L’aéroport Charles-de-Gaulle

Curieux titre n’est-il pas pour la chronique de cette semaine.

La raison est qu’un livre dont je suis l’auteur, portant précisément sur le grand aéroport parisien est sorti.

Et oui, si j’adore mon métier de tous les jours, je n’en reste pas moins par ailleurs un passionné des choses volantes et d’architecture en général, de Paul Andreu en particulier. Il y a deux ans environ, j’ai commencé à documenter l’histoire de l’aéroport Roissy Charles-de-Gaulle pour le simple plaisir. Je me suis toutefois vite rendu compte  que la bibliographie était très mince et que dès lors, je n’avais rien à me mettre sous la dent. Comme on est jamais mieux servi que par soi-même, j’ai alors décidé d’écrire le livre que j’avais envie de lire.

L’éditeur ETAI (Éditions Techniques de l’Automobile et de l’Industrie) que vous connaissez sans connaitre (il édite l’immense majorité des livres parlant de voitures que vous trouvez à la Fnac et est marié à l’Argus) m’a immédiatement suivi sur ce nouveau terrain pour moi. Sur mon temps libre, j’ai donc commencé le travail avec l’aide d’Aéroports de Paris et d’Air France. Visite des lieux, recherche dans les archives, rencontres avec des intervenants, sélection photographique, la tâche fut longue et fatiguante.

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L’aéroport est jeune. Il a ouvert en 1974. Souvent décrié à tord et à travers, j’ai eu plaisir de retracer l’histoire de ce bel équipement qui participe chaque jour au rayonnement économique de notre pays.

Le résultat est un Beau-Livre de 224 pages, décomposé en 8 chapitres traitant des aspects variés de l’aéroport : l’histoire aéroportuaire française en général, l’histoire de Roissy en particulier, terminaux après terminaux, en passant par la restauration à bord, la question environnementale ou encore le contrôle aérien. J’essaye, avec le même ton que sur Stiff Collar, de faire aimer ce lieu et d’en faire comprendre l’allure et les raisons-d’être.

Pour ceux qui veulent en savoir plus, j’ai crée un petit blog qui détaille un peu plus l’ouvrage en question. Cliquez-ici.

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Titre
Aéroport Charles-de-Gaulle

Auteur
Julien Scavini

Nombre de pages
224

Photos
250 environ

Format
240 x 290 mm

isbn
979 10 283 0276 4

Prix public
55,00 €TTC

 

Je vous laisse quelques lignes de l’introduction du livre :

Un avion décolle toutes les secondes dans le monde. Par an, cela représente presque trente-huit millions d’avions, pour trois milliards de passagers. Les cabines pressurisées, les carrousels à bagages ou les salles d’embarquement sont devenus familiers. De tous les moyens de transport inventés, il reste nimbé de l’aura particulière de l’aventure et du mystère. L’aviation a ses légendes panthéonisées : Georges Guynemer, implacable pilote au sang-froid, qui répare avec de la toile son avion troué par l’ennemi ; Roland Garros, premier à traverser la Méditerranée en volant ; Saint-Exupéry, disparu en plein vol. Jean Mermoz disait que ce qu’il préférait du métier de pilote de ligne était qu’on pouvait s’imaginer, une fois dans le ciel, que la vie était une suite d’aventures.

Nous ne prenons pas l’avion comme nous prenons le train. Peut-être parce que les aéroports sont les lieux de nos rêveries et de nos envies d’escapades. À Paris-Charles-de-Gaulle, ce sont deux cent mille rêveurs qui traversent chaque jour les halls, les salles d’attente, les couloirs et les escaliers du plus grand aéroport français et européen. Un jour du mois de juillet 2016, un record est même établi avec deux cent trente-deux mille passagers. Ce ballet interminable de voyageurs suit une chorégraphie particulière : celle d’un équipement gigantesque …

Par avance, merci pour vos bons échos. Je vous souhaite une excellente semaine!

Julien Scavini

Un accroc, et alors?

Un client m’a récemment écrit pour demander que faire sur sa veste qui avait subi un accroc. Son costume de mariage a été altéré par une triste pointe dépassant d’un meuble. Cela nous est tous arrivé il me semble. L’ennui, c’est que lorsque l’incident s’est produit sur un pan de tissu et qu’il n’est pas lié à une couture déchirée, il est presque impossible d’intervenir. Un retoucheur peut faire et défaire des coutures, serrer ou desserrer des morceaux. Mais si un petit trou est présent au milieu d’un morceau, que faire..?

Un métier aujourd’hui presque disparu s’était fait une spécialité de ce genre de petite réparation : le stoppage, souvent pratiqué par des dames travaillant chez elles. Les stoppeuses-remailleuses étaient des fées aux doigts d’or. En récupérant quelques fils sur les coutures à l’intérieur, elles pouvaient reconstituer le trou, de manière totalement invisible. De la magie! Que le trou soit l’œuvre de satanées mites ou d’un clou mal placé. Mais hélas, je n’en connais plus aucune. Et je ne connais personne qui a pu apprendre ce métier.

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Alors que faire si un petit trou est apparu à la surface d’un beau costume?

Pour ma part j’ai tranché, je m’en fiche royalement. L’année dernière, en sortant le matin de chez moi, j’ai entendu un gros crrrr en passant la porte cochère de l’immeuble. Mince. La manche de mon costume de flanelle bleue s’était accrochée à une épaisse pointe placée sur la crémone. Quel déception. J’aurais pu bien sûr renvoyer la veste à l’atelier pour refaire une manche. Et puis à quoi bon. Cela ne se voit pas. J’aime ce costume ainsi, avec son petit défaut.

Mon ancien collaborateur avait eu de son côté une mésaventure miteuse. Les mauvaises avaient dévoré au moins 2cm² de son blazer, sous la poche devant. Il a cousu une pièce, à la manière du Prince Charles. Regardez bien sa photo, à gauche en bas de la veste…

Car la vérité est que, lorsque l’on aime un vêtement, on l’aime tel quel. Rien n’est parfait en ce bas monde. Et puis, souvenons nous du conte d’Andersen. Le Vilain Petit Canard. Qui n’a pas été touché par ce petit mis de côté? Alors, pourquoi abandonner un vêtement si précieux à nos yeux? Pourquoi le jeter?

Évidemment, dans une société du jetable et du remplaçable, ce genre d’idée est un peu bizarre. Mais quand le costume vaut cher et qu’il est agréable, il est impensable de le jeter pour si peu. Un petit trou dans le devant visible? Et alors?

Le panache fera oublier cet accroc! Une cravate très digne, une pochette merveilleuse, des souliers bien glacés, si la mise est parfaite, c’est un joli toupet que d’arborer cette décoration de la vie. Les nouveaux riches avec leur costume à trois sous parfois très chers peuvent bien le jeter pour le remplacer par une autre cochonnerie du même genre. Mais quand on construit patiemment une penderie de qualité, on garde son vilain petit canard. Il y a plus important dans la vie!

Peut-être avez-vous peur d’une réflexion, du qu’en dira-t-on? Riez-en. Soyez bien au dessus de tout cela. Tant que vous êtes propre et polis. Le Prince Charles s’en fiche bien lui. Pourquoi pas vous?

Belle semaine, Julien Scavini

La hauteur du col et des revers

La semaine dernière, un aimable passant est rentré dans la boutique pour me demander s’il était possible de modifier en demi-mesure le cran de revers, qui est la signature visuelle d’une veste. Ce cran de revers, ouvert ou en pointe, est la jonction entre le revers et le col. Lorsque l’on réalise une veste à la main, c’est un point crucial d’esthétique et de finesse, à l’instar du montage des manches. A la fois techniquement car de nombreuses pièces sont imbriquées, et formellement car l’impact de la veste, son harmonie, naitra là.

Bien sûr répondis-je. Le plaisir de la demi-mesure, c’est de pouvoir, en partie modifier les grands paramètres canoniques : aisance, type d’épaule, forme des poches, nombre de boutons devant, forme et largeur du col. Ce qui en plus du tissu et de la doublure, donne un nombre de combinaison presque illimité.

Donc, oui, le col peut se modifier et généralement, les ateliers et faiseurs donnent le choix entre le col classique dit cranté ou sport, le col en pointes sur veston droit ou sur veston croisé, le col châle, etc… Et normalement, l’atelier permet de moduler la largeur du revers. Une opération techniquement pas si simple, à cause du grand nombre de pièces et de l’incrustation des coutures, entre dessus de col en tissu, dessous de col en feutrine, dos, épaules, parementure du devant. Quiconque a déjà essayé de coudre un col sait que c’est très complexe. Probablement plus qu’une manche pour qui est novice.

Je me souviens d’ailleurs de la finale de la saison 1 de Cousu Main, qui avait vu les trois candidats s’étaler sur ce point, alors même que les manches étaient correctes. Coudre un col, c’est se confronter à des géométries complexes et des petits coups de ciseaux experts qui génèrent le cran de revers!

Quoiqu’il en soit, le monsieur m’a demandé d’aller plus loin en modifiant la hauteur de ce cran. Là, hélas, j’ai du répondre par la négative. A cause précisément de ce que je viens d’évoquer, avoir l’opportunité de modifier la largeur est déjà bien. Pouvoir modifier la hauteur est trop.

Le monsieur voulait des crans de revers placés bas, à l’ancienne, alors que de nos jours, l’ensemble de la chaine industrielle et technique s’accorde sur des revers dessinés hauts sur l’épaule. C’est ainsi. C’est le goût du moment. Un goût affirmé il est vrai. Les italiens ont cette tendance à placer très haut, au niveau de la clavicule le cran du revers. Cela entraine toutes les lignes de la veste et place le regard haut. C’est la modernité. Sans que j’y trouve beaucoup à redire, je suis assez heureux moi-même avec cette ligne placée haut. L’allure très pincées des années 20, dignement dessinée par Leyendecker, est basée aussi sur des revers hauts placés, comme ci-dessous. (Mais avec des vestes longues, à l’inverse d’aujourd’hui).

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Classiquement, il est vrai que le cran du revers se place un peu plus bas, disons sous la clavicule. Les Beatles jeune, Frank Sinatra, Cary Grant portent ainsi des versions plus classiques. Mon atelier italien, Sartena pour ne pas le citer, a tendance à placer plus bas le cran de revers, une esthétique plus intemporelle, que j’aime à vrai dire moins. Et souvent les clients aussi.

A l’inverse, des années 40 aux années 90/2000, le cran de revers était placé assez bas, plutôt sur la poitrine. Le col coulait autour du cou, s’épanchait généreusement sur le revers. Une autre esthétique. Qui peut trouver sa justification également. Mais les vestes étaient surtout plus longues qu’aujourd’hui, les lignes généralement plus généreuses, notamment les manches et les pantalons. Ce portrait du roi George VI avec la reine mère donne un aperçu de cette ligne plus basse du revers. (Avec une veste pour le coup assez raz-de-pet au goût des années 30 un peu).

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J’ai tenté de dessiner cet aller et retour historique. D’un côté le revers placé de manière classique sur le haut de la poitrine, de l’autre le revers placé au dessus de la clavicule. C’est un parti-pris. L’analyse des vestes dans le commerce permet d’apprécier la position du vêtement par rapport à ces canons historiques.

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Vous pouvez ainsi choisir votre École. Toutefois, si vous appréciez celle de gauche, il faudra attendre la prochaine grande bascule stylistique, à moins de faire de la grande-mesure.

Belle semaine, Julien Scavini

Un costume pour l’hiver

La plupart des costumes fabriqués de nos jours sont coupés dans des lainages dit ‘quatre saisons’. Le drap de laine pèse environ 260 à 280grs au mètre linéaire (ou au mètre carré suivant les fabricants). Pour l’hiver, il est bon de monter un peu, un grammage plus lourd donnant un costume plus lourd et donc plus chaud.

Une sorte de consensus se dégage chez tous les drapiers, ce qui est assez amusant. 340grs est le premier palier intermédiaire. Les anglais appellent parfois cela le Royal Twelve, pour douze onces, soit 340grs. Avec ce poids, les tissus restent mettables presque toute l’année, en dehors de l’été chaud. Les costumes ont un bon tombé et sont solides. Suivant l’acception à la chaleur, on pourrait donc presque considérer ce poids comme toutes saisons.

Deux échelons permettent d’envisager trouver un costume bien plus hivernal. Le premier se situe aux alentours de 370grs. C’est un poids spécifique à la moitié la plus froide de l’année. Mais, curiosité, la plupart des tissus de ce poids ne donnent pas des costumes si lourds. La relative souplesse des tissus contemporains y est pour quelque chose, à l’inverse des draps anciens très raides. Il y a chez Drapers une liasse de ce type, la Five Stars, armurée de manière très dense, ce qui permet d’obtenir un tissu d’une robustesse incroyable, très raide. Je dois avouer n’avoir jamais vu à part dans les tissus anciens un tel maintien. Les costumes ainsi réalisés ont une prestance incroyable, une netteté hors pair digne de la grande-mesure. Ce tissu pardonne beaucoup au tailleur comme on dit.

Ensuite vient le dernier échelon connu, 400grs, de plus en plus rare. Bateman Ogden, honnête petit drapier d’Huddersifield me propose deux liasses, des british classics pourrait-on dire très agréables. Holland & Sherry édite une liasse amusante appelée City of London, sous-titrée Vintage Suiting, à 420grs. Les tissus sont toutefois assez mous, et le ressenti n’est pas si lourd que cela, malgré un cintre bien chargé. C’est paradoxal. Souvent ces tissus lourds font peur, mais en fait, une fois le costume coupé et monté, on est très loin d’un costume des années 60 ou 70, forcément bien plus raide et dense.

Il semble que le lourd revient un peu à la mode à en croire toutes les liasses que les drapiers sortent avec un peu plus d’étoffe. Caccioppoli a par exemple diffusé une liasse de tissus anglais en 360/370grs très attractive. Je remarque par ailleurs que ces liasses présentent souvent des tissus assez typés, à l’ancienne. Les caviars ont plutôt un grain  assez gros, les prince-de-galles sont forts, les rayures marquées. Loin de l’esthétique fine des tissus quatre-saisons.

Les tissus que je viens de décrire sont à ranger dans la catégorie des tissus lisses, présentant une surface satinée. A l’inverse, la flanelle de laine donne des tissus plus moelleux dont le simple aspect donne chaud. Un consensus s’opère là aussi, autour de 340grs. Vitale Barberis (via Drapers, ou Caccioppoli, ou les fabricants) propose une large gamme et Loro Piana ajoute une touche de cachemire pour la douceur. Il faut toutefois noter que ces flanelles sont là encore plutôt molles et que si vous en cherchez une vraiment à l’ancienne, dense et structurée, il faudra se pencher vers des liasses plus spécifiques, comme Gorina (470 à 500grs) ou Caccioppoli (450grs environ).

Il faut toutefois penser à une chose, à poids égale, par exemple 340grs, une flanelle sera plus épaisse qu’une laine lisse. D’où une perte légère d’aisance si le tailleur n’augmente pas un peu les dimensions du vêtement.

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Enfin, question délicatesse, il est bon de faire un rappel. La jauge du tissu, c’est à dire in fine, sa douceur, s’exprime en super quelque chose. Super s’100 ou super s’150. Attention, cette mention n’a aucun rapport avec le poids.

Généralement, les tissus lourds ne sont pas réalisés avec des laines aux jauges élevées, pour une simple question de prix. Les tissus lourds n’intéressent pas les gens les plus fortunés, ils intéressent les passionnés. Donc ils ne doivent pas être vendus trop chers. Et mettre beaucoup de fils luxueux coute très cher. Donc les tissus lourds, 340grs et plus sont généralement obtenus à partir de fils super s’60 ou super s’80 ou super s’100. Cette relative pauvreté de la matière n’est alors pas indiquée par les drapiers, car elle ne constitue pas un argument commercial. Corolaire, ces laines grattent un peu plus, ce que je ne supporte pas personnellement, le long de la jambe.

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Le graal est donc de trouver un tissu relativement lourd mais avec une jauge élevée. Loro Piana propose cela dans sa liasse Winter Tasmanian s’150. Un poème, la douceur et le poids réunis. Caccioppoli propose également des s’130 lourds, mais en dehors de ces deux drapiers, c’est morne plaine. Et ils sont pas donnés. Ces liasses de tissus sont composées de tissus aux dessins plus discrets et modernes, à l’inverse comme déjà dit des liasses typées lourdes.

Vous voilà donc entièrement renseigné. Reste à trouver votre tissu précis, bleu marine, gris fil à fil et passe partout, ou chevron serré, tissus habillé très intéressant et évocateur de la robustesse hivernale…

Belle semaine, Julien Scavini

Combien faut-il avoir de costumes?

C’est une question délicate, que me posent parfois les clients et devant laquelle je suis toujours très interrogatif moi-même. Car la réponse dépend grandement de la sensibilité du client au sujet vestimentaire. Il ne s’agit pas d’effrayer en disant quinze à quelqu’un qui pense trois. En même temps, parfois en disant cinq, on me répond, « je pensais dix! » Évidemment, la réponse la plus cartésienne serait beaucoup. Plus l’on possède, moins l’on use. Les riches le savent bien. Mais je ne voudrais pas  tomber dans une lutte des classes mal placée.

Il évident que de nombreux hommes perçoivent le costume comme une charge ennuyeuse et coûteuse. Et qu’ils n’en ont presque pas. Je repense à l’histoire d’un de mes collaborateurs, ancien employé de banque, dont le responsable à l’époque, n’avait qu’un costume et deux chemises blanches. Il tournait la semaine avec. Là, franchement, de qui se moque-t-on? Pourquoi pas venir en sabot et en braie?

Posséder quelques costumes est une question d’arbitrage personnel. Je rappelle qu’en 2016, il s’est vendu en France 22 200 000 Smartphones, pour une moyenne par an de 326€, moyenne montant pour les possesseurs de téléphones Apple à 529€ par an. Sans parler de l’abonnement. Trois petits points de suspension. A titre de comparaison, un bon costume Mario Dessuti, c’est un à dire un habit porté de 8h à 20h environ, coûte 190€… Il participe à l’esthétique et à l’image de la personne de manière plus qu’évidente. Mais nous sommes le pays des sans culotte, où le costume est plus vécu comme un asservissement que comme un signifiant social et courtois.

Revenons à la question. Être objectif n’est pas facile, moi qui ai la chance d’avoir de nombreux costumes. (Même si les mêmes sortent toujours).

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Je dirais que trois costumes tout à fait classiques est un bon départ. Si les costumes ont deux pantalons, alors, c’est remarquable. De quoi couvrir largement les cinq jours ouvrés de la semaine. L’idéal toutefois serait d’aller plus loin, avec un ensemble blazer pantalon, et pourquoi pas un costume plus hiver (une flanelle) ou un plus été (une laine froide, une laine-mohair ou de coton).

Une telle penderie me parait excessivement équilibrée. Les anglo-saxons diraient a genuine wardrobe , dans le sens de sincère. Trois costumes et trois bonus.

Évidement, le cran du dessus serait cinq costumes, un par jour ouvré. Trois bleus, deux gris par exemple. Bleu marine, bleu fil à fil, caviar bleu, gris anthracite, gris clair. Pourquoi pas un chevron? Ces cinq costumes pourraient être aussi complétés d’ensembles un peu plus saisonniers, un ou deux été, un ou deux hiver. Ainsi, ces cinq costumes de base s’useraient moins, relayés par saisons.

Construire un cœur de penderie compacte autour de trois à cinq classiques permet de ne plus penser au costume, qu’il devienne une facilité du matin, le bon vêtement que l’on met sans y réfléchir et sans se faire remarquer.

Car moins vous avez de costumes, moins il faut se faire remarquer. Avoir un costume gris à carreaux rouge est très bien. Vous passerez pour un élégant au bureau. Le mettre tous les deux jours et votre préciosité sera alors moquée (en même temps qu’un petit portefeuille évident et maladroitement révélé). Il est toujours délicat d’avoir les goûts d’un milord et le budget d’un curé de campagne.

Il faut de la patience pour bien faire. Et tout le plaisir consiste à se faire plaisir une fois de solides fondations établies. Il faut savoir équilibrer l’utile et l’agréable. Des classiques sobres sont utiles, il faut les rendre agréable par l’association de chemises et cravates variées. Le large prince-de-galles, l’authentique rayure craie, le très expressif carreau, brefs, les pures plaisirs viendront ensuite épauler la structure déjà bien en place. Mais ce n’est qu’un avis.

Au final, il est délicat de quantifier précisément les besoins. Ils dépendent de l’envie et de goût. Mais ce n’est pas prioritairement une question d’argent, ni de volume excessif, et peut-être même pas forcément de qualité. Il s’agit de volonté, une volonté de faire avec ordre et méthode, avec soin.

Belle semaine, Julien Scavini

La saison du tweed commence !

On l’aurait dit mort, dépassé par les nouveaux tissus techniques ou même les lainages très fins et autres cotons avec de l’élasthanne. Pourtant, force est de constater que les drapiers sont particulièrement prolixes cette saison. Le tweed est toujours là, bien là! Je vous ai préparé une petite sélection de ces merveilles.

Si on me demande souvent ce qu’est du tweed, la définition n’est pas aisée. Je dirais qu’il s’agit d’un tissu plutôt rustique, au toucher vaguement rugueux, qui sent bon les sous-bois. Techniquement, le tweed serait donc plutôt une laine cardée, c’est à dire peu travaillée. Mais, la plupart des drapiers utilisent des laines peignées, plus raffinées, pour obtenir des étoffes moelleuses et douces. Le tweed renvoie aussi à la notion de solidité. Pourtant, force est de constater que la plupart sont plutôt mous, j’y reviens à la fin de l’article.

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Holland & Sherry d’abord a complètement renouvellé sa liasse de tissus « SherryTweed », avec, et c’est une force par rapport à l’ancienne liasse, de nombreux tweed à effet Donegal. Ces tissus discrets et mouchetés sont très appréciés des français, qui se laissent rarement convaincre par les grands carreaux colorés, qu’Américain et Anglais adorent. Notons toutefois la présence de polyamide dans une bonne part de ces tweeds. La question est : est-ce pour donner de l’épaisseur et du grain au tissu? Ou pour légitimement renforcer une trame fragile (les tweeds fins sont fragiles)? Ou pour faire baisser le prix de production? Chez Holland & Sherry toujours, il existe aussi une liasse de Harris Tweed, très épais.

 

Chez les anglais de Standeven / William Halstead, le tweed se mêle d’un peu de cachemire, influence très italienne. Il en résulte une liasse magnifique, que je n’avais pas vu depuis longtemps. Des motifs anglais, d’autres italiens, des couleurs ou des unis, des chevrons discrets et des effets Donegal mouchetés (d’ailleurs utilisés pour ma ligne de Pantalons, ICI) superbes.

 

Chez les italiens, le tweed est aussi, et c’est le plus amusant, très à l’honneur. Le groupe Carnet / Ratti / Tallia di Delfino nous a livré une sublime liasse très épaisse de Harris Tweed, le fameux drap tissé dans les Hébrides. Un côté de la liasse présente des coloris classiques et l’autre des plus avant-gardistes. Un ensemble très cohérent, à prix correct en plus. Drapers aussi, à Milan, y va de sa petite sélection de véritables Harris.

 

Loro Piana de son côté n’a jamais été tellement habitué aux tweeds, la maison italienne préférant la douceur de draps de laine peignée, souvent mêlés de cachemire. Là, ils se sont lancés et la liasse « Sopra Visso » est une vraie merveille. Un poids très intéressant, mi-lourd mi-léger, des coloris variés et toujours de bon goût. Et comme chez Loro Piana, ils ne font jamais rien à moitié, la laine pour faire cette liasse est exclusivement italienne.

J’avais entendu dire il y a longtemps que la laine produite en Europe permettait rarement l’usage textile, les races étant trop primitives. Un mouton à laine doit vivre très agréablement pour que sa toison soit douce. Un mouton vivant dans des conditions difficiles sera plus stressé, d’où une laine plus rugueuse. La laine européenne servirait plutôt à la conception de tapis et matériaux divers. Ce serait donc un tour de force pour Loro Piana d’avoir sourcé assez de laine en Italie pour réaliser cette belle liasse.

 

 

Une remarque enfin. Une bonne partie de ces tweeds sont à réserver à la confection de veste. Ils pèsent seulement 350grs (environ). Et comme la trame de tissage est assez lâche, ces tissus ne supportent pas l’abrasion qu’un pantalon subit à l’entrejambe. Il faut donc y aller avec précaution.

Car si les drapiers s’amusent à sortir de nombreux tweeds, ils sont avant tout destinés à la confection de vestes dépareillées. Les tweeds à costume sont bien plus difficile à trouver. Bateman Ogden propose une liasse de tweeds rasés lourds (500grs et plus) qui sont parfaits, mais aucun uni ou motif discret, que des grands carreaux et autres gun-tweed. Dugdale de son côté propose une sélection de chevrons qui iraient très bien, mais le choix n’est hélas, pas très important. Si vous avez un projet de costume en tweed, le choix du tissu sera délicat. Si vous voulez une veste, allez-y, il y a pléthore!

Belle semaine, Julien Scavini