La mode sans la mode

Un ami, tombant la semaine dernière sur un article sur Figaro traitant de l’outdoor wear, comprenez les vêtements techniques d’extérieurs, me l’a sympathiquement envoyé. Car oui, lorsque l’on chronique au Figaro, on est prié quand même de payer son abonnement. Voici donc les trois pages concernées par ce dossier… technique! Je vous laisse lire.

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A l’issue de cette lecture, mon ami me demandait mon avis. Je n’en pensais pas grand chose de prime abord. L’article est bien écrit et j’en aime bien le ton, qui ne juge pas. Et qui n’essaye pas non plus, comme souvent dans la presse, de faire acheter. L’avis est objectif, même un peu moqueur. Les personnes interviewées sont un peu caricaturales, mais le prisme le veut ainsi. Et l’avis de l’expert en page trois est instructif et plein de bon sens. C’est donc pour moi, le tailleur, une lecture instructive, up-to-date diront les anglo-saxons.

Toutefois, mon ami probablement essayait de me faire sortir quelques critiques de la chose. Une critique d’élégance, rejetant ces vêtements la. Je n’y arrive toutefois pas. Étant à scooter dans Paris, j’ai du renoncer au manteau tailleur, qui hélas n’est pas coupe-vent ou renforcé. Je me trimbale donc un  anorak, pas très joli, mais très chaud. Chacun ses petites bassesses.

Hormis ce vêtement technique et mes t-shirt uniqlo thermorégulants sous les chemises (je suis frileux), je ne suis pas tellement client de l’outdoor wear. Je ne peux critiquer ce répertoire vestimentaire sur sa simple existence. Je sais pertinemment que Décathlon est le premier vendeur en France de vêtements. Et pas de vestes en tweed ou de pantalons de flanelles. La simplicité de ces vêtements à l’usage, leur coût, apparaissent attractifs. Comment en blâmer qui que ce soit. C’est une sorte d’élégance, certes…

Car la faute, je ne peux la rejeter sur ces fabricants. Qui pour le coup méritent leur argent. Car ils font de la recherche, car ils innovent, car ils questionnent. Les vêtements techniques sont une nouvelle voie, marquant une profonde révolution avec tout ce que l’on a connu par le passé. Depuis plus de cinq mille ans, les hommes recourent aux fibres naturelles, végétales ou animales pour se vêtir. Dans des techniques de tissage et de montage ancestrales, seulement modifiées par les modes. On avait chaud en 1920 comme on avait chaud en 1420. Fourrure, laine, coton, lin, dans des formes différentes mais des même fondamentaux. La technicité actuelle apporte une nouveauté écrasante.

Je ne blâme pas les gens d’y passer. Surtout, c’est là mon argument pivot, que la mode des deux dernières décennies n’a été que consommation et fausseté pure.

Je vois beaucoup de messieurs, 40 ou 50ans, qui se sont régalés de mode dans les années 80 et 90. Ils viennent toujours avec des costumes X ou des vestes Y me demandant s’il est possible de les moderniser. Et moi de répondre, hélas que faire, rien. Le tissu est ringard, les épaules immenses, les boutons trop bas, la ligne écrasée. Des vestes de prêt-à-porter mais aussi de tailleurs. Sans parler des chandails… Le style classique, pour le rendre moderne, a été trituré. La mode avait pris le dessus, d’une manière complètement gratuite. Que je ne déteste pas pour ma part, j’ai déjà écrit sur la beauté de celle-ci.

Seulement, lorsque les messieurs ont parié toute leur penderie là-dessus, ils se sentent alors bernés. Ils ont fait confiance, ils ont acheté. Jamais un costume n’aurait eu si courte durée de vie. Un costume des années 30 est parfois plus contemporain. Ces vêtements, y compris d’ailleurs les premiers outerwear, ont vieilli, affreusement vieilli. Si vite.

L’outdoorwear a bien des excès, les journalistes du Figaro les décrivent, « trop chaud, trop tech, trop geek ». Peut-être. Ils sont une mode. Mais sans la mode. Ils ne cherchent pas l’esthétique de si ou l’esthétique de ça. Il ne cherche pas l’artifice. Il cherche la rationalité du vêtement. Il tient chaud grâce à, il est léger parce que. Ce vêtement explique sa raison d’être. Ce faisant, il s’extrait du pur débat de mode, qui n’a, à la fin, eu plus qu’un seul moteur, la nouveauté gratuite. Ici, la nouveauté a une vraie raison d’être. Ce n’est pas qu’une bande fluo ou un liseret rouge. Peut-être pour un temps seulement, on verra.

D’ailleurs, un signe ne trompe pas. Les marques de modes comme Balenciaga ou Lanvin, après avoir fait cette mode ruineuse et très vite out-dated, s’approprient ce sportwear / outdoorwear. Elles ne veulent pas en perdre une miette. Ce sont dans les montages lasers et les matériaux nouveaux que la mode trouve son eldorado. Là il y a de la justification.

Pour un tailleur, c’est paradoxale, car c’est scier la branche sur laquelle je suis. Mais de toute manière, on ne peut pas aller contre l’histoire. Il faut trouver le moyen le plus positif de s’en arranger. Pour ma part, cet été en Écosse, j’étais parti avec une petite panoplie classique, pantalon de velours, chemise rayée, pull en laine et belle écharpe. Mais pour les pieds, sachant que j’allais marcher, sous la pluie et au bord de Loch, j’avais pris ma paire de chaussures de marche… Quechua. Et j’étais très bien ainsi!

 

Je vous souhaite un joyeux Noël, de bonnes fêtes de fin d’année et de bonnes vacances peut-être!

 

A très vite. Julien Scavini

 

Y’a-t-il une raison de faire une grande-mesure ?

Je n’avais jamais osé écrire sur ce sujet. Car avec ma position de faiseur de demi-mesure, je me trouvais mal placé pour répondre. Toutefois, le temps passant, je me fais de plus en plus ma petite opinion sur le sujet. D’autant que de la grande-mesure, j’en commercialise un peu et avec succès. C’est un tailleur à la retraite qui prend plaisir à la faire, pour servir aux mieux les clients qui me le demandent. Et par ailleurs, je continue années après années de réaliser moi-même, pour un ami, une grande-mesure. Une seule. J’adore et je peste en même temps. C’est un travail long et je manque de temps. Pour réaliser ces étapes à la main, le problème crucial est d’avoir de longues plages de temps libre, au moins 4h en continu, histoire de pouvoir se concentrer sur des pans complets de l’ouvrage. Or avec une boutique, on est continuellement pris. Et d’ailleurs, c’est aussi bien pour le chiffre d’affaire!

Donc, y’a-t-il une raison objective de faire une grande-mesure?

La question m’a été posée récemment et de manière insistante par un client me commandant par ailleurs d’excellences demi-mesures.

En même temps, un client hier qui essayait une demi-mesure très équilibrée, m’a amusé avec une remarque. Il me parlait de son plaisir à fréquenter Rubinacci ou Drake’s pour les bons accessoires. Et je l’imagine par ailleurs, il n’est pas tout à fait désargenté… Je lui ai donc demandé pourquoi ne pas faire des grandes-mesures, plus dignes et statutaires vu les maisons qu’il fréquente. Tout de go, il m’a répondu « je n’en ai jamais ressenti le besoin, d’autant que ce que vous me taillez est parfait, et suffisant« .

Dont acte.

C’est donc une première partie de la réponse, appuyée ensuite par une réflexion que m’a faite un peu plus tard John Slamson : « lorsque l’on a un physique standard, bien fait, il n’y aura que peu de gain objectif« .

J’ai toujours pensé que cet argument était vrai. La demi-mesure, dans une immense majorité des cas arrive à un bon résultat. Et si le premier costume est perfectible, l’avantage est de pouvoir faire évoluer quelques paramètres pour arriver à du très bon sur le deuxième costume. Généralement, les physiques étant de nos jours relativement normés, il est possible d’avoir quelque chose de très honnête en demi-mesure. Et parfois plus honnête que le travail du petit tailleur de quartier dans les années 40 et 50… Par extension, le beau prêt-à-porter, avec quelques retouches bien senties, pourra tendre à l’excellence. Un costume Canali, bien travaillé, donnera d’excellents résultats. Le seul bémol est qu’il est impossible de choisir son tissu avec une doublure et des poches particulières.

Qu’apportera objectivement une grande mesure par rapport à une demi-mesure?

Quelques plis en moins. Soit en gros, 1000€ le pli.

Voilà une phrase lapidaire que l’on va longtemps me reprocher. Mais je la pense véridique. Une bonne demi-mesure, un peu poussée vaut 1000 à 1500€ disons. Une grande-mesure, dans les 3500 à 7000€ suivant les ateliers. En fait, cela revient à payer 1000€ par retouche, d’un pli d’épaule ici, d’une imperfection sur la cuisse du pantalon là, d’une brisure disgracieuse de la manche enfin. C’est ce que valent ces plis disgracieux que la demi-mesure ne peut complètement effacer. 1000€ du pli!

J’ai bien conscience qu’en demi-mesure il existe un moment où il faut savoir arrêter de retoucher. Car à force de retouches, la veste tombera de moins en moins bien. Et puis le prix n’intègre pas 70 retouches! Sinon, c’est de la grande mesure. Payer 3500€ et plus, c’est s’offrir l’expertise du tailleur grande-mesure. Une expertise de très haut niveau, fruit d’années d’expériences, une expertise à même de tendre le tissu sur le corps d’une manière impeccable.

A vrai dire, se poser la question de la dépense, c’est affreusement petit-bourgeois. C’est une réflexion ayant pour idée de fond « mon investissement est-il rentable? » ou « mon envie équivaut-elle mon investissement? », ce qui est d’ailleurs encore pire.

Voici donc ma conclusion du strict point de vue financier. C’est un point de vue objectif et banal. Vous payez la perfection, c’est à dire que vous payer le prix d’un aller-retour à New-York pour deux, pour corriger un pli curieux de tissu. Une retouche de luxe! J’espère que cette métaphore est assez cru pour bien marquer les esprits chagrins!

Car, il y a un car…

Il ne faut en aucun cas essayer de comparer la demi-mesure et la grande mesure. Ce n’est pas la même chose !

Y’a-t-il une raison objective pour départager une Renault Clio d’une Rolls-Royce Phantom? Non, les deux ont quatre roues et un volant, le chauffage et des phares pour la nuit. Avec les deux, vous pouvez aller d’un point A à un point B en respectant les limites de vitesses.

Seulement, ce n’est pas la même chose.

La grande-mesure, c’est un état d’esprit, l’expression d’une volonté et d’une envie. Il n’y aucune question à se poser.

Le simple fait de poser la question  » y’a-t-il une raison de faire une grande-mesure? » indique qu’il y a déjà une incompréhension de la chose. J’oserai même dire que mentalement, l’idée n’est pas mûre! Si l’on réfléchit à la justesse de ‘claquer’ – passez moi l’expression – 3500€ ou plus dans un vêtement, c’est qu’il ne vaut mieux pas le faire.

Les quelques collectionneurs de voitures anciennes – et très onéreuses toujours – que je connais ont en commun de tous avoir acheté la leur sur un coup de tête. Car si vous commencez à réfléchir à la chose, vous restez bien au chaud sous votre couette.

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Se faire faire une grande-mesure, c’est faire une expérience, c’est prendre part à l’expression d’un savoir faire ancestral. C’est participer à une philosophie de vie. C’est être heureux de faire travailler des ouvriers qualifiés, pensons à eux! Des savoir-faire coûteux.

Je disais que la grande-mesure est un état d’esprit. Je rajouterai donc surtout que la grande mesure est l’expression d’un portefeuille bien rempli.

L’immense majorité de mes clients en grande-mesure, et probablement des clients Camps De Luca ou Cifonelli, ne savent pas tellement ce que grande-mesure veut dire. Ils viennent simplement chercher un service qui correspond à leur niveau de vie. Ils ne se posent pas la question de savoir si la demi-mesure est mieux ou moins bien. Ils préfèrent ce qui leur semble mieux directement. Et l’argent ne compte pas vraiment, ils payent comptant dès la commande. Et d’ailleurs font faire des costumes gris ou bleu, tout simples. La dépense répond à un besoin, doublée d’une envie d’excellence. Point.

A l’inverse, je ne suis pas sûr de bien comprendre un client au portefeuille serré qui d’un coup dépenserait trois ou quatre mois de salaires pour réaliser un élément de penderie. D’autant plus si ce client, c’est le cas de quelques jeunes que je connais, ne travaille pas en costume. Là, je reste sans voix. A part si l’on utilise l’argument du plaisir, « se payer une tranche de vie pas ordinaire« . Alors, soit…

Ainsi donc, nous ne sommes plus dans le réfléchi, ni dans l’utile. Il n’y a alors pas à ce poser cette fameuse question. Il n’y a pas à rationaliser.  La grande-mesure objectivement apporte peu de chose. Moi je suis capable de reconnaitre dans la rue une grande-mesure. Je suis capable de voir la netteté supérieure d’une épaule ou ce coin de revers émoussé.  Quelques clients, quelques amis le peuvent, mais ils sont rares. Si vous êtes assez fin pour vous-même en reconnaitre une, alors vous êtes mûrs certainement. Mais si vous en faites faire une et que vous ne voyez pas la différence avec un costume industriel…?

La grande-mesure, c’est le plaisir de l’indicible. C’est une quête du beau à l’état pur, entre un grand vin de Pomerol et un service à dessert de la manufacture royale de Meissen. C’est au dessus de l’utile et de l’agréable. (Suivant le portefeuille bien sûr).

Car au fond, ma grande crainte, est de décevoir. Un client il y a quelques temps m’avait demandé  » s’il-y-a une raison de faire une grande-mesure? » Je lui avais répondu, « faites-en une »             . Je sais qu’il a de l’argent, aussi y-suis-je allé directement en lui proposant ce service. Finalement, après une première veste élégante, il est revenu pour une demi-mesure en me disant « franchement j’vois pas la différence« . Et ce n’est pas un philistin, c’est même quelqu’un d’érudit et de gentil. Son jugement est dénué de toute méchanceté ou ressentiment. Depuis on enchaine les vestes d’été et d’hiver, les tweeds et les soies avec amusement.

Vous le voyez donc, il n’y a aucune question à se poser si vous voulez faire une grande mesure. Il ne faut en aucun cas chercher des arguments rationnels. Le domaine du goût et des couleurs ne se discute pas. J’essaye d’être le plus direct possible pour vous faire toucher du doigts le sujet avec profondeur. Internet est une superbe machine à rêves et très vite, à force d’instagram et d’étalage de richesse, on voudrait ressembler à un riche tycoon new-yorkais ou à un mannequin de ‘The Rake‘, pour aller faire le kéké aux dandys night du Plaza Athénée.

Si vous avez l’opportunité et l’argent ou l’envie et le désire, foncez.

Si vous commencez à vous poser la moindre question, dépensez votre argent ailleurs!

C’est mon avis, il se discute!

Bonne semaine, Julien Scavini

Une archive de Brooks Brothers

Sur la page Facebook de Brooks Brothers dont je suis fan, je suis tombé récemment sur cette affiche qu’ils mettaient en avant. Cette publicité date des années 50. Je l’ai trouvé très amusante.

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VOICI CE QU’ELLE DIT :

Pour un mariage informel d’été:

Veste et pantalon :

  1. veste droite en lin blanc avec un pantalon gris,
  2. ou une veste droite bleu foncé avec un pantalon de flanelle blanche (matière considérée dans les années 40/50 comme estivale faut-il le rappeler),
  3. ou un costume en lin blanc.

Chaussures : blanches.

Chemise : blanche, avec col attaché (mention utile à cette époque où le col dur détachable était parfois encore de mise).

Autour du cou : une cravate légère à petits motifs ou un cravate club (bleu marine majoritaire).

Chapeau : un canotier en paille ou une forme panama.

 

VOYONS LE RÉSULTAT

Je me suis donc amusé à dessiner ces diverses propositions, pour voir ce que cela donne.

 

La première question que l’on peut se poser est : est-ce une proposition pour le marié ou pour un invité? Pour le marié, cela m’a semblé initialement pas assez formel. Du moins les deux premières propositions. Et puis finalement, si c’est fait avec tant de goût, cela devrait être remarquable et enviable. Quel chic!

La veste blanche a quelques chose en particulier de notable, d’éclatant. A côté d’une mariée en blanc, cela peut-être très digne. De moi point de vue, c’est la première proposition qui a le plus de panache. Quelle brillante idée. Une veste blanche ne me parait pas facile à placer dans une garde-robe. En particulier, comment l’associer avec un pantalon? Mais ici, avec le rappel du blanc au niveau des souliers, il y a une harmonie et un équilibre bienvenu. Merci à la cravate aussi trouvée sur Google Image, qui participe à cet équilibre des blancs et des gris.

La seconde proposition est intéressante mais un peu pépère pour un mariage. On peut trouver mieux qu’un simple blazer. Et attention au costume complet en blanc, surtout en laine, cela fera vite mafieux. Toutefois, en lin ou coton, avec cet aspect taloché, c’est à la fois vintage et raffiné.

LA RÉPONSE BROOKS BROTHERS

Brooks Brothers dans le commentaire sur Facebook proposait de son côté : « que changeriez-vous aujourd’hui? Notre personal shopper Mario Mirabella dit que ‘à part le chapeau et un fuselage du pantalon, une veste du soir en lin blanc ou un costume est juste aussi cool hier qu’aujourd’hui. Je recommanderais des souliers noirs brillants plutôt que blanc.« 

Si je suis d’accord pour le chapeau  et le pantalon (et encore!), je ne suis pas d’accord pour les souliers. Des vernis noirs avec une veste en lin blanche, c’est une grossière opposition de style. Eurk! D’un côté le rugueux et la décontraction d’une matière informelle, de l’autre des souliers pour l’Opéra. Non, cela n’ira pas. Pire, cela donnerait même à la veste blanche ce côté Prisunic ou maquereau de quat’sous qui me fait si peur. Un soulier marron ou veau-velours clair serait bien mieux que noir. Et finalement, je soutiens qu’un soulier en veau-velours blanc à semelle gomme, type buck de chez Fairmount ou Crockett & Jones serait génialement raffiné. Donc pour ma part, je ne reste convaincu que la proposition ancienne de Brooks Brothers est bonne ainsi. Intemporelle…

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Belle semaine, Julien Scavini

Se laisser tenter

Faire réaliser ses vêtements sur-mesure est très agréable. Seulement, sortir des sentiers battus et se laisser tenter par telle ou telle étoffe est toujours difficile. Pour certain, c’est sortir du drap bleu marine uni qui est difficile. Pour d’autre déjà un peu plus aventurier, c’est la rayure qui fait peur. La chemise n’est pas exempte de cette problématique. Sortir du bleu et du blanc n’est pas si simple. Un des avantages du prêt-à-porter est de proposer directement le produit fini. La tentation est alors plus grande de se laisser tenter par une rayure orange ou carreau lilas. C’est le coup de cœur de l’instant.

L’achat sur-mesure entre dans une démarche plus réfléchie. Il est alors plus difficile de sortir du classique et de se laisser tenter. Ce qui est pourtant la base du commerce. Les supermarchés en ligne buttent sur ce point. Les acheteurs ayant des listes toutes-faites qu’ils réitèrent à chaque nouvelle commande, il reste peu de place pour les nouveaux produits, ce qui sort de l’ordinaire, ce qui pourrait plaire. Toute la difficulté et l’intérêt du commerce est d’arriver à bien tenter son client. Mais en mesure, avec un coût assez important, la tentation est moins aisée. Il est plus difficile de pousser son client.

Et c’est aussi valable pour moi, même si j’ai la chance de bénéficier de mon propre travail. C’est ainsi qu’en chemise, étant déjà bien pourvu, je n’en fais qu’à dose homéopathique.

La semaine dernière, j’allais au marché Saint-Pierre, au pied de la butte Montmartre pour chiner du tissu avec un ami. Derrière cette appellation de marché Saint-Pierre se cachent en réalité deux choses : 1- le nom du plus grand magasin du secteur, aussi appelé Dreyfus et 2- par extension, l’ensemble des magasins blottis autour de la halle de l’ancien marché Saint-Pierre (aujourd’hui une bibliothèque et une galerie d’art contemporain). Donc d’une certaine manière, lorsque l’on dit marché Saint-Pierre, on parle de toutes les boutiques, pas que d’une seule.

Le vrai marché Saint-Pierre, chez Dreyfus, n’a pas grand intérêt pour les amateurs de mode masculine. C’est un bazar à tout. En face, chez Reine, il y a déjà plus à faire. La sélection de tissus pour chemises de chez Testa est petite mais de bien belle qualité. Il y a aussi quelques lainages pour costume.

Chez Reine en particulier, j’ai remarqué de très très beaux draps laineux avec du cachemire, genre flanelle, disponibles en toutes les couleurs pour réaliser des vestes. Le rouges était profond, le vert somptueux. Malgré le nom Blin Blin* apposé partout, Il y avait aussi un petit écusson Loro Piana discrètement apposé sur les rouleaux. J’ai appelé Loro Piana pour avoir de plus amples informations. Et j’ai découvert l’existence du somptueux drap Blin & Blin. C’est en fait une spécialité française assez ancienne, dont les activités et les métiers à tisser furent rachetés par Loro Piana dans les années 90. Il est très apprécié des orientaux qui réalisent avec leurs djellabas chaudes. Un business qui se porte très bien. Amusante anecdote. Ce beau drap est disponible par ailleurs dans la liasse ‘Blazer’ de Loro Piana. Du très joli !

*(ce tissu est aussi appelé en arabe M’lifa qui signifie ‘drap brillant’. Toutefois, beaucoup de contrefaçons du drap Loro Piana existent sous l’appellation Mlifa, souvent pas en laine ni fabriquées en Europe. Des contrefaçons utilisent aussi le nom Blain Blain. Seul le magasin Reine vend le vrai Blin Blin)

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Après les vendeurs de tissus au mètre (vous choisissez ce que vous voulez et on vous le coupe) comme Dreyfus, Reine ou Moline, il a les dé-stockeurs de tissus, ceux qui récupèrent à droite et à gauche dans toute l’Europe et plus loin les précieux ‘left-over’, des rouleaux restant après la fabrication des vêtements par les industriels. Et évidemment, les rouleaux de tissus des grands commanditaires partent très chers. A ce petit jeu, « Sacré Coupon Le Gentleman des Tissus » (4bis Rue d’Orsel) et « Les Coupons de Saint-Pierre » (1 Place Saint-Pierre) sont des maîtres. Ils n’écrivent jamais vraiment d’où viennent leurs tissus, mais il suffit de demander. Chez Sacré Coupon, il y a souvent des pièces de Dormeuil pour costume ou veste, des lainages Barbara Bui ou Yves Saint-Laurent et les tissus de chemise viennent de chez Hermès (petite marque CH  pour coton Hermès sur l’étiquette). Mais chut c’est un secret. J’avais eu l’occasion de faire un reportage sur « Les Coupons de Saint-Pierre » ici. Les prix sont en général très correct. 20 à 30€ le mètre pour les laines, 10 à 20€ pour les chemises.

Tous les bons tailleurs peuvent normalement réaliser la façon d’un tissu que vous amenez. C’est le moment de se faire plaisir avec quelques draps fantaisies.

  • Comptez 2m00 pour une veste, 2m30 s’il y a des poches plaquées ou des carreaux ou qu’elle est croisée.
  • Comptez 1m40 pour un pantalon. Pour les grandes tailles, le métrage augmente très vite, jusqu’à 2m50 le pantalon. Se renseigner avant.
  • Comptez 3m50 pour un costume, un peu plus si carreaux ou grande taille.

En partant, alors que je n’avais rien trouvé pour moi et que j’étais courroucé (un peu comme lorsqu’on fait les puces et qu’on ne trouve rien), je suis entré chez Sacré Coupon déstockage (10 Rue Seveste). Et je suis tombé sur un petit coupon de 2m de tissu de chemise pour 10€, une paille! Teinte à peine écrue, rayure discrète rouge et beige, origine CH sur l’étiquette confirmée pour la douceur du twill de belle qualité. Hop l’affaire était dans le sac. J’attends avec impatience cette chemise. Une bonne affaire et un tissu que je n’aurais probablement pas regardé autrement. Je me suis laissé tenter!

Belle semaine, Julien Scavini

La chemise de mariage

Lors des préparatifs d’un mariage, les messieurs vont généralement chez le tailleur pour acquérir un beau costume, digne de cet instant mémorable. Dans le même temps, les fiancées se pressent pour faire confectionner une robe, tâche demandant souvent plus de temps et de préparation que pour un costume. Au cours de l’entretien chez le tailleur, une question revient souvent sur comment accorder la tenue masculine avec la robe de la mariée. Comment faire un rappel entre le costume et la robe?

Et bien à vrai dire, je n’ai aucune autre réponse que : aucun. Comment voulez-vous trouver un point d’accord entre un costume généralement sombre (je ne conçois pas tellement le costume blanc à la Eddy Barclay comme une chose exquise, à moins de faire cela très finement) et une robe blanche? Et puis il n’y a pas à chercher d’accord, plutôt un contraste, qui sur les photos sera très intéressant, d’autant plus si celles-ci sont en noir et blanc. Un beau contraste clair / foncé est très satisfaisant.

Ça, généralement, les mariés le comprennent bien. Toutefois, certains reviennent à la charge concernant la chemise. Avec la fameuse sentence : « oui mais la couturière m’a dit que la chemise du marié devait être ivoire! »

Phrase fatidique qui engage alors l’homme. Va-t-il ou pas suivre ce conseil? Certains fiancés sont en effet très arque-boutées sur cette question.

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J’ai déjà eu l’occasion d’écrire sur la chemise ivoire, lors de mon article sur La Panthère Rose. Je trouvais le résultat assez intéressant avec un costume de ville, sans toutefois avoir jamais osé. Car au fond, je trouve que la chemise ivoire a un petit côté ancien, voire même chemise un peu sale. C’est un jugement un peu dur certes. Car je ne nie pas qu’il est possible pour certains élégants de manier celle-ci très bien. Mais de manière générale, il faut s’en méfier.

Cet argument généralement fait mouche. Toutefois, certaines fiancées, parfois les yeux embuées, se mettent à craindre que leur robe fasse moche. Car c’est bien connu, une robe de mariée n’est jamais tout à fait blanche, mais plutôt coquille d’œuf. « Mais la couturière m’a dit qu’il fallait que la chemise de mon fiancé soit accordée avec ma robe? » Je rétorque que je n’y peux rien si la couturière ne travaille pas de belles matières bien blanches, et qu’en tout cas chez les tailleurs, le coton à chemise, c’est blanc! Point.

Je prends un malin plaisir à tordre le cou de la créatrice. Mais au fond, c’est entretenir une vieille rivalité, entre la profession masculine et féminine. Je me souviens encore de M. Guilson s’en moquer avec ce verdict : « n’utilisez pas d’épingles! C’est pour les couturières. Les tailleurs utilisent du bâti! » hihih.

Quoiqu’il en soit, une fois posé que la chemise du marié est blanche et que la robe de la mariée, oui, sera blanc cassé, je nuance et apaise les couples. Rassurez-vous.

La chemise n’est visible qu’à peine, un peu autour du cou, un peu en bas des poignets. La veste et le gilet la cachent majoritairement. Ainsi, la nuance n’apparaitra jamais vraiment. Personne ne s’en rendra compte.

Par ailleurs, les photos sont généralement un peu surexposé, si bien qu’en fait, sur les clichés, il sera impossible de percevoir une différence de teinte, la robe apparaitra d’un blanc optique! De quoi rassurer normalement la demoiselle. Je n’en ai une qu’une, il y a longtemps, qui refusant cette idée, imposa au fiancé une chemise bleue, au grand dam de ce dernier. Mais hélas, il n’avait pas le choix…

Belle semaine, Julien Scavini

Souliers marron ou noirs?

Au cours des nombreux rendez-vous que je peux avoir avec des jeunes gens en quête de leur costume de mariage, un point revient souvent : l’hésitation sur la couleur des souliers. Il semble que ce soit le grand doute concernant la couleur qu’il convient de mettre. Plus généralement, ce questionnement sur la couleur des souliers peut se poser avec un simple costume de travail. Il suffit de cinq minutes dans le métro pour découvrir l’abysse en culture bottière.

Essayons pas à pas d’y voir plus clair.

Il existe deux grandes catégories de souliers : les noirs et les marrons. Au cours du XIXème siècle, une couleur a dominé en ville : le noir. Les souliers marron existaient mais étaient très très rares. Les tenues bourgeoises étaient elles aussi foncées. Ainsi, le noir est depuis longtemps attaché aux souliers de ville, aux souliers habillés. A l’inverse, le marron issu de la vénerie est resté attaché à la campagne.

Dans les années 1900, la notion de vestiaire sport apparait. Les bottines allant avec ces tenues sont alors marron. Une dissociation nait vers 1900, souliers noirs à la ville et bottes ou bottines marron à la campagne.

Au cours des années 50, si ce n’est pas avant, la dissociation souliers noir ville et souliers marron campagne s’est estompée. On se met à porter des souliers noirs avec des tenues dépareillées, car on veut faire urbain et un peu bcbg et en même temps, le soulier marron devient possible avec le costume. Ce faisant, deux écoles s’opposent : ceux qui considèrent qu’en ville priment les chaussures noires, qu’importe la situation, et ceux qui pensent qu’en ville il est plaisant de pouvoir porter les deux pour différencier des situations.

De mon point de vue, avec un ensemble dépareillé, la chaussure marron est plus intéressante, 1- pour l’harmonie des couleurs et 2- pour bien marquer l’esprit décontracté. On retrouve ce débat autour du blazer, veste bleue qui s’associe généralement avec un pantalon gris. Certains se plaisent à le porter avec des souliers marron, soulignant là son origine très ‘club de sport’, d’autres l’associent avec des souliers noirs, accentuant son aspect semi-habillé, parfait pour un cocktail mondain façon bcbg. On note que les militaires de la marine, avec le blazer croisé portent des souliers noirs.

Pour les anglais, un costume de ville, donc porté au bureau par exemple, entraine l’obligation de porter des souliers noirs. Dans la banque et l’assurance, chez les avocats, c’est encore une règle logique. Pour un mariage, il serait de bon ton aussi de porter des souliers noirs, c’est un grand évènement formel.

Toutefois, en France et probablement ailleurs en Europe, surtout en Italie, la mode de porter du marron en ville avec un costume est très présente dès les années 50. Le costume marron beigasse est un classique de l’allure française des sixties, avec un petit chapeau trilby, à la Fantasio. Une manière je pense pour l’homme hexagonal de se dissocier de la mode très anglaise.

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Que faire de nos jours?

Il faut avoir à l’esprit que le soulier noir est habillé et qu’il est convenable avec un costume. Deuxièmement, le soulier noir ne va pas avec une tenue dépareillée. Point, et pas autrement. On ne met pas de souliers noirs avec une veste de tweed et un pantalon de velours par exemple, c’est curieux. Sauf peut-être si cet ensemble est fait de nuances de gris…

La grammaire a ses exceptions. Mais globalement retenir noir = costume et marron = décontraction, c’est bien.

Et pour le costume bleu marine?

Question curieuse souvent posée, en particulier par les femmes : peut-on associer un costume marine avec des souliers noirs. Je ne sais pas pourquoi on ne pourrait pas ? La règle est simple, un costume porté dans un bureau se met avec des souliers noirs. Sauf si en effet on suit la règle très ‘Elle’ ou ‘MarieClaire’ disant que le marine ne s’associe jamais avec du noir, alors…

Ne peut-on pas mettre de souliers marron avec un costume?

Une fois la règle posée et consciencieusement intégrée, il est possible d’aller plus loin. Ainsi, dès les années 30; un costume marine était de bon ton avec des souliers marron, pourquoi pas en veau-velours, comme le montrent les images d’Apparel Arts. C’est une question de tact. Bien sûr que des souliers marrons collent avec un costume bleu. Ci-dessous, le même costume que précédemment, mais dans une tenue plus décontractée, avec souliers marron.

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Et avec un costume gris?

Costume gris, chaussures marron? Chacun fait comme il veut. C’est pas impossible.

Si le costume est porté avec une chemise blanche?

Pour moi c’est radical. Chemise blanche = formalisme. Si je mets une chemise blanche avec mon costume, je mets des souliers noirs. Pareil si la chemise est colorée à col blanc. Des souliers marrons avec ce beau blanc écarlate en haut est un drôle d’attelage, formel / décontracté qui ne va pas.

Il faut faire attention à la ceinture!

Si vous portez des souliers marron avec votre costume bleu, ne portez pas de ceinture noire. Diantre. Les cuirs se répondent et s’harmonisent. Chaussures marron = ceinture marron. Une simplicité souvent non respectée, parole d’observateur métropolitain.

Il faut faire attention aux souliers marron!

Cette couleur oblige plus que le noir. Des souliers noirs s’entretiennent tellement plus facilement. Un coup de cirage, un peu de crème, et hop les voilà resplendissant. Les souliers marron sont pour 1- les gens riches ou 2- les gens précautionneux. Il faut bien les crémer et en prendre soin. La mode des souliers patinées est par ailleurs très intéressante … si l’on en prend soin. Mais diantre, combien de ploucs avec des godillots aux pieds à la fin. Combien d’affreuses chaussures marron jamais cirées? Toutes biscornues car elles ne voient jamais d’embauchoirs…

De nos jours, les souliers marron ont envahi l’espace. Chemise blanche et chaussures noires, symboles jadis de respectabilité, ne sont plus forcément dans l’air du temps. Bien que l’association chaussures noires + jean + chemise blanche soit elle en vogue… sans intérêt.

En bref et finalement, l’époque contemporaine c’est un peu le fait comme tu veux. Mais, il est possible de décréter que les vieilles règles ne sont pas si idiotes. Tout en jouant un peu avec. Par exemple, même en étant rigoriste, je peux reconnaitre que le costume en flanelle bleue est merveilleux associé à des chaussures en veau-velours.

C’est comme les tableaux de conjugaison. Il y a les grandes formules et celles un peu moins usitées, les synonymes plus raffinés etc… Il y a la base, et il y a ce qu’on en fait.

Belle semaine, Julien Scavini

La hauteur du col et des revers

La semaine dernière, un aimable passant est rentré dans la boutique pour me demander s’il était possible de modifier en demi-mesure le cran de revers, qui est la signature visuelle d’une veste. Ce cran de revers, ouvert ou en pointe, est la jonction entre le revers et le col. Lorsque l’on réalise une veste à la main, c’est un point crucial d’esthétique et de finesse, à l’instar du montage des manches. A la fois techniquement car de nombreuses pièces sont imbriquées, et formellement car l’impact de la veste, son harmonie, naitra là.

Bien sûr répondis-je. Le plaisir de la demi-mesure, c’est de pouvoir, en partie modifier les grands paramètres canoniques : aisance, type d’épaule, forme des poches, nombre de boutons devant, forme et largeur du col. Ce qui en plus du tissu et de la doublure, donne un nombre de combinaison presque illimité.

Donc, oui, le col peut se modifier et généralement, les ateliers et faiseurs donnent le choix entre le col classique dit cranté ou sport, le col en pointes sur veston droit ou sur veston croisé, le col châle, etc… Et normalement, l’atelier permet de moduler la largeur du revers. Une opération techniquement pas si simple, à cause du grand nombre de pièces et de l’incrustation des coutures, entre dessus de col en tissu, dessous de col en feutrine, dos, épaules, parementure du devant. Quiconque a déjà essayé de coudre un col sait que c’est très complexe. Probablement plus qu’une manche pour qui est novice.

Je me souviens d’ailleurs de la finale de la saison 1 de Cousu Main, qui avait vu les trois candidats s’étaler sur ce point, alors même que les manches étaient correctes. Coudre un col, c’est se confronter à des géométries complexes et des petits coups de ciseaux experts qui génèrent le cran de revers!

Quoiqu’il en soit, le monsieur m’a demandé d’aller plus loin en modifiant la hauteur de ce cran. Là, hélas, j’ai du répondre par la négative. A cause précisément de ce que je viens d’évoquer, avoir l’opportunité de modifier la largeur est déjà bien. Pouvoir modifier la hauteur est trop.

Le monsieur voulait des crans de revers placés bas, à l’ancienne, alors que de nos jours, l’ensemble de la chaine industrielle et technique s’accorde sur des revers dessinés hauts sur l’épaule. C’est ainsi. C’est le goût du moment. Un goût affirmé il est vrai. Les italiens ont cette tendance à placer très haut, au niveau de la clavicule le cran du revers. Cela entraine toutes les lignes de la veste et place le regard haut. C’est la modernité. Sans que j’y trouve beaucoup à redire, je suis assez heureux moi-même avec cette ligne placée haut. L’allure très pincées des années 20, dignement dessinée par Leyendecker, est basée aussi sur des revers hauts placés, comme ci-dessous. (Mais avec des vestes longues, à l’inverse d’aujourd’hui).

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Classiquement, il est vrai que le cran du revers se place un peu plus bas, disons sous la clavicule. Les Beatles jeune, Frank Sinatra, Cary Grant portent ainsi des versions plus classiques. Mon atelier italien, Sartena pour ne pas le citer, a tendance à placer plus bas le cran de revers, une esthétique plus intemporelle, que j’aime à vrai dire moins. Et souvent les clients aussi.

A l’inverse, des années 40 aux années 90/2000, le cran de revers était placé assez bas, plutôt sur la poitrine. Le col coulait autour du cou, s’épanchait généreusement sur le revers. Une autre esthétique. Qui peut trouver sa justification également. Mais les vestes étaient surtout plus longues qu’aujourd’hui, les lignes généralement plus généreuses, notamment les manches et les pantalons. Ce portrait du roi George VI avec la reine mère donne un aperçu de cette ligne plus basse du revers. (Avec une veste pour le coup assez raz-de-pet au goût des années 30 un peu).

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J’ai tenté de dessiner cet aller et retour historique. D’un côté le revers placé de manière classique sur le haut de la poitrine, de l’autre le revers placé au dessus de la clavicule. C’est un parti-pris. L’analyse des vestes dans le commerce permet d’apprécier la position du vêtement par rapport à ces canons historiques.

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Vous pouvez ainsi choisir votre École. Toutefois, si vous appréciez celle de gauche, il faudra attendre la prochaine grande bascule stylistique, à moins de faire de la grande-mesure.

Belle semaine, Julien Scavini