Le pantalon blanc d’hiver

Après les fêtes et en même temps que la neige arrive la saison du blanc dans la distribution. Cadeaux et mets délicats cèdent le pas au linge de maison. Jusqu’à une date récente, serviettes de toilette, nappes, taies d’oreillers étaient blancs, parfois finement rayés de couleurs pastels. Le développement des pigments artificiels permet maintenant au linge d’être de toutes les couleurs. Le blanc se salie plus vite il est vrai.

C’est pour cette raison certainement que la chemise blanche, incontournable au siècle dernier, cède de plus en plus sa place au profit de modèles colorés. Même les sous-vêtements sont de moins en moins blancs. Les maillots de corps toutefois ont l’air de rester non teintés. Rares sont les vêtements à être blancs. L’été, chemises, vestes, pantalons et bermudas sont élégants ainsi. Mais ne sont pas légions non plus.

Avec le temps, la seule chose qui semble vouloir rester blanche sont les semelles des baskets. Mais comme disaient deux de mes clients un jour : « elles sont très belles neuves ou alors défoncées ». L’entre-deux, vaguement sali, n’est pas esthétique. Curieuse idée finalement que de concevoir l’endroit le plus facilement salissable du corps en blanc. Peut-être que ce faisant, la semelle blanche crée un filtre entre le corps et le sol. Le blanc repousse la souillure. C’est une proposition de l’ordre du sacré. Y-aurait-il un sens symbolique dans cette chaussure ô combien moderne? C’est amusant de l’imaginer.

A l’inverse de l’été, l’hiver le blanc se porte très peu en vêtement de dessus. Certes, un manteau en laine bouillie blanc, comme un dufflecoat, peut être magnifique. Il n’y a guère qu’à Pitti (qui commence) que l’on voit ça. Jean Cocteau aimait aussi le dufflecoat blanc. Flamboyant.

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Le pantalon blanc – ou à peine crème – est rare en hiver. Mais pas dénué d’une certaine élégance. Rares sont les messieurs à vouloir tenter l’expérience. Le velours ou le coton peau de pèche blanc est particulièrement beau. Salissable aussi vous me direz. Avec un haut camel ou même gris clair, la tenue apparait lumineuse. Finalement, loin d’être morne et froid, le pantalon éclaire la personne. Comme un pantalon rouge vif réchauffe et égaye, le pantalon blanc irradie de lumière. Il s’oppose à la saison finalement.

C’est une façon de voir les choses très italienne j’en conviens. J’y décèle trois avantages :

  1. la possibilité de jouer sur un contraste fort entre le haut et le bas,
  2. la création d’une harmonie douce de teinte légère, comme une veste camel,
  3. rendre légère une tenue qui serait lourde par ailleurs (le cas typique étant une veste en tweed un peu pépère). Le blanc permet de moderniser une telle veste à moindre frais. C’est d’ailleurs souvent un truc mis en œuvre par les italiens.

Le jean blanc d’un autre côté, s’il est certes connoté très ‘Nice bling-bling’ peut, bien accessoirisé, offrir de beaux accords en hiver. Il peut faire merveille associé à une paire de bottines en veau-velours et un bon col-roulé. Soyons attentif au Pitti, je suis sûr que nous en verrons !

Je vous souhaite une bien belle année et pour commencer, une bonne semaine !

Julien Scavini

Joyeux Noël

Je vous souhaite un joyeux Noël !

A cette occasion, je partage avec vous quelques belles planches encrées non-colorées, œuvres de  Jean-Christophe Thibert. Il dessine depuis quelques années les albums des aventures de Kaplan et Masson. J’avais déjà eu l’occasion d’en parler ici.

Il m’a gentillement envoyé ses dessins, pour notre plus grand plaisir ! Amusez-vous bien.

Belle semaine, Julien Scavini

Robert de Montesquiou, Ego Imago

Cet article a été écrit par mon collaborateur Raphaël.

En novembre dernier paraissait un joli petit livre, Robert de Montesquiou, Ego Imago, aux éditions Bibliothèque des Arts, qui était présenté lors d’une conférence sur ce thème par son auteur, Philippe Thiébaut, au Musée des Arts Décoratifs la semaine dernière.

Philippe Thiébaut est conservateur honoraire au musée d’Orsay, spécialiste en de l’Art nouveau, et s’intéresse depuis dix ans au cas des Dandys et à l’histoire du costume et la mode masculine. Il a publié un ouvrage sur la question dès 1999, Robert de Montesquiou ou l’art de paraître, catalogue d’une exposition menée au musée d’Orsay. De 2013 à 2015, conseiller scientifique à l’INHA, il a animé le domaine de recherche Art décoratifs, design et culture matérielle. Ce fût pour lui l’occasion de parler de mode masculine. Il anima pendant ses deux années un séminaire, La mode masculine, 1820-1970 : corps et objets.

Ego Imago est un ouvrage érudit, sur un personnage haut en couleur. J’ai eu beaucoup de plaisir à compulser les pages de ce livre qui mêle des extraits des mémoires de Montesquiou, publiées à titre posthume par son ami le docteur Paul-Louis Couchoud, Les pas effacés (1923), et d’Ego Imago, un recueil d’autoportraits où le comte se met en scène dans des poses extravagantes, et des costumes surprenants.

Qui est donc  ce comte de Montesquiou, qui illustre tant les couvertures de livres sur les dandys? Aristocrate décadent, descendant direct de d’Artagnan, né en 1855, mort en 1921, il connaît son heure de gloire en 1892 (lors de la parution de son recueil de poèmes Les chauves souris). Il anime alors la vie littéraire et mondaine parisienne, donne le la du chic des salons. Il est détesté ou adoré. À ce sujet, deux anecdotes sont amusantes : les frères Goncourt l’appellent Grotesquiou, et disent attendre la traduction en français des recueils et essais du poète… dont les professeurs de latins critiquent la pauvreté de l’ art poétique! Il est vrai que Montesquiou compose des poèmes assez hermétiques.

Toujours est-il qu’il fascine. Ses tenues surprennent et choquent. Raoul Ponchon, chroniqueur de la Gazette rimée, affirme en avril 1902 : « quand il s’habillerait même avec des feuilles de chou […] il conserverait un chic suprême« . Edmond de Goncourt, ne rit qu’à moitié, de celui dont il dit que le pantalon est « fait d’un plaid d’un clan écossais« , à la date du 14 juin 1882 du troisième tome de son journal. Il jugera, un peu plus tard, le 6 avril 1887, que les tenues de Montesquiou sont des « toilettes symboliques, extrêmement chic« .

Il est aussi probable que ses contemporains exagèrent, ou fantasment ses tenues. Henri de Régnier, qui se battra avec le dandy en duel, disait qu’il dînait en ville, vêtu d’une redingote couleur abricot, qu’il visitait le matin en tenant à la main, devant son visage « le velours frais et mauve d’un bouquet de violettes, comme un jeune seigneur tiendrait un loup de bal« .

On imagine aussi le rictus de plaisir du comte, lorsqu’apparaissant à une des quatorze conférences qu’il donna de son vivant, il essuya la déception de la foule, contrariée qu’il soit vêtu d’une simple redingote noire. Montesquiou cultive le « plaisir aristocratique de déplaire« , si cher à Baudelaire.

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Peu avant la Première Guerre mondiale, Montesquiou cesse quasiment de se faire photographier ; il ne veut plus montrer les ravages du temps. Nous reste donc à analyser les photographies vers 1900, pour savoir comment juger son élégance. Peut-être ce vestiaire est-il mieux décrit par la duchesse Elisabeth de Clermont-Tonnerre : « coiffé d’un chapeau mou, son costume sobre se faisait cependant remarquer à cause de certains détails de toilette, imperceptibles en eux-mêmes, et fulgurants quant à l’effet. Un léger dépassant du mouchoir, la cravate, les gants et le chamois des souliers s’harmonisaient pour faire chanter le ton mat du costume.« 

Nombreux sont les écrivains qui s’inspirent de ce curieux personnage, que Thiébaut juge « narcissique congénital« . Huysmans, qui ne l’a jamais rencontré, utilise des descriptions données par Mallarmé pour imaginer l’intérieur du Duc des Esseintes, dans À Rebours ; quand Jean Lorrain le déguise sous les traits du comte de Muzareth, dans Monsieur de Phocas, en 1901… Si Proust assure ne s’être inspiré que de la voix de Montesquiou – qui couvre trois octaves – pour son personnage de Palamède de Guermantes, mondain torturé, certains auteurs prêtent plus franchement des traits détestables au comte. Henri de Régnier, se venge de Montesquiou, accusé d’avoir battu à coup de canne femmes et enfants dans l’incendie du Bazar de la Charité et le caricature dans Le Mariage de minuit, sous les traits du Vicomte Jacques de Serpini. La caricature la plus savoureuse de Montesquiou est peut-être celle d’Edmond Rostand, par le personnage du coq dans Chanteclerc, en 1910.

Adulé ou craint, autant que détesté, Grotesquiou ou « professeur de beauté« , comme disait Proust, poseur impossible, ou inspirateur de la robe aux chauves-souris de la comtesse Greffulhe, lanceur de traits d’esprits ironiques, parfois hermétiques, rarement flatteurs, toujours inspirés, Robert de Montesquiou disparaît peu à peu avec l’ancien monde, celui qui meurt quelque part entre l’été 1914 et Verdun… Le nouveau monde, de l’électricité, de l’auto, de la vitesse et du sport n’a que faire des épithètes compliquées du « souverain des choses transitoires », comme il s’autoproclame. Il meurt dans l’indifférence, au début des années vingt. Les chroniqueurs s’étonnent alors. On le pensait mort depuis longtemps.

Belle fin d’année!

La chemise de bûcheron

La chemise à carreaux ou façon tartan est à la mode ces derniers temps. Elle est dans le coup, façon hipster. Les marques de chemises se sont toutes mises à en vendre.  Elle est très décontractée. Je n’imagine personne la mettre sous un costume.

Une rapide réflexion à son sujet me fait penser que finalement, cette chemise a toujours été à la mode. Plus ou moins. Dans les années 80, oversize et dans des coloris hors du commun, elle accompagnait les grandes stéréos K7 portées sur l’épaule. Dans les années 70, les jeunes la portaient façon bohème, après que les plus policés Beach-Boys l’aient popularisé dans les années 60. Dans les années 50, elle était encore en vogue aux Etats-Unis. C’est même un signe qui fait très ‘American University’, avec des penny-loafer et un pantalon de velours. En bref, elle est depuis longtemps appréciée pour le week-end. Mais suivant les époques, ce n’est pas par les mêmes populations. Dans les années 50, ce sont les papa américains qui l’apprécient, pour son côté ‘chasse, pêche, nature et traditions’. Dans les années 70, elle signe la contre-culture s’opposant au costume cravate. Maintenant, elle n’est pas du tout contre-culture, elle est hype! Portée par des jeunes trentenaires des villes, financièrement à l’aise, qui se font pousser la barbe, qui sont fans de belles motos ou de surf ou de photo-reportages et qui voyagent en premium-éco en buvant du jus de baobab. J’arrête là ma pique pour revenir à des faits, des vrais, sûrs!

L’histoire de la chemise écossaise se trouve au pays de l’once Sam. Et elle est ancienne. Elle a été développée pour habiller les nouveaux colons, explorateurs et agriculteurs ayant une vie dure. Chaude et résistante, elle est un complément du pantalon de denim, le fameux jean, depuis le milieu du XXème siècle environ. Ces tartans sont probablement arrivés aux USA par l’intermédiaire d’immigrés écossais ou irlandais qui ont importé soit le drap soit la manière simple de croiser les fils pour obtenir ce dessin. La firme Woolrich devient célèbre et produit dès 1850 un modèle qui fera florès : la chemise Buffalo, à carreaux rouges et noirs appelée « red plaid shirt », partout copiées depuis.

Elle trouve véritablement sa place dans l’imaginaire collectif américain lorsqu’en 1916, l’écrivain William Laughead inscrit sur le papier les histoires du super bûcheron Paul Bunyan, personnage du folklore oral. Ainsi née la figure du bûcheron vêtu d’une chemise à carreaux. De cette association née l’appellation chemise de bûcheron qui reste encore en vigueur de nos jours.

Originellement en laine, les tartans vont être réinterprétés en coton au fil du XXème siècle. Ce faisant et comme le jean, de vêtement utilitaire, la chemise à carreaux devient chemise de ville.

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Pour ma part, je n’ai jamais vu trop quoi en faire ni en penser. Lorsque j’étais adolescent dans les années 2000, les marques de surf très portées sur la Côte Basque d’où je viens, se sont mises en en vendre. Au début je trouvais cela un peu triste, comparé aux chemises hawaïennes et qui faisaient la part belle aux travaux graphiques sur les logos.

De nos jours, les chemises décontractées se répartissent en trois groupes : uni, comme l’oxford (quelque fois rayé) ; à motifs semés, petits points ou palmettes brodés ou imprimés ; à carreaux fin (comme les tattersall assez rares) ou à grands écossais. Je confesse posséder très peu de ces deux derniers types. Pour le week-end, je porte des chemises assez habillées en fait, rayées ou à carreaux vichy simples.

Pour tout dire, je ne possède qu’une chemise tartan, un modèle très ample, bleu et rouge. Je confesse ne la mettre qu’une fois par an. Avec un pantalon de laine fine bleue et un pull sans manche rouge, c’est ma tenue de Noël! Certains arborent des pulls amusants, moi j’ai ma chemise détonante! Je me vois mal la porter à un autre moment.

Là dessus, je vous souhaite de belles fêtes! Beaucoup de travail (dont un livre en préparation sur un sujet diamétralement opposé à la mode) m’oblige à donner un peu de repos à Stiff Collar jusqu’à janvier!

Belle semaine et joyeux Noël! Julien Scavini

Le style décontracté urbain

La semaine dernière, j’étais invité très tôt à l’aéroport de Roissy pour découvrir les nouveaux avions de la compagnie bis d’Air France, Joon. Le rdv était fixé à 8h dans la zone des hangars. La communication du groupe m’avait prévenu : il fallait être chaudement couvert. Le temps était à la neige et dans les hangars immenses de l’entretien, les températures sont souvent basses. Et ça n’a pas loupé. Les trois heures passées là-haut étaient frigorifiantes.

La veille, je me suis torturé mentalement pour savoir ce que j’allais mettre. Je ne voulais pas porter un costume classique. Je n’en ai pas d’aussi chaud. Même mes tweeds ne m’apparaissaient pas assez couvrants, surtout au niveau du pantalon. Et puis je ne voulais pas mettre mes chaussures de ville. Je savais que sur les tarmacs, il y aurait de l’eau, et qu’il faudrait marcher etc. Mes Alden devaient rester au chaud.

Que faire alors?

J’ai opté pour une paire de bottines en veau-velours à semelle de gomme, un chino beige dans un drap lourd (un exemplaire de mes pantalons S3, qui tiennent bien le pli et ne froissent pas, pour bien présenter), et une épaisse doudoune que je me suis cousu il y a bien longtemps dans un drap vert de loden. Une petite curiosité cette doudoune, mi-moderne, mi-classique par l’usage du drap autrichien.

C’était très bien. En dehors d’un lacet qui s’est cassé dans mes mains le matin en partant… J’ai eu bien chaud et l’alliance de coton et de laine de l’ensemble a bien fonctionné sous la neige fondu et dans le hangar au sol glacial.

Mais, car il y a un mais.

Habillé en marron, beige et vert, j’étais un ovni vestimentaire. Comment pensez-vous qu’était habillée la petite centaine d’invités? De costume et de vêtements sombres. Le DG et le P-DG d’Air France étaient en tenue de ville avec de petits impers (ils devaient avoir bien froid) et à part quelques ‘jeunes’ de la com’ et journalistes en baskets, l’ensemble baignait plutôt dans le bleu et le noir. En passant, j’aurais vraiment donné une pièce à Jean-Marc Janaillac. Son costume en simili-viscose et ses godasses pointues étaient, comment dire… Voyez-vous même.

Bref. Je ne me suis pas senti idiot dans ma tenue, mais tout de même, j’étais clairement décalé. Ce qu’il me manquait était une tenue mi-ville mi-sport. Je n’ai rien de la sorte, pratique et commode, polyvalent et urbain. Je suis assez tranché dans mes choix : costumes pour le travail, du plus classique bleu et gris à quelques modèles plus voyants avec des rayures de banquier et vestes en tweed trempant dans les couleurs de feuilles mortes.

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Il m’aurait fallu : un blazer marine un peu bête, solide et chaud par exemple en flanelle (pourquoi pas dans un petit cachemire, tant qu’à faire), et un pantalon gris en coton, type peau de pêche ou moleskine ou flanelle de coton. Avec les mêmes bottines et une doudoune à capuche de fourrure, j’aurais pu ainsi me fondre dans la masse.

Non pas que je cherche à être discret, mais je pense qu’il faut toujours être en adéquation avec son milieu. Le tout est de rechercher le raffinement dans la simplicité. De belles matières, de belles coupes permettent de se faire plaisir et une esthétique discrète permet de satisfaire l’esprit de groupe. Ce que je trouve au fond satisfaisant. Comme les immeubles haussmanniens. A la fois tous identiques et toujours différents, du simple au très cossu.

Cette tenue, très italienne finalement, raffinée et décontractée, je ne l’ai pas. Il va falloir que j’y travaille!

Belle semaine, Julien Scavini

Savoir penser l’élégance

Récemment, je me trouvais à attendre aux abords de la salle Pleyel que les portes s’ouvrent et je me suis attardé sur la vitrine de la boutique Anthony Garçon, enseigne parisienne de costumes à prix raisonnables. Si je n’aime pas l’allure (des pantalons slim et des vestes courtes), je reconnais que le rapport qualité-prix et bon. Ils vendent bien à en croire le développement important et les ouvertures de boutiques rapides. Ils font un produit dans l’air du temps. Qu’on l’aime ou pas, qui fait vivre des gens et participe à l’économie.

En vitrine étaient présentés trois costumes trois pièces, deux princes de Galles en flanelle très discrets et un uni en flanelle également. Les harmonies (en dehors des cols riquiquis des chemises – encore !) étaient de bon goût, sobres, efficaces, assez british. Pas grand chose à redire.

Se pointent alors trois messieurs, vieux godillots jamais cirés, chinos et jeans informes, doudounes avec capuche en fourrure. Une description du quadra cadre-sup / dirigeant type de la décennie. L’un d’eux s’exclame « pff qui s’habille comme ça de nos jours! »

Dans ma tête, j’ai pensé à deux choses. La première : en effet personne. Mais alors? Quoi? il faudrait présenter dans la vitrine le même minable qu’il porte? Quel commun!

Une vitrine est fait pour s’admirer. L’expression même lèche-vitrine porte un double sens. Les admirateurs la lèchent (s’en régalent) et le décor est léché. On va tout de même pas exposer du minable pour leur faire plaisir et leur donner bonne conscience. Car il est là le fond du problème. En exposant des jolies choses, on ne rend que plus évident le décalage et la médiocrité. Et cette réflexion est l’expression d’un sentiment d’infériorité révélé. Surtout lorsque les costumes en question valent 400€. Ce n’est donc pas une question de moyens.

Car oui, il y a des gens qui s’habillent comme ça. Et curiosité de la chose, ce sont plutôt les jeunes. La cible d’Anthony Garçon d’ailleurs. Ce sont les jeunes qui remettent le gilet au goût du jour et font sentir aux quadras qu’ils sont vraiment très vieux avec leur jeunisme!

La deuxième chose que je me suis dit est que dans certains milieux, il faut savoir s’habiller. Il faut penser aux subtilités du langage des apparences. C’est important. A qualification égale dans une grande banque ou une multinationale, un jeune élégant se fera plus facilement remarquer. Mes clients quotidiens me l’apprennent.

Car montrer que l’on s’intéresse à l’expression corporelle est un humanisme, le signe que peut-être, il va y avoir moyen à développer quelques propos autour du vin, des livres, des montres, bref, de l’art de vivre. Ce n’est même pas forcément être élégant, mais c’est s’y intéresser, montrer qu’on y pense et que cela importe.

Un client grand banquier me disait récemment que pour lui, un homme bien habillé (même sobrement) exprimait sa capacité à penser autre chose que son métier. Donc à pouvoir manier des situations et des contextes variés. Il me dit aussi : « c’est plus facile lorsque l’on veut inviter au débotté un collaborateur ou un prospect à son club ou dans un grand restaurant. Déjà le fait qu’il soit bien habillé ne dénotera pas et ensuite on imagine qu’il sera vite à l’aise. Évidement un type débraillé, on l’invite pas dans son cercle« .

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Ceci dit, dans les hautes sphères, il faut dissocier deux types d’élégants : il y a ceux qui aiment ça, ostensiblement. Ils font l’effort et vont chez les grands faiseurs, Cifonelli, Drake’s, Dunhill, etc… Ils ne pourraient faire moins tant ils veulent du bon et de la bonne manière. C’est l’exemple d’Alexander Kraft, P-DG de Sotheby’s Int. Realty France. Bien évidemment, on peut être élégant sans en faire tant!

Et il a ceux qui savent que c’est important mais qui s’en foutent. Toutefois, ils s’habillent bien et y font attention. Je trouve cela tout à fait acceptable aussi. Personne n’est obligé d’aimer le vêtement, au moins faut-il savoir que cela existe. C’est légitime. La sur-élégance n’est pas obligatoire, mais il faut avoir conscience que c’est important en société. Ces hommes ont le bon goût de se rabattre alors sur des faiseurs et des maisons en particulier, en adoptant sobrement le style vendu. Ils sont légions ces grands directeurs bien mis mais sans trop. Ce sont souvent les clients les plus agréables des tailleurs. J’en ai quelques-uns. Lors de l’essayage, je demande toujours « comment trouvez-vous?« . La réponse est simple « et vous? qu’en pensez-vous? C’est ce qui importe« . Ils ne regardent même pas le miroir. C’est moi qui décide. Le rêve. Et une exigence professionnelle. Ils font confiance pour être élégant comme il faut. Ils cochent cette case et passent à autre chose. J’ai tendance à apprécier ces élégances discrètes.

A la différence d’autres hauts personnages, tout aussi nombreux et qui envahissent le monde, très mal sapés. Pour le coup – et malgré les moyens! – ils sont sapés comme l’as de pique et s’en foutent. Pour eux, même la cravate n’est plus obligatoire, sans parler des pompes.

En conclusion, non monsieur, il existe des gens qui s’habillent comme ça! Et l’intelligence c’est de se dire que des gens peuvent s’habiller comme ça. Pour deux raisons. 1- Être libéral et ouvert, c’est se dire que chacun s’habille bien comme il veut, et que le commerçant a bien raison de satisfaire une cible. 2-  Il est possible que ces habits soient utiles, à soi-même et à sa société et à la société.

A quoi bon juger monsieur. Il faut se féliciter et continuer de s’émerveiller des jolies choses!

Belle semaine, Julien Scavini

Petits cadeaux de noël

Chers lecteurs,

j’avais déjà fait un article de ce genre il y a deux ou trois ans. J’ai reçu de mon atelier italien qui fabrique cravates et pochettes, de ravissants modèles de pochettes double-faces, entièrement roulottées main. Je les vends en boutique 30€, un prix volontairement assez bas. Si vous souhaitez un exemplaire au pied du sapin, n’hésitez pas à me faire signe : tailleur -arobase- scavini.fr . Je pense que deux timbres devraient suffire pour envoyer ces tissus légers, soit un coût très raisonnable. N’hésitez pas. J’ai un exemplaire par coloris. Donc 10 photos = 10 exemplaires.

50% laine, 50% coton. 30x30cm.