Le poids des manteaux

Le manteau est une belle pièce de la garde-robe, et un investissement sûr si l’on regarde les nombreuses années où il sert. Pourtant, c’est une sorte de parent-pauvre et rares sont les clients à prévoir la saison hivernale à l’avance. Le directeur de Mario Dessuti m’avait raconté qu’il vendait des manteaux uniquement les jours de pluie. Comme si c’était le déclic obligatoire. Cette statistique était réellement stupéfiante. De son côté, mon fabricant réalise très peu de manteaux, à peine 1% du volume général de son service Demi-Mesure.

Le mois d’octobre est idéal pour commissionner un manteau, même si le pic semple être un peu plus tardif cette année, je pense à cause de la relative chaleur.

Si vous souhaitez commander chez votre tailleur un premier manteau, vers quoi s’orienter?

J’aurais tendance à penser qu’un bon drap bleu marine est idéal, car cette couleur est un peu plus polyvalente que le gris. En particulier, le week-end. Le bleu fait assez sport. Le gris ramène toujours à la notion d’urbanité, de sobriété triste. Un peu. Le bleu est un peu moins formel. Toutefois, si vous portez plutôt des jeans gris le week-end, le manteau gris sera très bien.

Est-ce que le manteau bleu ira bien avec un costume gris? Oui, bien sûr je n’y vois aucun inconvénient. Et puis, il est difficile d’avoir autant de couleurs de manteaux que de couleurs de costumes…

Le beige, tendance poil de chameau, plait énormément ces temps-ci. Très à la mode dans les années 90, il avait ensuite été délaissé. Mais voici que les jeunes le remettent sur le devant de la scène. Ce ton chaud a le même avantage que le marine, il fait habillé avec un costume et fait décontracté avec un chino.

Bleu, gris, beige, marron, les choix classiques chez Caccioppoli :

 

Question poids

Les drapiers proposent de moins en moins des draps 100% laine. Holland & Sherry, Loro Piana et les autres mettent toujours un peu de cachemire, entre 10 et 20% pour donner un peu de chaleur et de douceur en plus. Le cachemire apporte de la fluidité également.

Mais les poids sont de plus en plus légers. Généralement, les étoffes pèsent 480 à 580 grs au mètre. Ce qui est idéal pour les 5 à 6 mois d’hiver, surtout en France où le climat est doux. Mais qui est juste pour la période mi-janvier à mi-février, où la bise se fait ressentir. Je conseille alors toujours d’acheter un petit gilet matelassé sans manche, type Uniqlo, à la fois léger et très chaud. Il permet de compléter le manteau lors des grands froids.

En prêt-à-porter, les draps sont très légers. Parfois épais, mais ce n’est que de l’air. Un industriel m’a raconté un jour qu’il était préférable de faire des manteaux légers, car cela coûte moins cher en transport. Évidemment, si pour le même poids, il est possible de mettre 25% de manteaux en plus dans un conteneur, y’a pas à hésiter… Chez les  tailleurs, ce problème n’existe toutefois pas.

Je n’ai qu’une seule liasse vraiment à l’ancienne, et d’ailleurs les draps les moins chers, chez Dugdale Bros. Les manteaux classiques pèsent 640 grs et les motifs discrets (chevrons) 760 grs. Là c’est du très lourd et du très chaud. Du solide et du durable. Mais évidemment, ça n’a pas la luminosité des mélanges avec un peu de cachemire.

 

Un client me demandait la semaine derrière ce que j’en pensais. A vrai dire, ce n’est pas une question simple. Le très lourd est parfaitement chaud, mais le sera trop en septembre et en mai. C’est donc une question d’équilibre. Si pour vous le manteau représente déjà un investissement lourd, alors il vaut mieux profiter d’un drap solide et durable. Si vos moyens le permettent, faîtes aussi un manteau mi-saison, genre gabardine. Et si vous n’êtes pas frileux et que vous voulez un peu de préciosité, le mélange avec du cachemire est très bien.

Quant au 100% cachemire, il n’est généralement pas extrêmement lourd. Mais généralement, si on en a les moyens, on ne fait que passer de la moquette de l’auto à la moquette d’un intérieur confortable. Ce n’est donc pas une question de chaleur, mais de pure luxe.

Entre les deux, on trouve le poil de chameau. La même douceur que le cachemire (presque) et un peu plus de solidité. Une merveille, qui évidemment se trouve généralement uniquement dans la couleur d’origine, camel. Sauf chez Loro Piana qui arrive à le teinter, mention spéciale pour le bleu air-force superbe, de douceur et de fluidité, ci-dessous.

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Et puis il y a les fantaisies. Un manteau n’est pas obligé d’être uni. Un beau-chevron, une texture de laine bouilli, de l’ocre, du vert, on peut s’amuser !

Belle semaine, Julien Scavini

Le mocassin à pompons

On le dit ringard ou pire, de droite. On le pense disparu et mort. Pourtant, force est de constater que le mocassin à pompons continue de plaire, année après année.

La légende dit qu’il a été inventé en 1948 par le bottier du Massachusetts, Alden, à la demande d’un acteur d’Hollywood, Paul Lukas. Ce dernier avait ramené d’un voyage en Europe des pampilles en cuir qu’il voulait greffer sur un soulier. Après quelques essais naquit le mocassin à pompons que l’on connait encore aujourd’hui. Brooks Brothers copia rapidement le modèle, qui devient un must-have de l’élégance américaine, sous le nom tassel-loafer.

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La forme classique, ronde.

Le modèle classique est plutôt ample, rond et très confortable. Il n’a normalement pas besoin d’être fait, on plonge dedans directement. La forme est empruntée aux slippers, les souliers d’intérieurs, d’où est issu le mocassin jumeau : l’opera pump. La tige monte peu sur le pied, l’échancrure est assez prononcée, presque féminine. Ces pièces ont en commun d’être coupées d’une seule pièce.

La forme généreuse se reconnait au premier coup d’œil. Elle est épurée et ne présente pas de plateau cousu comme le mocassin classique appelé penny-loafer. Mais une couture décorative fait tout de même le tour de la partie avant, comme pour évoquer ce plateau. Les pampilles sont insérées directement sur le haut de la tige et un lacet décoratif, comme lié aux pompons, fait le tour de l’arrière.

Les bottiers pour rendre le modèle un peu plus à la mode ont tenté d’en affiner la silhouette, ce qui donne de mon point de vue un résultat maladroit. Le mocassin à pompons est joli s’il est assez ramassé, mais ce n’est que mon goût, je dois être trop conservateur. Les chausseurs le décline en de multiples formes, à bout carré, à semelle souple, non-doublé etc… Il est à la mode, donc il prend des formes multiples, du plus habillé au plus décontracté.

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Tassel-loafer de chez Carmina, plus élancé que le modèle classique, plus italien. On notera d’ailleurs la présence d’un vrai plateau cousu. Ce mocassin n’est pas réalisé en une pièce mais en trois, d’où la présence d’une petite couture à l’avant.

Question couleur, le tassel-loafer se décline dans tous les cuirs connus, veau, veau-velours voire même crocodile ou lézard chez Carmina. Avec un forme plus effilée que le modèle canonique. En veau-velours marine, c’est très racé me semble-t-il.

Du point de vue britannique, le mocassin noir est une légère curiosité. D’autant que le mocassin ne se porte pas – normalement – avec un costume. Chaussure semi-formelle, elle se prête préférentiellement au marron et ses déclinaisons et aux tenues sport. Toutefois, ce sont les américains qui ont inventé l’objet. Et ils le portent en box noir avec le costume. Alors, pourquoi se priver, d’autant que les italiens depuis longtemps ont cassé ce dogme. Il faut bien reconnaitre que les mocassins sont très confortables, et d’un grand chic.

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Toutefois, est-ce une chaussure facile à porter? Est-ce une chaussure pour débutant? La réponse n’est pas évidente. J’en ai eu très tôt. Puis pendant une période, j’ai détesté les mettre, je trouvais l’allure trop féminine, le pied trop précieux. Et puis j’y suis revenu avec grand plaisir. Curieux. Ce n’est pas une chaussure anodine. D’autant plus qu’elle est un peu typé ‘fric’ ou ‘XVIème arrondissement’. Mais il faut aller au delà de ce cliché et faire confiance à son propre goût. Si l’on ne se sent pas sûr, un penny-loafer est déjà très bien. Si l’on est très sûr, il faut les porter en veau-velours vert avec un jean blanc. Il faut oser. C’est une chaussure classique.

Bonne réflexion.

Belle semaine, Julien Scavini

Souliers marron ou noirs?

Au cours des nombreux rendez-vous que je peux avoir avec des jeunes gens en quête de leur costume de mariage, un point revient souvent : l’hésitation sur la couleur des souliers. Il semble que ce soit le grand doute concernant la couleur qu’il convient de mettre. Plus généralement, ce questionnement sur la couleur des souliers peut se poser avec un simple costume de travail. Il suffit de cinq minutes dans le métro pour découvrir l’abysse en culture bottière.

Essayons pas à pas d’y voir plus clair.

Il existe deux grandes catégories de souliers : les noirs et les marrons. Au cours du XIXème siècle, une couleur a dominé en ville : le noir. Les souliers marron existaient mais étaient très très rares. Les tenues bourgeoises étaient elles aussi foncées. Ainsi, le noir est depuis longtemps attaché aux souliers de ville, aux souliers habillés. A l’inverse, le marron issu de la vénerie est resté attaché à la campagne.

Dans les années 1900, la notion de vestiaire sport apparait. Les bottines allant avec ces tenues sont alors marron. Une dissociation nait vers 1900, souliers noirs à la ville et bottes ou bottines marron à la campagne.

Au cours des années 50, si ce n’est pas avant, la dissociation souliers noir ville et souliers marron campagne s’est estompée. On se met à porter des souliers noirs avec des tenues dépareillées, car on veut faire urbain et un peu bcbg et en même temps, le soulier marron devient possible avec le costume. Ce faisant, deux écoles s’opposent : ceux qui considèrent qu’en ville priment les chaussures noires, qu’importe la situation, et ceux qui pensent qu’en ville il est plaisant de pouvoir porter les deux pour différencier des situations.

De mon point de vue, avec un ensemble dépareillé, la chaussure marron est plus intéressante, 1- pour l’harmonie des couleurs et 2- pour bien marquer l’esprit décontracté. On retrouve ce débat autour du blazer, veste bleue qui s’associe généralement avec un pantalon gris. Certains se plaisent à le porter avec des souliers marron, soulignant là son origine très ‘club de sport’, d’autres l’associent avec des souliers noirs, accentuant son aspect semi-habillé, parfait pour un cocktail mondain façon bcbg. On note que les militaires de la marine, avec le blazer croisé portent des souliers noirs.

Pour les anglais, un costume de ville, donc porté au bureau par exemple, entraine l’obligation de porter des souliers noirs. Dans la banque et l’assurance, chez les avocats, c’est encore une règle logique. Pour un mariage, il serait de bon ton aussi de porter des souliers noirs, c’est un grand évènement formel.

Toutefois, en France et probablement ailleurs en Europe, surtout en Italie, la mode de porter du marron en ville avec un costume est très présente dès les années 50. Le costume marron beigasse est un classique de l’allure française des sixties, avec un petit chapeau trilby, à la Fantasio. Une manière je pense pour l’homme hexagonal de se dissocier de la mode très anglaise.

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Que faire de nos jours?

Il faut avoir à l’esprit que le soulier noir est habillé et qu’il est convenable avec un costume. Deuxièmement, le soulier noir ne va pas avec une tenue dépareillée. Point, et pas autrement. On ne met pas de souliers noirs avec une veste de tweed et un pantalon de velours par exemple, c’est curieux. Sauf peut-être si cet ensemble est fait de nuances de gris…

La grammaire a ses exceptions. Mais globalement retenir noir = costume et marron = décontraction, c’est bien.

Et pour le costume bleu marine?

Question curieuse souvent posée, en particulier par les femmes : peut-on associer un costume marine avec des souliers noirs. Je ne sais pas pourquoi on ne pourrait pas ? La règle est simple, un costume porté dans un bureau se met avec des souliers noirs. Sauf si en effet on suit la règle très ‘Elle’ ou ‘MarieClaire’ disant que le marine ne s’associe jamais avec du noir, alors…

Ne peut-on pas mettre de souliers marron avec un costume?

Une fois la règle posée et consciencieusement intégrée, il est possible d’aller plus loin. Ainsi, dès les années 30; un costume marine était de bon ton avec des souliers marron, pourquoi pas en veau-velours, comme le montrent les images d’Apparel Arts. C’est une question de tact. Bien sûr que des souliers marrons collent avec un costume bleu. Ci-dessous, le même costume que précédemment, mais dans une tenue plus décontractée, avec souliers marron.

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Et avec un costume gris?

Costume gris, chaussures marron? Chacun fait comme il veut. C’est pas impossible.

Si le costume est porté avec une chemise blanche?

Pour moi c’est radical. Chemise blanche = formalisme. Si je mets une chemise blanche avec mon costume, je mets des souliers noirs. Pareil si la chemise est colorée à col blanc. Des souliers marrons avec ce beau blanc écarlate en haut est un drôle d’attelage, formel / décontracté qui ne va pas.

Il faut faire attention à la ceinture!

Si vous portez des souliers marron avec votre costume bleu, ne portez pas de ceinture noire. Diantre. Les cuirs se répondent et s’harmonisent. Chaussures marron = ceinture marron. Une simplicité souvent non respectée, parole d’observateur métropolitain.

Il faut faire attention aux souliers marron!

Cette couleur oblige plus que le noir. Des souliers noirs s’entretiennent tellement plus facilement. Un coup de cirage, un peu de crème, et hop les voilà resplendissant. Les souliers marron sont pour 1- les gens riches ou 2- les gens précautionneux. Il faut bien les crémer et en prendre soin. La mode des souliers patinées est par ailleurs très intéressante … si l’on en prend soin. Mais diantre, combien de ploucs avec des godillots aux pieds à la fin. Combien d’affreuses chaussures marron jamais cirées? Toutes biscornues car elles ne voient jamais d’embauchoirs…

De nos jours, les souliers marron ont envahi l’espace. Chemise blanche et chaussures noires, symboles jadis de respectabilité, ne sont plus forcément dans l’air du temps. Bien que l’association chaussures noires + jean + chemise blanche soit elle en vogue… sans intérêt.

En bref et finalement, l’époque contemporaine c’est un peu le fait comme tu veux. Mais, il est possible de décréter que les vieilles règles ne sont pas si idiotes. Tout en jouant un peu avec. Par exemple, même en étant rigoriste, je peux reconnaitre que le costume en flanelle bleue est merveilleux associé à des chaussures en veau-velours.

C’est comme les tableaux de conjugaison. Il y a les grandes formules et celles un peu moins usitées, les synonymes plus raffinés etc… Il y a la base, et il y a ce qu’on en fait.

Belle semaine, Julien Scavini

L’Orient Express à Paris

L’Orient-Express… voilà un nom chargé de magie et de plaisir. Et bien figurez-vous qu’il existe encore. Et même mieux, toutes les semaines, vous pouvez faire Londres-Venise avec. Départ le jeudi midi à Londres. Un simple Eurostar conduit les passagers à Calais où le mythique train et ses rutilantes voitures attendent. De là départ pour le grand chic.

Mettez cette petite mélodie de Richard Rodney Bennett pour vous mettre dans l’ambiance.

Vers 21h, le train arrive à la gare de l’Est à Paris, pour une escale technique et pour accueillir quelques passagers supplémentaires. 180 personnes peuvent prendre place à bord. Le premier service du diner est aussi donné. Le train repart vers 22h. Après une charmante nuit bercée par le cliquetis des rails, c’est le moment du petit déjeuner vers la frontière Suisse, puis du déjeuner au fil des Alpes et enfin de l’arrivée à Venise après un thé – champagne à 18h. Presque toutes les semaines d’avril à novembre.

Alors certes, ce n’est pas le grande voyage, mais c’est déjà pas mal. Le Londres-Istanbul a lieu une fois par an. Mais les hôtes dorment alors une à deux nuits seulement dans les voitures, le train s’arrêtant de nombreux soirs dans une capitale, Vienne, Prague, etc… La raison est simple : pratiquement aucune cabine n’a de salle-de-bain, un handicap au XXIème siècle.

J’ai eu le plaisir d’être invité à découvrir le train, lors de son passage éclair à Paris. En catimini en marge de l’exploitation commerciale.

Sachez-le. Presque tous les jeudi soir d’avril à novembre, vers 21h, le convois spécial arrive au quai numéro 5 de Paris-Est, le seul de la capitale ayant la longueur requise pour accoster les 17 voitures, soit 500m. Et tout un chacun peut aller zieuter, le quai accueillant par ailleurs un autre train ‘civil’.

Quel plaisir, quelle magnificence. A une époque où tout est moche et ordinaire, en particulier les trains, c’est vraiment un plaisir exquis.

Rendez-vous m’était donc donné par l’ancien directeur de la ligne à 20h50 dans une gare très calme.

Quel étonnement de voir un pareil train sorti d’un autre âge. Les lettres de laitons, les toits blancs et les boggies parfaitement nettoyés. Toutes les voitures sont d’époque. Elles ont été restaurées et entre chaque saison bénéficient de travaux généraux. La compagnie anglaise Belmond basée à Venise qui exploite cette ligne en possède 18. La SNCF en possède 4 également, mais en moins bon état, celles qui furent d’ailleurs exposées à l’Institut Du Monde Arabe en 2014.

Sautons-le pas et montons à bord. Les longs couloirs, les nombreuses boiseries, la moquette épaisse. Dans la première voiture, qui était à l’origine en mauvais état, trois suites avec de vraies salles-de-bain ont été réalisées. Les autres sleeping car présentent de simples compartiments où les banquettes s’escamotent en lit le soir venu, avec un étroit cabinet de toilette.

 

Descendons vite, les clients arrivent. Les trois voitures restaurants (vous reconnaitrez les décors d’Hercules Poirot) sont épaulées par trois voitures cuisines. Une sacrée logistique. Le diner ayant lieu, difficile de monter, à part dans une section vide ce soir là, où des panneaux de Lalique habillent les murs. Quelle beauté! Au menu, c’était homard en entrée, puis filet de bœuf à la truffe. Et smoking de rigueur.

 

Sur le quai, les services chargent de l’eau dans les voitures pour la toilette. Un peu de personnel s’affaire. Le chef de train est en queue-de-pie à boutons dorés, les stewards sont en livrée bleue et les serveurs du restaurant en spencer blanc. Une belle hiérarchie vestimentaire, à côté du poly-laine gris déprimant de la Société Nationale des Chemins de Fer Français…

 

Mais voilà déjà le coup de sifflet. Prêt au départ !

 

Merveilleuse semaine ! Julien Scavini

L’aéroport Charles-de-Gaulle

Curieux titre n’est-il pas pour la chronique de cette semaine.

La raison est qu’un livre dont je suis l’auteur, portant précisément sur le grand aéroport parisien est sorti.

Et oui, si j’adore mon métier de tous les jours, je n’en reste pas moins par ailleurs un passionné des choses volantes et d’architecture en général, de Paul Andreu en particulier. Il y a deux ans environ, j’ai commencé à documenter l’histoire de l’aéroport Roissy Charles-de-Gaulle pour le simple plaisir. Je me suis toutefois vite rendu compte  que la bibliographie était très mince et que dès lors, je n’avais rien à me mettre sous la dent. Comme on est jamais mieux servi que par soi-même, j’ai alors décidé d’écrire le livre que j’avais envie de lire.

L’éditeur ETAI (Éditions Techniques de l’Automobile et de l’Industrie) que vous connaissez sans connaitre (il édite l’immense majorité des livres parlant de voitures que vous trouvez à la Fnac et est marié à l’Argus) m’a immédiatement suivi sur ce nouveau terrain pour moi. Sur mon temps libre, j’ai donc commencé le travail avec l’aide d’Aéroports de Paris et d’Air France. Visite des lieux, recherche dans les archives, rencontres avec des intervenants, sélection photographique, la tâche fut longue et fatiguante.

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L’aéroport est jeune. Il a ouvert en 1974. Souvent décrié à tord et à travers, j’ai eu plaisir de retracer l’histoire de ce bel équipement qui participe chaque jour au rayonnement économique de notre pays.

Le résultat est un Beau-Livre de 224 pages, décomposé en 8 chapitres traitant des aspects variés de l’aéroport : l’histoire aéroportuaire française en général, l’histoire de Roissy en particulier, terminaux après terminaux, en passant par la restauration à bord, la question environnementale ou encore le contrôle aérien. J’essaye, avec le même ton que sur Stiff Collar, de faire aimer ce lieu et d’en faire comprendre l’allure et les raisons-d’être.

Pour ceux qui veulent en savoir plus, j’ai crée un petit blog qui détaille un peu plus l’ouvrage en question. Cliquez-ici.

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Titre
Aéroport Charles-de-Gaulle

Auteur
Julien Scavini

Nombre de pages
224

Photos
250 environ

Format
240 x 290 mm

isbn
979 10 283 0276 4

Prix public
55,00 €TTC

 

Je vous laisse quelques lignes de l’introduction du livre :

Un avion décolle toutes les secondes dans le monde. Par an, cela représente presque trente-huit millions d’avions, pour trois milliards de passagers. Les cabines pressurisées, les carrousels à bagages ou les salles d’embarquement sont devenus familiers. De tous les moyens de transport inventés, il reste nimbé de l’aura particulière de l’aventure et du mystère. L’aviation a ses légendes panthéonisées : Georges Guynemer, implacable pilote au sang-froid, qui répare avec de la toile son avion troué par l’ennemi ; Roland Garros, premier à traverser la Méditerranée en volant ; Saint-Exupéry, disparu en plein vol. Jean Mermoz disait que ce qu’il préférait du métier de pilote de ligne était qu’on pouvait s’imaginer, une fois dans le ciel, que la vie était une suite d’aventures.

Nous ne prenons pas l’avion comme nous prenons le train. Peut-être parce que les aéroports sont les lieux de nos rêveries et de nos envies d’escapades. À Paris-Charles-de-Gaulle, ce sont deux cent mille rêveurs qui traversent chaque jour les halls, les salles d’attente, les couloirs et les escaliers du plus grand aéroport français et européen. Un jour du mois de juillet 2016, un record est même établi avec deux cent trente-deux mille passagers. Ce ballet interminable de voyageurs suit une chorégraphie particulière : celle d’un équipement gigantesque …

Par avance, merci pour vos bons échos. Je vous souhaite une excellente semaine!

Julien Scavini

Un accroc, et alors?

Un client m’a récemment écrit pour demander que faire sur sa veste qui avait subi un accroc. Son costume de mariage a été altéré par une triste pointe dépassant d’un meuble. Cela nous est tous arrivé il me semble. L’ennui, c’est que lorsque l’incident s’est produit sur un pan de tissu et qu’il n’est pas lié à une couture déchirée, il est presque impossible d’intervenir. Un retoucheur peut faire et défaire des coutures, serrer ou desserrer des morceaux. Mais si un petit trou est présent au milieu d’un morceau, que faire..?

Un métier aujourd’hui presque disparu s’était fait une spécialité de ce genre de petite réparation : le stoppage, souvent pratiqué par des dames travaillant chez elles. Les stoppeuses-remailleuses étaient des fées aux doigts d’or. En récupérant quelques fils sur les coutures à l’intérieur, elles pouvaient reconstituer le trou, de manière totalement invisible. De la magie! Que le trou soit l’œuvre de satanées mites ou d’un clou mal placé. Mais hélas, je n’en connais plus aucune. Et je ne connais personne qui a pu apprendre ce métier.

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Alors que faire si un petit trou est apparu à la surface d’un beau costume?

Pour ma part j’ai tranché, je m’en fiche royalement. L’année dernière, en sortant le matin de chez moi, j’ai entendu un gros crrrr en passant la porte cochère de l’immeuble. Mince. La manche de mon costume de flanelle bleue s’était accrochée à une épaisse pointe placée sur la crémone. Quel déception. J’aurais pu bien sûr renvoyer la veste à l’atelier pour refaire une manche. Et puis à quoi bon. Cela ne se voit pas. J’aime ce costume ainsi, avec son petit défaut.

Mon ancien collaborateur avait eu de son côté une mésaventure miteuse. Les mauvaises avaient dévoré au moins 2cm² de son blazer, sous la poche devant. Il a cousu une pièce, à la manière du Prince Charles. Regardez bien sa photo, à gauche en bas de la veste…

Car la vérité est que, lorsque l’on aime un vêtement, on l’aime tel quel. Rien n’est parfait en ce bas monde. Et puis, souvenons nous du conte d’Andersen. Le Vilain Petit Canard. Qui n’a pas été touché par ce petit mis de côté? Alors, pourquoi abandonner un vêtement si précieux à nos yeux? Pourquoi le jeter?

Évidemment, dans une société du jetable et du remplaçable, ce genre d’idée est un peu bizarre. Mais quand le costume vaut cher et qu’il est agréable, il est impensable de le jeter pour si peu. Un petit trou dans le devant visible? Et alors?

Le panache fera oublier cet accroc! Une cravate très digne, une pochette merveilleuse, des souliers bien glacés, si la mise est parfaite, c’est un joli toupet que d’arborer cette décoration de la vie. Les nouveaux riches avec leur costume à trois sous parfois très chers peuvent bien le jeter pour le remplacer par une autre cochonnerie du même genre. Mais quand on construit patiemment une penderie de qualité, on garde son vilain petit canard. Il y a plus important dans la vie!

Peut-être avez-vous peur d’une réflexion, du qu’en dira-t-on? Riez-en. Soyez bien au dessus de tout cela. Tant que vous êtes propre et polis. Le Prince Charles s’en fiche bien lui. Pourquoi pas vous?

Belle semaine, Julien Scavini

La hauteur du col et des revers

La semaine dernière, un aimable passant est rentré dans la boutique pour me demander s’il était possible de modifier en demi-mesure le cran de revers, qui est la signature visuelle d’une veste. Ce cran de revers, ouvert ou en pointe, est la jonction entre le revers et le col. Lorsque l’on réalise une veste à la main, c’est un point crucial d’esthétique et de finesse, à l’instar du montage des manches. A la fois techniquement car de nombreuses pièces sont imbriquées, et formellement car l’impact de la veste, son harmonie, naitra là.

Bien sûr répondis-je. Le plaisir de la demi-mesure, c’est de pouvoir, en partie modifier les grands paramètres canoniques : aisance, type d’épaule, forme des poches, nombre de boutons devant, forme et largeur du col. Ce qui en plus du tissu et de la doublure, donne un nombre de combinaison presque illimité.

Donc, oui, le col peut se modifier et généralement, les ateliers et faiseurs donnent le choix entre le col classique dit cranté ou sport, le col en pointes sur veston droit ou sur veston croisé, le col châle, etc… Et normalement, l’atelier permet de moduler la largeur du revers. Une opération techniquement pas si simple, à cause du grand nombre de pièces et de l’incrustation des coutures, entre dessus de col en tissu, dessous de col en feutrine, dos, épaules, parementure du devant. Quiconque a déjà essayé de coudre un col sait que c’est très complexe. Probablement plus qu’une manche pour qui est novice.

Je me souviens d’ailleurs de la finale de la saison 1 de Cousu Main, qui avait vu les trois candidats s’étaler sur ce point, alors même que les manches étaient correctes. Coudre un col, c’est se confronter à des géométries complexes et des petits coups de ciseaux experts qui génèrent le cran de revers!

Quoiqu’il en soit, le monsieur m’a demandé d’aller plus loin en modifiant la hauteur de ce cran. Là, hélas, j’ai du répondre par la négative. A cause précisément de ce que je viens d’évoquer, avoir l’opportunité de modifier la largeur est déjà bien. Pouvoir modifier la hauteur est trop.

Le monsieur voulait des crans de revers placés bas, à l’ancienne, alors que de nos jours, l’ensemble de la chaine industrielle et technique s’accorde sur des revers dessinés hauts sur l’épaule. C’est ainsi. C’est le goût du moment. Un goût affirmé il est vrai. Les italiens ont cette tendance à placer très haut, au niveau de la clavicule le cran du revers. Cela entraine toutes les lignes de la veste et place le regard haut. C’est la modernité. Sans que j’y trouve beaucoup à redire, je suis assez heureux moi-même avec cette ligne placée haut. L’allure très pincées des années 20, dignement dessinée par Leyendecker, est basée aussi sur des revers hauts placés, comme ci-dessous. (Mais avec des vestes longues, à l’inverse d’aujourd’hui).

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Classiquement, il est vrai que le cran du revers se place un peu plus bas, disons sous la clavicule. Les Beatles jeune, Frank Sinatra, Cary Grant portent ainsi des versions plus classiques. Mon atelier italien, Sartena pour ne pas le citer, a tendance à placer plus bas le cran de revers, une esthétique plus intemporelle, que j’aime à vrai dire moins. Et souvent les clients aussi.

A l’inverse, des années 40 aux années 90/2000, le cran de revers était placé assez bas, plutôt sur la poitrine. Le col coulait autour du cou, s’épanchait généreusement sur le revers. Une autre esthétique. Qui peut trouver sa justification également. Mais les vestes étaient surtout plus longues qu’aujourd’hui, les lignes généralement plus généreuses, notamment les manches et les pantalons. Ce portrait du roi George VI avec la reine mère donne un aperçu de cette ligne plus basse du revers. (Avec une veste pour le coup assez raz-de-pet au goût des années 30 un peu).

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J’ai tenté de dessiner cet aller et retour historique. D’un côté le revers placé de manière classique sur le haut de la poitrine, de l’autre le revers placé au dessus de la clavicule. C’est un parti-pris. L’analyse des vestes dans le commerce permet d’apprécier la position du vêtement par rapport à ces canons historiques.

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Vous pouvez ainsi choisir votre École. Toutefois, si vous appréciez celle de gauche, il faudra attendre la prochaine grande bascule stylistique, à moins de faire de la grande-mesure.

Belle semaine, Julien Scavini