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Réparer un pantalon

15 février 2016

La question de la durée de vie est plus que jamais d’actualité, que ce soit pour les objets high-tech et les vêtements. Je crois que nous faisons tous attention à faire durer nos habits. Soit par économie, soit par envie de protéger la planète, soit pour la perfection d’une coupe ou d’un confort, parceque retrouver le  vêtement qui tombe aussi bien est franchement difficile ! Alors il faut faire durer.

La durée de vie des vêtements est par ailleurs variable. Une chaussette suivant la marque dure plus ou moins et rares sont ceux qui les reprisent encore à la main. Une chemise suivant la qualité de son coton va plus ou moins s’élimer. Rares aussi sont ceux qui font faire un deuxième set de poignets et col pour changer plus tard. Question de coût et de modes qui changent. Une veste s’use très rarement de son côté, sauf les tissus très fins ou les mauvais thermocollage. Par contre les pantalons eux s’usent vite. C’est le mal du siècle. Mais pourquoi diantre s’usent ils si vite?

Pour deux raisons. D’une part les coupes sont très ajustées. Et des cuisses plus resserrées ont tendance à tendre le tissu. Ce tissu plus tendu, sous l’effet de la chaleur, de l’humidité et du frottement s’abrase tout seul. Il s’abrase d’autant plus vite que le tissu est fin, c’est la seconde raison.

Là dessus, la masse de client est en partie coupable et schizophrène à la fois. Les maisons qui vendent des costumes (Hugo Boss, De Fursac, Massimo Duti et j’en passe) sont prises entre deux feux. Si elles proposent des tissus lourds et robustes, elles feront face à une catastrophe industrielles, les clients n’achetant pas. Si elles proposent des tissus légers et fins, les client achètent. Mais au final reprochent cette légèreté et la fragilité qui en découle. Vous voyez le dilemme pour une grande entreprise?

C’est d’autant plus dommage que la veste du costume dure généralement plus longtemps que le pantalon. Et hélas les pantalons ne sont plus vendus en doubles. C’est là encore un comportement schizophrène. Une marque chercherait à vendre deux pantalons qu’elle se retrouverait avec une tonne d’invendu.

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Heureusement, il existe deux parades à l’usure prématurée du pantalon.

D’une part demander à un retoucheur de poser un renfort à la cuisse dès le début. L’opération n’est pas rapide et il faut compter environ 45€ de matière et de pose. Ce renfort consiste en une pièce de tissu de coton, prise dans les coutures (sur dessin ci dessus). En plus de la propreté de fond de culotte.

Ceci-dit, ce renfort n’empêchera nullement la laine de feutrer puis de rompre. Elle ralentira simplement ce désagrément.

Il faut alors surveiller le pantalon. De temps à autre, observer l’entrejambe pour voir si la laine feutre et si la trame commence à apparaitre. (Attention sur ce point, un pantalon neuf peut feutrer très vite sans pour autant s’user ou rompre. Car certaines laines feutrent mais restent solides).

Si vous sentez que la laine va craquer, il est possible de couper le tissu incriminé (une petite partie en forme de long triangle) et de reposer un autre tissu. Ce nouveau morceau est appelé ‘fausse pointe’. Il peut être dans un tissu différent, pris dans les chutes du retoucheur, car il ne se voit pas, ni debout, ni assis, étant très profondément enfouie sous l’entrejambe sur le dessin ci-dessous). Cette retouche simple et renouvelable x fois est idéale pour continuer de faire vivre un costume. Il faut compte 50€ environ. C’est onéreux, mais c’est moins cher payé par rapport au rachat d’un nouveau costume !

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Chez le tailleur, si le tissu est encore disponible, il est possible de faire refaire un pantalon plusieurs mois après. Ou comme l’a fait un de mes clients, d’acheter 1m30 de tissu en plus, en réserve pour plus tard.

Bonne semaine, Julien Scavini

Pantalons d’aujourd’hui, mode d’hier

18 janvier 2016

J’aime bien les batailles d’anciens et de modernes. Car quand on s’intéresse à l’histoire, on ne cesse d’être amusé des trouvailles des jeunes et des railleries des vieux.

Par exemple, lorsque un sénior s’offusque de l’inconsistance des vestes italiennes aux épaules déstructurées, un amateur de vêtements anciens ne peut s’empêcher de penser aux montages d’avant 1914 voire de bien avant sous l’ancien régime, qui précisément étaient très emboitées sur l’épaule et souvent plissées ou froncées. Et il est tout aussi amusant à l’inverse de voir les jeunes tomber en pâmoison devant cette invention de la ‘modernité’.

Au sujet de la veste, on peut s’amuser aussi des jeunes qui adorent les vestes courtes et des anciens qui les aiment longues comme des peignoirs. Aux alentours de 1910, le veston court qui était assez jeune à l’époque se taillait assez raz-de pet! Et très renflé sur les hanches. C’est dans les années 30 qu’il s’allongea et devint plus droit sur les hanches, en contrepartie d’un cintrage plus appuyé.

Le pantalon traverse quant à lui une époque charnière. Et son histoire est courte. Car si des versions très anciennes sont attestées dès le moyen-âge (surtout chez les paysans) et que les sans-culotte de la Révolution le propulsèrent sur le devant de la scène, il faut vraiment reconnaitre que le pantalon moderne pour tous est né au XIXème siècle, à l’époque pré-Victorienne (1800/1830 environ, règne de Guillaume IV).

C’est que le choix du pantalon pour couvrir la jambe n’a jamais été évident et dès le départ il posa des problèmes insolubles de coupe. Au début, c’était tout de même un affreux tuyaux très étriqué. Car ce qui allait de soi, c’était d’exprimer le galbe de la jambe : le beau mollet et la cuisse altière… La culotte que l’on portait sous l’ancien régime voir jusqu’à Napoléon III en France se finissait au genoux, et c’était un délicat bas de soie que couvrait la partie inférieure.

Le pantalon ajusté a posé les problèmes suivants :

1- à la différence du bas de soie qui est un petit jersey extensible, le pantalon est fait de tissu, très peu extensible. Dès lors, envelopper le mollet, dont le volume varie du simple au double suivant que l’on est assis ou debout pose question.

2- la jambe possède en son centre une articulation cruciale, le genoux, dont les mouvements ne sauraient être limités. Ce qui change considérablement la longueur du pantalon, que l’on soit assis ou debout. Pour remédier à ce problème, les premiers pantalons avaient un ruban qui passaient sous le soulier, pour les maintenir droit. Mais si vous avez déjà essayé cela, c’est très bizarre à l’usage. Par ailleurs, si le pantalon est très étroit et le tissu très raide, il peut couper la circulation derrière le genoux et faire une génuflexion pour ramasser un bidule à terre est impossible (véridique, j’ai essayé).

Les pantalons des sans culottes n’avaient pas ces problèmes, ils étaient larges et souvent très courts, car élimés.

Pendant la première guerre mondiale, nombre d’armées ne s’y sont pas trompées et plutôt que de donner des pantalons sans aisance et pas pratique, elles distribuaient des culottes avec bandes molletières. Pourtant, dès 1860, les pantalons de ville étaient un peu amples déjà.

D’un point de vue technique, la culotte et bande molletière (ou un bas) représentent la solution la plus logique, la question de l’articulation étant réglée. Mais il faut faire tenir les deux ensembles. Par ailleurs, ce n’est plus une esthétique à la mode…

Ceci étant dit, pourquoi la querelle des anciens et des modernes m’amuse dans ce cas présent. Car les messieurs d’un certain âge qui ne jurent que par les pantalons à pince et les bas larges croient que ce fut toujours ainsi. Et bien non, cette mode et ces techniques datent précisément des années 10/20/30 et des expérimentations des tailleurs. Cette mode s’est très rapidement diffusée. Vous pensez, quelle aisance !

Mais elle est passée. De nos jours, les pantalons redeviennent près de la jambe, voire même très près de la jambe pour les jeunes qui portent des jeans ‘skinny’. Si je trouve ça parfois aventureux, je n’ai plus un œil hostile à ce sujet. Car au fond, c’est une tendance de l’homme européen depuis des siècles. Une belle jambe se montre ! C’est un fait historique. Regardez un portait de François Ier ou de Vercingétorix (avec ici une pincette sur la véracité historique).

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Pourquoi j’écris cet article? Car je suis allé récemment chez Carhartt et Uniqlo pour me trouver quelques modèles de vacances et que j’ai été amusé par deux faits modernes mais à l’écho ancien :

1- les pantalons sont proposés à la vente pliés par les côtés. Ils sont à plat et pliés sur la fourche. Ce faisant, cela marque les plis sur les côtés, au même endroit que les coutures. Les plus amateurs d’ouvrages de références et de Stiff Collar savent qu’au tout début des pantalons, quand Edouard VI n’était que le Prince de Galles (époque 1860-1900), les plis étaient aussi marqués sur le côté! Un retour en arrière, par rapport à ce pli très structurant (et valable uniquement si la coupe est large) apparue après 1900 pour ne pas dire véritablement dans les années 30.

De nos jours, même sur les pantalons de laine des costumes, les plis sont souvent estompés. D’une part car les matières fines ne les supportent plus longtemps, et d’autre part, car les clients ne s’en préoccupent plus. Certains portent même le pantalon de costume de manière molle, un peu comme un jogging. De toute manière, s’il est coupé à 18cm en bas et que la cuisse est fine, aucun pli ne restera.

2- les pantalons sont coupés étroits comme aux premiers temps (pas forcément tous en coupe slim mais quand même) et ce faisant, ils marquent tous les dessous de genoux. Ils froissent et pochent à l’horizontale là où le mouvement est continu. Regardez une gravure de Beau Brummell, vous les verrez bien ces pliures sous le genoux, puisque la jambe est étroite.

Si en tant que tailleur je cherche à faire des pantalons très droits et stricts, donc un peu large, les clients dans leur grande majorité ne cesse de faire réduire bas, genoux et cuisse. Le résultat est le même qu’en 1830, des pliures et cassures sous le genoux, plus ou moins accentuées se forment. Et cela sans qu’aucun reproche ne m’en soit fait, ce doit être un effet plaisant. J’espère mon illustration à ce propos très parlante !

Comme vous le voyez, ces petits points d’histoire sont passionnants et très éclairants. La mise en perspective permet d’expliquer le présent et parfois de deviner le ou les futurs. Cela permet aussi de relativiser les errements des plus avant-gardistes…

Bonne semaine, Julien Scavini

PETITES CONSIDERATIONS SUR LA COUPE DU PANTALON

14 septembre 2015

Les plus attentifs d’entre vous, les plus âgés aussi ont peut-être remarqué qu’aujourd’hui, on ne coupe plus les pantalons comme avant. Le tomber est différent. Je vais essayer d’expliquer ce qu’il s’est passé en 30 ans à ce sujet, car cela me questionnait aussi. Je suis arrivé à mes conclusions après plusieurs mois de recherches, qui m’ont amené à interroger des vieux tailleurs et des modélistes et techniciens d’industrie. Les réponses furent incroyables parfois !

L’article suivant est assez suggestif, je m’en excuse, un chat est un chat, surtout qu’il s’agit d’évoquer des points techniques.

Tout commence par une interrogation à propos du port à droite ou à gauche du sexe dans le pantalon. Les plus âgés de mes clients formulent souvent cette demande, car montant le pantalon assez haut, un excès de tissu se forme du côté opposé le long de la braguette. Ce pli de tissu est assez ardu à faire partir sur un pantalon terminé, mais pas impossible, c’est une retouche que je fais assez souvent. Dans un pantalon à plis, qui possède plus d’aisance, à cause du pli justement, ce bourrelet de trop est plus visible encore (le plus souvent à droite, car 80% des hommes portent à gauche. D’ailleurs la vieille blague tailleur consiste à dire que quand on porte à gauche on vote à droite et inversement. Les tailleurs sont plutôt à droite par ailleurs…)

Pour comprendre cette altération droite et gauche mal gérée industriellement, je me suis mis à coudre des toiles. Je me suis alors servi de livres de coupe. Et entre une coupe tailleur des années 60 et une coupe actuelle, c’est le jour et la nuit. Quelles différences, pour quelles implications ?

La coupe la plus ancienne propose de couper la ligne milieu devant le long d’une verticale. La braguette est dite droit-fil. A peine donne-t-on un peu de fruit (de pente) d’un côté pour gérer droite et gauche. Vous découvrez sur les deux illustrations ci-dessous le plan de coupe. C’est assez difficile à comprendre, tant le pantalon est en volume.

A4 Portrait _ Master LayoutA4 Portrait _ Master LayoutLa coupe moderne donne en revanche de la pente à la ligne milieu devant. La braguette se retrouve en biais. Ce constant est corroboré par un bermuda de surf que j’avais démonté il y a quelques temps pour en tirer un patronage. La ligne devant est oblique. Cela donne du volume, alors même que (-hypothèse-) on en a pas besoin à cet endroit, plutôt vertical.

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Diantre, quelle différence donc  et pourquoi ?

J’ai testé la vieille coupe. Elle m’a donné un pantalon très ample, une ligne à la Gabin. Parfaite mais immense. J’ai alors commencé à réduire sa cuisse et donc sa pointe comme on dit en tailleur. Mais très vite, la position sur les hanches est devenue inconfortable et je me suis senti serré, sans pour autant avoir une cuisse bien fine. Cette coupe ne permettait pas de faire la coupe ajustée moderne.

Avec la coupe moderne, le pantalon était prêt de la jambe, idéal, avec un peu de volume devant, que l’on appelle moustache dans l’industrie.

Par ailleurs, le pantalon ancien avait une façon d’emboiter le côté (le rond de hanche) très curieuse. On avait l’impression que l’on allait pas pouvoir entrer dans le pantalon, il paraissait étroit à la ceinture, alors que pas du tout en réalité. Il emboitait bien et montait haut. La coupe moderne elle ne m’a pas questionnée plus que ça.

Voici des considérations et ressentis très techniques allez-vous me dire. Je vais aller au but maintenant.

J’ai donc appelé des spécialistes pour corroborer mes hypothèses, car j’en avais déjà. Deux points sont captivants et renvoient à une certaine vision du monde : la sexualité et le commerce.

  • la braguette a été coupée en biais car on a fait descendre la hauteur des pantalons. On les a fait plus taille basse. Un peu ou beaucoup. Un premier problème s’est posé :  avec une taille plus basse, la ceinture étant anatomiquement bloquée par l’os de la hanche (le pantalon ne pas pas descendre plus bas), cela attire le fond de pantalon vers le haut, réduisant l’espace de l’entrejambe. Dans le même temps, on a voulu affiner la cuisse pour faire plaisir aux messieurs. Pour régler ces deux problèmes conjugués et pour équilibrer la coupe, on a transferrer de la pointe arrière vers l’avant.En même temps que l’on a baissé la taille, l’homme s’est mis à porter slip et boxer, pour un port au ‘centre’. Donc inutile de porter le pantalon à gauche et à droite. En revanche, avec un montant bas, il se posait un problème de place pour le pubis comme je l’ai dit. L’agrandissement de la pointe avant sert cette problématique. J’espère que vous suivez, c’est très technique.C’est l’industrie du jean qui a été précurseur. C’est elle aussi qui mène la danse. Certaines marques comme Diesel l’ont bien compris, le jean doit mettre ‘le paquet’ en avant (la photo dont le dessin ci-dessous est issue ne ment pas !). C’est de l’hypersexualisation. La toile de denim est très rigide, vous le savez. Et bien en réduisant la hauteur de port et en coupant en biais la braguette, on donne l’impression de volume. C’est très baroque finalement. Nous revenons à la Renaissance où les braguettes étaient rembourrées. Une braguette de jean est en plus faite de plusieurs couches et de beaucoup d’épaisseur. Cela donne même assis un volume, une protubérance recherchée par les modélistes pour l’œil des clients. Vous avouerez quand même, c’est cocasse et amusant ! Ce phénomène se renforce aussi grâce au travail des fabricants de sous-vêtements boxer, qui cherchent à soutenir voire à projeter l’entrejambe en avant, plutôt qu’en dessous, comme Aussiebum par exemple. N’en déplaise à Eric Zemmour, il est amusant de constater que l’homme occidental se sexualise. C’est vous l’avouerez une conclusion drôle à ma recherche. Une pure question d’orgueil masculin.

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  • le second point de détail m’est apparu au sujet du rond de hanche beaucoup plus exacerbé sur la vieille coupe (comparez les plans en haut). En effet, la braguette étant verticale, la force de pince (c’est à dire la valeur de tissu que l’on retire pour arriver à la ceinture, plus petite que le bassin) est passée sur le côté. La poche se retrouve dans une couture très ronde sur la coupe ancienne. Ce n’est pas le cas dans la coupe moderne, où la valeur de pince est un peu passée sur le devant (on profite de la pente de braguette). Mais, un pantalon dans la vieille coupe ne se pose pas forcément bien à plat, car il a du volume sur le côté, il est rond. Intolérable dans le prêt à porter où les pantalons doivent être plan pour figurer bien en évidence sur des tables. C’est ainsi que l’on a aplani le rond de hanche (et répercuté la valeur de pince sur la braguette en la penchant), pour mieux vendre le pantalon présenté plié, c’est ce qu’on appelle dans l’industrie de ‘fold appeal’ . Un truc commercial a donc présidé à l’évolution de la coupe. C’est aussi vrai pour la veste, dont les manches sont montées très en avant (ce qui crée des plis derrière la manche lorsqu’on la porte) pour satisfaire le ‘hanger appeal’, c’est à dire la beauté sur cintre, qui vous fait acheter.

 A votre échelle, vous pouvez voir comment votre pantalon est coupé (il y a de forte chance pour qu’il le soit de manière moderne), il suffit de regarder comment tombent les rayures à la braguette. Si elles sont verticales, la coupe est ancienne. Si au contraire les raies arrivent penchées, il s’agit de la coupe modernisée. Elle donne un confort supplémentaire assis avec des sous-vêtements modernes (son corollaire étant un petit manque de netteté, les fameuses moustaches). Donc par exemple, un caleçon avec un pantalon moderne n’est pas logique.

 A4 Portrait _ Master LayoutVous le voyez donc, à partir d’un tout petit questionnement, on arrive à des conclusions très amusantes. Il y aurait un thèse à faire sur ce sujet tant il est vaste. C’est surtout le questionnement sur la place de l’entrejambe dans le pantalon qui aura le plus attiré mon attention, car il renvoie à des considérations historiques passionnantes et à une expressivité corporelle dont on parle peu. Et oui, un jean de nos jours, c’est fait pour mettre le sexe en valeur ! Quelle conclusion !

Bonne semaine, Julien Scavini

Le bermuda

8 juin 2015

Il fait chaud, il fait chaud. Ce dimanche après midi pour me reposer et voir un peu de verdure, je suis allé me promener autour du Grand Canal à Versailles. Ce fut l’occasion d’y constater la tenue officielle en vigueur les jours de chaleurs : chaussure bateau, bermuda, ceinture et polo (le plus souvent rentré dans le short). Les tons sont classiques, marine et blanc ou col colorés (vert, rose). J’ai vu aussi quelques plus lointains visiteurs en pantacourt… Ouhla, je ne préfère même pas commenter. Quelques scouts portaient également le bermuda, assez court sur la cuisse. J’ai également croisé des messieurs qui faisaient de la course à pied, en mini mini short. Je me suis alors questionné sur la longueur du bermuda et son histoire. Quelle est la norme de longueur de cette pièce. Aux genoux? Au dessous? Très au dessus? Étudions cela quelques instants.

L’histoire de cette pièce aérée est difficile à tracer. Le short sur les courts de tennis serait apparu durant les années 30. Plus précisément, l’auteur Josh Sims rapporte que ce serait le champion Bunny Austin qui aurait le premier coupé son pantalon lors des championnats américains de 1932. Est-ce vrai? Il est certain que les sportifs aux quatre coins du monde ont du y penser, très tôt je pense.

Les anglais ont une autre histoire et estiment avoir inventé la pièce. Ce serait les militaires en poste au Bermudes (alors siège de la Royal Navy pour l’Atlantique Nord) qui auraient demandé à raccourcir leurs pantalons jugés trop chauds pour les tropiques. L’Amiral Mason Berridge aurait accepté qu’une telle chose fut faite. Pour son propre agrément aussi. Mais en contrepartie du raccourcissement du pantalon en short dit ‘bermuda’, le port de chaussettes très hautes devint obligatoire. Cela rappelait un peu l’élégance en culotte à l’ancienne et bas de soie. Le bermuda ainsi créé doit avoir des pinces et pouvait être porté aussi bien le soir qu’en journée, chose très étonnante. La mode fut si populaire que les habitants des Bermudes firent du bermuda un élément du costume national et les policiers étaient ainsi vêtus.

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Dans le détail, je n’arrive pas à savoir la longueur exacte de ce bermuda militaire. Josh Sims rapporte qu’il doit être coupé à 7,5cm au dessus du genou (peut-être le milieu). A l’inverse, wikipédia anglais dit 1 inch au dessus, soit 2,5cm au dessus (peut-être à partir du haut du genou). Du coup cela reviendrait un peu au même. Dans la marine nationale française, le bermuda se porte très court, je pense 10 à 15cm au dessus du genou. Il faut avoir de belles cuisses bronzées pour ça !

Une chose est sûre, plus il est long, plus il doit être large. Car s’il est étroit, en position assise, le genou sera bloqué. Cela explique que les bermudas de surf, très long et en dessous du genou, sont aussi très larges. A l’inverse, plus vous montez le long de la cuisse, plus le diamètre peut-être étroit. Il peut par ailleurs être terminé avec un ourlet simple ou alors avec un revers.

Enfin dernière chose, pour les anglais et les américains, il est tout à fait admis – sous des latitudes chaudes – de porter le bermuda dans des occasions formelles. Il doit alors être complété d’un blazer et d’une cravate. C’est amusant !

La couleur des pantalons et des souliers

2 mars 2015

Commencer à assembler une garde-robe raisonnée demande un peu de réflexion, sur ses propres usages en particulier. Être majoritairement au travail en costume ou au contraire en décontracté change la donne. Si vous n’avez pas besoin du costume pour tous les jours, acheter quelques bons pantalons est important. Mais par quoi commencer?

Du point de vue anglais, le pantalon dépareillé est par essence gris. Le pantalon gris est le complément indispensable des vestes en tweed et des pullovers. C’est la tenue idoine pour toutes les occasions informelles. Le pantalon gris peut aussi faire moins british s’il est associé avec un pull anthracite ou noir et des souliers noirs. Il devient alors plus urbain, bon chic bon genre. Avoir plusieurs tonalités de gris est envisageable et souhaitable, anthracite, gris moyen, gris clair. Avec, aucune erreur, vous serez toujours le ton.

Si vous allez un peu au delà de ce raisonnement sur la couleur, vous pouvez aussi imaginer des pantalons gris dans des matières plus saisonnières. Par exemple un pantalon gris moyen en flanelle pour l’hiver et un autre gris clair dans une laine froide très légère. Non pas que le clair soit réservé à l’été et le foncé à l’hiver d’ailleurs, une flanelle presque blanche peut créer des accords merveilleux avec le tweed durant la saison froide.

Au delà du gris, vous pouvez acheter un pantalon bleu marine. Comme je l’avais dit il y a quelques temps dans un article consacré au sujet, il remplace merveilleusement tous les chinos marine. Et en laine, le tombé est bien meilleur. Avec un pantalon marine, vous tenez la pièce passe-partout, à additionner d’un pull aubergine ou gris clair, d’un pull zippé marron etc…

Je recommande aussi la possession d’un pantalon de laine marron, qui est un essentiel simple de la garde-robe aussi. Le marron n’est pas une couleur facile et ne va pas forcément à toutes les peaux. Mais le pantalon est loin des yeux et du visage, la mine apparaitra moins terreuse qu’avec une veste marron par exemple, qui n’est pas facile à manier. Le pantalon marron va très bien avec un pull marine ou une belle veste de tweed, unie ou à carreaux. Réalisé dans un drap de super 120’s, il sera doux et remplacera avantageusement le modèle en tweed qui gratte.

Enfin, le pantalon chino réalisé en toile beige de coton est l’essentiel de presque toute garde-robe. Attention toutefois à choisir un coton avec de la tenue et un modèle avec surtout pas trop d’aisance. Car un chino beige mal ajusté peut vite faire sac à patates. Les pinces sont à utiliser avec précautions à ce sujet.

Une fois ce tour d’horizon effectué, quelle couleur de souliers mettre. Voilà une question passionnante aussi et qui mérite réflexion. A priori, toujours dans une optique classique, le soulier noir ne va qu’avec le costume et n’est pas adapté à une tenue dépareillée. Seulement si vous ne portez jamais le costume et que vous souhaitez tout de même porter des modèles noirs, vous pouvez. Le tout est de faire cela avec chic et allure.

Ainsi, j’ai tenté des associations à ce sujet. J’ai dessiné un pantalon et je propose les couleurs de cuirs qui iraient avec. Cette proposition vaut pour un pantalon seul et pour un costume aussi. Dans un premier temps, avec un pantalon anthracite, le soulier noir va bien. Je ne l’ai pas dessiné mais un soulier en veau-velours foncé est aussi idéal. Avec un pantalon marine, le noir va (si vous portez le costume) et le marron va (si vous portez le costume ou le pantalon seul). L’accord de marine et de marron est difficile aux yeux des anglais. L’accord de marine avec du noir est difficile aux yeux de nombre de mes clients mais pas des anglais. Choisissez votre camp !

ILLUS76aAvec des pantalons gris moyen et gris clair, la chaussure noire continue d’aller, en particulier si vous portez le costume. Si le pantalon est seul avec des souliers noirs, il vaudra mieux jouer une carte plus urbaine en complétant en haut avec de l’anthracite ou du violet par exemple, une couleur sombre. Le marron foncé type bergeronnette est toujours bien vu et le marron clair presque mordoré apparait. Ces souliers très clairs sont maintenant très à la mode. Autant en parler. Ils correspondent au goût actuel pour le mélange très ‘Brunello Cuccinelli’ de gris très clair et de couleur camel. Un engouement italien pour les nuances claires.

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Enfin, avec les pantalons marron et beige, c’est évident, il faut accorder les cuirs dans les mêmes tons. Et je ne parle même pas des souliers burgundy et autres fantaisies patinées.

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Je vous souhaite une excellente semaine, Julien Scavini.

Le pantalon à carreaux

9 février 2015

Il y a quelques années au début du blog, je me souviens m’être intérrogé sur l’usage d’un pantalon à motif, comme le carreau, porté seul, sans la veste. Je trouvais l’idée saugrenue, autant que celle d’un pantalon uni bleu marine. Les années ont passé et mon goût très britannique et très figé dans un carcan de code 1950 a lui aussi évolué. L’âge, mon développement professionnel et la confrontation aux multiples idées soumises par mes clients expliquent peut-être cela.

Quoiqu’il en soit, j’ai pris l’habitude le samedi, le jour du commerce et aussi le jour où je suis le plus en effervescence de m’habiller décontracté. C’est à dire que je ne mets pas de veste. Car lorsqu’il faut se baisser de manière intempestive pour mettre un ourlet en place, ou examiner la longueur d’une manche, la veste n’est pas pratique. Certes, le gilet a été inventé pour cela, mais je n’en ai pas encore assez.

Depuis un certain moment alors, j’ai pris l’habitude de porter un chino bleu marine, une couleur que j’aime, surtout en association avec du marron et du marron veau-velours. Tenue que j’ai renforcée par l’adjonction de paires de bucks blanc et crème que j’ai acheté il y a quelque temps. Car qui dit tenue décontractée ne veut pas dire tenue négligée. J’essaye de cette manière de trouver un style un peu américain 40’s. Seulement voilà, le coton c’est moche. Un pantalon de coton se froisse très vite et fait débraillé. En bleu marine, c’est pire, la couleur fait délavé. Y compris d’ailleurs avec les plus beaux cotons.

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En souvenir d’un monsieur très élégant, mais très simple aperçu dans le métro il y a quelques mois, je me suis alors confectionné un beau pantalon bleu marine lumineux, en laine simple super 120’s. Et dès lors ma tenue du samedi était toute trouvée. Chemise à rayures bengal ou carreaux fins, pantalon de laine bien coupé, richelieu ou mocassin en veau-velours, avec quand il fait froid, un peau pull violet, marron ou beige. Un ensemble un peu italien, j’en conviens.

Et puis, un client est venu me voir un peu avant Noël pour réaliser un pantalon de tartan, type golf, pour mettre le week end. L’idée m’est apparue fabuleuse. En regardant des dessins d’Apparel Arts, toujours disponibles ici, je me suis aperçu que la chose pouvait avoir de l’intérêt.

Le pantalon à motif, prioritairement le carreau, le prince de galles ou le tartan, a de l’intérêt car il est la pièce principale d’une tenue. Car lorsque l’on ne porte pas de veste, il est possible d’être vite fade. Or, le pantalon ainsi réalisé apporte immédiatement un plus. En haut, la chemise peut être unie ou arborer de fins carreaux. Le pull-over est le plus souvent uni. Il n’apporte rien mais peut tempérer le carreau.

Aussi, je trouve que le pantalon à carreaux est le parfait lien vers des souliers de qualité. Il les mets bien en valeur dans mon esprit. La tenue peut être dans l’ensemble à la fois sobre et contrastée.

Car le pantalon à carreaux permet de jouer avec une ou deux couleurs. Il peut être gris avec un prince de galles fenêtré violet, il peut être en prince de galles beige, il peut être en tartan de bleu et de marron, il peut être vert à discrets carreaux rouille, etc etc etc. Vous pouvez ainsi broder autour de ces couleurs, pour faire des rappels sur la chemise, d’autres sur le pull ou le cardigan, d’autres sur le soulier. La variété est importante.

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Enfin, le choix est moins risqué. Car lorsque l’on parle de veste sport, la réalisation sur-mesure est plus complexe que pour une veste unie. Que choisir ? Quel tweed ? Comment se rendre compte de l’effet final ? Le motif n’est-il pas trop fort ? La couleur pas trop criarde? Que de questions que seuls les plus téméraires osent affronter. Alors qu’un pantalon, entre 300 et 400€, représente un risque moindre et une fantaisie calculée.

Bref, j’ai comme vous le voyez sur ce sujet, abandonné mes grands principes anglais. Car au fond, la plus grande élégance de nos jours est une élégance de la situation. Il ne sert à rien d’être endimanché pour être endimanché. Il convient plutôt de faire l’effort maximum suivant son rythme de vie et le milieu dans lequel on évolue. Être un plouc friqué et décontracté en doudoune Moncler est à la portée de beaucoup. Réfléchir à l’accord de son pantalon de tartan avec son chandail William Lockie et ses brogues est autre chose et le résultat sera toujours plus plaisant aux yeux des amateurs, y compris aux plus britanniques !

Bonne semaine, Julien Scavini

La hauteur du pantalon

9 décembre 2013

Evoquons aujourd’hui la hauteur de port du pantalon, sujet récurent et ô combien épineux ! Car au fil des mois, j’ai tout vu : les jeunes qui veulent des tailles hautes, les messieurs âgés qui ne portent plus que des jeans taille basse (pour le ventre), chaque catégorie voulant tester une nouvelle approche pour se sentir plus libre, plus à l’aise. Autant de conversations menées, autant de conseils répétés que je vais essayer de synthétiser dans cet article.

En effet, la hauteur de port d’un pantalon dépend grandement du placement sur le haut des hanches. Et ce point est critique. La recherche de celui-ci est lié au ‘montant’ du pantalon. Le montant, c’est la différence entre la hauteur du pantalon (prise sous la ceinture) et l’entrejambe, c’est à dire la mesure de la couture intérieure.

Commençons par tuer dans l’œuf un mythe : pour un personne donnée, la mesure de l’entrejambe sera toujours la même (sauf pour certains jeans qui se portent tombant). Toujours. Cette mesure ne varie pas d’un pantalon à l’autre. Ce qui varie en revanche, c’est le montant.

Hauteur du pantalon = entrejambe + montant.

coupe pantalon

Si l’entrejambe est invariable, restent les deux autres paramètres. Ce détail ne fonctionne que si l’on porte le pantalon correctement : à savoir la fourche parfaitement placée sous le sexe (si celui-ci est considéré porté au centre, car avant on coupait pour gauche ou droite). Je demande toujours aux clients de porter ‘à sensation’. Si le pantalon ne touche pas, il tombe. Il y a alors trop de tissu dessous, cela rend moche.

J’ai eu quelques fois des messieurs d’un certain âge demandant des tailles classiques voire haute, avec du ventre. A la livraison, le pantalon ne tenant  pas sur le ventre mou (et sans bretelles), le pantalon tombe. Ces messieurs rétorquaient qu’il y avait trop de tissu dessous… Mais ce tissu en trop n’est que l’expression d’un montant haut.

Ceci est un problème assez récurent. Le pantalon dit à taille haute, s’il n’est pas porté avec des bretelles, a une tendance à tomber. Et il y a alors trop de tissu dessous. Un classique du pantalon porté par les américains. Et ce n’est pas une question de mauvaise coupe. Juste de mauvais style.

Avec bretelles, la question ne se pose pas, le montant de pantalon peut grandir indéfiniment. En revanche, avec ceinture, son calcul est plus compliqué. Nous sommes à l’heure actuelle à une époque charnière. Les coupes ayant évoluées et les matières aussi, les pantalons sont coupés plus étroits. Cela entraine une quête compliquée, je pense que vous confirmerez, du bon pantalon ! Car s’il est trop haut, il va comprimer le ventre lorsque vous allez vous asseoir.

Le pantalon taille haute arrive au dessus du nombril, au niveau du ventre ‘mou’. Ainsi, en station debout, pour tenir sans bretelles, il devra être serré, pour tenir à la taille. En revanche, une fois assis, le ventre se relâchant, une désagréable sensation d’étranglement apparait. Trop serré. Et lorsque vous vous relevez, le pantalon tombe car il ne retrouve pas immédiatement la taille. Conclusion, avec une taille naturelle, les bretelles sont obligatoires. Même plus, il doit être un peu ample à la ceinture pour ne pas comprimer. La coupe taille haute s’accompagne souvent d’un pantalon coupé droit, sans rétrécissement au genoux, appelée full-cut. Le dos en arête de poisson rend le port des bretelles idéal.

En dessous de la taille naturelle, il y a les hanches: le haut des hanches puis le milieu du bassin. Ici, l’os ne se relâchant pas, aucun sentiment d’étranglement, le pantalon tient tout seul. Cette façon de porter le pantalon à taille classique ou moderne ( à la différence de la taille naturelle ) apporte un grand confort avec une ceinture. Une impression de taille haute peut être donnée en recherchant finement le point d’appui sur le haut des hanches. C’est la grande majorité des coupes.

hauteurs du pantalon

Pour essayer d’y voir clair, voici un petit comparatif que j’ai dressé permettant de comparer différents montants par rapport à la longueur de la braguette zip. Le montant est en réalité plus long que la seule braguette, mais la variation en plus est presque une constante.

  • Hauteur taille basse : de quelques centimètres à 10cm de zip.
  • Hauteur moderne milieu des hanches : 14 cm de zip.
  • Hauteur classique haut des hanches : 15 à 16cm de zip.
  • Hauteur à la taille naturelle : 18 à 20 cm de zip.
  • Hauteur à la taille haute : plus de 22 cm de zip.

Ces valeurs sont données pour indication sur les tailles intermédiaires, disons du 38 au 46.

Vous le constatez, un pantalon à la fois classique et moderne – la plus difficile des gageures – ne sera pas si haut que ça. Normal, les hanches humaines, plutôt les os iliaque droit et gauche ne sont pas très hauts.

Enfin notons un dernier point. Pour les messieurs avec beaucoup de ventre, le pantalon ne trouve absolument pas sa place sur les hanches et encore moins sur le ventre. Un port haut sans bretelles est à exclure. Deux options restent : soit le pantalon taille basse intégrale, soit le pantalon coupé très en biais. Une réelle difficulté pour le tailleur, mais un résultat qui peut être idéal : une taille classique sur l’arrière et les reins (montant simulé 18cm), une taille basse devant avec un zip de 12 à 14cm sur le devant. Mais c’est pas facile à réaliser !

pantalon gros ventre

Enfin petit point de détail tailleur, la taille des pantalons en France est la demi-ceinture, relevée à la taille naturelle. Quelqu’un avec un taille de 96cm fera une taille 48. Sur un pantalon à la taille naturelle, la dimension de la demi-ceinture sera 48cm. Mais sur un pantalon ‘moderne’, le bassin étant un peu plus large que la taille, la demi-ceinture fera 49cm. Une question – logique – de coupe !

Pantalons en coton d’hiver

18 novembre 2013

Continuons sur la lancée initiée il y a quelques semaines – et ajournée durant le pont du 11 novembre – sur les pantalons de l’hiver. Nous avons ainsi passé en revue les tissus de laine, comme les whipcords et les flanelles, intéressons nous ce jour aux cotons. Ah le coton, la matière presque universelle de nos jours, tant les jeans ont envahi la rue. Mais au delà ce la grosse serge de toile denim, il existe d’autres manières d’utiliser le coton.

A l’inverse de la laine, le coton est plus doux contre la jambe, beaucoup plus doux. C’est son point le plus attractif. En revanche, il froisse beaucoup plus que la laine, son tombé est moins naturel. Problème qui est compensé par sa facilité d’entretien. Un passage en machine est possible, quand la laine exige plus de délicatesse et un recours au pressing.

Pour l’hiver, le velours apparaît comme LA référence. Chaud, moelleux, il se décline en une important variété de coloris, les plus classiques étant le mordoré, l’orangé ‘whisky’ ou le vert sapin. Bien sûr, les bleus marines peuvent être très beaux avec des souliers en veaux velours, dans un accord à l’italienne.

Le velours peut se présenter sous deux formes : le velours lisse, appelé ‘palatine’ qui est totalement inadapté à la confection de pantalons et le velours côtelé, qui nous intéresse ici. Notons que le velours est fabriqué par des métiers à tisser qui exécutent des boucles de fils sur une toile de base. Ces boucles sont ensuite rasées pour faire apparaître le côté ‘poilu’.

A.01 Layout _ LayoutLes velours côtelés peuvent se présenter sous trois formes : les mille-raies, les 750 raies et les 500 raies, appelées grosses côtes. Les mille-raies ne sont pas très raffinées et souvent rejetées par les ouvrages érudits. Mais c’est une question de goût, car ces mêmes ouvrages font l’éloge des 500 raies / grosses côtes. Pour ma part je trouve celles-ci un peu vieillotte, s’avachissant très vite. Mais encore une fois, pure question de jugement personnel. Les 750 raies m’apparaissent plus raffinées… Les velours côtelés font un poids moyen de 350 à 400grs, voire 500 à 620grs pour certaines références. Je rappelle le poids moyen d’un costume : 260 à 340grs.

Après les velours, nous pourrions citer les cotons grattés, type serge lourde. La maison Holland & Sherry en édite toujours de très belles l’hiver. C’est chaud et cela ressemble un peu à une serge peignée.

Enfin le dernier choix, celui des connaisseurs est la moleskine. La peau de taupe en français est une étoffe lourde (450 à 650grs) de coton à l’aspect peau de pêche. C’est l’un des must-have de l’hiver. Disponible dans une grande variété de coloris, la moleskine est très chaude, très moelleuse et garde surtout sa forme. Si les chinos en coton froissent facilement, le poids de celle-ci lui donne un tombé parfait ! Que demander de plus !

Le pantalon de flanelle

4 novembre 2013

Suite logique de l’article de la semaine précédente, évoquons aujourd’hui le pantalon de flanelle, un classique entre les classiques. Pour ceux qui ne connaitraient pas, la flanelle est un tissu de laine très feutrée, moelleux. Mais elle ne doit pas être confondue avec le feutre. Le feutre de laine (qui sert par exemple à faire les dessous de cols) est une matière non-tissée. Il s’agit juste de fibres agglomérées entres elles par un procédé de foulage. On parle alors de textile non-tissé. La flanelle bien au contraire est une matière tissée.

La véritable flanelle (au sens technique) est une toile. Relisez l’article de la semaine dernière pour un aperçu rapide de ce terme. C’est une toile de fils plutôt épais et surtout c’est une toile tissée lâche. C’est à dire qu’il a y de l’air qui passe entre les mailles. La surface du tissu est ensuite foulée, c’est à dire grattée, pour que les fibres ‘feutrent’. Ainsi le côté duveteux apparaît et cache ainsi les fils. Il s’agit donc à la base d’un tissu plutôt aéré, c’est pourquoi on l’utilisait pour les costumes d’été et pantalons de sport au début du siècle dernier. Mais évidemment c’est un tissu très épais que l’on aurait plus idée de porter sur la plage… cela s’est fait !

La vraie flanelle est donc un tissu plutôt lourd, une toile au dessus de 400gr. La laine utilisée est une laine de fibres cardées, c’est à dire assez peu raffinées. Ainsi elles feutrent facilement. Cela pourrait s’apparenter à une laine vierge. Si la fibre de laine est travaillée, on parle de laine peignée (à ne pas confondre avec le terme ‘peigné’ qui désigne une laine que l’on a fait feutrer en surface). Cette laine peignée a donnée naissance aux appellations super 110’s etc. Car pour mesurer le diamètre des fibres et donner l’appellation super XXX, il faut raffiner les fibres.

pantalon de flanelleBref, de nos jours, la plupart des flanelles portent l’appellation ‘flanelle super 120’s’ par exemple. Ce n’est pas véritablement une flanelle, puisque elle incorpore des fibres peignées.

Pour avoir ce côté feutré typique de la flanelle, le tissu une fois sorti du métier à tisser est déroulé sous une machine équipée de chardons métalliques (autrefois de vrais chardons) qui grattent la surface des mailles. Cette opération fait ‘venir’ la fibre, la fait feutrer en surface.

Pour beaucoup, le principal souci des flanelles est l’épaisseur. Car pour avoir de la tenue – le tissu étant lâche – il faut de l’épaisseur. Sinon un effet d’affaissement apparaît. On dit que le pantalon ‘poche’ sous les genoux, sous les fesses, en le détendant à ces endroits. Une toile feutrée fine se déliterait très vite. Les grands drapiers ont donc maintenant recours le plus possible à des bases de serge. Après tissage, le tissu suit le même procédé de feutrage / foulage pour faire apparaître le moelleux de la flanelle. Techniquement, il s’agit de serge foulée, serge peignée ou serge grattée, mais elles sont appelées commercialement flanelles. L’avantage ? 350, 300 voire 280gr, soit un gain très important !

Ainsi, ces flanelles de 300gr seront presque aussi solides que celles de 500gr. Le tombé sera un peu moins impeccable, mais le confort sera le même ; un confort moelleux, chaud, idéal pour l’automne et l’hiver, en complément de beaucoup de vestes, tweed campagnards ou urbains.

Si toutefois vous n’aimiez pas la flanelle qui gratte (c’est de moins en moins vrai tout de même), vous pourriez vous laisser convaincre par ce que les anglais appellent ‘pick & pick’, un tissu sec, fils à fils, très chiné.

Bel hiver ! Julien Scavini

Pantalons en laine automnaux

28 octobre 2013

Cette semaine, intéressons-nous à une catégorie d’étoffes de laine, aux tissages anciens mais pourtant plus qu’idéals pour les pantalons : les dérivés de serges complexes, à savoir les whipcords, les cavalry twills, les Bedford cords et autres gabardines de laine. Je rappelle qu’il existe en textile classique pour homme deux grandes catégories de tissage : la toile et la serge (autrement appelée twill). Dans une toile, les fils se croisent à 90°, l’un sur l’autre. C’est simple. Dans une serge, les fils se croisent toujours à 90°, seulement les fils ne se superposent pas de manière linéaire, un sur deux, mais plutôt un sur trois etc… En découle un effet d’escalier, créant l’effet d’une diagonale à 45°.

Ces différentes matières en serges complexes étaient utilisées pour réaliser des culottes, le type court comme les knickers ou des pantalons plus longs (pendant sur le talon, d’après l’étymologie du nom).

Le cavalry twill est le plus connu. Son nom est hérité des culottes d’équitation qui étaient réalisées dans cette étoffe lourde et très endurante. Cette catégorie de serge est en effet – par sa construction – particulièrement indiqué pour les vêtements subissant une forte abrasion, comme c’est le cas entre le fessier et un siège. Le cavalry twill fait aussi apparaître des diagonales à 70°, mais celles-ci sont composées de petites échelles… Entre deux côtes, on peut ainsi distinguer de petits mailles horizontales.

Le whipcord présente de grosses côtes (plus ou moins fines suivant le tissage) allant dans une diagonale à 70° (et non à 45° comme une serge classique). Les whipcords sont souvent très beaux, surtout dans des coloris clairs, car des effets chinés apparaissent. C’était un grand classique de la maison Arnys l’hiver. Un aspect à la fois rustique et précieux.

Le Bedford est une étoffe particulièrement ancienne, qu’il est difficile de trouver maintenant. La maison espagnole Gorina m’en fournit de très lourds, aux alentours de 500gr (ce qui représente quand même le poids d’un manteau contemporain !). L’aspect est semblable à du velours côtelé, avec ses côtes verticales en relief. Un client m’a un jour montré un vieil ensemble du siècle dernier comprenant culotte de cheval et gilet croisé, le tout en bedford blanc, pour l’équitation. Superbe.

La gabardine – de laine – a une histoire plus compliquée. Souvent réalisée en coton, elle a donné son nom à un manteau en France : la gabardine. Mais c’est une ellipse linguistique. La gabardine est un type de tissage. A l’œil elle n’est pas facile à reconnaître d’une serge classique, mais ses diagonales sont plus penchées.

Ces matières sont donc idéales pour réaliser de beaux pantalons, chauds et endurants, idéals pour la mi-saison et même l’hiver. Nous verrons bientôt quels pantalons en coton pourrait s’y substituer. Un whipcord brun irait à merveille avec une veste en tweed, et le même en gris pourrait compléter aisément un blazer en flanelle. Voici une pièce versatile incontournable !

A.01 Layout _ LayoutLes tissus scannés proviennent de chez Holland & Sherry et Gorina. Bonne semaine, Julien Scavini

PS : je me suis enfin décidé à acheter le domaine STIFF COLLAR .COM à WordPress, ce qui débarrasse les bas de pages des publicités encombrantes ! Un grand pas !


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