Après midi découverte des pantalons

Bonjour chers lecteurs (et lectrices).

Comme annoncé précédemment, vous pourrez venir découvrir les différentes coupes et les étoffes de nos pantalons vendus en ligne le SAMEDI 10 DECEMBRE, de 15h à 19h.

Le pantalon est certainement le vêtement le moins facile à appréhender du point de vue des mesures. Et ce n’est pourtant pas faute de pédagogie. Ainsi, vous pourrez essayer en vrai la coupe, pour trouver votre taille. Les matières (twills, moleskines, flanelles, whipcord, ect…) seront exposées.

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http://pantalons-scavini.fr/

A très vite.

Julien Scavini

La moleskine

Les anglais l’appellent moleskin, qui peut se traduire par peau de taupe. Pour le nom français, l’histoire n’est pas allé chercher très loin, en ajoutant simplement un -e, il est vrai que la prononciation est aisée en français.

Il s’agit d’un tissu de coton de poids moyen à lourd, qui après tissage est gratté en surface pour obtenir un aspect à la fois doux et velouté, similaire à la peau de chamois. D’une certaine manière, la moleskine est un peu comme le veau-velours si apprécié pour les chaussures, à la fois un peu rustique, brute et en même temps assez racée. C’est une matière distinguée et rare. Car peu de gens connaissent cette matière.

La moleskine est de la  famille des velours. A la différence que les poils ne sont pas profonds. Tout au plus la surface est brossée. Il n’y a donc pas de sens.

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La moleskine est généralement disponible dans des poids allant de 350grs à 600grs. Toutes vous procureront un grand agrément et un toucher extrêmement doux. C’est la caractéristique essentielle de cette matière, elle est confortable à porter.

Pour autant, si elle est douce et moelleuse, la moleskine a de la tenue. Une excellente tenue, bien supérieure aux velours, qui à cause de leurs trames de fond fines et aux raies parfois profondes, ne tiennent pas le pli. La moleskine elle tient le pli. Impeccablement. Ainsi, en association avec une belle veste de tweed ou même du cachemire, votre tenue a de la prestance.

Cette étoffe a un tombé si étonnant que dans les poids lourds, elle est même coupe-vent. C’est pourquoi et pendant longtemps, les ouvriers la portaient. La moleskine avec les velours à grosses cotes, sont des tissus anciens que l’on dirait aujourd’hui ‘technique’. Ils résistent à tout : usure, abrasion, feu et eau. Ainsi étaient réalisés nombre de pantalons et de vestons, y compris parfois des grosses chemises.

Même si on peut en tirer un costume (très british), il est assez rare de voir des vestes ainsi faites. Car comme souvent avec les vestes en coton, elles sont un peu raides et ont du mal à donner du confort. Par contre, question pantalon, il faut s’en donner à cœur joie. C’est LE modèle du week-end hivernal. Plus chaud que le pantalon chino, il donne une irrésistible allure de gentleman farmer et les coloris sont très variés.

 Bonne semaine. Julien Scavini

Les ceintures de pantalon

Un pantalon se termine invariablement, en haut, par une ceinture. Cette ceinture cousue, car je parle là de la partie terminale du pantalon et non de l’accessoire en cuir, fait traditionnellement 4cm de large. Les pantalons de paysans et d’ouvriers ont tendance à être bien plus large, pour apporter un soutien lombaire. Les deux pans gauche et droites se rejoignent à l’arrière où ils sont cousus ou bien partiellement cousus, pour donner une certaine souplesse. Devant, ils se chevauchent pour se boutonner ou s’agrafer l’un à l’autre.

La ceinture est coupée en droit-fil, c’est à dire dans la verticale du tissu, sens toujours le moins déformable, le moins extensible. De la vertical, la ceinture se retrouve donc à l’horizontal pour garantir l’indéformabilité de la taille du pantalon. Celui-ci serre bien sans s’agrandir.

Généralement, un pantalon se coupe avec un petit peu d’aisance par rapport à la taille du client. Ainsi, si l’on mesure 88cm, il est bon de coudre un pantalon qui fait 89 à 90cm de tour de ceinture suivant le désir de chacun. Certains aiment être serrés, d’autres aiment être au large. C’est une affaire de goût.

Il est surtout vital d’avoir un peu de mou lorsque l’on s’assoit. Sinon, gare aux maux de ventre. Comme les pantalons ne sont pas élastiques (du moins historiquement, car dans les années 60, de nombreuses marques se développèrent sur la mode du pantalon stretch dit ‘élastis’, comme Bruno Saint Hilaire), il fallut bien inventer des systèmes pour facilement serrer ou desserrer le pantalon. Le ceinturon en cuir fut donc inventé.

Pour faire tenir le ceinturon en place, les tailleurs disposèrent autour de la ceinture du pantalon un certain nombre de passants, petits languettes de tissus. Classiquement, ils sont au nombre de 6 à 8. Plus 1 : le porte ardillon disposé devant au dessus de la braguette. Celui-ci sert à maintenir l’ardillon, c’est à dire la partie mobile de la boucle de ceinture, le pivot, à sa place.

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Les jolis pantalons des tailleurs ont des passants de ceintures qui sont cousus de part et d’autre de la ceinture. C’est à dire que les extrémités des passants disparaissent sous la ceinture et dans la doublure en haut. C’est plus fin que le manière industrielle de coudre le passant à vif, laissant toujours quelques effilochures.

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Une autre façon de serrer la ceinture a été développée, peut-être même antérieure à la ceinture de cuir : les ajusteurs latéraux. Ceux-ci se présentent sous la forme de languettes de tissus qui s’ajustent au travers d’une boucle métallique. Il y a un ajusteur de chaque côté. Les vieux pantalons qui présentaient un dos montant pour bretelles pouvaient avoir un seul ajusteur, situé derrière.

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Notons également que les ajusteurs peuvent se présenter sous la forme de pattes boutonnables. Ce dispositif peut se présenter sous deux aspects: classique sans élastique, ou moderne avec élastique intégré. Je n’avais jamais été vraiment convaincu jusqu’à ce qu’un client me demande cela. La patte à bouton émerge d’une découpe dans la ceinture. A l’intérieur de cette ceinture tunnel est placé un élastique relié à la patte. Et bien je dois admettre que ce détail est super pratique. Car si l’on ajuste la ceinture en boutonnant au plus serré, il est possible de garder une belle souplesse lorsque l’on s’assoit, l’élastique joue son rôle à plein ! C’est une vraie trouvaille je dois avouer !

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Pour aller plus loin, je note aussi que certains industriels et tailleurs ont décidé de ne plus coudre de ceinture intégrée. Le pantalon se termine ainsi tout simplement. la rigidité à l’horizontal, la fameuse indéformabilité de la ceinture est alors apportée par la doublure intérieure, qui est en droit-fil. C’est aini qu’Uniqlo coud ses chinos ou que le tailleur STEED réalise ses pantalons, voyez plutôt.

Enfin se pose la question du style. Est-il préférable de porter une ceinture ou vaut il mieux l’abandonner?

D’aucun émet l’hypothèse que la ceinture en cuir a tendance à couper la silhouette en deux alors que les tirettes ont l’avantage d’être plus minimalistes…? C’est un point de vue dogmatique. Car je n’ai jamais trouvé que le style d’une personne était altéré par cette démarcation.

Une chose est sûre, si votre pantalon est à la bonne taille, la nécessité de serrer est faible. Ceinture comme ajusteurs sont alors superflus et ne servent principalement qu’à décorer, qu’à habiller le pantalon. La ceinture de cuir constitue un accessoire qui, s’il rappelle le cuir des souliers, est très élégant. Et l’été, la ceinture peut être un ruban coloré ou tressée.  Les ajusteurs sont par ailleurs si rare en prêt à porter qu’ils sont alors un point positif du sur-mesure.

Bref, je peux lister tous les arguments que possibles, chacun doit se faire sa propre idée… Suivant l’usage, vous pouvez aussi varier les plaisirs. Avec tel costume la ceinture, avec tel autre, en particulier trois pièce, des tirettes. Le tweed va bien avec une ceinture de veau-velours et le pantalon de velours-côtelé avec des tirettes. C’est selon…

Bonne semaine. Julien Scavini

Réparer un pantalon

La question de la durée de vie est plus que jamais d’actualité, que ce soit pour les objets high-tech et les vêtements. Je crois que nous faisons tous attention à faire durer nos habits. Soit par économie, soit par envie de protéger la planète, soit pour la perfection d’une coupe ou d’un confort, parceque retrouver le  vêtement qui tombe aussi bien est franchement difficile ! Alors il faut faire durer.

La durée de vie des vêtements est par ailleurs variable. Une chaussette suivant la marque dure plus ou moins et rares sont ceux qui les reprisent encore à la main. Une chemise suivant la qualité de son coton va plus ou moins s’élimer. Rares aussi sont ceux qui font faire un deuxième set de poignets et col pour changer plus tard. Question de coût et de modes qui changent. Une veste s’use très rarement de son côté, sauf les tissus très fins ou les mauvais thermocollage. Par contre les pantalons eux s’usent vite. C’est le mal du siècle. Mais pourquoi diantre s’usent ils si vite?

Pour deux raisons. D’une part les coupes sont très ajustées. Et des cuisses plus resserrées ont tendance à tendre le tissu. Ce tissu plus tendu, sous l’effet de la chaleur, de l’humidité et du frottement s’abrase tout seul. Il s’abrase d’autant plus vite que le tissu est fin, c’est la seconde raison.

Là dessus, la masse de client est en partie coupable et schizophrène à la fois. Les maisons qui vendent des costumes (Hugo Boss, De Fursac, Massimo Duti et j’en passe) sont prises entre deux feux. Si elles proposent des tissus lourds et robustes, elles feront face à une catastrophe industrielles, les clients n’achetant pas. Si elles proposent des tissus légers et fins, les client achètent. Mais au final reprochent cette légèreté et la fragilité qui en découle. Vous voyez le dilemme pour une grande entreprise?

C’est d’autant plus dommage que la veste du costume dure généralement plus longtemps que le pantalon. Et hélas les pantalons ne sont plus vendus en doubles. C’est là encore un comportement schizophrène. Une marque chercherait à vendre deux pantalons qu’elle se retrouverait avec une tonne d’invendu.

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Heureusement, il existe deux parades à l’usure prématurée du pantalon.

D’une part demander à un retoucheur de poser un renfort à la cuisse dès le début. L’opération n’est pas rapide et il faut compter environ 45€ de matière et de pose. Ce renfort consiste en une pièce de tissu de coton, prise dans les coutures (sur dessin ci dessus). En plus de la propreté de fond de culotte.

Ceci-dit, ce renfort n’empêchera nullement la laine de feutrer puis de rompre. Elle ralentira simplement ce désagrément.

Il faut alors surveiller le pantalon. De temps à autre, observer l’entrejambe pour voir si la laine feutre et si la trame commence à apparaitre. (Attention sur ce point, un pantalon neuf peut feutrer très vite sans pour autant s’user ou rompre. Car certaines laines feutrent mais restent solides).

Si vous sentez que la laine va craquer, il est possible de couper le tissu incriminé (une petite partie en forme de long triangle) et de reposer un autre tissu. Ce nouveau morceau est appelé ‘fausse pointe’. Il peut être dans un tissu différent, pris dans les chutes du retoucheur, car il ne se voit pas, ni debout, ni assis, étant très profondément enfouie sous l’entrejambe sur le dessin ci-dessous). Cette retouche simple et renouvelable x fois est idéale pour continuer de faire vivre un costume. Il faut compte 50€ environ. C’est onéreux, mais c’est moins cher payé par rapport au rachat d’un nouveau costume !

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Chez le tailleur, si le tissu est encore disponible, il est possible de faire refaire un pantalon plusieurs mois après. Ou comme l’a fait un de mes clients, d’acheter 1m30 de tissu en plus, en réserve pour plus tard.

Bonne semaine, Julien Scavini

Pantalons d’aujourd’hui, mode d’hier

J’aime bien les batailles d’anciens et de modernes. Car quand on s’intéresse à l’histoire, on ne cesse d’être amusé des trouvailles des jeunes et des railleries des vieux.

Par exemple, lorsque un sénior s’offusque de l’inconsistance des vestes italiennes aux épaules déstructurées, un amateur de vêtements anciens ne peut s’empêcher de penser aux montages d’avant 1914 voire de bien avant sous l’ancien régime, qui précisément étaient très emboitées sur l’épaule et souvent plissées ou froncées. Et il est tout aussi amusant à l’inverse de voir les jeunes tomber en pâmoison devant cette invention de la ‘modernité’.

Au sujet de la veste, on peut s’amuser aussi des jeunes qui adorent les vestes courtes et des anciens qui les aiment longues comme des peignoirs. Aux alentours de 1910, le veston court qui était assez jeune à l’époque se taillait assez raz-de pet! Et très renflé sur les hanches. C’est dans les années 30 qu’il s’allongea et devint plus droit sur les hanches, en contrepartie d’un cintrage plus appuyé.

Le pantalon traverse quant à lui une époque charnière. Et son histoire est courte. Car si des versions très anciennes sont attestées dès le moyen-âge (surtout chez les paysans) et que les sans-culotte de la Révolution le propulsèrent sur le devant de la scène, il faut vraiment reconnaitre que le pantalon moderne pour tous est né au XIXème siècle, à l’époque pré-Victorienne (1800/1830 environ, règne de Guillaume IV).

C’est que le choix du pantalon pour couvrir la jambe n’a jamais été évident et dès le départ il posa des problèmes insolubles de coupe. Au début, c’était tout de même un affreux tuyaux très étriqué. Car ce qui allait de soi, c’était d’exprimer le galbe de la jambe : le beau mollet et la cuisse altière… La culotte que l’on portait sous l’ancien régime voir jusqu’à Napoléon III en France se finissait au genoux, et c’était un délicat bas de soie que couvrait la partie inférieure.

Le pantalon ajusté a posé les problèmes suivants :

1- à la différence du bas de soie qui est un petit jersey extensible, le pantalon est fait de tissu, très peu extensible. Dès lors, envelopper le mollet, dont le volume varie du simple au double suivant que l’on est assis ou debout pose question.

2- la jambe possède en son centre une articulation cruciale, le genoux, dont les mouvements ne sauraient être limités. Ce qui change considérablement la longueur du pantalon, que l’on soit assis ou debout. Pour remédier à ce problème, les premiers pantalons avaient un ruban qui passaient sous le soulier, pour les maintenir droit. Mais si vous avez déjà essayé cela, c’est très bizarre à l’usage. Par ailleurs, si le pantalon est très étroit et le tissu très raide, il peut couper la circulation derrière le genoux et faire une génuflexion pour ramasser un bidule à terre est impossible (véridique, j’ai essayé).

Les pantalons des sans culottes n’avaient pas ces problèmes, ils étaient larges et souvent très courts, car élimés.

Pendant la première guerre mondiale, nombre d’armées ne s’y sont pas trompées et plutôt que de donner des pantalons sans aisance et pas pratique, elles distribuaient des culottes avec bandes molletières. Pourtant, dès 1860, les pantalons de ville étaient un peu amples déjà.

D’un point de vue technique, la culotte et bande molletière (ou un bas) représentent la solution la plus logique, la question de l’articulation étant réglée. Mais il faut faire tenir les deux ensembles. Par ailleurs, ce n’est plus une esthétique à la mode…

Ceci étant dit, pourquoi la querelle des anciens et des modernes m’amuse dans ce cas présent. Car les messieurs d’un certain âge qui ne jurent que par les pantalons à pince et les bas larges croient que ce fut toujours ainsi. Et bien non, cette mode et ces techniques datent précisément des années 10/20/30 et des expérimentations des tailleurs. Cette mode s’est très rapidement diffusée. Vous pensez, quelle aisance !

Mais elle est passée. De nos jours, les pantalons redeviennent près de la jambe, voire même très près de la jambe pour les jeunes qui portent des jeans ‘skinny’. Si je trouve ça parfois aventureux, je n’ai plus un œil hostile à ce sujet. Car au fond, c’est une tendance de l’homme européen depuis des siècles. Une belle jambe se montre ! C’est un fait historique. Regardez un portait de François Ier ou de Vercingétorix (avec ici une pincette sur la véracité historique).

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Pourquoi j’écris cet article? Car je suis allé récemment chez Carhartt et Uniqlo pour me trouver quelques modèles de vacances et que j’ai été amusé par deux faits modernes mais à l’écho ancien :

1- les pantalons sont proposés à la vente pliés par les côtés. Ils sont à plat et pliés sur la fourche. Ce faisant, cela marque les plis sur les côtés, au même endroit que les coutures. Les plus amateurs d’ouvrages de références et de Stiff Collar savent qu’au tout début des pantalons, quand Edouard VI n’était que le Prince de Galles (époque 1860-1900), les plis étaient aussi marqués sur le côté! Un retour en arrière, par rapport à ce pli très structurant (et valable uniquement si la coupe est large) apparue après 1900 pour ne pas dire véritablement dans les années 30.

De nos jours, même sur les pantalons de laine des costumes, les plis sont souvent estompés. D’une part car les matières fines ne les supportent plus longtemps, et d’autre part, car les clients ne s’en préoccupent plus. Certains portent même le pantalon de costume de manière molle, un peu comme un jogging. De toute manière, s’il est coupé à 18cm en bas et que la cuisse est fine, aucun pli ne restera.

2- les pantalons sont coupés étroits comme aux premiers temps (pas forcément tous en coupe slim mais quand même) et ce faisant, ils marquent tous les dessous de genoux. Ils froissent et pochent à l’horizontale là où le mouvement est continu. Regardez une gravure de Beau Brummell, vous les verrez bien ces pliures sous le genoux, puisque la jambe est étroite.

Si en tant que tailleur je cherche à faire des pantalons très droits et stricts, donc un peu large, les clients dans leur grande majorité ne cesse de faire réduire bas, genoux et cuisse. Le résultat est le même qu’en 1830, des pliures et cassures sous le genoux, plus ou moins accentuées se forment. Et cela sans qu’aucun reproche ne m’en soit fait, ce doit être un effet plaisant. J’espère mon illustration à ce propos très parlante !

Comme vous le voyez, ces petits points d’histoire sont passionnants et très éclairants. La mise en perspective permet d’expliquer le présent et parfois de deviner le ou les futurs. Cela permet aussi de relativiser les errements des plus avant-gardistes…

Bonne semaine, Julien Scavini

PETITES CONSIDERATIONS SUR LA COUPE DU PANTALON

Les plus attentifs d’entre vous, les plus âgés aussi ont peut-être remarqué qu’aujourd’hui, on ne coupe plus les pantalons comme avant. Le tomber est différent. Je vais essayer d’expliquer ce qu’il s’est passé en 30 ans à ce sujet, car cela me questionnait aussi. Je suis arrivé à mes conclusions après plusieurs mois de recherches, qui m’ont amené à interroger des vieux tailleurs et des modélistes et techniciens d’industrie. Les réponses furent incroyables parfois !

L’article suivant est assez suggestif, je m’en excuse, un chat est un chat, surtout qu’il s’agit d’évoquer des points techniques.

Tout commence par une interrogation à propos du port à droite ou à gauche du sexe dans le pantalon. Les plus âgés de mes clients formulent souvent cette demande, car montant le pantalon assez haut, un excès de tissu se forme du côté opposé le long de la braguette. Ce pli de tissu est assez ardu à faire partir sur un pantalon terminé, mais pas impossible, c’est une retouche que je fais assez souvent. Dans un pantalon à plis, qui possède plus d’aisance, à cause du pli justement, ce bourrelet de trop est plus visible encore (le plus souvent à droite, car 80% des hommes portent à gauche. D’ailleurs la vieille blague tailleur consiste à dire que quand on porte à gauche on vote à droite et inversement. Les tailleurs sont plutôt à droite par ailleurs…)

Pour comprendre cette altération droite et gauche mal gérée industriellement, je me suis mis à coudre des toiles. Je me suis alors servi de livres de coupe. Et entre une coupe tailleur des années 60 et une coupe actuelle, c’est le jour et la nuit. Quelles différences, pour quelles implications ?

La coupe la plus ancienne propose de couper la ligne milieu devant le long d’une verticale. La braguette est dite droit-fil. A peine donne-t-on un peu de fruit (de pente) d’un côté pour gérer droite et gauche. Vous découvrez sur les deux illustrations ci-dessous le plan de coupe. C’est assez difficile à comprendre, tant le pantalon est en volume.

A4 Portrait _ Master LayoutA4 Portrait _ Master LayoutLa coupe moderne donne en revanche de la pente à la ligne milieu devant. La braguette se retrouve en biais. Ce constant est corroboré par un bermuda de surf que j’avais démonté il y a quelques temps pour en tirer un patronage. La ligne devant est oblique. Cela donne du volume, alors même que (-hypothèse-) on en a pas besoin à cet endroit, plutôt vertical.

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Diantre, quelle différence donc  et pourquoi ?

J’ai testé la vieille coupe. Elle m’a donné un pantalon très ample, une ligne à la Gabin. Parfaite mais immense. J’ai alors commencé à réduire sa cuisse et donc sa pointe comme on dit en tailleur. Mais très vite, la position sur les hanches est devenue inconfortable et je me suis senti serré, sans pour autant avoir une cuisse bien fine. Cette coupe ne permettait pas de faire la coupe ajustée moderne.

Avec la coupe moderne, le pantalon était prêt de la jambe, idéal, avec un peu de volume devant, que l’on appelle moustache dans l’industrie.

Par ailleurs, le pantalon ancien avait une façon d’emboiter le côté (le rond de hanche) très curieuse. On avait l’impression que l’on allait pas pouvoir entrer dans le pantalon, il paraissait étroit à la ceinture, alors que pas du tout en réalité. Il emboitait bien et montait haut. La coupe moderne elle ne m’a pas questionnée plus que ça.

Voici des considérations et ressentis très techniques allez-vous me dire. Je vais aller au but maintenant.

J’ai donc appelé des spécialistes pour corroborer mes hypothèses, car j’en avais déjà. Deux points sont captivants et renvoient à une certaine vision du monde : la sexualité et le commerce.

  • la braguette a été coupée en biais car on a fait descendre la hauteur des pantalons. On les a fait plus taille basse. Un peu ou beaucoup. Un premier problème s’est posé :  avec une taille plus basse, la ceinture étant anatomiquement bloquée par l’os de la hanche (le pantalon ne pas pas descendre plus bas), cela attire le fond de pantalon vers le haut, réduisant l’espace de l’entrejambe. Dans le même temps, on a voulu affiner la cuisse pour faire plaisir aux messieurs. Pour régler ces deux problèmes conjugués et pour équilibrer la coupe, on a transferrer de la pointe arrière vers l’avant.En même temps que l’on a baissé la taille, l’homme s’est mis à porter slip et boxer, pour un port au ‘centre’. Donc inutile de porter le pantalon à gauche et à droite. En revanche, avec un montant bas, il se posait un problème de place pour le pubis comme je l’ai dit. L’agrandissement de la pointe avant sert cette problématique. J’espère que vous suivez, c’est très technique.C’est l’industrie du jean qui a été précurseur. C’est elle aussi qui mène la danse. Certaines marques comme Diesel l’ont bien compris, le jean doit mettre ‘le paquet’ en avant (la photo dont le dessin ci-dessous est issue ne ment pas !). C’est de l’hypersexualisation. La toile de denim est très rigide, vous le savez. Et bien en réduisant la hauteur de port et en coupant en biais la braguette, on donne l’impression de volume. C’est très baroque finalement. Nous revenons à la Renaissance où les braguettes étaient rembourrées. Une braguette de jean est en plus faite de plusieurs couches et de beaucoup d’épaisseur. Cela donne même assis un volume, une protubérance recherchée par les modélistes pour l’œil des clients. Vous avouerez quand même, c’est cocasse et amusant ! Ce phénomène se renforce aussi grâce au travail des fabricants de sous-vêtements boxer, qui cherchent à soutenir voire à projeter l’entrejambe en avant, plutôt qu’en dessous, comme Aussiebum par exemple. N’en déplaise à Eric Zemmour, il est amusant de constater que l’homme occidental se sexualise. C’est vous l’avouerez une conclusion drôle à ma recherche. Une pure question d’orgueil masculin.

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  • le second point de détail m’est apparu au sujet du rond de hanche beaucoup plus exacerbé sur la vieille coupe (comparez les plans en haut). En effet, la braguette étant verticale, la force de pince (c’est à dire la valeur de tissu que l’on retire pour arriver à la ceinture, plus petite que le bassin) est passée sur le côté. La poche se retrouve dans une couture très ronde sur la coupe ancienne. Ce n’est pas le cas dans la coupe moderne, où la valeur de pince est un peu passée sur le devant (on profite de la pente de braguette). Mais, un pantalon dans la vieille coupe ne se pose pas forcément bien à plat, car il a du volume sur le côté, il est rond. Intolérable dans le prêt à porter où les pantalons doivent être plan pour figurer bien en évidence sur des tables. C’est ainsi que l’on a aplani le rond de hanche (et répercuté la valeur de pince sur la braguette en la penchant), pour mieux vendre le pantalon présenté plié, c’est ce qu’on appelle dans l’industrie de ‘fold appeal’ . Un truc commercial a donc présidé à l’évolution de la coupe. C’est aussi vrai pour la veste, dont les manches sont montées très en avant (ce qui crée des plis derrière la manche lorsqu’on la porte) pour satisfaire le ‘hanger appeal’, c’est à dire la beauté sur cintre, qui vous fait acheter.

 A votre échelle, vous pouvez voir comment votre pantalon est coupé (il y a de forte chance pour qu’il le soit de manière moderne), il suffit de regarder comment tombent les rayures à la braguette. Si elles sont verticales, la coupe est ancienne. Si au contraire les raies arrivent penchées, il s’agit de la coupe modernisée. Elle donne un confort supplémentaire assis avec des sous-vêtements modernes (son corollaire étant un petit manque de netteté, les fameuses moustaches). Donc par exemple, un caleçon avec un pantalon moderne n’est pas logique.

 A4 Portrait _ Master LayoutVous le voyez donc, à partir d’un tout petit questionnement, on arrive à des conclusions très amusantes. Il y aurait un thèse à faire sur ce sujet tant il est vaste. C’est surtout le questionnement sur la place de l’entrejambe dans le pantalon qui aura le plus attiré mon attention, car il renvoie à des considérations historiques passionnantes et à une expressivité corporelle dont on parle peu. Et oui, un jean de nos jours, c’est fait pour mettre le sexe en valeur ! Quelle conclusion !

Bonne semaine, Julien Scavini

Le bermuda

Il fait chaud, il fait chaud. Ce dimanche après midi pour me reposer et voir un peu de verdure, je suis allé me promener autour du Grand Canal à Versailles. Ce fut l’occasion d’y constater la tenue officielle en vigueur les jours de chaleurs : chaussure bateau, bermuda, ceinture et polo (le plus souvent rentré dans le short). Les tons sont classiques, marine et blanc ou col colorés (vert, rose). J’ai vu aussi quelques plus lointains visiteurs en pantacourt… Ouhla, je ne préfère même pas commenter. Quelques scouts portaient également le bermuda, assez court sur la cuisse. J’ai également croisé des messieurs qui faisaient de la course à pied, en mini mini short. Je me suis alors questionné sur la longueur du bermuda et son histoire. Quelle est la norme de longueur de cette pièce. Aux genoux? Au dessous? Très au dessus? Étudions cela quelques instants.

L’histoire de cette pièce aérée est difficile à tracer. Le short sur les courts de tennis serait apparu durant les années 30. Plus précisément, l’auteur Josh Sims rapporte que ce serait le champion Bunny Austin qui aurait le premier coupé son pantalon lors des championnats américains de 1932. Est-ce vrai? Il est certain que les sportifs aux quatre coins du monde ont du y penser, très tôt je pense.

Les anglais ont une autre histoire et estiment avoir inventé la pièce. Ce serait les militaires en poste au Bermudes (alors siège de la Royal Navy pour l’Atlantique Nord) qui auraient demandé à raccourcir leurs pantalons jugés trop chauds pour les tropiques. L’Amiral Mason Berridge aurait accepté qu’une telle chose fut faite. Pour son propre agrément aussi. Mais en contrepartie du raccourcissement du pantalon en short dit ‘bermuda’, le port de chaussettes très hautes devint obligatoire. Cela rappelait un peu l’élégance en culotte à l’ancienne et bas de soie. Le bermuda ainsi créé doit avoir des pinces et pouvait être porté aussi bien le soir qu’en journée, chose très étonnante. La mode fut si populaire que les habitants des Bermudes firent du bermuda un élément du costume national et les policiers étaient ainsi vêtus.

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Dans le détail, je n’arrive pas à savoir la longueur exacte de ce bermuda militaire. Josh Sims rapporte qu’il doit être coupé à 7,5cm au dessus du genou (peut-être le milieu). A l’inverse, wikipédia anglais dit 1 inch au dessus, soit 2,5cm au dessus (peut-être à partir du haut du genou). Du coup cela reviendrait un peu au même. Dans la marine nationale française, le bermuda se porte très court, je pense 10 à 15cm au dessus du genou. Il faut avoir de belles cuisses bronzées pour ça !

Une chose est sûre, plus il est long, plus il doit être large. Car s’il est étroit, en position assise, le genou sera bloqué. Cela explique que les bermudas de surf, très long et en dessous du genou, sont aussi très larges. A l’inverse, plus vous montez le long de la cuisse, plus le diamètre peut-être étroit. Il peut par ailleurs être terminé avec un ourlet simple ou alors avec un revers.

Enfin dernière chose, pour les anglais et les américains, il est tout à fait admis – sous des latitudes chaudes – de porter le bermuda dans des occasions formelles. Il doit alors être complété d’un blazer et d’une cravate. C’est amusant !