Se faire confectionner une veste sport

Quand vient l’idée de se faire confectionner une veste sport, plusieurs questions doivent se poser. Car à la différence d’un costume, assez normé et plutôt lié à l’uni et au gris et bleu, le veston dépareillé pose beaucoup de questions. Le répertoire des tissus est extrêmement varié, la palette de couleurs très imposante et les motifs nombreux.

Il faut d’abord se demander si la veste sera destinée à l’hiver, à l’été, ou à la demi-saison. Si les laines à costumes classiques sont appelées quatre saisons pour leurs capacités à être mises toute l’année, les draps pour vestes sont disponibles dans différents poids, du tweed de 500grs aux mélanges aérés d’été en 240grs. Il faut donc bien s’interroger sur la saisonnalité et envisager tout de suite l’idée que la veste ne sera pas utilisée du 1er janvier au 31 décembre.

De là découlent trois vestes types : les vestes d’hiver bien lourdes, les vestes d’entre deux, assez nombreuses et enfin les vestes d’été, finalement assez rares et peu utiles tant les températures poussent à rester en chemise.

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Ensuite viennent les motifs. Les tissus de costumes là encore sont relativement simples, principalement unis ou à micro motifs discrets, chevrons et caviars. Les rayures et carreaux sont possibles, mais dans les faits assez rares. Alors que les draps pour faire des vestes sports sont très variés et rarement unis. Les carreaux se payent la part du lion, du plus discret au plus bariolé. Il convient de se poser la question de la praticité à ce niveau.

Une veste sport facile à mettre – en particulier si c’est votre première – sera plutôt unie. Elle ira ainsi avec tout et en toute circonstance. Bien sûr, si vous souhaitez vous amuser un peu, un carreau discret égayera bien votre tenue, mais il faudra choisir une chemise en conséquence, notamment en évitant les rayures.

Du côté des vestes unies pour l’hiver et la mi-saison, des petits tweeds unis ou à petits motifs comme les chevrons seront parfaits. Polyvalents en même temps que discrets, c’est un choix raisonnable. Les tweeds donegal, avec leurs imperfections colorées sont parfaits. Les drapiers italiens ont aussi trouvé le truc en proposant des draps laineux, proches des flanelles.

D’ailleurs, à ce sujet, il est possible d’avoir recours à des tissus de ville pour se faire confectionner une veste dépareillée. Un beau prince de galles ou une flanelle unie peuvent être bien vus. Mais trop simple aussi?

Les carreaux font la force des tissus de loisirs. Ils sont petits, grands, estompés, marqués, de couleurs discrètes ou de tons vifs, ils sont à manier avec précaution et doivent être choisis avec tact. Et il faut se laisser convaincre. Tous les tissus sont beaux et rares sont les erreurs. Un carreau liant bleu et marron est facile quand même. Et une veste ainsi faite égaillera toujours vos sorties.

Le printemps approchant, il faut se poser la question de la saison plus chaude. Et là les réponses sont moins aisées. Bien sûr le tweed est merveilleux et très agréable. Mais enfin, dès qu’il fait 25°c, il n’est pas évident à porter.

Les nattés permettent de réaliser de beaux vestons, efficaces en mi-saison comme en pleine chaleur. Ceci dit, l’effet est plus uni et on perd l’aspect ‘tweedy’ si cher aux messieurs. Comme j’avais pu l’écrire précédemment, quelques mélanges de laine et soie répondent à cette idée.

 

L’été aussi les carreaux sont de sortie. Dans des tons plus ou moins bariolés d’ailleurs. Les mêmes problématiques se posent. Il faut penser à la panoplie idéale, en pensant à deux ou trois pantalons complémentaires. Bien sûr un pantalon blanc va toujours et avec tout, mais c’est très habillé. A moins d’essayer un chino blanc? Le chino beige lui doit être considéré en priorité. Et je pense aussi qu’un pantalon de laine bleu moyen à clair fait beaucoup d’effet l’été en association avec beaucoup de vestons.

 

Comme vous le constatez, les tissus sont nombreux, les coloris et motifs variés. Cela fait beaucoup à penser. Et je ne parle même pas des formes de la veste, avec ou sans poches plaquées, deux ou trois boutons, épaule napolitaine, etc, etc, etc… Mais au fond, n’est-ce pas une chance et un plaisir? A l’heure de l’uniformité, choisir un drap sport est un plaisir et signe de différenciation.

Bonne semaine, Julien Scavini

Par quoi commencez vous?

Telle est la bonne question du jour, par quoi commencer vous pour composer votre tenue quotidienne?

Pour ma part, je porte presque exclusivement le costume lorsque je travaille et quelques fois, j’ose le dépareillé. Dépareillé que j’aime finalement moins, car il demande plus de réflexion. Les vestes sports, si j’en possède de très belles en tweed, ne me convainquent toujours qu’à moitié. Le blazer marine fait partie de mes facilités, comme l’uni de manière générale.

Je fais partie de ces jeunes qui ne repassent pas leurs chemises à la sortie de la machine. Je me contente de les faire sécher sur cintres, puis je les range suspendues dans le placard. Donc, chaque jour, il convient d’en sortir une nouvelle puis de la repasser. C’est un rythme que je préfère. Je ne sais pas trouver trente minutes pour tout repasser d’un coup.

Bref, pendant longtemps, chaque matin, je choisissais le costume puis trouvais la chemise correspondante.

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Mais depuis quelques temps, j’ai pris une autre habitude. Je sélectionne une chemise, presque au pif, que j’ai envie de porter. Le volume des chemises est chez moi bien plus important que celui des costumes. A priori, cela devrait être ainsi chez tout le monde? Disons, trois fois plus de chemises que de costumes.

Il y a donc une grande variété de chemises. Des unies, des rayées, des bleues, des rouges, des grises, des violettes etc… Quand le costume est choisi en premier, il me semble que j’ai toujours une tendance à associer la même chemise.

Du coup, j’ai changé. Je prends une chemise que j’ai envie de porter et je la repasse. Ensuite je sélectionne le costume en rapport. Il me semble que je fais ainsi plus de recherche, plus de nouveaux assemblages.

Cela change-t-il beaucoup de choses? Peut-être que d’autres pensent aux souliers? Les chaussures marron orientent plus la tenue, c’est certain. D’autres également pensent-ils à la cravate en premier? C’est aussi possible à mon avis. Bref, et vous?

Belle semaine, Julien Scavini

Pourquoi les revers ‘cassent’

La comparaison des vestes d’aujourd’hui avec celles des années 90 est criante : les revers étaient plus réguliers ! Quand je dis ‘réguliers’, je fais référence à la ligne des revers, au bord de la poitrine. De nos jours, cette ligne a toujours une tendance à être tendue, légèrement arrondie. Parfois même, et c’est une question récurrente de mes clients, les revers ouvrent un peu, voire cassent dans les cas les plus forts. Comment expliquer cela?

L’introduction de mon propos vous donne une part de la réponse : lorsque le vêtement est plus ample, il place mieux. Mais encore.

Depuis quelques années, les designers, suivis des clients, suivis des usines apprécient les vestons au plus près du corps. Si à une époque, confort égalait allure, de nos jours, l’allure (très) près du corps s’oppose un peu au confort et surtout au tombé parfait et régulier.

Les industriels ont modifié les bases et même plus important, la façon de tracer * les patrons, pour obtenir des modèles équilibrés plus près du buste. Plus on se rapproche, plus des plis apparaissent, des complications naissent.

Le veston se patronne à partir de morceaux de tissus sans reliefs et dans des matières peu élastiques (à la différence des pulls par exemple). Dès lors que l’on s’approche trop du corps, les lignes se brisent, le tombé n’est plus naturel et souple. Le tombé est heurté.

Que l’on vende de la demi-mesure ou du prêt à porter, le problème est le même, les modèles d’aujourd’hui sont étudiés serrés. Donc des problèmes naissent. Il faut alors sur le fil du rasoir équilibrer les forces en présence : désir du client, regard du client sur lui-même, idée que le client se fait du regard des autres et enfin confort. Il faut être fin et pointilliste. Je fais au mieux mais c’est une gageure.

Ces revers qui ouvrent, voire cassent, sont le résultat de trois éléments principaux : le volume poitrine, le volume manche, la largeur d’épaule.

1- si le volume poitrine est trop petit, il manque du tissu sur le flanc de la poitrine. Ce tissu manquant sous l’aisselle fait apparaitre au bord de la veste une déformation, le revers s’ouvre un peu.

2- si la manche est étroite, le biceps a tendance à être serré. Votre bras occupant la manche et ayant tendance à la gonfler comme une ballon, cette manche tire le flanc de la veste, qui à son tour tire sur le revers. C’est particulièrement visible chez les hommes qui font de la musculation. (Les petites flèches rouges dans le dessin)

3- si l’épaule est étroite, ce qui plait beaucoup ces temps-ci, le manche a du mal à ‘s’ouvrir’, c’est à dire à être assez béante pour recevoir la largeur du bras. Le résultat est que la manche est trop près du bras. La manche moule trop le bras. Et l’effet est égal au précédent, les revers de la veste ouvrent, voire cassent. Et d’ailleurs, un bras à l’étroit dans une épaule a tendance à faire bailler le col, faisant un ‘collar gab’…

Ces trois points peuvent être rencontrés indépendamment les uns des autres mais sont souvent conjugués !  Ils sont tous un peu responsables. La mode est aux modèles étroits. Les patronniers créent donc des vestes avec des épaules étroites et surtout des manches fines. Le ‘trop’ de tissu n’est pas aimé. C’est un fait. Aux tailleurs de s’adapter. La vie des tailleurs était plus simple avant. Un veston un peu ample et épaulé tombe presque à coup sûr bien. Un veste plus aiguisée va être dur à régler.

Pour corriger ce problème, il faut traiter les trois points. Il est bon d’augmenter le volume du buste, d’abord en augmentant le volume poitrine puis en augmentant la largeur d’épaule. Ainsi, on libère l’épaule. Dans les cas importants, un élargissement de la manche de la veste permet de donner plus de place au bras. La manche se place mieux et n’entraine plus le revers. C’est donc en jouant un peu sur tous les points à la fois que le problème du revers se règle.

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Le dessin ci-dessus reprend les idées. A gauche, une veste très classique. Au milieu, une veste à peine ‘tenue’ aux épaules et aux pectoraux. La veste ouvre à peine. Style très contemporain avec un torse qui est plus visible. A droite, une veste visiblement trop petite. Les flèches rouges montrent le bras qui tire la manche, qui tire la poitrine, qui tire le revers. Les flèches vertes sont associées : le bras tire l’épaule étroite qui tire le col et le fait bailler.

Pour les hommes très forts, le problème est plus particulier. Il ne s’agit plus de corriger ces aisances, ou même de faire des retouches quasiment impossibles, il faut changer le modèle et adopter une veste spécifiquement conçue pour la forte poitrine.

*  La méthode de patronage (générale) permet d’obtenir un patron pour chaque taille de veste ou chaque client en mesure (le particulier). Or, ce passage du général au particulier se fait suivant des règles de géométrie. Si vous changez les règles de géométrie (cela s’appelle la mode), vous changez l’obtention d’un patron. Ainsi, si vous utilisez un livre de patronage de 1930 et un livre de patronage de 2000, vous n’obtiendrez pas, malgré des mesures identiques, le même patron. Le patron que vous obtiendrez aura été influencé par la géométrie invisible (presque magique) du patron, liée à la mode.

Le problème principal de la correction du revers qui ouvre, c’est le client. Car il est toujours possible pour un tailleur d’augmenter à la commande le volume poitrine, épaule et manche. Seulement, la proportion de client qui se plaindront de ce trop plein d’aisance est écrasante. Ainsi, le tailleur a plutôt tendance à viser juste (avec toute la difficulté que cela représente) qu’à viser ample… Certaines chaines de demi-mesure, elles, visent toujours trop petit car leur ‘cible’ clientèle veut ça. D’autres tailleurs plus old-school visent ample, leurs clients aimant cela. Logique.

Voici donc des problèmes difficiles à gérer. Pour autant, le problème ne se signale à moi que très rarement. Quelques clients demandent pourquoi le revers ouvre un peu. Je leur réponds avec autant d’honnêteté que possible : c’est ainsi que les vestes sont conçues de nos jours. Et malgré la meilleure volonté, toutes les altérations possibles et la meilleure approche de l’équation ‘allure/confort’, rien n’est parfait en ce bas monde !

Bonne semaine, Julien Scavini

Remplacer le tweed l’été

Un lecteur m’a écrit un peu avant l’été pour me questionner sur une alternative au tweed en été. En effet, Pascal de son prénom, vit entre la ville et la campagne et affectionne particulièrement le style anglais, dans le genre Barbour et chapeau de feutre. Mais comme il me dit, lorsque les beaux jours arrivent, le tweed parait complètement décalé, en style d’abord, en chaleur ensuite. Deux solutions s’offraient à lui : émigrer en Ecosse ou demander à Stiff Collar.

Je n’ai pas pu écrire immédiatement l’article. Car c’est une bonne question dont la réponse n’est pas évidente. Car tout dans le tweed s’oppose à la période estivale. Il y a la texture d’abord, laineuse et broussailleuse, qui donne chaud rien qu’au regard. Il y a ensuite la palette de couleur, des tons allants des mousses pâles aux mousses tendres, en passant par les oranges fanés. Bref, des tonalités bien opposées à la clarté estivale.

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Bien sûr, les drapiers proposent une foule de tissus d’été, unis ou à carreaux genre prince de Galles. Mais ce sont des tissus plus francs, qui sont moins en rapport avec le tweed. A moins d’y regarder de plus près. Car à bien y réfléchir, on peut par l’argumentaire trouver des solutions.

Si l’on parle de texture par exemple, le côté rugueux  du tweed peut être retrouvé dans les mélanges lin et soie. Car il ne faut pas imaginer que ces draps luxueux sont brillants et lisses. Au contraire, les vestes réalisées ainsi ont l’air rugueuses et pleines d’imperfections. En plus, ce sont des draps plutôt lourds, assurant un bon tombé.

Si l’on parle de couleur par ailleurs, se pose d’abord la question du style. Car s’habiller dans le goût ‘nature, chasse et pêche’ renvoie à une certaine conception épicurienne de l’habillement.  C’est une manière de faire vivre l’idée du gentleman anglais qui est intemporelle. Pourquoi alors ce même gentleman ne pourrait il pas s’habiller comme savaient le faire les anglais l’été ? Avec des couleurs plus claires? Il existe par ailleurs une foule de teintes poudrées qui d’une certaine manière rappellent les teintures douces des tweeds. Un beau parme par exemple? ou un vert sauge? Arnys savait faire ça très bien, dans le genre campagnard élégant. Seulement, c’est moins passe-partout que le tweed et le pantalon de moleskine. Car cette recherche stylistique sera remarquée! Mais est-ce un mal?

Quelques tissus d’été, dont beaucoup de lin et soie et à l’allure campagnarde :

Le plaisir du tweed renvoie à une autre notion, celle de la solidité. Car une telle veste est endurante et peut durer des années. Une veste d’été ne le pourrait elle pas? C’est sûr qu’un drap léger de laine et soie n’est pas très durable. Mais par exemple, un fresco en mohair est super solide. Quant à la veste de lin irlandais, elle permet d’affronter les années sans beaucoup changer. Au contraire, comme le tweed, elle s’adoucit avec le temps. Les chics anglais du siècle passé savaient porter le lin.

Par ailleurs, il est possible l’été de sortir du registre de la veste classique. Si elle est adapté pour le tweed, avec ses revers et ses petites poches à rabat, on peut pour l’été préférer l’ampleur d’une veste d’ouvrier, plutôt carré avec sa forme de chemise et ses poches plaquées. Plus proche du blouson et réalisée dans une toile de coton, on peut y retrouver à fois le confort mou du tweed, sa résistance et son aspect passe-partout.

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Il faut donc pour répondre à cette question s’en poser plusieurs. Le tweed me procure du bonheur : pour sa texture campagnarde? pour sa couleur poudrée? pour sa solidité à toute épreuve? Avec ces réponses, il est possible de composer une esthétique toute en finesse, avec plusieurs choix à la clef.

Bonne semaine. Julien Scavini

Le col requin

Alors que l’été n’en finit plus de se faire désirer à Paris, revenons un instant sur la façon de porter les chemises par temps chaud, quelques décennies auparavant. Pour être plus précis, remontons aux années 30 et voyageons jusqu’aux Etats-Unis.

A cette époque, les chemisiers, peut-être à la suite de commandes militaires (cela ne m’étonnerait guère) inventent un nouveau col, un modèle transformable, aussi bien à porter boutonné qu’ouvert. Et encore mieux, ne s’ouvre pas aussi bêtement qu’un col classique, il s’évase.

Sa conception est ingénieuse bien qu’un peu lourde industriellement parlant. Le col au lieu d’être en deux parties (la retombée et le pied de col) est en une seule. Et encore mieux, l’intérieur du col se poursuit le long des boutonnières, jusqu’en bas de la chemise, comme sur une veste où l’on trouve la garniture au bord. C’est donc un modèle complexe à développer, car le col est fait dans une pièce très longue, qui doit supporter la courbure du cou tout en se cassant bien en deux, pour simuler la retombée de col. Les plus techniciens comprendront. Ci-dessous, à gauche le modèle transformable, à droite le col classique.

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Alors donc, ce col fut inventé. Merveille des merveilles, il correspondait au goût de l’époque porté sur le repassage et la perfection ménagère. Ces mesdames écrasèrent donc de toute la force de leur fer les col, de manière évasée. Ça peut se tenter avec une chemise moderne, mais l’effet est moins net qu’avec un col transformable, autrement appelé col requin. Je ne sais d’ailleurs d’où vient cette appellation. Peut-être à cause des pointes très longues…?

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Cette esthétique fit florès ! Les premiers blousons ont aussi profité de cette coupe dérivée des cols de chemises classiques.

La seconde guerre mondiale et les GI’s semèrent ce style à travers le monde. Dans les années 50, les chemises hawaïennes ainsi coupées étaient le symbole de l’American Way of Life, idéal pour se détendre sous un parasol.

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Les étudiants américains et le style Ivy League propulsa aussi l’esthétique de la chemise col requin portée sur la veste. Ah toute une allure ! Je reste réservée sur cette mode. Peut-être un créateur inspiré en fera t il de nouveau usage…?

Toujours est-il qu’au fur et à mesure des années 70, l’usage tomba en désuétude. A part dans les milieux épicés : parieurs hippiques, tenanciers de casino, producteur de cinéma etc… Dans les années 80, cette allure vous faisait même passer pour un paria. Ou un vieux milliardaire.

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Un tailleur qui m’a formé s’habille toujours ainsi l’été. Et je souris à chaque fois en le voyant : un vrai mylord descendu de son yacht !

Et maintenant, je me repose aussi. Le blog s’arrête pour l’été !

A la rentrée donc et profitez bien. Julien Scavini

La lavallière

Petit article aujourd’hui pour faire le point sur la lavallière, un vêtement à la fois très historique et très galvaudé !

L’idée de mettre quelque chose autour du cou, dans le genre d’un foulard noué et retombant au milieu de la poitrine est apparue sous le règne de Louis XIV. Dit-on à la suite des régiments-mercenaires croates (cravate étant une déformation de croate). Auparavant, c’est plutôt de grands collets de dentelle qui sertissaient l’encolure. La fraise en était une expression surjouée.

Sous Louis XIV apparait donc une sorte de cravate d’aspects variés. Les représentations montrent souvent la superposition d’un papillon assez volumineux (et horizontal) en velours coloré et d’une retombée (verticale) de dentelle écrue. Il n’est pas très clair dans mon idée si les deux sont liés ou si au contraire ce sont deux cravates superposées.

Sous Louis XV et Louis XVI, cette double encravaterie baroque s’arrête. La lavallière au sens historique nait ici. Il s’agit d’un long ruban de lin très fin, qui après plusieurs tours de cou montant à la manière d’un col roulé, se noue au milieu ou légèrement sur le côté. Sur le modèle exact d’un nœud papillon, à la différence que les extrémités sont laissées longues et tombantes. Le raccourcissement de la lavallière a donné le nœud papillon moderne.

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La lavallière tire son nom de la duchesse Louise de la Vallière, maîtresse du roi Louis XIV, qui portait du temps de sa splendeur une cravate à larges pans.

Techniquement, la lavallière est donc un nœud papillon généreux dont les extrémités retombent à la manière d’un foulard. C’est un nœud qui se déploie à l’horizontal. Le mathématicien Cedric Villani semble apprécier ce modèle un peu exubérant.

L’exemple ci-dessous, d’époque romantique allemande, représente pour moi la lavallière idéale, généreuse et tombante :

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Dire que la lavallière est un nœud projetant dans le sens horizontal est un détail important.

Car fin XIXème et début XXème, ce nœud volumineux ne plait plus. Certes Baudelaire ou Rimbaud affectionnent encore les petites lavallières (presque des papillons d’ailleurs), mais la bourgeoisie cherche autre chose, une expression moins artiste ! On invente alors le nœud simple qui projette vers le bas, que l’on appelle nœud régate. Vous le connaissez tous, il s’agit de la cravate contemporaine, qui se déploie à la verticale.

Toujours au début du XXème siècle et en Angleterre, une simplification de la lavallière a donné une cravate appréciée avec la jaquette (morning coat) : l’ascot, appelée day cravat. Inventée précisément pour aller au champs de courses (au Royal Ascot), la cravate ascot a la forme d’une pagaie et non d’un ruban.

L’ascot est associée à un nœud très pauvre stylistiquement : la simplicité même, comme si l’on noue deux lacets mais sans faire les boucles. Les deux pans retombent alors bêtement et sans volume. Tout le panache de l’ascot vient de l’épingle de cravate qui donne le volume d’une main de maître. Cette épingle, pour la haute bourgeoisie et l’aristocratie est l’alpha et l’omega d’une tenue richement parée. C’est grâce aux boutons de col, de plastron, de manchette et à l’épingle de cravate que le niveau social peut se lire. Plus le bijoux était précieux et plus son porteur était riche.

Au début du siècle, vous pouviez donc nouer votre cravate en ascot ou en régate, le résultat n’était pas le même :

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Peu à peu, l’ascot a perdu son usage de cravate pour devenir un foulard de cou, porté non plus sur la chemise mais sous le col. Les années 30 semblent consacrer cet usage décontracté chic. Par là même, le mot a changé de genre, l’ascot féminin (dans le sens de cravate) est devenu l’ascot masculin (dans le sens d’un foulard). Une ascot désigne une cravate qui se noue et se forme avec une épingle, un ascot désigne un foulard qui donne le petit plus de chaleur aux messieurs élégants.

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Donc au final, ce que les français adorent porter au mariage avec une jaquette n’est donc pas une lavallière comme ils aiment à le dire, mais un ascot ! Qu’on se le dise!

Et qu’on se le dise aussi : à moins de porter une chemise amidonnée avec un vrai col cassé séparable, dans le genre Robert de Montesquiou, il est très costumé de vouloir porter un ascot à un mariage. D’ailleurs, dans les années 50, les grandes unions à la Madeleine étaient toutes en jaquette et en cravate régate, rayée ou à pois.

Notons aussi le règlement du Royal Ascot qui stipule maintenant qu’il est interdit de mettre un ascot (cravat) avec sa jaquette et que seule la cravate (tie) est autorisée. Un signe à tous les baronnets qui croient se donner du genre en portant cela!

Enfin et dans le même esprit, il faut aussi évoquer cette horreur absolue qu’est la cravallière, croisement génétique hideux entre une cravate et un morceau de soie sauvage. Une aberration que je ne souhaite même pas à mon pire ennemi !

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Espérons que ces jeux de mots et d’histoires stylistiques vous aideront à y voir plus clair!

Bonne semaine, Julien Scavini

 

 

Elégances de circonstances

La marque britannique T.M. Lewin m’a récemment écrit pour me soumettre une question intéressante : comment s’habiller le vendredi soir pour aller au pub…

De prime abord, je dirais qu’il n’est pas facile de répondre à cette question pour un français. Car si les bureaux de la City se vident tous les vendredi à 16h et que tous les pubs se remplissent alors au rythme d’une marée montant au galop, les habitudes en France et à Paris sont bien différentes. Il n’existe pas chez nous une telle sociabilité, à part épisodiquement.

Après réflexion, je pense que ce questionnement renvoie d’une manière plus générale à la notion d’élégance au XXIème siècle. Qu’est-ce qui fait l’élégance?

Je répondrais à la manière d’un axiome : la situation.

Bien sûr, en 1880 comme en 1950, on s’habillait déjà pour une situation donnée. Mais le répertoire des vêtements portables était réduit aux formes tailleurs (veste, pantalon, gilet en laine, lin ou coton) à peine hybridées.  De nos jours, le répertoire est bien plus large, il est même protéiforme. Aux vêtements tailleur, il est possible d’adjoindre une large palette de vêtement, légèrement décontractés, très décontractés voire carrément sport, issus d’industries de plus en plus technicisées.

Ainsi, on pourrait se rendre au pub tel que l’on sort du travail, en costume. En retirant sa cravate et en laissant le col ouvert? Oui. En arborant un petit papillon? Oui aussi, ça change. On pourrait aussi changer simplement de veste, pour arborer un modèle plus court et plus fantaisie, au tissu fait de beaux carreaux par exemple…

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Pourquoi avec le même costume ne pas mettre un paire de basket? C’est très confortable aussi? Au Pitti Uomo, c’était la grande tendance la semaine dernière.

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Ceci dit, si la soirée s’allonge et s’anime, il peut ne pas être confortable de rester en costume. Et le costume, surtout s’il vient du prêt-à-porter n’est pas conçu pour endurer des efforts importants, de la transpiration, de la fumée de cigarette ou des gouttes de bière. Dès les début du siècle, c’est exactement la même idée de situation qui amena les riches aristocrates à troquer la queue de pie pour le smoking, plus court et/donc plus pratique.

Peut-être pourrait on alors garder le pantalon du costume et remplacer la veste par un blouson de type aviateur? C’est une vêtement simple et pratique, que l’on peut poser sur un dossier de chaise ou rouler en boule dans un coin. D’une couleur bien choisie et avec un intérieur chatoyant en tartan, par exemple marine ou beige suivant le pantalon, il convient bien à cette situation à mi-chemin entre le bureau et la maison. Je pourrais proposer également de prendre une veste matelassée type Barbour, mais cela fait un peu trop paddock pour une sortie de bureau un vendredi soir.

Si l’on a un petit sac de avec soi, il est possible d’emporter un pull à col roulé, c’est très Steeve McQueen.

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S’il fait une petite fraicheur et que l’on aime pas le blouson, je pense qu’il faut s’intéresser aux mailles. Vêtement phare du siècle à venir (par sa facilité de fabrication, de vente et d’entretien), les mailles sont très versatiles et variées.

Évidemment, à la sortie du bureau et toujours en gardant son pantalon de costume, il est possible de remplacer la veste par un joli cardigan. Simple et efficace, il permet de grandes combinaisons de couleurs et donne de l’allure. Il est le juste milieu entre formalisme et décontraction moderne.

Un simple pull coll V ou un sweater à col châle pour l’hiver conviennent parfaitement aussi.

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Par ailleurs, une question se pose : est-il raisonnable de conserver sur soi le pantalon du costume, alors que c’est la pièce qui craque en premier. Good question !

Il me parait assez évident d’un pantalon confortable et décontracté est en coton. Le chino est apprécié pour son élégance tempérée depuis presque 50 ans. Certes, il oblige a changer de tenue au bureau. Pas très pratique sur le moment, mais tellement plus commode ensuite. Avec un chino beige, vous pouvez même garder votre veste de costume marine, ça marche ! C’est pas l’idéal, mais avec une belle pochette, personne ne vous reprocherait d’être négligé.

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Vous le voyez ainsi, il existe une très large palette de possibilité, du plus proche au plus éloigné de la tenue du matin pour travailler. L’élégance est facile si l’on vit calmement, entre chez soi, son bureau, son club et avec un chauffeur. Pourtant, ce n’est pas un problème d’argent. Car le vrai luxe de nos jours, c’est le temps. Le temps de se changer en l’occurrence pour chaque situation. De manière franche ou imperceptible. Mais changer quand même. Certes il faut y penser un peu, mais alors, chaque situation devient plus confortable et plus agréable. C’est bien le bénéfice de l’élégance, se sentir à l’aise et plein de confiance en soi à chaque instant. Les bons et beaux vêtements au bons moments!

Belle semaine, Julien Scavini