Les gilets à revers

Lorsque l’on parle de gilet à revers, tout le monde pense immédiatement au gilet croisé. Ce modèle classique a toujours des revers. Je préfère d’ailleurs ceux à cols châles, bien généreux. Les revers en pointes sur un gilet sont curieux lorsqu’ils sont portés, car la veste laisse entrevoir deux petites coutures (celles du col du gilet) sans réel intérêt. Certaines maisons créent des gilets croisés sans revers, ce qui m’a toujours laissé perplexe. Je trouve qu’il manque alors quelque chose.

D’un autre côté, il y a le gilet droit. Ce modèle n’a habituellement pas de revers. Sauf le gilet très échancré, comme celui qui va avec un smoking ou une queue de pie. Le revers y est d’ailleurs est assez large et sa forme très variée.

Sur le gilet 5/6 boutons traditionnel, il est assez rare de trouver des revers. Sauf que depuis quelques années, les petits revers sur les gilets sont appréciés. J’ai eu des doutes au début. Car bien souvent, ce sont les tenues en tweed qui possèdent de tels ornements. Or, cela fait beaucoup d’épaisseur. Et puis dans les matières raides, ces petits revers peuvent rebiquer.

Seulement, force est de constater que dans un tissu léger comme une laine de ville, les petits revers peuvent avoir du panache. C’est incontestable. J’ai rarement eu l’occasion de réaliser cela pour des clients, mais je reconnais volontiers que l’effet est intéressant.

Question forme, il existe une hiérarchie entre les cols de gilet. Passons en revue quelques idées.

A GAUCHE : veste droite revers cranté : gilet droit sans revers.

A DROITE : veste droite revers cranté : gilet droit avec revers cranté ou châle (assez rare). Occasionnellement gilet croisé col châle dans le goût de Cifonelli.

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A GAUCHE : veste droite revers pointe : gilet droit avec revers châle (assez rare) ou un gilet à revers cranté. Mais le col cranté du gilet me parait un peu dissonant avec le col pointe de la veste.

A DROITE : le mieux avec une veste à col pointe est un gilet croisé, avec un col châle ou pointe selon le désir.

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Je souhaite que ces quelques propositions vous inspirent. En tout cas, elles permettent d’égayer des tenues de manière assez simple et de donner un peu de fantaisie au gilet tout en restant dans le cadre bien normé du classicisme que l’on aime.

Belle semaine, Julien Scavini.

Après midi découverte des pantalons

Bonjour chers lecteurs (et lectrices).

Comme annoncé précédemment, vous pourrez venir découvrir les différentes coupes et les étoffes de nos pantalons vendus en ligne le SAMEDI 10 DECEMBRE, de 15h à 19h.

Le pantalon est certainement le vêtement le moins facile à appréhender du point de vue des mesures. Et ce n’est pourtant pas faute de pédagogie. Ainsi, vous pourrez essayer en vrai la coupe, pour trouver votre taille. Les matières (twills, moleskines, flanelles, whipcord, ect…) seront exposées.

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http://pantalons-scavini.fr/

A très vite.

Julien Scavini

Les tweeds

Il faut bien avoir à l’esprit que lorsque l’on parle d’un tweed, on utilise en fait un mot valise. En effet, la famille des tweeds est très vaste et ses contours parfois difficile à décrire.

Repartons à la source du mot. Le tweed est étoffe de laine peu ou pas épurée. Car à partir d’un ballot de laine, il est possible d’obtenir des fils bruts (on parle alors d’une laine cardée) ou des fils raffinés (on parle alors de laine peignée). La laine peignée est plus douce que la laine cardée (qui est plus rêche).

Donc le tweed désigne une famille de laines brutes. C’est donc une étoffe solide et endurante.

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Seulement voilà, les tweeds varient suivant la race du mouton qui donne la laine. Ainsi, les moutons de race Cheviot (originaire d’Angleterre) donnent une laine vraiment très rugueuse, à l’ancienne, et la race Mérinos (originaire d’Espagne) une laine très qualitative réputée pour sa douceur. Les tweed ainsi obtenus seront donc très différents, vous vous en doutez. La race des moutons Saxony (originaire d’Allemagne) produit une laine assez douce bien qu’un peu moins usitée.

En plus, la laine peut être récoltée sur le mouton à des âges différents et à des endroits différents. Si le lainier utilise seulement la toison du cou, le tweed sera très doux. Encore mieux, si la laine est prélevée sur un agneau (on parle alors de la fameuse appellation Lambswool), le drap sera très qualitatif, et cela sans travail particulier de raffinage.

Ainsi, il existe de grandes disparités de toucher. Le tweed de Harris constitué de laine de Cheviot, le plus connu, est du genre très rugueux, un peu fil barbelé dirait James Darwen.

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Les tweed lambswool sont magnifiques avec un toucher beaucoup plus doux. Quant aux Italiens, ils tissent des étoffes de campagne dans du Mérinos d’où un confort exceptionnel. Et parfois, les tweeds peuvent être un peu mélangés avec du cachemire. Alors là, on est loin des prairies britanniques. Ci-dessous, il est possible d’apercevoir la différence, rien qu’à la photo, entre les touchers différents, rugueux et doux.

Le poids est aussi une composante importante. Holland & Sherry propose sa liasse la plus vendus ‘Sherrytweed’ en 310grs. Ce sont de très belles étoffes mais qui sont plus utiles en ville qu’à la campagne.

Le tweed souvent appelé ‘Royal Twelve’ car pesant 12oz c’est à dire 340/360grs est plus classique à la campagne. Ces draps sont parfois appelés Gamekeepers pour tweed des gardes chasses. Le toucher est moins rugueux et le tissage plus serré pour pouvoir réaliser des pantalons. Car les tweeds mous, confortables pour réaliser des vestes ne sont pas assez solides pour endurer les efforts d’une culotte.

Enfin, les anglais se sont fait une spécialité de ce qui est parfois appelé le ‘tweed rasé’, à savoir un drap très lourd et très dense (500grs) au toucher très sec, ci-dessous. L’aspect est bien moins broussailleux que le tweed de Harris. Ces tweeds disponibles dans une infinie variété de formes et couleurs sont utilisés aussi bien pour réaliser des complets, des vestes ou pantalons seuls, voire même des manteaux ou des parkas de chasse.

Bref, comme vous le voyez, c’est une étoffe qui ne manque pas de ressource !

Et ce qui est amusant avec le tweed, c’est sa capacité à faire immédiatement ‘pas moderne’. Une tenue constituée de tweed, à l’aspect mat et aux couleurs fanées, constitue un message et révèle une envie. Ce n’est a priori pas le tissu du siècle à venir et pourtant il continue toujours à faire sens et à donner envie. Alors que les matières deviennent techniques, brillantes et synthétiques, le tweed avec sa simplicité et son esprit old-school continue de plaire. Et c’est heureux. Cette photo du Sartorialist m’a justement donné envie d’écrire cet article :

http://www.thesartorialist.com/men/on-the-street-east-second-st-new-york/

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Bonne semaine, Julien Scavini.

Lectures pour Noël

Chers ami(e)s, vous ne savez peut-être pas tous, mais j’ai le plaisir, en plus du blog, d’écrire et d’illustrer chaque semaine La Chronique Du Tailleur Scavini, dans Le Figaro Magazine. C’est un gros travail que de trouver pour Stiff Collar et le magazine, deux sujets d’articles par semaine. Quoiqu’il en soit, je suis heureux de vous présenter la compilation des 100 premières chroniques (j’écris depuis 2014) parues dans Le Figaro Magazine. Cet ouvrage de petites dimensions sera en vente dans tous les kiosques de France dès le 1er Décembre au prix de 9,90€ et à partir du 1er Janvier 2017, les librairies pourront le vendre, pour respecter la chronologie des médias.

Voici donc 100 POUR CENT CHIC, LE GUIDE DE L’ELEGANCE AU MASCULIN. Les 100 chroniques illustrées décrivent et expliquent de nombreux éléments de la garde robe masculine, chaussettes, pulls, pantalons, couleurs, matières etc…

 

Par ailleurs, pour les plus polyglottes d’entre vous, mon premier livre MODEMEN est sorti en Chine, aux éditions Shangaï Joint Publishing. Je ne sais rien du prix ni du réseau de distribution. Mais c’est très amusant à feuilleter !

 

Je prépare par ailleurs un autre livre, DU FIL AU CRAYON, à compte d’auteur, qui reprendra les meilleurs dessins de Stiff Collar. Il devrait être disponible courant Décembre, je vous tiendrai au courant.

Et en ce qui concerne le livre MODEMEN en Français cette fois-ci, sachez qu’il est épuisé et que Marabout ne l’imprimera pas de nouveau. Les exemplaires vendus vont donc voir leur cote monter, ce qui est déjà le cas sur Amazon ou Fnac Market Place.

Bonne lecture. Julien Scavini

La moleskine

Les anglais l’appellent moleskin, qui peut se traduire par peau de taupe. Pour le nom français, l’histoire n’est pas allé chercher très loin, en ajoutant simplement un -e, il est vrai que la prononciation est aisée en français.

Il s’agit d’un tissu de coton de poids moyen à lourd, qui après tissage est gratté en surface pour obtenir un aspect à la fois doux et velouté, similaire à la peau de chamois. D’une certaine manière, la moleskine est un peu comme le veau-velours si apprécié pour les chaussures, à la fois un peu rustique, brute et en même temps assez racée. C’est une matière distinguée et rare. Car peu de gens connaissent cette matière.

La moleskine est de la  famille des velours. A la différence que les poils ne sont pas profonds. Tout au plus la surface est brossée. Il n’y a donc pas de sens.

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La moleskine est généralement disponible dans des poids allant de 350grs à 600grs. Toutes vous procureront un grand agrément et un toucher extrêmement doux. C’est la caractéristique essentielle de cette matière, elle est confortable à porter.

Pour autant, si elle est douce et moelleuse, la moleskine a de la tenue. Une excellente tenue, bien supérieure aux velours, qui à cause de leurs trames de fond fines et aux raies parfois profondes, ne tiennent pas le pli. La moleskine elle tient le pli. Impeccablement. Ainsi, en association avec une belle veste de tweed ou même du cachemire, votre tenue a de la prestance.

Cette étoffe a un tombé si étonnant que dans les poids lourds, elle est même coupe-vent. C’est pourquoi et pendant longtemps, les ouvriers la portaient. La moleskine avec les velours à grosses cotes, sont des tissus anciens que l’on dirait aujourd’hui ‘technique’. Ils résistent à tout : usure, abrasion, feu et eau. Ainsi étaient réalisés nombre de pantalons et de vestons, y compris parfois des grosses chemises.

Même si on peut en tirer un costume (très british), il est assez rare de voir des vestes ainsi faites. Car comme souvent avec les vestes en coton, elles sont un peu raides et ont du mal à donner du confort. Par contre, question pantalon, il faut s’en donner à cœur joie. C’est LE modèle du week-end hivernal. Plus chaud que le pantalon chino, il donne une irrésistible allure de gentleman farmer et les coloris sont très variés.

 Bonne semaine. Julien Scavini

Pour l’amour du vêtement

Je regrette que de nos jours, les vêtements ne soient plus vraiment montrés. Que vous preniez la presse, les vitrines ou les publicités, les belles matières et la beauté des coupes ne sont plus mises en valeur. Je ne vois plus beaucoup l’amour du vêtement, du beau vêtement. Au mieux a-t-on le droit à un produit. Les mises en scène sont de plus en plus léchées, certes. Mais elles mettent d’abord en avant des humeurs, des impressions ou ce que l’on appelle des concepts. Ce qui est gros mot, car en philosophie le concept est un contenu de pensée très important, bien plus que ces simples ‘idées’.

Bref, partout où l’on regarde, il me semble que le vêtement n’est plus important. Seule la marque compte et son univers… C’est du marketing. Pas du produit.

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Cela commence avec les vitrines des magasins. Quel plaisir avais-je d’aller voir celles d’Arnys, d’ailleurs souvent photographiées sur le blog. Il y avait de la mise en scène certes, à la manière de natures mortes presque vaniteuses, mais les vêtements se laissaient voir et apprécier. Retournez au même endroit observer celles de Berluti, ce n’est que blague et ‘fameux’ second degré. Ce mois ci des vitrines sur le voyage, tel autre mois des vitrine hommages à Jacques Tati. Okay, c’est de l’art contemporain ou du vêtement que l’on vend? C’est du marketing ou un morceau d’étoffe bien cousu?  Ce n’est pas mieux dans les grands magasins où les vitrines sont fait pour épater et non pour plaire.

Autre sujet, autre lieu, les publicités. Comme celles-ci forment au moins la moitié du poids des magazines contemporains, autant s’y intéresser. Et jamais je ne critiquerai ce poids, car à vrai dire, lorsque l’on retrouve un magazine plusieurs années après, ce sont les publicités que l’on regarde et qui sont le véritable témoignage d’une époque. Donc les publicité peuvent être agréables et faire parties de l’agrément d’un journal, merveilleux témoignages de styles passés. Mais pardon, celles d’aujourd’hui à des très rares exceptions sont tellement en clair-obscur ou en épure qu’on ne voit rien. J’ai fait quelques photos au hasard, voyez plutôt… Je ne suis pas contre la mise en scène, loin de là, mais le vêtement ne doit pas être oublié.

Quant à la presse masculine de manière générale, comment dire… Ma mère m’envoie des hors-séries quand elle en lit, l’Express, Le Point ou ‘M’ spécial Homme. A chaque fois je me dis chouette, je vais découvrir les tendances et les beaux produits du moment. En dix minutes le tour est fait. Où est le vêtement? Où est le plaisir de découvrir du fond? Et même quand il y en a, les sujets sont si ‘tarte’ que je préfère passer mon chemin.

En plus, les magazines ne parlent que des annonceurs. C’est un gros problème. En était il autrement il y a cinquante an? Peut-être pas. La publicité a toujours fait vivre les publications. La courtoisie des journalistes était peut être moindre? C’est bien dommage, car personne n’est dupe. Et les blogs gratuits sur internet sont légions à grappiller peu à peu des parts de marchés. Car les blogs et les forums, eux, démontent et expliquent les vêtements.

Le vrai travail journalistique, c’est d’aller sur le terrain créer la nouveauté, enquêter, parler, voir, toucher. Chantal Thomass me disait récemment que les magazines étaient devenus fous, qu’il ne parle d’un marque que si un dossier de presse leur arrive tous les mois. L’actualité, toujours l’actualité. C’est à dire que la marque doit aller chercher les journalistes. Ce devrait être l’inverse.

Et tant pis si une marque se fâche et ne veut plus faire de publicité à cause d’un article critique. Il faudrait pourtant faire une sacré crasse pour que cela arrive. Il y a tant à dire de bon avant de parler du mauvais. C’est un peu comme les politiques qui refusent de se faire ‘rentrer dedans’ menaçant qu’ils ne viendront plus. Et bien tant pis. Car surtout, les critiques renforcent les éléments positifs. Si c’est trop avantageux, cela se renifle et renforce la suspicion de collusion.

Les bons magazines devraient montrer, décrire extérieur et intérieur, prendre des photos des détails, parler du style, parler de la mise en situation, parler de la mode. A la fois tout et pas grand chose. Dandy Mag s’y est essayé sans persévérer, comme ICI ou LA. Dommage, l’idée était géniale. C’est pourtant cela que les gens attendent. Qu’on leur parle de matière et de goût.

Dans les magazines encore, pardon pour eux, il y a aussi les shootings, vous savez ces albums photos à la fin que personne ne regarde plus de 20 secondes. Je suis pourtant sûr que c’est l’endroit le plus coûteux à réaliser (photographe, stylisme, habillage, maquillage, coiffure, lieu, matériel, ouf!). Et pourtant, ce sont toujours des salmigondis ineptes avec des mises en situations ridicules. Certes les vêtements sont cités un à un avec le prix, mais que voit-on?

Les deux shootings du supplément Des Echos spécial Homme. Il est question de vêtement.Si si… (c’est très mauvais pour être du vêtement, pas assez bon pour être de l’art contemporain dirais-je). En plus, c’est quand pour un lectorat BCBG… non?

Je n’ai pas la prétention de dire que je suis rédacteur en chef. Mais un truc tout bête qui intéresserait du monde et serait facile à monter : proposer des fac-similés de vieux catalogues de marques, avec quelques commentaires pour resituer le contexte stylistique, littéraire et cinématographique. Imaginez donc Monsieur vous présenter 4 pages du catalogues Ralph Lauren 1985 ou du catalogue Cerruti 1993. Une merveille du genre et sans fin en plus. Les marques seraient demandeuses. Y’a pas de travail à faire sinon rechercher dans les archives. Et pour le journaliste, il suffit juste de se demander en quoi la mise et actuelle ou ne l’est plus.

Voici des vieilles publicités Ralph Lauren. Une mine. Coup de cœur pour la dernière de l’automne 1981.

Bref, je me fais long et critique.

Mais il faut absolument remontrer les vêtements et les matières. Il faut communiquer l’amour des beaux habits. On ne parle pas de luxe ici. Simplement de travail bien fait, que le vêtement ait été cousu par un petit artisan transalpin ou une multinationale. Car même chez Uniqlo on peut trouver des sujets dignes.

Je suis navré de devoir dire des choses pareilles. La presse se veut trop généraliste. Il y en a pour tout le monde et au final pour personne. Le lectorat âgé n’en a certainement rien à cirer des hommes en kilts, et les hommes qui portent vraiment des jupes ne doivent pas lire cette presse.

J’ai bien conscience que je défends là une vision particulière de la presse et de la mode. Pas forcément contemporaine. Certes. Mais ce qui me navre, c’est le manque de pluralité. Que les journaux soient généralistes ou économiques, portés sur la culture contemporaine ou visant un lectorat bcbg, ils sont tous pareils et montrent tous la même chose en ce qui concerne le vêtement.

L’homme classique heureusement a le droit de feuilleter le catalogue de l’Homme Moderne, invariablement fourni avec Le Point. Certes des articles de médiocre facture mais qui ont au moins le mérite d’éveiller un vrai intérêt !

Bonne semaine, Julien Scavini