Les tissus mélangés de l’été, place au lin

La laine est la matière reine du tailleur. C’est avec elle que le métier s’est construit, c’est par elle que l’allure occidentale s’est structurée, pendant bien deux millénaires en Europe. Le drap de laine possède des qualités presque miraculeuses : il tombe, il se reprend, il respire, il se travaille, il se repasse.

Pour l’été, les drapiers savent parfaitement la transformer. Ils ouvrent l’armure, espacent un peu les fils, utilisent des fils dit retors : secs et nerveux. On parle alors de laine froide, ou de laine tropicale. C’est de la laine, rien de plus. Mais une laine tissée en toile, ouverte, qui favorise la circulation de l’air. En chemiserie, on dirait zéphyr ou voile. En draperie tailleur, on parle plutôt de toile panama, nattée, ou tout simplement tropicale.

Tous les bons drapiers savent faire cela, italiens comme anglais. Un anglais en particulier, Minnis, a même eu l’idée de déposer un nom devenu presque commun : Fresco. Comme Frigidaire pour le réfrigérateur, ou Kleenex pour le mouchoir. Le Fresco n’est pas une matière mystérieuse. C’est une laine froide très ouverte, très sèche, très retors, un peu rugueuse parfois, mais admirablement efficace.

Et comme je l’écrivais il y a deux semaines, les drapiers savent désormais descendre très bas dans les poids. Ils peuvent donner à ces toiles de laine un côté aérien, presque impalpable, pour concurrencer quoi ? Les matières artificielles, évidemment. Celles qui savent se faire oublier.

Mais l’été, les amateurs savent aussi que la laine peut être remplacée par le lin. Que j’adore. Le lin, on ne le sent pour ainsi dire pas. Il est neutre sur la peau. Il ne colle pas. Il a cette présence sèche, végétale, qui est délicieuse sous la chaleur. Un costume de lin, c’est autre chose. Il ne prétend pas être net. Il prétend être vivant. Évidemment, il froisse. Il froisse parfois un peu moins lorsqu’il est lourd. Mais pour ma part, je suis toujours effrayé lorsqu’une veste d’été semble lourde avant même d’être portée. Un lin de 380 grammes peut être sublime sur cintre, et presque héroïque sur le dos. Il faut avoir l’âme conquérante.

Quant au coton, dont je fus très fan autrefois, j’en suis un peu revenu. Il froisse beaucoup, respire assez mal, garde la chaleur, et surtout, il n’a pas cette capacité de reprise que possède la laine. Il marque. Il se fatigue. Il coche finalement bien des mauvaises cases.

Et puis, il y a les mélanges.

Les drapiers qui travaillent avec les tailleurs connaissent surtout les mélanges de laine et de lin. J’ai toujours trouvé cet attelage un peu baroque. De la laine et du lin ? L’hiver et l’été dans le même panier ? Il y avait là quelque chose qui me semblait illisible.

J’ai longtemps cherché, à l’inverse, des mélanges de lin et de coton. Cela me paraissait évident. Deux fibres végétales. Deux matières estivales. Deux mots que les clients comprennent immédiatement. Coton-lin : voilà qui sonne clair, voilà qui parle. Il y a quelques années, Bateman Ogden, un de mes fournisseurs anglais, proposait une petite sélection de coton et lin. C’était presque le seul. Hélas, les couleurs franchement anglaises n’aidaient pas à populariser ce mélange. Je n’ai cessé de questionner les drapiers : Mais pourquoi diantre ne proposez-vous pas davantage de coton-lin pour l’été ? Cela serait formidable. Et surtout, les clients comprendraient. Car pour eux, le coton et le lin sont synonymes d’été. Alors que lorsque je présente un laine-lin, je vois bien la petite inquiétude dans l’œil. La laine, pour beaucoup, c’est l’hiver. C’était vrai. Et cela le reste encore dans l’imaginaire collectif.

Je finis par comprendre que la raison était très prosaïque. Les lainiers sont des lainiers. Ils maîtrisent la filière laine, du mouton jusqu’au métier à tisser, en passant par la filature. Ils savent acheter la laine et la filer. C’est leur monde. Le lin, plus petit, plus spécialisé, peut entrer dans cet univers. Il se laisse apprivoiser. Il apporte une touche, une sécheresse, une irrégularité. Les lainiers savent le comprendre.

Le coton, lui, c’est un autre continent. Une industrie immense, massive, différente, avec d’autres logiques, d’autres volumes, d’autres fournisseurs, d’autres habitudes. Il y a moins de synergie. C’est moins européen en plus. Et il me semble par ailleurs que les fibres de coton se mélangent moins naturellement à la laine que les fibres de lin. Voilà peut-être pourquoi les laine-lin se sont imposés.

Il faut reconnaître que ces mélanges ont beaucoup progressé. Loro Piana a sorti il y a environ cinq ans un petit coup de maître avec sa liasse Summertime, d’abord saisonnière puis permanente. Une laine majoritaire, environ 70 %, associée à du lin pour l’aspect mat et casual, complétée par un peu de soie pour ramener de la profondeur et une légère brillance. L’idée excellente fut aussi de ne pas descendre trop bas en poids. Autour de 250 ou 260 grammes. Là où bien des drapiers ont tenté des 210 grammes, séduisants à la main, mais souvent décevants au porter. À force de vouloir faire léger, on finit parfois par faire fragile. Ce Summertime, lui, a une belle stabilité. La laine structure le drap et lui donne le maintien idéal. Le lin apporte une touche sèche, plus mate, plus décontractée. La soie donne un peu de lumière. C’est une cuisine bien dosée. Et c’est peut-être le premier tissu, dans mon expérience de boutique, à avoir fait admettre le mélange laine-lin à une clientèle qui, auparavant, n’en comprenait pas bien la logique. Copiée maintenant par Tallia di Delfino.

D’autres maisons ont précédé ou suivi. Holland & Sherry propose quelques draps de laine et coton, fort intéressants, mais parfois si chers que les vêtements atteignent des prix stratosphériques. Chez Ferla, chez Carlo Barbera, chez Drapers (Vitale Barberis Canonico), on voit apparaître de plus en plus de mélanges d’été. Drapers notamment présente un tissu très élégant, composé de 55 % laine, 35 % coton et 10 % soie. Belle texture, belle main, bel équilibre.

Car c’est cela, finalement, le grand sujet : l’équilibre. La laine donne le nerf, la mémoire, le tombé. Le lin donne le grain, le mat, l’irrégularité heureuse. Le coton donne parfois une douceur plus familière, une décontraction immédiate. La soie ajoute de la profondeur, du brillant, parfois un moelleux extraordinaire.

Il faut aussi dire que le lin possède aujourd’hui une autre qualité, fort appréciée des drapiers : il est éco-friendly. Bien plus que la laine dans les présentations contemporaines. La plante demande peu d’eau, pousse assez bien sous nos latitudes européennes, et jouit d’une image vertueuse. Lorsqu’un lainier intègre du lin à son tissu, il ne modifie pas seulement la main de son drap. Il coche aussi quelques cases de sa politique RSE, et fait baisser l’empreinte environnementale globale de sa collection. C’est moins poétique, mais c’est ainsi.

Reste le mélange le plus beau à mes yeux. Le plus précieux aussi. Et probablement le plus fragile : 50 % lin, 50 % soie. Loro Piana en propose un absolument merveilleux. Arnys l’utilisait autrefois. Cette matière possède une caractéristique double et presque contradictoire : elle est à la fois brillante et duveteuse. Elle a le reflet de la soie, mais la main un peu sèche du lin. Elle évoque presque une suédine légère. C’est une matière de rêve. Elle n’est pas raisonnable. Mais l’élégance ne l’est pas toujours.

Le coton-lin reste pour moi une piste merveilleuse. Peut-être moins pour le costume formel que pour la veste simple, la saharienne, le costume très décontracté, le pantalon d’été sans prétention. Le coton adoucit le lin, calme un peu son froissement, lui donne une tenue plus familière. Le lin, de son côté, sauve le coton de sa lourdeur un peu muette. Ensemble, ils parlent immédiatement au client. Voilà deux matières d’été, deux matières végétales, deux matières que l’on comprend sans explication. C’est peut-être trop simple pour les drapiers de tailleur !

Longtemps, j’ai donc regardé les mélanges laine-lin avec suspicion. Je les trouvais illisibles, presque contradictoires. Aujourd’hui, je les comprends mieux. Ils sont peut-être, au fond, la réponse contemporaine à une question ancienne : comment rester élégant lorsque la chaleur commande de tout abandonner ? La laine seule est parfois trop sérieuse. Le lin seul est parfois trop bohème. Le coton seul est souvent trop mou. Alors les drapiers mélangent. Ils cherchent une voie moyenne entre la tenue et l’abandon, entre le tailleur et la plage, entre la netteté et la torpeur.

C’est une cuisine discrète, mais passionnante. Une cuisine d’été. En ces chaleurs difficiles, c’est un sujet brulant !

Belle semaine. Julien Scavini

Les laines surfines

Depuis que j’ai ouvert ce blog, depuis que j’ai appris le tailleur, et depuis que je me suis installé à mon compte, je n’ai cessé, probablement, de professer le goût des tissus qui ont du maintien. J’aime les étoffes qui tombent. Une belle flanelle, un beau sergé, une toile retors, cela a tout de même une autre allure qu’un tissu mou.

Comme tailleur, je l’ai souvent constaté. Comme spectateur aussi. Un tissu un peu lourd donne de la netteté. Il installe la silhouette. Il permet au pantalon de descendre droit, à la veste de se poser, au revers de rouler. Le vêtement paraît alors plus sûr de lui. Et peut-être même que celui qui le porte aussi.

À la boutique, nous ne proposons presque jamais de tissus en dessous de 250 grammes au mètre. En dessous, disons-le franchement, cela devient vite fragile. Un pantalon léger peut être délicieux. Mais il peut aussi devenir une feuille de papier. Et si le client le porte beaucoup, s’il marche, s’il s’assoit, s’il croise les jambes, s’il vit tout simplement, alors l’usure peut venir très vite. Le tissu ne ment pas longtemps.

Cela dit, je n’ai jamais non plus été de ceux, très nombreux, qui se disent spécialistes et qui vantent avec emphase les mérites de toiles anglaises quadruple retors, lourdes, rêches, parfois franchement grattantes, en les faisant passer pour le nec plus ultra de l’été au seul motif qu’elles sont “ouvertes”.

Certes, un tissu ouvert est plus respirant. C’est évident. L’air passe à travers. Mais enfin, l’été, il n’y a pas forcément d’air. Et quand une veste est lourde, elle est lourde. Même si l’armure est ouverte. Une veste en « 350 grammes » sur le dos, même en Fresco ou en toile sèche, cela reste une veste en « 350 grammes ». Il y a là une vérité physique qu’aucun discours de club anglais ne peut totalement effacer.

De la même manière, je n’ai jamais été follement attiré par les fameux lins dits irlandais. Je leur reconnais beaucoup de beauté. Ils ont de la tenue, de la franchise, une sorte d’autorité rustique très élégante. Pour les pantalons, c’est même remarquable. Le pli tient, le tombé est net, la matière ne s’effondre pas. Par grande chaleur, le lin garde en plus cette neutralité propre aux fibres végétales.

Mais en veste, quelle affaire parfois ! J’en ai eu. J’en ai encore. Et je dois avouer que je ne les ai jamais trouvées très confortables. On se sent parfois habillé dans une sorte de papier Canson. Très chic, assurément. Très pictural. Mais pas ultra agréable et confortable.

Pendant longtemps, je pensais donc que l’alpha et l’oméga du tissu estival consistait dans une armure ouverte, avec un poids raisonnable, disons entre 250 et 280 grammes au mètre. À côté de la laine, je préférais souvent le lin. Je me méfiais des tissus trop fins. Je les trouvais suspects.

Et puis j’ai changé d’avis. Ou plutôt, j’ai commencé à changer d’avis.

Il y a quelques années, je me suis fait un pantalon dans une laine Super 150’s et 250 grammes de chez Loro Piana. Un twill. Donc une armure fermée. Rien, a priori, qui corresponde à l’idée classique d’un tissu d’été. Je pestais un peu auprès de Marie-Cécile, la gentille commerciale France de Loro Piana, en lui disant que le tissu froissait trop. Il marquait. l n’avait pas cette placidité impeccable que j’aime tant.

Mais je le portais tout de même.

Et peu à peu, je finis par réaliser quelque chose. Malgré la chaleur, malgré cette armure fermée, malgré ce tombé moins impérieux qu’un vrai drap de tailleur, la douceur de cette laine se faisait oublier. Le pantalon était là sans être là. Il accompagnait le mouvement sans jamais résister. Il ne piquait pas. Il ne chauffait pas vraiment. Il avait cette qualité rare des étoffes luxueuses : une présence discrète.

Plus tard, toujours chez le même drapier italien, je testais une étoffe dans la même fibre précieuse, mais cette fois en toile, donc avec une armure plus ouverte, et surtout dans un poids plus léger encore : 220 grammes au mètre. Alors là, je dois dire que je fus assez conquis.

Quelle légèreté ! L’impression de ne rien porter. Une fluidité presque irréelle. Et grâce à la finesse des fibres Super 150’s, aucun picotement contre la peau, aucune sensation grattante comme on peut en trouver parfois dans certaines laines anglaises plus rugueuses. C’était presque comme une matière synthétique moderne, mais avec la noblesse et la respiration de la laine. Douceur, fluidité, confort, respirabilité.

Un client installé entre Haïti et Miami, qui aime les tissus ultra-légers pour ses costumes de travail, découvrit cette toile à la boutique. Il fut conquis immédiatement. Dans un climat chaud et humide, me dit-il, c’était un must. Il en commanda plusieurs complets presque aussitôt. Il faut dire que sous de tels climats, la théorie sartoriale parisienne est vite remise à sa place. Ce qui compte, c’est de survivre élégamment.

De mon côté, j’ai poursuivi mes expériences. J’ai essayé quelques pantalons dans des toiles Vitale Barberis Canonico, autour de 230 grammes, en Super 110’s. Là encore, excellent sentiment. Je les ai portés malgré les chaleurs étouffantes de la semaine passée. Et j’ai retrouvé cette impression suprême de légèreté. Le tissu n’a pas le tombé olympien d’un drap plus dense, évidemment. Mais il a autre chose : il disparaît. Le soir je suis froissé. Mais tout le jour je fus léger.

Or, parfois, l’été, disparaître est une qualité immense.

Permanent Style, sur ces questions, revient souvent à une distinction intéressante : les tissus d’été doivent être jugés non seulement par leur poids, mais aussi par leur armure, leur torsion, leur densité et leur usage. Une laine high-twist peut être formidable parce qu’elle respire et reprend sa forme. Un lin lourd peut être plus frais qu’on ne l’imagine. Une laine légère peut être agréable mais moins durable. Et surtout, un pantalon n’a pas les mêmes besoins qu’une veste. Le pantalon réclame du tombé. La veste réclame aussi de la construction, de la stabilité, une capacité à ne pas gondoler partout.

C’est là que se trouve le cœur du sujet. Et lui est anglais, dont il défend une certaine idée du drap.

Car attention, ces tissus ultra-légers, vous ne les trouverez jamais chez moi en prêt-à-porter. Et même en mesure, nous ne les présentons pour ainsi dire jamais. Spontanément. Ce sont des tissus qui doivent être demandés. Revendiqués. Voulus. Presque assumés.

Pourquoi ?

D’abord parce qu’ils froissent. Pas toujours énormément, mais assez pour déplaire à beaucoup. Ils vivent vite. Ils prennent les plis du corps, de la chaise, de la voiture, du monde réel.

Ensuite parce qu’ils ont un tombé moyen pour de la laine. Meilleur, souvent, qu’un coton ou qu’un lin du même poids. Mais inférieur à une laine plus dense. En pantalon, cela peut passer, surtout si la coupe est fluide. En veste, c’est plus délicat. Les coutures peuvent vibrer. Les devants peuvent onduler. Bref, toute cette petite géographie du vêtement qui rend fou le client français, lequel veut souvent la décontraction italienne en photo, mais l’aplomb militaire en cabine.

Enfin, ces tissus sont fragiles. Il faut le dire clairement. Un pantalon de 220 grammes en laine fine, porté trois fois par semaine, ne fera pas des miracles. Il s’usera. Il marquera. Il pourra trouer. Ce n’est pas un défaut de fabrication. C’est la nature même de l’étoffe. On ne peut pas demander à une aile de papillon de servir de bâche de camion. Souvenez vous de cette belle citation !

Pour ma part, je sais que ces pantalons me dureront des années, parce que je les porte peu, parce que j’alterne beaucoup, et parce que je maîtrise à peu près mon poids. Ce dernier point n’est pas anodin. Un pantalon léger pardonne moins les tensions. Une cuisse qui force, une fourche qui tire, une ceinture qui travaille, et le tissu paie immédiatement l’addition.

Je sais pertinemment, en revanche, que certains clients seraient capables de revenir au bout de trois mois avec un trou, un froissement, une couture qui gondole, ou une usure d’entrejambe, et de me regarder comme si j’avais personnellement filé la laine dans l’arrière-boutique. Mais hélas, je ne fabrique pas les tissus. Et je préfère me garder de ce genre d’ennuis.

C’est pourquoi ces étoffes surfines restent, chez nous, presque sous clef.

Mais il faut aussi savoir reconnaître leurs vertus. Quand il fait très chaud, quand l’air est lourd, quand le costume devient une contrainte, ces tissus offrent une sensation merveilleuse. Un pantalon en laine légère, bien coupé, ample ce qu’il faut, peut devenir une bénédiction. Une veste très légère, même imparfaite dans son tombé, peut donner le plaisir rare d’être habillé sans être enfermé.

Loro Piana a même sorti cette année un twill de laine Super 150’s et soie autour de 150 grammes au mètre. Imaginez : plus léger que certains tissus de chemise ! À ce stade, nous ne sommes plus tout à fait dans le tailleur classique. Nous sommes dans la recherche textile, dans le luxe de sensation, dans l’idée que le vêtement doit presque s’évaporer. Et je vous raconte pas l’atelier qu’il faut pour coudre ça !

Est-ce raisonnable ? Pas toujours.

Est-ce durable ? Pas forcément.

Est-ce net ? Pas vraiment.

Mais est-ce agréable ? Oh que oui.

Il faut donc probablement cesser de penser les tissus d’été avec une seule doctrine. Le poids lourd et ouvert n’est pas toujours la solution. Le lin n’est pas toujours le paradis. La laine légère n’est pas toujours une erreur. Tout dépend du climat, de l’usage, de la coupe, de la tolérance au froissé, et surtout de ce que l’on attend du vêtement.

Si l’on veut une allure parfaite, nette, construite, il faut du poids. Si l’on veut traverser une journée caniculaire en restant élégant sans se sentir prisonnier de ses vêtements, alors les tissus légers méritent d’être considérés avec moins de mépris.

Je continue d’aimer les beaux draps qui tombent. Je continue de penser qu’un vêtement de tailleur a besoin de matière. Mais je dois bien reconnaître qu’il existe, dans ces laines fines et légères, un plaisir très particulier. Celui de ne presque rien porter, tout en restant habillé.

Et l’été, ce n’est déjà pas si mal.

Belle semaine.

Julien Scavini

Le costume en baskets ?

Il y a des sujets qu’il vaudrait mieux éviter. Par prudence ou par simple respect de la tradition ? Et puis il y a des sujets qui reviennent par la fenêtre, même lorsqu’on a soigneusement fermé la porte. L’association de la basket (aussi appelée tennis ou sneaker, je m’y perds), avec le costume fait partie de ceux-là.

Je dois confesser que je l’ai rarement pratiquée. Non par snobisme absolu, je crois. Mais parce que le costume appelle naturellement une chaussure. Une vraie chaussure. Une richelieu, un derby, un mocassin parfois. Quelque chose qui a une tenue, et si possible un peu de cette gravité qu’apporte la semelle cousue. Nous sommes tout de même sur Stiff Collar. On ne va pas ouvrir la porte trop grand à la chaussure de sport sans trembler un peu.

Et pourtant.

Pour avoir seulement essayé une fois, je dois dire que je fus presque conquis. C’est une association de deux légèretés. Le pantalon de laine fine, lorsqu’il est bien coupé, est plus léger que bien des jeans, plus agréable que bien des chinos, plus fluide que presque tout ce que l’homme moderne porte au quotidien. Il accompagne. On ne le sent presque pas.

La sneaker, quant à elle, lorsqu’elle est souple, simple et moelleuse, ajoute une sensation assez délicieuse. Le pied n’est plus tenu comme dans une chaussure de ville. Il est amorti et presque bercé. L’ensemble donne alors une impression rare : celle de flotter doucement. Je me convaincs presque en écrivant ces lignes. C’est honteux.

Il faut dire que l’expérience me revient précisément. En 2020, je partis visiter Vienne en Autriche en plein hiver. J’emportais pour le week-end un pantalon de flanelle épais, gris, moelleux, de ceux que l’on est heureux d’avoir dans une valise lorsque le thermomètre descend. Et à l’aéroport, je me laissai convaincre par une paire de sneakers noires Lacoste, toute simple, presque anodine. Rien de voyant. Rien de technique. Le temps d’un week-end avec beaucoup de marche, ce fut bien efficace. Et même, disons-le, très agréable.

Alors que faire de cette constatation ?

Car il faut observer ce qui nous entoure. Je suis un amateur du costume. Pas un chausseur. Je défends donc ma paroisse, celle du pantalon bien coupé, de l’étoffe qui tombe avec grâce. Si l’homme contemporain ne veut plus porter de chaussures lourdes, doit-on pour autant abandonner le costume ? Faut-il jeter le bébé avec l’eau du bain, ou accepter que le bas puisse se détendre un peu, pourvu que le haut garde sa dignité ?

Voyez plutôt les stewards dans les avions. Voyez certains serveurs dans les restaurants. Beaucoup sont aujourd’hui obligés de faire cette association : formalisme à la jambe, souplesse au pied. Le pantalon est sombre, net, presque uniforme ; la chaussure, elle, doit permettre de marcher, de piétiner, de rester debout des heures. L’élégance professionnelle a rencontré la podologie. Ce n’est pas très poétique, mais c’est réel. Même si je sais que le pieds, dans le temps, se tient mieux dans une chaussure fermée, les podologues le disent je crois.

Voyez aussi nombre de messieurs argentés. Ils ne s’embarrassent plus toujours de la lourde chaussure à lacets en cuir, montée Goodyear, cirée le dimanche. Il n’y a qu’à observer le succès immense de ces mocassins souples à semelle blanche, chez Loro Piana et copiés partout. La chaussure chic est devenue pantoufle de luxe. Elle ne claque plus sur le trottoir. Elle glisse.

Le débat est encore plus sensible en été. Iriez-vous à Roland-Garros en richelieus, sous la chaleur, sur les allées poussiéreuses, entre deux tribunes et trois verres d’eau tiède ? Peut-être. Il y a des tempéraments héroïques. Mais beaucoup préféreront une chaussure plus légère, plus souple, moins cérémonieuse. Et il faut bien reconnaître qu’avec un costume clair, une veste dépareillée, un pantalon de laine froide ou de coton, la chaussure très formelle peut parfois paraître plus raide que distinguée. Je le vois le dimanche matin devant l’Eglise. Est-ce que ces gros godillots mal cirés avec un chino un peu avachi sont chics ? Ou un peu fanées?

Toutefois, la sneaker avec le costume demande un tact extrême. Elle ne pardonne presque rien. C’est même tout le paradoxe. On croit introduire de la décontraction, et l’on découvre qu’il faut être plus attentif encore qu’avec une chaussure classique.

La sneaker doit être basse. Elle doit être fine. Elle doit laisser le pantalon descendre proprement, sans former d’accordéon, sans se coincer sur une languette trop épaisse ou une semelle trop volumineuse. Une grosse chaussure de course, avec ses renforts, ses couleurs, ses mousses apparentes, détruit immédiatement la ligne. Le pantalon de costume est une chose délicate. Il n’aime pas les obstacles. Il faut peut-être faire un ourlet plus court ?

La sneaker doit aussi être sobre. Blanche, écrue, gris clair, bleu marine, noire parfois. Le moins de logos possible. Le moins de coutures inutiles. Le moins d’effets. Il ne s’agit pas de faire entrer le vestiaire sportif dans le costume comme un invité bruyant. Il s’agit plutôt de trouver une chaussure silencieuse, dont la forme puisse dialoguer avec la netteté du pantalon.

C’est là que Permanent Style a raison, lorsqu’il rappelle que la sneaker acceptable avec des vêtements habillés doit emprunter quelque chose à la chaussure de ville : une ligne simple, une minceur, une certaine austérité. Elle ne doit pas seulement être chère. Elle doit être discrète. Et surtout, elle doit savoir jusqu’où ne pas aller. Au-delà d’un certain formalisme (costume sombre, chemise blanche, cravate, rendez-vous important), la chaussure classique reprend ses droits. Et c’est très bien ainsi.

Un ami me parlait récemment de son étonnement devant la gamme Bexley. Nous ne commenterons pas ici la qualité, ce n’est pas le sujet. Mais le style, assurément, est intéressant. On y trouve cette sobriété que les grandes marques italiennes ont beaucoup popularisée : des sneakers simples, unies, basses, peu dessinées, qui cherchent moins à être des objets de mode qu’à accompagner un pantalon. C’est probablement cela, la bonne direction.

Car la question n’est pas : « Peut-on mettre des baskets avec un costume ? » La question est plutôt : « Quel costume ? Quelles baskets ? Et pour quelle circonstance ? »

Avec un costume de ville très formel, à la coupe nette, porté avec chemise et cravate, la sneaker reste difficile. Elle donne vite l’impression d’un raccourci, ou d’une volonté trop visible de paraître moderne. Avec un costume souple, une veste déstructurée, un tee-shirt uni, un polo en maille, une chemise ouverte, l’affaire devient plus naturelle. Avec un pantalon de flanelle, de laine froide, de lin ou de coton, porté sans emphase, la basket peut même devenir charmante.

Il faut aussi que le pantalon soit bien choisi. Il peut être assez slim sur la cheville et donc court, ou bien large et donc très actuel. Je ne suis pas sûr que le revers soit logique. Une longueur légèrement plus courte est souvent préférable je le disais, car la sneaker n’a pas le même cou-de-pied qu’une chaussure classique. Là encore, tout est affaire de millimètres. L’élégance moderne n’est pas plus facile que l’ancienne. Elle est seulement moins codifiée encore.

Je crois donc que la sneaker peut sauver le costume, dans certains cas. Voilà une phrase que je n’aurais pas cru écrire. Elle peut le rendre plus praticable, plus voyageur, plus urbain. Elle peut convaincre un homme qui n’aurait pas mis de pantalon de laine d’en porter un. Elle peut réintroduire la fluidité du beau tissu dans des vies qui n’acceptent plus la contrainte. À condition, bien sûr, de ne pas appeler cela de l’élégance formelle. C’est autre chose. Une élégance de relâchement, de marche, de week-end, d’aéroport, de musée, de terrasse, de chaleur.

La chaussure en cuir garde sa majesté. Elle reste indispensable. Elle est même souvent plus belle, plus émouvante. Mais la sneaker, lorsqu’elle est choisie avec modestie, peut être une alliée inattendue du costume. Non pour l’avilir. Non pour le transformer en uniforme de start-up. Mais pour lui donner une chance supplémentaire de vivre encore.

Après tout, mieux vaut un beau pantalon de laine porté avec des sneakers fines, qu’un mauvais jean porté avec des souliers précieux, non? Enfin je pense. Et puis il y a aussi les tassel loafer avec des semelles souples, comme les Belgian loafers. Ils sont le parfait entre deux, le trait d’union entre la chaussure classique et le basket. Ce qui vous avouerait, donne beaucoup de possibilités aux élégants. Le curseur a beaucoup de positions !

Belle semaine, Julien Scavini

Petit dictionnaire du client sartorial

Il existe dans le monde du tailleur tout un vocabulaire mystérieux que les clients emploient souvent… sans vraiment savoir ce qu’il signifie. Et honnêtement, c’est bien normal : entre les termes techniques hérités de plusieurs siècles d’artisanat, le jargon d’atelier, les italianismes plus ou moins bien compris et les expressions devenues à la mode sur internet, il y a de quoi s’y perdre.

Ainsi, certains parlent d’une “cigarette” sans trop voir de quoi il s’agit, demandent une “épaule napolitaine” sans savoir ce qui la distingue réellement, ou évoquent la “toile” d’une veste comme s’il s’agissait de doublure. Quant aux mots comme passepoil, mignonette ou embu, ils semblent parfois sortir d’un roman du XIXe siècle.

Voici donc un petit lexique tailleur, non exhaustif, mais utile, destiné à éclaircir quelques-uns des termes les plus employés, les plus mal compris… ou les plus joliment mystérieux du vestiaire masculin.

Emmanchure n.f.

Ouverture pratiquée dans le corps d’un vêtement afin d’y monter la manche. Plus une emmanchure est haute et bien coupée, plus la veste offre d’aisance de mouvement sans excès de tissu. Curieusement, plus elle est profonde et large et plus la veste confortable. à l’inverse.

Cigarette n.f.

Pièce de rembourrage placée au sommet de la manche, comme une arcature, formant admirablement la tête de manche. Formant un petit bourrelet visible, plus ou moins accentué. Cet effet, souvent recherché dans la tradition tailleur, donne du relief et du caractère à l’épaule. Technique courante chez tous les tailleurs de France, du Royaume-Uni, d’Italie, des Etats-Unis, du Japon, de Chine, bref, de tous les pays pratiquant l’art tailleur. En relation avec le “rollino” des italiens, qui décrit le roulé de la tête de manche.

Tête de manche n.f.

Partie supérieure de la manche, là où elle rejoint l’emmanchure. C’est l’un des points les plus techniques d’une veste, car elle conditionne à la fois le confort et l’esthétique de l’épaule. La technicité atteinte par l’industrie maintenant fait que bien des retouches à ce point rendent la veste moins belle.

Épaulette n.f.

Pièce de rembourrage placée à l’intérieur de l’épaule d’une veste afin d’en structurer la ligne d’épaule. Son épaisseur et sa forme influencent fortement l’allure générale du vêtement. Son épaisseur varie suivant les époques. En mode masculine, elle fut très épaisse dans les années 1940 et 1950, plus naturelle dans les années 60, avant de reprendre un peu d’épaisseur dans les années 1990. Une veste avec une épaule de chemise n’a pas pas d’épaulette. En relation avec le “padding” des anglais, mot plus englobant chez eux, qui décrit à la fois l’épaisseur de l’épaulette et la dureté de l’entoilage, ainsi que le volume de cigarette.

Plastron n.m.

Pièce intérieure calandrée constituée de couches de crin et de laine, qui structure la poitrine d’une veste et lui donne son tombé. Les éléments du plastron peuvent être “volant” et faire à eux seul l’entoilage partiel d’une veste semi-entoilée. Ou les éléments du plastron peuvent être solidaire de la toile tailleur qui va du haut en bas du devant de la veste, constituant alors une partie de l’entoilage traditionnel.

Toile n.f.

Assemblage d’un plastron et d’une toile de corps. Une veste “entoilée” tire sa souplesse et sa tenue de cette structure invisible et flottante.

Thermocollé adj. / n.m.

Tissu naturel ou artificiel enduit de gouttelettes d’une colle qui réagit à la chaleur. Le thermocollant se trouve de deux manières dans une veste, un pantalon, un gilet, ou bien d’autres vêtements. En petites parties éparses destinées à renforcer des parties fragiles du tissu. Ou pour une veste tailleur, en replacement de la toile flottante précédemment évoquée. Dans ce cas, on parle de veste thermocollée, ou semi-entoilée, les termes étant synonymes. La toile thermocollante peut être à base de laine et de crin, ou à base de polyester.

Anglaise n.f.

Ou ligne d’anglaise. Ou les anglaises. Coutures périmétriques donnant au haut du revers et aux extrémités du col des découpes particulières, en cran ou en pointe. La jonction et la géométrie de l’anglaise, ou des anglaises, donnent l’allure au revers, son expressivité caractéristique. Proche : au XIXème siècle, on parlait facilement des “bavaroises” pour décrire les revers.

Basque n.f.

Partie inférieure d’une veste située sous la taille. La longueur et l’ouverture des basques jouent un rôle essentiel dans l’équilibre visuel d’un vêtement.

Fente n.f.

Ouverture pratiquée à l’arrière ou sur les côtés d’une veste afin de faciliter le mouvement. Les vestes peuvent comporter une fente centrale, deux fentes latérales, ou aucune. Historiquement, aucune. Des années 1910 et jusque récemment, une. Et depuis les années 1940, deux sous l’influence probable de la coupe anglaise plus affutée. Par modernité, les fentes mesurent 25cm de haut environ, pour s’aligner sur les poches. A la mode des années 70, elles peuvent faire plus. A la mode des années 1960, elles peuvent faire 10cm.

Martingale n.f.

Bande de tissu placée au dos d’un vêtement, pour marquer la taille. D’abord utilitaire sur les manteaux militaires, elle est devenue un détail esthétique apprécié sur certains manteaux ou vestes de safari. Elle peut être fixe et cousue tout autour, ou laissée libre, simplement cousue dans les côtés. Sur les beaux manteaux, elle est en deux parties avec des boutons. Les vestes autrichiennes peuvent aussi présenter cette disposition, ce qui a tendance a les rendre encore plus laide à mes yeux.

Pinces n.f. pl.

Mot employé à toutes les sauces en couture. Globalement : coutures discrètes permettant de retirer de l’ampleur au tissu afin d’épouser les formes du corps. Elles participent au cintrage et au tombé du vêtement. On en trouve deux sur le devant de la veste partant de la poche, idem sur le gilet. On en trouve au dos des pantalons. On peut en fait également à divers endroits pour régler des problèmes de morphologie (comme la pince sous le revers pour gérer les poitrails en avant). Par extension : sur un pantalon, le devant peut présenter une pince non-cousue, appelée alors pince. Il peut y avoir une pince ou deux, vers l’intérieur, ou vers l’extérieur.

Embu n.m.

Excédent de tissu volontairement résorbé au fer chaud et par la technique de couture, lors du montage d’une manche ou d’une pièce. Bien exécuté, l’embu donne de la rondeur et du confort sans créer de plis visibles. Si l’embu est mal rentré, apparaissent des fronces. Les fronces étaient appelées dans la littérature tailleur des “poignards”. Une pince permet aussi de résorber de l’embu.

Roulé de revers n.m.

Courbe naturelle formée par le revers lorsqu’il se replie sur lui-même. Un beau roulé donne de la vie à la veste et témoigne souvent d’un bon entoilage. Des vestes trop nombreuses dans une penderie trop petite seront serrées et les roulés seront écrasés. Aucune regret, abondance de bien ne nuit pas.

Main n.f.

Terme utilisé pour désigner la sensation tactile d’un tissu : souple, sèche, nerveuse, moelleuse, etc. La “main” est l’une des premières qualités qu’un amateur juge en touchant une étoffe. Le tailleur sait d’instinct si tel tissu est de la merde, donc si sa main est nulle.

Passepoil n.m.

Fine bande de tissu insérée au bord des lèvres d’une poche afin d’en exécuter le contour, par deux généralement. Le passepoil est à la fois un élément de finition et de décoration. Du vieux français : passer (verbe) et poil (le bord du tissu). En vêtement, le passepoil peut aussi constituer le bord d’un vêtement, là où il s’use. Le passepoil de bord peut se remplacer. Il était souvent coloré sur les uniformes. Le sens est similaire à celui d’une ganse, bien que celle-ci soit considérée comme plus visible qu’un passepoil. En tapisserie, le passepoil peut être comblé par un cordon lui donnant un relief particulier.

Mignonette n.f.

Doublure spécifiquement rayée et anciennement plus solide que de la doublure normale, généralement utilisée dans les manches. Ce détail discret appartient au vocabulaire traditionnel de la tailleurie.

Milanaise n.f.

Triple cordonné câblé, généralement de polyester, servant de fil de passe lors de la réalisation d’une boutonnière à la main. Cette milanaise a la rigidité d’un petit fil de fer. Elle donne son galbe à la boutonnière qui l’incorpore. Suivant le point qui sera brodé à la main, il est possible d’obtenir une boutonnière standard (pour le devant ou pour les manches), ou une boutonnière aux lèvres au relief marqué. Cette boutonnière aux lèvres en relief est seulement exécutée au revers d’une veste, car elle n’est pas fonctionnelle du fait de son épaisseur, mais seulement décorative. Par ellipse de langage, cette boutonnière est appelée aussi une milanaise.

Surpiqûre n.f.

Couture visible réalisée sur l’endroit du vêtement afin de renforcer les bords et pour obliger la laine à rester nettement aplatie. Effet de netteté qui peut être obtenu par thermocollage réalisé dans l’envers du tissu. Dans l’industrie, la surpiqûre discrète dite AMF ou pic stitch imite le travail fait main grâce à une machine dont la qualité est de rendre le piqué le plus invisible possible. Manuellement, on parle de point-perdu.

Hirondelle n.f.

Petit renfort de tissu, souvent triangulaire, placé à l’extrémité d’une ouverture ou d’une couture fragile. Elle sert à consolider le vêtement tout en apportant un détail de finition élégant. Elle peut-être en cuir, en tissu, ou en fil de broderie.

Bride n.f.

Petit lien ou passant servant à maintenir, fermer ou renforcer une partie d’un vêtement, réalisé par entortillement d’un cordonné de soie sur lui-même. En Italie, on parle de “travetto”. Très visible à l’envers d’une belle cravate pour la clore. Réalisé à la machine, la broderie s’appelle alors dans le langage coutumier de l’industrie un “bar-tack”.

Demi-lune n.f.

Bride réalisée à la main ou à la machine à l’extrémité des passepoils d’une poche afin d’en renforcer la structure, en forme de D. Elle maintient les différentes couches intérieures (notamment les capucins) et garantit la netteté ainsi que la géométrie parfaite de l’ouverture de poche. Réalisé à la machine, la broderie s’appelle alors dans le langage coutumier de l’industrie un “D-tack”.

Parementure n.f.

Pièce de tissu cousue à l’intérieur d’un vêtement afin de finir proprement un bord ou une ouverture. Elle permet notamment de donner de la tenue au devant d’une veste ou d’un manteau. Concrètement, c’est l’intérieur bord devant d’une veste. Cette parementure est visible à l’extérieur, puisqu’elle se transforme partiellement en revers.

Doublure n.f.

Tissu intérieur d’un vêtement destiné à améliorer le confort, le tombé et la finition. Une doublure peut être complète, partielle, ou absente dans les vestes les plus légères. A ne pas confondre avec l’entoilage, voir toile.

Sous-col n.m.

Partie située sous le col d’une veste, généralement réalisée dans un feutre spécifique. Le sous-col joue un rôle essentiel dans la tenue et le roulé du col. Généralement, ce feutre dissimule un entoilage du col réalisé en toile de lin. Sur un manteau, le sous-col peut être en tissu.

Banane n.f.

Déformation en forme de courbe du dessus de col à l’intérieur de la veste, entre le dessus de col extérieur et la doublure. Sur la banane est généralement cousue un petit passant de cintre.

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S’habiller au quotidien

Dans un monde peu habillé, s’habiller devient vite trop. C’est sans doute la difficulté centrale aujourd’hui pour qui s’intéresse au vêtement classique : non pas comment bien s’habiller, mais où placer le curseur. Il fut un temps où la question ne se posait pas. Le costume était un uniforme. On l’enfilait pour aller travailler, comme on enfile aujourd’hui un jean. Il n’appelait aucun commentaire. De la même manière, porter un costume pour dîner au restaurant relevait de l’évidence, non d’un effort.

Aujourd’hui, la situation s’est inversée. Le costume est devenu une exception. Et toute exception attire le regard. Dans la vie quotidienne, hors contrainte professionnelle, rares sont ceux qui s’habillent en tailleur. À part quelques jeunes passionnés (qui aiment s’informer sur le sujet) la plupart des hommes ont abandonné ces codes, non par rejet, mais par simple glissement des usages.

Dès lors, une difficulté apparaît. Comment continuer à s’habiller avec une certaine exigence, sans paraître déguisé ?

Je regardais récemment dans un livre, une photographie prise en 1989. Une dizaine d’ingénieurs, autour d’un truc. Tous, ou presque, portaient une veste. Refaites la même image aujourd’hui. Il est probable qu’il n’y en aurait aucune. Ce basculement est profond. Et il ne concerne pas seulement le costume, mais l’ensemble de la grammaire vestimentaire.

Alors que reste-t-il, si l’on est attaché à cette esthétique ? Résister, dira-t-on.

Mais c’est une réponse un peu facile. C’est comme ces chefs qui expliquent qu’il suffit de cuisiner pour bien manger le soir, sans voir qu’un dîner fait maison, entrée-plat-dessert, relève pour beaucoup d’une organisation complexe. S’habiller demande, aussi, une forme d’énergie.

La vraie piste est ailleurs. Elle consiste à ne plus penser en termes de règles, mais en termes de dosage. Le vêtement classique n’est pas un bloc. C’est un spectre.

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Une veste portée avec une chemise et un pantalon de flanelle n’a pas la même signification qu’une veste portée avec un polo ou un jean. Et pourtant, c’est la même veste. Autrement dit : ce n’est pas la pièce qui fait la formalité, mais l’ensemble. C’est ici que se joue le bon curseur.

Mais faut-il encore porter une veste ? La question mérite d’être posée. Car la veste est coûteuse. Et dans certains environnements, bureaux ouverts, transports, vie urbaine décontractée, elle peut sembler excessive.

Et pourtant, elle reste une pièce essentielle. Non pas parce qu’elle est formelle, mais parce qu’elle donne une forme. Elle structure fortement la silhouette. Une veste, même portée sur un jean et une chemise ouverte, apporte une cohérence immédiate. Elle évite cette impression diffuse de tenue “au hasard”. Mais à condition qu’elle soit adaptée à notre époque. Lourde, rigide, contrainte, elle devient impraticable. Souple, légère, presque déstructurée, elle redevient naturelle.

Et si la veste disparaît ? Il reste alors des substituts. Les vêtements contemporains ont produit leurs propres équivalents : vestes de travail, blousons en suède, surchemises. Moins formels, mais capables de jouer un rôle similaire. Ils ne remplacent pas la veste. Ils traduisent autrement la même intention.

Au fond, la solution tient peut-être en une idée simple : se construire une forme d’uniforme personnel.

Non pas un costume au sens strict, mais une combinaison récurrente, ajustée à sa vie. Un pantalon bien coupé. Une chemise ou un polo de qualité. Une pièce de dessus, veste ou alternative. Et quelques variations autour. Ce n’est pas spectaculaire. Mais c’est précisément ce qui fonctionne. Le problème n’est pas tant de s’habiller bien que de trouver une formule répétable. C’est la clé : le style quotidien n’est pas une performance sartoriale, c’est un système.

Car l’élégance, aujourd’hui, ne consiste plus à suivre une norme. Elle consiste à maintenir une ligne, dans un monde qui n’en impose plus. Et cela demande moins de règles que de justesse je pense.

Bonne réflexion sur ce sujet complexe du quotidien. Et belle semaine, Julien Scavini

Travailler son camaïeu de couleurs

J’étais assis récemment sur un banc près de ma boutique, attrapant quelques rayons de soleil. Un monsieur passa devant moi, téléphone à l’oreille. Il marchait d’un pas tranquille, absorbé dans sa conversation, mais vêtu avec une recherche évidente. Pantalon de velours fin couleur mastic, parka dans l’esprit d’une field jacket, presque de la même teinte. En bas, des baskets sobres, manifestement choisies avec soin, qui achevaient l’ensemble sans bruit.

C’était superbe. Superbe parce que presque rien ne dépassait. L’ensemble formait un camaïeu de beiges / ficelle très doux, comme une variation autour d’une seule note. Une tenue simple en apparence — presque trop simple — mais dont l’équilibre trahissait une certaine maîtrise.

Cela m’a faisait penser à quelques clients, qui développent une forme d’obsession chromatique de ce genre. Non pas au point de n’avoir dans leur penderie qu’une seule couleur (ce serait un peu monacal) mais plutôt une famille de couleurs. Ils raisonnent par camaïeux. Les beiges avec d’autres beiges ; les bleus avec d’autres bleus, ou des gris ; les marrons glacés avec des blancs cassés.

Chaque matin, ils recomposent une variation autour du même thème, comme un musicien qui improviserait sur une partition très simple. D’une certaine manière, c’est exactement la manière de penser que distillent certaines maisons de luxe discrètes. Chez Zegna, Cucinelli, ou Loro Piana, l’élégance repose souvent sur cette continuité chromatique : un monde de bruns, de sables, de gris doux, où chaque pièce semble parler la même langue.

Et il faut bien reconnaître que cela fonctionne. Mais ce n’est pas totalement contemporain. Ou plutôt : cela ne l’est plus tout à fait. Car ce principe existait déjà dans les années 1980. Giorgio Armani travaillait beaucoup ces harmonies très serrées : chemises grises avec costumes gris, chemises marines avec costumes marines. Une sorte d’épure chromatique qui produisait une silhouette extrêmement calme. Et qui à l’époque était révolutionnaire, si l’on se met dans la perspective de la mode anglaise, plus colorée et héraldique.

La couleur y devenait presque une matière. Cette économie dans la palette apporte une sobriété particulière. Et c’est là que réside le paradoxe : la tenue paraît très simple, mais l’effort pour parvenir à cette simplicité est souvent notable. La simplicité est rarement simple.

À l’inverse, je pense souvent à tant de jeunes (et moins jeunes) qui sont sur leur chemin d’éducation sartoriale. Et qui, guidés par l’enthousiasme, partent dans toutes les directions à la fois. Ce que je fis !

Une veste en tweed marron ici. Une chemise rayée rouge là. Une cravate madder violette. Un pantalon vert olive. Chaque pièce est belle, intéressante, pleine de caractère. Mais leur coexistence quotidienne peut devenir plus difficile à coordonner. Elles peuvent aller ensemble. Mais cette matière n’est pas si facile à bien manipuler. Cela produit parfois ces tenues un peu bancales que nous avons tous connues.

Quel jeune (dont je fus) ne s’est pas demandé, devant son miroir : « Est-ce que ça va avec ça ? » Tout en ayant le sentiment étrange d’avoir fait beaucoup d’efforts… pour finalement se sentir un peu mal fagoté. Il y a là une leçon peut-être.

Dans une éducation sartoriale, comme dans beaucoup de choses, ne faudrait-il pas commencer par le moins ? Une économie de moyens pour une économie d’allure. Car le (seul) avantage de compter les sous, c’est qu’il faut chercher à faire bien avec moins. Se contenter, par exemple, d’une penderie construite autour des beiges et des marrons si l’on estime que ces couleurs flattent son teint. Ou bien du marine et du gris si l’on souhaite une allure plus urbaine, plus discrète. Une garde-robe comme un petit territoire chromatique.

Après tout, les architectes ne s’habillent-ils pas presque tous en noir ? C’est une autre forme d’épure. Une épure radicale, presque conceptuelle. Même si, je dois l’avouer, je déplore toujours un peu cette couleur de corbeau, qui donne parfois l’impression que l’élégance s’est mise en deuil. Mais l’idée demeure intéressante.

Car au fond, choisir une couleur (ou une famille de couleurs) ce n’est pas se limiter. C’est se donner un cadre. Et comme souvent en matière d’élégance, c’est la contrainte qui produit la liberté.

Belle semaine, Julien Scavini

(Ce soir, j’écoutais pour écrire ce billet un vinyle déniché de peu : Mozart , Concerto pour Flûte et Harpe, Jean-Pierre Rampal & Lily Laskin, chez Erato.).

Le gilet dépareillé, lu dans Le Monde

J’écris de manière hebdomadaire sur l’élégance masculine dans Le Figaro depuis 2014, et sur ce blog depuis 2009, en plus de quelques autres publications où l’on m’a parfois laissé noircir quelques pages. Autant dire qu’à force d’écrire sans relâche sur un tel sujet, il arrive que l’inspiration se fasse un peu attendre. La plume part alors au trot puis trébuche : un article un peu bancal, une idée envoyée sous la presse avec un peu moins de conviction que d’habitude. Cela arrive à chacun tient la plume.

Je lisais ainsi la semaine dernière l’article de Marc Beaugé dans les très sérieuses colonnes du Monde, qui se demandait s’il était bien raisonnable de porter un gilet de costume. Et je me suis dit que c’était peut-être pour lui l’un de ces petits jours où l’inspiration est rattrapée par le timing, et où, pour répondre en temps et en heure au rédacteur en chef, on rend un papier un peu de travers. Car je dois dire que je n’ai pas très bien compris son courroux. Pourquoi tant d’irritation devant un morceau de laine muni de quelques boutons ? À ce compte-là, autant écrire franchement que les messieurs un peu enveloppés devraient être interdits de Sécurité sociale faute de régime : ce serait au moins plus clair.

Car enfin, que reprocher exactement au gilet ? Il semble lui tenir rigueur de flatter la silhouette, ce qui est pourtant l’un de ses mérites les plus anciens. Un gilet dépareillé a cette capacité merveilleuse d’« emballer » une panse bien garnie avec une délicatesse presque affectueuse. Personnellement, je trouve souvent plus élégant un homme qui cache sa délicate bedaine (ce qu’un ami concerné appelle volontiers sa surface à bisous) sous un gilet que celui qui la laisse vivre librement sous une chemise tendue comme la toile d’une tente de camping. Le gilet agit un peu comme un gentil corset. Regardez Philippe Etchebest : il s’en sert clairement comme d’une sorte de gaine tailleur pour se donner un air plus svelte et sportif. Et il n’y a là rien de honteux.

Certes, contenir son buste dans des limites raisonnables ou chercher à camoufler un ventre prospère peut faire sourire. Mais plutôt sous l’angle d’une petite vanité attendrissante. Comme ces vieux messieurs qui se recoiffent en sortant du métro. Un geste d’amour-propre, une petite coquetterie bien humaine. Aucun péché mortel là-dedans. On évoque aussi la question du dernier bouton laissé ouvert. Très bien, si l’on possède le corps d’un danseur de ballet. Mais si un homme ressent le besoin de fermer son gilet jusqu’en bas pour mieux contenir son honorable abdomen, aucune trappe vers les enfers ne s’ouvrira sous ses pieds. Je parle ici en professionnel qui voit cela quotidiennement, pas en commentateur confortablement installé derrière son clavier. Je rencontre régulièrement des messieurs qui veulent boutonner le dernier bouton pour mieux “s’emballer”. Qu’ils le fassent ! Je ne les maudis pas. Toute tentative pour bien faire, ou simplement faire un peu mieux, mérite d’être saluée.

Au-delà de ces questions de silhouette, le gilet dépareillé reste surtout une très jolie pièce de l’art tailleur. Dans un monde vestimentaire devenu assez mou, sans lignes ni structure, il constitue souvent la dernière petite architecture élégante qui subsiste dans une tenue. Et je dois dire que je me réjouis qu’il reste au moins cette touche-là lorsque le reste est abandonné. C’est aussi l’occasion de mettre à l’honneur de beaux tissus : tweed, flanelle, moleskine, parfois velours. Des étoffes qui ont du grain, de la texture, et qui racontent quelque chose.

Les auteurs de Permanent Style ou de Gentleman’s Gazette rappellent d’ailleurs souvent que le gilet contrastant fait partie depuis longtemps de la tradition du vestiaire masculin. Historiquement, il n’était pas systématiquement assorti à la veste. Les combinaisons séparées étaient fréquentes dans les tenues de campagne ou de week-end. Un gilet d’une autre étoffe permet de structurer la silhouette, d’ajouter de la profondeur à une tenue, d’introduire un tissu plus expressif et d’éviter l’effet parfois trop strict du trois-pièces complet. Un tweed brun sous une veste sport agit presque comme un pont entre élégance et décontraction. Dans cet esprit, le gilet dépareillé n’est pas une fantaisie récente : c’est au contraire une vieille solution sartoriale.

Ralph Lauren l’a compris depuis longtemps. Même si ses gilets courts montrant la ceinture me paraissaient curieux auparavant. Il présente le gilet de tweed avec un jean depuis des décennies, et a largement contribué à donner ses lettres de noblesse à cette allure. Dans son univers, le gilet évoque autant les ranchs du Colorado que les clubs anglais ou les campus de la côte Est. Cette idée de mélanger tailoring et pièces plus casual est d’ailleurs un principe classique du style britannique : une pièce structurée, une pièce rustique, une pièce simple. En France, Albert Goldberg chez Façonnable avait déjà exploré ce territoire, et plus tard L’Egoïste a repris ce flambeau avec un goût certain pour ces silhouettes mi-tailleur, mi-week-end.

Reste l’accusation la plus étrange : celle du masculinisme. Il faut dire que ce néo-mot est devenu un marqueur médiatique très pratique. Le glisser dans un article lui donne immédiatement une gravité sociologique tout à fait respectable. Mais il ne faut peut-être pas exagérer. Comme je le disais, Ralph Lauren joue avec cette esthétique cow-boy depuis des lustres, et personne n’y voyait à l’époque un manifeste masculiniste. Bien au contraire : dans les années 80 et 90, cette imagerie pouvait être perçue comme assez homo-érotique. Mais qu’importe. Personnellement, ce que j’aime dans l’esthétique du gilet dépareillé (surtout en tweed) c’est tout autre chose. Cela sent bon les allées des salons de vieilles voitures, les marchés aux puces du week-end, les clubs de tir à l’arc un peu poussiéreux et les dimanches pluvieux dans la campagne anglaise. Une esthétique Chap, rétro, un peu ludique. Et s’il y a au passage quelques biscoteaux tatoués, je préfère penser à Popeye ou au capitaine Haddock qu’à quelque théorie masculiniste. Des images d’Épinal des années cinquante, avec un parfum de bande dessinée ou de vieux Maigret.

Pour être tout à fait honnête, Marc Beaugé vise peut-être un cas particulier : le gilet de costume porté hors de son contexte. Et là, je veux bien lui accorder un point. Un gilet de costume bleu marine porté seul avec un chino beige peut effectivement produire un résultat un peu étrange, comme un morceau d’uniforme rescapé d’un naufrage sartorial. Mais pour être franc, je vois très peu de cela dans la rue. Ce que je vois en revanche, ce sont des hommes qui tentent modestement d’ajouter un peu de structure, un peu de texture, un peu de dignité vestimentaire dans un monde qui a largement renoncé à ces choses. Et si pour cela ils enfilent un petit gilet de tweed, eh bien je trouve cela plutôt charmant.

Que monsieur Beaugé ne m’en veuille pas. Comme je l’écrivais, l’écriture n’est pas chose aisée !

Belle et bonne semaine à tous. Julien Scavini

Où sont passés les beaux vêtements en province ?

Il n’y a pas si longtemps — jusqu’aux années 90 — un déplacement dans une ville moyenne française pouvait donner à voir de beaux vêtements. À Vesoul, Limoges, Rennes ou Bayonne, on dénichait dans les belles boutiques locales de la maille en laine, du cachemire racé, des pantalons bien coupés, des imperméables prestigieux. Ces boutiques n’étaient pas des extensions de chaînes de grande distribution, mais des lieux d’étalage de belles marchandises, du plus fin pedigree.

Aujourd’hui, ce paysage a profondément changé. Dans de nombreuses villes, l’« offre » s’est appauvrie : les beaux vêtements se trouvent rarement dans des boutiques indépendantes de centre-ville. Quand on y trouve encore quelque chose de qualitatif, c’est souvent dans des stations balnéaires ou des lieux touristiques – là où la pression commerciale a conservé un petit écosystème de produits « premium ». Allez en Allemagne ou aux Pays-Bas, et vous trouverez de beaux étalages. En revanche, trouvez un magnifique pull Ballantyne ou une belle parka Kired à Angoulême, pas simple.

Le client est-il coupable de ne plus chercher le beau?

Quand on interroge les commerçants, la réponse est presque pavlovienne : « Les clients ne veulent plus du beau, ils ne demandent que du pas cher. » C’est commode, mais cela ne suffit pas à expliquer l’effondrement des belles boutiques. En réalité, l’hypothèse inverse mérite autant d’attention : ce sont peut-être les marchands eux-mêmes qui ont progressivement abandonné le beau, faute du volume nécessaire pour simplement survivre. C’est d’ailleurs notre hypothèse à la boutique. On parle très souvent sur les blogs et forums de la transmission de père à fils pour ce qui est du beau vêtement. C’est oublier la transmission la plus importante à notre avis : celle du fournisseur au client. Un client achète ce qui lui est proposé. Car un client n’a pas forcément la culture nécessaire, alors il prend ce que le commerçant lui présente. C’est le commerçant avant qui faisait l’éducation au « beau ». Mais s’il lui présente un produit moyen, l’achat sera moyen, assurément.

Les statistiques récentes confirment un mouvement structurel fort : le nombre de magasins de vêtements en France a chuté de près de 18 % entre 2014 et 2021, avec une perte encore plus marquée dans la chaussure. Entre 2013 et 2024, le secteur a perdu des milliers de points de vente et des dizaines de milliers d’emplois. Des centaines de commerces d’habillement ont déposé le bilan ou fermé leurs portes ces dernières années. La crise n’est pas seulement européenne, elle est française, structurelle et profonde.

Une belle boutique quelque part en France.

Pourquoi ce reflux ?

D’un côté, les contraintes économiques croissantes – normes sociales, charges, loyers – ont réduit la marge de manœuvre de ces établissements. Un petit détaillant doit atteindre des volumes pour absorber des charges fixes de plus en plus lourdes. Lorsqu’il ne peut plus les atteindre qu’en vendant du volume plutôt que de la qualité, il finit par dégrader son offre. En clair : si tu ne peux vendre que du basique, tu vends du basique. Ce qui dédouane il est certain le commerçant que j’accuse quelques lignes plus haut de ne plus proposer du « beau ». Car les chiffres de consommation racontent ce récit : la part du textile-habillement dans les budgets des ménages baisse, les ménages épargnent davantage, et la consommation de vêtements stagne ou recule.

Il n’est donc pas évident que la demande pour le « beau » ait disparu. Mais il n’est pas certain qu’une proposition de « beau » soit soutenable non plus. Le serpent se mord la queue.

Mais le « beau » surtout est devenue le luxe. Alpha & oméga !

Ce qui a achevé de transformer le paysage, c’est le repositionnement stratégique des fabricants eux-mêmes. Après les années 1990, nombreuses sont les maisons de qualité qui ont fermé leurs circuits traditionnels de distribution multimarques pour se réserver une distribution propre, via des boutiques exclusives en centre-ville et dans des zones à forte attractivité. L’exemple absolu : Burberrys’ que l’on trouvait auparavant un peu partout en province (ou dans les régions si vous aimez mieux) qui est devenu Burberry, bien moins trouvable.

La vieille étiquette d’une marque connue pour sa distribution large et ses produits de qualité. Pas de luxe.

Fini le multimarque de province — ce détaillant avec qui l’on négociait, qui connaissait ses clients et leur parlait de tissus, de coupes et de fournisseurs. À sa place : des réseaux mono-marques, des boutiques de luxe dans les capitales, villes-monde, et des boutiques premium en régions ou dans des zones touristiques, souvent loin des villes moyennes. C’est un changement de logique : intégrer toute la chaîne de valeur, du produit à la communication, pour protéger l’image de marque. Mais cette stratégie a eu pour effet collatéral de vider de leur substance les commerçants indépendants en province.

Et quand d’autres fabricants de qualité ont commencé à trouver leur clientèle sur Internet plutôt que chez un petit détaillant, l’écosystème local s’est encore affaibli. Ainsi, le beau n’a pas disparu des désirs des consommateurs — il a disparu des points de contact accessibles dans la vie quotidienne des Français. Sans le « beau » dans les vitrines, difficile de reprocher au gens de ne pas le voir.

Si l’on creuse un peu au-delà des jugements hâtifs, la réponse n’est pas un simple blâme des consommateurs qui préfèrent « moins bien » ou « moins cher ». Leur comportement est largement conditionné par ce qui leur est offert. Lorsque le tissu marchand régional se contracte, lorsqu’on ne trouve plus que des grandes enseignes ou de la fast fashion, les choix deviennent binaires et contrains.

Ce n’est pas que les clients n’aiment plus le beau : ils n’ont souvent plus d’endroits pour l’acheter. Et quand ils l’achètent, c’est en ligne ou dans des lieux hyper spécialisés. L’écosystème qui, jadis, reliait proximité, savoir-faire et qualité s’est disloqué — non pas parce que les Français n’en voulaient plus, mais parce que l’environnement économique et stratégique du commerce l’a rendu impossible.

Belle réflexion, et bonne semaine, peut-être de vacances d’ailleurs. Julien Scavini

Interdiction de parler d’investissement

Dans la sphère sartoriale, le mot revient comme un tic de langage élégant : investissement. On n’achète plus un costume, on « investit » dans un costume. Prêt-à-porter de belle facture ou sur-mesure, le vocabulaire se veut rassurant. Il justifie la dépense, l’élève, l’ordonne. Pourtant, il faut avoir l’honnêteté de le dire : un costume n’est pas un investissement. C’est une dépense.

Un investissement, par définition, rapporte de l’argent. Il produit un rendement, un flux, une plus-value. L’achat d’un bien immobilier, d’actions, peut-être de Bitcoin : voilà des investissements. Ils comportent un risque, certes, mais aussi l’espérance d’un gain. Un costume, lui, ne rapporte rien. Il transforme un capital en objet du quotidien. Il habille. Il protège. Il met en valeur. Mais il ne fructifie pas.

D’autant plus et surtout, un costume est un consommable. Comme tout vêtement, il s’use. Il se lustre puis se perce aux coudes, se détend aux genoux et s’éventre à la fourche. Il peut même, parfois, se déchirer prématurément selon l’usage ou le tissu choisi. Une flanelle délicate ne résistera pas comme un whipcord dense ; un drap léger souffrira davantage qu’une étoffe lourde. Le textile porte en lui sa propre finitude. Acheter un costume de prix, ce n’est en aucun cas placer son argent : c’est accepter sa transformation en matière vouée à l’usure. Et hélas, le rapport prix / durabilité n’existe pas, il est parfois incohérent d’ailleurs. Un tissu précieux de Loro Piana est infiniment plus fragile qu’un gros drap de Dugdale.

Il n’y a donc aucun retour sur investissement dans un costume. Il n’y a qu’un plaisir acheté, et une réponse à un besoin. Philosophiquement, c’est une perte d’argent calculée. Calculable, même. On pourrait s’amuser à diviser le prix d’un costume par le nombre de ports, puis par le nombre d’années. Il pourra être très variable. Un client m’a ramené un costume gris ultra simple aujourd’hui, qui avait 10 ans, quasiment neuf, pour refaire strictement le même. Holland & Sherry avait encore le tissu, nous fûmes ravis ! On pourrait calculer aussi le coût à chaque lavage d’une chemise, ou le total annuel des cafés bus distraitement au comptoir. La différence, c’est que le costume se pare d’un discours noble qui tente de masquer l’évidence : l’argent dépensé est de l’argent parti.

Le seul investissement possible est ailleurs. Il est peut-être dans l’image que l’on construit, dans la crédibilité que l’on façonne, dans la confiance que l’on gagne. Mais alors, l’investissement n’est pas dans l’objet : il est dans la personne. Le costume n’est qu’un instrument temporaire, un révélateur. Une fois porté, il s’efface derrière celui qu’il sert. Il n’a jamais été qu’accessoire dans l’affaire.

Cela renvoie à son statut véritable. Le costume n’est pas une œuvre d’art que l’on contemple sous verre. Ce n’est pas un tableau que l’on accroche au mur pour en attendre la montée de la cote. C’est un vêtement du quotidien, qui l’a toujours été. Si notre monde décontracté lui confère aujourd’hui un caractère plus rare, presque sacré — mariages, grandes cérémonies, habits des dirigeants — il demeure un objet textile, avec les défauts inhérents à sa nature : imperfection, fragilité, usure.

Je m’amuse à détourner l’avertissement bien connu des financiers : « Les investissements comportent un risque de perte en capital. Avant tout engagement, veuillez bien comprendre les risques associés. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. » Si vous considérez l’achat d’un costume comme un investissement, prenez cette phrase au pied de la lettre. Le risque de perte en capital est total et certain. Votre costume peut être taché ou déchiré dès le lendemain de sa sortie d’atelier. J’ai moi-même déchiré la fleur de cuir d’une paire de souliers neufs la semaine suivant l’achat. Un tissu réputé solide peut se révéler décevant ; un autre, plus fragile encore. Et un costume d’aujourd’hui, fût-il commandé dans la plus belle maison, ne présage en rien de la durabilité de celui d’hier — ni de celui de demain.

Parler d’investissement à propos d’un costume, c’est vouloir ennoblir une dépense. Or la dépense n’est pas honteuse. Elle est même assumée, choisie, parfois joyeuse. On achète un tombé, une ligne, une sensation au porter. On achète une allure. On accepte, en conscience, la disparition progressive de la matière au fil des jours. Je n’y peux rien à cette vanité des choses. D’autant plus que je ne fabrique aucun tissu. Je ne fais que les utiliser.

Interdisons donc résolument ce mot lorsque nous parlons de vêtements. Un costume n’est pas un actif. C’est un compagnon d’usage, promis à l’usure, qui n’a d’autre vocation que de servir. L’investissement, le seul véritable, reste en nous : dans l’éducation du goût, dans la tenue, dans la manière d’habiter ce que l’on porte. Le reste n’est que tissu.

Sur ces mots durs, mais réalistes, je vous souhaite une belle semaine. Julien Scavini

La couleur : luxe et liberté ?

Le vestiaire masculin classique se méfie de la couleur. Il la regarde de loin, avec prudence. La couleur dépasse le cadre ! Je ne cesse de vanter les mérites du bleu, du gris, du beige — ce triumvirat rassurant où tout s’assemble sans effort, où l’on peut s’habiller tôt, mal réveillé, et garder malgré tout une forme de cohérence. L’élégance, dans sa version orthodoxe, est souvent une discipline : elle évite l’excès et refuse l’imprévu, grâce à une palette réduite. La couleur franche, elle, exige autre chose. Elle impose un choix net, donc une prise de parole.

Car il existe une chose curieuse avec la couleur vive : si elle est rare, elle est parfois très appréciée. On la remarque dans la rue, on la commente, on la trouve “charmante”, “audacieuse”, “fraîche”. Et, presque immédiatement, on ajoute — explicitement ou non — qu’on ne s’y risquerait pas soi-même. La couleur est donc un plaisir que l’on consomme par procuration. Ce n’est pas tant qu’elle serait laide ou vulgaire : c’est qu’elle est socialement coûteuse. Elle attire le regard, et le regard (en France notamment ?) n’est jamais totalement neutre.

C’est précisément ce qui rend intéressante l’idée suivante : et si la couleur, au fond, n’était pas qu’une affaire de goût, mais une affaire de position ? Non pas seulement au sens “classe sociale” façon manuel de sociologie, mais au sens plus subtil : la place occupée et, surtout, la tranquillité avec laquelle elle est occupée. La couleur est souvent portée avec aisance par deux types de personnes, en apparence opposées. Les messieurs argentés d’abord : ceux qui achètent sans se questionner. Pas de calcul, pas d’hésitation, pas de débat intérieur au moment de passer à la caisse. Ils n’achètent pas un vêtement coloré pour envoyer un message : ils l’achètent parce que cela les amuse, ou parce que la couleur les flatte, ou simplement parce que l’objet existe. La couleur, chez eux, n’est pas une revendication : c’est un non-sujet. Et puis il y a les moins riches qui, par tempérament ou par stratégie, veulent donner une impression de liberté, d’insouciance, parfois de futilité assumée. Observons Le Prince Jardinier qui vend des panoplies ultra-colorées pour des prix assez bas. La couleur devient alors une manière d’afficher une légèreté, une forme d’indépendance à l’égard des codes sérieux. Dans les deux cas, la couleur s’explique peu : soit parce qu’on n’a pas besoin de s’expliquer, soit parce qu’on refuse l’idée même de devoir le faire.


Entre ces deux pôles, on trouve le territoire le plus embarrassé : celui des amateurs raisonnables. Le mien ? Ceux qui aiment le beau mais veulent “bien faire”, qui admirent l’éclat mais craignent d’avoir l’air déguisés, qui se demandent avec quoi marier un vert pomme ou un violet estompé. Dans une garde-robe sobre de bleu, gris et beige, tout va avec tout, et l’on peut construire une élégance d’assemblages automatiques. Dès que l’on introduit des couleurs franches, la mécanique se grippe : chaque pièce devient un choix, chaque association un risque, et l’on découvre soudain que l’harmonie n’est pas une question de règles mais d’œil. La couleur oblige à apprendre.

C’est ici qu’Arnys redevient un cas exemplaire. La maison parisienne aimait distiller des teintes qui semblaient sorties des tableaux de Thomas Gainsborough : parme poudré, violet cramoisi, vert acide, bleu indigo. J’ai lu que les propriétaires, en 1946, juste après-guerre, avaient débusqué en Angleterre des fabricants de pulls très colorés. Le contexte compte : dans un monde encore marqué par les uniformes, par le kaki, par les teintes utilitaires et dessaturées, ces vitrines faisaient l’effet d’un choc. Une splendeur, oui — au sens littéral : quelque chose qui brille, qui tranche, qui donne de l’éclat. Mais Arnys avait aussi ceci de particulier que la couleur n’y était jamais gadget. Ce n’était pas “mettons du rouge, ça fera vivant”. C’était une palette cultivée, référencée, presque picturale. Et comme souvent avec les choses cultivées, cela comportait une difficulté : l’usage n’était pas évident. Il y avait un côté panoplie possible, une perfection trop juste, un ensemble trop complet qui basculait vite dans le théâtre. Pour porter la couleur sans tomber dans la caricature, il faut savoir introduire du jeu, de l’imperfection, de la respiration. Il faut accepter de ne pas être “assorti”, au sens scolaire du terme.


La question du mariage des couleurs est d’ailleurs ce qui effraie la plupart des hommes. Et ce n’est pas un hasard si l’on associe si vite la couleur à certaines traditions britanniques caricaturales, celles où l’on confond allègrement l’excentricité avec l’élégance. Il suffit d’observer certains “anglais de roman” ou certains anglais bien réels, hélas pour comprendre comment la couleur devient une démonstration. Trop de contrastes, trop de motifs, trop de certitudes, pour un résultat immédiat : on ne voit plus l’homme, on voit la performance. C’est ce danger qui nourrit la prudence du vestiaire classique : mieux vaut la neutralité que l’outrance. Mais la prudence ne finit-elle pas aussi par appauvrir ? La couleur, lorsqu’elle est bien maniée n’est pas une crise d’adolescence : c’est un raffinement.

Ce qui nous amène à une opposition contemporaine assez savoureuse : le “quiet luxury”, si en vogue, et à l’inverse ce qu’on pourrait appeler, avec un sourire, un “loud luxury”. Le premier s’exprime par des teintes discrètes, des tissus silencieux, une richesse qui se veut inaudible. Le second existe aussi, mais on le mentionne moins, parce qu’il contredit l’idée moderne selon laquelle le luxe devrait se cacher pour être légitime. Or, n’avez-vous jamais souri en voyant quelques “vieux riches” hauts en couleur ? Il y a une forme d’“old money” qui adore les couleurs visibles, non pas comme provocation mais comme évidence. Ceux-là portent des camaïeux osés parce qu’ils en ont le droit symbolique : ils ne demandent pas la permission. Ils s’habillent comme on meublerait une maison ancienne avec des objets singuliers : sans justification, sans notice, sans récit Instagram. La couleur, chez eux, n’est pas “audacieuse”, elle est normale. Ce n’est pas qu’ils veulent se faire remarquer ; c’est qu’ils n’imaginent pas devoir se faire oublier.


Et puis il y a un autre monde où la couleur règne, mais pour des raisons totalement différentes : le vestiaire technique et outdoor. Là, les inserts, patchs, aplats colorés, parfois fluo, sont partout. Comme si le coupe-vent contemporain devait être rouge vif par définition. Ce n’est pas une coquetterie : c’est une nécessité héritée, ou à tout le moins un héritage symbolique d’une nécessité. On se vêtait en couleurs vives pour être repéré en mer, retrouvé après un naufrage, vu sur une paroi, distingué dans la neige. La couleur vient d’un besoin pratique : survivre, signaler, localiser. Elle appartient au monde des marins-pêcheurs, des alpinistes, des sauveteurs. Elle est une technologie. Tandis que la couleur sartoriale, celle des beaux tableaux d’époques révolues et des maisons comme Arnys, vient d’un autre besoin : celui de représenter un rang, une culture, une aisance. Elle n’est pas technique, elle est historique.

Au fond, cela confirme l’intuition de départ : la couleur est moins une question de “goût personnel” qu’un fait social, presque une posture existentielle. Pour porter des couleurs franches sans tomber dans le déguisement, il faut une chose rare : la sérénité. Le droit de ne pas s’expliquer. Le courage, parfois, d’être visible. La couleur demande plus d’œil, plus de maîtrise, mais aussi plus d’indifférence au jugement. Elle ne va pas à tout le monde, et ce n’est pas une condamnation : c’est une réalité. Comme dans les tableaux de Canaletto, où le petit peuple reste dans le brun et l’élite s’autorise les nuances délicates et les éclats précieux, la couleur dit quelque chose de la place que l’on occupe — ou de la place que l’on décide d’occuper, envers et contre tout.

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Comprenons alors pourquoi tant d’hommes reviennent toujours aux mêmes bases : elles protègent. Et pourquoi, à l’inverse, une touche de grenat ou d’orange suscitent immédiatement une réaction. Ce n’est pas seulement beau : c’est parlant. La couleur n’est ni morale, ni raisonnable. Elle n’est pas toujours démocratique non plus. Elle est un luxe ancien, parfois bruyant, souvent joyeux, toujours révélateur. Et comme tout luxe véritable, elle ne se défend pas : elle se porte.

Bonne réflexion. Bonne semaine. Julien Scavini


Pour écrire ce soir, un peu de Glenn Miller