La laine est elle imperméable?

Telle est la question que l’on me pose assez souvent à propos des manteaux. La réponse la plus simple et directe est de dire non. Sur le principe, la laine n’est pas imperméable.

D’autant plus que de nos jours les draps ne sont pas tissés de manière très serrée, ni de manière trop lourde. Il est en revanche vrai qu’au XIXème siècle, les draps étaient si denses, les fils si rapprochés, qu’ils devaient d’une certaine manière empêcher l’eau de pénétrer. Dans le passé, j’ai eu à restaurer plusieurs habits de cette époque. Ces tissus sont si impénétrables que même l’aiguille n’y rentre pas facilement. Je me souviens en particulier d’une cape qui me donna bien du fil à retordre. Le tissu était si serré d’ailleurs, qu’en fait, les tailleurs ne s’étaient pas embêtés à faire un ourlet tout autour, le tissu était tout simplement laissé à vif. Bord franc comme on dit. Aucune trace d’effilochure après un siècle tant les fils étaient entrecroisés solidement.

Chez les drapiers anglais en particulier, les draps contemporains frisent parfois les 1000grs au mètre. Chez Holland & Sherry ou Dugdale Bros’, leurs sélections 860 ou 780grs doivent être assez résistantes à l’eau je crois. Une telle épaisseur, il faudrait vraiment des litres d’eau pour les détremper.

Tout le sujet est là. A priori, un manteau de ville n’est pas fait pour être détrempé. Car un parapluie doit être là pour le protéger. Ce n’est pas un manteau de marin-pêcheur ! Eux ont ce qu’il faut. Le manteau d’un tailleur, coupé dans un drap lourd, résiste un peu à l’eau, oui. Il ne va pas se transformer en éponge. D’autant que la laine par son tissage ou son apprêt peut devenir légèrement hydrophobe. Les draps à loden par exemple sont un peu étanchéifiés. Pour une usage raisonné et raisonnable encore une fois !

Si vous commandez un beau manteau chez un tailleur, c’est la chaleur et la prestance qui comptent.

Parfois, quelques clients se demandent si le cachemire en particulier craint l’eau. En aucun cas une matière naturelle ne craint l’eau. Ce qui est certain, c’est que la matière luxueuse n’est pas hermétique et qu’elle prendra plus facilement l’eau qu’un drap de laine robuste. Si le cachemire sèche convenablement, un petit coup de brosse et tout rentrera dans l’ordre. Il ne va pas friser comme de l’astrakan !

Reste que les drapiers, tout de même, se sont intéressés à rendre la laine plus résistante. Il n’y avait aucune raison qu’ils se laissent distancer par les industriels de la pétrochimie.

La première recherche permit de rendre les fibres hydrophobes et déperlantes. Cette recherche fut aidée par l’arrivée des fibres longues de laine mérinos. Plus les fibres sont longues, plus l’eau naturellement a du mal à pénétrer le tissu. C’est pourquoi d’ailleurs certains drapiers proposent des laines à costumes naturellement déperlantes. Si la laine rejette l’eau, sous une grosse ondée toutefois, elle ne pourra pas résister à ce que l’eau passe entre les fibres.

La seconde recherche fut plus orientée donc vers l’étanchage du drap. Le but, que l’eau ne pénètre pas. Et encore mieux, que le vent n’entre pas. Les k-ways et autres coupes-vents furent très à la mode dans les années 90. Les gens adoraient leur légèreté. Mais pour les drapiers, cet aspect plastique n’était pas de bon augure.

Loro Piana présenta dès la première moitié des années 90 son procédé « Storm System ». Une membrane collé au dos du tissu de laine apporte deux bénéfices : elle est coupe vent et étanche. Ce fut une révolution, où comment avoir le bénéfice, l’allure souple et moelleuse de la laine, tout en étant aidé par une membrane invisible. Avec le temps, cette couche s’est vue ajouter une autre qualité, celle de la respirabilité, pour laisser sortir la vapeur d’eau dégagée par le corps. Le rêve, parfois y compris en cachemire et alpaga ! Ou en Vigogne, je suis sûr qu’il le font…!

Il est probable que Zegna ait aussi son procédé. Et chez Vitale Barberis Canonico, ce procédé a aussi été implanté. Nom officiel « Earth, Wind & Fire ». La membrane polyuréthane a la qualité d’être teinté pour pouvoir réaliser des vêtements non-doublés, où l’intérieur tranche avec l’extérieur. Fantaisie amusante. Tous les tissus V.B.C. peuvent être ainsi traité, y compris des laines fines, pour la confection d’anorak très souples. La division vente au détail de V.B.C., Drapers, vend seulement une petite sélection de ces draps, soit de la flanelle, soit des whipcords

Seuls les grands-comptes pendant longtemps avaient accès à ces procédés complexes, qui nécessitent des commandes volumineuses, pour le prêt-à-porter. Les doudounes et autres parkas techniques en flanelle ont fleuri. Depuis quelques temps, les drapiers commencent à distiller ces tissus, assez coûteux d’ailleurs, chez les tailleurs, qui dès lors peuvent aussi les vendre. De quoi relancer le marché du pardessus, de plus en plus faible en mesure ?

  Bonne semaine, Julien Scavini

Comment devenir tailleur ?

C’est souvent que l’on m’écrit, ou que l’on vient me voir en boutique pour me poser cette « ultime » question comme dirait Asphalte : « comment devient-on tailleur » ? Je ne compte plus les petits jeunes qui sur une année me posent cette énigme, comme à la recherche d’un graal. L’un des derniers, Marcel, est tombé au juste moment où je cherchais quelqu’un pour faire de la vente. Il fut embauché presque sur le champ.

Avant de s’intéresser aux formations, il faut d’abord s’intéresser aux débouchés. Il me semble que c’est le point primordial ; même si en France, on aime mettre les formations avant, quitte à ce qu’il n’y ait pas de débouché… Question philosophique me direz-vous. Je pense qu’il ne sert pas à grand-chose d’apprendre quelque chose si l’on ne peut transformer cette expérience en commerce. Question encore plus philosophique !

Les débouchés à Paris, et en France, sont quasiment inexistants. Il faut se le dire immédiatement. J’ai fait l’AFT (Association de Formation Tailleur). Cette structure a pendant quinze ans environ proposé à des personnes, avec ou sans formation initiale, de devenir tailleur. De fait, le vivier de « sachant » qui était au plus bas a été rechargé, d’une certaine manière. Ces garçons et ces filles ont intégré les quelques rares ateliers de Grande Mesure, qui assez vite au fond, sont arrivés à saturation. Ils ont eu assez de stagiaires puis de salariés. Ainsi, vers les derniers temps, Camps De Luca, Lanvin, Smalto entre autres, avaient suffisamment de main d’œuvre qualifié et ne recherchaient plus de petits jeunes.

D’autant que ces ateliers pouvaient aussi recourir à une main d’œuvre plus âgée et bien plus qualifiée, en provenance d’Italie, mais aussi et surtout de Turquie ou du Maroc, voire d’Afrique noire. De ces pays arrivent des messieurs, parfois aussi des dames, souvent forts adroits et très rapides, qui sont plus rapidement au niveau des volumes imposés par la vie de l’atelier. Surtout que dans ces pays, les formations commençant parfois dès 10ans, on a affaire à des athlètes de l’aiguille avec lesquels nous ne pouvons pas rivaliser.

De plus et ces derniers temps, avec la Covid, les voyages étant stoppés, la Grande-Mesure ne se porte pas au mieux de sa forme. Cela reviendra vous me direz.

Certains pourraient avoir l’idée de s’installer à leur compte pour faire du « bespoke » comme m’a demandé un lecteur récemment.

Alors là, autant le dire, je ne crois pas du tout à l’installation de jeunes pour faire de la Grande-Mesure directement après une formation. Je n’y crois pas un seul instant. Je rajouterai même plus que c’est une forme de vol ou d’arnaque. Pour être un bon tailleur en grande-mesure, une formation de dix ans en atelier me semble incontournable et nécessaire. Quelques exemples très réussis de ce genre de parcours existent. Kenjiro Suzuki a passé de longues années chez Smalto et sa femme chez Camps De Luca avant de fonder son atelier. Emanuel Vischer fut de longues années aussi le dernier apprenti du très grand tailleur Gabriel Gonzalez, carte de visite des plus respectables ! Aïdée et Florian Sirven enfin venaient je crois de chez Smalto où ils avaient fait leurs armes. Ils se lancèrent vaillamment avant de fermer boutique pour intégrer Berluti. Ce sont de beaux exemples. Ils sont rares.

Car avant de vendre une grande-mesure, logiquement vendue plus de 4000€, il faut un peu de bouteille. Le client doit être en confiance. Ce n’est certainement pas en deux ans de formation tailleur à l’AFT que l’on peut raisonnablement se dire tailleur. Remarquez, qui ne tente rien n’a rien.

C’est pour cela qu’à mon niveau, je m’en suis toujours bien gardé. Et j’ai préféré faire de la demi-mesure. Je ne pensais pas, et je ne pense toujours pas être le plus qualifié pour faire de la grande-mesure. Si j’en propose, c’est qu’un tailleur de plus de 80 ans m’a proposé ses services, pour son propre plaisir.

Donc soyons sérieux, ce n’est pas en quelques mois de formation que l’on peut acquérir la dextérité et l’œil nécessaires à l’exécution dans les règles de l’art d’un costume fait-main.

Par contre, c’est une excellente base pour de la demi-mesure. Pour savoir de quoi l’on parle.

Ce débouché justement, de devenir boutiquier en demi-mesure, est accessible en revanche. Pour qui est un peu dégourdi et malin, c’est un eldorado. La preuve en est que des zozos totalement dépourvus de toutes connaissances « sartoriales » y arrivent très bien et font pas mal d’argent. Même si dans le cadre des ateliers NA, cela s’est mal fini. Si quelqu’un veut se lancer dans la demi-mesure, nul besoin d’une longue formation. Car les usines de demi-mesure dispensent toutes les informations qu’il faut. Entre une demi-journée et trois jours, et hop, c’est assez pour ouvrir une échoppe et servir ces premiers-clients.

Mais enfin, revenons aux formations. Puisque je concède que la grande-mesure, ce graal, puisse être un rêve. Quelles sont-elles ?

Et bien très peu choses. L’AFT a fermé depuis que M. Guilson est décédé. Combien d’anciens élèves ai-je entendu lui casser du sucre sur le dos, « que cette école était du vol » « trop chère » « qu’ils s’engraissaient sur les élèves » etc. etc. etc. J’ai toujours été estomaqué de l’incroyable méchanceté à l’encontre des Guilson et de leur fille la directrice. Maintenant, formidable, il n’y a plus rien.

Une photo du tailleur André Guilson, piquée à gentlemanchemistry.com

A une époque, il me semblait que le GRETA à Paris dispensait une formation. Je crois que David Diagne la dispensait la, mais c’est terminé je crois.

En quelques rares lycées professionnels, il existe des formations de couture. Mais c’est un niveau pré-bac.

Le mieux que je conseille est de se lancer dans un DMA costumier réalisateur (Diplôme des Métiers d’Arts, en trois ans). Cette formation, très large, destine les élèves aux métiers du spectacle et de la scène. L’enseignement y est super large, tailleur mais aussi flou et chemiserie, vêtements historiques. C’est une formation généraliste et pratique, appliquée au vêtement de spectacle.

Vous me direz, cela n’est pas le tailleur. Oui mais c’est l’une des bases les plus solides qu’il soit possible de trouver ! Avoir un gros bagage généraliste ne peut pas faire de mal. Et sachez que les costumiers que j’ai rencontré avaient bien souvent des doigts d’or, aussi capable de coudre une robe Dior qu’un pourpoint renaissance, ou encore… une veste tailleur. A l’époque de l’AFT, lorsque j’allais visiter l’atelier d’Arnys, je me souviens de conversation intéressée avec la seconde de Karim, le maître tailleur des lieus. Elle avait fait un DMA costumier réalisateur avant d’intégrer cet atelier. Où elle complétait et spécialisait son apprentissage.

Sinon, à l’issue la troisième, il est possible de rechercher un CAP Métiers de la Mode-Vêtement Tailleur (en 2 ans). Je sais qu’il existe aussi des Brevet de Technicien option vêtement création et Mesure (en 3 ans), ou des BTS Métiers de la Mode (en 2 ans). Une voie intéressante est dispensée par la Chambre syndicale de la haute Couture parisienne, le Diplôme de modélisme, en alternance (en 2 ans). Je vois souvent des jeunes qui cherchent cette alternance. Il faut savoir coudre de base pour la trouver. Et comme il y a peu d’atelier… encore une fois, peu d’alternants. Les places sont chères.

Quant à l’idée de partir pour l’étranger, Italie ou Grande-Bretagne, inutile d’en rêver. Un des meilleurs élèves de l’AFT, un certain Victor avait essayé l’Italie avant de je crois, de revenir devant la dureté des Italiens. Et d’Angleterre, je n’ai pas eu d’échos plus chaleureux. Sans parler du coût de la vie londonienne.

Voilà pour cet aperçu loin d’être rose. Ce n’est pas un métier facile. La formation n’est pas simple. L’éclosion des talents y est ardue.

Je finirais sur le meilleur conseil que je pourrais donner, fruit de mon expérience : méfiez-vous des passions. Les passions sont géniales le soir, après le travail, comme une distraction de l’esprit ou des mains. Les passions font avancer et détendent l’intellect en lui procurant des renforcements heureux. Mais attention, il y a un écueil à transformer une passion en métier. Si les choses se complexifient, la passion se transforme alors en cauchemar. La déception est alors proche et peut être immense, souvenez-vous du sympathique Paul Grassart. Rassurez-vous pour moi, j’en suis très heureux.

Si vous voulez vous amusez avec le tailleur, en dehors de toute considération de commerce, d’argent et d’ennuis, au fond de la manière la plus détachée qui soit, pour votre plus simple plaisir, suivez l’exemple d’Eric, que vous pouvez écouter là sur le podcast de Cravate Club : https://soundcloud.com/jessica-de-hody-253917269/eric

  Bonne semaine, Julien Scavini

Vœux 2021


Chères lectrices, chers lecteurs,
je vous adresse mes vœux les plus sincères pour cette nouvelle année 2021.
Joie, santé surtout et prospérité enfin, à vous et vos proches !
Portez-vous bien et à la semaine prochaine.
Julien Scavini

Les capes

Nous avons donc passé en revue la semaine dernière les petits capes s’ajoutant aux manteaux, dîtes pèlerines. Regardons pour ce dernier article de l’année leurs grandes sœurs, les capes. Elles sont très rares maintenant. Peut-être même plus rares en fait que les pèlerines qui, ça et là sur des manteaux de chasse ou de ferme, sont encore en usage.

Avant l’invention du manteau à l’ère moderne, la cape était le vêtement de référence. Sous l’ancien régime même, les rois étaient sacrés avec une cape d’hermine brodée. A Reims, au Palais du Tau, la cape de Charles X, que le Centre des Monuments Nationaux devrait faire restaurer prochainement, est une merveille. Elle est d’ailleurs appelée manteau du sacre. La langue anglaise confond aussi les deux termes si l’on remonte un peu dans le temps, le terme « cloak » ayant le double sens de manteau et de cape.

Pour présenter une image plus contemporaine, amusons nous à observer les super-héros, souvent vêtus d’une cape. Et dans la série Game of Thrones, les personnages les plus en vue arborent de lourdes capes en fourrure, dont le poids seul suffirait à m’écraser. Un esprit de la Renaissance. Enfin dans l’image ci-dessous, l’acteur Tygh Runyan porte une cape dans la série de Canal+, Versailles :

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Les prêtres enfin revêtent une chasuble souvent rehaussée de superbes broderies, qui dans son ampleur, n’est pas sans rappeler la cape. Il me semble que chez les rabbins, il est aussi normal de se couvrir les épaules d’une grande étoffe.

Et chez les peuples d’Afrique du Nord, il est aussi possible de trouver le burnous, à capuche souvent. Lors de sa visite à Paris, le roi du Maroc et son fils, portaient des sortes de capes, qui doivent avoir un nom traditionnel que je ne connais pas. Une allure certaine, qui change un peu, loin de l’internationalisme stylistique :

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La cape est donc porteuse d’un très fort pouvoir symbolique. Elle est digne et supérieure. Tout en étant, là est son grand paradoxe, tout à fait simplissime. La cape est pleine de cette dualité, vêtement signifiant, exprimant une aura magistrale ; vêtement élémentaire, remontant aux origines des savoir-faire.

Il y a quelques années, un jeune client en portait une. Neuve. Je lui demandai d’où elle provenait. Tabarro me répondit-il. Un petit tour sur leur site internet avait confirmé l’excellence de cette maison. Une cape ne manque jamais d’allure. Quelle prestance. Même si au quotidien, elle parait légèrement… comment dire, apprêté ? Précieux ?

Pour réaliser une cape, le tailleur a besoin d’une grande quantité de tissu. « Y faut du métrage » comme dirait l’autre ! La base est toujours la même, un immense arc-de-cercle autour de l’encolure. En France, cette grande forme en plein est appelée une « rotonde » mais également « cape espagnole ». Elle se coupe en deux morceaux, un droit, un gauche. Regardez sur ces deux grands pans de tissus comment se fait le placement. Il faut toute la largeur d’un panneau ! Le col est dit « chevalière » et souvent en velours. Les modèles ecclésiastiques ont plutôt une sorte de petit col cheminée, sans retombée.

Quelques notabilités en France recourent encore à la cape. Il y a les académiciens comme évoqué la semaine dernière, ainsi que les préfets. La grande rotonde à col est le modèle des officiers de toutes les armées soit dit en passant. Si tant est qu’ils portent encore la cape… Quelle beauté cette cape !

Et pour finir, il faut faire remarquer que le plus délicat dans la cape est peut-être son fermoir en métal. Ce sont souvent des soleils ou des têtes de lions. Qui se placent normalement juste sous le cou. Les préfets les ont anormalement basses me semble-t-ils. Ces agrafes sont superbes chez Tabarro. Un ami il y a longtemps s’était vu offrir un tel fermoir en argent. Bel objet dont on ne pourrait deviner la provenance sur l’étal d’une brocante. Et bien, il m’a fait faire une rotonde pour le simple plaisir de pouvoir y positionner son agrafe ! Comme sur le modèle ancien en photo ci-dessous :

  Bonne semaine & de belles fêtes ! Profitez en bien. Ou autant que possible… Julien Scavini

Les pèlerines

Un lecteur me demandait récemment de traiter la cape. Il faut bien avouer que je m’étonne moi-même, en onze ans de blog, de n’avoir jamais traité des capes ! Pourtant, sur ce journal résolument suranné pour ne pas dire totalement dépassé dans le monde actuel hi-tech, la cape a toute sa place.

Elle est devenue très rare aujourd’hui. Seuls quelques rares académiciens élégants la sorte encore pour les cérémonies extérieures. Souvent des enterrements. Je me souviens de l’hommage à Jean d’Ormesson, des capes de ce rang d’académicien que le vent froid de la cour des Invalides faisait virevolter. Il faut dire d’ailleurs qu’avec l’habit, la cape est la meilleure option, le manteau long étant un peu moins habillé. Sur cette photo amusante, on voit également à quoi sert la cape ; à faire couverture ! L’honorable académicienne au bout du rang n’a rien d’autre que ce caban gris digne d’une ouvrière de l’usine Solex ? Mais l’époque n’est plus à ce genre de concepts me direz-vous.

C’est peut-être le vêtement le plus primitif qui soit. La simplicité même d’un coupon de tissu jeté sur les épaules. Mais à la différence d’une étole ou d’une toge, la cape est coupée et cousue. Elle répond à une géométrie précise. Il y a des règles, même si l’approximation sied bien quand même à cette forme, vague par essence. Il existe plusieurs sortes de capes et demi-capes.

Commençons par la plus petite, la moins opulente, la pèlerine. C’est une petite cape, qui se coud généralement sur le haut d’un manteau. Les femmes peuvent porter la pèlerine seule sur une robe du soir, qui s’arrête au bout des bras. Mais sur un homme ce n’est pas une pratique courante. La pèlerine permet de créer une couche de tissu supplémentaire pour protéger les épaules de la pluie, avant l’invention des draps caoutchouté étanches. En la retournant, elle peut aussi protéger la tête ci-besoin.

Il est possible d’additionner plusieurs pèlerines à la manière des poupées gigognes. Le but est logique, plus il y a de couches, moins l’eau pénètrera, et le froid. C’est pourquoi les manteaux de cochers avaient souvent beaucoup de pèlerines. Ou Sherlock Holmes. Voici un manteau à multiples pèlerines d’époque Régence Anglaise, l’époque du Beau Brummel. Que de couches !

Le tracé de la pèlerine se base sur le devant et le dos. Le tracé primaire suit les épaules. Il existe deux types de pèlerines : la pèlerine à empiècement ou à la pèlerine trois-quarts. De quoi moduler le volume recherché.

Pour la première version, moins généreuse, devant et dos du vêtement doivent être positionnés d’équerre à 90°. Il faut conserver les lignes d’épaules, puis donner de l’ampleur à partir des bras. Une couture permet de moduler l’ampleur. Cette pèlerine est donc en quatre morceaux. Petit volume, peu de godets.

La seconde version est plus généreuse. Devant et dos s’alignent par les épaules, ils s’opposent donc à plus de 90°. Et la pèlerine suit alors un tracé simple en arc de cercle sans couture. Cette pèlerine est donc en deux morceaux. A couper dans le biais idéalement. Volume important, beaucoup de godets. Les deux dessins dessous expliquent cette nuance :

Ces pèlerines s’ajoutent à des manteaux. Ce type alors, en France, nous l’appelons mac farlane. Les anglo-saxons inverness-cape. A la fin du XIXème siècle, les manches disparaissent curieusement. L’avantage pour le tailleur est de faciliter de travail. Pas de manche à faire, ça c’est le pied. Et le client fait une économie de main-d’œuvre. Mais pas de tissus ! Sur cette photo du futur (ou déjà?) roi Édouard VII, son mac farlane en prince-de-galles (on y revient toujours!) est une démonstration de style. Cette pèlerine semble du type 1 :

Avec le XXème siècle qui approche, ces manteaux à capelines n’était plus portés que le soir par les élégants. Les manches ont n’auraient alors plus aucune utilité de toute manière. La pèlerine arrive jusqu’au poignet. Le manteau dessous est une sorte de grand gilet. Sur cette gravure ancienne des années 1900, la manche du gentleman est clairement celle de son habit. Et l’autre de dos présente une variante à demi-pèlerine, seulement sur l’avant :

Le col avec une pèlerine est souvent rabattu et en velours, mais quelques variations à revers de soie existent, surtout à partir des années 30 je dirais. C’est une sorte de forme plus aboutie, plus select, à une époque où toutefois, ces modèles marquaient sévèrement le pas ! Et encore à demi-pèlerine avant à droite de l’image.

Toutefois, les manches ont longtemps existé sur les manteaux à pèlerine aussi. C’est tout de même plus chaud. Cet exemple d’un manteau de régiment français de 1885 est intéressante à ce titre, avec sa pèlerine du second type :

La semaine prochaine, pour le dernier article de l’année, nous étudierons la cape proprement dîtes !

 Bonne semaine, Julien Scavini

Petite histoire du prince-de-galles

Superbe prince-de-galles qui continue années après années d’enthousiasmer les élégants et d’animer la surface de leurs costumes. Ce motif sied aussi bien aux costumes qu’aux vestes seules, gage de durabilité et de longévité vis-à-vis des rayures par exemple, toujours un peu curieuses sur une veste seule il faut le reconnaitre. Le prince-de-galles sait par ailleurs se faire discret, passant avec certains caviars et chevrons dans la catégorie des faux-unis. On ne le voit que de près, et au loin, le costume parait uni. Ce qui plait encore plus. Mais d’où vient ce motif ?

Il fut popularisé dans les années 1920, il y a un siècle donc, par le Prince de Galles d’alors, David d’un de ses prénoms, fils de George V. C’est lui qui abdiqua rapidement pour suivre son grand amour, l’américaine Wallis Simpson. C’est aussi lui qui avait quelques sympathies nazies. Bref, quoiqu’il en soit, dans ses jeunes années, ce fringant jeune homme toujours à la pointe du style aimait faire de l’effet par ses vêtements. Certains diront qu’il avait un goût très sûr, d’autres qu’il savait être grotesque. Quoiqu’il en soit, il mit ce tissu écossais sur le devant de la scène, et en particulier aux États-Unis d’Amérique, ce motif fit florès. Ci-dessous, le Prince de Galles porte costume et casquette en prince-de-galles. J’imagine que l’attrait venait de l’aspect ambivalent de l’étoffe, faite pour la campagne écossaise, et portée à la ville. Une sorte de dissidence vestimentaire comme d’autres font aujourd’hui. Mais il l’avait bien trouvé quelque part ce tissu ?


Précisément en Écosse. Patrie des tartans, ces grands carreaux colorés, le prince-de-galles en est un lointain dérivé. Ces tartans au XIXème siècle se figent dans leurs dessins. Chaque famille, chaque clan, chaque région adoptent le leurs. Mais pour ceux qui n’en n’ont pas, comme les riches industriels ou les aristocrates anglais en villégiature écossaise, il faut bien créer des tissus reconnaissables. C’est ainsi qu’apparurent les « shepherd’s check » et autres « gun tweed » reconnaissables à leurs lignes colorées s’entrecroisant plus ou moins en pieds-de-poule. Ci-dessous, un tweed façon « shepherd’s check » de chez Moon :


Ce serait précisément une de ces histoires qui serait à l’origine de tissu, pour habiller des gardes-chasse attachés au château d’Urquhart en Ecosse au bord du Loch Ness. On prononce « Eurqeut ». Mais au lieu de se contenter des dessins habituels en lignes colorés proposés plus haut, il eut l’idée de prendre un bête pied-de-poule noir et blanc, et d’en écraser les proportions alternativement. Ce faisant, cela crée des blocs de pieds-de-poule, reliés les uns aux autres par des harpes. Une sorte de carroyage irisé apparait. Quelle idée ! Ainsi naquit le « glen urquhart check » ou « glen urquhart plaid ». Vous reconnaitrez ci-dessous très clairement les croisures en pied-de-poules :

Historiquement, le prince-de-galles est donc très monochrome et plutôt fort dans son dessin. Ralph Lauren adore présenter de telles vestes. Si elles m’ont toujours séduites, je les trouve néanmoins assez fortes et tapageuses. Mais c’est beau. Très vite, des lignes bleue-vertes plus fortes apparaissent et encadrent les harpes, donnant plus de relief avec la superposition d’un double carreau-fenêtre. C’est ce tissu que choisit un autre Prince de Galles, grand père de ce lui évoqué. Là nous parlons du fils de Victoria, le futur Edouard VII. Il aimait l’Écosse et la vie au grand air. Il fit sien ce motif de lainage. Ci-dessous, un exemple contemporain de ce que devait-être ce premier prince-de-galles à sur-carreaux doubles :

Il y eut encore quelques perfectionnements, avant d’arriver aux prince-de-galles que nous connaissons aujourd’hui et dont nous parlerons peut-être prochainement ?

Belle et bonne semaine, Julien Scavini

Vitale Barberis Canonico

Je voudrais évoquer ce soir, en quelques lignes, ce qu’est la maison Vitale Barberis Canonico. Ce nom est maintenant très connu des élégants de part le monde. Et à raison, tant cette vénérable maison est synonyme de qualité et de durabilité. C’est aussi et surtout l’occasion de faire comprendre pourquoi, jamais, vous ne verrez une liasse Vitale Barberis chez un tailleur.

Le plus ancien drapier italien porte un nom à rallonge, Vitale Barberis Canonico. Un bon de livraison au duc de Savoie datant de 1663 atteste de l’activité lainière d’Ajmo Barberis. Peu d’entreprises peuvent s’enorgueillir d’exister depuis plus de 350ans ! La maison installée à Pratrivero, à une douzaine de kilomètres au nord de Biella est depuis l’origine dirigée par la famille Barberis Canonico. La treizième génération est aujourd’hui à sa tête, sous la forme d’un trio composé d’Alessandro, de Lucia et de Franscesco, figure bien connue du milieu « sartorial ».

Vitale Barberis Canonico est un drapier qui part du mouton. Il possède d’ailleurs trois fermes en Australie, mais découvre comme un sourcier des laines et des fibres de qualité partout ailleurs. Tout est rapporté, filé et travaillé sur place, à Pratrivero et à Pray, dans ce que les Italiens appellent la vallée de la laine. Deux « mills » parmi les plus silencieux au monde emploient 450 employés. Le cycle complet est conduit en Italie. Vitale Barberis Canonico traite cinq mille tonnes de laine brute par an, pour produire environ dix millions de mètres de drap de laine fine. Soit environ 3,5 millions de costumes ou vestes.

S’il est souvent possible d’apercevoir une étiquette Vitale Barberis Canonico dans un beau vêtement de prêt-à-porter, ou dans une belle mesure, vous ne trouverez en revanche pas de liasse (ces sortes de classeurs de tissus) à l’effigie directe de V.B.C. Car la maison se contente encore pour le moment de son métier de base, à savoir la production de laine, du mouton à la pièce de tissu.

Or, il faut savoir que la distribution auprès des tailleurs est un métier à part entière. En France, on met tout sous l’appellation « drapier ». Pour une fois, l’anglais a plus de vocabulaire et différencie le « mill« , ou fabricant, du « merchant« , le marchand. La plus plupart des grands drapiers sont un peu les deux. Mais Holland & Sherry par exemple est plus « merchant » que « mill« .

Vitale Barberis Canonico par contre, est « simplement » un « mill ». Pas de vente au détail, pas de vente à la coupe. C’est pourquoi, vous ne pourrez pas trouver de liasse chez un tailleur. En revanche, c’est un secret de polichinelle, Vitale Barberis Canonico fabrique discrètement pour ses concurrents directs. En mettant alors sur la lisière le nom du dit drapier. Et ainsi, dans des liasses H&S, Scabal ou Caccioppoli, vous trouverez sans le savoir un certain nombre de références V.B.C. Mais c’est le jeu, ce sont des « merchants » dont c’est le but de revendre à la coupe ce que des « mills » fabriquent.

Vitale Barberis Canonico a fait un choix, celui de vendre en gros. Dans le milieu, on dit plus élégamment, aux « grands comptes ». Ces grands comptes peuvent être Hermès, Dior, SuitSupply, Boggi, Hackett, ou encore BonneGueule, Asphalte ou les Pantalons Scavini. C’est l’étonnante et unique agilité de ce groupe textile, que de pouvoir se confronter à d’immenses donneurs d’ordres. Ou à des plus petits, comme moi.

Pour se faire, Vitale Barberis Canonico ne travaille que la laine. Et que la laine dans certaines qualités choisies. Sur les photos ci-dessous, j’ai pris en photo quatre liasses. Alors, je vous parle de liasse finalement?! Oui, Car V.B.C. en édite. Mais attention, les échantillons qui s’y trouvent ne sont disponibles que par 50m minimum, avec un délais de production de 3 à 6 mois. Ce n’est dont pas pour tout le monde. Pour un costume, il faut 3m30 environ à titre d’info. Ces quatre collections semi-permanentes sont renouvelées tous les deux à trois ans. Ces liasses sont pour les « grands comptes ». Il y a :
– la « sunny season« , rassemblant laines et laine-mohair en tissages d’été, aux alentours de 230grs
– la « perennial« , rassemblant des bons classiques, tous en 260/280grs à la jauge raisonnable de super 110’s. Cette qualité « perennial » est vendu partout à travers le monde, de Zara à Anthony Garçon en passant par mes propres propositions d’atelier.
– la « revenge« , rassemblant des bons classiques là encore, aux alentours de 250grs à la jauge de super 150’s. Cette qualité, plus fine, est utilisée pour des costumes de belle confection chez Ralph Lauren par exemple.
– les « flannels« , rassemblant les merveilleuses « Original Woollen Flannel » qui à 340grs font le plaisir des élégants, et dans lesquelles je trouve toujours des pantalons à couper. Mais aussi quelques flanelles légères en 280grs super 120’s et quelques whipcord pour manteaux légers ou pantalons solides.

Il vous faut ainsi comprendre, que si au détour d’un site internet quelconque, vous trouvez une référence du genre 486.801/12, cela correspond bien à une référence de tissu Vitale Barberis. Mais elle n’est pas disponible auprès d’un drapier, à moins que j’aille chez V.B.C. demander 50m, que j’aurais trois mois plus tard environ.

Vous me direz alors, il n’y a que cela chez V.B.C.? Et bien non, rassurez-vous. Cela n’est que la partie émergée de l’iceberg. Cette minuscule partie des tissus, disponibles sur commande en trois mois environ, se double d’une encore plus petite sélection de ceux-ci, disponibles 24h/24, 7 jours sur 7. Cette ultra-sélection, bleus et gris souvent unis, se retrouvent dans les liasses des différentes usines de mesure à travers le monde. Car cette réactivité permet de soutenir le flux tendu des services sur-mesure comme le mien.

Cette collection semi-permanente est étoffée de manière annuelle de références variées. Même qualité, mais coloris différents en plus :

Et par ailleurs et surtout, Vitale Barberis Canonico propose tous les six mois, une collection « preview » de 2500 étoffes environ, un an à l’avance . Ainsi, en ce moment précis, chez l’agent V.B.C., il est possible d’observer des échantillons des tissus pour l’hiver 2021-2022, voire des « previews » pour le printemps-été 2022. C’est que le travail de collection se fait très en amont. A titre indicatif, j’ai terminé il y a un mois la collection de Pantalons Scavini de l’hiver prochain. Et je suis pas le plus en avance ! A cette occasion, je me suis fais envoyé des échantillons de la part de V.B.C. Ils tiennent dans ce carton, imaginez la quantité à trier et à juger !

A l’intérieur, les différentes qualités me sont proposées dans des étuis fermés à l’ancienne. A l’intérieur, toutes les cartonnettes d’échantillons. Là des tweed, ici des draps à manteaux. Là des whipcord, ici des flanelles particulières. Là des laines froides, ici des « 4 ply » rustiques. Il y en a pour tous les goûts comme vous voyez sur cet aperçu des « shetland tweed » de l’année dernière, pas reproduits cette année hélas. Chaque petit carré de tissu a une référence. Il est possible de commander 50m de chaque 3 à 6 mois, souvent 1 an à l’avance. Car en général, les usines doivent stocker les tissus 4 à 6 mois avant la mise en production.

Par exemple, pour ma collection de Pantalons printemps-été 2021, qui va arriver chez moi fin janvier, pour être mise en ligne fin février, les tissus commandés en février 2020, fabriqués par V.B.C. cet été, sont maintenant tous en stock chez mon faiseur en attente de production fin décembre.

Il faut faire un choix parmi ces collections. Et c’est un travail long, tant il y a à boire et à manger. Voyez plutôt encore ce minuscule aperçu des cartonnettes à ma disposition. Ce n’est pas toujours facile de se rendre compte sur des coupons si petits. Sachez que chez Loro Piana, les aperçus sont moitié moins grand encore.

Pour réaliser le tour de force de produire des milliers de références, Vitale Barberis s’appuient sur plusieurs éléments. Le premier, le marché de l’homme. Il est très stable et fait peu place à la fantaisie. C’est un marché moins difficile que celui de l’habillement féminin, beaucoup plus volatil. Le deuxième, ce sont des qualités de fils connues et largement stockées, fils super 110’s, fils super 150’s, fils cardés, etc. Moins les fils sont variés, plus les tissus sont vite réalisables. Enfin, le troisième point est un petit panel de teinture. Gris, bleu, vert, quelques rouille et ocre, des pointes de marron. Ainsi, d’une qualité à l’autre, des flanelles aux super 150’s, ce sont les mêmes teintes qui reviennent.

Les très très « grands comptes » comme Hermès ou Inditex (Zara), arrivent eux avec leurs propres cahiers-des-charges, leurs propres dessins « maison » pour faire faire des tissus autres. C’est pour cela qu’il est très difficile à un tailleur de trouver LE tissu parfait pour refaire un pantalon de costume craqué par exemple.

Enfin, ces dernières années, Vitale Barberis a fini d’absorber un drapier indépendant, Drapers à Bologne. Ce faisait, le « mill » devient un peu « merchant » à travers de Drapers. L’évolution d’ailleurs se fait ressentir, les nouvelles liasses Drapers adoptant l’élégante présentation V.B.C. La liasse « Lady Sanfelice » est par exemple une sorte de copie de la liasse « Flannels » présentée plus haut. Regardez sur ma photo plus haut, un tartan rouge, qui se retrouve dans la liasse. Elle est aussi agrémentée de dessins exclusifs à Drapers.

Voilà, j’espère que maintenant, vous comprendrez mieux comment fonctionne Vitale Barberis Canonico, et pourquoi, chez les tailleurs vous ne pouvez en acheter directement alors que dans le prêt-à-porter, si !

Bonne semaine, Julien Scavini

Zéro, une ou deux fentes dos? Partie 2

La semaine dernière, nous sommes donc arrivés aux années 90 / 2000. Les couturiers italiens, Armani, Cerutti et d’autres, mettaient en avant de belles vestes, un peu larges et généreuses aux épaules, et en même temps très prises au bassin, glorifiant d’une certaine manière l’homme taillé en V. Ce bassin étroit reposait sur une absence de fente. Et comme je l’ai dit, les belles vestes se caractérisaient ainsi. En opposition aux maisons anglaises proposant deux profondes fentes. Ci-dessous, un costume Armani de 1990 :

Qu’en est-il aujourd’hui ?

D’abord, l’absence de fente a totalement disparu, ou presque, de la circulation. Toutes les vestes sont revenues sur ce paradigme d’un instant. Les marques italiennes ont massivement reproposé la double fente, dans une sorte de consensus, à vrai dire, assez international.

A l’inverse, la fente simple milieu dos reste la préférence des marques dîtes « couture » ou qui se croient ainsi. Pourquoi, je ne l’explique pas particulièrement. C’est un fait.

La double fente

Celles-ci permettent de mieux gérer d’une certaine manière le cintrage de la taille. Dans le cadre d’un fessier un peu rebondi, le manque de bassin de la veste ( comprenez le diamètre de la veste au niveau des fesses ) est réparti sur les deux fentes. Si le bassin du client est de 106cm et que le bassin de la veste est conçu pour 102cm, les 4cm manquant sont répartis, 2cm à chaque fente. Cela permet à celles-ci de s’ouvrir peu, de moins s’évaser. C’est donc une simplicité de conception, et une souplesse de vente. Les doubles fentes pardonnent.

Dans le cadre d’un fessier plat par ailleurs, les doubles fentes tombent en plaquant le tissu contre le bassin, et alors, R.A.S. comme on dit chez les espions. Que le bassin soit plat, normal, ou rebondi, les doubles fentes s’adaptent. C’est ce que l’on cherche en prêt-à-porter.

La simple fente

Celle-ci impose en revanche au porteur, d’avoir le bassin idéalement proportionné, donc, d’être à l’instar d’une gravure de mode, dans le « canon ». Revenons à l’exemple, si le client a 106cm de bassin, et que la veste est conçue avec 102cm de bassin, les 4cm manquant se retrouvent sur la fente, qui ouvre inéluctablement. 4cm, c’est en effet la valeur moyenne de chevauchement des pans.

Donc, dans le cadre d’une simple fente, avec un fessier fort, il y a fort à parier que la fente ouvre… car les hommes ont souvent un peu de fesse.Vous me direz alors, mais pourquoi les bureaux de style créent-ils des bassins étroits ? Ils n’ont qu’à dessiner des bassins un peu larges.

La première réponse est : excellente idée. Car un bassin large donnera toujours l’impression d’une veste bien cintrée. C’est le paradigme des années 1920, avec des vestes très dodues de l’arrière train.
La deuxième réponse va nuancer ce propos. Car les hommes actuellement, sauf une rare majorité, n’aiment pas que la veste paraisse grosse au fessier. Ils veulent que le pantalon, pour une majorité moule le fessier, mais pas la veste.
Enfin, troisième réponse : une veste qui aurait un bassin large adapté aux forts popotins n’irait pas à une autre portion d’hommes avec un bassin plat. Pourquoi ? Car la veste alors fera des vagues comme une jupe autour des hanches.

La simple fente est plus spécifique du sur-mesure, où un calcul très fin du tour de bassin peut être effectué. La simple fente oblige à un moulage plus précis du corps. Là où les doubles fentes sont plus imprécises. Chose particulièrement curieuse, dans les derniers James Bond, Daniel Craig ci-dessous a été habillé de vestes à une seule fente. Cette forme emboitantante n’est pas la plus adaptée pour avoir de l’ampleur dans les mouvements. Et d’ailleurs en position statique, elle ouvre un peu. Je le pardonne au tailleur !

Le sans fente

Quant aux vestes tonneaux, totalement serrées au bassin et ne présentant aucune fente, il semble bien, même pour les smokings, qu’elles aient disparues. Pour ma part, deux de mes vestes sports, de week-end, des modèles simples et sans fioritures, ne présentent aucune fente. Pourquoi ?

Car d’abord, sans fente, une veste est plus solide, plus endurante. Surtout que l’une est non doublée. Cela évite plein de petits points délicats en haut des fentes. Ensuite, j’exprime par cette allure l’envie de rapprocher un peu la veste du blouson. Ou de ces formes modernes de work-jacket qui n’ont pas de fente. Il y a une sorte de simplicité charmante dans ce style.

Évidemment, le patronage ne fut pas si simple, pour donner suffisamment de hanche à mon bassin. Mon idée était aussi de se rapprocher de ces images très élégantes des années 1920, avec des vestes bien pincées mais très « hanchées », rondes, à la manière du Prince de Galles de l’époque, ci-dessous. J’ai disposé une martingale sur le dos de l’une des deux. Cela renforce ce petit esprit années 20.

Quid des manteaux

Les manteaux, par leur longueur, ont toujours eu besoin d’une fente, pour donner de l’aisance. La fente milieu dos permet aux pans de trouver une certaine souplesse et latitude pour s’écarter au contact des jambes qui bougent, du corps qui avance. Cette fente est normalement plutôt haute et longue, c’est plus élégant. Surtout si le manteau est long.

Quelques rares essais de doubles fentes furent tentés. Évidemment, cela n’a pas de logique, car les pans doivent s’ouvrir et voler bêtement, et ainsi donner froid. L’inverse de ce qui est recherché ! Cette illustration de Laurence Fellows évite sagement cet écueil : les deux fentes sont en fait des replis de tissus, des soufflets. Quelle débauche de matière !

 Bonne semaine, Julien Scavini

Zéro, une ou deux fentes dos? Partie 1

Chaque tailleur ou chaque maison de prêt-à-porter a sa règle d’usage concernant les fentes du dos de la veste. Une fente milieu dos, deux fentes sur les côtés, ou zéro ? Histoire et usage, faisons le point.

Avant que la veste « courte », celle que nous connaissons aujourd’hui, n’arrive sur le devant de la scène stylistique, des « vestes » longues étaient en usage, comme la jaquette ou la queue-de-pie. On ne les appelait pas vestes toutefois, même si c’était les vêtements de dessus, et pas des manteaux.

Frac, redingote, jaquette ou queue-de-pie, les appellations sont variées. Mais une chose est sûre, ces différents habits présentaient tous une fente milieu dos, longue, terminant à la taille, dans la couture horizontale faisant le tour de ces vêtements. Cette fente milieu dos était déjà présente sous l’ancien-régime. Les habits à l’époque de Louis XIV présentaient déjà une fente milieu dos. Cette découpe a une logique certaine : la pratique du cheval. A califourchon sur une selle, les pans s’évasent de chaque côté. Sur cet habit anglais daté de 1770, la fente milieu dos est soulignée par des broderies d’argent :

Sous le premier Empire, les militaires mettent le dolman, très court car s’arrêtant à la taille, sur le devant de la scène. Avec le dolman, qui développe une carrure à la romaine (le goût de l’antique, ou néo-classicisme), les officiers sont plein de sex-appeal. Les culottes ultra-moulantes rajoutent à ce plaisir du corps où l’on voit à peu près tout… Est-ce là un érotisme à l’antique, par ailleurs très peint par Jacques-Louis David ? On peut dire sur ce tableau que Joachim Murat, en dolman vert, savait se mettre en valeur :

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/ba/Murat.jpg

Toujours est-il que ce dolman, super court, ne nécessite pas de fente milieu dos. Vers 1870, anglais, français et prussiens allongent un peu le dolman vers mi-fesses, retour d’une pudeur bien légitime. La nouvelle petite basque présente une fente milieu dos, souvent richement ouvragée. Et parfois, pour donner de la « jupe » en position assis, des soufflets sont aménagés à l’endroit de ce qui deviendra plus tard la double fente. Sur ce dolman rallongé allemand de 1890, la fente est mise en valeur par des brandebourgs :

En passant, dans le nord de l’Europe, quelques armées garderont très longtemps cette allure courte des dolmans Empire, parfois jusque dans les années 50. Comme ici un officier finlandais :

Dans le même temps, la veste est adoptée par les civils sur une coupe nouvelle, très enveloppante, tout en rondeur. Le Prince de Galles d’alors, le fils de la Reine Victoria et futur Edouard VII semble apprécier cette nouvelle veste « courte » pratique et décomplexée. Ces vestes là, n’ont aucune fente, ce sont des tonneaux emboitant les hanches, c’est le terme consacré. Jusqu’à 1914 je dirais, les vestes civiles ne présentent pas de fente dos.

De leur côté, les militaires ont inventé les tuniques, vestes à pans carrés sur le devant, avec multiples poches à soufflets. L’ancêtre des sahariennes. Et ces nouvelles tuniques, ou vestes, sont longues, pour venir épouser les culottes de cheval avec une allure indéniable. Cette longueur à cheval rend nécessaire le retour de la fente milieu dos. Les militaires aux alentours de la première guerre mondiale ont un chic incontestable ! De face, une vareuse d’officier colonial & de dos une vareuse de gendarmerie, vers 1920 :

Après la première guerre mondiale, les civils adoptent une mode des vestes plutôt longues, et des pantalons plutôt courts et étroits. Ces vestes, telles que décrites par la marque Arrow Collars ou Kuppenheimer, présentent souvent une fente, dans les dessins de J.C. Leydendecker. Mais zéro fente reste très répandu toutefois.

Et puis pour la pratique des sports mécaniques (vélo ou moto) ou pour l’aviation, les tailleurs inventent le blouson court, à la taille. Retour en quelque sorte du dolman du Premier Empire. Avec comme sous le Premier Empire des parements au col et à la ceinture en … fourrure. La mode vient et revient sans cesse. Dès lors, la belle veste habillée n’a pas besoin de fente, car un autre vêtement existe.

Pour la pratique du cheval toutefois, la veste à longue fente milieu est appréciée, dans la droite ligne des habits de vénerie.

Et dans tout cela alors, les doubles fentes, quand ont-elles été inventées? Et bien difficile à dire précisément. Je dirais aux alentours de la seconde guerre mondiale. Mais très timidement. Peut-être était-elle déjà là dans les années 30 ? Je suis assez persuadé ce que sont les tailleurs anglais qui ont amené cette souplesse dans la coupe et dans le port.

Une chose est sûre, si dans les années 60, les fentes doubles fentes sont plutôt courtes et parfois même très chiches, les tailleurs des années 70 s’en servent allègrement pour donner une allure ostentatoire et baroque aux vêtements. D’autant plus que les vestes étant longues, ces grandes fentes fuyantes aiguisent la ligne stylistique de l’homme. Ci-dessous deux aperçus du site BondSuits, Sean Connery d’un côté, George Lazenby de l’autre, 1962 contre 1969, les fentes côté s’allongent et le style est moins vague :

Avec les années 80, les tailleurs italiens qui produisent alors les costumes de référence, abandonnent les fentes. Retour d’une silhouette plus emboitée, serrée au bassin et très larges aux épaules. L’inverse de l’esprit années 20 très « hanché ». Cela va ancrer dans l’esprit des gens que les belles vestes n’ont pas de fente. D’ailleurs, le smoking baigne encore dans cet idéal. Un smoking ne devrait pas avoir de fente. Cela se discute, mais c’est un autre sujet.

Les maisons anglaises n’ont pas souvent adopté ce standard zéro fente. D’ailleurs, avec les poches en biais, c’est ce qui les caractérisaient dans les années 90. Il y avait les amateurs de style italien, emboitant au fessier et aux épaules larges, et les amateurs de style anglais, aux doubles fentes généreuses, poches en biais, & doublures flashy.

Les marques françaises, comme Dior ou De Fursac, pour se positionner, adoptèrent la fente milieu dos, comme à mi-chemin des autres. Un esprit qui perdure jusqu’à nos jours…

La suite, la semaine prochaine…

 Bonne semaine, Julien Scavini

La forme de la parementure autour de la poche portefeuille

Si les femmes ont leur sac à main, les hommes ont leur veste. Une véritable besace où ranger, parfois enfouir, tout un bric-à-brac. Téléphone, parfois second téléphone, portefeuille, stylo, peigne, cigare, lunettes, agenda, tout y trouve une place. Les poches extérieures servent un peu. Mais les poches intérieures servent surtout plus. Il existe plusieurs manières de les disposer le long de la parementure. La parementure, c’est ce morceau de tissu qui borde le devant d’une veste, et se retourne pour devenir la face visible du revers.

Le fin du fin chez les tailleurs parisiens consiste à couper cette parementure généreusement, avec un long appendice fuyant vers l’emmanchure. C’est la technique qui consomme le plus de tissu au moment de la coupe, car cette excroissance trouve difficilement sa place au milieu des autres morceaux. Il y a une petite perte de tissu, c’est donc un luxe.

La poche portefeuille est réalisée dans cet appendice. Ce faisant, elle se retrouve fortement en biais et plutôt haut. Surtout si les emmanchures sont hautes, ce qui est à la mode. Le fait de « fuir » en biais vers l’emmanchure est idéal pour terminer cet appendice dans « quelque chose ». Et non dans le panneau de doublure suivant. Voyez ce dessin, présentant la manière classique parisienne de couper la parementure. Et une version édulcorée par la confection, un peu fade je trouve.

Un client l’année dernière m’avait fait refaire l’intérieur d’une grande mesure, car il trouvait la poche initiale trop en biais et surtout trop haut placée. Il est vrai qu’il était habitué au prêt-à-porter italien haut-de-gamme qui n’a jamais proposé ce genre de parementure et positionne les poches portefeuilles plus basses.

Le processus le plus rationnel en confection, et même pour les tailleurs du reste, est de couper une parementure la plus étroite et rectiligne possible. Cette parementure peut-être :

Cas numéro 1, par simplicité, cousue à la doublure tout du long. C’est la méthode du prêt-à-porter pas cher. Mais aussi des tailleurs londoniens qui ne s’embêtent plus guère avec la finesse de l’artisanat. Dans cette méthode, la poche portefeuille est réalisée à cheval sur le tissu et la doublure. Les passepoils de la poche sont pris directement dans la doublure.

Ce cas de figure de montage rend la poche plus fragile. Car la doublure est délicate et supportera peu les poids dans la poche. Pour en avoir discuté avec un tailleur une fois, il m’avait rétorqué que, d’abord la clientèle très haut de gamme a de nombreuses vestes, donc abime peu ses poches, et que surtout, si la poche craquait, c’était le signe indéniable que probablement, la doublure entière est à changer. Pourquoi pas…

Cas numéro 2, la parementure est toujours cousue à la doublure tout du long. Mais dans cette variante érudite, de petits empiècements de tissus sont rapportés pour placer les poches. Cet arrangement s’appelle le « piano facing » en industrie. De plus en plus d’usines l’adoptent car c’est un signe de plus grande qualité par rapport au cas numéro 1. La poche, réalisée dans cet empiècement de tissu, est plus solide et plus durable.
Parfois, les poches basses (anciennement appelée poches cigarette) sont aussi positionnés dans ces empiècements de tissus. C’est plus rare et seulement les bonnes fabriques surtout italiennes proposent cette option qui consomme un peu plus de ressource en couture. Ce sont mes deux dessins :

Si à l’époque de mon entrée à l’École des Tailleurs j’appréciais particulièrement la variante tailleur avec sa signature en biais très caractéristique (et qui me faisait penser à des pièces de peaux animales avec cette géométrie presque organique), je préfère maintenant la simplicité du cas numéro 2, avec ces discrets entourages de tissus autour des passepoils. Je trouve cela plus discret, d’autant plus qu’industriellement, ils sont souvent mieux maîtrisés.

L’empiècement tailleur en biais, est lui en revanche assez souvent mal patronné par les ateliers et alors, il manque d’allure comme je l’ai dessiné en haut à droite. Car pour être chic, il doit – à mon sens – être taillé comme à la serpe, avec netteté et un sens aiguisé de l’oblique. Que la main maîtrise mieux. Mais enfin, tout cela n’est que peu de choses !

Une chose est sûre, si vous soyez des poches portefeuilles sans entourage de tissus, alors fuyez. En cherchant autre chose, Google m’a donné l’image ci-dessous. Et bien franchement, avoir un tel nom pour proposer une finition si bas-de-gamme, c’est se ficher du monde. Ne pas faire l’empiècement, c’est probablement économiser 2 à 3€ à la fabrication… S’ils en sont là ! Il est probable aussi que cette veste n’ait pas de surpiqure au bord. Pour économiser encore quelques sous.

Bonne réflexion sur le sujet. Je repars manger du chocolat ! Julien Scavini

NB : pourquoi la poche à cheval sur la doublure est une fadaise simpliste en grande mesure.

Car normalement, la poche portefeuille s’exécute sur la parementure en amont. Cette poche prend place sur la parementure ou à cheval sur la parementure et une langue de tissu. Puis la parementure est cousue et révèle le bord de la veste. Puis enfin et seulement, la doublure est amenée à la main.

Lorsque la poche est réalisée à cheval sur la doublure, cela veut tout simplement dire que la parementure est préalablement cousue à sa doublure, pour pouvoir y faire la poche. C’est moins fin. Et beaucoup plus rapide. Car lorsque la parementure est cousue et révèle le bord de la veste, alors tout le devant, d’un coup est terminé. Gain de temps évident.

Deux photographies

Et nous voilà encore replongé dans le marasme ! Quel déplaisir. J’ai déjà tant écrit sur l’élégance du confinement : le pyjama, les chapeaux d’intérieur, les robes de chambres ou encore les pantoufles. Difficile de trouver alors d’autres sujets. Le jogging ? Je n’expérimente pas moi-même, difficile d’en parler dès lors. Et puis cette simple première photo me suffit. Ouhla. « Fashion faux-pas« dirait Cristina Cordula ! Je suis tombé par hasard au cours d’une petite recherche sur ce cliché plein d’allure. Ronald Reagan à bord d’Air Force One. J’imagine que la couturière était en train de repasser son pantalon de costume. Franchement, ne passez pas le confinement ainsi !

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Mais au cours de la même recherche, je ne sais par quelle association de mots-clefs, je suis arrivé sur cette photographie du duc de Windsor et de Wallis Simpson. J’y ai trouvé tant de charme que je l’ai enregistré. Deux être aux regards vides, presque un tableau de Hopper. Impression renforcée par la simplicité graphique, haut clair et bas foncé, centre orangée des fleurs faisant échos à la cravate.

Lui est amusant. La veste avec son large pied-de-poule – on pourrait dire un pied-de-coq – est ample, presque opulente dans ses proportions. Les épaules sont nettes, les têtes de manches généreuses. La franche opposition du motif est soutenue par le choix d’une ceinture de cuir tressé assez unique qui a quelque chose d’un peu amérindien. La cravate est nouée à l’italienne, petit pan plus long coincé dans la ceinture. La classe dans la décontraction. La chemise n’est pas blanche, à peine beige. Quant au pantalon, il pourrait héberger trois paires de jambes. Apparemment, ce pantalon est dépourvu de « ceinture ». La pince semble passer sous la ceinture de cuir. Et le passant et cousu sur la « jambe » comme les modèles Hollywood d’Edward Sexton.

Ce pantalon de flanelle, il a la même couleur et la même ampleur que celui de Ronald Reagan. Pourtant, la force de ce pli est sa dignité. Il structure la silhouette et donne une ligne. Malgré l’aisance. Le confort est le même dans les deux cas. L’allure elle n’est certainement pas la même en revanche. J’aime ce petit homme que portait l’Histoire sur ses épaules tout en voulant y échapper. Sa souple décontraction vestimentaire est un heureux modèle.

Belle et bonne semaine. Bon courage. Julien Scavini

Qu’à donc fait la poche ?

« Les belles chemises n’ont pas de poches. » Ce fait ancestral est probablement vrai. La chemise accompagnant un smoking ne devrait pas en avoir. Et Michel ne devrait pas avoir la poche de chemise remplie d’un infernal bric à brac le jour du mariage de sa fille. Quant à M. Rockefeller, il n’a pas besoin d’une poche de poitrine non plus, son secrétaire porte ses affaires dans une mallette.

Toutes ces affirmations sont vraies.



De là découlent quelques observations. Est-on continuellement en smoking ? Passe-t-on ses journées à marier sa fille ? Est-on aussi bien entouré que M. Rockefeller ? Donc alors une question : mais pourquoi en dehors de ces circonstances, ne peut-on pas avoir de poche de poitrine sur sa chemise ?

Celle qui était d’un classicisme absolu encore dans les années 60 est totalement rejetée. Pire, elle sent le gaz. Elle est suspecte de « beaufitude ». Elle ferait, n’ayons pas peur des mots, plouc ! Horreur.

Pourquoi tant de haine ?

D’autant plus, je le remarque continuellement, que la poche de poitrine est à l’inverse un élément d’embourgeoisement du t-shirt. Oui, ce vile vêtement de dessous que d’aucuns osent porter de manière visible au dessus. Les t-shirts chics – cet attelage existe-t-il vraiment ? – s’approprient la poche de poitrine dans une tentative désespérée de se donner du genre. Genre Faguo vous voyez. T-shirt blanc, poche bleu marine. Parce qu’en plus, outrecuidance suprême, la dite poche ose se montrer plus forte qu’elle n’est ! Elle est d’ailleurs souvent de dimensions ridiculement petites. Grotesque en passant !

Alors donc, sur un t-shirt elle a le droit de cité. Mais sur une chemise elle est honteuse ?

Et bien je le regrette. Car cette petite poche, non contente d’avoir un certain charme désuet, est surtout pratique. C’est ainsi que je regrette le week-end ou en vacances de ne pas trouver sur la plupart de mes chemises cet heureux logement où mettre lunettes de soleil, passeport ou téléphone.

Au fur et à mesure que je renouvelle mes chemises, je tente de plus en plus une petite poche de poitrine. Évidemment pas sur toutes. Mais sur certaines, j’ose ! Je tente l’interdit. Au risque de me faire traiter de plouc. Elle est si pratique. Et se voit si peu tout de même. Personne ne me suit avec une serviette moi. Je dois porter moi-même mes affaires. Rendez-vous compte ! Quelle vie !

Bonne semaine. La dernière parait-il? Encore un peu monsieur l’bourreau! Julien Scavini

Les rabats sur un pantalon

Avant l’invention du pantalon moderne avec sa braguette centrée, les pantalons s’ouvraient sur le devant par l’intermédiaire d’un pont. Le pont est un bas-volet boutonné sur le côté et qui s’abaisse vers le bas comme une trappe. Petit ou grand pont suivant les modes et les milieux. La braguette centrée est probablement ancienne et il est difficile de dire quand elle est apparue. Une chose est sûre, les plus vieux jeans (1870 environ) la présente déjà. Sur les pantalons habillés de ville, cette disposition un peu « cavalière » sous forme d’une simple braguette verticale, a mis plus de temps à arriver semble-t-il.

Avec la forme d’ouverture à pont, les pantalons arboraient une foule de boutons. Boutons du pont d’abord, boutons de la ceinture ensuite, boutons de bretelles, boutons des poches parfois enfin. Une sacrée débauche de petite mercerie comme l’illustre cette culotte datée entre 1780-1810.

La poche dos n’est pas encore apparue. Mais la poche côté est là, boutonnable dans son angle. Regardez bien le pantalon ci-dessus. Dans le coin. La poche apparait dans l’angle, comme une trappe triangulaire. Une charmante disposition qu’Arnys avait reprise il y a quelques années avec des poches en coin, boutonnées. Intéressant. Mais était-ce pratique ? Voyez mieux sur cet extrait d’une peinture française rapportée par Farid Chenoune (admirez cette petite poche gousset au passage) :


A partir des années 1910, le pantalon devient à peu près moderne. Le pont a définitivement disparu et avec lui cette armada de boutons. Mais le pantalon s’amuse encore un peu, chaque atelier y allant de son inventivité. Les poches sont traitées avec amusement. Et les rabats ne s’avouent pas vaincus. Découlant de formes vernaculaires et souvent rustiques, les rabats reprennent ce qui se fait en vénerie ou chez les militaires, avec des formes d’accolade plus ou moins marquées.

Sur cette gravure de 1922, deux pantalons sont présentés avec des rabats intéressants. Le premier avec ses rabats vers l’avant qui font très « poches carniers » est remarquable. Mais était-ce pratique ? Sur le second, c’est la poche gousset qui arbore une petite patte boutonnée idéale pour suspendre une chaine de montre. Charming.

Ces rabats boutonnés ont beaucoup d’attraits. Mais ne présentent pas beaucoup d’intérêt pratique. En plus, ils demandent du doigté à l’ouvrier culottier pour bien coudre les courbes des rabats. Et les ouvriers culottier étaient généralement connus pour être plutôt des tâcherons travaillant à la chaine. Des bourrins pas là pour finasser les détails. Si bien que ces rabats n’ont pas connu un vif attrait. Quelques pantalons militaires ici, quelques culottes d’équitation là.

Dans les années 70, un certain revival de l’ancien mêlé à une ultra modernité ramène les petits rabats de poche. Poches arrières et poches gousset se voient affublées de rabats. Ralph Lauren dès ses premières collections présente des poches à rabats, et encore de nos jours, sur certains chinos il en place.


Mais tout cela reste de l’ordre de l’artifice. Les rabats restent un détail. SuitSupply de temps à autre présente des modèles ainsi embellis. En mesure, l’engouement est très variable. Avec les costumes un peu typés qui s’éloignent des bleus et gris très urbains, les pantalons à poches rabattues apportent un supplément d’âme. Et sur les pantalons seuls, ce supplément de style est de bon aloi.

Qu’en dire de plus ? Les rabats de poche sont intéressants sur des pantalons typés campagne je trouve, souvenir de l’origine des rabats. J’hésite souvent à en proposer. Je trouve ceux de Ralph Lauren très beaux. J’ai dessiné mon bermuda ainsi, avec de jolies accolades. Mais est-ce intéressant d’en disposer sur des pantalons ? Je n’ai moi-même qu’un modèle ainsi, un chino. Et encore, ce n’est que la poche à gousset. C’est vrai que c’est très mignon.

Au dos d’un pantalon à poches cavalier, c’est très élégant aussi, à la manière ce pantalon d’Arnys. Un petit air de jean. Il y a un charme indéniable dans ces rabats.

Mais hélas, au fond, ils n’apportent rien de pratique. Aussi, je ne peux m’empêcher de les apprécier tout en m’interrogeant. Le beau est souvent gratuit me direz-vous !

Je vous souhaite une excellente semaine. Julien Scavini

Recrutement !

Chers amis, chers lecteurs, de temps en temps je vous sonne quand un poste est à pourvoir dans ma boutique.

L’offre concerne ma boutique « mesure ».
Je suis à la recherche d’un vendeur à temps complet. 37h.
Salaire sujet à discussion, sujet ouvert.

Le poste prévoit :
– accueil et gestion des clients
– prises des retouches sur les vêtements arrivés de l’atelier
– suivi des retouches et des livraisons
– suivi de la facturation et tâches administratives diverses
– conseil en style et conseil des clients dans le cadre de commande « mesure ». = Savoir discuter, faire surgir les envies, donner envie. Gestion d’une commande « mesure » sur les questions de style et d’options, sur le choix du tissu en particulier.
– conseil aux mariés

Le poste ne prévoit aucune prise de mesure. Cela repose sur moi, Julien Scavini.

Une expérience de deux ans minimum en prêt-à-porter homme est recherchée. Savoir manier les épingles, savoir conduire les retouches est primordial.
Amabilité, souplesse, générosité et gentillesse sont des qualités demandées. Je ne cherche pas l’éclat, mais à établir une relation de confiance avec mes clients au travers de ce poste!

Recrutement courant novembre pour un début en janvier 2021.

A vos mails = tailleur@scavini.fr

Les poches d’une veste croisée

La veste croisée connait un juste retour en grâce après deux décennies où seuls les ventrus se sentaient, curieusement, autorisés à la porter. Pourtant, une belle veste croisée sur quelqu’un de mince est aussi élégant. Et en fait, le croisé est toujours chic. Il donne une stature, une allure, en un mot de la prestance. Son seul défaut peut-être est de devoir rester boutonné tout au long de la journée, là où une veste droite peut allègrement rester ouverte. Défaut minime toutefois, car une veste croisée portée ouverte peut avoir beaucoup de chic. Un chic décontracté. Le prince Charles porte souvent le croisé ouvert, et il a raison.

Passons en revue les différentes poches dont peuvent être affublées les vestes croisées.

Y’a-t-il un sujet pourriez-vous d’abord demander ? Car au fond, c’est une veste comme une autre, et à ce titre, pourquoi une veste croisée ne pourrait-elle pas avoir strictement les mêmes poches qu’une veste droite ? En fait, elle peut. Mais sur le croisé, les usages sont un peu différents et les poches prennent un relief, je trouve, différent.

Les poches de côté conventionnelles sont généralement horizontales. Il y en a une de chaque côté. Et très classiquement, ces poches sont pourvues d’un rabat. La veste croisée peut de manière simple et habituelle avoir deux poches de côté à rabat. Point. Sans signification particulière. Voyez :

https://cdna.lystit.com/photos/6701-2014/10/21/polo-ralph-lauren-blue-bedford-double-breasted-suit-product-1-24394945-5-766990015-normal.jpeg



Toutefois, il me semble que le plus classique sur un croisé est de ne pas avoir de rabat. Je pense que le croisé est ainsi au meilleur de son allure. L’absence de rabat dénote un vêtement habillé, supérieur aux autres vêtements. C’est pourquoi le smoking n’a pas de rabat aux poches. C’est pourquoi les vestes droites les plus habillées (en velours, ou pour des costumes du soir) n’ont pas de rabat non plus. Sur une veste droite de costume, je trouve toujours ce choix un peu curieux, dommage. Mais sur un croisé, je l’encourage à l’inverse. Encore le prince Charles pour illustrer le propos :

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Passons à la poche ticket. Plutôt sport et décontracté à l’origine, elle s’est rapidement frayée un chemin vers les costumes de ville. Elle est même devenue la marque des tailleurs anglais, ou de ceux voulant être à l’heure de Savile Row. Le tailleur André Guilson ne connaissait d’ailleurs pas tellement le mot poche ticket, lui l’appelait poche anglaise.
Je viens d’énoncer que le croisé était plutôt habillé. Est-il logique alors d’apporter cette poche ticket ? Sur le papier non. Mais en vrai, c’est pas mal du tout. Et tous ces angles droits font bon ménage avec le bas carré du croisé. Il y a un petit quelque chose de géométrique satisfaisant là dedans.

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Passons aux poches en biais. Elles sont aussi plus sport que les poches horizontales, puisqu’elles ont été développées pour les vestes d’équitation, pour avoir bonne allure assis. Les poches en biais donnent un style pleine d’allant. Sur une veste droite, elles appuient même un peu le cintrage du coup.
Mais alors sur une veste croisée, je trouve qu’elles ne vont, mais alors pas du tout. Pour moi, c’est hyper-charly comme dirait le Chic Anglais. C’est atroce et mes yeux saignent quand je vois ça. Pour moi, c’est une invention de l’armée allemande, où comment affubler d’un air de cavalerie des dolmans croisés. Pour moi, le croisé à poches en biais, c’est la ligne d’Hermann Goering. Pour ne pas dire de Goebbels ou d’Hitler. En fait, le croisé à poches en biais était un type de la wehrmacht.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/9d/Hermann_Goering.png



Alors toutefois, dans Amicalement Votre, Brett Sinclair porte des vestes croisées à poches en biais. Mais c’est un excentrique au fond, il ne sait pas ce qu’il fait. Le costumier s’est dit que cela ferait plus « english ». Les élégants qui oseraient ça sur un croisé le font à leurs risques et périls !

https://pbs.twimg.com/media/DAg7217XgAARAUm.jpg

Et deux poches en biais sans rabat alors. Qu’en penser ? Je ne veux même pas y penser, c’est hors de mes possibilités mentales ! Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

Les poches appliquées ensuite. Ah là, on sort de la zone de confort de la veste croisée. Apparel Arts dans les années 30 dessine quelques vestes croisées à poches plaquées. Mais j’ai du mal à trouver de belles photos de cela. C’est rare au fond. Jusqu’à récemment encore. Le croisé est plutôt un habit de ville, ou un blazer à la rigueur. Et la poche plaquée est plutôt sport. L’assemblage des deux ne va pas de soit. Ceci-dit, SuitSupply et consort distillant une mode hybridée et un peu tapageuse, la poche plaquée sur un croisé est presque devenue classique. Et très possible.

Deux poches plaquées en bas s’envisage très bien. Simples et efficaces, elles sont de toutes manières très discrètes et n’altèrent en rien à la ligne du croisé. Elles décontractent un peu ce vénérable habit en relativisant son statut. Idéal pour dépoussiérer ce vêtement que seuls les grands pères osaient encore sortir. Et pour des vestes croisées, d’été ou d’hiver, elles apportent un supplément d’intérêt et sont tout à fait à leur place.

https://image.dhgate.com/0x0s/f2-albu-g9-M00-7E-B0-rBVaVV2eozaANOo9AALC6MFwN5g774.jpg/mens-blue-linen-suits-one-piece-jacket-double.jpg



Un hic toutefois apparait lorsque la poche de poitrine est aussi plaquée. Car le bouton décoratif de la poitrine gauche ne trouve plus sa place. Je m’amuse à voir comment les stylistes s’en sortent avec ce sujet qu’ils ne connaissent pas. Certains cousent le bouton sur le poche. Beurk. D’autres décalent les boutons décoratifs vers le revers, pour les coudre au bord de la poche. Encore plus beurk. Non, la bonne réponse est qu’en présence d’une poche plaquée de poitrine, et bien tout simplement, on ne met pas les deux boutons décoratifs. C’est l’usage. Il reste donc un simple carré de bouton.

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Voilà de quoi vous permettre de sélectionner en conscience les poches de votre futur costume ou veste croisé ! Bonne réflexion.

Bonne semaine, Julien Scavini

Gatsby Le Magnifique, Part. 3

Si j’ai eu grand plaisir à extraire du film Gatsby cette foule d’image, il en va autrement de mon appréciation du film. Je l’avais vu il y a plusieurs années sans en garder un souvenir impérissable. Ce n’est pas pour moi l’apothéose du cinéma. La faute je pense à une histoire simple et pas évidente à matérialiser à l’écran. A l’écrit, le suspense sur le personnage principal demeure puis l’action se déroule avec un certain rythme. Filmé, tout le mystère s’évapore dans une débauche d’effets visuels.

L’écueil fut le même avec le film de  Baz Luhrmann en 2013. DiCaprio ne suffisait pas à rendre l’histoire palpitante. Malgré une débauche extravagante de moyens techniques. J’ai peu aimé les deux films, d’autant plus qu’au fond l’histoire est sinistre et que les films laissent un goût de cendre dans la bouche. En plus, dans le plus récent opus, si les femmes étaient intéressantes par leurs costumes, pour les hommes, ce fut loin d’être le cas, la faute à une allure chiche que l’on aurait pu croire sponsorisée par Tati. Franchement, DiCaprio, avec ses costumes ivoire et ses souliers en simili fabriqués à Roubaix, manquait tout simplement… de goût. Ce qui n’aidait pas.

Vous me direz alors, pourquoi ces deux gros articles si le film n’en vaut pas la peine ? Eh bien je ne sais pas trop. Ralph Lauren a fait un travail formidable, je le redis. Visuellement, c’est superbe. Cette grande allure distillée à chaque image supporte tout le film, et l’histoire même. Le film vaut le détour pour ça.

Mais en même temps comme dirait le Président, je ne peux m’empêcher de penser à la fausseté des habits. Si l’impression générale est délicieusement surannée, les visuels particuliers n’ont rien de 1925, n’ont rien d’authentique. Tout sent affreusement le kitsch des années 70. On pourrait voir apparaitre Nixon à l’image et une Cadillac Eldorado, que l’on serait à peine choqué. Dès lors je trouve plus de charme à un bon vieux Columbo plutôt qu’à ce Gastby.

Comme je l’avais dit pour Titanic, un costumier n’est pas obligé d’être dans l’époque de manière authentique. Son but est de donner une impression, une couleur visuelle au film. Il ne fait pas un travail d’archéologie. Je le concède mille fois. Mais dans ce Gatsby, il y a peut-être à l’inverse trop de Ralph Lauren. C’est presque une démonstration de style, une démonstration de son savoir et de ses possibles. En cela, Hercules Poirot sous le soleil dont j’ai parlé ici était presque plus authentique. 1970 aussi, mais plus authentique.

Car peut-être, l’esthétique visuelle de Ralph Lauren dans ce Gatsby est trop apprêtée, trop stylisée. Trop cuite et recuite. Il manque un petit côté boiteux, mal fichu, ridicule, pour faire ressortir le beau. Tout est trop sur le même ton. Tout est trop léché. Peut-être au fond, faudrait-il qu’un réalisateur porte un Gatsby à l’écran avec moins de moyen, moins de tapage, pour en faire plus ressortir l’essence, celle d’une société américaine depuis longtemps malade d’elle-même, malade de son ivresse de puissance et de réussite. Malade aussi de sa misère et de la déliquescence de ses mœurs malgré une façade toujours ripolinée. Malade enfin et surtout de son argent facile.

Il y a tout ça dans Gatsby à l’écrit. Pas seulement des fêtes et des vêtements. Ce que les deux films n’arrivent pas à faire ressortir avec force.

Gatsby de 1974 est un bon film. Peut-être un grand film. Un grand classique, en revanche probablement pas. C’est un film d’époque. Qui comme tout les films d’époque s’est fait doubler par un remake. Imagine-t-on un remake à Autant en emporte le vent ? Probablement pas. Et encore moins d’ailleurs depuis sa partielle censure.

Gatsby fut un divertissement fait pour en mettre plein les yeux. Et il a réussi parfaitement.

Bonne semaine, Julien Scavini


PS : Je me suis amusé pour le plaisir à imaginer un autre Gatsby, et un autre Nick Carraway, avec une différence d’age plus marquée. En 1925, les lignes du costumes contemporaines sont là. Les pantalons sont un peu larges et mous, sans pince. Les vestes sont une peu longues et molles aussi. Les plus dandys demandent des épaules très étroites (dites rentrées) à leur tailleur. Les années 30 apporteront définitivement l’idée d’une ligne et d’une allure, qui n’existe pas encore.

Les couleurs sont plus sombres que ce que laisse croire Ralph Lauren. Je me suis inspiré de photos d’époque, plus précisément de Calvin Coolidge, Président des USA de 1923 à 1929, pour dessiner les deux hommes.

Version été. Version hiver. Gatsby porte un faux-col, ce qui me semble plus juste. Nick un col boutonné mou, déjà à la mode aux USA.

Gatsby Le Magnifique, Part. 2

La semaine dernière, j’avais l’occasion de vous faire découvrir une belle et importante volée de photos sur le Gatsby de 1974. Continuons ce soir ce tour d’horizon grand format.
Pour commencer, quelques photos sans vêtement, simplement avec l’humeur du film. Quelques plans telles des peintures. C’est tout le charme de ce film, d’être composé comme une succession de tableaux exquis.

Avant de m’intéresser au personnage presque principal du film, Nick Carraway, faisait un petit détour par le personnel de maison, serviteurs, valets et cuisiniers. Le tenues sont tout à fait charmantes et pleines d’humeur ! Le gilet rayé horizontal jaune et noir, comme Nestor dans Tintin, est toujours et encore là. La queue-de-pie est légèrement incongrue il me semble. D’autant plus que le pantalon apparait gris. Une jaquette sera plus logique, de jour et avec la cravate noire. En même temps pour avoir fouillé un peu le sujet, il semble qu’à Buckingham Palace, la queue-de-pie à boutons dorés soit en usage le jour. Avec un pantalon noir toutefois.

Un petit peu en dessous, admirez le spencer blanc, boutonné d’une chainette argenté. Très élégant, d’autant que le pantalon monte bien haut. Les serveurs au buffet, quant à eux, portent des spencers croisés jamais vu mais tout à fait intéressant !

Passons aux cuisines du bon Gatsby. Dans les années 70, la cuisine française très traditionnelle était l’objet d’un culte immodéré de l’autre côté de l’Atlantique. Alors qu’ici apparaissait la « Nouvelle Cuisine », aux Etats-Unis, la bonne cuisine, la vraie, la franche était incarnée à la télévision par des personnages tels Julia Child ou encore le chef Jacques Pépin. Une cuisine où la crème et l’envie de flamber au cognac est très présente. Un imaginaire à la Escoffier délicieusement transcrit sous l’œil des caméras.

Une petite pensée pour l’élégance des deux orchestres de la fête organisée par Gatsby. Oui, deux orchestres à la même soirée ! Diantre. L’un en smoking bleu, l’autre en queue-de-pie blanche, façon Cab Calloway.

J’ai bien aimé par ailleurs le chauffeur qui apporter un poulet à Nick Carroway. Superbe livrée :

Nick Carroway qui reçoit par ailleurs moult attentions de son prestigieux voisin. Jardinier et fleuristes viennent à son secours. J’aime les tenues des fleuristes, casquette, papillon noir, chemise à poches, ton sur ton du pantalon. Simple et digne. Si chic pourtant.

Pour les lectrices, je mets quand même une femme à l’honneur, la femme de chambre, à l’habit parfait !

Enfin, passons à Nick Carraway. Jeune homme de la petite bourgeoisie, cousin éloigné de l’héroïne féminine du film, il est le spectateur narrateur de l’histoire. Habitant une merveilleusement petite maison de bois au bord de l’eau, il découvre son éminent voisin, Gatsby, et devient le témoin clef de sa vie, du moins de cet instant fugitif et frénétique de sa vie. Nick est un personnage secondaire du film. Pourtant le jeune Sam Waterston, 34 à l’époque, donne au personnage, plutôt insignifiant, une force qui lui fait transpercer l’écran. Caractère candide et suiveur, timide, Nick Carraway suit et subit les évènements. C’est le calme dans cette tempête de quelques jours. Il n’incarne pas les années folles. Il les subit avec calme. Et ses tenues, plus décontractées, plus détachées de la mondanité, le reflète.

Commençons toutefois par ce costume trois pièces blancs, très habillé en apparence. Mais qui pourtant dissimule quelques éléments décontractés, comme les poches plaquées et la martingale dos. Un chic délicieux.

Il porte en quelques autres occasions le costume, brun, beige ou marine. Les cravates à motifs « paisley » sont merveilleuses. Ses cols sont maintenus par une épingle dorée.

Charmant blazer par ailleurs, avec pantalon blanc. Prêt pour prendre la mer !

Trois gros plans ensuite. Au dos du pantalon de Nick, une poche à rabat d’un côté, une poche simple de l’autre. Toujours et encore de belles cravates et une sublime chemise jaune rayée blanc.

Puisqu’on est sur les pantalons, voyez le modèle ci-dessous, à patte prolongée, de la même manière que sur mon modèle S3. Eheh je ne l’ai pas inventé, beaucoup le font. J’avais bien vu dans un vieux film une telle attache. Mais je ne me souviens plus où. Voici une référence efficace. Admirez ce cardigan par ailleurs. Le col est … présent !

Nick Carraway, plus décontracté, met aisément des mailles, encore très vêtement de « pêcheur » à l’époque, Gabrielle Chanel est à peine en train de les prendre pour les femmes et les hommes en 1920, surtout dans la bonne société, n’y font guère appel. Le premier modèle, un pull sans manche flaire bon le cachemire. L’encolure superposante est intéressante ! Le col rond en dessous est très beau dans sa simplicité par ailleurs. Admirez enfin les chaussures bicolores. Quelle beauté !

Notez aussi la robe de chambre en coton, si simple et si fraiche !

Mais hélas, comme souvent les grandes histoires, la fin n’est pas heureuse. C’est le destin qui frappe, souvent sans prévenir. Nick Carraway enfile alors sont élégant costume sombre. C’est là que je me dis, que décidément, les vestes longues, c’est superbe et plein d’allure !

Voilà, c’est terminé pour ce grand tour d’horizon de Gatsby. Enfin, pas tout à fait terminé. La semaine prochaine, on en reparle, et plus généralement des années 70. Je vais tenter une petite mise en perspective du sujet par rapport à aujourd’hui ! Portez-vous, c’est important ces temps-ci.

Bonne semaine, Julien Scavini

Gatsby Le Magnifique, Part. 1

J’ai pris goût à décortiquer scènes après scènes les films élégants, depuis Titanic pendant le confinement. Mais quel travail toutefois ! Avec un client récemment, nous parlions de Gatsby Le Magnifique. Pas le film récent avec Léonardo DiCaprio. Non. Mais celui de 1974, réalisé par Jack Clayton, sur un scénario adapté par Francis Ford Coppola, avec comme acteur principal, Robert Redford. Quel film ! Je l’ai vu il y a longtemps, et j’en avais gardé un souvenir douçâtre. Beau certes, mais triste, mélancolique, en un mot difficile. Certes le roman de F. Scott Fitzgerald narre une fête permanente, la joie des années folles. Mais l’intrigue et le fond de l’histoire sont sombres et amers. Ce n’est pas tellement un film à regarder à la légère, à la différence du dernier opus, bien plus tapageur. Là, nous sommes dans l’introspection, l’exploration des mentalités de la haute société et son désœuvrement. Et dans l’amour surtout. Des uns pour les autres, et … des belles choses ! Une apothéose visuelle. Attention, j’ai pris une centaine de clichés haute définition. Alors attachez vos ceintures. Je vais distiller cet article en deux épisodes.

Évidemment, la question que tout le monde a sur les lèvres d’abord. Et Ralph Lauren ? Oui, oui, Ralph Lauren a bien réalisé les costumes masculins. Il est d’ailleurs dûment crédité au générique, voyez ci-dessous. Il faut mentionner que la costumière « en chef » Theoni V. Aldredge a reçu un Oscar de la meilleure création de costumes. L’intitulé du générique laisse penser que Ralph Lauren a pensé les costumes également, comme le suggère la mention « by » alors que pour les femmes, « wardrobe et hats », il est écrit « executed » laissant penser alors à une simple exécution sur commande.


Rappelons qu’en 1974, Ralph Lauren était tout jeune. J’avais fait sa biographie ici. « 1970 marque le début de la consécration, lorsque le grand magasin Bloomingdale’s propose à Ralph Lauren d’ouvrir son propre corner, une première ! […] En 1971, à l’occasion du lancement d’une collection de chemisiers pour femme est introduit la broderie devenue célèbre, le petit joueur de polo, à l’époque placé sur les poignets. En même temps est ouverte sa première grande boutique en propre, sur Rodéo Drive à Beverly Hills. » Donc presque au moment où doit débuter la pré-production du film. Une aubaine en terme d’image de marque !

Son esthétique colle parfaitement au film, voyez ces initiales blasonnées sur les accessoires du film.

Démarrons, par le générique, qui pose le décor, avec envie. La maison, imitation du Trianon de Versailles, a été construit en 1909 par la famille Oelrich. Elle se situe à Newport, Rhode Island. Plus précisément au 548, avenue Bellevue, Rosecliff.

Passons en revue maintenant les personnes. Commençons par Bruce Dern, jouant Tom Buchanan. Personnage patibulaire. Le diaporama vous permet de faire défiler les photos. D’abord son costume d’apparence gris, dont on découvre qu’il est en pieds-de-poule noir et blanc. La chemise semble rayée de vert. Je regarde avec plaisir son blazer croisé 8×4, très old-school. Son col de chemise arrondi est toujours attaché d’une épingle en or. Dans les dernières scènes, avec le costume gris perle uni, c’est la cravate qui passe en pieds-de-poule. A la toute fin du film, son manteau croisé présente un col de velours. Prêtez attention à sa robe de chambre, sublime avec ses motifs « paisley« .

Passons ensuite à Gatsby, joué par Robert Redford. Personnage énigmatique, il apparait doucement dans le film. J’ai d’abord remarqué le gilet du smoking, réalisé dans une soie jaquard, avec une texture donc. Intéressant.

Passons ensuite à la première scène en costume plus simple. Enfin simple… sublime rayure, cravate aux discrets motifs, pour un ensemble noir et blanc rutilant. Comme l’automobile !

Arrêtons-nous un instant sur l’automobile. Je l’avais dessiné il y a longtemps. Un amateur éclairé de mes clients, et amis, m’avait juré qu’il s’agissait d’une Duesenberg d’Indianapolis. Je pense cela assez logique. Plus américain. Pourtant, dans le film, c’est bien une Rolls-Royce. J’ai perdu un pari sur cette affaire.

Passons ensuite au costume crème. Ralph Lauren semble avoir sélectionné de la flanelle. Ou un mélange lourd avec de la soie. Lin et soie probablement, avec peu de froissage. Le personnage a chaud, le film donne chaud. Son atmosphère déliquescente passe merveilleusement à travers les visages de sueur des acteurs. Quelle grande allure tout de même ! Le gilet croisé est coupé sans « trapèze » des boutons, ceux-ci sont parallèles.

Puis vient le célèbre moment où les sublimes chemises aux tons pastels virevoltent dans les airs. Quel charme. Quelle fantaisie aussi, au fond. Je regrette que les cols, toutefois, soient attachés. L’époque était encore aux cols durs, les « stiff collars ».

Quelques autres scènes nous présentent un Gatsby plus simple. J’aime beaucoup le pantalon de lin blanc rayé marine. Mais la ceinture en cuir blanc me laisse songeur.

Dans une scène, Gatsby semble porter une veste en velours à col châle. Tout simple, sans effet ni tapage.

A la différence de ce costume rose, « quintessential » disent les anglais. Oui, une apothéose. Pas facile à porter toutefois de nos jours. Avec la cravate grise, modératrice, l’écueil de faire trop est évité.

A la fin du film, je note avec envie cette sortie-de-bain, on dit aussi peignoir, gansée d’une tresse bi-colore et aux initiales brodées. Superbement chic !

Arrêtons nous un petit instant sur les queues-de-pie. Les années 20 sont encore assez reculées. La queue-de-pie n’a trouvé sa norme finale, telle que nous la connaissons, que dans les années 30, voire 50 où elle est devenue très normée. Le film devrait donc montrer des queues-de-pie encore un peu 1890, avec des trottoirs, c’est à dire des revers en deux parties, satin + tissu. Les revers pourraient être très ronds sur certaines. Les bas de manche parfois avec un galon horizontal, etc. Pourtant, il n’est est rien. Elles sont, comme dans Titanic, très standardisées. D’ailleurs Gatsby a la même que Nick, pourtant bien moins riche. Les pantalons ne montent pas assez haut, et les gilets sont trop bas. Cela manque de quelque chose. Raph Lauren a du s’en rendre compte et pour donner du relief, il a affublé les personnages de chemises curieuses … avec un plissé, typiquement post seconde-guerre mondiale. Voire années 70. D’ailleurs, les chemises ne semblent pas à col cassé. Tout cela est une touche artificiel.

Le gilet de Gatsby semble en jaquard de soie là encore, un peu façon peau de requin. Amusant. Le personnage de Nick a peut-être l’ensemble le plus classique, chemise à plastron dur et col bien haut, gilet simple.

Pour finir ce soir, quelques vues générales du film. Une splendeur qui fait très vite oublier des minuscules défauts. Qui n’en sont pas d’ailleurs. 1- Amusante veste de régate. 2- Exquis panorama au golf. 3 & 4- l’agent de change avec son « stroller », l’équivalent plus simple de la jaquette, mais à veste rayée (ce sont des américains, ils ne savent pas les pauvres). 5- le bureau de Nick à New-York. 6- Le grand escalier, cette contre-plongée, quel plan ! 7- Petit cours d’escrime ; l’arbitre est d’une grand dignité. 8 & 9 – notre belle petite assemblée aux tons pastels.

Et pour finir, ce plan. Quel plan ! Une vraie publicité. Il en a eu de la chance Ralph Lauren d’être tombé sur un si gros coup de pub !

On se revoit la semaine prochaine, pour continuer l’épluchage de film, et surtout découvrir la sublime garde-robe, la meilleure peut-être, celle de Nick Carraway joué par le talentueux Sam Waterston.

Bonne semaine, Julien Scavini

Le costume en velours côtelé

Il faut toujours rester à l’affut des tendances, et sans cesse continuer à regarder ce qui se fait. Mais pas n’importe où. Vous pensiez que j’allais vous parler de H&M ? Non. Quoiqu’au fond, c’est peut-être l’occasion pour moi là d’aller voir ce qu’ils produisent pour l’homme ? Blague à part, la bonne maison que je suis allé voir est Drake’s. Leur site internet. La présentation de la nouvelle collection, façon photos de studio est très sympa.

Dès la première page, j’ai été arrêté par ces trois personnages, habillés de costumes de velours légèrement (beaucoup ?) oversize. La première idée que j’ai eue, est que cela fait un peu copie des anciennes collections Ralph Lauren « Rugby ». Mais au fond, les bonnes maisons se ré-inventent dans les mêmes codes, donc, ce n’est pas grave. J’ai avancé. Et ces costumes en velours, à épaules napolitaines et pantalons à larges pinces sont revenus plusieurs fois.


Je suis resté un peu interrogatif face à ces vêtements. Qu’en penser ? A priori pas grand-chose au début, à part, « mais qui met ça ? » Le costume de velours n’est pas simple à porter. Il me rappelle les années 70 et quelques épisodes de Columbo. Là en plus, taillé grand, il ne se rend pas plus simple.

Et puis, un client m’ayant apporté le dernier numéro de The Rake, je me suis empressé de le feuilleter plus que de lire. Y est publiée une photo de Nick Foulkes posant avec ses deux fils. Le chroniqueur des élégances est habillé d’un costume de velours vieux rose. Avec une dégaine genre «  je suis de la haute et pas vous vil manant ». Mais qu’importe. Ce costume de velours me poursuit. Et j’avais ainsi une réponse à ma question, mais qui porte ça !



Le costume en velours n’est en pas tout à fait un dans mon esprit. Le costume renvoie à une notion de travail et d’urbanité. A la différence du dépareillé dont la veste sport se prête à la décontraction du week-end et de la campagne. Le velours se classe dans cette seconde catégorie pour moi. C’est une étoffe molle, aux couleurs souvent proches de la terre, et synonyme de robustes vêtements d’usage.

Associer le costume et le velours, c’est donc prendre une sorte de licence, un droit d’outrepasser les convenances. Dans quel but ? Brouiller les codes bien sûr, et s’en amuser. Ce faisait, le velours impose au costume une décontraction et le désinhibe un peu. Le costume, vêtement normé habituellement si conventionnel, se drape dans la mollesse, avec une infime touche de laisser-aller.

Le costume en velours, c’est celui du châtelain. Esprit rustique mais digne tenue. Évidemment, Arnys était coutumier de cela. Et vendait donc saisons après saisons des costumes en velours. Un ancien de leurs clients m’en a commandé un il y a quelques temps. Au début bien sûr, je ne voulais pas le faire. A chaque fois que je travaille le coton en veste, je marche sur des œufs. La matière est chiante, il n’y a pas d’autre mot. Là toutefois, j’ai trouvé le velours côtelé de Loro Piana. Un poids un peu correct, et surtout un gramme d’élasthanne pour améliorer le tomber. Nous nous sommes jetés à l’eau avec l’honorable client.

Et le fait est que ce costume de velours – marine – fut formidable. J’en garde un excellent souvenir, je le trouvais superbe.

Mais je ne dois pas être assez libre dans ma tête pour lui, continuant de trouver l’association curieuse et en tout cas, pas pour moi. Un costume en velours, quelle idée ?!

Toutefois, c’est tentant. Le fait de le voir chez Drake’s, le fait de le voir sur Nick Foulkes, plus le souvenir de cet élégant modèle que j’ai réalisé, tout cela finit par me tenter à défaut de totalement me convaincre. Cette décontraction m’intéresse, tout en restant au fond, très sage. Nous ne sommes pas en train de parler d’un jean-basket.

Il est peut-être là le nœud de l’affaire. Le costume en velours, c’est un peu l’ensemble en jogging, mais chic. Le relâchement du coton, sa douceur, sa souplesse. Dans des lignes classiques faites pour rassurer et maintenir. Je me convaincs petit à petit du plaisir du costume de velours. Un ordinaire qui ne l’est pas trop. Une facilité sympathique et presque passe partout.

Finalement, ce costume en velours côtelé m’intéresse. Il faudrait que j’essaye. Oui. Avec une paire de mocassin à pompons, c’est l’apothéose du chic bohème. (Surtout en vieux rose). Toutefois, je garderai plutôt le richelieu bien lacé, moi. Et le marine probablement. Décidément, je ne suis pas assez libre dans ma tête !



Bonne semaine, Julien Scavini

Le costume, une religion?

Cela fait bien longtemps, en étudiant l’histoire, et en observant le présent, que je ne me fais guère d’illusion sur la durée d’usage du costume, ce vêtement unique, si élégant, et dans un certain sens si pratique. Le patron France d’un drapier bien connu me disait tabler sur une bonne vingtaine d’années encore. « Vingt années véritable boulevard pour les tailleurs » rajoutait-il, durant lesquelles le marché du prêt-à-porter allait continuer sa « consolidation », comprenez son attrition, et les tailleurs prendre une solide emprise sur cette élégante niche. Le terme niche n’est pas forcément joli. C’est celle du chien. En architecture classique heureusement, c’est souvent une cavité élégante toutefois.

Pour les clients, de plus en plus rares à porter quotidiennement le costume, le besoin de qualité va croissant. Le costume plus que jamais est un achat réfléchi, ordonné dans le temps. Une dépense qui compte et intéresse au plus haut point, parfois même avec l’aval de madame, comme une voiture. Pour les tailleurs essayant de faire ce travail avec conscience, c’est un bonheur. Il est évident que tout commerçant préfère cent fois discuter avec des amateurs éclairés. La relation commerciale n’en est que meilleure. L’objet réalisé est porteur d’un supplément d’âme. Qui s’appelle l’envie.

Pour revenir à mon propos initial sur la durée de vie du costume, j’étais assez d’accord avec ce drapier. Sortez de Paris, de La Défense, sortez de quelques hyper-centres régionaux (Bordeaux, Lyon, Lille, Strasbourg, Rennes et Nantes ?) et le costume est bien rare. Je ne peux pas dire que chez moi à Bayonne il y ait beaucoup de costumes visibles. A la mairie peut-être ? Quelques directeurs ça et là. Aux guichets des banques ?

Les mariages soutiennent encore bien le marché. Ainsi n’étais-je pas étonner lorsqu’au cours d’une visite cet été à la grande galerie marchande Carrefour d’Anglet, le magasin « Father and sons » mettait en avant une immense vitrine composée de costumes divers, avec en slogan « un été de mariages ». Un ballon d’oxygène impératif. Un cas pas typiquement français. En 2016, l’anglais Austin Reed, tailleur de Churchill, annoncait la fermeture immédiate de ses 120 boutiques et la suppression de 1000 postes. Ce printemps, TM Lewin annonçait lui fermer ses 66 boutiques d’un coup, coupant 770 emplois pour ne conserver que le marché online. Et aux Etats-Unis, Brooks Brothers s’est placé sous la protection des juges, faute à un marché du « tailoring » déboussolé. Les gens ne s’habillent plus.

Évidemment, le tableau est bien sombre. Pourquoi d’ailleurs en emplir les colonnes de StiffCollar, un blog plutôt heureux du classique costume ?

Pour remercier ceux qui, jour après jour, continuent de porter avec plaisir le costume. Ou à tout le moins, des ensembles dépareillés composés d’une veste et de pantalons « sartoriales ». Un client me disait récemment, jeune avocat, ne plus du tout être obligé, en télé-travail et même au cabinet, de porter le complet. Cela toutefois lui faisait plaisir, en complément de quelques vestes à la lisière du blouson.

Finalement, s’annoncer chaque matin au monde dans une si élégante tenue, c’est témoigner. C’est montrer que l’on croit en cette digne ordonnance. Un plaisir pour soi, et une générosité pour les autres, ceux qui voient. Un peu comme en architecture. Il y a ceux qui vivent DANS le bâtiment. Qui veulent de la commodité. Et il y a ceux qui vivent EN FACE du bâtiment, et qui aimeraient voir un peu autre chose que du béton brut.

Le vêtement tailleur est un ornement, une beauté pour le corps. J’irais même plus loin pour finir. Le vêtement tailleur est finalement, et peut-être, une sorte de religion. Chaque porteur du costume est en fait porteur d’une bonne parole. Qu’en pensez-vous? C’est pas plus mal de se croire faisant parti d’un peuple élu n’est-il pas? Je dis cela avec une pointe d’amusement et d’ironie. Le fait est qu’il faut chérir cette petite touche de différence qu’apporte le costume. Il faut avoir conscience de la bonne valeur de ce dernier et de son importance, plus que formelle, mentale.

Vous allez me dire, de quelle bonne parole le costume serait le marqueur? Et bien que la beauté compte un peu encore. Que l’harmonie aussi, et le charme peut-être. Et qu’à travers cet habit supérieur, une lutte contre l’ordinaire s’engage. Tout un débat. Bonne réflexion sur le sujet !

Bonne rentrée et portez vous bien !

Bonne semaine, Julien Scavini

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Question aux lecteurs suisses. Ou de la proche frontière française. A la demande de quelques clients, je pense venir faire un saut à Genève, probablement deux jours fin novembre, le 23/24 par exemple. Au cours de ce trunk-show, je serai en mesure de proposer mon service de demi-mesure. Avec un retour pour essayages en janvier. Y aurait-il des intéressés ? Faites tourner l’idée autour de vous.

Écrivez moi > tailleur@scavini.fr pour vous inscrire.

Nouvelle grille tarifaire

Chers lecteurs, chers amis,

j’évite autant que faire se peut de parler de mon activité commerciale sur le blog, préférant toujours garder Stiff Collar à l’abri des vicissitudes de l’économie. Pour ne parler que d’élégance, et rester un peu en retrait du monde « ordinaire ». Ce sera donc un rare billet concernant mon activité « mesure ».

Depuis mon installation en 2011, les affaires se sont développées à un rythme agréable et les projets se sont bien enchainés. Il y a quelques années maintenant, j’ai eu l’idée de lancer une division dédiée aux pantalons, en prêt-à-porter. L’idée était de palier la double difficulté, 1- de l’offre existante en confection, et 2- de vendre des pantalons en mesure. Je suis très content, car avec le temps, mon petit bateau a bien grossi et « Les Pantalons Scavini » sont maintenant bien installés dans le paysage, de Paris et ailleurs, puisque ma ligne est même vendue dans une boutique de Peeble Beach en Californie. Sympathique reconnaissance d’un travail de persévérance, tout en simplicité.

Reconnaissance aussi d’un site internet bien conçu puisque les mois de confinements furent l’occasion d’excellents résultats, au dessus des attentes. L’envie était là pour de bons produits, (de beaux produits?), vendus à un prix que j’essaye le plus serré possible compte tenue des tissus achetés. J’ai tellement de plaisir chaque saison à sélectionner les étoffes à droite et à gauche. Pour sortir un peu des éternels chinos de coton et pantalons gris. Je vous en parlerai bientôt, du « comment ça marche ».

Parallèlement, l’activité mesure n’a jamais cessé de croitre, et c’est un plaisir de pouvoir chaque jour répondre aux envies de costumes, de vestes et de manteaux, d’élégants d’horizons divers. Que ce soit pour les mariages, ou pour le travail, je suis heureux de pouvoir trouver, avec Raphaël et Quentin, mes collaborateurs, les justes réponses, au calme de salons jamais trop débordés.

Les bons résultats là encore m’ont permis peu à peu d’avoir les coudés un peu plus franches, d’abord sur mes cahiers des charges, pour qu’un costume Scavini ressemble à un costume Scavini, dans ses détails, sa finesse et son esprit général. Ce n’est pas simple à partir d’outils industriels d’obtenir sa propre marque de fabrique, sa propre délicatesse.

La vivacité du marché, permise par un abaissement de la qualité du prêt-à-porter, a porté de plus en plus d’élégants à franchir la porte, intimidante, de ma boutique de tailleur. Et plus j’ai produit de costumes, plus je me suis amélioré. C’est par la répétition que l’on apprend et que l’on se forge une idée plus précise de la manière de travailler les bases et de comprendre les différentes psychologies.

L’augmentation des volumes dernièrement m’a permis de négocier un accord commercial intéressant avec mes deux principaux drapiers, Loro Piana et surtout Holland & Sherry. De ces bonnes pratiques commerciales, j’ai pu tirer une nouvelle grille tarifaire pour la mesure, pour toujours et encore, faire plaisir à mes clients, peut-être à vous, et aussi un peu à moi. Quel plaisir quotidien en effet de pouvoir sortir de beaux costumes. Tout simplement.

FIG258

J’ai également introduit une nouvelle manière de construire les vestes, la méthode traditionnelle semi-entoilée. Oui, je sais, ce fameux thermocollage partiel de l’intérieur des vestes. Pendant longtemps je ne voulais pas en faire. Mais je me suis laissé convaincre par ses progrès. Dans le cadre d’une utilisation normale, la vieillissement est généralement inférieur au vieillissement du tissu lui-même… Si je crois toujours au bienfait de l’entoilé intégral, souple et fluide, je sais aussi que le semi-entoilage permet un gain de temps et d’argent.

Considérant l’entoilage total comme très beau, je suis content de pouvoir proposer aussi et tout simplement, du beau, un peu moins onéreux, pour diverses occasions, et le plaisir de toutes les bourses. Car avec cette méthode, je suis en mesure de proposer des vestes 100% laine dès 550€  et des costumes 100% laine dès 700€. Il y a toujours moins cher, c’est certain, mais le plaisir d’un rendez personnalisé et exclusif, dans un joli salon, ne peut pas être totalement bradé. J’arrive même à 740€ le manteau 100% laine Loro Piana. Pour l’hiver, quoi de mieux par rapport au prêt-à-porter? Une belle fripe peut-être, mais le Vestiaire du Renard a fermé hélas.

En montage semi-entoilé, et grâce à la bonne volonté de Loro Piana et Holland & Sherry, je suis aussi content de pouvoir proposer des costumes dans les 800/850€, en super 150’s ou en laine lourde et même flanelle. Et ça en prenant toujours le temps durant la prise de mesure, pour trouver le « fit » qui convient. Combien de clients heureux ai-je pu avoir, trouvant incroyable le confort après d’autres expériences désastreuses dans de grandes chaines de demi-mesure ! Et oui, donner suffisamment de cuisse à celui qui en veut, ou une taille bien pincée à tel autre ne s’improvise pas, et demande un peu de temps et de calme.

En entoilé total, le tarif évolue un peu à la baisse avec Loro Piana et Holland & Sherry, donnant des costumes vers 1000€. Avec un tarif de base à 863€ sur quelques lainages Vitale Barberis toujours en stock.

En bref, je suis content d’avoir pu serrer mes tarifs, pour toujours et encore trouver l’élégante réponse aux recherches les plus diverses. Sans perdre de vue que la Grande-Mesure est toujours et plus que jamais disponible pour les plus précis. Dans ma boutique, j’essaye toujours de proposer du très très beau, du très beau, et maintenant du beau ! Les prix sont par là : http://www.scavini.fr/scavini-tailleur-tarifs.htm

Merci de m’avoir lu. Je vous souhaite une excellente rentrée, placée sous le sceau du courage et de la persévérance. La grippe de Wuhan (elle est plus charmante appelée ainsi, personne n’en veut aux espagnols pour la grippe espagnole!) sera un jour un mauvais souvenir. Serrons les dents, serrons les rangs et faisons au mieux. Portez-vous bien. Et soyez élégants !

Bonne semaine, Julien Scavini

 

Petit concours, résultats

Chers lecteurs, merci pour vos participations et bons échos. Ce fut un plaisir! J’en re-ferai peut-être plus souvent de ces petits concours.

La bonne réponse était donc :

  • Marque : Bentley
  • Modèle : Type R
  • Années : 1952 – 1955

Quelques infos et bonnes photos ici : https://en.wikipedia.org/wiki/Bentley_R_Type

Pourquoi Bentley par rapport à Rolls-Royce? Car la grille du radiateur présente un dessus arrondi, en non en forme de temple grec triangulaire comme chez RR. J’avais par ailleurs dessiné un B ailé et non la figure de Spirit of Ecstasy. Mais je vous le concède, ce détail était petit. Ce n’était donc pas la soeur jumelle, Rolls-Royce Silver Dawn.

Ensuite, j’ai bien conscience que la Bentley type R n’est qu’une amélioration de la Bentley mark VI d’avant-guerre. Leurs avants sont strictement identiques, à quelques détails minimes près… La différence se situe au niveau de la malle arrière, considérablement allongée et que l’on aperçoit peu sur mon dessin. Il fallait donc y aller au pif. Comme je n’aime pas la Bentley mark VI avec son coffre un peu trop court, j’ai préféré dessiner la seconde version, allongée.

Enfin, je me suis contenté de dessiner la version standard saloon, la caisse standard d’usine. Je n’allais tout de même pas vous interroger sur une version spéciale 😉

Et ce n’était pas une Citroën Traction Avant, véhicule bien plus bas que la grande anglaise.

J’ai trié les bonnes réponses, et envoyé un mail à ceux-ci.

Enfin, après tirage au sort, le gagnant n°1 est :

Ramy Menhem

Vous gagnez 100€ de remise sur un costume 2pcs ou une veste mesure, à réaliser avant le 30 octobre 2020.

 

Et le gagnant n°2 est :

raskolnik59

Vous gagnez une cravate 7 plis de ma petite collection à choisir avant le 30 octobre 2020.

 

Bonne fin d’été. Julien Scavini

Petit concours

Hello les amis,

petit concours amusant au cœur de l’été.

Voici le dessin d’une voiture noire aux pneus à flancs blancs.

Il va falloir trouver la marque + le modèle + années de production.

Attention, dans cette marque, deux modèles peuvent avoir presque le même dessin, il y a un petit piège. Il va dont falloir y aller un petit peu au pif pour choisir lequel des deux modèles j’ai dessiné.

Donnez votre réponse en commentaire. Nous sommes mardi 11. Samedi 15 août à 20h, j’arrête et je lirai les réponses. Parmi les bonnes réponses, je tirerai au sort le nom du vainqueur. Et un second.

Le vainqueur gagne 100€ de remise sur un costume 2pcs ou une veste mesure, à réaliser avant le 30 octobre 2020.

Le second gagne une cravate 7 plis de ma petite collection à choisir avant le 30 octobre 2020.

 

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A vos marques, prêt, partez !

Meurtre au soleil 2

Ce soir suite et fin du long article sur Meurtre au soleil, film britannique réalisé par Guy Hamilton et sorti en 1982.

Un peu de musique d’abord.

 

Étudions les smoking pour commencer. La panoplie est variée, il y en a pour tous les goûts et tous les styles. Le beau Nicholas Clay alias Patrick Redfern porte un modèle croisé à col châle, ivoire, du meilleur style. Denis Quilley en Kenneth Marshall fait simple avec un croisé à col pointes noir.

Les trois autres protagonistes portent des smoking droits. En plus, le producteur de théâtre porte un gilet d’habit, droit et échancré alors qu’Horace Blatt porte un gilet croisé. Et bien pourquoi pas. Je le fais pour un client en ce moment, ce sera superbe! Ces deux messieurs portent le gilet blanc, probablement en coton piqué, à la mode des années 1910. Le gilet noir avec le smoking s’est un peu plus ancré dans les années 30, avant le remplacement des gilets par la ceinture plissée après la seconde guerre. Leurs cols cassés sont un petit peu haut et curieux, une déformation années 70. Le journaliste Rex Brewster porte un smoking à veste blanche. Logique sous les tropiques. Le col de chemise normal et le gilet blanc à boutons noirs apportent une touche de fantaisie un peu anachronique, peut-être plus années 60, mais au fond, cela n’est grave, car ainsi le tableau est bien panaché et équilibré. La composition du plan est belle.

C’est à cela que le film est grand par ses costumes. Sans s’enfermer trop dans une époque, le chef costumier Anthony Powell permet au réalisateur de brosser de vrais tableaux, équilibrés, aux motifs variés. Tout en donnant par le vêtement une profondeur aux caractères. Les tenues reflètent les personnalités, c’est très fort.

Evil Under the sun 1981 tuxedo 2

 

Petit saut de puce sur le personnel, élégant et chic. Les serveurs en spencer blanc et les grooms en gilet de service rayé. Des gilets à manches, comme cela se faisait pour le personnel de maison. Nestor dans Tintin porte des gilets à manche. Je me suis toujours demandé si c’est confortable, la construction n’étant pas celle d’une veste.

Evil Under the sun 1981 groom and waiter 1

Evil Under the sun 1981 groom and waiter 2

 

Repassons à Nicholas Clay en Patrick Redfern. Au fond c’est le beau-gosse utile du film et le fantasme au cœur de l’affaire d’Agatha Christie. Du coup, en dehors de son smoking blanc et de ce costume gris bleuté, il est le plus souvent seulement en slip de bain noir et les plans sur son postérieur sont  alors des plans serrés…! Le pauvre homme est mort d’un cancer à 53ans. La couleur du costume, de la cravate ou de l’ascot sont merveilleusement choisies pour faire écho au bleu de son regard. Les chaussures blanches, façon « bucks » sont toujours élégantes.

 

Passons maintenant à mon personnage préféré, James Mason jouant le producteur de Broadway Odell Gardener. C’est l’apothéose stylistique du film pour moi. Et sa femme, d’une vulgarité crasse est à hurler de rire! Homme riche, de plein pied dans le show-business, il fait étalage d’une garde robe expressive, un peu tape à l’œil, tout en confort et en aise. Le grand style de la maison Paul Stuart aux États-Unis. Une allure qui me rappelle délicieusement les créations de Marc Guyot par ailleurs. Voyez ce costume crème, avec des « spectator shoes » noires et blanches. La casquette donne toute la véracité au personnage, qui a probablement commencé crieur de journaux avant de se hisser en haut des affaires. Sa femme est délicieusement raccord.

James Mason as Odell Gardener 9

 

Sur le plan serré, on découvre un gilet noir et une cravate vichy noire et blanche. Superbe et visuellement très dense. Le côté duveteux du costume me fait penser que c’est un mélange 50% lin, 50% soie.

James Mason as Odell Gardener 8

 

Le personnage est habillé avec de forts contrastes. Son peignoir blanc gansé marine est sublime. Rien à dire. Et regarder encore comme le réalisateur place mari et femme dans la même position que le plan précédent.

James Mason as Odell Gardener 7

 

Sans trop se compliquer la vie, le costumier remplace la veste blanche par une veste noire (ou marine), du même tissu que le gilet précédent. Plus une chemise rose. Et hop, le tour est joué, deux tenues pour le prix d’une et demi!

 

Odell Gardener troque aussi les pièces à manche pour le chandail. Ce modèle marine à pois blancs est très intéressant. Même si sous les tropiques, nous aurions tous tendance à trouver cela bien trop chaud. Qu’importe c’est un film. De nos jours, le costumier mettrait probablement tout le monde torse-nu. Pourquoi faire du beau quand le moche coûte moins cher?

 

Et dans une des dernières scènes, l’apothéose continue. Ce costume avec ce gilet rayé et cette cravate à pois, c’est divin. Du coup, madame porte du pois aussi. C’est digne d’un oscar!

James Mason as Odell Gardener 1

 

Enfin pour terminer, repassons à Poirot. La robe de chambre est tissu chinois est superbe. Quelle dignité. Mais vraiment, il devait faire très froid dans cet hôtel pour supporter tel amoncellement textile!

 

Dernier mot, la tenue de bain de Poirot. Alors là! Le compositeur de la bande originale s’est d’ailleurs amusé. Lorsque Poirot apparait à l’image en peignoir de bain, la musique prend un tour burlesque ! Attention, voilà le « von Zeppelin » qui arrive. Génial.

Peter Ustinov as Hercule Poirot swimming suit4

 

Avant de laisser tomber cette sortie de bain pour découvrir le maillot de bain le plus hallucinant de l’histoire du 7ème Art. Le morceau de bravoure stylistique! Vraiment, quel plaisir. Quant à la poche poitrine brodée HP, Alexander Kraft devrait essayer! La ceinture rappelle la veste Norfolk portée par ailleurs. Intéressante étude vestimentaire. Notez aussi les souliers que l’on aperçoit, des spartiates nouées autour du mollet. Vraiment c’est fin. Ne cherchez pas cela dans une production française, c’est trop érudit.

Peter Ustinov as Hercule Poirot swimming suit3

Peter Ustinov as Hercule Poirot swimming suit2

Peter Ustinov as Hercule Poirot swimming suit1

 

Voilà. J’ai eu grand plaisir à faire ce dernier article de Stiff Collar. J’espère que vous avez en retour pris du plaisir à admirer ces belles images. Je vous souhaite un bel été et je vous dis, à bientôt!

Julien Scavini.

 

Meurtre au soleil

Je ne regarde pas beaucoup la télévision. Mais l’autre soir, lorsque j’ai vu que sur Arte démarrait une adaptation d’Hercule Poirot, je n’ai pas résisté. Un de ceux avec Peter Ustinov datant des années 80. Elles ne sont pas nécessairement mes préférées, l’atmosphère de la série anglaise avec David Suchet m’apparaissant plus précise, plus anglaise surtout.

Mais tout de même, ces grandes adaptations pour le cinéma ont du panache. Il y eut Mort sur le Nil (1978), Meurtre au soleil (1982) et Rendez-vous avec la mort (1988). Ceci dit, Peter Ustinov en plus de ces trois films interpréta Hercule Poirot encore trois fois, pour des téléfilms.

Malgré quelques éléments de kitsch typiquement années 70, ces grandes adaptations ont du style. Nino Rota composa la bande son de Mort sur le Nil. Et pour Meurtre au soleil dont il est question ce soir, c’est Cole Porter qui travailla! De quoi déjà, planter un environnement sonore de haut vol. Écoutez plutôt pour commencer :

 

Plongeons donc dans cette adaptation haute en couleur, qui fait du bien ces temps-ci. Anthony Powell qui avait reçu l’Oscar de la meilleure création de costumes pour Mort sur le Nil  reprit légitimement du service. Les habits masculins distillent une atmosphère typique des gravures d’Apparel Arts avec une goutte de tapage typiquement années 70. Mais l’esthétique de cette époque ne cherchait-elle pas justement à retrouver la grandeur d’années trente rêvées ?

 

Commençons par Peter Ustinov, alias Hercule Poirot, qui dans la V.O. parle un français parfait lorsqu’il faut, apportant une profondeur véridique au personnage du fin limier belge. Dans une des premières scènes, son smoking est associé d’un gilet classique et montant, bordé d’un « slip », minces bandes de coton blanc. C’est un peu curieux, mais pourquoi pas. Les costumiers de cinéma travaillent d’après photo, cela donc devait se faire. La pochette est mono-grammée HP. Le comble du chic, bien mise en évidence.  Et cette coupe à désert, diantre !

Peter Ustinov as Hercule Poirot 10

 

L’intrigue est lancée, tout le monde est arrivé sur l’île. Hercule Poirot loin de se reposer laisse déjà ses oreilles écouter et ses yeux balader. Il faut dire que les amitiés et inimitiés sont légions et se révèlent bien vite. Tenue amusante pour notre détective, un complet à veste « norfolk » ceinturée. Quatre boutons, bas carré, poches sans soufflets, mais dos avec un pli creux au milieu et une martingale. Du lin probablement.

 

Et bien sûr, des chaussures à guêtres. Sous les tropiques, quoi d’autre?

Peter Ustinov as Hercule Poirot 5

 

Un petit peu plus loin, Peter Ustinov change de pantalon, en recourant à une paire de knickers associé à des guêtres montantes, ou bandes molletières. Une trouvaille de style du début du siècle. On dirait un ornithologue allemand ! Mais quel panache.

Peter Ustinov as Hercule Poirot 4

 

A part cette tenue, il arbore au début et en fin de film, un complet grisâtre associé à un gilet de seersucker blanc, aux boutons fantaisie. Intéressant. Et toujours cette pochette ostensiblement disposée sur le HP. Si Alexander Kraft ose faire de même dans sa prochaine vidéo pour Cifonelli x Bentley, je lui offre une bouteille de champagne!

 

Vous avez fait attention à la chemise ? Je vous la montre en gros plan dans une autre scène :

Peter Ustinov as Hercule Poirot 7

La rayure est horizontale sauf sur la gorge boutonnée. Une trouvaille à montrer à Marc Guyot !

 

Passons à l’homme qui pousse Poirot à aller enquêter au milieu de ses vacances, Horace Blatt. Il a peu de scènes. Un blazer croisé 6×3 marine puis blanc suffit à habiller le personnage ; avec une seule cravate. Notez la montre tombant dans la poche poitrine retenue par une sangle en cuir. La grande fleur en soie alterne la couleur, avec la pochette, rouge sur blanc, blanc sur rouge. Simple et efficace. Ça fait un peu vieux riche à Monaco ce type de blazer, mais quelle allure quand même !

 

Le mari riche et mal aimé rencontre Poirot dès le bateau. Son costume gris n’est pas tout lisse, c’est un prince-de-galles sans fenêtre, super distingué ! Raffiné, discret mais expressif.

 

Tonnerre d’applaudissements pour sa veste de sport gansée de tissu à cravate. Quel chic, quelle distinction, quelle préciosité.

 

Apothéose lorsque la veste est tombée, le pantalon est ceinturé par… une cravate. Grand style des années 30 et 40 ! Quel plaisir décidément.

Denis Quilley as Kenneth Marshall 4

 

J’ai noté un peu plus loin, 1- la longueur des manches courtes du polo, plutôt longues et 2- la ceinture demi-montant du pantalon.

Denis Quilley as Kenneth Marshall 3

 

Un beau blazer à écusson complète la garde-robe du personnage de Kenneth Marshall. Joli ce carré de boutons dorés. J’aime bien les croisés avec les deux boutons décoratifs en haut, genre 6×2. Mais là c’est élégant tout de même en 4×2.

Denis Quilley as Kenneth Marshall 1

 

Passons au personnage de Rex Brewster ci-dessus en cardigan. Journaliste mondain, homosexuel patenté, il s’habille légitimement avec plus de décontraction, et avec un art certain des accords de couleurs, voyez plutôt :

Roddy McDowall as Rex Brewster 1

Ses sorties-de-bain, on dit aussi peignoir, sont extraordinaires. Oui oui! Et le costumier s’est amusé a en coudre deux, rien que ça. Une gansée de bleu pour aller avec le maillot de bain rayé, l’autre totalement rayée. Excellent !

 

Mention spéciale pour l’écharpe monogrammée là encore. Alexander Kraft, prenez des notes, en matière d’égocentrisme, il y a toujours à apprendre. Joke.

Roddy McDowall as Rex Brewster 4

 

 

La semaine prochaine, suite et fin de ce décryptage de Meurtre au soleil. Terminons ce petit tour d’horizon par quelques vues générales, distillant cette superbe atmosphère à la Apparel Arts. J’espère que cela vous a plu. Regarder un film image par image prend… du temps !

 

Belle et bonne semaine, Julien Scavini

 

La profondeur d’emmanchure

Lors d’une prise de mesure, vers la fin, je prête si possible une petite attention à l’allure de la manche et à sa position par rapport au corps, notamment sa manière d’épouser le galbe du devant. Je passe généralement quelques doigts le long du flanc du client pour aller jauger l’écart qu’il existe entre l’aisselle de la chemise et le fond de l’emmanchure. Je m’intéresse là à la profondeur d’emmanchure, un concept souvent discuté ça et là sur internet.

Petit rappel pour commencer. Une manche est raccordée au corps de la veste par une couture dite d’emmanchure. C’est un trou tout bête. C’est par là que le bras passe. Cette emmanchure se calcule de manière assez standard, par un ratio du tour de poitrine. C’est donc une donnée proportionnelle. Suivant la méthode calcul, ce tour d’emmanchure, ce trou, sera plus ou moins grand.

Les fabricants qualitatifs ont tendance à adopter une méthode de calcul donnant une emmanchure raisonnable, c’est dire à peine au large de l’emmanchure de la chemise mais pas trop non plus.

Quelle incidence cela peut-il avoir ?

Si l’on se plonge dans l’histoire du vêtement, sous l’Ancien Régime et jusqu’à la Première Guerre mondiale environ, les emmanchures étaient très hautes, trop hautes. Par haute, j’entends que le trou était véritablement petit, très étroit. L’aisselle est véritablement comprimée. J’ai déjà essayé un habit d’époque Charles X, et je peux vous dire que je le sentais « passer ». Mon aisselle était cisaillée. Cela avait un effet, d’ailleurs recherché, tenir le bonhomme. Ainsi oppressé par le vêtement, on a tendance à se redresser, à se tenir plus droit avec le buste bombé. Toute l’allure du frac.

Dans les livres de coupe de l’époque, les maîtres coupeurs faisaient d’ailleurs mention de ne pas trop couper l’emmanchure haute, de donner de l’espace au client. Il a fallu attendre longtemps pour découvrir le confort véritable dans le vêtement. En fait les années 30. Les costumes des années 20, souvent pincés avec une allure de minet avaient encore les emmanchures très hautes et les manches très étroites.

Mais avec les années 30 puis 50, les manches gagnent en volume, comme les pantalons d’ailleurs. Dans une manche de Jean Gabin, il est possible de mettre deux bras au moins ! Comme les manches gagnent en volume, les emmanchures s’élargissent, et se creusent comme on dit. L’aisselle est dégagée. Une véritable notion de confort naît. La veste devient du Cadillac, généreuse et opulente.

Car il faut le dire, une emmanchure profonde et large est très aisée à passer. Pour celui qui met la veste, le mouvement est plus simple, il faut moins lever le bras.

Toutefois, dans les années 70 et surtout 80, le prêt-à-porter a exagéré l’affaire et les emmanchures sont devenues de plus en plus profondes. Les manches raccordaient le buste sous le poitrail, une béance certes confortable mais qui commençait un peu à altérer la ligne.

Car plus l’emmanchure descend bas, moins le cintrage peut être appuyé. Emmanchure profonde est synonyme de veste large. Une mode. Indiscutable lorsqu’elle sévit.

Les bons tailleurs eux ont toujours étaient modérés. Quelques un se sont probablement laissés aller aux emmanchures profondes. Au fond elles sont une facilité.

Quelques grands tailleurs et je pense en particulier les italiens ont remis à la mode (tout ça n’est qu’effets de mode au fond) les emmanchures hautes. C’est même devenu une figure de style imposée pour les grands tailleurs en vue, concept distillé dans les bonnes feuilles comme The Rake.

L’emmanchure haute prend le bras très près, en dessous. Et va de paire avec un buste particulièrement près du corps. Il suffit pour s’en convaincre d’observer une veste de Lorenzo Cifonelli. Le buste est moulé et la manche apparait finement rapportée. Les volumes tailleurs sont ciselés et les emboitements savamment mis en valeur. La manche apparait comme très articulée sur le buste.

Théorème : une emmanchure haute ne s’envisage qu’avec une veste très appuyée. Une emmanchure profonde ne s’envisage qu’avec une veste très ample.

Contre exemple : j’ai déjà vu de médiocres prêt-à-porter ou même demi-mesures, d’une enseigne que je ne citerais pas, super-slim MAIS avec des emmanchures très profondes. C’était hideux. Une sorte de Dior raté. Cela clochait et faisait vraiment « chinois », passez moi l’expression. C’est qu’il y a tant d’usines sans talent là-bas.

A noter par ailleurs que l’emmanchure haute doit s’accompagner soit d’un embu important de la tête de manche (chose impossible en demi-mesure) soit d’un peu de générosité sur la largeur de l’épaule. Pour garde de l’aisance et ne pas être bloqué comme dans une armure. Deux points que cochent aisément Lorenzo Cifonelli, avec ses épaules plutôt larges et des têtes de manches volumineuses.

A4 Portrait _ Mise en page type

Toutefois, faire des emmanchures généreuses est plus facile. J’ai longtemps essayé de suivre cette tendance pour l’emmanchure haute. En butant souvent, c’est le cas de le dire, sur des clients, plutôt âgés, rétorquant se sentir serré, trop tenu sous la manche. Il me fallait alors creuser l’emmanchure, tâche fastidieuse dont je me serrais bien passé. Dès lors je me suis méfié et je reste prudent. D’autant qu’un client un jour m’a fait remarquer ce point essentiel : lorsque l’emmanchure est haute, l’effort sur le tissu sous l’effet de la transpiration est intense. La doublure s’use vite et surtout le tissu s’abrase juste sous la manche, il feutre.

Une emmanchure peut toujours se creuser, s’approfondir pour le confort. Mais jamais monter. Vous ne pouvez rajouter de tissu là où il n’y en a plus.

Dès lors, rester dans une sorte de norme m’a paru la plus sage des attitudes. Je présente ainsi ce point de mesure au client : « une emmanchure plus haute, vous la sentez un peu au début, les premières heures. Elle peut faire transpirer les sujets sensibles. Mais elle apporte un petit gain esthétique et aussi un confort différent dans les mouvements, lorsque vous lèverez les bras. »

Car le point essentiel de l’emmanchure haute, en dehors de l’articulation élégante des éléments de la veste, est le confort en mouvement. Lorsqu’elle est haute, l’emmanchure permet aux bras de bouger sans tirer le corps de la veste. Il est possible de faire quelques moulinets sans être gêné.

Toutefois, il me faut bien présenter aussi l’inverse. Dans une veste de conception généreuse et aux emmanchures un peu trop profondes, il est tout à fait possible aussi de faire quelques moulinets sans gêne. Au fond, tout cela n’est que partis-pris et lutte de chapelles. L’aisance est similaire dans une veste aux emmanchures profondes ou étroites. Le résultat stylistique en revanche, n’est pas le même.

Tant que la veste est belle et que le client aime la porter ! J’aime autant voir un vieux nager d’aise dans sa veste qu’un jeune minet faire le cador dans sa veste taillée à la serpe. Ce sont deux conceptions. Cela vaut toujours mieux que le sweat-shirt ou la veste étroites aux emmanchures béantes et mal calculées.

Bonne semaine, Julien Scavini

La veste-gilet

On ne peut pas dire que l’effervescence nous habite beaucoup ces temps-ci. Paris est curieusement si calme. Pour les commerces, je ne parle pas seulement du mien, cette mollesse inspire peu. Tout le monde semble ne s’intéresser qu’au très utile, rester chez soi, télétravailler et manger. Mince alors. Pour la vie en général, le plaisir de faire marcher la ville et la communauté, et la beauté au fond. Je ne voyais même pas quoi écrire sur le blog ce soir. A quoi bon ?

Mais il n’y a pas mieux qu’un bon bain bien chaud pour décanter les idées et les remettre en ordre. Et un peu de Brahms.

Aussi ai-je repensé aux puces et à mes derniers petits achats céramiques. Un plaisir. Je vais à celles de la Porte de Vanves. Au milieu des étales diverses et variées, du plus beau au plus ordinaire, il y a là un marchand spécialisé en belles fripes, Charvet, Arnys, Old England, Burberry’s et consort. Il présente toujours quelques chaussures élégantes aussi. J’échange toujours quelques mots avec lui. Dernièrement, mais je l’avais déjà vu en porter un par le passé, il avait revêtu une sorte de long gilet. La longueur d’une veste mais sans les manches. Ou autrement dit, un gilet mais de la longueur d’une veste.

Je ne sais s’il existe un mot pour appeler cet habit. Je sais que les catalogues d’Arnys en présentaient. Je sais aussi que le Prince Jardinier en propose (existe-t-il un site de vente en ligne avec des photos aussi floues et inélégantes ?). C’est certainement un vêtement de vénerie ou de chasse. Il a une petite allure d’ancien régime, un je-ne-sais-quoi de dignité et de panache aristocratique. Une décontraction mise en scène.

Le gilet long de ce marchand, coupé dans un tweed lourd, présente de grosses poches cartouchières à soufflets, très élégantes car les rabats sont en biais. Pas de poche de poitrine. Il se ferme comme une veste trois boutons avec des revers. Une veste presque, mais sans manche.

Le Prince Jardinier présente à l’inverse un gilet à l’allure plus martiale, avec un col de tunique. Et pour me combler, leurs exemplaires ont des passepoils contrastants aux poches. C’est frais et amusant.

En fait, je pense que la forme peut varier : revers classique ou col officier, bas carré ou arrondi, fentes dos ou fentes côtés. Suivant que le vêtement est fabriqué par un atelier de tailleur ou un atelier de chemise, ces fondamentaux peuvent évoluer.

A4 Portrait _ Mise en page type

En voyant le pucier, je me suis interrogé sur le moment. Est-ce très agréable à porter ? Suffisamment chaud ? En bref, est-ce que cela a de l’intérêt ?

Je n’aime pas beaucoup les pulls. Car soit ils mettent en avant un corps sans trop de forme s’ils sont moulants ; soit ils flottent en faisait paraitre le buste beaucoup plus gros que la réalité. Or l’avantage des pièces tailleurs, c’est que leur structure emballe et camouffle. L’entoilage donne de l’allure et un maintient au vêtement. Dès lors, ce grand gilet habille élégamment et tient au chaud le corps, en laissant les bras libres de leurs mouvements.

Ce n’est pas une mauvaise idée.

Toutefois, en termes de fabrication, c’est presque aussi cher qu’une veste à faire. Dès lors pourquoi se passer de manches pour le même prix ? Le gilet conventionnel n’a pas d’encolure, pas de tissu dans le dos où l’on place de la doublure, et il est coupé avec simplicité en quatre pans. Ce gilet-veste lui est strictement comme le corps d’une veste. Il demande donc un peu de travail.

Si j’avais du temps je m’en couperais volontiers un pour tester. Pour mon travail ce serait assez formidable. De la dignité dans la présentation, utile devant les clients, mais de la souplesse dans les actions manuelles. En fait, pour le jardinier, c’est une pièce super! En cette saison où il fait un peu chaud pour totalement garder la veste mais pas assez pour être en lin, il y a là une sorte d’intérêt!

Pour la mi-saison, et malgré mes hésitations, j’ai tendance à penser que peut-être, c’est une pièce utile et intéressante. Surtout pour l’allure en fait. Car d’allure, assurément, ce gilet n’en manque pas ! Plus que jamais il faut rester digne et élégant !

Bonne semaine, Julien Scavini

Messieurs les passepoils

Retournons ce soir aux sources du blog avec un article d’explication du tailleur sur le passepoil. Et non le « poussepoil » comme un client m’a dit récemment, ce qui m’a donné l’idée de cet article. Ce mot revient le plus souvent concernant les poches. Tour d’horizon. Le Larousse de 1901 donne la définition suivante :

 « PASSEPOIL (de passer, et poil), n. m. Militaire. Sorte d’ourlet en drap dont on borde diverses parties de l’uniforme ou qu’on applique sur certaines de ses coutures ; ENCYCL. La nuance des passepoils tranche le plus souvent sur le fond, et ils constituent ainsi un attribut distinctif. Originairement, les passepoils ont été imaginés pour permettre de remplacer aisément la partie des effets sujette à se salir et à s’user. »

La première définition donc, à mon plus grand étonnement, renvoie le passepoil à un ornement militaire et même à une sous-tâche, qui chez les tailleurs, est un travail inférieur à la grande structure du vêtement. Dans cette définition, le passepoil est similaire au sens moderne de ganse. Quoique la ganse est une pièce de tissu ramené par-dessus un bord, et non inséré dans le bord comme le passepoil. Sur la photo ci-dessous d’origine inconnue, le bord du devant est souligné par un passepoil rouge :

passepoil rouge

En effet, sur les vêtements militaires anciens, la couleur majoritaire du corps se voyait opposer aux bords une couleur secondaire, par l’intermédiaire des passepoils. Les vestes autrichiennes, un petit peu les forestières d’Arnys aussi, recourent à cet artifice permettant d’apporter subtilement une heureuse couleur secondaire, ce que la veste classique ne fait jamais. Sur la photo ci-dessous, une veste autrichienne présente un passepoil au bord en suède marron, comme du cuir, rappelant le col. Col qui lui-même présente un passepoil rouge.

passepoil veste autrichienne

Ceci dit, une définition plus moderne du mot est utile pour avancer. Le Larousse actuel donne la définition suivante :

« Bande de tissu, de cuir prise dans une couture pour former un liseré et servant de garniture. Ou. Ourlet en drap dont on bordait diverses parties de l’uniforme militaire ou qu’on appliquait sur certaines de ses coutures. Ou. Lanière prise en couture dans le rapprochement de deux pièces d’un sac, d’une tige de chaussure, etc. Ou. Tresse ronde servant à souligner l’arête d’un siège, d’un couvre-lit ou le bord d’un coussin. »

Cette définition est précise et large, c’est intéressant. Pour faire simple, un passepoil est une petite pièce d’étoffe (ou de cuir) prise entre deux coutures et qui forme un petit un bourrelet. Ce bourrelet peut-être plat (dans le cas d’une poche) ou rond s’il est rembourré d’un cordon (c’est le cas en tapisserie pour les fauteuils). D’ailleurs les anglais pour désigner des passepoils disent « piping », un vocable de tuyauterie. Imagé!

De nos jours, en textile, le passepoil est plus une manière de faire les poches que de rehausser d’une couleur. Quelques confectionneurs utilisent encore le passepoil coloré pour border la doublure, comme sur cette photo :

passepoil doublure

Il y a quelques années, j’avais fait un petit explicatif de couture pour montrer comment réaliser des passepoils convenablement, à l’occasion de la fabrication d’un gilet.

Les passepoils, c’est un peu l’alpha et l’oméga d’une veste voire d’un pantalon. C’est là que le tailleur prend du temps, car il y en a beaucoup à faire. Et c’est une opération plutôt longue et délicate. D’autant que les passepoils sont généralement situés là où la veste va endurer de l’effort : l’entrée des poches. Ci-dessous, la poche d’un smoking, deux passepoils brillants, simples :

passepoil smoking

Parce que le passepoil est un ouvrage précieux et délicat, James Darwen dans Le Chic Anglais dit page 67, que « les poches sont taillées dans le vêtement, et non plaquées. » Je comprends cette affirmation péremptoire dans le sens que les poches plaquées, c’est bon pour les paysans, la facilité même à fabriquer. Et la facilité d’ailleurs à remplacer si elles craquent. A l’inverse, les poches passepoilées, par leur longueur d’exécution, par la finesse de l’ouvrage et par leur fragilité intrinsèque, c’est une poche d’élite !

C’est pour cela aussi que les vestes dîtes de « workwear » sont dépourvues de poches passepoilées, trop raffinées, trop coûteuses, trop fragiles. Trois carrés plaquées à la machine à coudre sont plus économiques et endurants.

Le passepoil donc, sert aux poches. Ces poches sont aussi appelées poches crantés. Cranter le tissu, c’est le transpercer au ciseau. Ce que l’on fait pour ouvrir la crevée dans laquelle passera la main.

Si vous prenez une pièce de tissu, percer celle-ci pour y ouvrir une poche est simple. Mais protéger les bords du tissu de l’effilochure n’est pas simple.

Ainsi a-t-on recourt aux passepoils, deux minces bandes qui encadrent et protègent l’ouverture. Sur une veste, il y a deux poches sur le côté à l’extérieur et parfois une poche ticket. A l’extérieur toujours, la poche poitrine n’est pas passepoilée, c’est une autre technique. A l’intérieur ensuite, il y a généralement trois à quatre poches passepoilées.

Pour chaque poche, on peut compter un passepoil en bas, un passepoil en haut. Entre ces passepoils, il est possible de disposer une patte, aussi appelée rabat (comme à l’extérieur) ou une patte triangulaire (comme à l’intérieur). Sur la photo ci-dessous, le rabat s’intercale entre les deux passepoils. De fait, celui du bas est caché.

passepoils poches

Normalement, les passepoils se coupent à 90° du tissu général, pour être dans le sens résistant. Il n’est donc pas possible de raccorder les passepoils au motif de la veste. Sauf chez Anderson & Sheppard à Londres, qui les coupe avec raccord, comme sur la veste ci-dessus…!

Le pantalon compte généralement deux poches passepoilées à l’arrière. Les poches de côté du pantalon sont généralement réalisées dans un biais par une technique simple. Mais les tailleurs grande mesure adorent montrer leur savoir-faire en réaliser les poches de biais, et passepoilées. Il faut l’aisance d’un pantalon à pinces pour cela. Disposée un peu plus en avant sur la cuisse, la poche côté passepoilée est la simple démonstration d’une fine qualité et d’un certain tapage de la technicité. Car à vrai dire, c’est assez laid. Sur la photo ci-dessous, le tailleur Edward Sexton a essayé de réinterpréter son héritage tailleur pour proposer une poche avant de pantalon, passepoilée, à un seul passepoil épais :

pantalon poche passepoilée coté

A l’arrière du pantalon, les poches présentent parfois un seul gros passepoil. En réalité, celui du haut descend (sans s’enrouler sur lui-même) et celui du bas monte un peu plus pour recouvrir celui du haut. Me suivez-vous ? Il en résulte un passepoil unique et un peu large appelé… passepoil paysan. Une manière des tailleurs pour dissocier au cœur de leur corporation ceux qui font comme les grands, et les autres… Les règles de l’art des guildes ne se discutent pas. La petite poche gousset à l’avant des pantalons est parfois présentée sous la forme d’un petit passepoil paysan comme sur la photo ci-dessous :

passepoil paysan

Là encore, le passepoil paysan ne doit pas être confondu avec la poche poitrine, qui est une autre technique.

Double ou simple, vestes et pantalons sont à ma connaissance les seuls endroits où les tailleurs réalisent des passepoils. Et pour contredire la première définition, il est impossible de modifier, de remplacer des passepoils usés, car ils sont la poche même. Impossible de trifouiller quelque chose à cet endroit. Un passepoil craqué à l’angle est foutu. Les coins des passepoils sont leur talon d’Achille.

C’est pourquoi pour les rudes vestes d’extérieures et pour les blousons de cuir, les bouts des passepoils sont renforcés de mouches brodées ou plus sûrement de triangles de tissus cousus. Ou en tailleur fin, par des demi-lune comme sur la photo ci-dessous :

demi-lune

Les passepoils des poches sont donc de petits bourrelets aplatis de tissus qui garnissent l’ouverture. Jusqu’aux années 1920, lorsque le coût des ouvriers et ouvrières était ridicule, et lorsqu’il était de mise de piquer à la machine avec des points super serrés (qui abimaient la vue des ouvriers et ouvrières, mais qu’importe), les passepoils étaient ridiculement minuscules. Les ouvertures des poches faisaient à peine deux fois 1 millimètre. Une apothéose de miniaturisation textile permise par les ouvriers comme je viens de le dire, mais aussi des tissus à la densité exceptionnelle, inconnus aujourd’hui. Sur la photo ci-dessous, l’exemple des boutonnières est frappant. Les passepoils de celles-ci sont minuscules :

passepoils anciens

De manière standardisée, un passepoil sur une veste fait plutôt 5mm de nos jours, bien que les belles confections italiennes essayent de conserver 4mm. L’ouverture d’une poche est donc d’environ 1cm.

Petite rareté, les passepoils sont parfois utilisés pour réaliser des boutonnières. Sous l’ancien régime, les boutonnières passepoilées étaient aussi répandues que les boutonnières brodées. Avec le temps, les civils ont plus recourus aux boutonnières brodées. Les habits militaires ou de corps civils, comme les Académiciens, ont conservé jusqu’à nos jours les boutonnières passepoilées. Comme d’ailleurs encore les vestes autrichiennes et les forestières. L’occasion d’apporter de petites touches de couleurs. Sur la photo ci-dessous d’un forestière Arnys, les boutonnières passepoilées sont en vert. Comme l’intérieur du col. Et comme le passepoil inséré en bordure de la poche.

forestière

Une idée formidable et raffinée que j’ai réutilisée pour mes propres Maubourg. Les boutonnières passepoilées coûtent fort chères à réaliser, mais sont très élégantes. Toutefois lorsqu’elles sont d’une couleur contrastée, les clients sont effarouchés devant tant d’audace. Alors je me contente de proposer des boutonnières ton sur ton. Dommage toutefois.

Voilà pour le tour d’horizon de ce pinacle de l’élégance masculine. Un mot porteur d’histoire. Un ouvrage technique et savant. Le passepoil permet ainsi de transformer la veste en un vrai sac à main. Elle devient un couteau-suisse aux multiples rangements !

Bonne semaine, Julien Scavini

La chemise par dessus le pantalon ?

La période du confinement fut l’occasion de passer un peu de temps devant la télévision. Pour une fois. Si les soirées étaient un amoncellement de choses passables, les après-midi avaient plus d’intérêts, en particulier les vieux films. Ce fut l’occasion pour moi de revoir, ou presque de voir tant mes souvenirs étaient éloignés, le film « Le Cave se Rebiffe ». Oh que j’ai apprécié ce moment. Pas une phrase anodine, tous les dialogues sont ciselés. Une pure merveille aussi pour les costumes. Il y a un long article à faire pour décortiquer les tenues des uns des autres, si nettes et si élégantes.

Après ce rapide visionnage dans la mollesse de ces longs après-midi, j’ai acheté le film en VOD et je l’ai regardé de nouveau. Quel plaisir. Une séquence en particulier m’a intéressé, en rapport avec l’augmentation des températures de ces derniers temps.

La scène se passe à l’hippodrome, qui d’après le scénario se trouve en Amérique du Sud. En réalité, c’est celui de Deauville maquillé de quelques palmiers, Jean Gabin ne voulant pas descendre en dessous de la Loire par convenance personnelle. Il est avec Bernard Blier venu lui causer d’une nouvelle affaire aux profits faramineux… Ce dernier a ostensiblement chaud, il s’essuie le visage et porte sa veste sous le bras. A l’inverse, le personnage joué par Jean Gabin est à l’aise. Une aise royale !

Ils regagnent la décapotable de Jean Gabin, l’occasion de mieux découvrir la tenue de ce dernier. Elle est simplement composée d’une chemise, probablement en lin, à quatre poches, type saharienne. A cela s’ajoute un pantalon probablement en laine ou en mélange avec du mohair (ou du tergal à l’époque) et des souliers bicolores. Une tenue simple qui rejoint mes multiples interrogations ici sur l’élégance – décontractée mais pas trop – pour l’été.

Le grand intérêt de la tenue se trouve dans cette chemise portée, non dans le pantalon, mais par-dessus. C’est n’est certainement pas canonique. La bonne pratique impose de rentrer sa chemise dans le pantalon.

Pourtant, force est d’admettre que sa mise est élégante et racée. Qui oserait critiquer ?

Car le personnage de Jean Gabin compense cette apparente légèreté par une grande rigueur des coupes, des matières et des textures. Ce qu’il porte est beau. Cela se voit. Et il le porte bien, au-delà de cet aspect relâché. L’élégance des pièces fait cent fois oublier cette petite décontraction. Il respire l’aise – idéal sous le soleil – mais aussi le bon goût. Trois éléments plus le chapeau seulement : chaussures, pantalon, chemise. Un triptyque simple pour l’été. Et un maillot de corps sous la chemise.

Sortir la chemise du pantalon est peut-être plus beau car il a du ventre. C’est vrai.

Sortir la chemise du pantalon présente un avantage à mes yeux, celui de laisser celle-ci relativement nette. J’explique.

Lorsque l’on met sa chemise dans le pantalon, bien comme il faut, avec la ceinture bien ajustée, on est beau, les lignes bien tendues. Mais alors, il suffit de s’asseoir ou de bouger quelques temps pour qu’immanquablement la chemise s’extirpe du pantalon. Cela finit par être l’occupation permanente : remettre la chemise en place.

Mais hélas, on finit par avoir l’air d’être passé par la gueule d’une vache. On a beau tendre cette chemise bien en place contre le ventre et les flancs, elle est de moins en moins nette.

Dans la manière de Jean Gabin, s’asseoir froisse aussi le dos de la chemise, à la manière du polo. Mais au moins s’épargne-t-il cette tâche permanente de tout remettre en ordre.

Je ne dis pas qu’il faut ainsi faire pareil tout le temps. Seulement, en quelques moments choisis et avec de très beaux vêtements qui parlent d’eux-mêmes, c’est raffiné.

Dernier point. La chemise doit-elle être plus courte pour cet usage spécifique ? C’est probable mais peu marqué sur Jean Gabin. La ligne du bas de la chemise n’est pas arrondie sur les côtés mais fendue, une façon de coupe qu’utilisait Maria Fritollini, charmante chemisière qui travaillait auparavant à Paris. Cela donne une ligne plus proche de la veste.

Les marques modernes qui vendent des chemises à porter dessus le chino ont choisi de raccourcir les modèles, parfois de manière importante. Je soupçonne une économie de tissu plutôt qu’une vraie réflexion. Admettons qu’il soit mieux des les faire courtes. J’aurais tendance à dire, pas trop tout de même. Sur Jean Gabin, c’est précisément l’opulence et une certain longueur qui ne fait pas chiche, qui donne cette beauté à la tenue.

A voir et à essayer ! En musique.

Les aperçus d’écran sont difficile à obtenir car iTunes bloque cela. J’ai du photographier mon écran, pas simple. Les différentes vues permettent de se faire une idée plus précise de cette fameuse chemise. Elle présente des empiècements un peu « cow-boy » et des stries verticales. Les petites fentes latérales sont fermées par des trois boutons. Les deux poches basses m’ont l’air un peu factice. Les souliers sont de beaux richelieus, dans la pure tradition! Quel chic de s’habiller ainsi sous les tropiques. Les images s’agrandissent en cliquant dessus :

 

[EDIT] d’après le signalement général, cette chemise est une guayabera. Je suis ravi de savoir ce que c’est maintenant, je me coucherai moins bête!

Bonne semaine, Julien Scavini

 

La veste couleur « paille »

L’été, l’inspiration est toujours un peu moindre pour s’habiller élégamment. L’hiver, tweeds et flanelles proposent de nombreuses couleurs et une variété importante de motifs, unis, faux-unis et carreaux. Mais l’été, il semble que la garde-robe doive se faire plus discrète, plus simple. Pourquoi d’ailleurs ? C’est une excellente question.

Peut-être tout simplement car le bonheur est plus simple lorsque les températures sont clémentes et que les vacances approchent ? L’idée de se laisser vivre, de laisser faire, va alors de pair avec une penderie simple, des blancs, des bleus ciels, quelques beiges, de l’écru… A l’inverse de l’hiver où la lutte contre le froid s’accompagne d’une volonté de mettre en évidence avec panache cette recherche. Le vêtement, plus que nécessaire, se drape dans la complexité. Les couches s’empilent, cardigan, chemise, cravate, veste, pardessus, etc… Une abondance de tissu au double écho, pratique d’abord, esthétique ensuite.

A4 Portrait _ Mise en page type

La lumière d’été si écrasante et naturellement réconfortante se suffit à elle-même. Sous la pluie il faut déployer des trésors d’inventivité pour contrebalancer la morne nature. Mais sous le soleil au contraire, il faut accompagner en douceur cette clarté. Avec simplicité je crois. Plus l’on s’habille plus la recherche est importante ; moins l’on s’habille, plus une essence de simplicité élégante se fait jour ?

J’avais fait il y a quelques temps un article sur la veste de couleur tabac. Une merveilleuse teinte polyvalente et efficace en cette période. Étudions cette semaine la veste de couleur « paille », une nuance plus jaune et plus claire que le tabac.

J’avais acheté il y a de nombreuses années une sublime veste chez Hackett au temps où la marque anglaise vendait chez Old England. Un mélange je crois, laine, lin et soie. La couleur de la paille vraiment, avec une nuance verte assez appuyée en plus. Cette teinte facile s’accommodait très bien à des pantalons de coton de la même teinte ou plus clairs. Il n’y avait pas de risque de faire costume dépareillé, car les surfaces s’opposaient, soyeux contre mat. J’avais même tenté plusieurs fois le chino marine, qui allait assez bien car le tissu de la veste présentait de très légers carreaux marine justement. Et bien sûr, avec un pantalon gris clair, c’était tout à fait classique.

Cette veste, j’ai eu plaisir à la porter, puis au fil du renouvellement vers une qualité entoilée plus agréable, elle est partie à la cave où elle se trouve encore. Et c’est souvent que je me prends à penser à sa remplaçante.

Il me semble que cette nuance de beige est très agréable pour cette saison, pratique en même temps que lumineuse et remarquable. Faut-il encore trouver le bon beige, car très vite cette teinte chez les drapiers tire sur le vert, le grisâtre ou encore le jaune verdâtre. Ce n’est pas une recherche évidente. D’autant qu’il me semble que chaque client voit le jaune à sa manière. Enfin, c’est une impression, j’ai toujours l’impression de pas décrire les mêmes beige / sable que les messieurs en face de moi. D’après les commentaires, l’appréciation de cette couleur est très variable d’une personne à l’autre. Un tel trouvera ce beige chaud et agréable, un tel autre le trouvera laid. C’est plus tranché que pour un gris.

La laine unie genre gabardine n’est pas le meilleur choix me semble-t-il. Elle est souvent teinte en pièce et trop unie, trop proche du costume. Au contraire, là, il faut un peu de matière, un peu de relief, de la profondeur malgré la simplicité de la teinte. Un effet chiné, fil à fil, est préférable je pense. Pour donner un peu de richesse à la veste.

Un mélange avec du lin, ou de la soie est donc à privilégier. D’autant que les drapiers ne sont pas avares en la matière. Là où l’hiver est très simple dans les matières mais très varié dans les motifs et oppositions de couleur, l’été est sage en coloris mais pas avare en matières et beaux mélanges.

La laine apporte toujours la souplesse et la légèreté. Aucun tissu n’est plus adapté à l’élégance tailleur. C’est un fait. Le lin apporte une touche plus matte et une raideur à l’étoffe. Et il sèche très vite de la transpiration. Bon point. La soie contrebalance un tantinet le lin en apportant souplesse et luminosité, comme les drapiers font avec le cachemire en hiver.

La veste de la couleur de la paille, une beige assez chaud en fait, éclatant, est un juste milieu entre la veste en lin écru, de couleur naturelle, et la veste tabac, et à côté du blazer. C’est un modèle simple et polyvalent admirablement rehaussé par un tissu raffiné. Une belle opportunité pour composer des tenues variées, avec des pantalons blancs, gris ou beige voire bleu, avec des chemises blanches ou bleu ciel, ou plus complexes. La simplicité tout en élégance je crois.

Ci-dessous quelques échantillons trouvés dans mes liasses. Un peu de tout. J’ai écrit une légende sous chaque image, lorsque la souris passe sur la photo.

Bonne semaine, Julien Scavini

Une élégance du chiche

A chaque époque son paradigme d’élégance. L’après première guerre mondiale consacre l’homme poupée, aux épaules étroites et à la taille très pincée. Pour des chercheurs, cette allure juvénile qui se remarque dans les gravures commerciales est le souvenir d’une jeunesse considérablement balayée.

A l’inverse, les années 30 déclarent l’homme surhumain, et les costumes sont amples aux épaules, taillés en V, pour donner une carrure, préfiguration du look armoire à glace des années 50.

Il serait possible de penser que chaque décennie définie ‘son homme idéal’ en représentation, un étalon dans le sens du modèle. Les costumes sont coupés pour cet homme-symbole et tant pis si les autres ne rentrent pas dedans. En découle une liaison immédiate à l’âge. Quel est l’âge de l’homme idéal? Est-ce le quarantenaire au sommet de la réussite financière comme dans les années 80, Michael Douglas ou Richard Gere, hommes déjà mûr ; ou le minet androgyne fraichement sorti d’une école de design ?

Ainsi, suivant la période c’est le jeune qui s’habille comme l’âgé. Et inversement. La mode régence du dandy Brummell, très étriquée était parfaite pour la jeunesse dorée, les vieux lords bedonnant devaient suivre. A l’inverse, le confort des coupes des années 90, bourgeoises en diable, habillaient très bien le quarantenaire riche et affairé.

FIG219

De nos jours, il semble que la jeunesse fasse la tendance. Vestes courtes, pantalons serrés, reflets d’une époque aimant les corps minces, ‘au naturel’. Un lien sociologique et par tranche d’âge serait extrêmement intéressant à établir par une recherche approfondie.

Si sur un jeune homme, les coupes étroites vont bien, sur un monsieur, c’est parfois ridicule. Prenez notre Ministre de l’Intérieur, M. Castaner. Tout le monde admettra que c’est une homme bien bâti, un ‘beau mec’. Mais observez le chiche de l’allure! La veste est trop étroite aux épaules! La poitrine trop petite pour un tel coffre.

Enfin et surtout, les revers minuscules accentuent l’effet général : la tête parait énorme posée sur ce corps de garçonnet. Un vrai bilboquet. C’est d’autant plus triste qu’on sent bien, au fond, que l’homme aime les costumes et les tissus (notamment des carreaux discrets). C’est tout de même triste comme allure.

Beaucoup de messieurs gagneraient ainsi à s’étoffer un peu plus, dans le sens le plus propre du terme. Pour ne pas rendre visuellement leur corps boudiné de la sorte. Un costume étroit fait paraitre … gros. Il n’y a pas d’autre terme hélas. Même le Président Macron qui semble avoir pris un peu de poids dernièrement (cela se voit notamment au visage qui s’arrondit) parait de plus en plus petit dans ses costumes.

Mais de cela ils ne sont pas responsables, ou si peu, baignant dans un microcosme où le costume slim est la norme. M. Bernard Arnault donne d’ailleurs le la, avec ses costumes très minces. Mais il l’est tout à fait lui-même. Ramené à une population plus générale, c’est vraiment dommage cette mode française du chiche.

Car à l’inverse, les italiens proposent comme une force, aux hommes de paraitre tout simplement … bien bâtis. Sans parler des américains (et donc en partie de l’allure Suit Supply qui est très inspirée par l’Oncle Sam) qui aiment l’opulence de lignes faites pour des hommes. Des hommes d’âge mur, des hommes qui ne veulent pas paraitre minuscules dans des costumes étriqués.

Avoir un costume avec un peu d’ampleur ne veut pas dire nager dedans. Ne veut pas dire trop grand.

Avoir un costume avec un peu d’ampleur veut simplement dire confort et aisance. ET renvoie une ligne étoffée qui peut logiquement être le signe d’un intellect étoffé et solide. S’habiller de manière étriquée renvoie forcement quelque part à une philosophie d’existence!

Ci-dessous quelques images d’Attolini. Le mannequin d’un certain âge porte des vêtements qui lui sont adaptés. Il ne cherche pas à passer pour un jeune, ce qu’il n’est plus. Le style, les carreaux, les rayures, cela se discute. Le confort des vestes et la ligne des épaules en revanche font vrais. Il n’y a pas de volonté de rentrer au chausse-pied dans le vêtement!

 

Belle et bonne semaine, Julien Scavini

Le costume en coton

Évidemment, nous avons passé deux mois enfermés alors qu’il faisait un soleil radieux à l’extérieur. Et parfois même chaud. En ce jour attendu de déconfinement, il a plu! Je l’avais parié avec un ami sur un ton de badinerie il y a quelques semaines sans penser que … cela serait vrai. J’aurais du jouer un sous. Quoiqu’il en soit, en Mai, il est temps de sortir les tenues d’été de leur remise.

J’affectionne bien les costumes beige, car cela change résolument des couleurs de l’hiver, du gris et du marine général. Et puis cela se voit si peu. Un petit esprit suranné flotte sur le costume sable. C’était un grand classique de la garde-robe qui s’est perdu. Je pense surtout que celui-ci détonne probablement trop dans les environnements de travail institutionnels.

Il est évident que d’autres dépenses passent avant le costume beige. Là où il est possible d’envisager un peu plus de vêtements pour l’hiver, en tweed, flanelle et autres lainages lourds, l’été donne surtout envie de se vêtir le moins possible.

J’ai la chance par mon travail de pouvoir être en costume. Et en costume sable l’été. Donc je ne me prive pas.

Bien sûr on ne le dira jamais assez, la laine est la matière la plus respirante qui soit. Surtout si la trame de tissage est résolument ouverte, si les fils sont espacés. La laine froide a cet avantage de laisser passer une petite brise. Et un peu de mohair rend le tissu plus solide.

Toutefois à côté de la bien heureuse toison, je me suis essayé en 2015 à un grand classique masculin, le costume en coton. Les militaires depuis longtemps utilisent cette matière pour les uniformes tropicaux. Dans la vie civile, le costume de coton connait une grande variabilité de modes. C’est surtout une icône de la garde-robe américaine, pays qui subit des chaleurs écrasantes l’été. Et les anglais ont su lui donner ses lettres de noblesses.

Le coton a l’immense avantage de ne pas gratter par rapport à la laine. Un fait indéniable. Il est assez neutre thermiquement. En revanche le tissage serré ne laisse pas du tout passer l’air. Mais il sèche rapidement en contrepartie. Une longue succession d’avantages et inconvénients ne permettrait pas de toute façon de trouver un consensus pour ou contre. Le coton froisse presque autant que le lin, mais il est plus souple. Le lin est plus frais, mais le coton d’un entretien plus facile, etc… La lutte serait sans fin.

On dit généralement que les tailleurs n’aiment pas travailler le coton. Et c’est bien vrai. Cette matière, c’est la chienlit. Elle est difficile à travailler d’abord car toutes les coutures marquent. Même les bâtis laissent des marques. La mise sur toile est bien difficile, car c’est jamais net. Le coton ne drape pas, ne gonfle pas. Il n’a aucune mystique, aucune supériorité. Il est plat et sans relief. Le lin est bien plus facile et pardonne beaucoup au tailleur. Pas loin de la laine qui est généreuse et le tailleur son maître absolu. Le coton lui est revêche. Le coton n’en fait qu’à sa tête. Le coton marque!

Et puis alors surtout, le coton rétrécie. Vous avez beau le décatir, le laver, le repasser, il rétrécie. A cela se rajoute pour la veste en particulier sa rigidité. Même les cotons les plus fins sont raides. Et cela se ressent immensément dans la veste. Il n’y a pas d’élasticité naturelle. Là où la laine accompagne tous les mouvements ou presque, le coton reste là, il n’aide en rien. Et pour le porteur, pour le client, le couperet est souvent immédiat avec un manque de confort certain.

Pour ces deux raisons, le rétrécissement et la rigidité, j’ajoute en général à la commande une demi-taille sans le dire au client. Surtout aux épaules pour éviter qu’elles ne soient bloquées. C’est d’ailleurs un peu la même chose pour les vestes en velours. Un costume, donc une veste en coton, ne peut pas être près du corps, sinon, rien ne bouge. Et l’été en particulier, l’aisance est primordiale.

A4 Portrait _ Mise en page type

Une anecdote à ce sujet. L’année dernière, un client m’a commandé un costume en coton après quelques costumes en laine plutôt bien réussis. J’étais très réservé sur le costume en coton connaissant les exigences précises de ce client précis, et toutes les difficultés énoncées. Le costume arriva et quelque chose clochait sans pouvoir dire quoi. Mais ça tombait pas trop mal. Pas génialement, mais pas trop mal… Il se révéla au troisième et dernier essayage, le pantalon et la veste n’étaient pas coupés sur le même côté du tissu. En gros le pantalon présentait la face et la veste l’envers… Imperceptible à l’œil car le coton est d’un tissage très basique. L’atelier n’avait pas vu. Bref, j’ai relancé une nouvelle veste. La seconde , identique à la première, était pourtant trop serrée là, trop imparfaite ici.

Je le voyais sans pouvoir dire grand chose autre que, le coton, c’est une plaie pour les tailleurs. Et que j’aimerais faire mieux. Mais c’est du coton. J’ai fini par rembourser le client échaudé et moi avec. Heureusement un habitué s’est trouvé agréablement bien dans celui-ci, et je n’ai pas tout perdu…

Quoiqu’il en soit et malgré toutes ces problématiques, j’en suis à mon troisième costume de coton. Deux beige d’abord. Et un marine arrivé l’année dernière et pas encore tout à fait terminé. La vie est longue et je l’aurais un jour, rien de presse. Comme je les taille à peine ample, ils tombent bien. Enfin, autant que le coton puisse.

J’apprécie l’aspect un peu moins habillé que les costumes en laine. Ce léger froissé apporte une touche de décontraction intéressante. Un détachement. En même temps c’est un trompe l’œil, car le costume en coton, d’un coût similaire au costume en laine, est un détachement calculé. Une allure étudiée faussement décontractée.

Une forme de solidité, de rusticité se dégage du costume en coton. Un esprit d’habit de travail peu recherché, une tenue humble.

Le fait est que lors des fortes chaleurs, le costume en coton est agréable à porter, en particulier bien sûr le pantalon. Et puis surtout, cela permet aux costumes de laine de se reposer et de ne pas s’abimer à cause de la transpiration. Une variété stylistique doublée d’un intérêt de conservation. Allier l’utile à l’agréable!

Et puis avec deux costumes en coton, l’un sable, l’autre caramel, il est très élégant d’échanger les vestes et les pantalons. Un petit air de ce qui se faisait au début du siècle, où personne vraiment ne portait jamais le complet intégral, et où les couleurs claires étaient mixées entre elles. Un sublime camaïeu lumineux.

Bonne soirée, Julien Scavini

Un petit ajout : j’ai testé mes costumes dans un coton type chino, en 260grs ce qui me parait un bon poids. Plus lourd rendrait la veste trop raide je pense. Plus fin est possible mais froisse très fort. Un petit pourcentage d’élasthanne aide au confort, c’est certain sur la veste.

Les slippers

L’élégance veut qu’en France on ne reçoive jamais en chausson. On met des chaussures. Il existe toutefois un soulier aussi élégant que décontracté, les « slippers ».

En bon français, il serait préférable d’utiliser le terme pantoufle. Toutefois, le XIXème siècle a attaché aux pantoufles une nuance péjorative. C’est le petit bourgeois qui met des pantoufles, car il n’a pas assez de sous pour bien se chauffer. Même petit bourgeois qui se contente de sa rente pour ne rien faire, avoir une existence oisive, bref pour pantoufler. La pantoufle renvoie très vite aussi à de piètres chaussons, un peu ringard.

Et puis il y a l’anglomanie toujours appréciée des gentlemen, un appel au tweed et aux salons en cuir. Dire « slippers » plutôt que pantoufles ou chaussons est une manière de rendre supérieur ce qui n’est qu’un meuble pour les pieds, comme on aurait dit au temps de Mme de Sévigné. Le « slipper » est plus chic que la pantoufle. Même si je dois reconnaitre une certaine poésie à ce vieux terme français presque inchangé depuis ses origines au XVème siècle. L’incise du f et du l est rare et élégante.

L’homme n’a pas toujours eu le chauffage centrale et depuis toujours, il fallait bien se couvrir les pieds, dehors et mais aussi en dedans. Au Moyen-Age les hommes élégants recourent à des souliers prenant leurs noms dans le bestiaire : des poulaines et des mules. Il fallait bien des souliers plus raffinés pour l’intérieur que les chausses boueuses. Et cela tenait chaud. Comme d’ailleurs on recourait à un couvre-chef en intérieur, bonnet de nuit ou bonnet de jour pour avoir chaud.

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Poulaines et bonnet d’intérieur

Il semblerait que très tôt le chausson fut inventé aussi comme une sorte de chaussette moelleuse à mettre dans les sabots. C’est assez logique, le sabot est très rigide et il n’amortit pas les chocs de la marche. Les paysans mettaient de la paille entre le sabot et leur pied. Nul ne doute que les plus argentés recouraient à quelque chose de mieux que la paille : de la laine, du cuir souple ou de la fourrure?

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Sabot rembourré de paille

Les notices historiques trouvées sur internet placent toutes la découverte de la pantoufle en orient, ce qui est à mon avis une erreur d’analyse. Je pense que partout devaient être conçus des chaussants simples, efficaces et chaleureux pour les pieds. D’ailleurs, au XVIème siècle, le mocassin est bien arrivé en Europe par le Québec, du terme amérindien algonquin le « makizin ». Ce chaussant souple et plutôt non lacé est aussi un apport. Et je pense que des steppes d’Asie via la Russie devaient venir aussi une foule de petites chaussures molles et chaudes. Le chausson, la pantoufle, sont une habitude de partout.

Ce qui est sûr en revanche, c’est qu’au XVIIème siècle, avec la vague de l’orientalisme, marquée en particulier par l’appropriation des tissus « indiennes », toiles imprimées et autres seersucker, la pantoufle a connu un essor stylistique. Ce qui venait d’Orient plaisait, une certaine richesse à l’allure nouvelle et exotique. Comme d’ailleurs les broderies sur les bonnets de nuit. Il y a beaucoup en partage entre ces deux vêtements. Et avec le banyan, une immense robe de chambre richement ouvragée qui doit son origine aux kimonos japonais et autres tenues indiennes.

banyan et mule
Un banyan porté avec des mules en intérieur.

Pour l’intérieur, les riches européens voulaient faire riche, un écho à l’architecture et à la décoration, Louis XV et Louis XVI n’ont-ils pas mis au goût du jour la débauche ornementale ? La richesse décorative était bien vue. Dès lors, les beaux escarpins étaient plus intéressants que la grande botte en intérieur.

Les ornements liturgiques catholiques font honneur à la pantoufle. Les chaussons pontificaux, ouverts en velours rouge puis blanc sont de dignes pantoufles. Mules et sandales, chaussures légères de gens ne partant ni à la guerre ni aux champs forment les justes réponses en intérieur, espace tempéré où la beauté et l’ornement comptent.

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Mules liturgiques du XVème siècle, Suède.

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« Slippers » de Pie X (1835-1914)

D’ailleurs il convient de rappeler que pour bien des aristocrates, sortir dans la rue était bien rare. La vie en fait, se passait en intérieur. Ou dans un carrosse. Et donc le soulier d’intérieur était presque plus utile que les robustes chaussures et bottes en cuir. Pour arpenter les tapis des élégants salons, mieux vaut une pantoufle confortable. C’est pour cela que je ne suis pas sûr que l’on puisse plaquer tout à fait le concept contemporain de pantoufle, qui est vraiment la chaussure de la décontraction intérieure et intime au 20ème siècle, sur les habitudes des XVII et XVIIIème siècles.

Constatons cette intuition dans cet extraordinaire plan du film Ridicule (1996 – Patrice Leconte) lorsque Louis XVI remet le cordon de l’ordre de Saint-Louis à un Apache. Un mocassin d’intérieur français à boucle face à un mocassin amérindien. Costumier et réalisateur font preuve d’une grande érudition historique et stylistique :

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Scène du film Ridicule. Louis XVI face à un Apache.

 

Après cette première phase d’orientalisme, de nombreuses autres vagues de turqueries se sont entremêlées à des époques où l’empire ottoman fascinait. Dignes époques où le monde savait mêler des cultures avec élégance et richesse ornementale. Le chapeau fez, cône rouge en feutre des pays de Méditerranée et les pantalons bouffants sont ramenées par des militaires et explorateurs de tout poil. Bonaparte rapporte d’Egypte des senteurs d’ailleurs, engouement confirmé par la guerre de Crimée qui voit les Européens s’allier aux Ottomans contre les Russes.

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Le peintre Horace Vernet (1789-1863), en pantalon à l’ottomane et « slippers ».

La pantoufle entourant le pied (comme une charentaise) côtoie aussi la forme laissant le pied libre à l’arrière, inspirée des babouches, appelée en français les mules, ou claquettes. Les allers et retours n’ont de cesse entre l’orient et l’occident au sujet de la chaussure d’intérieur. Il est impossible d’y trouver une vérité absolue. Toutefois, sous le second Empire en France et sous la Reine Victoria au Royaume-Uni, une très importante vague d’orientalisme étreint les hommes et les chaussons d’intérieur brodés sont légions. C’est vraiment à cette période que se sédimente le « slippers », escarpin délicat en velours brodé. Mais pas que de symboles orientaux, quelques broderies à la précolombienne plaisent aussi. Mais parfois la pointe de ces « slippers » rappellent aussi un peu les poulaines du moyen-âge, à une époque fascinée par le gothique. En bref, le XIXème siècle est celui de l’éclectisme. Ainsi donc, de partout et de tous les temps est né le « slipper ».

slippers victorien 1850 - 1870
Slippers d’époque Victorienne

Évidemment, ce siècle bourgeois renvoie les « slippers » à une étroite frange de la vie domestique ou des grandes sorties. Parait-il que sous l’influence du Prince Consort Albert, époux de Victoria, le « slippers » du soir, en cuir vernis avec un papillon serait né, l’ « opera pump ». En dehors de cela, le mocassin souple en tissu n’était pas la chaussure utile pour la vie industrieuse de la nouvelle classe sociale montante. Bottines et richelieus sont progressivement devenus plus utile en ville, dans les usines, dans les bureaux. Et cela jusqu’à nos jours.

 

opera pump
Frank Sinatra mettant des « opera pump »

Les anglo-saxons ont créé une différentiation entre le « loafer » et le « slipper », chose que nous n’avons pas en français, nous mettons tout dans la catégorie mocassin. Car je traduis slipper préférentiellement par mocassin d’intérieur plutôt que par pantoufle, terme trop large. Le « loafer » d’extérieur est un peu plus montant et emboitant sur le pied que le « slipper » d’intérieur. Lui est vraiment semblable à une ballerine, très ouvert sur le cou de pied.

Notons avec amusement que le penny loafer est en fait un slipper loafer, très échancré. C’est le début d’une hybridation. Dans les années 60, le mocassin ouvert, donc le « slipper » est passé à la ville. Italiens et américains s’en sont donnés cœur joie. Agnelli fut l’un des premiers à une époque où la City de Londres voyait d’un mauvais œil cette décontraction vestimentaire. Le mocassin a gagné du terrain sur les souliers fermés. Aux Etats-Unis le mocassin à mord de Gucci a enfoncé le clou, sur la frange chic et les car-shoes, mocassin à picots mous, sur la frange décontracté.

 

De nos jours, le « slipper » dans le sens d’un mocassin d’intérieur se trouve un peu, soit pour le soir comme « opera pump » en cuir vernis, soit pour la maison en velours. Les broderies tapageuses sont une vanité amusante. La maison Matthew Cookson est la spécialiste à Paris de ce genre d’amusement. Mais enfin c’est une vanité coûteuse, il y a peut-être d’autres chaussures à acheter avant. A moins de considérer que l’on passe assez de temps chez soi pour le justifier!

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Les « slippers » Matthew Cookson.

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Superbes « slippers » appartenant à Marc Guyot de 1990.

 

Une nouvelle forme très ouverte fait le plaisir d’instagram depuis quelques années, le « belgian loafer » qui en réalité devrait plutôt s’appeler un « belgian slipper » tant ils ont l’air de ballerines légères.

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Belgian slippers ou belgian loafers?

 

De temps à autres, les slippers en velours brodés peuvent être aperçus en ville. Qu’en penser ? Actuellement, les deux tiers de la population de la zone OCDE vivent dans des zones urbaines. Donc cette population fréquente plutôt le goudron et les atmosphères conditionnées. Les chaussures n’ont donc pas besoin d’être très résistantes et endurantes. Une petite frange encore de cette population vit sur de la moquette, du bureau, des restaurants et des voitures avec chauffeurs. Donc au fond, les slippers suffisent bien à cette vie mondaine. Si le confort rejoint l’allure, que dire de plus ? D’autant que jamais je ne pourrais dire que trop d’ornement est… trop. C’est un plaisir à l’inverse du « les sis more » si vanté. Cela fait un peu dandy toutefois, et pour ma part, je ne suis pas prêt à franchir le pas. Mais si d’autres veulent le faire, qu’ils ne s’en privent pas !

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C’est toujours plus marrant que les éternelles baskets !

Bonne semaine, Julien Scavini

Élégance de façade

En finissant mon article la semaine dernière sur Titanic, j’avais trouvé une photo de Leonardo DiCaprio lors d’une cérémonie ayant suivie le triomphe du film. Et je me suis dit que j’allais la garder sous le coude pour plus tard, pour ne pas gâcher la beauté évoquée dans l’article. Cette photo je l’ai trouvé tout à fait édifiante. Observez ce smoking avant-gardiste ! J’ai même tendance à penser que ce sont des mocassins aux pieds.

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Qu’en dire sinon qu’elle prête largement à sourire. Ça pique les yeux. D’où cette réflexion. Comment peut-on travailler quotidiennement avec des costumiers de grands talents, dont certains raflent des oscars comme Deborah Lynn Scott, et s’attifer ainsi ? Normalement en toute chose l’homme apprend. A côtoyer des mélomanes, on cherche soit même à mieux écouter. A côtoyer un grand amateur de vin, on cherche soit même à mieux goûter. En côtoyant de beaux intérieurs, on cherche soit même à améliorer esthétiquement son logis. Et ainsi de suite.

DiCaprio est un californien pur sucre. Cela l’excuse de ne pas connaitre la beauté ancienne. Mais il venait de tourner moult séquences en habit. Comment raisonnablement se dire que c’était élégant, et que peut-être, ce serait aussi élégant en vrai?

Il fut un temps où les acteurs n’étaient pas habillés par un costumier, juste conseillés, pour leurs films situés dans le présent. C’est ainsi que Jean Gabin ou Jean Poiret en France, Carry Grant ou James Stewart aux Etats-Unis tournaient à l’écran comme ils étaient à la ville. Et leurs tailleurs étaient crédités au générique. De nos jours, ce serait bien impossible. L’appellation « rôle de composition » n’a jamais si bien portée son nom.

Ainsi, lorsque l’on fréquente quotidiennement des costumiers de talents qui peuvent avec grande précision et érudition créer de belles tenues, je ne comprends pas qu’en lui-même l’acteur ne cherche pas à faire mieux. Léonardo DiCaprio n’est bien sûr pas le seul. David Suchet, l’incarnation d’Hercules Poirot, n’est pas un monstre d’élégance dans le civil. Il a porté à l’écran des costumes bespoke et des souliers haut-de-gamme. Comment peut-il dès lors se contenter d’un costume Marks & Spencer aux manches trop longues et de richelieus aux semelles collées à Wenzhou.

 

david suchet

Strictement sur le même schéma est la télévision. Elle déguise, elle crée des personnages. Mais parfois curieusement, c’est encore moins beau à l’écran qu’en vrai. Exemplaire est bien Stéphane Bern. J’apprécie énormément que France Télévision laisse à disposition sur Youtube des numéros de Secret d’Histoire. Durant ce confinement, je passe de bonnes soirées à regarder ces émissions. J’apprends des choses et surtout, le plus important, je régale mes yeux des splendeurs du passé, en particulier le beau et grand XVIIIème !

Si la musique un peu entêtante façon film à gros budget aide beaucoup à rendre époustouflants lieux et objets visités, il n’en reste pas moins que c’est beau. Les intérieurs, les façades, les jardins, les portraits peints renvoient une esthétique de permanence et d’aboutissement, de richesse et de magnificence. Et cela fait plaisir aux yeux et à l’âme.

Mais alors, en contrepoint est Stéphane Bern. Je passe vite sur la veste à peine trop petite et le pantalon trop serré. C’est la mode et je comprends qu’il veuille être à la page. Mais enfin, en dehors de cette coupe un peu chiche est le tissu, qui fait pauvre. Stéphane Bern à l’écran fait pauvre. L’émission serait tournée dans une ancienne république soviétique où 80ans de communisme auraient annihilé le goût, ce serait pareil. En fait même, je suis presque sûr que tournée dans n’importe quel pays avec moins d’épaisseur historique ou moins de richesse, ce serait peut-être mieux. Stéphane Bern ne fait pas prétentieux, c’est une chose sûre.

Stephane-Bern-Secrets-dhistoire

Mais pourtant qu’elle tristesse vis-à-vis de la si riche histoire qu’il narre. Ce serait presque un respect des lieux et des personnages historiques que de leur faire honneur par une toilette un peu plus précieuse. Sans tomber dans le tape à l’œil. De toute façon, les anti-bourgeois qui trouvent toujours à critiquer la préciosité vestimentaire ne regardent pas Secret d’Histoire, une émission que Jean-Luc Mélenchon trouve indigne du service public.

Quelques uns vont me trouver râleur à critiquer ainsi. Je le fais car en fait, je trouve cela parfaitement …. triste. Pourquoi devrait-on faire triste? Enfin regardez bien cette photo ci-dessous. Je sais que c’est difficile d’avoir du goût. Encore plus dur de l’exprimer. Mais à quoi sert d’être si calé en histoire ou étiquette pour ne pas pousser l’humanisme des savoirs jusqu’au… vêtement!

Enfin, le confinement pousse la télévision dans une démarche intéressante, les directs depuis l’habitation du présentateur. C’est plutôt mieux qu’une énième rediffusion de Rex le chien policier, en passant la série préférée du pape émérite ai-je appris récemment au détour du bon film Les deux Papes. En revanche, c’est relâchement total au niveau vestimentaire. Chassez le naturel, il revient au galop. Pas coiffé, pas maquillé, normal et logique. Vite habillé, c’est en revanche dommage. D’autant plus lorsque le présentateur a un peu d’âge et pas un corps d’athlète. Le t-shirt sur un jeune homme de 30 ans bien fait, c’est digne. Le même t-shirt sur un homme de 50ans qui veut en paraitre 30, c’est assez pathétique. La poitrine tombe et le jean skinny ne met plus rien valeur!

Tout cela me rappelle une histoire rapportée par un client de cet âge, Monsieur Ch. que je salue. Nous rigolions car il se faisait moquer par ses amis de la salle de sport qui ne comprenaient pas pourquoi il s’habillait chez un tailleur? Pourquoi en somme il s’habillait comme un vieux? Il leur rétorqua avec justesse qu’il ne s’habillait pas comme un vieux, ni cherchait à s’habiller comme un jeune. Mais que tout simplement, qu’il s’habillait comme un homme !

Bonne semaine, Julien Scavini

Mémoire radiophonique, Pauline de Pange

Petit billet pour vous recommander chaudement l’écoute de cette archive radiophonique, une conférence de la comtesse Pauline de Pange née Broglie. « Comment j’ai vu 1900« . Un plaisir immense et rare, une projection mentale dans un autre Paris, et aussi, dans un autre monde. 25 petites minutes seulement, on aimerait que ça dure plus.

pauline de pange

 

Bonne écoute, vous ne le regretterez pas ! Julien Scavini

Titanic, le film

Un lecteur m’a demandé récemment ce que je pensais du film Titanic de James Cameron, sortie en 1997. Et ça tombe bien, comme je n’avais pas grand chose d’autre à faire, j’ai pu regarder images par images le film! Un peu à la manière de Michel de l’émission Faux-raccord, d’Allociné. Quelllll plaiisssirrr au long cours. Je ne me suis pas intéressé aux vêtements féminins, pour lesquels je ne maîtrise absolument pas l’histoire et les styles.

titanic planche de Deborah Lynn Scott
Planche de style dessinée par Deborah Lynn Scott.

Tout d’abord quelques mots. Les costumes ont été dessinés et réalisés par Deborah Lynn Scott et son équipe. Ce n’est pas une petite joueuse avec des films comme Retour vers le futur, l’excellent Légendes d’automne ou Minority Report à son tableau d’honneur. Pour Titanic, elle a d’ailleurs reçu un Oscar de la meilleure création de costumes en 1998. Donc, c’est que le film doit être superbe vestimentairement parlant. J’ai essayé de chercher combien de tenues avaient été nécessaires pour le film mais je n’ai pas trouvé l’information. Plusieurs centaines probablement, tant il y a de figurants, marins ou civils, pauvres ou riches. Sans parler des scènes dans l’eau qui ont nécessité la création de nombreux modèles identiques pour refaire et faire se suivre les prises. Un travail très lourd comme on peut le voir sur ces premières images! N’hésitez pas en suivant à cliquer les photos pour les zoomer.

 

Première scène vestimentairement intéressante, l’arrivée des voitures de la « haute ». Les chauffeurs sont merveilleusement dignes. J’avais essayé d’en dessiner un il y a quelques temps pour un article du Figaro, mais j’avais mal dessiné les gantelets!

 

Le personnage de Caledon Hockley joué par Billy Zane descend de l’auto. Il est vêtu fort logiquement d’une jaquette, vêtement de jour encore un peu en usage dans les hautes sphères avant la première guerre mondiale, mais déjà talonnée par le costume à veste ‘courte’. Que peut-on remarquer? D’abord c’est une jaquette trois boutons à col pointe, ce qui se faisait. Ensuite, cette jaquette présente des poches, insérées dans la couture de taille. Dont une poche ticket, tout à fait charmant, comme d’ailleurs cette épingle à cravate. L’harmonie générale est élégante et en rapport avec l’époque.

Mais tout de même, cela ne me convint pas totalement. La matière de la jaquette est trop moderne, trop lisse. Les tissus d’époque accrochaient plus la lumière, étaient plus rugueux. Ils étaient plus lourds aussi. Quelque chose de trop contemporain cloche. Comme ce col de chemise ou cette régate (on ne disait pas encore tout à fait une cravate à l’époque) un peu moderne. C’est visuellement beau. Mais je trouve que l’on est plus ici dans une vision d’époque transposée à travers un prisme moderne, pour être beau, plutôt que pour être véridique. Ce n’est pas du Stanley Kubrick.

 

Deux photographies de production éclairent cette jaquette plus précisément. Notez la veste de Lovejoy, l’homme à tout faire de Caledon Hockley. Veste 4 boutons à col parisien comme on dit aujourd’hui. Cette forme de revers est assez vernaculaire et on la trouve facilement sur des photographie anciennes. Petit mythologie parisienne donc.

 

Passons à Jack Dawson joué par Leonardo DiCaprio et son Fabrizio. Ils tentent au poker de remporter le billet de départ. DiCaprio porte un gilet vert en velours conformément au dessin préparatoire vu plus haut. Les deux amis portent des sortes de veste de travail, en whipcord, c’est très visible à la manière dont la surface du tissu prend la lumière. La veste de DiCaprio me semble non doublée, cela se voit sur le plan à l’embarquement, les coutures sont épaisses et les bas de manches ourlés sur eux-mêmes.

 

J’ai trouvé là encore quelques images de production. Jack Dawson porte presque son seul pantalon de tout le film, un velours jaune qui parait parfois plus vert tilleul suivant les lumières. Et des bottines hautes à multiples œillets. Il mettra un peu de temps à les retirer lors du sauvetage de Rose à la poupe du navire. De beaux exemples de workwear je dois dire, les équipes costumes devaient être plus à l’aise sur le sujet.

 

Caledon Hockley retire sa jaquette, l’occasion de mieux apercevoir sont sublime gilet crème et sa chemise… rayée discrètement. Très élégant. Dans la scène près des ascenseurs, un homme en jaquette.

 

Scène importante du film, Jack Dawson fanfaronne à l’avant du bateau. Il a changé de veste, pour un caban à grands carreaux. Fabrizio n’est pas aussi dandy, il est toujours habillé pareil à l’exception de son foulard. Notez le pantalon de DiCaprio, on y reviendra.

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Pour la scène du déjeuner, Cal’ troque son vêtement précédent pour un costume. Cravate, pardon régate, et col de chemise sont toujours peu concluants. Par contre, en bas des manches du costume, des revers. Why not. Le tissu est trop léger toujours et la coupe plus années 30 que 1912. C’est encore très reculé comme époque et les lignes alors n’avaient pas tant de netteté.

 

Dans le même temps, petite scène de vie en troisième classe, avec la petite fille que l’on reverra souvent et un nouvel ami pour le duo de jeunes!

 

Puis intervient la scène fondatrice, la tentative de suicide, l’occasion d’étudier le pantalon de Jack. Le caban à carreaux est toujours là. Le velours donc. Il est plutôt ample. Avec des poches cavalier. Et sa ceinture présente deux boutons l’un au dessus de l’autre. Deux choses à noter dans cette scène par ailleurs. Jack a un nouveau gilet, non plus en velours vert, mais en tricot gansé. TRÈS intéressant, notamment au niveau des poches. Et puis le col de chemise présente une petite patte de boutonnage sympathique.

 

Un peu plus loin, le dos du pantalon est précisé, avec une large patte de serrage et un montant « fish-tail ». A la toute fin du film, on découvre même que le pantalon en fait, n’a pas de ceinture, c’est un montage « slack », plus économique et rapide. Les pans du pantalon montent jusqu’en haut et la « ceinture » est réalisée par les doublures en dedans.

 

Encore une belle photo de production pour mieux étudier la tenue de Jack.

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Revenons à Billy Zane en queue-de-pie avec un ami. Les deux queue-de-pie sont légèrement différentes au niveau des revers, ceux de Billy totalement recouvert, ceux de l’ami en « trottoir », c’est à dire avec une bande soyeuse contre une bande de tissu. La boutonnière de Cal est assez en relief. Difficile à voir. Une milanaise?

 

Restons un instant sur les queues-de-pie puisque l’on y est. J’apprécie que les gilets ne dépassent pas de la ‘veste’. C’est un point essentiel de crédibilité pour moi. L’ensemble est parfaitement élégant. Mais c’est là je trouve que le film pèche le plus. (Tiens d’ailleurs la conjugaison du verbe pécher, c’est quelque chose!) Bref, tout est beau et bien peigné. Mais justement, là encore, cet esthétisme racé est plutôt celui des années 30 et d’une normalisation du vestiaire du soir. Avant la première guerre mondiale, il y aurait du avoir une plus large variété et de plus grandes disparités des formes, de gilets, de chemise, de papillons. Rien que les boutons : ils étaient le plus souvent brodés à l’époque et pas lisses. Le film Mort à Venise, de Luchino Visconti relatant des faits se déroulant en 1911 et réalisé en 1971 est beaucoup intéressant visuellement pour les habits du soir. Titanic de ce point de vue a la propreté visuelle d’un téléfilm et non d’une grande fresque historique. Mais c’est vraiment pour chercher des poils aux œufs, c’est tout de même très beau.

 

Tiens, puisqu’on y est, évoquons Bruce Ismay, le président de la White Star Line interprété par le toujours délicieux Jonathan Hyde. La costumière lui fait porter un ‘slip’ au bord des gilets, délicate bande blanche. Un peu de variété dans les cols de veste. Mais toujours ces cols de chemises qui débloquent. C’est pas joli et pas historique. Remarquons à la messe les jaquettes portées alternativement avec des régates ou des ascots. C’est beau.

 

Le vrai Bruce Ismay pour voir, veste croisée très haute, large col cassé, gilet démesuré, les voilà les années 10. Elles étaient baroques, loin de la ligne 1930 à laquelle notre œil est plus habitué.

J-Bruce-Ismay

 

Bruce Ismay toujours et sa robe de chambre. Je n’ai pas réussi à trouver de plan plus large, j’en avais pourtant le souvenir. Souvenir aussi d’un velours rouge, mais c’est un fait un chevron marron. Un personnage couard qu’on adore détester dans le film.

 

A l’inverse du sympathique architecte naval Thomas Andrews joué par Victor Garber . J’ai découvert une chemise bleue rayée à col blanc. Mais le col est un peu chiche. Les années folles appréciaient des lignes beaucoup plus ostentatoires, opulentes. Billy Zane se promène en jaquette avec pantalon de coutil. C’est bien vu.

 

Voyez plutôt le vrai Thomas Andrews, basques de veste beaucoup plus ronds, étoffe plus lourde. L’ancienneté n’est pas assez marqué dans Titanic.

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En passant, une jolie petite scène aux habits variés. Le vieux monsieur porte une redingote gansée, en non un manteau, à la mode de 1880 alors que l’autre monsieur porte le « complet » maintenant presque dans les mœurs. La ligne générale et le chapeau, c’est très bien. Quant au petit garçon, morceau de bravoure de la costumière, il porte un ensemble culotte knickers et veste norfolk! Alors là, cette petite scène, c’est somptueux. Tout y est dans le mille! Rappelons qu’à l’époque, les garçons n’obtenaient leur première paire de pantalon qu’à l’âge de 12ans. Avant ils se contentaient de culotte courtes, comme le raconte Ken Marschall dans … Au coeur du titanic.

 

Je mentionne aussi cette petite scène pour l’élégante robe de Rose et la tenue merveilleusement vraie de la camériste. Rien à dire vraiment.

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Passons enfin à l’orchestre. Qui m’a toujours fasciné par ses tenues. J’ai toujours beaucoup aimé. Je l’avais dessiné, pas tout à fait conformément finalement. Belles vestes de drap bleu, revers vert, étoiles brodés, brandebourgs en bas de manche. Rien à dire, si ce n’est que j’ai bien envie d’en réaliser une à la boutique…!

 

Et voilà, cet article est terminé! Quel marathon de style. Heureusement que toute l’équipe du film était là pour me remercier à la fin! Le niveau général du film est tout à fait excellent. Et j’ai pinaillé ça et là pour le plaisir. Il est vrai que l’habit de l’homme n’est pas toujours le mieux traité dans les reconstitutions historiques. Les téléfilms français sont une apothéose du ridicule, où des vestes Armand Thierry sont associées à des cols cassés minables pour faire vieux. Là, c’est tout l’inverse. Il y a eu une vraie recherche, même si la démarche n’était pas historiciste. C’est un film à grand public qui a parfaitement fait les choses. Compte tenu de l’énormité des vêtements à concevoir et de leurs variétés, c’est une réussite!

J’ai passé un bon moment, en 1998, je m’en souviens bien, assis sur les marches d’une salle de cinéma archi bondée de Bayonne. Et un plaisir renouvelé là encore, le film ne vieillit pas, surtout dans cette belle haute définition!

Ordonner ses chaussures

Si les personnels soignants travaillent d’arrache-pied, et si heureusement de nombreux français travaillent encore dans des secteurs variés, beaucoup d’autres sont obligés de rester confinés. Et c’est mon cas, comme beaucoup de commerçants. Je fais contre mauvaise fortune bon cœur. Le Figaro me demande des articles sur comment s’habiller en intérieur. J’ai déjà fait le caleçon, le pyjama, le bonnet et en particulier le fez marocains et j’avais fait le grooming du gentleman il y a quelques temps. En même temps je complète mon futur livre.

Et puis comme vraiment le temps s’allonge à mesure que le confinement avance, je gratte par ci par là d’autres activités. Un moment donné, il a bien fallu s’occuper des chaussures de cuir. Elles s’ennuient les pauvres dans leur placard tout noir. D’autant que je ne suis pas tellement porté sur leur entretien d’habitude. Heureusement, de temps à autre mon ami Quentin Planchenault a pitié de mes souliers et il m’en cire une ou deux!

J’ai longtemps été malheureux en belles chaussures et j’ai beaucoup essayé avant de trouver mon pied chez un bottier américain, qu’un client et ami, Gerd pour ne pas le citer, a la gentillesse de me ramener des USA où il vit en partie. Et en quelques années, l’écurie s’est bien étoffée. Il faut dire qu’au prix, je préfère bien choisir les modèles pour avoir un choix homogène et polyvalent. Rien de tapageur.

J’ai donc brossé puis crémé les souliers, tiges et semelles tant qu’à faire, pour bien nourrir le cuir. J’utilise une crème Saphir incolore pour les chaussures marrons et une crème noire Church’s  pour les chaussures de cette couleur. Ensuite, j’astique vigoureusement avec un chiffon doux. Je me méfie un peu du cirage, je n’en mettrai que plus tard.

Une fois l’opération terminé, j’ai disposé cette petite armée serviable pour l’admirer. Tout est de marque Alden sauf les buck blancs décrit ici. Ce sont les chaussures que je mets pour aller au travail à l’exception rare des bottines du premier plan.

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Au premier plan se trouve une paire de desert boot à semelles de gomme, très utiles l’hiver en remplacement des mes chaussures de tennis du week-end.

Au deuxième plan, ce sont les souliers d’été, en veau-velours clair et daim blanc. J’ai bien quelques espadrilles, mais je ne les mets pas au travail.

Au troisième plan, les modèles marrons qui vont bien avec des tenues dépareillées, comme le blazer, les vestes de tweed. Elles sont presque toute saison. Je mets moins le mocassin l’hiver, d’autant que cette paire en particulier taille petit et me fait mal au pied. Les deux richelieus fermés appellent peut-être une troisième paire à l’avenir.

Enfin au dernier rang se trouvent les modèles noirs, en plus grand nombre, car je considère mieux cette vieille règle anglaise du costume AVEC des souliers noirs. Certes, les mocassins avec le costume, c’est aussi un peu une hérésie. Mais enfin, les paradoxes sont toujours amusants. Les deux paires de richelieus sont identiques. Un tel classique que l’on met tous les jours, est incontournable. J’avais d’ailleurs écrit à ce sujet là. Il y a juste une demi pointure d’écart entre les deux paires, pour les reconnaitre, et pour varier suivant les moments, les longues journées avec des obligations le soir appelant plutôt la paire la plus confortable.

Dans cette collection je crois bien ordonnée, il y a 5 richelieus, 4 mocassins, 1 derby et 1 derby montant. Autrement dit, 4 chaussures noires, 6 marron et 1 blanches.

Peut-être manque-t-il une paire de double boucle noire? Mais Alden n’en fait pas. J’ai aussi remarqué les sublimes Azay de chez Paraboot récemment, qui complèteraient bien la ligne 3 des chaussures pour tenues dépareillées. Mais la semelle gomme me parait très (trop?) rigide. A voir lorsqu’il faudra aider les commerçants à repartir du bon pied 😉

Bonne Pâques et Bonne semaine Julien Scavini

 

Tragédie élégante

Le texte cette semaine est de la main de mon collaborateur Raphaël.

 

Vous voilà confinés chez vous. Tout le monde vous le dit. La télé, la radio, les journaux, même vos amis dans le groupe WhatsApp « Foot-pizza-bière ».

Vous traînassez sur Instagram dans une main, pendant que l’autre bouge le curseur de la souris sur Slack pour que personne ne puisse imaginer que vous ne faites rien. Voilà quinze jours que vous êtes inconsolable : vous qui aimez l’élégance, vous voilà bien puni!

Vous avez pourtant bien essayé de suivre les consignes d’entreprise. Jour 1 du confinement, au garde-à-vous: chino et chemise repassée de frais. Vous aviez même des mi-bas accordés au bracelet de montre.

Quinze jours de télétravail plus tard… quel changement vestimentaire ! Vous baissez les yeux. Certes, votre jogging est sur-mesure, en flanelle moelleuse, avec une jolie poche gousset à rabat et une ceinture Ghurka… mais vous êtes bel et bien en jogging.

Vous tentez de vous rassurer : toujours allongé au lit, au détour d’une lecture de procrastination, vous découvrez que Benjamin Rush explique combien les vêtements amples et décontractés contribuent à la vigueur de la pensée. Raison expliquant, selon lui, la profusion des portraits d’intellectuels en robe de chambre.

Malheureusement, bien que vêtu du même jogging que Houellebecq, vous ne vous sentez pas votre esprit frémir d’intelligence. Bien triste pis-aller à la robe de chambre !

Vous rêvassez…

Si seulement vous étiez confinés au XVIIIème siècle! Vous pourriez vous affaler dans votre canapé Louis XV, habillé d’un immense banyan de dix mètres de soie de Chine. Ah, le banyan ! Un vêtement oriental porté par les riches européens au XVIIIème et XIXème siècle. Richesse du drap, des rouges, des bleus, des verts éclatants. Richesse de la coupe Louis XV, aux parements de manches gigantesques, ou Louis XVI, avec au moins vingt boutonnières qui a fait transpirer le tailleur, dont vous n’avez pourtant négligemment boutonné que … trois . C’est bien suffisant de toute façon, pour vous plonger dans le décolleté de la baronne de G.

Carle Van Loo Jacques Germain Soufflot
Exemple d’un bayan.
Attribué à Carle Van Loo, portrait supposé de Jacques Germain Soufflot (1714-1781).

 

Soudain, vous vous imaginez confiné à l’été 1816 dans la villa Diodati avec Mary Shelley et Lord Byron. Comme vous auriez été splendide dans votre redingote bleue à brocards en panne de cachemire, coiffé d’un turban à la perse qui aurait rendu jaloux le poète! Vous auriez pu souffler quelques idées pour Frankensteinau au lieu de devoir la veille des marchés, réécrire une énième note inutile ou relancer pour la neuvième fois votre équipe.

 

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/a8/Lord_Byron_coloured_drawing.png
Une fiévreuse jalousie l’aurait tué.
Lord Byron (1788-1824), ici vers 1800.

 

Mais être confiné avec des artistes, est-ce une bonne idée? Peut-être au fond auriez-vous été bien mieux seul, à la Belle Époque, à Fontenay-aux-Roses, dans le salon orange et bleu de Des Esseintes. En tout cas, vous n’auriez certainement pas traîné d’une cheminée l’autre, couvert d’une vieille pelisse fourrée comme un enfant loup ou… comme Proust!

Vous auriez contemplé en solitaire vos dessins préparatoires à la Salomé de Moreau, tout en savourant des chocolats qui ont un étrange goût de frangipane, tant pis pour les miettes sur votre belle veste d’intérieur en velours de soie rouge matelassé. Vous auriez joué avec les brandebourgs de soie tressée et avec le pompon doré de votre fez.

Votre esprit polisson, qui vagabonde maintenant vers les années soixante, imagine peut-être porter une veste de soie délicate, pour se promener au play-boy mansion entouré de bunnies en déshabillé…

Hugh Heffner
D’accord, mais changez d’abord cet affreux lustre avant d’y grimper!
Hugh Heffner dans son PlayBoy Mansion

Fort de toutes ces rêveries, vous vous dites que le chauffage central a fait beaucoup de mal à l’élégance, et vous avez raison. À vous d’utiliser la noblesse de la soie, de la laine et du cachemire pour inventer le prochain vêtement d’intérieur élégant… sous le regard bienveillant de votre tailleur. Qui de toute manière, ne participera pas à ça :

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The Big Lebowski, 1998

 

Portez vous bien, Julien Scavini

La beauté sauvera le monde

Toujours et encore en confinement. Hélas. Penser aux vêtements, un sujet si futile, m’apparait en ce moment comme parfaitement vain et déplacé. C’est pourtant le but et la raison d’être de Stiff Collar comme de bien d’autres blogs. Il faut trouver les bons mots. A côté de personnels médicaux qui travaillent d’arrache-pied, de personnes âgées en maisons de retraite prises au piège et de quantités d’autres personnes qui s’interrogent simplement sur leurs futures fins de mois, je manque d’inspiration pour notre sujet préféré, la mode masculine. Dérisoire.

Bloqué dans mon appartement du XVème arrondissement, je passe mes journées calmement et surtout sereinement. De toute façon, rien de sert de stresser. Je relie quelques Truman Capote. Je joue un peu, Age of Empire ici, Sim City là. Je mange trop et je digère mal. Et j’avance doucement quelques pages de mon futur livre sur le tailleur, péniblement. Il n’est pas simple de trouver les mots justes, les mots point trop légers.

Grâce à Maxime la semaine dernière, j’ai eu un peu de répit. Quoi dire, comme le dire ? Qu’apporter de sensé dans cette bien sombre époque, pour tout le monde totalement inédite ? Comment s’occuper l’esprit ? Les beaux costumes en drap Loro Piana, les cravates Charvet, les chaussettes montantes irisées de chez Gallo ne sont d’aucun secours en ce moment. Un pyjama raccommodé et un vieux sweatshirt font l’affaire. Il n’y a qu’à attendre. Attendre l’été probablement au train où vont les choses. Peut-être même septembre, le temps que le monde mette ses pendules à l’heure. Les informations ne parlent que des nouveaux morts journaliers.

Le virus étend son emprise, pour le pire.

Et pour le meilleur ?

Bien justement, malgré cette pandémie, il faut essayer d’oublier le pire. Il faut penser au meilleur, à ce que les Hommes font de plus beau. Dostoïevski n’a-t-il pas questionné le sujet dans L’Idiot : « Est-il vrai, prince, que vous avez dit un jour que la ‘beauté’ sauverait le monde ? Messieurs… le prince prétend que la beauté sauvera le monde. »

Le monde, je ne sais pas. Mais l’âme certainement. Et l’être à un moment donné, sûrement. La beauté est un réconfort. Il faut conjurer le mauvais sort par une mystique. Pour certain, c’est la beauté du mythe religieux. Pour d’autres la beauté des choses terrestres uniquement. La grâce des choses ordinaires et extraordinaires, d’une belle nourriture élégamment présentée, autant dans l’assiette que dans un tableau de Frans Snyders.

Derrière la beauté des créations de l’Homme se cache une mystique qui n’est pas vaine. Le mystère qui préside à la réalisation des belles choses n’est jamais déplacé. La beauté, l’élégance, la finesse, la grâce. Autant de concepts qui forment un radeau avec lequel nous naviguons en même temps qu’une étoile qui nous guide.

Un confinement supérieur à 10 jours accroît le stress post-traumatique commence-t-on à lire ça et là. Seul le confinement intérieur, celui de l’âme est délétère. Bien au contraire, il faut aérer son esprit. Nul croyant en la beauté n’est enfermé. Son esprit vagabonde d’un paysage d’Albert Bierstadt à une mélodie de Jean Sibelius en passant par un vaisseau à mat de Sèvres. Pour ne citer que le haut du panier. La profondeur de l’Art est infinie. Il ne faut pas cesser de s’émerveiller et de s’enthousiasmer.