La société LECTRA

La société Lectra est très connue dans le monde du textile. Société française créée en 1973 par les frères Etcheparre, elle est aujourd’hui numéro 1 mondial de la conception / fabrication de vêtements (entre autres) assistée par ordinateur. La semaine dernière, j’ai eu la chance de petit-déjeuner avec Daniel Harari, son directeur général. Voici son histoire !

La société Lectra fut créée près de Bordeaux (à Cestas) par deux frères ingénieurs qui inventaient des solutions dédiées à la fabrication de vêtements complexes. C’est ainsi qu’ils développèrent une première machine capable de lire un patron en carton pour en tirer toute la gradation (les tailles différentes) et une deuxième capable de tracer les placements (la meilleure façon de disposer les patrons sur le tissu pour ne pas gaspiller). Ces deux premiers appareils appelés Lecteur et Traceur sont à l’origine du nom de la société. A l’époque, seules quelques maisons à la pointe utilisaient un tel dispositif : Dior, Saint Laurent, Chanel. Principalement des maisons de haute couture qui avaient recours à cet ingénieux système permettant de gérer des modèles très complexes.

Pour gérer de tels vêtements, Lectra développa très tôt ses propres moyens informatiques faisant de la société un pionnier de la Conception Assistée par Ordinateur (CAO). Dès les premières années d’existence, André Harari, polytechnicien aux commandes d’une société de Capital Risque spécialisée dans la technologie, aide Lectra à se développer en levant des capitaux. Ainsi, de nombreux brevets furent déposés et en 1984, la société Lectra était numéro 1 mondial de la CAO textile. Une place enviable. De l’autre côté de l’Atlantique, l’américain Gerber était lui plus spécialisé en Fabrication Assistée par Ordinateur (FAO) grâce à de nombreux bancs automatiques de découpe. La FAO ne désigne pas ici la fabrication proprement dîtes, qui fait appel à des machines à coudre parfois robotisées. Il s’agit de coupe du tissu, une étape très laborieuse à la main.

Au cours de la décennie 80, les frères Etcheparre veulent faire se rapprocher la conception et la fabrication (CAO et FAO), comprenant très vite l’importance de cette harmonie. Cette nouvelle approche vise à faire mieux cohabiter les créateurs et les façonniers, en plaçant le produit au centre d’un schéma global. Un dessin devait pouvoir devenir un modèle numérique, passer des étapes de contrôle et de conception, et être traité directement par une usine avec un outil compatible. Il faut se souvenir qu’à l’époque les modèles devaient être patronnés puis tracés à la main, gradés par des spécialistes (produire les patrons dans toutes les tailles) et qu’ensuite les façonniers éparpillés dans le monde devaient récupérer des documents papiers pour les traduire dans des bureaux d’études dédiés aux méthodes et à l’industrialisation d’une usine en particulier.

Seulement voilà, faire communiquer des patrons sur un ordinateur avec une table de découpe automatique n’était pas simple. Surtout, Gerber qui était spécialiste des couteaux automatisés avait déposé de nombreux brevets. Les premières machines de découpes se révélèrent extrêmement mauvaises. Le satin ne se coupe pas comme la flanelle, une seule couche ne se coupe pas comme de multiples couches. Bref, les débuts furent catastrophiques. A cela se rajoute une introduction en bourse ratée suite à une annonce prématurée de nouveaux produits, si bien qu’aux premiers jours de la cotation en 1987, Lectra entrait dans une zone noire.

CAO et FAO sont deux métiers différents. Les frères Etcheparre dépassés par leur propre affaire déjà très grosse (800 millions de Francs de CA. et de nombreuses filiales dans le monde) faisaient passer les machines défectueuses d’usines en usines. Avec une telle gestion, le couperet tomba très vite et en 1991 Lectra était au bord d’une faillite retentissante.

Faillite qui eut certainement lieu si nous n’étions pas en France… Car les frères Etcheparre faisaient partis du premier cercle de la mitterrandie. François Mitterrand avait même fait son discours sur la technologie française chez Lectra après son élection. Si bien que le Ministère de l’Industrie s’est senti obligé d’intervenir pour éviter le dépôt de bilan. André et son petit frère Daniel Harari lui aussi polytechnicien, actionnaires via leur société de Capital Risque, sont approchés. Le ministère leur demande une feuille de route pour le lendemain matin 8h. Les deux frères âgés alors de 46 et 36 ans y vont. Dans la nuit ils rédigent une note d’intention validée le lendemain. S’ensuivent 23 jours et 23 nuits de négociations acharnées. Personne ne voulait nous parler se souvient Daniel Harari. Banques et actionnaires sont conviés au ministère, dans des salles séparées. Le représentant du ministère passe de l’une à l’autre successivement pour présenter le projet, le représenter, etc etc etc. La navette est sans fin mais aboutie à la prise de contrôle par leur société de Lectra.

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Après la reprise par André et Daniel Harari (ci-dessus), la trésorerie est de 80 millions de francs et la société brûle 1 million de francs par jour. Il y a donc 80 jours en perspective pour redresser le bateau. En trois ans, les comptes sont remis en ordre. Les frères Etcheparre quittent Lectra. En 1993 est annoncé un nouveau plan stratégique pour la décennie à venir. Daniel Harari veut une diversification à tous les métiers du textile et du cuir (automobile, nautisme, aéronautique, ameublement), une intégration de l’ensemble du cycle de vie du produit, de sa conception à sa vente, une redéfinition de l’outil informatique appliqué à la FAO et une présence mondiale. Beaucoup d’ambition mais contre son équipe de direction, composé de 18 membres dont 16 démissionnent dans l’année, car ils ne croient pas à la stratégie.

Daniel Harari est un fan d’Apple (bien que Lectra ne prennent pas en charge cette plateforme) et des objets connectés user-friendly. Il sent l’avenir. En 1993 est présentée une nouvelle génération de machines de coupe, le Vector et en 1996 une suite complète et totalement nouvelle de logiciels. Toutes les synergies possibles sont étudiées et mises en musique. Les ordinateurs deviennent intelligents. Les machines de découpe aussi. C’est ainsi que de nos jours, l’habillement représente 40% de l’activité de Lectra, 40% l’automobile (airbags, sièges et habillages) et 10% l’ameublement. Les pourcentages restant sont composés d’usages spécifiques : sièges d’avion, bateaux, tressage de fibres de carbone pour les éoliennes ou des composants aéronautiques.

Hélas, les attentats de 2001 entrainent une chute de l’activité dans le monde. Durant trois semaines, l’activité s’arrête. De plus, en 2004 la fin annoncée des quotas textiles entre l’Europe et la Chine rend la visibilité mauvaise. D’un côté les chinois se disent qu’ils n’ont pas besoin de machines-outils car ils ont de la main d’œuvre pas chère et de l’autre les occidentaux disent qu’il faut délocaliser pour résister.

André et Daniel Harari refusent la délocalisation. Mieux ils prônent l’investissement en R&D et la montée en gamme. De nouvelles machines basées sur les prodiges récents en informatique sont développées. Les logiciels sont plus intelligents et vont aux frontières de la mécanique des fluides. Les textiles sont modélisés en 3D. Les vêtements sont étudiés finement (mollesse, déformabilité, transparence, tenue) pour que les drapés puissent être rendus avec justesse par les ordinateurs. C’est ainsi qu’aujourd’hui vos vêtements sont modélisés sur ordinateur pour confronter finement le corps, le vêtement et le style. Modifiez un paramètre sur le modèle 3D et le patron sous-jacent sera revu et corrigé. Efficace.

Les découpeuses sont aussi améliorées et connectées. Pleines de capteurs, elles analysent les tissus pour les découper suivant leurs caractéristiques (viscosité ou déformation sous la lame). C’est ainsi qu’elles adaptent l’angle du cutter en fonction de l’endroit où elles coupent dans le tissu, au bord du drap, en droit fil ou en biais etc. Plutôt que d’établir des règles par tissus, la machine est intelligente et s’auto-adapte. Avec un seul objectif, l’amélioration constante de la qualité. Et la disponibilité des outils. Comme les avions d’Airbus ou de Boeing, si la machine sent qu’un de ses composants faiblit, elle est capable de contacter le centre de maintenance le plus proche pour que le technicien intervienne, autant que possible à distance. Ainsi, elles sont disponibles entre 98 et 99% du temps, ce qui est unique au monde.

Les solutions de découpe du cuir sont aussi capables de lire la surface de celui-ci, ses défauts et qualités, pour réduire l’intervention humaine. Avec une telle force, Louis Vuitton sauve ainsi plusieurs pourcents de cuir par an, ce qui est énorme à l’échelle planétaire (entre 4 et 12%).

Cette imbrication importante de la conception (CAO), de la fabrication (FAO), de la vente (via des logiciels dédiés au suivi des collections à chaque stade de sa production) et des services supports est appelée industrie 4.0. La notion de temps est cruciale.

Dans le textile, Lectra est découpée en quatre pôles :

La masse-production (les t-shirt et autres basiques)

La production agile (pour le luxe principalement)

La masse-customisation (pour les grands groupes textiles qui déclinent des bases)

Le sur-mesure (que j’utilise via mes ateliers). Voici un article pour découvrir la réalité d’une usine.

Pour le futur, Lectra travaille sur des intelligences artificielles encore plus développées et sur de nouveaux algorithmes génétiques. C’est ainsi que les machines n’ont plus de règles figées, mais des méthodes de pensée. Elles n’ont plus de patron, mais des méthodes de conception des patrons. Et elles sont capables de faire évoluer leurs méthodes. C’est en cela qu’elles sont génétiques, leurs logiciels internes peuvent muter suivant les cas rencontrés. Seulement, les modèles très complexes créés en 3D se heurtent aux limites des réseaux informatiques, alors que la vitesse est primordiale. Et surtout, la mode manque d’ingénieurs. La vraie limite actuelle est celle-ci (il en faut plus !!) La 3D est en avance sur son temps et sert principalement, pour le moment, aux communicants. La demande dans l’industrie est encore faible. Pourtant, les développements continuent. Lectra s’intéresse autant à l’amont qu’à l’aval du produit, à son temps et au consommateur. Les produits doivent être adaptables dès le départ.

Ainsi, sur les 4 dernières années, Lectra a conforté sa position de leader mondial, loin devant Gerber qui avait choisi l’option de la délocalisation. Surtout, les ventes sur le marché asiatique ont fortement progressé. La Chine s’intéresse plus à son marché local et monte en gamme. Les ventes de solutions Lectra y ont bondi l’année dernière de 25%.

De quoi permettre au site de Cestas, au siège de Paris et aux 33 filiales dans le monde d’envisager sereinement l’avenir de ce champion tricolore. C’est trop rare pour ne pas être salué !

> https://www.lectra.com/fr <

Belle semaine, Julien Scavini

Pourquoi les revers ‘cassent’

La comparaison des vestes d’aujourd’hui avec celles des années 90 est criante : les revers étaient plus réguliers ! Quand je dis ‘réguliers’, je fais référence à la ligne des revers, au bord de la poitrine. De nos jours, cette ligne a toujours une tendance à être tendue, légèrement arrondie. Parfois même, et c’est une question récurrente de mes clients, les revers ouvrent un peu, voire cassent dans les cas les plus forts. Comment expliquer cela?

L’introduction de mon propos vous donne une part de la réponse : lorsque le vêtement est plus ample, il place mieux. Mais encore.

Depuis quelques années, les designers, suivis des clients, suivis des usines apprécient les vestons au plus près du corps. Si à une époque, confort égalait allure, de nos jours, l’allure (très) près du corps s’oppose un peu au confort et surtout au tombé parfait et régulier.

Les industriels ont modifié les bases et même plus important, la façon de tracer * les patrons, pour obtenir des modèles équilibrés plus près du buste. Plus on se rapproche, plus des plis apparaissent, des complications naissent.

Le veston se patronne à partir de morceaux de tissus sans reliefs et dans des matières peu élastiques (à la différence des pulls par exemple). Dès lors que l’on s’approche trop du corps, les lignes se brisent, le tombé n’est plus naturel et souple. Le tombé est heurté.

Que l’on vende de la demi-mesure ou du prêt à porter, le problème est le même, les modèles d’aujourd’hui sont étudiés serrés. Donc des problèmes naissent. Il faut alors sur le fil du rasoir équilibrer les forces en présence : désir du client, regard du client sur lui-même, idée que le client se fait du regard des autres et enfin confort. Il faut être fin et pointilliste. Je fais au mieux mais c’est une gageure.

Ces revers qui ouvrent, voire cassent, sont le résultat de trois éléments principaux : le volume poitrine, le volume manche, la largeur d’épaule.

1- si le volume poitrine est trop petit, il manque du tissu sur le flanc de la poitrine. Ce tissu manquant sous l’aisselle fait apparaitre au bord de la veste une déformation, le revers s’ouvre un peu.

2- si la manche est étroite, le biceps a tendance à être serré. Votre bras occupant la manche et ayant tendance à la gonfler comme une ballon, cette manche tire le flanc de la veste, qui à son tour tire sur le revers. C’est particulièrement visible chez les hommes qui font de la musculation. (Les petites flèches rouges dans le dessin)

3- si l’épaule est étroite, ce qui plait beaucoup ces temps-ci, le manche a du mal à ‘s’ouvrir’, c’est à dire à être assez béante pour recevoir la largeur du bras. Le résultat est que la manche est trop près du bras. La manche moule trop le bras. Et l’effet est égal au précédent, les revers de la veste ouvrent, voire cassent. Et d’ailleurs, un bras à l’étroit dans une épaule a tendance à faire bailler le col, faisant un ‘collar gab’…

Ces trois points peuvent être rencontrés indépendamment les uns des autres mais sont souvent conjugués !  Ils sont tous un peu responsables. La mode est aux modèles étroits. Les patronniers créent donc des vestes avec des épaules étroites et surtout des manches fines. Le ‘trop’ de tissu n’est pas aimé. C’est un fait. Aux tailleurs de s’adapter. La vie des tailleurs était plus simple avant. Un veston un peu ample et épaulé tombe presque à coup sûr bien. Un veste plus aiguisée va être dur à régler.

Pour corriger ce problème, il faut traiter les trois points. Il est bon d’augmenter le volume du buste, d’abord en augmentant le volume poitrine puis en augmentant la largeur d’épaule. Ainsi, on libère l’épaule. Dans les cas importants, un élargissement de la manche de la veste permet de donner plus de place au bras. La manche se place mieux et n’entraine plus le revers. C’est donc en jouant un peu sur tous les points à la fois que le problème du revers se règle.

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Le dessin ci-dessus reprend les idées. A gauche, une veste très classique. Au milieu, une veste à peine ‘tenue’ aux épaules et aux pectoraux. La veste ouvre à peine. Style très contemporain avec un torse qui est plus visible. A droite, une veste visiblement trop petite. Les flèches rouges montrent le bras qui tire la manche, qui tire la poitrine, qui tire le revers. Les flèches vertes sont associées : le bras tire l’épaule étroite qui tire le col et le fait bailler.

Pour les hommes très forts, le problème est plus particulier. Il ne s’agit plus de corriger ces aisances, ou même de faire des retouches quasiment impossibles, il faut changer le modèle et adopter une veste spécifiquement conçue pour la forte poitrine.

*  La méthode de patronage (générale) permet d’obtenir un patron pour chaque taille de veste ou chaque client en mesure (le particulier). Or, ce passage du général au particulier se fait suivant des règles de géométrie. Si vous changez les règles de géométrie (cela s’appelle la mode), vous changez l’obtention d’un patron. Ainsi, si vous utilisez un livre de patronage de 1930 et un livre de patronage de 2000, vous n’obtiendrez pas, malgré des mesures identiques, le même patron. Le patron que vous obtiendrez aura été influencé par la géométrie invisible (presque magique) du patron, liée à la mode.

Le problème principal de la correction du revers qui ouvre, c’est le client. Car il est toujours possible pour un tailleur d’augmenter à la commande le volume poitrine, épaule et manche. Seulement, la proportion de client qui se plaindront de ce trop plein d’aisance est écrasante. Ainsi, le tailleur a plutôt tendance à viser juste (avec toute la difficulté que cela représente) qu’à viser ample… Certaines chaines de demi-mesure, elles, visent toujours trop petit car leur ‘cible’ clientèle veut ça. D’autres tailleurs plus old-school visent ample, leurs clients aimant cela. Logique.

Voici donc des problèmes difficiles à gérer. Pour autant, le problème ne se signale à moi que très rarement. Quelques clients demandent pourquoi le revers ouvre un peu. Je leur réponds avec autant d’honnêteté que possible : c’est ainsi que les vestes sont conçues de nos jours. Et malgré la meilleure volonté, toutes les altérations possibles et la meilleure approche de l’équation ‘allure/confort’, rien n’est parfait en ce bas monde !

Bonne semaine, Julien Scavini

Le montage ‘slack’ [MàJ]

Cet été, je suis parti au Vietnam. Pays magnifique et gens très accueillants.  J’ai aussi testé les températures tropicales (très chaud et très très très humide) et je peux vous dire que l’élégance était loin derrière moi, tout vêtement étant parfaitement insupportable! Je supportais à peine la chemise à manche courte et le simple fait de rester assis sur un banc suffisait à me faire transpirer à grosses gouttes.

[MàJ] Puisqu’on me le demande, quelques photos du Vietnam :

Mais pour autant je suis resté attentif aux vêtements de mes contemporains. Et je me suis très vite rendu compte que personne ne porte la veste durant la saison chaude, trop chaude. Chemise et t-shirt semblent être les vêtements universels. Les jeans rencontrent un succès plus léger que chez nous en revanche, la faute je pense à une matière trop lourde. Par contre les jeunes affectionnent les chinos. Particularisme inédit : les bas de pantalons ont souvent un élastique genre jogging pour resserrer le bas et découvrir la cheville sans chaussette. Un peu à la manière de ce qu’avait testé Duke & Duke.

Alors certes, l’hiver hanoïen peut être très rude, donc il est possible de porter de lourds vêtements. C’est ainsi que Dior, Vuitton, Paul & Joe et d’autres n’hésitent pas à mettre des manteaux et des pull-over en vitrine. Chez Ralph Lauren, ils cherchent carrément à vendre des vestes en tweed et des pantalons de velours qui paraissent complètement décalés.

Dans les faits, les riches vietnamiens vivent dans l’air conditionné, entre la maison, le bureau et la voiture. On ne les voit pas beaucoup. Et une certaine culture tailleur existe, résultat des influences française, américaine et japonaise. Certaines villes comme Hoï An sont mêmes spécialisés en sur-mesure. Mais tout de même, il est rare de croiser des vestes durant la saison chaude.

Au delà de ces quelques remarques triviales, je me suis aussi rendu compte d’une autre culture du vêtement. Pas dans les codes, mais dans les usages. Car ces beaux vêtements, me suis-je dit, doivent bien être nettoyés… Et cela m’a frappé, je n’ai pas vu beaucoup de pressing. La chose m’a été confirmé par mes amis vietnamiens bien que les réponses varient beaucoup suivant les classes sociales. Il doit bien  exister des pressings que je n’ai pas vu.

Au Vietnam, la machine à laver est partout comme en Europe. Et d’une manière je trouve plus importante que chez nous, un bon vêtement là bas doit passer en machine. Que ce soit chez les pauvres ou chez les riches (chez ces derniers, les femmes de ménage utilisent la machine).

J’ai mieux compris pourquoi un ami vietnamien à son arrivée en France mettait les vestes de costume à la machine. Évidemment le résultat n’était pas probant.

Cela influence donc le vêtement, sa vente et sa fabrication. Un avant-poste du futur dans nos contrées. Car il faut bien l’avouer, les pressings (les bons) tendent à disparaitre, en partie à cause de la dureté du travail (souvent réalisé par des immigrés, les français étant rares dans la partie) et des normes de plus en plus draconiennes, pour la santé et l’environnement (disparition du perchloréthylène en particulier).

Ainsi, cette envie de lavage en machine entraine-t-elle deux constats au Vietnam :

D’abord les matières utilisées sont souvent synthétique. C’est ainsi que la plupart des pantalons habillés que j’ai vu (dans les hôtels, les endroits à touristes, les serveurs etc…) étaient en polyester. J’ai même fait la remarque au directeur de la croisière en baie d’Halong, qui était trempé de la tête au pied : au moins aurait-il pu porter une laine froide… L’avantage est que ces matières synthétiques permettent de garder une bonne allure, non froissée sans excès de repassage. Car même repasser doit être dur avec de telles chaleurs.

Deuxièmement, le montage (c’est à dire la couture) des vêtements est très influencée par le passage en machine à laver. Il me faut faire un petit point technique d’abord.

L’industrie des pantalons et vestes est séparée en deux univers : le ‘sartorial’ d’une côté et le ‘slack’ de l’autre. Derrière ces termes, deux mondes qui se complètent. Les usines ‘sartoriales’ fabriquent des vêtements comme chez les tailleurs, avec une très haute technicité et un but unique : camoufler les points de couture. On ne voit pas les fils de la machine. Il faut ainsi ruser pour tout camoufler et des machines très perfectionnées sont utilisées.

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De l’autre, les usines ‘slack’ cousent les choses de manières visibles, comme les jeans, les chinos ou les vestes déstructurées. Tout est cousu avec la même machine à coudre, avec des points plats visibles. L’aspect des vêtements ‘slack’ est plus rustique, plus brut (bien que certains manufactures italiennes excellent dans le rustique ‘chic’).

Cela a une conséquence importante : l’entretien. D’un côté, le vêtement n’est pas forcément fait pour aller en machine mais il est raffiné, de l’autre le vêtement peut endurer des centaines de cycles mais est moins délicat. C’est toute la différence entre un chino de tailleur et un chino Uniqlo.

Ce montage slack est très apprécié ces dernières années pour les vestes en coton lavées. Toutes les bonnes marques en proposent, signe aussi qu’en Europe ce sujet de la facilité d’entretien intéresse les acheteurs. La marque J. Keydge s’est par exemple spécialisée là-dedans. Pour les pantalons, le sujet se discute toujours, les modèles ‘slack’ étant moins raffinés.

Ces vestes slack, montées sans doublure et sans toiles, pour mieux être entretenues ont été inventées très tôt au cours du XXème siècle, bien souvent pour des habits utilitaires. L’invention de la machine à coudre fut une bénédiction pour les tailleurs à la fin du XIXème siècle, et il n’est pas rare de trouver de vieux vêtements entièrement cousus à la machine plutôt qu’à la main, préfigurant cette mode. Mais c’est véritablement les étudiants américains dans les années 50 qui ont popularisé ce goût des vêtements très solides et très ‘cousus’ en référence aux nombreuses coutures visibles partout. Ces vestes sont immanquablement associées au style Ivy League. Ceci dit, dire que le vêtement passe ainsi en machine est un argument ultérieur.

Au final, ce petit trait d’usage m’a paru intéressant. Car il y a là matière à renouveler l’élégance tailleur, dont le simple montage (coutures délicates) rend l’usage complexe et couteux (lavage). C’est une piste d’étude intéressante pour l’avenir du textile. Comment coudre des vêtements élégants et fins sans pour autant montrer les coutures. Ou bien comment les montrer joliment? Avec quel type de points, en couleur ou ton sur ton? Toute une étude en somme…

 Bonne semaine. Julien Scavini

La formation de modéliste, l’exemple d’Adrien

Le métier de tailleur occupe beaucoup les colonnes de ce blog. J’ai décrit ici en long et en large ma formation à l’A.F.T. ce qui a je l’espère permis à de nombreux jeunes d’embrasser cette carrière longue et difficile. Ceci dit, je rencontre souvent des âmes un peu perdues par la variété des métiers en rapport avec l’univers textile.

Le tailleur est un petit maillon, très spécialisé, de la chaine de fabrication de vêtement. Essentiellement artisan, il travaille seul ou avec quelques ouvriers et réalise tout son ouvrage sur place.

Le tailleur a deux savoir-faire textile (en plus d’un savoir faire commercial) :

  • il maîtrise l’art de la coupe, c’est à dire le patronage à partir des mesures
  • il maîtrise la façon, autrement appelé apiécage, c’est à dire comment l’on fabrique.

 

Mais attention, un tailleur, pour réaliser la coupe, se sert d’un livre de coupe. Ce livre présente des schémas géométriques et mathématiques, à suivre, pour réaliser le patron. La coupe à plat tailleur découle donc d’une méthode, définie par quelqu’un d’autre. Il existe plusieurs méthodes en France, en Angleterre, en Italie. Par exemple, nombre de tailleurs napolitains utilisent des méthodes de coupes dîtes ‘anciennes’, que l’on trouve dans les livres des années 50. Cela donne une ligne spécifique. L’expérience du tailleur, et l’ancienneté des maisons amènent souvent à la création d’une coupe spécifique, plus ou moins dérivée d’une coupe connue, comme celle de Daroux-Vauclair en France.

Ces livres étaient rédigés autrefois (fin du XIXème siècle) par des Master Tailor comme Ladevèze en France. Ces précurseurs ont développé des méthodes mathématiques pour ‘prédire’ le corps, à partir des mesures, en non par essayage successifs et nombreux (par re-taillage en somme). Il fallait bien les définir les relations mathématiques entre mesures et géométrie.

De nos jours, ces techniciens supérieurs sont appelés modéliste-patronnier. Et il s’agit d’un des métiers les plus importants qui soit. Attention ici. Toutes les écoles de stylismes associent ces deux métiers : styliste-modeliste. S’il est utile un moment donné d’associer ces deux formations, l’aspect modéliste (très scientifique) est malgré tout assez éloigné du stylisme (esprit créatif). Dès lors, le modélisme est le parent pauvre de ces formations. Et c’est une erreur, tant ce rôle est important et méconnu.

Le technicien modéliste chevronné est le pivot de n’importe quelle usine. C’est sur ses compétences que reposent tout le savoir faire d’une chaine de fabrication, et ils sont trop peu nombreux avec du talent. (me suis-je laissé dire…) Car développer une doudoune avec 70 empiècements et une capuche en fourrure ou développer une robe de femme complexe avec des découpes nombreuses est un travail délicat et de savoir-faire. Ou même, pour réviser une coupe de veste homme pour la faire mieux coller aux morphologies et aux tendances, il faut du génie.

Le modéliste a deux méthodes de travail :

  • à partir des mesures et de la géométrie, il fait de la coupe ‘à plat’
  • à partir de toiles maquettées et cousues en 3d, il fait du moulage (qu’il patronne à plat après).

Le technicien modéliste réalise aussi la gradation, c’est à dire la création de toutes les tailles d’un vêtement (là aussi à partir de règles de géométrie).

Le technicien modéliste réalise enfin la méthodologie de montage du vêtement, pièce A avant pièce B etc… Ce que l’on appelle ‘les méthodes’ en architecture et industrie.

Il existe des formations spécifiques pour apprendre ce métier, à la source même de tous les autres, tailleur compris : l’AICP ou Académie Internationale de Coupe de Paris (anciennement appelée Ecole Vauclair). Dans ces institut situé dans le 15ème arrondissement de Paris, on apprend au cours de divers modules, à dessiner, tracer, couper, modeler, monter des vêtements.

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Adrien, avec qui je suis en contact depuis quelques années nous raconte son parcours d’entrée à l’AICP, puisse cet exemple vous servir :

Préparer sa présentation – Après quelques échanges par email avec l’administration de l’AICP, j’ai été invité dans les locaux de l’école et d’emporter avec moi :

  • Dernier diplôme obtenu
  • CV
  • Pièces d’études (très très important)

Personnellement, j’ai beaucoup misé sur les pièces d’études. En effet, venant d’un tout autre univers que la mode (scientifique), il a fallu que je défende mon profil. Et comme vous allez le voir, le profil est plus important que le diplôme pour cette école.

Comme mes pièces d’études étaient dans le sud, j’ai dû patronner et monter en une semaine de nouvelles. J’ai donc fait :

  • Chemise homme (patron + montage) : patte de boutonnage invisible, patte de manche chemine, empiècement dos
  • Robe bustier (patron) : découpe princesse, volant en demi-cercle de 80 cm, plis creux.

 

1er entretien, la passion de votre futur métier – En corrélation avec votre profil, des questions vous seront posées sur la vision que vous avez du métier, de ce que vous désirez faire plus tard ou encore pourquoi ce milieu vous passionne. Mon ressenti a été que la personne que j’avais en face de moi cherchait à savoir que mon choix de carrière était en adéquation avec cette école.

2nd entretien, contrôle des connaissances techniques – Avec une responsable de l’équipe pédagogique, c’est ici que vos pièces d’études vont être mis à rude épreuve. Non pas que la personne va tester la résistance des coutures ou le stylisme, mais plutôt la qualité de réalisation.

Contrôle du patronage, des pièces relevées – découpées, la qualité du montage industriel et l’allure de votre pièce sur un mannequin vont être observés.

3ème entretien, contrôle des connaissances théorique – Moi qui n’avais pas eu d’examen écrit depuis 3 ans, attendez-vous à le passer ! Rien d’insurmontable. Cet examen n’a rien de punitif, de ce que j’en ai perçu. Il sert surtout à savoir si vous avez choisi la bonne formation, et si une mise à niveau est nécessaire ou non. Voici les thèmes abordés dans le questionnaire :

  • Connaissance du métier : définitions et vocabulaires du milieu vous seront demandés
  • Savoir assembler un vêtement : Reconnaitre les pièces et savoir comment les monter est important pour un patronnier-modéliste. Vous devrez prouver que vous en êtes capable
  • Mathématique : la meilleure partie ! On ne vous demandera de calculer une dérivée, ou encore des intégrales. Mais pour une question de rapidité lors de la construction d’un patron, il faut savoir faire du calcul mental (addition, soustraction, division, multiplication). La géométrie sera elle aussi de la partie.

Tout à fait réalisable en entier, cet examen écrit doit être fini dans un temps imparti !

4ème et dernier entretien – Après la correction du test, une personne responsable de votre candidature vous indiquera si la formation que vous avez demandé vous est accessible ou si une mise à niveau est nécessaire.

Pour ma part, l’avis était favorable, et j’entrerai donc en milieu d’année à l’AICP. L’occasion pour vous et pour moi de vous renseigner sur la formation à toutes les personnes désirant suivre cette formation.

 

Voici donc de quoi inspirer nos futures patronniers! Adrien, s’il a le temps, me postera d’autres retours au fil de ses études. Il est donc à l’AICP, en formation de patronnier-modéliste. 6 mois en école et 3 mois en stage. Il va étudier le patronage (coupe à plat + gradation + essayage-retouche) et le moulage (toile sur un mannequin) qui est une science et non une approximation. L’année prochaine, il incorporera ces méthodes sur ordinateurs, pour développer son expertise en CAO avec les logiciel GERBER ou LECTRA donc je vous ai déjà parlé lors de ma visite d’usine. Bonne chance à lui.

Belle semaine, Julien Scavini

 

Comment coudre un gilet

La finale de Cousu Main a donné lieu à une situation cocasse et pourtant bien connue des couturiers, la pièce impossible à retourner et dont on ne trouve pas la sortie. Edith hélas est tombée dans ce piège terrible, alors même qu’elle sait le faire, la robe de Jackie Kennedy étant basé sur le même principe de l’emmanchure qui bloque le retournement à la fin.

Je connais deux méthodes pour coudre un gilet. J’en présente une pas à pas. Peut-être en existe-t-il d’autres.

Pour obtenir un gilet avec dos en doublure, il y a de nombreuses étapes, et je n’avais pas le temps de faire un prototype en vrai, j’ai donc dessiné :

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On commence par couper son tissu. Première étape, coudre la pince. Il existe plusieurs méthodes pour ne pas avoir d’irrégularité en haut de la pince : couture nervure sur 1cm ou compensation de l’épaisseur avec un biais, ce que l’on fait en tailleur. La pince est ouverte sur sa plus grande longueur, sauf sur les 5 derniers centimètres où un biais est cousu pour compenser. Ce biais permet aussi de faire l’arrêt machine.

Ensuite, on trace à la craie l’emplacement de la poche passepoilée. C’est Astrid qui là fut en difficulté. Révisons, avec des photos. Les couturières amateurs ont tendance à couper d’abord et à venir plaquer des passepoils préformés derrière. Beurk. On pique pas non plus en faisant un rectangle, ce qu’Edith à fait (on fait ça dans la doublure uniquement).

Sur le devant, on trace à la craie. On prépare aussi les deux sacs de poche, avec la même pente. On place un fond derrière, centré en haut, et on bâtit.

Ensuite, on prépare les deux passepoils. Sur l’envers, j’applique un thermocollant fin genre vizeline, blanc, pour pouvoir écrire au bic dessus. On bâtit un passepoil d’abord dont on marque les extrémités. On bâtit ensuite le second passepoil. Et on va piquer à la machine : on coud à partir de la même extrémité les deux, bien sur la ligne, en s’arrêtant bien sur le repère, avec trois points d’arrêts. On vérifie sur l’envers le travail. (surtout que le fond de poche ne s’est pas plié en deux sous la machine). Et un passepoil, ça fait 4 à 5mm de large, pas plus, pour une poche de 1cm de large !!

Ensuite il faut travailler vite et avec légèreté. Tant que la poche n’est pas finie, elle est fragile. Donc on ne commence pas le soir pour s’arrêter au milieu, on va jusqu’au bout. Il faut fendre le milieu du milieu, puis couper une ligne droite au centre de la poche, en s’arrêtant 1cm avant la fin de la poche. Et là, l’opération la plus dure de la poche : cranter (couper) les capucins, c’est à dire 4 petites diagonales qui vont de la ligne médiane au bout de la piqure machine. Jusqu’au dernier point et au demi-millimètre près. Il ne faut pas hésiter à couper. Car si vous ne coupez pas bien, vous ne pourrez pas basculer vos passepoils proprement. C’est dur, oui je sais, pendant 3 mois je n’ai fait que ça tous les jours pour apprendre. (On ne coupe pas les passepoils en diagonale, c’est pour ça que je le plaque avec le pouce).

 

 

Il faut ensuite aller à la table à repasser. On commence par passer délicatement un passepoil à l’envers. Et on ouvre sa couture. Oui oui, on ouvre les coutures de ces petits trucs en tailleur ! C’est plus fin. On fait le premier, puis on le repasse à l’endroit (orienté dans l’autre sens maintenant). On passe sur l’envers le second passepoil alors. Et on le repasse aussi. A la fin, on bascule de nouveau le premier passepoil sur l’envers et on se retrouve avec une poche qui prend forme.

 

 

Maintenant, deux techniques : soit on pré forme au bâti le passepoil et on le pique machine, soit on va plus vite comme les tailleurs, on prend une aiguille et on fait des points perdus dans le sillon, en formant à l’œil les passepoils. On commence et on finit 1cm avant les extrémités. C’est très propre, mais il faut un peu d’entrainement. On a alors un poche propre que l’on peut repasser sur l’envers, en formant bien les petits rouleaux (extrémités des passepoils, sur l’envers). Les petits capucins auquel on fait attention depuis le début sont bien sages à l’endroit.

 

 

Ces petits capucins, on les rabat gentillement avec une épingle. Un rapide coup de fer et on part sans perdre un instant à la machine à coudre, faire les ‘arrêts machines’, deux ou trois passes. Bien au ras. Avant la machine, on bâtit les passepoils ensemble, pour éviter que la poche vrille ou ouvre. Les passepoils doivent rester parallèles. (Il faut après ça replier le passepoil du bas et le piquer nervure sur le fond de poche, impossible pour moi, passepoil trop petit).

 

 

Reste à finir. Sur le deuxième fond de poche, on coud une parementure, pour éviter de voir le fond de poche de l’extérieur ! On l’applique avec deux épingles et on pique une première fois le long du passepoil haut, bien au ras, en soulevant toutes les couches. On pique ensuite le U du fond de poche lui même. C’est simple et rapide là !

En tailleur, on finit même par une demi-lune, broderie légère de petits points perdus, en arc de cercle, à chaque extrémité. Cela solidifie la poche.

Évidemment, il faut piquer les passepoils dans une autre couleur que blanc, sinon cela se voit aux coins. La demi-lune à la main permet en partie de camoufler ces petits défauts.

 

Revenons au gilet. Maintenant que les poches sont faites, on assemble la parementure du gilet avec sa doublure (trait rouge). Gardez un grand morceau de doublure, surtout aux emmanchures, on recoupe après. Les empiècements comme ça ont toujours tendance à vriller et rétrécir un peu.

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Puis, endroit contre endroit, on pique le devant et sa doublure+parementure. On pique devant+bas et emmanchure. On recoupe et on retourne. On fait en sorte d’avoir une belle pointe en bas et des arrondis élégants. On laisse ouvert l’épaule et le côté.

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On réaliser la même chose avec le dos. Endroit contre endroit, on pique l’emmanchure, l’encolure et le bas. On laisse ouvert les côtés et les épaules.

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Maintenant on finit, et ça se corse. A l’intérieur du dos, on enfile les deux devants, comme dans un gros sac à patate. On bâtit les épaules et on bâtit les côtés. C’est lourd et confus, mais simple dans le fond. On pique alors le sandwich aux épaules et sur les côtés. Est-ce clair? Il faut ménager une interruption de couture sur un des côtés, pour retourner justement. A vrai dire, il faut laisser ce trou uniquement sur l’intérieur, en piquant quand même l’extérieur. ahaha je vous laisse trouver ça.

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Si tout va bien, il suffit de retourner le tout et le gilet émerge, comme par miracle, d’un gros sac de nœuds.

Voilà, j’espère que ce tutorial va vous aider dans vos prochaines réalisations. Pas facile de représenter autant d’étapes ! Bon courage.

Bonne Pâques et bonne semaine, Julien Scavini

 

Autour du noeud papillon

Le nœud papillon est à la mode ces temps-ci. C’est en particulier le cas pour les mariages. Les jeunes le trouve en effet distrayant et moins ‘business’ que la cravate. Mais plus rares sont les hommes qui portent quotidiennement le papillon en remplacement de celle-ci.

Pour ma part, je préfère le nœud papillon à la cravate, moins pratique. La cravate est en effet plus difficile à maitriser. Sa longueur est sujette à multiples reprises le matin et le nœud est parfois très asymétrique suivant les triplures et la dextérité.

Le nœud papillon est plus concis, presque plus mesuré dirais-je ! Il ne se balade pas partout et m’apparait comme plus discret. Paradoxalement en fait, car si son porteur se fait immédiatement repéré pour son goût de dandy, l’expression des couleurs de la soie est plus douce, car la surface est plus petite. Les motifs peuvent ainsi être plus francs (je pense à des motifs club très colorés) ou old-fashion (comme les fleurettes et autres motifs madder) sans pour autant être criards, ce qu’ils pourraient être sur la grande surface d’une cravate.

Le papillon est aussi très facile à nouer pour quiconque a pris le coup de main. Une cravate demande une plus grande dextérité je trouve.

Et puis le papillon est avant tout très suranné, ce qui par dessus tout constitue un avantage à mes yeux.

Si les moins aventureux préfèrent les nœuds déjà tout fait (je ne les en blâme pas, c’est déjà sympathique de porter quelque chose autour du cou de nos jours), pour ma part je ne tolère que les nœuds à faire ! Il existe deux formes : 1- celle qui est droite à la manière de Charvet et oblige donc à faire des nœuds assez volumineux et 2- celle qui est en forme de violon, permettant des nœuds plus pincés. Je préfère cette variante. Les modèles de Brooks Brothers m’apparaissent d’ailleurs comme les meilleurs, cette vénérable maison américaine étant mon fournisseur presque exclusif (avec Le Loir en Papillon.)

Vous pouvez télécharger les patrons en cliquant sur l’image ci-dessous :

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J’ai aussi pour habitude de transformer de vielles cravates trouvées aux puces en papillons. C’est super simple à faire et je prends plaisir à dénicher de vieux modèles rétros qui paraissent alors au goût du jour ! Voyez ce tutorial, vous pourrez le refaire si vous maîtrisez la machine à coudre.

  1. La cravate à plat
  2. La cravate ouverte. On jette les doublures et le passant.
  3. Placement des patrons. Faites en deux, celui du papillon lui-même et un autre un peu plus grand pour bien placer, car l’espace est compté ! Coupez uniquement lorsque les quatre parties sont tracées.
  4. Dans peu de coton de chemise blanc (ou percaline de fond de poche), coupez deux bandes étroites et une bande de la largeur et longueur du papillon. A- Cousez les petites bandes avec les extrémités du papillon. Réglez la longueur à ce moment là. B- au stylo, tracez le papillon lui-même, hors valeur de couture sur le grand tissu blanc.
  5. Mettez les deux faces du papillon endroit contre endroit (l’idéal est de décaler un peu les coutures des rubans blancs). Mettez le grand pan blanc et allez piquer sur le stylo en laissant un petit espace non-cousu.
  6. Par cet espace non cousu, retournez le papillon à l’aide d’une baguette chinoise. Attention à sortir les couches dans le bon sens (pour que la percale se retrouve au centre). Repassez minutieusement. Et voilà !

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Enfin, la question que me pose nombre de mariés est la suivante : quel col va avec le nœud papillon? Je répondrais tout simplement que tous les cols vont. Bien sûr, un col semi-ouvert est bien mieux. Car le fait de voir les pointes du col dépasser sous le nœud apporte un soutien visuel à ce dernier. Mais un col cut-away ou plus ouvert va bien aussi, on ne voit alors pratiquement pas le col. Les modèles à pointes rondes sont aussi élégants. Ils donnent un petit air début de siècle. Bref, vous avez le choix !

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Bonne semaine Julien Scavini