Remplacer le tweed l’été

Un lecteur m’a écrit un peu avant l’été pour me questionner sur une alternative au tweed en été. En effet, Pascal de son prénom, vit entre la ville et la campagne et affectionne particulièrement le style anglais, dans le genre Barbour et chapeau de feutre. Mais comme il me dit, lorsque les beaux jours arrivent, le tweed parait complètement décalé, en style d’abord, en chaleur ensuite. Deux solutions s’offraient à lui : émigrer en Ecosse ou demander à Stiff Collar.

Je n’ai pas pu écrire immédiatement l’article. Car c’est une bonne question dont la réponse n’est pas évidente. Car tout dans le tweed s’oppose à la période estivale. Il y a la texture d’abord, laineuse et broussailleuse, qui donne chaud rien qu’au regard. Il y a ensuite la palette de couleur, des tons allants des mousses pâles aux mousses tendres, en passant par les oranges fanés. Bref, des tonalités bien opposées à la clarté estivale.

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Bien sûr, les drapiers proposent une foule de tissus d’été, unis ou à carreaux genre prince de Galles. Mais ce sont des tissus plus francs, qui sont moins en rapport avec le tweed. A moins d’y regarder de plus près. Car à bien y réfléchir, on peut par l’argumentaire trouver des solutions.

Si l’on parle de texture par exemple, le côté rugueux  du tweed peut être retrouvé dans les mélanges lin et soie. Car il ne faut pas imaginer que ces draps luxueux sont brillants et lisses. Au contraire, les vestes réalisées ainsi ont l’air rugueuses et pleines d’imperfections. En plus, ce sont des draps plutôt lourds, assurant un bon tombé.

Si l’on parle de couleur par ailleurs, se pose d’abord la question du style. Car s’habiller dans le goût ‘nature, chasse et pêche’ renvoie à une certaine conception épicurienne de l’habillement.  C’est une manière de faire vivre l’idée du gentleman anglais qui est intemporelle. Pourquoi alors ce même gentleman ne pourrait il pas s’habiller comme savaient le faire les anglais l’été ? Avec des couleurs plus claires? Il existe par ailleurs une foule de teintes poudrées qui d’une certaine manière rappellent les teintures douces des tweeds. Un beau parme par exemple? ou un vert sauge? Arnys savait faire ça très bien, dans le genre campagnard élégant. Seulement, c’est moins passe-partout que le tweed et le pantalon de moleskine. Car cette recherche stylistique sera remarquée! Mais est-ce un mal?

Quelques tissus d’été, dont beaucoup de lin et soie et à l’allure campagnarde :

Le plaisir du tweed renvoie à une autre notion, celle de la solidité. Car une telle veste est endurante et peut durer des années. Une veste d’été ne le pourrait elle pas? C’est sûr qu’un drap léger de laine et soie n’est pas très durable. Mais par exemple, un fresco en mohair est super solide. Quant à la veste de lin irlandais, elle permet d’affronter les années sans beaucoup changer. Au contraire, comme le tweed, elle s’adoucit avec le temps. Les chics anglais du siècle passé savaient porter le lin.

Par ailleurs, il est possible l’été de sortir du registre de la veste classique. Si elle est adapté pour le tweed, avec ses revers et ses petites poches à rabat, on peut pour l’été préférer l’ampleur d’une veste d’ouvrier, plutôt carré avec sa forme de chemise et ses poches plaquées. Plus proche du blouson et réalisée dans une toile de coton, on peut y retrouver à fois le confort mou du tweed, sa résistance et son aspect passe-partout.

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Il faut donc pour répondre à cette question s’en poser plusieurs. Le tweed me procure du bonheur : pour sa texture campagnarde? pour sa couleur poudrée? pour sa solidité à toute épreuve? Avec ces réponses, il est possible de composer une esthétique toute en finesse, avec plusieurs choix à la clef.

Bonne semaine. Julien Scavini

Le col requin

Alors que l’été n’en finit plus de se faire désirer à Paris, revenons un instant sur la façon de porter les chemises par temps chaud, quelques décennies auparavant. Pour être plus précis, remontons aux années 30 et voyageons jusqu’aux Etats-Unis.

A cette époque, les chemisiers, peut-être à la suite de commandes militaires (cela ne m’étonnerait guère) inventent un nouveau col, un modèle transformable, aussi bien à porter boutonné qu’ouvert. Et encore mieux, ne s’ouvre pas aussi bêtement qu’un col classique, il s’évase.

Sa conception est ingénieuse bien qu’un peu lourde industriellement parlant. Le col au lieu d’être en deux parties (la retombée et le pied de col) est en une seule. Et encore mieux, l’intérieur du col se poursuit le long des boutonnières, jusqu’en bas de la chemise, comme sur une veste où l’on trouve la garniture au bord. C’est donc un modèle complexe à développer, car le col est fait dans une pièce très longue, qui doit supporter la courbure du cou tout en se cassant bien en deux, pour simuler la retombée de col. Les plus techniciens comprendront. Ci-dessous, à gauche le modèle transformable, à droite le col classique.

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Alors donc, ce col fut inventé. Merveille des merveilles, il correspondait au goût de l’époque porté sur le repassage et la perfection ménagère. Ces mesdames écrasèrent donc de toute la force de leur fer les col, de manière évasée. Ça peut se tenter avec une chemise moderne, mais l’effet est moins net qu’avec un col transformable, autrement appelé col requin. Je ne sais d’ailleurs d’où vient cette appellation. Peut-être à cause des pointes très longues…?

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Cette esthétique fit florès ! Les premiers blousons ont aussi profité de cette coupe dérivée des cols de chemises classiques.

La seconde guerre mondiale et les GI’s semèrent ce style à travers le monde. Dans les années 50, les chemises hawaïennes ainsi coupées étaient le symbole de l’American Way of Life, idéal pour se détendre sous un parasol.

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Les étudiants américains et le style Ivy League propulsa aussi l’esthétique de la chemise col requin portée sur la veste. Ah toute une allure ! Je reste réservée sur cette mode. Peut-être un créateur inspiré en fera t il de nouveau usage…?

Toujours est-il qu’au fur et à mesure des années 70, l’usage tomba en désuétude. A part dans les milieux épicés : parieurs hippiques, tenanciers de casino, producteur de cinéma etc… Dans les années 80, cette allure vous faisait même passer pour un paria. Ou un vieux milliardaire.

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Un tailleur qui m’a formé s’habille toujours ainsi l’été. Et je souris à chaque fois en le voyant : un vrai mylord descendu de son yacht !

Et maintenant, je me repose aussi. Le blog s’arrête pour l’été !

A la rentrée donc et profitez bien. Julien Scavini

La lavallière

Petit article aujourd’hui pour faire le point sur la lavallière, un vêtement à la fois très historique et très galvaudé !

L’idée de mettre quelque chose autour du cou, dans le genre d’un foulard noué et retombant au milieu de la poitrine est apparue sous le règne de Louis XIV. Dit-on à la suite des régiments-mercenaires croates (cravate étant une déformation de croate). Auparavant, c’est plutôt de grands collets de dentelle qui sertissaient l’encolure. La fraise en était une expression surjouée.

Sous Louis XIV apparait donc une sorte de cravate d’aspects variés. Les représentations montrent souvent la superposition d’un papillon assez volumineux (et horizontal) en velours coloré et d’une retombée (verticale) de dentelle écrue. Il n’est pas très clair dans mon idée si les deux sont liés ou si au contraire ce sont deux cravates superposées.

Sous Louis XV et Louis XVI, cette double encravaterie baroque s’arrête. La lavallière au sens historique nait ici. Il s’agit d’un long ruban de lin très fin, qui après plusieurs tours de cou montant à la manière d’un col roulé, se noue au milieu ou légèrement sur le côté. Sur le modèle exact d’un nœud papillon, à la différence que les extrémités sont laissées longues et tombantes. Le raccourcissement de la lavallière a donné le nœud papillon moderne.

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La lavallière tire son nom de la duchesse Louise de la Vallière, maîtresse du roi Louis XIV, qui portait du temps de sa splendeur une cravate à larges pans.

Techniquement, la lavallière est donc un nœud papillon généreux dont les extrémités retombent à la manière d’un foulard. C’est un nœud qui se déploie à l’horizontal. Le mathématicien Cedric Villani semble apprécier ce modèle un peu exubérant.

L’exemple ci-dessous, d’époque romantique allemande, représente pour moi la lavallière idéale, généreuse et tombante :

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Dire que la lavallière est un nœud projetant dans le sens horizontal est un détail important.

Car fin XIXème et début XXème, ce nœud volumineux ne plait plus. Certes Baudelaire ou Rimbaud affectionnent encore les petites lavallières (presque des papillons d’ailleurs), mais la bourgeoisie cherche autre chose, une expression moins artiste ! On invente alors le nœud simple qui projette vers le bas, que l’on appelle nœud régate. Vous le connaissez tous, il s’agit de la cravate contemporaine, qui se déploie à la verticale.

Toujours au début du XXème siècle et en Angleterre, une simplification de la lavallière a donné une cravate appréciée avec la jaquette (morning coat) : l’ascot, appelée day cravat. Inventée précisément pour aller au champs de courses (au Royal Ascot), la cravate ascot a la forme d’une pagaie et non d’un ruban.

L’ascot est associée à un nœud très pauvre stylistiquement : la simplicité même, comme si l’on noue deux lacets mais sans faire les boucles. Les deux pans retombent alors bêtement et sans volume. Tout le panache de l’ascot vient de l’épingle de cravate qui donne le volume d’une main de maître. Cette épingle, pour la haute bourgeoisie et l’aristocratie est l’alpha et l’omega d’une tenue richement parée. C’est grâce aux boutons de col, de plastron, de manchette et à l’épingle de cravate que le niveau social peut se lire. Plus le bijoux était précieux et plus son porteur était riche.

Au début du siècle, vous pouviez donc nouer votre cravate en ascot ou en régate, le résultat n’était pas le même :

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Peu à peu, l’ascot a perdu son usage de cravate pour devenir un foulard de cou, porté non plus sur la chemise mais sous le col. Les années 30 semblent consacrer cet usage décontracté chic. Par là même, le mot a changé de genre, l’ascot féminin (dans le sens de cravate) est devenu l’ascot masculin (dans le sens d’un foulard). Une ascot désigne une cravate qui se noue et se forme avec une épingle, un ascot désigne un foulard qui donne le petit plus de chaleur aux messieurs élégants.

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Donc au final, ce que les français adorent porter au mariage avec une jaquette n’est donc pas une lavallière comme ils aiment à le dire, mais un ascot ! Qu’on se le dise!

Et qu’on se le dise aussi : à moins de porter une chemise amidonnée avec un vrai col cassé séparable, dans le genre Robert de Montesquiou, il est très costumé de vouloir porter un ascot à un mariage. D’ailleurs, dans les années 50, les grandes unions à la Madeleine étaient toutes en jaquette et en cravate régate, rayée ou à pois.

Notons aussi le règlement du Royal Ascot qui stipule maintenant qu’il est interdit de mettre un ascot (cravat) avec sa jaquette et que seule la cravate (tie) est autorisée. Un signe à tous les baronnets qui croient se donner du genre en portant cela!

Enfin et dans le même esprit, il faut aussi évoquer cette horreur absolue qu’est la cravallière, croisement génétique hideux entre une cravate et un morceau de soie sauvage. Une aberration que je ne souhaite même pas à mon pire ennemi !

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Espérons que ces jeux de mots et d’histoires stylistiques vous aideront à y voir plus clair!

Bonne semaine, Julien Scavini

 

 

Elégances de circonstances

La marque britannique T.M. Lewin m’a récemment écrit pour me soumettre une question intéressante : comment s’habiller le vendredi soir pour aller au pub…

De prime abord, je dirais qu’il n’est pas facile de répondre à cette question pour un français. Car si les bureaux de la City se vident tous les vendredi à 16h et que tous les pubs se remplissent alors au rythme d’une marée montant au galop, les habitudes en France et à Paris sont bien différentes. Il n’existe pas chez nous une telle sociabilité, à part épisodiquement.

Après réflexion, je pense que ce questionnement renvoie d’une manière plus générale à la notion d’élégance au XXIème siècle. Qu’est-ce qui fait l’élégance?

Je répondrais à la manière d’un axiome : la situation.

Bien sûr, en 1880 comme en 1950, on s’habillait déjà pour une situation donnée. Mais le répertoire des vêtements portables était réduit aux formes tailleurs (veste, pantalon, gilet en laine, lin ou coton) à peine hybridées.  De nos jours, le répertoire est bien plus large, il est même protéiforme. Aux vêtements tailleur, il est possible d’adjoindre une large palette de vêtement, légèrement décontractés, très décontractés voire carrément sport, issus d’industries de plus en plus technicisées.

Ainsi, on pourrait se rendre au pub tel que l’on sort du travail, en costume. En retirant sa cravate et en laissant le col ouvert? Oui. En arborant un petit papillon? Oui aussi, ça change. On pourrait aussi changer simplement de veste, pour arborer un modèle plus court et plus fantaisie, au tissu fait de beaux carreaux par exemple…

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Pourquoi avec le même costume ne pas mettre un paire de basket? C’est très confortable aussi? Au Pitti Uomo, c’était la grande tendance la semaine dernière.

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Ceci dit, si la soirée s’allonge et s’anime, il peut ne pas être confortable de rester en costume. Et le costume, surtout s’il vient du prêt-à-porter n’est pas conçu pour endurer des efforts importants, de la transpiration, de la fumée de cigarette ou des gouttes de bière. Dès les début du siècle, c’est exactement la même idée de situation qui amena les riches aristocrates à troquer la queue de pie pour le smoking, plus court et/donc plus pratique.

Peut-être pourrait on alors garder le pantalon du costume et remplacer la veste par un blouson de type aviateur? C’est une vêtement simple et pratique, que l’on peut poser sur un dossier de chaise ou rouler en boule dans un coin. D’une couleur bien choisie et avec un intérieur chatoyant en tartan, par exemple marine ou beige suivant le pantalon, il convient bien à cette situation à mi-chemin entre le bureau et la maison. Je pourrais proposer également de prendre une veste matelassée type Barbour, mais cela fait un peu trop paddock pour une sortie de bureau un vendredi soir.

Si l’on a un petit sac de avec soi, il est possible d’emporter un pull à col roulé, c’est très Steeve McQueen.

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S’il fait une petite fraicheur et que l’on aime pas le blouson, je pense qu’il faut s’intéresser aux mailles. Vêtement phare du siècle à venir (par sa facilité de fabrication, de vente et d’entretien), les mailles sont très versatiles et variées.

Évidemment, à la sortie du bureau et toujours en gardant son pantalon de costume, il est possible de remplacer la veste par un joli cardigan. Simple et efficace, il permet de grandes combinaisons de couleurs et donne de l’allure. Il est le juste milieu entre formalisme et décontraction moderne.

Un simple pull coll V ou un sweater à col châle pour l’hiver conviennent parfaitement aussi.

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Par ailleurs, une question se pose : est-il raisonnable de conserver sur soi le pantalon du costume, alors que c’est la pièce qui craque en premier. Good question !

Il me parait assez évident d’un pantalon confortable et décontracté est en coton. Le chino est apprécié pour son élégance tempérée depuis presque 50 ans. Certes, il oblige a changer de tenue au bureau. Pas très pratique sur le moment, mais tellement plus commode ensuite. Avec un chino beige, vous pouvez même garder votre veste de costume marine, ça marche ! C’est pas l’idéal, mais avec une belle pochette, personne ne vous reprocherait d’être négligé.

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Vous le voyez ainsi, il existe une très large palette de possibilité, du plus proche au plus éloigné de la tenue du matin pour travailler. L’élégance est facile si l’on vit calmement, entre chez soi, son bureau, son club et avec un chauffeur. Pourtant, ce n’est pas un problème d’argent. Car le vrai luxe de nos jours, c’est le temps. Le temps de se changer en l’occurrence pour chaque situation. De manière franche ou imperceptible. Mais changer quand même. Certes il faut y penser un peu, mais alors, chaque situation devient plus confortable et plus agréable. C’est bien le bénéfice de l’élégance, se sentir à l’aise et plein de confiance en soi à chaque instant. Les bons et beaux vêtements au bons moments!

Belle semaine, Julien Scavini

 

 

La largeur des manches

La question de l’aisance d’une veste renvoie à une multitude de caractéristiques et de mesures. De nos jours, l’aisance a beaucoup diminué par rapport aux années 50, où les vestes, très entoilés et dans des tissus lourds, donnaient aux hommes des carrures importantes. Ceci dit, cette aisance presque disproportionné a mis longtemps à émerger. Sous l’ancien régime, la notion même d’aisance n’était pas conceptualisée. Et les vêtements étaient taillés à la même dimension que la peau. C’est pourquoi les vêtements anciens dans les musées paraissent si petits. A partir du XIXème siècle, le tailleurs commencèrent à fixer des règles pour donner du confort au vêtement.

Étudions d’abord les diverses formes de manches . La manche de chemise par exemple, le modèle le plus ancien, est coupé d’un seul morceau. De ce fait, elle tombe verticalement. Ce n’est pas une manche anatomique en ce sens qu’elle est droite. Or, le bras ballant n’est pas droit et vertical, il est légèrement courbe et va vers l’avant. On parle de l’aplomb d’une manche pour désigner cette pente. Pour que la manche soit anatomique, il faut couder la manche. D’une couture placée dessous, on passer alors à deux coutures, une avant, une arrière. Jusqu’aux années 30, les deux parties étaient de taille égale (en dehors de la tête de manche arrondie). A partir des années 40, les tailleurs ont poussé le raffinement en repoussant la couture devant vers le dessous, pour la cacher visuellement. Cela s’appelle le relarge à la saignée. Les deux parties de la manche ne sont alors plus symétrique. Voyez les trois types de manches, coupées puis montées ci-dessous:

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Aujourd’hui, les vestes sont près du corps. Les jeunes les aiment ainsi. Notons en préambule que le corps d’une veste se compose d’un devant, d’un petit côté et d’un dos. L’aisance d’une veste vient pour beaucoup du petit côté. Si celui-ci est généreux au niveau de la carrure (c’est à dire sous le bras), il donne à la veste de la carrure avant et dos. D’où une certaine aisance dans les mouvements. Si vous rétrécissez le petit côté au niveau de la carrure vous emboitez alors les flancs, la veste rétrécie. Simple non?

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Dire cela ne doit pas faire oublier une partie essentielle : la manche. Car en majeure partie, le patronage du petit-côté donne la manche. Ainsi, la largeur de la manche est réglée sur la largeur du petit-côté, hors complications tailleur (comme l’embu surnuméraire des grandes maisons).

Ainsi, pour obtenir une veste slim, il ne suffit pas de cintrer et de retirer de la carrure dos. Il faut réduire le petit côté et aussi réviser la manche, un travail plus périlleux. Il serait curieux d’avoir une veste étriquée et une manche large.

Les jeunes soucieux de mettre leur physique en valeur réagissent très souvent à la largeur de la manche, la trouvant large. Il me faut alors faire œuvre de persuasion pour les convaincre du contraire.

Car une manche ne doit pas coller un bras. Cela est possible avec un t-shirt car la maille s’étire. Mais un tissu en chaîne et trame se s’étend pas et on peut vite être bloqué, notamment au coude. Les mouvement peuvent devenir désagréables. Mais c’est un fait que les jeunes apprécient les manches fines.

Car donner un peu de gras à la manche donne une aisance formidable. Vous pouvez ainsi avoir un corps très ajusté, très emboité et une manche généreuse. Le confort sera formidable. C’est la manière italienne de concevoir un vêtement, associé à une emmanchure haute. Le corps est très petit et la manche confortable.

Par ailleurs, il y a un point à ne pas négliger dans ce débat de style. La largeur de l’épaule est en relation directe avec la manche. Ainsi, une manche large permet une épaule très étroite, très emboitée. Alors qu’une manche slim oblige à donner de l’épaule (les flèches oranges ci-dessus). Une géométrie complexe ! C’est l’un ou l’autre mais pas les deux. Car si la manche est étroite et l’épaule aussi, 1- la veste sera un t-shirt inconfortable et 2- la tête de manche aura tendance à faire une sorte d’escalier, à marquer le biceps (comme s’il sortait et poussait la manche).

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Ce principe simple est facile à constater dans le commerce. Regardez une veste De Fursac, Dior ou The Kooples. La manche super fine est permise par une épaule relativement large et carrée. Alors que les vestes italiennes (Brioni ou même Suit Supply dans certaines coupes) ont une manche légèrement généreuse qui permet de remonter sur l’épaule un peu plus.

En industrie, assister à la mise en place d’une base est passionnant car ce sont précisément des débats de ce genre qui ont lieu. C’est une querelle qui renvoie à la vision de la veste, à son usage et à la cible commerciale. Où comment des questions bien réelles de coupes sont liées à l’aspect commercial.

Pour ma part, je préfère une manche un peu généreuse et la vision d’une épaule un peu emboitée, au plus près du biceps. A vous de choisir !

J’aimerais enfin vous expliquer un petit schéma drôle ci-dessous. La première manche grise est une version normale, relativement ventrue pour l’aisance. La manche grise deux est dite slim. Voyez au bout des flèches oranges comment la ligne est devenue concave. Cela permet d’affiner beaucoup le biceps. Je pense que vous serez amusé de constater que la manche trois, datant de l’ancien régime (à l’époque, la manche était très anatomique et fortement coudée, notamment pour l’attitude ‘à cheval’) présente le même retrait au biceps pour affiner la ligne… La mode est un éternel recommencement !

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Bonne semaine, Julien Scavini

Pantalons d’aujourd’hui, mode d’hier

J’aime bien les batailles d’anciens et de modernes. Car quand on s’intéresse à l’histoire, on ne cesse d’être amusé des trouvailles des jeunes et des railleries des vieux.

Par exemple, lorsque un sénior s’offusque de l’inconsistance des vestes italiennes aux épaules déstructurées, un amateur de vêtements anciens ne peut s’empêcher de penser aux montages d’avant 1914 voire de bien avant sous l’ancien régime, qui précisément étaient très emboitées sur l’épaule et souvent plissées ou froncées. Et il est tout aussi amusant à l’inverse de voir les jeunes tomber en pâmoison devant cette invention de la ‘modernité’.

Au sujet de la veste, on peut s’amuser aussi des jeunes qui adorent les vestes courtes et des anciens qui les aiment longues comme des peignoirs. Aux alentours de 1910, le veston court qui était assez jeune à l’époque se taillait assez raz-de pet! Et très renflé sur les hanches. C’est dans les années 30 qu’il s’allongea et devint plus droit sur les hanches, en contrepartie d’un cintrage plus appuyé.

Le pantalon traverse quant à lui une époque charnière. Et son histoire est courte. Car si des versions très anciennes sont attestées dès le moyen-âge (surtout chez les paysans) et que les sans-culotte de la Révolution le propulsèrent sur le devant de la scène, il faut vraiment reconnaitre que le pantalon moderne pour tous est né au XIXème siècle, à l’époque pré-Victorienne (1800/1830 environ, règne de Guillaume IV).

C’est que le choix du pantalon pour couvrir la jambe n’a jamais été évident et dès le départ il posa des problèmes insolubles de coupe. Au début, c’était tout de même un affreux tuyaux très étriqué. Car ce qui allait de soi, c’était d’exprimer le galbe de la jambe : le beau mollet et la cuisse altière… La culotte que l’on portait sous l’ancien régime voir jusqu’à Napoléon III en France se finissait au genoux, et c’était un délicat bas de soie que couvrait la partie inférieure.

Le pantalon ajusté a posé les problèmes suivants :

1- à la différence du bas de soie qui est un petit jersey extensible, le pantalon est fait de tissu, très peu extensible. Dès lors, envelopper le mollet, dont le volume varie du simple au double suivant que l’on est assis ou debout pose question.

2- la jambe possède en son centre une articulation cruciale, le genoux, dont les mouvements ne sauraient être limités. Ce qui change considérablement la longueur du pantalon, que l’on soit assis ou debout. Pour remédier à ce problème, les premiers pantalons avaient un ruban qui passaient sous le soulier, pour les maintenir droit. Mais si vous avez déjà essayé cela, c’est très bizarre à l’usage. Par ailleurs, si le pantalon est très étroit et le tissu très raide, il peut couper la circulation derrière le genoux et faire une génuflexion pour ramasser un bidule à terre est impossible (véridique, j’ai essayé).

Les pantalons des sans culottes n’avaient pas ces problèmes, ils étaient larges et souvent très courts, car élimés.

Pendant la première guerre mondiale, nombre d’armées ne s’y sont pas trompées et plutôt que de donner des pantalons sans aisance et pas pratique, elles distribuaient des culottes avec bandes molletières. Pourtant, dès 1860, les pantalons de ville étaient un peu amples déjà.

D’un point de vue technique, la culotte et bande molletière (ou un bas) représentent la solution la plus logique, la question de l’articulation étant réglée. Mais il faut faire tenir les deux ensembles. Par ailleurs, ce n’est plus une esthétique à la mode…

Ceci étant dit, pourquoi la querelle des anciens et des modernes m’amuse dans ce cas présent. Car les messieurs d’un certain âge qui ne jurent que par les pantalons à pince et les bas larges croient que ce fut toujours ainsi. Et bien non, cette mode et ces techniques datent précisément des années 10/20/30 et des expérimentations des tailleurs. Cette mode s’est très rapidement diffusée. Vous pensez, quelle aisance !

Mais elle est passée. De nos jours, les pantalons redeviennent près de la jambe, voire même très près de la jambe pour les jeunes qui portent des jeans ‘skinny’. Si je trouve ça parfois aventureux, je n’ai plus un œil hostile à ce sujet. Car au fond, c’est une tendance de l’homme européen depuis des siècles. Une belle jambe se montre ! C’est un fait historique. Regardez un portait de François Ier ou de Vercingétorix (avec ici une pincette sur la véracité historique).

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Pourquoi j’écris cet article? Car je suis allé récemment chez Carhartt et Uniqlo pour me trouver quelques modèles de vacances et que j’ai été amusé par deux faits modernes mais à l’écho ancien :

1- les pantalons sont proposés à la vente pliés par les côtés. Ils sont à plat et pliés sur la fourche. Ce faisant, cela marque les plis sur les côtés, au même endroit que les coutures. Les plus amateurs d’ouvrages de références et de Stiff Collar savent qu’au tout début des pantalons, quand Edouard VI n’était que le Prince de Galles (époque 1860-1900), les plis étaient aussi marqués sur le côté! Un retour en arrière, par rapport à ce pli très structurant (et valable uniquement si la coupe est large) apparue après 1900 pour ne pas dire véritablement dans les années 30.

De nos jours, même sur les pantalons de laine des costumes, les plis sont souvent estompés. D’une part car les matières fines ne les supportent plus longtemps, et d’autre part, car les clients ne s’en préoccupent plus. Certains portent même le pantalon de costume de manière molle, un peu comme un jogging. De toute manière, s’il est coupé à 18cm en bas et que la cuisse est fine, aucun pli ne restera.

2- les pantalons sont coupés étroits comme aux premiers temps (pas forcément tous en coupe slim mais quand même) et ce faisant, ils marquent tous les dessous de genoux. Ils froissent et pochent à l’horizontale là où le mouvement est continu. Regardez une gravure de Beau Brummell, vous les verrez bien ces pliures sous le genoux, puisque la jambe est étroite.

Si en tant que tailleur je cherche à faire des pantalons très droits et stricts, donc un peu large, les clients dans leur grande majorité ne cesse de faire réduire bas, genoux et cuisse. Le résultat est le même qu’en 1830, des pliures et cassures sous le genoux, plus ou moins accentuées se forment. Et cela sans qu’aucun reproche ne m’en soit fait, ce doit être un effet plaisant. J’espère mon illustration à ce propos très parlante !

Comme vous le voyez, ces petits points d’histoire sont passionnants et très éclairants. La mise en perspective permet d’expliquer le présent et parfois de deviner le ou les futurs. Cela permet aussi de relativiser les errements des plus avant-gardistes…

Bonne semaine, Julien Scavini

Voeux 2016 et une fiche de lecture

Chers ami(e)s,

je tiens à vous souhaiter une excellente année 2016, pleine de joies personnelles et professionnelles. Puisse ce dessin de Stiff Collar apporter sa petite pierre d’élégance heureuse en ce début d’année !

bonne année 2016

Pour ma part, je vais essayer de vous apporter une semaine sur deux un billet d’amusement sartorial, léger ou plus érudit suivant l’inspiration. Sachez que dans le Figaro Magazine, chaque samedi, j’ai l’honneur de publier un billet également ! D’où un emploi du temps chargé. Maintenons comme dit la devise !

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J’aimerais maintenant et à l’instar de l’année dernière, vous faire le résumé d’un très beau livre lu entre Noël et Nouvel-An. Il s’agit d’un ouvrage en langue anglaise, écrit en partie par Bruce Boyer, publié en 2014 aux Yale University Press et titré :

Elegance in an age of crisis : fashions of the 1930’s.

« En dépit de la rudesse du climat économique des années 30, cette décade vit naître au sein de la mode de grandes innovations techniques et esthétiques. De nouvelles avancées dans l’art tailleur à Londres et à Naples faisaient écho à des percées Parisiennes, New Yorkaises ou même Shanghaiennes quant aux techniques de réalisation du drapé. N’oublions pas qu’Hollywood eut aussi un rôle à jouer quant à l’institutionnalisation et la diffusion de ce style si glamour. La mode fût internationale pour ce vêtement qui est plus léger, aux ornements minimalistes et élégamment proportionnés, qui tranche avec le vestiaire restrictif de la précédente ère Edwardienne. Par contraste, la mode des années 30 est celle du mouvement, et dévoile un corps idéalisé et naturel, fantasmé des canons de sculpture classique, qui en sont les influences artistiques première. »

C’est avec cet avant propos que s’ouvre ce livre, et cette idée que le vêtement, masculin, comme féminin, se libère de l’influence Edwardienne dont il était prisonnier. Cette libération vestimentaire est perçue comme issue du Jazz, dans une époque méconnue et coincée entre deux guerres, qui est ici assez poétiquement décrite comme la plus vibrante et tonitruante du XXème siècle.

Ce changement est esthétique, mais aussi technique, dans un climat schizophrène de banqueroute ahurissantes et de fêtes frénétiques où aboutit, selon Boyer, la première forme de notre vêtement contemporain.

Elegance in a age of crisis est un ouvrage assez dense, de deux cent quarante huit pages, dont une soixantaine concerne le vestiaire masculin, sous le titre du chapitre rédigé par Bruce Boyer, Tailoring the New Man : London, Naples, and Hollywood in the 1930s. Ces pages concernent la mode principale dans le costume masculin durant les années trente : la Drape Cut, ou London Cut. Boyer en distingue deux écoles, fortement opposées, l’école anglaise, représentée par Savile Row, et l’école Napolitaine, par le duo Rubinacci et Attolini. Ces deux écoles sont aussi mises en parallèle avec l’influence du cinéma américain qui participe à diffuser –jusqu’à la caricature- leurs canons.

La véritable richesse de l’ouvrage est en réalité de présenter une iconographie très dense (en partie photographiée ci-dessous), assemblant des photographies issues du cinéma américain, des illustrations d’Apparel Arts et, grande nouveauté pour ce genre d’ouvrage, de photographies de vêtements anciens, ce qui est très appréciable : le lecteur peut comparer l’idéal dessiné et la réalité technique.

Il est toutefois à noter que ces vêtements sont issus de musées et collections privées, et ne présentent que des tenues provenant des grands noms de l’époque : ici ne sont pas présentés les vêtements du commun. C’est un parti prit de l’auteur, qui désigne les grands tailleurs comme les révolutionnaires cachés des garde-robes.

Au fil des pages, l’on découvre deux habits, une robe de chambre, une jaquette, deux vestes de fumoir, une veste et un frac de chasse, un spencer brodév, un ensemble de plage, un smoking, deux complets trois pièces de sport, un veston de ville, une veste Norfolk, trois manteaux croisés et deux vestes napolitaines en lin, aux montages d’épaule très édifiant.

Men’s clothing History

Bruce Boyer ouvre son chapitre par un rappel historique : vers 1900, et avec l’accroissement du sport, domine dans les vestiaires le lounge suit, veste courte, gilet et pantalon –l’ancêtre de notre complet, dont l’usage est d’abord réservé aux activités sportives, puis qui ne s’y restreint plus au XXème siècle. Toutefois, cet ancêtre de nos vestes est coupé droit, en forme de « sac », sans pinces pour fabriquer une silhouette. Ces expérimentations sartoriales se feront durant les années 30, en Europe, à Londres et à Naples, donnant naissance aux écoles de coupes contemporaine.

London’s Savile Row

L’auteur commence ainsi par parler de Savile Row, qu’il décrit comme l’agrégat le plus concentré de tailleurs dans le monde où les techniciens s’inspirent du vestiaire militaire et d’où fut tirée la méthode de coupe en « drapé ». Cette technique est conçue dans le but d’améliorer la silhouette masculine, non pas par la flamboyance des couleurs et des textures, mais par la technicité. Ce besoin de modeler la silhouette des hommes, de la viriliser est dans la directe lignée des fantasmes du corps à l’antique, et vanté par les loisirs sportifs que la classe moyenne occidentale bourgeonnante découvre et idéalise. Les canons esthétiques se définissent alors par de larges épaules et une taille resserrée, incarnés au cinéma par la figure des Tall, dark and handsome (grands, bronzés et beaux) qu’étaient les Douglas Fairbanks, Gary Cooper et Rudolph Valentino. Au corps bourgeois à l’embonpoint dont la courbe dessinait l’alibi moral et une assise sociale, se substitue le corps bronzé par le soleil et musclé par le boating, le tennis ou le golf…

Drape cutting

A ce bouillonnement culturel et à l’émergence de nouveaux modèles, la coupe s’adapte. Boyer rappelle la paternité de la Drape Cut à Frederick Scholte, formé à la coupe de vêtements militaires, qu’il adapte au vestiaire civil. S’inspirant des vestes portées par la Royal Household, il emploie et innove les méthodes de construction des manches, et agrandit en largeur les emmanchures pour fabriquer des dos plus larges, tout en gardant une silhouette équilibrée : c’est la naissance de cette silhouette massive, et musclée, qui deviendra l’essence de son époque. Ces modifications, Scholte en fait une méthode de coupe où il préconise d’ajouter plusieurs centimètres supplémentaires de tissu dans le montage d’épaule ; mais aussi d’insérer l’entoilage de la veste de biais. Cette manœuvre avait pour effet de rendre la poitrine de la veste plus souple tout en permettant plus de mouvement aux bras. Ensuite, il resserre la taille en ajoutant des pinces, de la poitrine aux poches ; il place le bouton de la taille un centimètre plus haut que de naturel, pour donner plus de profondeur à la poitrine. Pour contrebalancer la largeur des épaules par rapport à celle de la manche, il coupe cette dernière de la largeur du triceps : ainsi, la manche tombe droite sur le bras, donnant l’illusion d’une grande musculature. Enfin, quant à la partie inférieure de la veste (la jupe), il la resserre sur les hanches, et la préfère sans fente, pour une meilleure tenue et un effet plus cintré.

En émerge une silhouette aux épaules marquées, à la taille resserrée et aux hanches dessinées (par contraste). Cela sera la silhouette du beau idéal, adoptée par Edward VIII, qui contribuera à la rendre populaire, notamment sous le nom de London Cut, digérée et exagérée par le cinéma américain, puis connue et vendue, au début des années quarante, sous le nom d’American cut.

The Neapolitain School (déjà!)

Si la coupe anglo-saxonne provient uniquement du modèle londonien, la notion de coupe doit se penser au pluriel, dès lors que l’on franchit les Alpes. En effet, le morcellement politique et culturel transalpin implique aussi, pour l’auteur, un morcellement des modes.

Ainsi, Bruce Boyer distingue trois écoles de coupe italiennes, qui se concurrencent et se succèdent au XXème siècle. Durant les années 70-80, ce sera le Nord, par Armani, à Milan ; après la Seconde Guerre Mondiale, ce sera l’école Romaine et le Continental Look de Brioni ; et durant la fin des années 20, ce sera l’école Napolitaine, dont deux noms émergeront : Rubinacci, le premier, et son tailleur, Attolini. Bruce Boyer marque avec force les différences d’inspirations entre l’école anglaise et l’école italienne. Certes : toutes deux cherchent à rendre plus souple, plus confortable et moins compassé le complet ; mais si les anglais prennent pour modèle le champ du vêtement militaire, l’école napolitaine s’inspire, en revanche, des loisirs pour déconstruire le vêtement. La coupe napolitaine se distingue par des poches plaquées ; celle de la poitrine, inclinée, s’appelle la barchetta ; les épaules ont un pading minimum, voir absent, et sont cousues avec une couture inversée, comme pour une chemise ; la manche est dite mappina, froncée et cousue dans une emmanchure réduite à sa plus petite portion. Enfin, les vestes ne sont pas doublées, ce qui accentue cet effet déconstruit et léger, déjà en 1920 !

Sportswear

L’auteur traite aussi de l’apparition d’un vestiaire de sport technologique par l’arrivée du nylon, en 1924, que l’on utilise pour les maillots de bain, qui rétrécissent; mais aussi du jeans, empruntés aux cow-boys des films américains, premier vêtement de travail manuel qui entre dans le vestiaire comme objet de mode.

Conclusion

L’auteur conclut cette brève et pourtant essentielle période de la mode masculine  en rappelant le découpage chronologique de Morris Dickstein. Pour ce dernier, les années trente finissent durant la New York World’s Fair de 1939-40 : c’est fin symbolique de la Grande Dépression et d’une décennie qui aboutit à un monde qui s’enfonce dans le nuage sombre du totalitarisme puis de la guerre. Nouvelle guerre qui fera naître encore de nouveaux vêtements militaires, plus modernes, adaptatifs et techniques. Nouveaux habits qui à leur tour incuberont durant les années 60 et 70 de nouveaux usages, voire d’un abandon petit à petit des vêtements des tailleurs. Tailleurs qui ouvrirent pourtant la voie. Mais qui ceci dit non pas encore dit leur dernier mot ! Bonne année !

Julien Scavini