bonheur. Les costumes de Stanley Tucci, mélange de conservatisme bureaucratique et de décontraction américaine, sont très élégants.

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Julie Powell, de son côté, s’était lancée comme défis dans les années 2000 de refaire toutes les recettes françaises – et elles sont nombreuses – du livre de Julia Child Mastering the Art of French Cooking.  Au delà des mets absolument délicieux cités à l’écran (ah cette sauce hollandaise!), elle est l’une des pionnières du blogging. Et la première personne dont le blog est devenu le sujet d’un film, de ce film. Réalisation qui mêle donc les thèmes : deux femmes qui s’ennuient à deux époques différentes, deux manières différentes de s’occuper et surtout, deux manières de partager son savoir. Un film rafraichissant, plaisant et gourmand. Petites audiences à l’époque, c’est dommage. Un film gastronomique qui devrait plaire aux français pourtant, il met à l’honneur leur art, l’élégance culinaire !

 

Bel été ! A bientôt. Julien Scavini

Pochette et cravate identiques

La semaine dernière, mon petit paragraphe sur le fait que jamais une pochette et une cravate ne doivent partager le même tissu a beaucoup fait réagir. Je ne m’y attendais pas et j’ai été bien démuni, pensant que ce bête axiome était logique et partagé. J’ai demandé son avis à Adriano Dirnelli, contributeur habituel de Parisian Gentleman, connu pour son tumblr généreusement entretenu.

Merci d’avoir attiré mon attention sur les commentaires surpris de tes lecteurs, qui ont réagi avec véhémence la semaine dernière lorsque tu as écrit que la pochette et la cravate ne doivent jamais être du même tissu. Cela me paraît d’une telle évidence que je n’ai jamais songé à le mentionner explicitement dans mes propres écrits. Des lecteurs ont pointé (à tort) que je n’ai pas mentionné cette règle dans mes « 10 commandements de la pochette » publiés sur Parisian Gentleman. J’attire l’attention de tes lecteurs sur mon commandement numéro 5 :

V – TROP DE COORDINATION À TOUT PRIX TU ÉVITERAS

Je suis d’accord avec toi que la coordination parfaite entre la cravate et la pochette, dans le même tissu, est évocateur d’un coffret-cadeau de mauvais goût trouvé en boutique aéroportuaire.

Toute la difficulté du choix de la pochette réside justement dans l’évitement d’une coordination trop évidente, trop simpliste. Il faut avoir de imagination et du goût. Le sens de l’esthétique requis me fait penser à l’ikebana, l’art japonais de l’arrangement floral. Il convient de savoir coordonner avec un certain raffinement artistique les couleurs, les motifs et les matières.

Adriano Dirnelli

Fait amusant, ce dimanche alors que je me trouvais sur le pas de ma porte de boutique, j’ai vu un monsieur passer, qui était habillé exactement comme mon dessin. Sa pochette et sa cravate étaient du même tissu, un beau jaune.

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Pour ma part et pour aller plus loin, je tiens à préciser que jamais je n’oserais dire que cet ensemble est de mauvais goût ou mal choisi. Non, c’est un effort qui est fait et je tiens ainsi à relativiser mon point de vue. C’est assez esthétique. Et mieux qu’être mal sapé ou sans pochette.

Simplement, cela ne se fait habituellement pas. Aucun manuel d’élégance ou de savoir-vivre n’a jamais écrit que cela était de bon ton d’avoir la panoplie. C’est un fait, cravate et pochette ne partagent pas le même tissu. Toutefois, le faire n’expose personne aux flammes de l’enfer, et si c’est fait avec dignité, je n’y vois pas d’inconvénient. J’y trouve un petit côté vieux milliardaire qui s’habille chez Dunhill et Charvet.

Il faut noter qu’il n’y a nul snobisme à cette règle. Historiquement, les pochettes sont plutôt blanches. Les années 30 et 50 consacrèrent ce point. La pochette colorée est apparue plus tard, même si les illustrations d’Apparel Arts distillent quelques modèles colorées ça et là. Les années 70 ont probablement répandue l’idée que les pochettes pouvaient être en soie vaporeuse et que cette soie pouvait être bariolée, extravagante. Il n’a fallu qu’un pas à des boutiquiers et habilleurs quelconques pour proposer des boites 2 en 1, pour faciliter la vie des hommes pressés. Tout un symbole pour moi du chic tapageur des années 90 ; quand parfois les bretelles étaient aussi raccord.

C’est un truc de boutique que de vendre la pochette et la cravate ensemble. Cela fait double vente. Et ne représente aucune complication pour le vendeur et le client. Un peu comme vouloir caser une ceinture avec une paire de soulier, dans le même cuir.

L’élégance, la vraie, est faite de complexité en même temps que de finesse. Il faut montrer une certaine réflexion, un art de faire sa mise. Les raccourcis sont rarement synonymes de dur labeur. Parisian Gentleman a écrit ce fameux article pour décrypter les us et coutumes de la pochettes. Il montre bien comment rechercher la finesse par le mouchoir : blanc / couleur dominante / couleur secondaire / ou couleur latente.

La pochette colorée est de manière générale un objet difficile à manier. Je préfère la pochette blanche ou à fins liserés bleus. Sur un tweed, pourquoi pas apporter de délicates couleurs épicées, mais il faut faire attention à ne pas empiéter sur la cravate. Il ne peut y avoir deux rehausses de couleur. Soit une cravate éclatante, soit une pochette. Les deux, c’est beaucoup. Comme avoir une montre à chaque poignet.

Belle semaine. Julien Scavini

 

Les accessoires

Les accessoires peuvent être simplement pratiques ou là pour embellir. L’accessoire, ce qui est rapporté, par besoin ou envie, est l’occasion de donner à une tenue une note bienheureuse d’identité et de personnalité. Ils permettent, au delà d’une tenue normée, très uniforme dans le cas du costume, d’exprimer l’individualité. Et surtout, ils émulsionnent, pourrait-on dire, la garde robe en lui donnant sa saveur, son liant, son piment aussi.

  • La cravate
    La cravate reste la pièce vestimentaire la plus expressive. Son histoire est très ancienne. Se nouer le cou d’un ruban décoratif, est désuet, certes, mais tellement distingué. Admirez les motifs, leurs dimensions, leurs géométries, leurs dispositions. Quel éclat! Et comme dirait le grand Marc Guyot, on ne fait pas sa vie avec trois cravates! Tous les gentlemen se doivent d’en posséder … quoi? trente? cinquante? Même si finalement, seuls dix sortent régulièrement. Et une belle cravate vaut un peu d’argent, c’est comme ça.
    PG le dit ici.
  • La pochette
    Classiquement en lin ou coton, elle donne un panache certain à la tenue, en plus ou en remplacement de la cravate. Elle fait écho à des tonalités de la tenue ou reste simplement blanche. Jamais elle ne doit être du même tissu que la cravate. Quant à la pochette en soie, elle est à manier avec précaution, car plus vaporeuse et cérémonieuse. Roulottée à la main, elle est plus digne d’intérêt. Elle se porte toute la journée, et non après 18h comme pensent curieusement les français. L’allure n’attend pas!
    PG en parle ici.

 

  • Les boutons de manchette
    Ils peuvent être dorés ou argentés et terminent élégamment un poignet mousquetaire, c’est-à-dire fait pour recevoir des boutons de manchettes. Classiquement de simples ronds de métal ou de nacre, il est possible de nos jours d’en trouver quantité d’excentriques. Attention au bon goût toutefois. Les élégances racées sont rarement comiques. Il est bon de noter que les boutons de manchette sont d’un style plutôt anglais, les italiens préférant plutôt des poignets boutonnés simples.
  • La montre 
    Le premier contact visuel entre élégants s’établit en deux points : les chaussures et la montre. Une paire de souliers bien cirés et d’une marque reconnue sont essentiels. Et une montre élégante (c’est à dire qui n’est pas grosse et vulgaire) complète le tableau. Attention, une montre de prix seule et tout s’effondre. Le fric dépensé ici n’est pas un alibi. La montre doit corroborer le reste. Bien sûr, vous n’êtes pas obligé d’en porter une à gousset. Le bracelet montre existe depuis longtemps!

 

  • Le portefeuille
    Feu le tailleur Guilson disait toujours à ses nouveaux clients qu’en contrepartie de l’achat d’un beau costume, l’allègement du portefeuille est vital. On ne peut être élégant avant un gros larfeuille bourré de tonnes de trucs. Un petit porte-carte bien choisi, fin, est très important pour l’allure de la veste. Le gentleman veillera à toujours à alléger celui-ci de tous les papiers inutiles qui y finissent leur vie.
  • Les lunettes de soleil
    Il est essentiel pour se protéger les yeux et éviter de se rider le front de porter des lunettes de soleil dès que celui-ci fait son apparition. Et grand avantage de cet accessoire, tous les styles sont possibles. Évidemment, les lunettes de ski ne sont pas adéquates en ville. Mais en contrepartie, les modèles urbains sont variés et souvent cool.

 

  • Les gants de cuir
    Si vous faites du scooter ou de la moto, la loi vous oblige à porter des gants pour conduire. Pour les autres et en particulier ceux qui prennent les transports en commun, la simple idée de toucher la barre métallique pour se tenir devrait vous obliger à revêtir des gants. Accordez-les aux souliers : noir avec noir, marron avec marron. Et quand il fait froid, c’est tellement plus chic que de se peler les mains ou de les enfoncer nerveusement dans les petites poches du manteau, qui ne sont pas faites pour ça.
  • L’écharpe
    Dans le même genre, une belle écharpe donne du panache au dessus d’un manteau normalement austère, marine ou anthracite. Cachemire, laine, soie ou même viscose et modal pour ceux qui trouvent les fibres animales trop rugueuses, le choix est vaste. Une seule ne suffit pas. Une grise pour s’accorder avec une tenue grise, une marine pour aller avec une tenue marine, puis quelques fantaisies diverses, soyez étoffés.

 

  • La ceinture du cuir
    Là aussi, il faut savoir vivre sur un grand pied, d’autant que la couleur du cuir s’accorde avec les souliers : noir avec noir et marron avec marron. Les marron peuvent être différents toutefois, cette mode des ceintures patinées pour être absolument raccord aux souliers est légèrement kéké je trouve. Il me semble utile de posséder au moins trois ceintures : noir, marron et marron en veau-velours. Et d’ajouter une tressée pour l’été. Et puis en plus, ajoutez à ça une paire de bretelles, on ne sait jamais.
  • Les chaussettes
    C’est probablement le sujet le plus bavardé sur les blogs et autres forums. Les chaussettes, qu’elles soient hautes ou petites, sont belles et apportent de la distinction. Il faut en avoir moult, elles s’useront moins. Et elles ne sont pas faites pour vivre cachées, malgré l’insistance de nombreux messieurs – et dames – dans mon atelier pour rallonger démesurément les pantalons. Pourquoi la chaussette serait indigne? En revanche, une belle chaussette n’est pas un alibi pour embourgeoiser une tenue médiocre. Comme souvent vu dans le 16ème arrondissement, où des radins font du genre avec des chaussettes rouges, un costume miteux et un Barbour hors d’âge. Les chaussettes, comme tous les accessoires, ne sont pas un alibi, mais une cerise sur le gâteau!

Belle semaine, Julien Scavini

Apprendre l’aisance

Récemment, deux clients m’ont apporté un éclairage amusant sur la façon d’appréhender la veste et son aisance. Le premier est un nouveau client. Comme à l’habitude, je fais essayer des bases pour pouvoir prendre mes mesures. Car en demi-mesure, le procédé est toujours le même. A partir d’une base 0, dans une taille X ou Y, je vais demander à l’atelier des altérations. Ainsi, sur la base essayée, mettons une veste taille 50, je vais pouvoir demander une épaule basse, un agrandissement de la carrure dos, un cintrage de la taille, un raccourcissement des manches, etc… L’atelier ne reçoit en effet aucune mesure absolue, mais des mesures relatives, limitées à des évolutions de certaines valeurs de la base.

Avec ce client, il a fallu essayer plusieurs bases, plusieurs tailles. Il n’était habitué qu’au prêt-à-porter. Faire un costume de cette manière, prendre le temps, dépenser un peu plus d’argent (900€ chez moi), cela l’obligeait à se questionner et à faire attention. Se faisant, il a découvert l’aisance. Pas celle en trop. Pas celle qui manque. Juste celle qui va bien.

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Le second client est un habitué à qui j’ai déjà fait plusieurs costumes. Et à chaque nouvelle commande, l’idée est de revenir avec le vêtement précédent pour revoir les corrections et se demander ce qu’il est possible d’améliorer. Se faisant et pour la dernière commande, nous avons acté une légère augmentation du volume à l’épaule par rapport aux trois, quatre précédents opus.

A l’arrivée, le contraste avec le précédent costume, porté ce jour là, était criant, et le monsieur s’exclama ravi que c’était parfait. Cette légère aisance était une découverte heureuse. Et un bienfait. Sans pour autant faire un sac large, non non. Comparativement, ces autres costumes, pourtant tout à fait raisonnables et bons, lui paraissaient moins amples : « ah mais finalement, je suis serré« .

L’aisance ainsi, demande un apprentissage. Et c’est la capacité à itérer doucement chez le tailleur qui permet de tester cela. A la différence du prêt-à-porter, qui ne change que d’une taille à l’autre, ou drastiquement, d’une maison à l’autre. La fidélité ainsi à son tailleur et le meilleur gage, pour que dans le temps, il soit possible de goûter des manières de s’habiller différentes. Cela peut être l’aisance. Cela peut aussi être raccourcir ou allonger les vestes…

Belle semaine, Julien Scavini

La coupe suivant les pays

Durant de nombreuses décennies, les tailleurs apprenaient la coupe au sein d’académies, souvent tenues par des tailleurs de grand renom, comme Ladevèze puis Darroux en France. La relative autonomie des pays rendait alors moins spontanés les échanges, ci-bien que d’un pays à l’autre, les coupes et le travail finirent pas être différents.

Si la coupe anglaise moderne s’est diffusée à partir des années 20 et 30 au monde entier, les années 40 et 50 ont fait évoluer de manière nationale les coupes, conduisant à de véritables Écoles de style.

Avec la montée en puissance de l’industrie et la disparition des tailleurs, la production mondial est plus homogène depuis les années 80. C’est ainsi que le costume Hugo Boss est devenu une sorte de standard international, comme en architecture par exemple.

Le style international envahit de nos jours les rues des capitales, de Hanoï à New-York, en passant par Sao Paulo et Berlin. Toutefois, de légères disparités de goût existent, en particulier en Europe. Anglais, Français et Italiens ne partagent pas tout à fait la même approche.

Je me suis amusé à dessiner ce que pourraient être les coupes nationales. A prendre évidemment avec des pincettes, tout idée de généralisation devenant stéréotype outré. Ces dessins ne sont pas scientifiques, mais ils distillent l’idée qu’encore aujourd’hui, les tailleurs – et en partie le bon prêt-à-porter – peuvent être différents d’un pays à l’autre.

Ces dessins stéréotypes ont une certaine vérité historique si on les replace dans les décennies 60-90. Depuis, tout de même, ces styles se sont estompés. Quoique…

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La coupe anglaise se caractérise par une coupe confortable, cherchant à mettre le corps en valeur sans le contrarier. C’est une École de la souplesse en même temps que de l’allure. Distinction et sportivité. L’épaule est moyennement structurée, la taille moyennement pincée, les basques fermées et la taille naturelle. Le cran de revers est ouvert. Typique de Gieves & Hawkes ou Henry Poole.

 

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La coupe italienne développe beaucoup le trapèze, pour donner du tombant et une mollesse importante à la veste, que l’on ne sent plus. La structure est légère, la poitrine un peu ronflante. La taille est placée très bas, comme les poches et les boutons pour dégager une poitrine très masculine. Le cran de revers est petit. Dans l’esprit de Rubinacci.

 

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Les Français sont cartésiens et précis et cherchent à le faire savoir. La coupe parisienne est sculpturale, taillée au millimètre. Les épaules sont étroites et les têtes de manche enflées (car c’est plus dur à faire donc je montre que je suis un tailleur de haute-volée). Tout est au plus près du corps. La taille est haute et le revers roule assez haut, ce qui camoufle un peu la cravate. Il y a une sorte de réserve. Il y a aussi par rapport à l’Angleterre une perte de spontanéité, de simplicité dans le vêtement qui n’est qu’un vêtement. Pour les tailleurs français, avant d’être un vêtement, il s’agit de faire une œuvre. Les nouveaux entoilages italiens permettent toutefois de rendre plus souple ce qui était auparavant une armure. A la croisée de Cifonelli, Lanvin, Camps De Luca, Arnys… Les tailleurs allemands dans les années 60 avaient les mêmes idéaux il me semble.

 

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Je ne pouvais terminer cette comparaison amusante en oubliant la coupe ‘sack suit’ chère aux américains. Ils ont développé ce concept dès les années 1900, de veste molle, sans structure, taillée comme un sac à patate. Il n’y a même pas de pince sur le devant, le cintrage est inexistant. La grande allure américaine des années 60, toutefois abandonnée au profit du goût italien luxueux étalé dans les department stores.

 

Bien sûr, de nos jours, ces catégories sont presque caduques. Mais mais mais… des influences restent.  The Kooples et Dior continuent de proposer un style très près du corps aux épaules structurées, quand Richard James ou Ede & Ravenscroft proposent un style plus traditionnel anglais. Boggi distille une aisance plus italienne, que Suit Supply s’emploie à vendre partout. Etc Etc…

Belle semaine, Julien Scavini

Le blazer bleu moyen

L’année dernière, j’avais disserté sur l’utilité de la veste tabac pour faire de belles associations l’été, saison toujours délicate du point de vue de l’élégance. Le tabac a cette qualité d’être assez médian, ni chocolat, ni beige, ce qui permet une grande polyvalence.

Il se trouve que je possède un blazer bleu moyen qui a cette qualité aussi. Réalisé dans un natté Vitale Barberis vendu par Drapers, il est très respirant et léger. D’ailleurs, VBC décline ce tissu 100% laine en une infinité de couleurs agréables.

J’avais choisi un peu au pif une nuance de bleu pas trop claire et pas trop marine non plus, pour changer, mais sans plus de réflexion. A l’usage, ce bleu médian est très commode, si bien que ces dernières semaines chaudes, je l’ai mis un jour sur deux.

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Je l’ai associé la plupart du temps avec des pantalons bleus. Une fois avec un bleu gris, un peu air-force, une autre fois avec un pantalon bleu marine, une troisième avec un bleu ciel. Très commode. Et une fois avec un pantalon beige, une autre avec un pantalon blanc. Et bientôt avec du gris.

Les pantalons bleu marine ne sont jamais facile à assortir, car si le blazer est d’une teinte approchante, ce n’est pas esthétique. Avec ce bleu plus clair, c’est pratique. Avoir le bas foncé permet de jouer sur le contraste et n’est pas inélégant. Souvent en effet, le haut est foncé et le bas clair. Il est tout à fait possible de faire l’inverse.

Et le bleu du blazer reste assez foncé pour être discret et passe-partout. Une veste bleu ciel serait très typée été. Or, cette teinte peut se porter longtemps, même aux lisières de l’hiver. Pensez-y!

Belle semaine, Julien Scavini

Pourquoi fait-on des surpiqures?

Il est assez classique de trouver au bord des costumes de légers petits points, en particulier le long du bord devant, du revers, du col et des poches. Ce petit point est un détail technique et historique, devenu maintenant pour beaucoup une question esthétique. Pourtant il est normalement bien utile.

La laine est une étoffe qui possède naturellement beaucoup de gonflant. C’est à dire qu’une fois repassée, malgré un pli marqué au fer, la matière va avoir tendance à l’estomper et à retrouver son état initial. C’est tout l’inverse pour une feuille de papier. Une fois pliée, il sera à jamais impossible de la retrouver plate sans marque. Les fibres auront été cassées. On utilise la laine pour faire des vêtements luxueux, précisément pour cette qualité de gonflant. Le corollaire est que la laine drape bien, qu’elle est fluide.

Seulement voilà, si la laine apprécie gonfler, il est difficile d’obtenir des bords de veste très nets dans le temps. C’est pourquoi depuis des temps immémoriaux, les tailleurs réalisent un petit point au bord pour tenir le pli et la couture. Ainsi, le bord de la veste est d’abord piqué à la machine, puis lors de la mise en place du bord net, une discrète piqure main est exécutée. Idem pour les rabats de poches : le bout de tissu est piqué machine avec le bout de doublure, et lorsque l’on retourne pour façonner un joli rabat, on exécute un petit point.

Ce petit point à la main chez les tailleurs s’appelle « le point perdu ». Car il doit être très très discret et fin, à 1mm du bord pour les vêtements habillés ou à 5mm pour les vestes sports et gros tweeds. Les techniciens parlent eux du « quart de point arrière ».

Toutefois et depuis des décennies, l’industrie a développé des machines pour ne pas avoir à faire à la main ce point long et fastidieux. Deux machines existent : la machine AMF pour American Machine Factory et la machine Columbia. D’où les deux appellations en industrie : point AMF ou point Columbia. Les deux procédés diffèrent, aussi ne sont-ils pas utilisés aux même endroits. Le point Columbia présente à l’envers une succession de chainettes (des points qui s’enchainent les uns les autres, plutôt grossier) alors que le point AMF montre un envers délicat très similaire à ce qui se fait à la main. Ainsi, le point AMF est généralement utilisé pour le bord des vestes et le point Columbia pour poser les doublures ou faire le bord des poches de pantalons. Le point AMF est plus compliqué à mettre en œuvre, car la machine doit d’abord ‘avaler’ une longueur limitée de fil, disons 50 à 70cm seulement, qu’elle restitue comme à la main ; alors que la machine Columbia fonctionne à partir d’une bobine de fil. Le point Columbia est plus économique à mettre en œuvre du strict point de vue de l’industrie.

La surpiqure visible au bord de la veste est donc un point AMF. Parfois, d’une précision difficile à distinguer d’un point main. Si la machine est parfaitement réglée, ce point est très plat. Si la couleur est en parfaite correspondance, alors le point est à la fois très plat et invisible.

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Évidemment, des stylistes en mal d’inspiration ont trouvé drôle à une époque de tendre ce fil, avec pour effet de faire gondoler les surpiqures. C’est devenu un élément de style, d’abord de costumes de créateurs genre Dolce & Gabbana puis des costumes médiocres. La bonne surpiqure ne doit pas gondoler ou très très peu.

Cette surpiqure a un coût important, car elle est longue et précise à faire. C’est pourquoi de nombreux faiseurs l’ont aussi abandonné. Cet abandon purement économique est doublé d’une question de style : un costume sans surpiqure étant parfois considéré comme plus épuré, à l’instar de Dior et de la haute couture. Toutefois, pas de surpiqure est toujours mieux qu’une surpiqure de couleur…

La surpiqure permet à la veste de garder un bord très net, et surtout permet de renforcer la toile intérieure dans le cas de costumes entièrement entoilés. C’est pourquoi les bons faiseurs italiens, Brioni, Pal Zilera, Canali et d’autres ont toujours gardé ce point de détail, plus technique qu’esthétique en fait. La surpiqure n’a réellement de raison d’être que si le costume en entièrement entoilé. Car avec ce procédé artisanal de montage, l’intérieur très fluide ne permet pas à la laine de bien tenir son pli. La surpiqure est quasi obligatoire pour un costume entoilé, pour éviter qu’au but de 6 mois les bords manquent de netteté.

En revanche, lorsque le costume est thermocollé ou semi-traditionnel (un dérivé du thermocollage), la colle présente à l’intérieur de la veste et surtout de son bord tient la laine qui ne bougera pas. Les industriels utilisent un passement thermocollant pour tenir le bord ad-vitam. Dans cette vidéo Youtube, à 2min26, vous verrez une dame appliquer ce ruban collant sur les coutures du devant. A ce moment là, la surpiqure est en effet superflue!

Belle semaine, Julien Scavini