Rondeurs et revers

Le devant d’une veste suit une géométrie ancestrale qui malgré les essais des stylistes ne varie guère. A part la veste croisé qui présente un devant rectiligne et un angle droit en bas, la veste droite a toujours le même visuel : une courbe, un méplat vertical au niveau des boutons, puis un revers qui s’épanche vers le col. La courbe du bas de la veste évolue très peu. C’est une forme gauche, enchainement de plusieurs arc de cercles qui s’enchainent par leurs rayons diraient les architectes. Une anse de panier diraient les amateurs de géométrie. Cette courbe plus ou moins aplatie, plus ou moins évasée est très ancienne. Les premières vestes courtes présentent assez rapidement cette ouverture arrondie, certainement créé pour faciliter le mouvement des jambes. A l’inverse, les vestes militaires, qui se finissent souvent à angle droit ‘volettent’ à chaque pas.

ILLUS141-2

Les vestes au dessin classique présentent généralement un arrondi peu important, presque écrasé. C’est le cas des vestes italiennes du meilleur style comme Brioni. Les faiseurs plus contemporains aiment ouvrir les vestes. Hackett m’a longtemps intéressé pour cette raison. Cela donne plus d’allant aux vestes je dirais. La courbe débute généralement au niveau du bouton du bas, celui qu’on ne ferme pas. Les tailleurs la trace à l’aide d’un sabre, sorte de règle courbe. Un col de cygne, outil aussi utilisé par les architectes fait l’affaire.

ILLUS141-1

Passé le méplat où sont disposés boutons et boutonnières, le revers se retourne gentiment sur lui-même et file vers le col. Mais le dessin du bord du revers suit aussi une géométrie variable. Lorsque le revers est remis à plat, la ligne du bord peut s’observer et se confronter à la ligne générale du devant de la veste. Classiquement, le revers file dans la continuité du méplat. C’est la façon la plus conventionnelle de tracer une veste. Dessin A.

Il est aussi possible de bomber un peu cette ligne. Cela donnera un revers plus généreux. Les italiens apprécient ce style. Dessin B.

De leurs côtés, les tailleurs parisiens ont développé une sorte de spécificité que je n’ai jamais vu ailleurs. Il s’agit de bomber la base du revers, là où il démarre. Ainsi, lorsque le revers roule, cela amplifie le mouvement. C’est une ligne très caractéristique. Je crois qu’Arnys usait beaucoup de cet artifice. L’effet est très ampoulé, presque précieux et convient assez peu à des vestes simples en tweed. Un costume très habillé convient mieux. Dessin C.

ILLUS141-5

Cette caractéristique du revers – d’être bombé ou pas – se lit particulièrement lorsque le revers est en pointe. Si la ligne est très rectiligne, cela donne un revers plutôt discret et efficace. C’est typique des modèles de Ralph Lauren. Les revers sont très fins à la base. Un variante assez rare chez les tailleurs. Dessin D. Cela donne presque l’impression que le haut des revers, les pointes s’évasent comme des fleurs qui ploient sous leur propre poids.

Chez Tom Ford en revanche, la ligne est à peine bombé. Elle est plus conventionnelle. Dessin E.

Et chez l’avant-garde italienne du Pitti Uomo, la ligne du revers est très galbé, que le modèle de veste soit droit ou croisé. C’est presque une blague à la fin, tellement les revers sont ventrus. Un style très affecté mais qui plait beaucoup ces temps-ci. Et qui plaisait dans les années 30, on parlait alors des ‘ailes de requin’. Ci-dessous trois croisés. Un très Ralph Lauren-nien, un second canonique, un troisième digne d’un faiseur de Naples.

ILLUS141-8

Vous le voyez, cette simple ligne peut avoir plein de signification. Pourtant elle est peu de chose. Diantre, l’art tailleur est plein de ressources!

Bonne semaine, Julien Scavini

Les différentes têtes de manches

La ligne des épaules d’une veste signe toujours l’élégance de son porteur dit on. C’est d’ailleurs aussi un signe de reconnaissance d’une veste bien née voire de son origine, chaque tailleur ayant ses habitudes. Les amateurs de beaux vêtements aiment comparer entre les faiseurs le tomber d’une veste et son application à l’épaule. Quand on parle d’épaule d’ailleurs, deux points entrent en jeu, la ligne de l’épaule elle-même et la façon dont la manche se raccorde sur celle-ci, la tête de manche.

Une ligne d’épaule classique est toujours un peu rembourrée. C’est le fameux padding, qui se traduit par rembourrage ou épaulette. Oui, une veste a toujours une épaulette faite de ouate. Pendant longtemps, cette épaulette était généreuse, environ 2cm pour donner une carrure importante au bonhomme et tricher un peu sur sa largeur réelle, en mieux. Cette allure d’armoire est caractéristique des vestons classiques des années 30 à 90. Ceci dit, les grands tailleurs anglais ont toujours apprécié les rembourrages légers, disons 1cm. L’épaule est plus naturelle. Mais attention, les os du client sont là. Et plus vous retirez du rembourrage, plus les problèmes apparaissent, malgré le talent du coupeur. Un os ne se rabote pas. Mais il s’égalise avec de la ouate. Voyez ci-dessous une fine épaulette et le résultat une fois installée.:

Ensuite, il y a la tête de manche. J’ai souvent parlé de la façon de poser une manche. Un art qui requiert une expertise haut de gamme. Car la manche est plus grande que l’emmanchure. Cela s’appelle l’embu. Il faut pousser ce tissu en trop à rentrer sur lui-même, pour qu’ensuite une fois montée, la manche se développe en volume et donne … une belle tête de manche.

Pour soutenir cette tête de manche, les tailleurs disposent à l’intérieur de celle-ci des feuilles de toile et de ouate découpées suivant une forme caractéristique pour obtenir un beau volume. Ces feuilles s’appelle la cigarette. C’est la force et la façon de mettre en place la cigarette qui soutient l’embu et fait gonfler la tête de manche. Voyez ci dessous, une cigarette simplifiée et sa mise en place à l’intérieur de la manche, ce qui fait gonfler celle-ci.

Seulement voilà. Obtenir un volume à la Cifonelli est difficile et ne s’industrialise que difficilement. Surtout, les vestes conçues en usine sont toujours repassées en fin de process. Pour aller vite, songez que ce n’est pas un ouvrier qui le fait avec un petit fer et une patte-mouille ; des presses automatiques robotisées existent depuis très longtemps. Comme un casque pour permanente chez les coiffeur, un casque s’abaisse sur la veste et en repasse d’un coup tout le haut, têtes de manches, épaules et col. Le but est de donner de la beauté à la veste pour qu’elle se vende bien. Cela s’appelle dans le jargon l' »hanger appeal », soit l’allure sur le cintre.

Le problème de ce repassage sous presse est que les têtes de manches sont bien souvent écrasées. Dès lors il est difficile d’obtenir un beau roulé de la tête de manche sur des grandes séries.

Ainsi, très tôt, les industriels ont développé une autre manière de monter la manche, en faisant une couture ouverte. De cette manière, le volume de la tête de manche disparait. La ligne d’épaule est plus naturelle.

Cet esprit plus naturel a très vite plus aux clients qui ne goûtent – je m’en rend compte – que rarement le volume de la tête de manche. Ce style de montage, dit à épaules rondes, est typique de maisons comme Hugo Boss qui ont internationalisé ce style moins travaillé. En fait, cette façon de poser les manches a deux origines qui se rejoignent au bon moment : la capacité industrielle et la volonté des gens. D’un côté donc la capacité à maintenir un grade de qualité optimal sur de très grandes séries pour un coût maitrisé et de l’autre le goût des consommateur pour des vêtements moins apprêtés, moins structurés.

La plupart des usines qui conçoivent des séries ou des demi-mesures font par défaut des têtes de manches rondes appelées parfois têtes de manches repassées ou écrasées. Avoir une tête de manche qui se développe en volume est plus rare, plus difficile à obtenir, particulièrement dans les fabrications thermocollées où la reprise en sous-œuvre de la toile est moins important qu’en entoilé intégral.

ILLUS133

Des vestes bas de gamme ou moyen de gamme donne parfois l’impression à l’achat d’avoir une belle tête de manche volumineuse, qui ne résiste pas. Après quelques semaines, la tête de manche est raplapla, elle n’est pas assez construite à l’intérieur pour durer dans le temps.

Enfin il y a l’épaule napolitaine, qui va encore plus loin. Ici, la couture de la manche est complètement couchée ce qui donne une allure de chemise. A ce niveau, il existe mille variation de la tête de manche napolitaine, chaque tailleur italien ayant sa façon de faire. Certains font des épaules larges qui s’effondrent car sans épaulettes. D’autres font des épaules étroites qui rendent très rond le passage du bras. Certains y font des fronces et d’autres non… Y’en a pour tous les goûts!

Une chose est sûre, l’épaule ronde est le compromis industriel de l’épaule napolitaine. Une allure souple mais une construction plus aisée et standardisée. Car l’épaule napolitaine n’est pas facile du tout à réussir. En plus elle ne convient pas à toutes les morphologies. L’épaule ronde avec son petit volume de ouate est plus universelle !

Bonne semaine, Julien Scavini

La société LECTRA

La société Lectra est très connue dans le monde du textile. Société française créée en 1973 par les frères Etcheparre, elle est aujourd’hui numéro 1 mondial de la conception / fabrication de vêtements (entre autres) assistée par ordinateur. La semaine dernière, j’ai eu la chance de petit-déjeuner avec Daniel Harari, son directeur général. Voici son histoire !

La société Lectra fut créée près de Bordeaux (à Cestas) par deux frères ingénieurs qui inventaient des solutions dédiées à la fabrication de vêtements complexes. C’est ainsi qu’ils développèrent une première machine capable de lire un patron en carton pour en tirer toute la gradation (les tailles différentes) et une deuxième capable de tracer les placements (la meilleure façon de disposer les patrons sur le tissu pour ne pas gaspiller). Ces deux premiers appareils appelés Lecteur et Traceur sont à l’origine du nom de la société. A l’époque, seules quelques maisons à la pointe utilisaient un tel dispositif : Dior, Saint Laurent, Chanel. Principalement des maisons de haute couture qui avaient recours à cet ingénieux système permettant de gérer des modèles très complexes.

Pour gérer de tels vêtements, Lectra développa très tôt ses propres moyens informatiques faisant de la société un pionnier de la Conception Assistée par Ordinateur (CAO). Dès les premières années d’existence, André Harari, polytechnicien aux commandes d’une société de Capital Risque spécialisée dans la technologie, aide Lectra à se développer en levant des capitaux. Ainsi, de nombreux brevets furent déposés et en 1984, la société Lectra était numéro 1 mondial de la CAO textile. Une place enviable. De l’autre côté de l’Atlantique, l’américain Gerber était lui plus spécialisé en Fabrication Assistée par Ordinateur (FAO) grâce à de nombreux bancs automatiques de découpe. La FAO ne désigne pas ici la fabrication proprement dîtes, qui fait appel à des machines à coudre parfois robotisées. Il s’agit de coupe du tissu, une étape très laborieuse à la main.

Au cours de la décennie 80, les frères Etcheparre veulent faire se rapprocher la conception et la fabrication (CAO et FAO), comprenant très vite l’importance de cette harmonie. Cette nouvelle approche vise à faire mieux cohabiter les créateurs et les façonniers, en plaçant le produit au centre d’un schéma global. Un dessin devait pouvoir devenir un modèle numérique, passer des étapes de contrôle et de conception, et être traité directement par une usine avec un outil compatible. Il faut se souvenir qu’à l’époque les modèles devaient être patronnés puis tracés à la main, gradés par des spécialistes (produire les patrons dans toutes les tailles) et qu’ensuite les façonniers éparpillés dans le monde devaient récupérer des documents papiers pour les traduire dans des bureaux d’études dédiés aux méthodes et à l’industrialisation d’une usine en particulier.

Seulement voilà, faire communiquer des patrons sur un ordinateur avec une table de découpe automatique n’était pas simple. Surtout, Gerber qui était spécialiste des couteaux automatisés avait déposé de nombreux brevets. Les premières machines de découpes se révélèrent extrêmement mauvaises. Le satin ne se coupe pas comme la flanelle, une seule couche ne se coupe pas comme de multiples couches. Bref, les débuts furent catastrophiques. A cela se rajoute une introduction en bourse ratée suite à une annonce prématurée de nouveaux produits, si bien qu’aux premiers jours de la cotation en 1987, Lectra entrait dans une zone noire.

CAO et FAO sont deux métiers différents. Les frères Etcheparre dépassés par leur propre affaire déjà très grosse (800 millions de Francs de CA. et de nombreuses filiales dans le monde) faisaient passer les machines défectueuses d’usines en usines. Avec une telle gestion, le couperet tomba très vite et en 1991 Lectra était au bord d’une faillite retentissante.

Faillite qui eut certainement lieu si nous n’étions pas en France… Car les frères Etcheparre faisaient partis du premier cercle de la mitterrandie. François Mitterrand avait même fait son discours sur la technologie française chez Lectra après son élection. Si bien que le Ministère de l’Industrie s’est senti obligé d’intervenir pour éviter le dépôt de bilan. André et son petit frère Daniel Harari lui aussi polytechnicien, actionnaires via leur société de Capital Risque, sont approchés. Le ministère leur demande une feuille de route pour le lendemain matin 8h. Les deux frères âgés alors de 46 et 36 ans y vont. Dans la nuit ils rédigent une note d’intention validée le lendemain. S’ensuivent 23 jours et 23 nuits de négociations acharnées. Personne ne voulait nous parler se souvient Daniel Harari. Banques et actionnaires sont conviés au ministère, dans des salles séparées. Le représentant du ministère passe de l’une à l’autre successivement pour présenter le projet, le représenter, etc etc etc. La navette est sans fin mais aboutie à la prise de contrôle par leur société de Lectra.

ILLUS129

Après la reprise par André et Daniel Harari (ci-dessus), la trésorerie est de 80 millions de francs et la société brûle 1 million de francs par jour. Il y a donc 80 jours en perspective pour redresser le bateau. En trois ans, les comptes sont remis en ordre. Les frères Etcheparre quittent Lectra. En 1993 est annoncé un nouveau plan stratégique pour la décennie à venir. Daniel Harari veut une diversification à tous les métiers du textile et du cuir (automobile, nautisme, aéronautique, ameublement), une intégration de l’ensemble du cycle de vie du produit, de sa conception à sa vente, une redéfinition de l’outil informatique appliqué à la FAO et une présence mondiale. Beaucoup d’ambition mais contre son équipe de direction, composé de 18 membres dont 16 démissionnent dans l’année, car ils ne croient pas à la stratégie.

Daniel Harari est un fan d’Apple (bien que Lectra ne prennent pas en charge cette plateforme) et des objets connectés user-friendly. Il sent l’avenir. En 1993 est présentée une nouvelle génération de machines de coupe, le Vector et en 1996 une suite complète et totalement nouvelle de logiciels. Toutes les synergies possibles sont étudiées et mises en musique. Les ordinateurs deviennent intelligents. Les machines de découpe aussi. C’est ainsi que de nos jours, l’habillement représente 40% de l’activité de Lectra, 40% l’automobile (airbags, sièges et habillages) et 10% l’ameublement. Les pourcentages restant sont composés d’usages spécifiques : sièges d’avion, bateaux, tressage de fibres de carbone pour les éoliennes ou des composants aéronautiques.

Hélas, les attentats de 2001 entrainent une chute de l’activité dans le monde. Durant trois semaines, l’activité s’arrête. De plus, en 2004 la fin annoncée des quotas textiles entre l’Europe et la Chine rend la visibilité mauvaise. D’un côté les chinois se disent qu’ils n’ont pas besoin de machines-outils car ils ont de la main d’œuvre pas chère et de l’autre les occidentaux disent qu’il faut délocaliser pour résister.

André et Daniel Harari refusent la délocalisation. Mieux ils prônent l’investissement en R&D et la montée en gamme. De nouvelles machines basées sur les prodiges récents en informatique sont développées. Les logiciels sont plus intelligents et vont aux frontières de la mécanique des fluides. Les textiles sont modélisés en 3D. Les vêtements sont étudiés finement (mollesse, déformabilité, transparence, tenue) pour que les drapés puissent être rendus avec justesse par les ordinateurs. C’est ainsi qu’aujourd’hui vos vêtements sont modélisés sur ordinateur pour confronter finement le corps, le vêtement et le style. Modifiez un paramètre sur le modèle 3D et le patron sous-jacent sera revu et corrigé. Efficace.

Les découpeuses sont aussi améliorées et connectées. Pleines de capteurs, elles analysent les tissus pour les découper suivant leurs caractéristiques (viscosité ou déformation sous la lame). C’est ainsi qu’elles adaptent l’angle du cutter en fonction de l’endroit où elles coupent dans le tissu, au bord du drap, en droit fil ou en biais etc. Plutôt que d’établir des règles par tissus, la machine est intelligente et s’auto-adapte. Avec un seul objectif, l’amélioration constante de la qualité. Et la disponibilité des outils. Comme les avions d’Airbus ou de Boeing, si la machine sent qu’un de ses composants faiblit, elle est capable de contacter le centre de maintenance le plus proche pour que le technicien intervienne, autant que possible à distance. Ainsi, elles sont disponibles entre 98 et 99% du temps, ce qui est unique au monde.

Les solutions de découpe du cuir sont aussi capables de lire la surface de celui-ci, ses défauts et qualités, pour réduire l’intervention humaine. Avec une telle force, Louis Vuitton sauve ainsi plusieurs pourcents de cuir par an, ce qui est énorme à l’échelle planétaire (entre 4 et 12%).

Cette imbrication importante de la conception (CAO), de la fabrication (FAO), de la vente (via des logiciels dédiés au suivi des collections à chaque stade de sa production) et des services supports est appelée industrie 4.0. La notion de temps est cruciale.

Dans le textile, Lectra est découpée en quatre pôles :

La masse-production (les t-shirt et autres basiques)

La production agile (pour le luxe principalement)

La masse-customisation (pour les grands groupes textiles qui déclinent des bases)

Le sur-mesure (que j’utilise via mes ateliers). Voici un article pour découvrir la réalité d’une usine.

Pour le futur, Lectra travaille sur des intelligences artificielles encore plus développées et sur de nouveaux algorithmes génétiques. C’est ainsi que les machines n’ont plus de règles figées, mais des méthodes de pensée. Elles n’ont plus de patron, mais des méthodes de conception des patrons. Et elles sont capables de faire évoluer leurs méthodes. C’est en cela qu’elles sont génétiques, leurs logiciels internes peuvent muter suivant les cas rencontrés. Seulement, les modèles très complexes créés en 3D se heurtent aux limites des réseaux informatiques, alors que la vitesse est primordiale. Et surtout, la mode manque d’ingénieurs. La vraie limite actuelle est celle-ci (il en faut plus !!) La 3D est en avance sur son temps et sert principalement, pour le moment, aux communicants. La demande dans l’industrie est encore faible. Pourtant, les développements continuent. Lectra s’intéresse autant à l’amont qu’à l’aval du produit, à son temps et au consommateur. Les produits doivent être adaptables dès le départ.

Ainsi, sur les 4 dernières années, Lectra a conforté sa position de leader mondial, loin devant Gerber qui avait choisi l’option de la délocalisation. Surtout, les ventes sur le marché asiatique ont fortement progressé. La Chine s’intéresse plus à son marché local et monte en gamme. Les ventes de solutions Lectra y ont bondi l’année dernière de 25%.

De quoi permettre au site de Cestas, au siège de Paris et aux 33 filiales dans le monde d’envisager sereinement l’avenir de ce champion tricolore. C’est trop rare pour ne pas être salué !

> https://www.lectra.com/fr <

Belle semaine, Julien Scavini

Pourquoi les revers ‘cassent’

La comparaison des vestes d’aujourd’hui avec celles des années 90 est criante : les revers étaient plus réguliers ! Quand je dis ‘réguliers’, je fais référence à la ligne des revers, au bord de la poitrine. De nos jours, cette ligne a toujours une tendance à être tendue, légèrement arrondie. Parfois même, et c’est une question récurrente de mes clients, les revers ouvrent un peu, voire cassent dans les cas les plus forts. Comment expliquer cela?

L’introduction de mon propos vous donne une part de la réponse : lorsque le vêtement est plus ample, il place mieux. Mais encore.

Depuis quelques années, les designers, suivis des clients, suivis des usines apprécient les vestons au plus près du corps. Si à une époque, confort égalait allure, de nos jours, l’allure (très) près du corps s’oppose un peu au confort et surtout au tombé parfait et régulier.

Les industriels ont modifié les bases et même plus important, la façon de tracer * les patrons, pour obtenir des modèles équilibrés plus près du buste. Plus on se rapproche, plus des plis apparaissent, des complications naissent.

Le veston se patronne à partir de morceaux de tissus sans reliefs et dans des matières peu élastiques (à la différence des pulls par exemple). Dès lors que l’on s’approche trop du corps, les lignes se brisent, le tombé n’est plus naturel et souple. Le tombé est heurté.

Que l’on vende de la demi-mesure ou du prêt à porter, le problème est le même, les modèles d’aujourd’hui sont étudiés serrés. Donc des problèmes naissent. Il faut alors sur le fil du rasoir équilibrer les forces en présence : désir du client, regard du client sur lui-même, idée que le client se fait du regard des autres et enfin confort. Il faut être fin et pointilliste. Je fais au mieux mais c’est une gageure.

Ces revers qui ouvrent, voire cassent, sont le résultat de trois éléments principaux : le volume poitrine, le volume manche, la largeur d’épaule.

1- si le volume poitrine est trop petit, il manque du tissu sur le flanc de la poitrine. Ce tissu manquant sous l’aisselle fait apparaitre au bord de la veste une déformation, le revers s’ouvre un peu.

2- si la manche est étroite, le biceps a tendance à être serré. Votre bras occupant la manche et ayant tendance à la gonfler comme une ballon, cette manche tire le flanc de la veste, qui à son tour tire sur le revers. C’est particulièrement visible chez les hommes qui font de la musculation. (Les petites flèches rouges dans le dessin)

3- si l’épaule est étroite, ce qui plait beaucoup ces temps-ci, le manche a du mal à ‘s’ouvrir’, c’est à dire à être assez béante pour recevoir la largeur du bras. Le résultat est que la manche est trop près du bras. La manche moule trop le bras. Et l’effet est égal au précédent, les revers de la veste ouvrent, voire cassent. Et d’ailleurs, un bras à l’étroit dans une épaule a tendance à faire bailler le col, faisant un ‘collar gab’…

Ces trois points peuvent être rencontrés indépendamment les uns des autres mais sont souvent conjugués !  Ils sont tous un peu responsables. La mode est aux modèles étroits. Les patronniers créent donc des vestes avec des épaules étroites et surtout des manches fines. Le ‘trop’ de tissu n’est pas aimé. C’est un fait. Aux tailleurs de s’adapter. La vie des tailleurs était plus simple avant. Un veston un peu ample et épaulé tombe presque à coup sûr bien. Un veste plus aiguisée va être dur à régler.

Pour corriger ce problème, il faut traiter les trois points. Il est bon d’augmenter le volume du buste, d’abord en augmentant le volume poitrine puis en augmentant la largeur d’épaule. Ainsi, on libère l’épaule. Dans les cas importants, un élargissement de la manche de la veste permet de donner plus de place au bras. La manche se place mieux et n’entraine plus le revers. C’est donc en jouant un peu sur tous les points à la fois que le problème du revers se règle.

illus121

Le dessin ci-dessus reprend les idées. A gauche, une veste très classique. Au milieu, une veste à peine ‘tenue’ aux épaules et aux pectoraux. La veste ouvre à peine. Style très contemporain avec un torse qui est plus visible. A droite, une veste visiblement trop petite. Les flèches rouges montrent le bras qui tire la manche, qui tire la poitrine, qui tire le revers. Les flèches vertes sont associées : le bras tire l’épaule étroite qui tire le col et le fait bailler.

Pour les hommes très forts, le problème est plus particulier. Il ne s’agit plus de corriger ces aisances, ou même de faire des retouches quasiment impossibles, il faut changer le modèle et adopter une veste spécifiquement conçue pour la forte poitrine.

*  La méthode de patronage (générale) permet d’obtenir un patron pour chaque taille de veste ou chaque client en mesure (le particulier). Or, ce passage du général au particulier se fait suivant des règles de géométrie. Si vous changez les règles de géométrie (cela s’appelle la mode), vous changez l’obtention d’un patron. Ainsi, si vous utilisez un livre de patronage de 1930 et un livre de patronage de 2000, vous n’obtiendrez pas, malgré des mesures identiques, le même patron. Le patron que vous obtiendrez aura été influencé par la géométrie invisible (presque magique) du patron, liée à la mode.

Le problème principal de la correction du revers qui ouvre, c’est le client. Car il est toujours possible pour un tailleur d’augmenter à la commande le volume poitrine, épaule et manche. Seulement, la proportion de client qui se plaindront de ce trop plein d’aisance est écrasante. Ainsi, le tailleur a plutôt tendance à viser juste (avec toute la difficulté que cela représente) qu’à viser ample… Certaines chaines de demi-mesure, elles, visent toujours trop petit car leur ‘cible’ clientèle veut ça. D’autres tailleurs plus old-school visent ample, leurs clients aimant cela. Logique.

Voici donc des problèmes difficiles à gérer. Pour autant, le problème ne se signale à moi que très rarement. Quelques clients demandent pourquoi le revers ouvre un peu. Je leur réponds avec autant d’honnêteté que possible : c’est ainsi que les vestes sont conçues de nos jours. Et malgré la meilleure volonté, toutes les altérations possibles et la meilleure approche de l’équation ‘allure/confort’, rien n’est parfait en ce bas monde !

Bonne semaine, Julien Scavini

Le montage ‘slack’ [MàJ]

Cet été, je suis parti au Vietnam. Pays magnifique et gens très accueillants.  J’ai aussi testé les températures tropicales (très chaud et très très très humide) et je peux vous dire que l’élégance était loin derrière moi, tout vêtement étant parfaitement insupportable! Je supportais à peine la chemise à manche courte et le simple fait de rester assis sur un banc suffisait à me faire transpirer à grosses gouttes.

[MàJ] Puisqu’on me le demande, quelques photos du Vietnam :

Mais pour autant je suis resté attentif aux vêtements de mes contemporains. Et je me suis très vite rendu compte que personne ne porte la veste durant la saison chaude, trop chaude. Chemise et t-shirt semblent être les vêtements universels. Les jeans rencontrent un succès plus léger que chez nous en revanche, la faute je pense à une matière trop lourde. Par contre les jeunes affectionnent les chinos. Particularisme inédit : les bas de pantalons ont souvent un élastique genre jogging pour resserrer le bas et découvrir la cheville sans chaussette. Un peu à la manière de ce qu’avait testé Duke & Duke.

Alors certes, l’hiver hanoïen peut être très rude, donc il est possible de porter de lourds vêtements. C’est ainsi que Dior, Vuitton, Paul & Joe et d’autres n’hésitent pas à mettre des manteaux et des pull-over en vitrine. Chez Ralph Lauren, ils cherchent carrément à vendre des vestes en tweed et des pantalons de velours qui paraissent complètement décalés.

Dans les faits, les riches vietnamiens vivent dans l’air conditionné, entre la maison, le bureau et la voiture. On ne les voit pas beaucoup. Et une certaine culture tailleur existe, résultat des influences française, américaine et japonaise. Certaines villes comme Hoï An sont mêmes spécialisés en sur-mesure. Mais tout de même, il est rare de croiser des vestes durant la saison chaude.

Au delà de ces quelques remarques triviales, je me suis aussi rendu compte d’une autre culture du vêtement. Pas dans les codes, mais dans les usages. Car ces beaux vêtements, me suis-je dit, doivent bien être nettoyés… Et cela m’a frappé, je n’ai pas vu beaucoup de pressing. La chose m’a été confirmé par mes amis vietnamiens bien que les réponses varient beaucoup suivant les classes sociales. Il doit bien  exister des pressings que je n’ai pas vu.

Au Vietnam, la machine à laver est partout comme en Europe. Et d’une manière je trouve plus importante que chez nous, un bon vêtement là bas doit passer en machine. Que ce soit chez les pauvres ou chez les riches (chez ces derniers, les femmes de ménage utilisent la machine).

J’ai mieux compris pourquoi un ami vietnamien à son arrivée en France mettait les vestes de costume à la machine. Évidemment le résultat n’était pas probant.

Cela influence donc le vêtement, sa vente et sa fabrication. Un avant-poste du futur dans nos contrées. Car il faut bien l’avouer, les pressings (les bons) tendent à disparaitre, en partie à cause de la dureté du travail (souvent réalisé par des immigrés, les français étant rares dans la partie) et des normes de plus en plus draconiennes, pour la santé et l’environnement (disparition du perchloréthylène en particulier).

Ainsi, cette envie de lavage en machine entraine-t-elle deux constats au Vietnam :

D’abord les matières utilisées sont souvent synthétique. C’est ainsi que la plupart des pantalons habillés que j’ai vu (dans les hôtels, les endroits à touristes, les serveurs etc…) étaient en polyester. J’ai même fait la remarque au directeur de la croisière en baie d’Halong, qui était trempé de la tête au pied : au moins aurait-il pu porter une laine froide… L’avantage est que ces matières synthétiques permettent de garder une bonne allure, non froissée sans excès de repassage. Car même repasser doit être dur avec de telles chaleurs.

Deuxièmement, le montage (c’est à dire la couture) des vêtements est très influencée par le passage en machine à laver. Il me faut faire un petit point technique d’abord.

L’industrie des pantalons et vestes est séparée en deux univers : le ‘sartorial’ d’une côté et le ‘slack’ de l’autre. Derrière ces termes, deux mondes qui se complètent. Les usines ‘sartoriales’ fabriquent des vêtements comme chez les tailleurs, avec une très haute technicité et un but unique : camoufler les points de couture. On ne voit pas les fils de la machine. Il faut ainsi ruser pour tout camoufler et des machines très perfectionnées sont utilisées.

illus107

De l’autre, les usines ‘slack’ cousent les choses de manières visibles, comme les jeans, les chinos ou les vestes déstructurées. Tout est cousu avec la même machine à coudre, avec des points plats visibles. L’aspect des vêtements ‘slack’ est plus rustique, plus brut (bien que certains manufactures italiennes excellent dans le rustique ‘chic’).

Cela a une conséquence importante : l’entretien. D’un côté, le vêtement n’est pas forcément fait pour aller en machine mais il est raffiné, de l’autre le vêtement peut endurer des centaines de cycles mais est moins délicat. C’est toute la différence entre un chino de tailleur et un chino Uniqlo.

Ce montage slack est très apprécié ces dernières années pour les vestes en coton lavées. Toutes les bonnes marques en proposent, signe aussi qu’en Europe ce sujet de la facilité d’entretien intéresse les acheteurs. La marque J. Keydge s’est par exemple spécialisée là-dedans. Pour les pantalons, le sujet se discute toujours, les modèles ‘slack’ étant moins raffinés.

Ces vestes slack, montées sans doublure et sans toiles, pour mieux être entretenues ont été inventées très tôt au cours du XXème siècle, bien souvent pour des habits utilitaires. L’invention de la machine à coudre fut une bénédiction pour les tailleurs à la fin du XIXème siècle, et il n’est pas rare de trouver de vieux vêtements entièrement cousus à la machine plutôt qu’à la main, préfigurant cette mode. Mais c’est véritablement les étudiants américains dans les années 50 qui ont popularisé ce goût des vêtements très solides et très ‘cousus’ en référence aux nombreuses coutures visibles partout. Ces vestes sont immanquablement associées au style Ivy League. Ceci dit, dire que le vêtement passe ainsi en machine est un argument ultérieur.

Au final, ce petit trait d’usage m’a paru intéressant. Car il y a là matière à renouveler l’élégance tailleur, dont le simple montage (coutures délicates) rend l’usage complexe et couteux (lavage). C’est une piste d’étude intéressante pour l’avenir du textile. Comment coudre des vêtements élégants et fins sans pour autant montrer les coutures. Ou bien comment les montrer joliment? Avec quel type de points, en couleur ou ton sur ton? Toute une étude en somme…

 Bonne semaine. Julien Scavini

La formation de modéliste, l’exemple d’Adrien

Le métier de tailleur occupe beaucoup les colonnes de ce blog. J’ai décrit ici en long et en large ma formation à l’A.F.T. ce qui a je l’espère permis à de nombreux jeunes d’embrasser cette carrière longue et difficile. Ceci dit, je rencontre souvent des âmes un peu perdues par la variété des métiers en rapport avec l’univers textile.

Le tailleur est un petit maillon, très spécialisé, de la chaine de fabrication de vêtement. Essentiellement artisan, il travaille seul ou avec quelques ouvriers et réalise tout son ouvrage sur place.

Le tailleur a deux savoir-faire textile (en plus d’un savoir faire commercial) :

  • il maîtrise l’art de la coupe, c’est à dire le patronage à partir des mesures
  • il maîtrise la façon, autrement appelé apiécage, c’est à dire comment l’on fabrique.

 

Mais attention, un tailleur, pour réaliser la coupe, se sert d’un livre de coupe. Ce livre présente des schémas géométriques et mathématiques, à suivre, pour réaliser le patron. La coupe à plat tailleur découle donc d’une méthode, définie par quelqu’un d’autre. Il existe plusieurs méthodes en France, en Angleterre, en Italie. Par exemple, nombre de tailleurs napolitains utilisent des méthodes de coupes dîtes ‘anciennes’, que l’on trouve dans les livres des années 50. Cela donne une ligne spécifique. L’expérience du tailleur, et l’ancienneté des maisons amènent souvent à la création d’une coupe spécifique, plus ou moins dérivée d’une coupe connue, comme celle de Daroux-Vauclair en France.

Ces livres étaient rédigés autrefois (fin du XIXème siècle) par des Master Tailor comme Ladevèze en France. Ces précurseurs ont développé des méthodes mathématiques pour ‘prédire’ le corps, à partir des mesures, en non par essayage successifs et nombreux (par re-taillage en somme). Il fallait bien les définir les relations mathématiques entre mesures et géométrie.

De nos jours, ces techniciens supérieurs sont appelés modéliste-patronnier. Et il s’agit d’un des métiers les plus importants qui soit. Attention ici. Toutes les écoles de stylismes associent ces deux métiers : styliste-modeliste. S’il est utile un moment donné d’associer ces deux formations, l’aspect modéliste (très scientifique) est malgré tout assez éloigné du stylisme (esprit créatif). Dès lors, le modélisme est le parent pauvre de ces formations. Et c’est une erreur, tant ce rôle est important et méconnu.

Le technicien modéliste chevronné est le pivot de n’importe quelle usine. C’est sur ses compétences que reposent tout le savoir faire d’une chaine de fabrication, et ils sont trop peu nombreux avec du talent. (me suis-je laissé dire…) Car développer une doudoune avec 70 empiècements et une capuche en fourrure ou développer une robe de femme complexe avec des découpes nombreuses est un travail délicat et de savoir-faire. Ou même, pour réviser une coupe de veste homme pour la faire mieux coller aux morphologies et aux tendances, il faut du génie.

Le modéliste a deux méthodes de travail :

  • à partir des mesures et de la géométrie, il fait de la coupe ‘à plat’
  • à partir de toiles maquettées et cousues en 3d, il fait du moulage (qu’il patronne à plat après).

Le technicien modéliste réalise aussi la gradation, c’est à dire la création de toutes les tailles d’un vêtement (là aussi à partir de règles de géométrie).

Le technicien modéliste réalise enfin la méthodologie de montage du vêtement, pièce A avant pièce B etc… Ce que l’on appelle ‘les méthodes’ en architecture et industrie.

Il existe des formations spécifiques pour apprendre ce métier, à la source même de tous les autres, tailleur compris : l’AICP ou Académie Internationale de Coupe de Paris (anciennement appelée Ecole Vauclair). Dans ces institut situé dans le 15ème arrondissement de Paris, on apprend au cours de divers modules, à dessiner, tracer, couper, modeler, monter des vêtements.

ILLUS97

Adrien, avec qui je suis en contact depuis quelques années nous raconte son parcours d’entrée à l’AICP, puisse cet exemple vous servir :

Préparer sa présentation – Après quelques échanges par email avec l’administration de l’AICP, j’ai été invité dans les locaux de l’école et d’emporter avec moi :

  • Dernier diplôme obtenu
  • CV
  • Pièces d’études (très très important)

Personnellement, j’ai beaucoup misé sur les pièces d’études. En effet, venant d’un tout autre univers que la mode (scientifique), il a fallu que je défende mon profil. Et comme vous allez le voir, le profil est plus important que le diplôme pour cette école.

Comme mes pièces d’études étaient dans le sud, j’ai dû patronner et monter en une semaine de nouvelles. J’ai donc fait :

  • Chemise homme (patron + montage) : patte de boutonnage invisible, patte de manche chemine, empiècement dos
  • Robe bustier (patron) : découpe princesse, volant en demi-cercle de 80 cm, plis creux.

 

1er entretien, la passion de votre futur métier – En corrélation avec votre profil, des questions vous seront posées sur la vision que vous avez du métier, de ce que vous désirez faire plus tard ou encore pourquoi ce milieu vous passionne. Mon ressenti a été que la personne que j’avais en face de moi cherchait à savoir que mon choix de carrière était en adéquation avec cette école.

2nd entretien, contrôle des connaissances techniques – Avec une responsable de l’équipe pédagogique, c’est ici que vos pièces d’études vont être mis à rude épreuve. Non pas que la personne va tester la résistance des coutures ou le stylisme, mais plutôt la qualité de réalisation.

Contrôle du patronage, des pièces relevées – découpées, la qualité du montage industriel et l’allure de votre pièce sur un mannequin vont être observés.

3ème entretien, contrôle des connaissances théorique – Moi qui n’avais pas eu d’examen écrit depuis 3 ans, attendez-vous à le passer ! Rien d’insurmontable. Cet examen n’a rien de punitif, de ce que j’en ai perçu. Il sert surtout à savoir si vous avez choisi la bonne formation, et si une mise à niveau est nécessaire ou non. Voici les thèmes abordés dans le questionnaire :

  • Connaissance du métier : définitions et vocabulaires du milieu vous seront demandés
  • Savoir assembler un vêtement : Reconnaitre les pièces et savoir comment les monter est important pour un patronnier-modéliste. Vous devrez prouver que vous en êtes capable
  • Mathématique : la meilleure partie ! On ne vous demandera de calculer une dérivée, ou encore des intégrales. Mais pour une question de rapidité lors de la construction d’un patron, il faut savoir faire du calcul mental (addition, soustraction, division, multiplication). La géométrie sera elle aussi de la partie.

Tout à fait réalisable en entier, cet examen écrit doit être fini dans un temps imparti !

4ème et dernier entretien – Après la correction du test, une personne responsable de votre candidature vous indiquera si la formation que vous avez demandé vous est accessible ou si une mise à niveau est nécessaire.

Pour ma part, l’avis était favorable, et j’entrerai donc en milieu d’année à l’AICP. L’occasion pour vous et pour moi de vous renseigner sur la formation à toutes les personnes désirant suivre cette formation.

 

Voici donc de quoi inspirer nos futures patronniers! Adrien, s’il a le temps, me postera d’autres retours au fil de ses études. Il est donc à l’AICP, en formation de patronnier-modéliste. 6 mois en école et 3 mois en stage. Il va étudier le patronage (coupe à plat + gradation + essayage-retouche) et le moulage (toile sur un mannequin) qui est une science et non une approximation. L’année prochaine, il incorporera ces méthodes sur ordinateurs, pour développer son expertise en CAO avec les logiciel GERBER ou LECTRA donc je vous ai déjà parlé lors de ma visite d’usine. Bonne chance à lui.

Belle semaine, Julien Scavini