Penderie d’hiver, penderie d’été

Avec les températures que nous avons eu, force est d’admettre qu’il était difficile de travailler en étant ‘très’ habillé. J’ai la chance de me déplacer en scooter dans Paris, aussi ai-je un avantage agréable le matin et le soir, celui d’être allègrement ventilé. En revanche, comme m’a dit mon collaborateur, « dans les transports en commun, c’est l’enfer« . L’occasion de réfléchir à ma pratique du vêtement et d’un tirer une conclusion.

Car dans le même temps, un bon client qui travaille dans un grande banque d’investissement à deux pas de mon échoppe m’a étonné : il était en bermuda et chemise à manches courtes lin et coton. « Vous travaillez ainsi lui dis-je? » « oui, lorsque mon bureau, sans climatisation dépasse les 30°« . En effet, il m’a fallu admettre que tout tentative de râler contre l’absence de cravate ou de veste était vaine. Difficile, lorsqu’il fait chaud de s’habiller, quand bien même on veut être chic. Il y a ce que l’on peut écrire et penser de manière théorique, et il y a l’usage.

Il y a la praticité bête et la praticité élégance toutefois…

Je peux diviser ma penderie en deux groupes de vêtements :

1- les costumes un peu toutes saisons, bleus et gris,

2- mes vestes en tweed que j’adore, et des pantalons en rapport, surtout en flanelle, mais liés à l’hiver,

3- quelques éléments dépareillés très frais pour l’été.

La première part est assez homogène et étoffée, c’est la simplicité pour le travail. La seconde part se développe doucement, le temps de bien choisir les tweeds, de bien les faire réaliser, au bon moment. Enfin, la troisième part, dont j’ai fait allègrement usage ces derniers temps est un peu mal composée et mérite un travail plus précis.

Il y a deux ans pour affronter le soleil de Washington, je m’étais commandé dans un natté Vitale Barberis tout simple, un blazer non-doublé, tout simple. Efficacité, simplicité! Cette veste est d’une polyvalence extrême. En plus peu onéreuse, c’est un tissu du stock de mon atelier. Je dois dire l’apprécier beaucoup et la mettre un peu sans y penser. La commodité.

Toutefois, les vraies chaleurs m’interdisaient presque la veste. J’ai bien deux modèles Maubourg en lin, mais même, à part pour mettre les clefs et le portefeuille, durant la journée, je ne pouvais les garder.

J’ai été sauvé par mes quelques autres éléments mal pensés : un pantalon en lin écru acheté chez Burton il y a longtemps, et deux pantalons en lin irlandais que je me suis réalisé durant l’automne 2018 : un vert sapin et un bleu marine, visibles dans le dernier article. Je les avais fait sans y penser.

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Et puis là, quel bonheur et les trouver de les associer à des chemises en lin, également d’origines et d’histoires diverses. Il n’y avait que ça à porter. Le lin est neutre au port. Il ne donne ni chaud ni froid je trouve. C’est assez difficile à expliquer. Il n’est pas plus léger que le coton, il est juste … sans effet.!? On y pense pas. Un plaisir durant ces fortes chaleurs.

Dès lors, je ne saurais que trop conseiller aux jeunes et moins jeunes qui construisent leur garde-robe de bien penser à cette catégorie des vêtements pour les chaleurs, et presque dépourvue de veste.

J’en vois d’ici certains crier au scandale. Quoi pas de veste en ville?! Je sais oui, oui. Mais, je pense que quitte à construire une garde-robe efficace et belle, il est plus intéressant de faire de belles vestes pour l’hiver et de beaux costumes. Il est sympa de pouvoir porter, de manière utile et agréable, un tweed qui tient chaud quand il fait froid. Pareil pour le manteau, avoir un beau modèle, dans un drap luxueux est plaisant et utile! Dépenser de l’argent pour une veste d’été ou deux passe, mais essayer de construire plus est difficile. Le costume en lin blanc, à moins d’être un milliardaire et d’en avoir usage, est un peu une vue de l’esprit.

Pour l’été très chaud, il vaut mieux changer son fusil d’épaule. Avoir de beaux pantalons, avec du caractère, associés à de très belles chemises, elles-aussi pleines de personnalités : matière chinée, rayures appuyées, couleurs pimpantes. Trois ou quatre chemise pour le prix d’une veste. Je suis tailleur, je ne devrais pas dire cela. Alors il y a aussi le gilet, dont j’avais fait l’éloge ici. C’est un bon moyen de donner un relief tailleur.

Il ne faut pas râler contre l’abandon de la veste sous d’extrême chaleur. Il faut essayer de voir comment faire du beau malgré tout. Et je pense que de beaux pantalons avec de belles chemises, c’est utile et agréable. Et pour le travail, un pantalon de lin marine avec un chemise simple à petites rayures, c’est efficace et discret!

En fait, je ne suis pas en train d’expliquer que la veste en été, c’est nul. Non. Seulement si vos moyens sont limités, plutôt que d’épuiser vos finances pour de belles vestes difficiles à supporter, laissez-vous tenter par des chemises et des pantalons de caractères, en lin ou fresco, adaptés! Et enfin, de belles chaussures d’été! Souples et légères. D’une certaine manière, faire comme mon expression favorite : contre mauvaise fortune, bon cœur! C’est mon avis, libre à chacun après de trouver sa façon de faire!

Je vous souhaite enfin un bel été, Stiff Collar part en récréation, jusqu’en septembre!

 

Belle semaine, bel été, Julien Scavini

L’importance de la façon

Un jeune client me demandait récemment mon avis sur la veste qu’il portait. Un modèle acheté pour quelques dizaines d’euros à peine dans une grande enseigne du pas cher.

Que pouvais-je dire sans froisser le garçon? Voilà un exercice ardu. Toutefois, une bonne vérité est parfois intéressante à dire. Premièrement, ce qui me sautait aux yeux est le tissu, la laine. Elle était terne, affreusement terne et livide. Comme du coton. Il n’y avait aucun éclat, aucune luminosité, aucun reflet heureux.

Prise seule, la veste présentée dans un magasin ne vendant que cela apparaitra belle, certainement. Mais confrontée à de vraies vestes en beaux lainages, la vérité saute aux yeux. Il y a une laine moche et une laine belle. Les grandes enseignes recourent obligatoirement à des tissus vendus aux alentours de 5/6€ le mètre, ce qui évidemment, n’a rien avoir avec un lainage de drapier italien. Nous autres les tailleurs ou les belles marques de prêt-à-porter utilisons des draps au valent dix fois cela, au bas mot! Cela se ressent fortement. Ce qui m’attriste est de voir des confrères en mesure proposer dans des offres d’appels très peu chères, ayant pour seul but de vous faire déplacer, des tissus de la sorte. Alors évidemment, pour 400€, vous ressortez avec une veste personnalisée. Mais tout de même, c’est moche.

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Il y a donc le tissu. Ensuite, il y a la coupe. Là, je ne pouvais pas trop m’avancer, car cela ne me semblait pas si mal. Un peu courte, encore que le client était petit, donc ça allait très bien. Un détail toutefois attira mon attention, les épaules. J’osais alors une remarque sur la curiosité de celles-ci. Le client immédiatement m’arrêta en objectant qu’il y avait là visiblement un problème. Et me demandant comment le régler…

Pour vous le décrire, les épaules cassaient en deux, le bout de l’épaule n’appliquait pas et remontait. La ligne d’épaule faisait un V, alors que la taille était bonne, pas trop serrée. Et cela, il n’y a rien à faire, signait la médiocrité de l’usine.

L’épaule est l’endroit le plus complexe de la veste. Les coutures dans cette zone sont ardues, toutes en relief et volume, il y fait sombre et les feuilles entoilages nombreuses rencontrent d’un côté l’encolure, et de l’autre l’emmanchure, deux zones alambiquées. Et c’est par là qu’une veste est finie.

Même lorsqu’elle est thermocollée, la difficulté à monter une veste à cet endroit est à peine moindre. Il y a des embus savants à disposer pour que 1- l’épaule tourne un peu et dégage l’aisance de la clavicule et  2- épouse bien l’épaule pour que le col applique et ne décolle pas derrière. Même pour les vestes les moins chères, il y a une haute technicité. Et donc, comme disent les anglo-saxons « un tour de main ». Une veste, c’est pour cela que c’est normalement plus cher qu’un pantalon à fabriquer, possède une forte technicité. Si l’usine ne l’a pas, elle sortira des vestes comme on retourne des chaussettes, basiques. Et si l’épaule plisse, se brise et que la clavicule n’est pas bien épousée, il n’y a rien à faire. C’est à la coupe, au montage et dans les opérations d’entoilages (collant ou pas) que réside le savoir-faire, le « know-how » comme disent encore une fois, les anglo-saxons!

Et donc en l’occurrence, peu de retoucheurs qualifiés auraient pu sauver cette épaule brisée, à moins de payer… le prix de la veste.

Soit dit en passant : le « gap collar » ou quand le col décolle est un problème voisin des épaules qui brisent. Parfois, un « gap collar » est d’ailleurs préférable à des épaules cassées. C’est une question de largeur de l’encolure. Si l’encolure est trop fermée, trop serrée, alors les épaules vont se briser sur le cou, comme mon dessin. Et si l’encolure est trop ouverte, alors il y aura un « gap collar »… Difficile navigation entre les deux.

Dernière petite anecdote du métier enfin à vous livrer. Pour faire fortune dans les costumes, il y a deux solutions, radiner sur le tissu et/ou radiner sur la fabrication. Si une marque radine sur le tissu, elle radinera aussi probablement sur la façon. Normal, inutile de payer un fabricant italien pour un poly-viscose à 2€ le mètre. Et puis il y a l’autre solution, plus insidieuse et à l’origine des plus belles réussites de ces 30 dernières années. Ces marques payent des tissus onéreux, de belles maisons italiennes, puis cherchent « des façons de merde » comme m’a soufflé un ami qui travaille dans le milieu (passez moi l’expression!). Ne cherchez pas en Europe, ces usines sont plus loin. Facialement les vestes et costumes sont superbes et se vendent bien, grâce à l’étiquette du drapier. Et puis au bout de six mois, plus rien n’a de tenu, tout s’effrite. Mais je ne vous dirais pas les marques spécialistes de cela ! C’est mon secret. Enfin, si vous faîtes un beau produit, avec un beau tissu, et bien c’est dur!

Belle semaine, Julien Scavini

Les cotons américains

Le climat américain est particulièrement étouffant l’été, une vraie différence par rapport à la vieille Europe où les saisons sont plus tempérées. C’est ainsi que plus vite et plus fort l’usage du coton se répandit outre-atlantique. Il est plus agréable que la laine ; plus doux, il piquotte moins la peau. Après tout, le port du jean est bien une trouvaille de l’Oncle Sam datant de 1850 environ.

Question coton, les anglais ont appris et ramené beaucoup des Indes. Dès le XIXème siècle, les tissus que l’on appelle en France des ‘indiennes’ fleurissent et la bonne société se les arrachent, comme le chintz. Après améliorations et industrialisations au Royaume-Uni, l’Empire de Victoria en a bien profité.

Parmi ces tissus, on trouve le crépon de coton, autrement appelé seersucker. Ce terme provient du perse  « shir o shekar« , qui signifierait ‘de lait et de sucre’, probablement du à ses raies alternées lisses et rugueuses. Sur le métier à tisser, les raies colorées sont tendues pendant que sont insérés les fils blancs. Lors de la détente, la rayure gaufre alors. Cette caractéristique facilite la dissipation de chaleur et la circulation d’air. Côté pratique, le seersucker est presque infroissable et lavable en machine. Les raies sont souvent bleu ciel, parfois aussi marine ou rouge brique, vertes ou lavande.

Les Américains, avant le développement de la climatisation ont vite apprécié ce tissu, composant la tenue par excellence des gens du sud. Peu à peu les gentlemen du nord le portèrent, popularisé également par les étudiants de la Ivy League qui y voyaient à la fois une nouveauté pratique et une occasion de se démarquer des traditionnels costumes. Les journalistes politiques rendirent également honneur au seersucker, en commentant les débats à Washington, ville relativement chaude l’été.  Il est toujours à noter qu’au mois de Juin, il est habituel pour les sénateurs américains de porter des costumes en seersucker, lors des bien nommé seersucker thursday.

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Autre ‘indienne’ que les Américains développèrent, le madras. Là encore, ce sont les anglais qui en installant une zone franche vers le lieu dit Madraspatnam en Inde font émerger ce tissu. Il s’agit d’une mousseline de coton, rehaussée de grands et multiples carreaux. Le procédé basé sur des teintures végétales est ancestral. Le madras est un tissu léger et respirant, très adapté aux climats tropicaux humides. Les Anglais l’introduisent aux Caraïbes, et c’est là que durant la Grande Dépression, de riches américains en villégiature le découvrent. Par la suite, il devient de bon ton pour les étudiants des université de la Ivy League de montrer cette trouvaille, en pantalon, chemise, veste ou cravate! C’était un moyen de montrer là où ils avaient voyagé, un peu comme avoir du Abercrombie & Fitch à Paris lorsqu’on ne pouvait s’en procurer qu’aux USA. Avec ces looks en madras nait le style Preppy. Il est aussi courant de recourir à des patchwork de madras pour couper bermudas et autres vêtements. Une surabondance de motifs typiquement américaine, dans le goût de Ralph Lauren.

Finissons enfin avec une célèbre anecdote des années 40 à propos du madras : Brooks Brothers sentant là une affaire juteuse achète rapidement 10 000 yards d’étoffe, qui s’est révélée déteindre immédiatement au lavage. Une très mauvaise affaire! Elle tenta de poursuivre l’importateur de l’étoffe. Mais plutôt que de rembourser les clients, Brooks Brothers eu une autre idée : une étiquette « guaranteed to bleed » et une bonne campagne de publicité permirent de vendre tout le lot et même d’en faire une icône ‘lifestyle’. La chemise délavée était née. Ils ont du culot ces américains!

 

Bonne semaine, Julien Scavini

Sherlock Holmes

J’ai toujours fait beaucoup de publicité à ma série préférée, Hercule Poirot, produite par la chaine anglaise ITV entre 1989 et 2013. David Suchet y campe le détective avec brio, aidé en cela par une mise en scène somptueuse. Les costumes en particulier sont resplendissant d’exactitude historique. Je me souviens de cet échange savoureux avec le capitaine Hastings, lorsque que le détective aux petites cellules grises trouve que ses faux-cols le grattent : « mais pourquoi donc Poirot ne vous mettez-vous pas au col souple? Tout de même, c’est plus actuel! » Quel régal.

Une autre série mérite notre attention. Elle nous plonge toutefois un peu plus loin en arrière, non plus dans les années 30, mais sous l’ère victorienne, quand les fiacres et les bicyclettes encombraient les rues. Il s’agit de Sherlock Holmes.

Alors bien sûr, vous allez vite chercher de quelle adaptation je veux parler. Car il y en a eu beaucoup, pour la télévision comme pour le cinéma, et encore très récemment, à grand renfort de mélo et d’effets blockbuster. Ces opus modernes n’ont aucun effet sur moi. Et je me rabats volontiers sur une production bien plantée dans son décor, ancien.

La chaîne ITV, toujours elle, eut la bonne idée de se lancer dans une adaptation de toutes les nouvelles et romans d’Arthur Conan Doyle. Ainsi, de 1984 à 1994 furent produits de nombreux épisodes. La dramatisation est considérée par les puristes comme extrêmement proche des écrits, pas de triturations ici. C’est ainsi que l’on découvre des épisodes grandioses et d’autres un peu pépères, des histoires farfelues et d’autres très intrigantes.

Surtout, à l’écran, beaucoup de moyens ont été mis dans les décors, les accessoires et les habits. Il en ressort une richesse visuelle inépuisables, du fiacre au microscope, du boudoir de madame au grand salon boisé, de l’aristocrate au va-nu-pieds. C’est une splendeur. Et même si je ne suis pas un fan des intérieurs victoriens, sombres et remplis de bibelots chichiteux, j’admets que c’est ravissant à voir. Quelle atmosphère !

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Pour camper le personne de Sherlock Holmes, il fut choisi un acteur avec beaucoup de bouteille, Jeremy Brett. Sa beauté ascétique colle bien au détective, même si sur la fin, il s’est un peu empâté. Son interprétation est magnifique. Là encore, je ne suis pas un fan de ce détective sûr de lui et cocaïnomane, dont les déductions frôlent souvent le surnaturel. Poirot est du même genre mais il me plait plus. Pourquoi je ne sais? Toujours est-il que malgré cette critique, Jeremy Brett arrive à envouter et finit par faire de Sherlock Holmes un homme presque plaisant. Quant au docteur Watson, c’est l’englishman idéal, compatissant et simple. L’exact inverse de Holmes, qui est la froideur intellectuelle. Amusant ce duo comme il ressemble à celui de Poirot et Hastings.

Les histoires de Sherlock Holmes se déroulent entre 1880 et 1917 environ. C’est une époque particulièrement intéressante du point de vue vestimentaire. Car c’est là que s’est mise en place la garde-robe actuelle. C’est là que les redingotes et autres fracs ont été délaissés pour faire place au complet à veste courte. Une étude attentive permet de déceler cela à travers les usages et les classes sociales, sur Holmes et Watson. Les vêtements sont remarquablement bien cousus et bien choisis. Les toilettes féminines ne sont d’ailleurs pas en reste. Au fond il n’y a que le nœud papillon curieux de Holmes qui m’interroge. C’est là le piquant de l’affaire! Quant à Watson, ce sont ces drôles de chapeaux melon tout ronds qui m’amusent!

 

Les quatre saisons du Sherlock Holmes d’ITV sont très agréables à regarder. J’en redemande. Hélas, sur les 60 histoires classiques composant le « canon holmésien », seule 41 furent adaptées à cause de la mort prématurée de Jeremy Brett.

A vous de prendre plaisir. Les DVD sont en vente dans les bonnes crèmeries. Et quelques épisodes sont sur Youtube pour vous faire une idée, comme ici ou

Belle semaine, Julien Scavini

Une archive de Brooks Brothers

Sur la page Facebook de Brooks Brothers dont je suis fan, je suis tombé récemment sur cette affiche qu’ils mettaient en avant. Cette publicité date des années 50. Je l’ai trouvé très amusante.

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VOICI CE QU’ELLE DIT :

Pour un mariage informel d’été:

Veste et pantalon :

  1. veste droite en lin blanc avec un pantalon gris,
  2. ou une veste droite bleu foncé avec un pantalon de flanelle blanche (matière considérée dans les années 40/50 comme estivale faut-il le rappeler),
  3. ou un costume en lin blanc.

Chaussures : blanches.

Chemise : blanche, avec col attaché (mention utile à cette époque où le col dur détachable était parfois encore de mise).

Autour du cou : une cravate légère à petits motifs ou un cravate club (bleu marine majoritaire).

Chapeau : un canotier en paille ou une forme panama.

 

VOYONS LE RÉSULTAT

Je me suis donc amusé à dessiner ces diverses propositions, pour voir ce que cela donne.

 

La première question que l’on peut se poser est : est-ce une proposition pour le marié ou pour un invité? Pour le marié, cela m’a semblé initialement pas assez formel. Du moins les deux premières propositions. Et puis finalement, si c’est fait avec tant de goût, cela devrait être remarquable et enviable. Quel chic!

La veste blanche a quelques chose en particulier de notable, d’éclatant. A côté d’une mariée en blanc, cela peut-être très digne. De moi point de vue, c’est la première proposition qui a le plus de panache. Quelle brillante idée. Une veste blanche ne me parait pas facile à placer dans une garde-robe. En particulier, comment l’associer avec un pantalon? Mais ici, avec le rappel du blanc au niveau des souliers, il y a une harmonie et un équilibre bienvenu. Merci à la cravate aussi trouvée sur Google Image, qui participe à cet équilibre des blancs et des gris.

La seconde proposition est intéressante mais un peu pépère pour un mariage. On peut trouver mieux qu’un simple blazer. Et attention au costume complet en blanc, surtout en laine, cela fera vite mafieux. Toutefois, en lin ou coton, avec cet aspect taloché, c’est à la fois vintage et raffiné.

LA RÉPONSE BROOKS BROTHERS

Brooks Brothers dans le commentaire sur Facebook proposait de son côté : « que changeriez-vous aujourd’hui? Notre personal shopper Mario Mirabella dit que ‘à part le chapeau et un fuselage du pantalon, une veste du soir en lin blanc ou un costume est juste aussi cool hier qu’aujourd’hui. Je recommanderais des souliers noirs brillants plutôt que blanc.« 

Si je suis d’accord pour le chapeau  et le pantalon (et encore!), je ne suis pas d’accord pour les souliers. Des vernis noirs avec une veste en lin blanche, c’est une grossière opposition de style. Eurk! D’un côté le rugueux et la décontraction d’une matière informelle, de l’autre des souliers pour l’Opéra. Non, cela n’ira pas. Pire, cela donnerait même à la veste blanche ce côté Prisunic ou maquereau de quat’sous qui me fait si peur. Un soulier marron ou veau-velours clair serait bien mieux que noir. Et finalement, je soutiens qu’un soulier en veau-velours blanc à semelle gomme, type buck de chez Fairmount ou Crockett & Jones serait génialement raffiné. Donc pour ma part, je ne reste convaincu que la proposition ancienne de Brooks Brothers est bonne ainsi. Intemporelle…

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Belle semaine, Julien Scavini

Être ou avoir.

J’avais noté il y a plusieurs mois cette citation que je viens de retrouver par hasard, sans en connaitre l’auteur :

« on donne du style au vêtement et non on se donne du style par le vêtement. »

C’est presque une proposition philosophique, avec beaucoup d’implications. Amusons-nous à la décortiquer.

La première partie implique une sorte de génie, de bonne fortune personnelle, une qualité à dépasser l’habit pour être soi. Prendre un bien matériel pour ce qu’il est et par l’assemblage et le savoir, créer une chose exquise. Simplement avoir puis savoir-faire.

A l’inverse, la seconde partie tendrait à faire du vêtement le fameux habit qui fait le moine. Être à travers un bien matériel. Et ou pire, être à travers une marque. Ne pas savoir ce que l’on est et donc, devoir se créer une esthétique clef en main.

A priori, et c’est à mon avis le sens de l’époque contemporaine, beaucoup penseront et revendiqueront être de la première partie, rejetant avec logique un certain asservissement liée à la seconde partie. C’est un peu comme l’abandon des Académies. Fini le canon pour tous, fini la capacité d’universalité, fini le solfège, laissons chacun libre de s’exprimer. En bref, proclamons les génies individuels, instagrameurs, influenceurs et autres parangons finalement plutôt rares.

Car au delà de ce petit nombre de savants existe la multitude contemporaine qui précisément se donne du style par le vêtement en pensant le contraire. L’amoncellement, la collection, la variété et la marque deviennent une fin en soi. Les choses logotypées deviennent cool. LV, gros H, petit joueur de polo sont des insignes qui classent et donnent du style. Avoir en pensant être.

Finalement, une première lecture laissera tout le monde d’accord : il est préférable de se considérer de la première partie de la citation plutôt que de la seconde.

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Revenons toutefois à la citation.

« on donne du style au vêtement et non on se donne du style par le vêtement. »

Plaçons le dans notre univers tailleur et décomposons. Le costume est presque un uniforme, normé et simple. Sur ce substrat, il reste à faire naître un style, une humeur, un goût. Sur le simple costume, telle cravate, telle chemise va faire naître l’esthétique de la personne. La mise aura été forcée, contrainte PAR la personne. Le costume ne sera qu’un moyen. C’est la lecture figurée de la première partie.

En plus, il est aussi possible de donner du style au vêtement lui-même, c’est le plaisir du fait pour soi, de la commande personnalisée, qu’elle soit Grande Mesure ou Demi-Mesure. Il est possible dès la création du vêtement d’imprimer un style personnel : revers large, rayure appuyée. C’est la lecture littérale de la première partie de la citation.

Mais, mais, mais, c’est là qu’est l’os.

N’aimons-nous pas aussi, dans une sorte de fétichisme du beau vêtement être un peu l’esclave du vêtement? N’aimons-nous pas, dans une certaine mesure, être un peu contraint par telle cravate club chérie, ou telle veste en tweed un peu typée? N’est-ce pas un petit plaisir coupable que de se laisser guider par le style d’un vêtement? Par la force d’une coupe, la finesse d’une ligne, l’élégance marquée d’une pièce. N’est-ce pas aussi un signe jeté au monde que de porter un vêtement sur-mesure, qui finalement entre connaisseurs se voit et se remarque? Et donc par là même, avoir du style par le vêtement?

De prime abord, cette citation s’analyse rapidement et simplement. D’un côté le libre-arbitre, de l’autre un rôle secondaire par rapport au matériel. Mais lorsque le matériel est beau, est-ce un si gros péché d’en être inféodé? Je me souviens du Chouan des Villes reprochant à François Fillon d’avoir le goût de son habilleur, Arnys. Donc de se donner du style par le vêtement. Au fond, était-ce si grave? A l’époque, un peu jeune peut-être j’avais pris cette remarque pour argent comptant. Et j’aurais pris cette citation aussi dans son sens premier. Quelle honte aurais-je éprouvé de me considérer de la seconde partie. Finalement rien n’est jamais si tranché. Être et avoir, les deux sont plaisants.

Belle semaine, Julien Scavini

Le goût du tailleur, le goût du client

Lorsqu’il s’agit d’acheter un costume en prêt-à-porter, le vendeur a à sa disposition un ensemble de modèles déjà concoctés et pensés par le styliste de la maison, en fonction de la mode et de l’image du l’enseigne pour laquelle il travaille. Le vendeur se doit d’être un bon ambassadeur, capable à la fois de comprendre les modèles qu’il veut vendre mais aussi de comprendre son client, quitte parfois, c’est de bonne guerre, à forcer un peu au chausse-pied l’achat.

Chez le tailleur, au contraire, rien n’est fait. C’est au client de choisir son tissu suivant son envie et le moment auquel il destine ce costume. Cela présume pour le client deux choses : une capacité à choisir ou à structurer son choix, et aussi et surtout, une envie. Car sans envie, c’est comme acheter un kilo de saucisse chez le boucher. Là où l’achat en prêt-à-porter peut être rapide et sans réflexion, une visite chez le tailleur impose un minimum de présence mentale sur le sujet.

Le tailleur de son côté ne laisse bien sûr pas le client seul devant les liasses. Bien que chez beaucoup de maisons de demi-mesure où le volume compte, le client soit laissé un peu seul. Mais si le prix compte, alors on ne peut tout avoir. Normalement, un choix se discute et s’écoute.

Le tailleur à travers la conversation avec son client, d’autant plus d’ailleurs dans le cas des mariages, doit comprendre les points importants du costume ‘idéal’ à réaliser. C’est la finesse. Ainsi, si je travaille avec une base plutôt ajustée pour ma part, je serais capable de produire un vêtement ample pour le vieux monsieur qui me le dit ou un costume très court et super cintré pour le jeune qui veut cela. Il y a le goût classique ET il y a ce que le professionnel doit faire. Dans un commerce, le but premier n’est pas d’éduquer le client, mais de lui faire se sentir beau. Même si quelques fois, je préférerais faire l’inverse. Les vestes super courtes ne sont pas ma tasse de thé, mais il faut bien vivre. Et si c’est fait avec précision et délicatesse, il est possible de faire un modèle satisfaisant.

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Le tailleur doit avoir de l’empathie. C’est à dire qu’il doit être capable de s’identifier à autrui dans ce qu’il ressent. C’est tout le piment de l’affaire pour le tailleur qui prend le temps. De comprendre l’idée, et que même si elle est contraire à la conception personnelle, être au final ravis de constituer le projet du client. De faire en sorte que son idée soit bien réalisée. Que au delà du goût du tailleur, l’ouvrage soit qualitatif. Que chacun y trouve son plaisir. Bien évident, ce n’est pas toujours chose facile. Et cela ne se repère dès fois pas au premier costume. Hélas, toutes les choses humaines étant un peu aléatoire, il y a une marge d’erreur dans la compréhension mutuelle.

Comprendre par exemple que le monsieur est classique pour découvrir à l’essayage une volonté d’avoir quelque chose de très ajusté. Penser que tel jeune portant du slim vient pour cela, et découvrir à l’essayage qu’il trouve le pantalon trop taille basse ou trop ajusté. Malgré l’essayage de bases. C’est toute la difficulté du tailleur.

Au delà des formes, il y a les tissus. Evidemment, ils sont nombreux et en fait souvent très beaux. Le tailleur là encore ne doit pas chercher à habiller le client suivant son goût. Mais suivant le goût de son client. Et donc être une force de proposition, certes orientée, mais changeante d’un client à l’autre. Alors que le styliste en prêt-à-porter imagine un client type qu’il veut habiller, le tailleur imagine pour son client le type qu’il aimera. Inutile pour ma part d’essayer de vendre un tissu italien à carreaux si je sens chez le client une réserve. Possible de proposer à mon client un col de velours sur son manteau si je sens que c’est un détail classique qu’il pourra apprécier. Cela demande du tact. Il faut aider le client dans son choix et sa recherche, non l’habiller comme on aimerait. Mais comme il aimera!

A l’inverse, un certain nombre de mes confrères sont eux très arrêtés sur leurs choix. Revers large car ils préfèrent, tissus lourds genre fresco car « c’est le mieux ». Ca dépend répondrais-je.

Certains clients aimeront mon approche. Enfin, d’autres auront besoin d’être habillé, pris en main fermement. « Que voyez-vous pour moi? » Voilà une question très délicate à prendre frontalement de mon point de vue. Il faut avoir beaucoup d’aplomb pour arriver à répondre directement !

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Enfin, voici le résultat du petit jeu concours de la dernière fois, donnant droit à une cravate ou un papillon de ma collection à choisir. Sur la centaine de mails reçus, 31 donnèrent la bonne réponse. Durant mon tirage au sort, j’ai sorti bêtement de mon chapeau deux papiers emmêlés : Antoine Bardem & Marjolaine Potin. Ils gagnent donc tous les deux, c’est plus drôle ainsi. Merci aux autres, j’aurais voulu que tous gagnent, mais 31 cravates, c’est toute ma collection de saison 🙂

Belle semaine, Julien Scavini