Philip Mountbatten, duc d’Édimbourg

A une journaliste qui se hasardait à commenter la tenue du Prince Philippe, Karl Lagerfeld avait répondu qu’il n’y avait rien à redire et qu’il s’agissait d’un des hommes les mieux habillés au monde. Je suis tout à fait d’accord. Si j’ai écrit sur l’Empereur du Japon, le Prince Charles ou son grand oncle David Windsor, il ne m’était jamais venu à l’idée d’écrire sur le duc d’Édimbourg. Pour un livre que j’ai terminé (à l’état de manuscrit non édité), je m’étais dit qu’il serait formidable de trouver de nombreuses images de cet illustre élégant. Pour sa sobriété et son classicisme tout britannique. Une apothéose de style… digne ! Pas de tapage. Pas de ringardise. Pas d’excès. Pas d’ostentation. Juste des bons vêtements, bien coupés dans la plus pure tradition des tailleurs. La seule chose précieuse chez Philip était sa petite épingle à cravate avec la jaquette. Voire la fleur à la boutonnière. Cette petite pochette en liseré, toujours bien disposée dans la poche de poitrine résume à elle seule sa penderie. Stricte et raffinée. Une garde-robe assez idéale. Voici par thème un pèle-mêle de photos glanées sur internet. Une sorte de petit guide illustré du vestiaire masculin classique. D’une dignité hors du commun.

Les blazers

Je ne suis pas sûr de trouver son blazer croisé 2 x 8 particulièrement élégant. Celui au milieu, en flanelle bleu air-force est en revanche très sympathique. Remarquez deux fois ce pantalon greige, en gabardine unie. Peut-être un fin whicord sur la photo 2. Il en porte souvent avec ses tweeds.

Les costumes croisés

J’ai eu un peu de mal à trouver beaucoup de photos en croisé. S’il semble en porter pas mal dans les années 50 et 60, et en dehors des uniformes de la Navy, il semble avoir vite abandonné cette forme un peu classique et conformiste. Dans un esprit de modernité dynamique, même la veste trois boutons fut abandonnée au profit de modèles deux boutons, plus conformes à son esprit.

Les costumes droits

Passé 90 ans, il est évident que ses costumes devenaient un peu amples. Mais quel bonheur qu’il ait pu porter de si dignes habits jusqu’au bout. Le positionnement volontairement bas de son bouton accentuait sa grandeur et lui donnait beaucoup d’allure. Les clichés des années 60 et 70 sont particulièrement admirables. La photo en noir & blanc, saluant à la sortie d’une vieille demeure, est particulièrement élégante ! Une grande adéquation du physique et de l’habit.

Les jaquettes (morning-coat)

Passons aux jaquettes. Cette digne pièce-à-taille de jour, je ne crois pas qu’il existe au monde un homme qui la portait si bien, et un tailleur si doué. Car celui qui lui a coupé les gilets est un génie du genre. C’est bien simple, ils ont l’air serti comme l’est une pierre sur un monture. Implacable placement de la ligne de taille et de boutonnage. Quelle beauté, en gris ou en noir, c’est selon.

LEs queues-de-pie (white-tie ou tailcoat)

Évidemment, après la jaquette de jour, il y a la queue-de-pie du soir. Là encore, aucun faux-pas. Le gilet ne dépasse pas d’un centimètre de l’habit. C’est impeccable. Les derniers en France a avoir fait ça bien, dans un cadre officiel étaient René Coty & Jacques Chaban-Delmas. Les pointes très aplaties du gilet sont rares et très agréables visuellement. Son spencer blanc d’officier à col châle est une merveille du genre. Quant à la dernière photo, elle permet d’admirer un vrai col cassé, haut et bien glacé.

Les manteaux

Question manteaux, là encore, c’est du très très bon. Il y a un peu de tout, du simple Barbour au croisé Ulster en passant par le loden et la gabardine beige. Je vous l’ai dit, une garde robe idéale ! Et la pochette blanche en liseré toujours de sortie. Et ce sourire. Souvent le sourire est aux lèvres !

Les vestes sport

Reste enfin son répertoire de prédilection, la veste sport, façon gentleman à la campagne. Je n’oserais dire « farmer » bien qu’il s’intéressait beaucoup à ce sujet. Remarquez la photo sur la Range Rover, ce fameux pantalon de gabardine grège associé à une veste presque du même ton, mais à la texture opposée. J’ai vu de nombreuses photos où il portait ainsi une tenue dépareillée presque ton sur ton. C’est assez charmant en fait. Observez aussi sa veste norfolk, un modèle du genre. Je note aussi que le Prince Philip aimait portait des bonnes vieilles Clark’s, souples et décontractées.

Et pour rigoler, finissions avec cette merveilleuse chemise à manches courtes, qui si elle était édité demain par Drake’s, serait un best-seller immanquablement !

J’espère que ce petit diaporama vous a plu. Et que vous pourrez y trouver une importance source d’inspiration. Et surtout, le plus important, soyons heureux et soulagé. La Reine déjà bien attristée ne sera pas obligée de saluer l’horrible californienne. Ouf !

Bonne semaine, Julien Scavini

Le dos du gilet

Le dos du gilet est toujours en doublure. C’est un fait qui ne se discute pas. Cette petite pièce de matière luisante fait partie intégrante de l’esprit du gilet, bi-matière et bi-face. Et pour tous les clients, c’est l’occasion de se demander si cette doublure va être ton sur ton du gilet lui-même, ou en décalage, et quel va être le degré de fantaisie. Lorsque la veste tombe, elle-même pouvant être doublée avec ou sans fantaisie, le dos du gilet apparait au grand jour. Et il peut être un « statement » comme disent les anglais, une déclaration de style, haute en couleur, comme sur la photo ci-dessous. Mais ça, c’est au choix du porteur.

Alors lorsque samedi j’évoquais cela à un jeune marié, il m’a coupé au bout de quelques instants en me demandant : « mais pourquoi le dos est-il toujours en doublure ? » Bonne question je dois dire, que je ne m’étais jamais vraiment posé.

La réponse est toute bête, le prix.

Lorsque le gilet est apparu, sous l’ancien régime, époque Louis XIV, il était très long, jusqu’à mi-cuisse. Et on l’appelait d’ailleurs « veste », et la veste dans le sens de vêtement du dessus était appelée « justaucorps ». Ce gilet recouvrant allègrement le haut des jambes avait une doublure plus courte dans le dos. Les pans avant du gilet apparaissaient comme des décors couvrant le haut de la culotte. Avec le temps, le gilet s’est raccourci pour arriver au modèle que nous connaissons aujourd’hui, s’arrêtant un peu en dessous de la taille naturelle. Et le dos a fini par se caler à la même longueur.

Ce gilet daté de 1750 fait parti des collections du Palais Galliera à Paris. Une somptuosité. On aperçoit discrètement le dos d’une autre matière :

Sous l’ancien régime, le tissu coûtait très cher. Et le tissu de luxe (les reps et ottomans, les velours lisses ou gaufrés, en laine, en mohair ou en soie) coûtait encore plus cher. Une petite fortune même. Ils étaient bien évidemment fabriqués sur des métiers manuels, avec des matières premières rares. Sans parler du fait que les vêtements étaient rehaussés d’or et d’argent. Imaginez qu’un de ces beaux vêtements valait plus que la solde annuelle d’un soldat. Et probablement plus que le revenu d’un foyer de paysans. Le tissu était une matière précieuse. Chaque centimètre carré avait une valeur. On ne perdait rien et les tailleurs faisaient au plus près. Il a fallu attendre le début du XIXème siècle pour voir le prix du tissu décroitre formidablement grâce au coton et à la mécanisation.

Si bien que pour ces gilets dont au fond seul le devant comptait vraiment à la vue des autres, le dos était méprisé. Et les tailleurs recouraient à de la simple toile végétale (lin, chanvre peut-être). Comme pour l’intérieur des habits. La belle doublure, c’est une invention du XXème siècle là encore, avec la découverte de la rayonne notamment. Au XIXème siècle, on utilisait du satin de coton. Et la soie trop précieuse n’a jamais vraiment été utilisée.

Ces gilets de l’ancien régime avaient parfois la qualité d’être noués dans le dos, au milieu, comme un corset. Voyez ces différents modèles sortis de Google image :

Donc cette tradition d’un dos de gilet en une autre matière, moins précieuse que le devant vient de là. Et elle s’est perpétuée. Dans les années 50, l’invention des fibres élastiques permet aux tailleurs de proposer des gilets moulés sur le corps, mais le laissant libre de ses mouvements. Une bonne idée, qui n’a pas eu de suite toutefois. Et jusqu’à nos jours, le dos du gilet est en doublure.

Toutefois, le coût du tissu diminuant toujours et encore, il n’est pas beaucoup plus cher maintenant de proposer le dos du gilet dans le même tissu que le devant. (Notons toutefois qu’en moyenne, la doublure vaut dix fois moins chère que le lainage principal. Tout de même !) C’est une question intéressante de style. Surtout si le gilet est vu comme une petite pièce pouvant être portée seule, sans veste parfois.   

  Bonne semaine, Julien Scavini

Laisser la veste croisée ouverte

J’entends dire et je lis ça et là que la veste croisée est à la mode. Le fait est que d’élégants jeunes hommes en commandent, parfois pour leurs mariages. Cette forme un peu désuète attire et fascine. On me pose des questions dessus. On prend des renseignements. Cela dit, dans le volume général, c’est très embryonnaire. Et dans les cabinets d’avocats ou les tours de la Défense, la veste croisée ne doit pas être à tous les coins de couloirs je pense ! Il me semble qu’il y a là d’abord et avant tout, un effet de mode … de papier. Nous ne sommes plus dans les années 80 où le croisé était presque l’unique forme de rigueur.

Parmi la foule des questions sur le croisé, une en particulier revient souvent, sur la nécessité de garder le veston fermé. Et que par extension, le croisé est peut-être plus indiqué l’hiver que l’été. Boutonné comme une armure, il donne chaud à son porteur. En revanche l’été, il devient un carcan un peu étouffant. Généralement, je suis assez d’accord avec cette hypothèse et souvent, c’est même moi qui l’a donne. Je pense que l’été, un bon costume trois pièces, en particulier pour une cérémonie, est plus indiqué. Car la possibilité de rester en gilet la veste posée quelque part est plus rafraichissante que la veste croisée toujours vissée au corps. Mais ce n’est qu’une idée.

Il est admis dans les cercles les plus érudits que la veste croisée doit rester boutonnée. Le Chouan des Villes dans son dernier ouvrage enfonce le clou d’ailleurs. Une veste croisée doit toujours restée croisée. De manière un peu basique, j’ai tendance à être d’accord. C’est le meilleur moyen de ne pas lancer un débat sans fin. Les axiomes ne se discutent pas. Ils sont ainsi.

Toutefois, pour moi-même, je suis assez partisan de la possibilité de laisser la veste croisée ouverte. Je revendique même ce droit, ce plaisir.

Dans les années 30 et 40, lorsque le gilet droit se portait sous la veste croisée, en intérieur, la veste était allègrement laissée ouverte. J’ai déjà vu plusieurs fois cela dans de vieux films en noir et blanc. Évidemment, il suffit que je cherche maintenant pour ne pas trouver d’illustration.

Plus proche de nous, il y a le Prince Charles. Pour les anglophiles élégants, il est une sorte de phare au milieu de l’océan commun. Une référence sur le sujet sartorial. Et le Prince Charles qui porte beaucoup de vestes croisées (de costumes par extension), ne rechigne pas à laisser sa veste ouverte comme ci-dessus.

Si la veste croisée est bien coupée, eh bien, elle drape et tombe parfaitement. Une veste croisée laissée ouverte a beaucoup de classe. Je dirais même que c’est l’apothéose d’une certaine allure détachée, plus que décontractée. Lorsque l’on est très sûr de son allure et de son tailleur, il n’existe aucun inconvénient à ce que la veste reste ouverte. Les pans s’évasent avec une exquise distinction. La tenue alors ne parait que plus opulente.

D’ailleurs entre nous, le manteau croisé est exactement sur la même longueur d’onde. Porté ouvert, comme Carry Grant sur cette photo, il est d’une classe inégalable. Tout ce tissu qui bouge et s’agite sur et autour du porteur impressionne l’œil qui regarde. Et renvoie une impression d’aise et de plaisir.

C’est pourquoi, si vous possédez une veste croisée, il faut essayer de la porter déboutonnée parfois en intérieur. Vous y prendrez goût. Cela enlève au croisé son aspect un peu raide. Et relativise aussi ces règles classiques, qui sont souvent empilées comme des médailles de vertu. Le croisé n’est pas obligatoirement boutonné. Pour les néophytes oui. Mais pour ceux qui ont un peu de « level » comme disent les jeunes, c’est une liberté qu’il est heureux de prendre.

Pour avoir le plus grand plaisir d’avoir l’air d’une vieille baderne !

  Bonne semaine, Julien Scavini

Les capes

Nous avons donc passé en revue la semaine dernière les petits capes s’ajoutant aux manteaux, dîtes pèlerines. Regardons pour ce dernier article de l’année leurs grandes sœurs, les capes. Elles sont très rares maintenant. Peut-être même plus rares en fait que les pèlerines qui, ça et là sur des manteaux de chasse ou de ferme, sont encore en usage.

Avant l’invention du manteau à l’ère moderne, la cape était le vêtement de référence. Sous l’ancien régime même, les rois étaient sacrés avec une cape d’hermine brodée. A Reims, au Palais du Tau, la cape de Charles X, que le Centre des Monuments Nationaux devrait faire restaurer prochainement, est une merveille. Elle est d’ailleurs appelée manteau du sacre. La langue anglaise confond aussi les deux termes si l’on remonte un peu dans le temps, le terme « cloak » ayant le double sens de manteau et de cape.

Pour présenter une image plus contemporaine, amusons nous à observer les super-héros, souvent vêtus d’une cape. Et dans la série Game of Thrones, les personnages les plus en vue arborent de lourdes capes en fourrure, dont le poids seul suffirait à m’écraser. Un esprit de la Renaissance. Enfin dans l’image ci-dessous, l’acteur Tygh Runyan porte une cape dans la série de Canal+, Versailles :

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Les prêtres enfin revêtent une chasuble souvent rehaussée de superbes broderies, qui dans son ampleur, n’est pas sans rappeler la cape. Il me semble que chez les rabbins, il est aussi normal de se couvrir les épaules d’une grande étoffe.

Et chez les peuples d’Afrique du Nord, il est aussi possible de trouver le burnous, à capuche souvent. Lors de sa visite à Paris, le roi du Maroc et son fils, portaient des sortes de capes, qui doivent avoir un nom traditionnel que je ne connais pas. Une allure certaine, qui change un peu, loin de l’internationalisme stylistique :

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La cape est donc porteuse d’un très fort pouvoir symbolique. Elle est digne et supérieure. Tout en étant, là est son grand paradoxe, tout à fait simplissime. La cape est pleine de cette dualité, vêtement signifiant, exprimant une aura magistrale ; vêtement élémentaire, remontant aux origines des savoir-faire.

Il y a quelques années, un jeune client en portait une. Neuve. Je lui demandai d’où elle provenait. Tabarro me répondit-il. Un petit tour sur leur site internet avait confirmé l’excellence de cette maison. Une cape ne manque jamais d’allure. Quelle prestance. Même si au quotidien, elle parait légèrement… comment dire, apprêté ? Précieux ?

Pour réaliser une cape, le tailleur a besoin d’une grande quantité de tissu. « Y faut du métrage » comme dirait l’autre ! La base est toujours la même, un immense arc-de-cercle autour de l’encolure. En France, cette grande forme en plein est appelée une « rotonde » mais également « cape espagnole ». Elle se coupe en deux morceaux, un droit, un gauche. Regardez sur ces deux grands pans de tissus comment se fait le placement. Il faut toute la largeur d’un panneau ! Le col est dit « chevalière » et souvent en velours. Les modèles ecclésiastiques ont plutôt une sorte de petit col cheminée, sans retombée.

Quelques notabilités en France recourent encore à la cape. Il y a les académiciens comme évoqué la semaine dernière, ainsi que les préfets. La grande rotonde à col est le modèle des officiers de toutes les armées soit dit en passant. Si tant est qu’ils portent encore la cape… Quelle beauté cette cape !

Et pour finir, il faut faire remarquer que le plus délicat dans la cape est peut-être son fermoir en métal. Ce sont souvent des soleils ou des têtes de lions. Qui se placent normalement juste sous le cou. Les préfets les ont anormalement basses me semble-t-ils. Ces agrafes sont superbes chez Tabarro. Un ami il y a longtemps s’était vu offrir un tel fermoir en argent. Bel objet dont on ne pourrait deviner la provenance sur l’étal d’une brocante. Et bien, il m’a fait faire une rotonde pour le simple plaisir de pouvoir y positionner son agrafe ! Comme sur le modèle ancien en photo ci-dessous :

  Bonne semaine & de belles fêtes ! Profitez en bien. Ou autant que possible… Julien Scavini

Zéro, une ou deux fentes dos? Partie 2

La semaine dernière, nous sommes donc arrivés aux années 90 / 2000. Les couturiers italiens, Armani, Cerutti et d’autres, mettaient en avant de belles vestes, un peu larges et généreuses aux épaules, et en même temps très prises au bassin, glorifiant d’une certaine manière l’homme taillé en V. Ce bassin étroit reposait sur une absence de fente. Et comme je l’ai dit, les belles vestes se caractérisaient ainsi. En opposition aux maisons anglaises proposant deux profondes fentes. Ci-dessous, un costume Armani de 1990 :

Qu’en est-il aujourd’hui ?

D’abord, l’absence de fente a totalement disparu, ou presque, de la circulation. Toutes les vestes sont revenues sur ce paradigme d’un instant. Les marques italiennes ont massivement reproposé la double fente, dans une sorte de consensus, à vrai dire, assez international.

A l’inverse, la fente simple milieu dos reste la préférence des marques dîtes « couture » ou qui se croient ainsi. Pourquoi, je ne l’explique pas particulièrement. C’est un fait.

La double fente

Celles-ci permettent de mieux gérer d’une certaine manière le cintrage de la taille. Dans le cadre d’un fessier un peu rebondi, le manque de bassin de la veste ( comprenez le diamètre de la veste au niveau des fesses ) est réparti sur les deux fentes. Si le bassin du client est de 106cm et que le bassin de la veste est conçu pour 102cm, les 4cm manquant sont répartis, 2cm à chaque fente. Cela permet à celles-ci de s’ouvrir peu, de moins s’évaser. C’est donc une simplicité de conception, et une souplesse de vente. Les doubles fentes pardonnent.

Dans le cadre d’un fessier plat par ailleurs, les doubles fentes tombent en plaquant le tissu contre le bassin, et alors, R.A.S. comme on dit chez les espions. Que le bassin soit plat, normal, ou rebondi, les doubles fentes s’adaptent. C’est ce que l’on cherche en prêt-à-porter.

La simple fente

Celle-ci impose en revanche au porteur, d’avoir le bassin idéalement proportionné, donc, d’être à l’instar d’une gravure de mode, dans le « canon ». Revenons à l’exemple, si le client a 106cm de bassin, et que la veste est conçue avec 102cm de bassin, les 4cm manquant se retrouvent sur la fente, qui ouvre inéluctablement. 4cm, c’est en effet la valeur moyenne de chevauchement des pans.

Donc, dans le cadre d’une simple fente, avec un fessier fort, il y a fort à parier que la fente ouvre… car les hommes ont souvent un peu de fesse.Vous me direz alors, mais pourquoi les bureaux de style créent-ils des bassins étroits ? Ils n’ont qu’à dessiner des bassins un peu larges.

La première réponse est : excellente idée. Car un bassin large donnera toujours l’impression d’une veste bien cintrée. C’est le paradigme des années 1920, avec des vestes très dodues de l’arrière train.
La deuxième réponse va nuancer ce propos. Car les hommes actuellement, sauf une rare majorité, n’aiment pas que la veste paraisse grosse au fessier. Ils veulent que le pantalon, pour une majorité moule le fessier, mais pas la veste.
Enfin, troisième réponse : une veste qui aurait un bassin large adapté aux forts popotins n’irait pas à une autre portion d’hommes avec un bassin plat. Pourquoi ? Car la veste alors fera des vagues comme une jupe autour des hanches.

La simple fente est plus spécifique du sur-mesure, où un calcul très fin du tour de bassin peut être effectué. La simple fente oblige à un moulage plus précis du corps. Là où les doubles fentes sont plus imprécises. Chose particulièrement curieuse, dans les derniers James Bond, Daniel Craig ci-dessous a été habillé de vestes à une seule fente. Cette forme emboitantante n’est pas la plus adaptée pour avoir de l’ampleur dans les mouvements. Et d’ailleurs en position statique, elle ouvre un peu. Je le pardonne au tailleur !

Le sans fente

Quant aux vestes tonneaux, totalement serrées au bassin et ne présentant aucune fente, il semble bien, même pour les smokings, qu’elles aient disparues. Pour ma part, deux de mes vestes sports, de week-end, des modèles simples et sans fioritures, ne présentent aucune fente. Pourquoi ?

Car d’abord, sans fente, une veste est plus solide, plus endurante. Surtout que l’une est non doublée. Cela évite plein de petits points délicats en haut des fentes. Ensuite, j’exprime par cette allure l’envie de rapprocher un peu la veste du blouson. Ou de ces formes modernes de work-jacket qui n’ont pas de fente. Il y a une sorte de simplicité charmante dans ce style.

Évidemment, le patronage ne fut pas si simple, pour donner suffisamment de hanche à mon bassin. Mon idée était aussi de se rapprocher de ces images très élégantes des années 1920, avec des vestes bien pincées mais très « hanchées », rondes, à la manière du Prince de Galles de l’époque, ci-dessous. J’ai disposé une martingale sur le dos de l’une des deux. Cela renforce ce petit esprit années 20.

Quid des manteaux

Les manteaux, par leur longueur, ont toujours eu besoin d’une fente, pour donner de l’aisance. La fente milieu dos permet aux pans de trouver une certaine souplesse et latitude pour s’écarter au contact des jambes qui bougent, du corps qui avance. Cette fente est normalement plutôt haute et longue, c’est plus élégant. Surtout si le manteau est long.

Quelques rares essais de doubles fentes furent tentés. Évidemment, cela n’a pas de logique, car les pans doivent s’ouvrir et voler bêtement, et ainsi donner froid. L’inverse de ce qui est recherché ! Cette illustration de Laurence Fellows évite sagement cet écueil : les deux fentes sont en fait des replis de tissus, des soufflets. Quelle débauche de matière !

 Bonne semaine, Julien Scavini

Zéro, une ou deux fentes dos? Partie 1

Chaque tailleur ou chaque maison de prêt-à-porter a sa règle d’usage concernant les fentes du dos de la veste. Une fente milieu dos, deux fentes sur les côtés, ou zéro ? Histoire et usage, faisons le point.

Avant que la veste « courte », celle que nous connaissons aujourd’hui, n’arrive sur le devant de la scène stylistique, des « vestes » longues étaient en usage, comme la jaquette ou la queue-de-pie. On ne les appelait pas vestes toutefois, même si c’était les vêtements de dessus, et pas des manteaux.

Frac, redingote, jaquette ou queue-de-pie, les appellations sont variées. Mais une chose est sûre, ces différents habits présentaient tous une fente milieu dos, longue, terminant à la taille, dans la couture horizontale faisant le tour de ces vêtements. Cette fente milieu dos était déjà présente sous l’ancien-régime. Les habits à l’époque de Louis XIV présentaient déjà une fente milieu dos. Cette découpe a une logique certaine : la pratique du cheval. A califourchon sur une selle, les pans s’évasent de chaque côté. Sur cet habit anglais daté de 1770, la fente milieu dos est soulignée par des broderies d’argent :

Sous le premier Empire, les militaires mettent le dolman, très court car s’arrêtant à la taille, sur le devant de la scène. Avec le dolman, qui développe une carrure à la romaine (le goût de l’antique, ou néo-classicisme), les officiers sont plein de sex-appeal. Les culottes ultra-moulantes rajoutent à ce plaisir du corps où l’on voit à peu près tout… Est-ce là un érotisme à l’antique, par ailleurs très peint par Jacques-Louis David ? On peut dire sur ce tableau que Joachim Murat, en dolman vert, savait se mettre en valeur :

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/ba/Murat.jpg

Toujours est-il que ce dolman, super court, ne nécessite pas de fente milieu dos. Vers 1870, anglais, français et prussiens allongent un peu le dolman vers mi-fesses, retour d’une pudeur bien légitime. La nouvelle petite basque présente une fente milieu dos, souvent richement ouvragée. Et parfois, pour donner de la « jupe » en position assis, des soufflets sont aménagés à l’endroit de ce qui deviendra plus tard la double fente. Sur ce dolman rallongé allemand de 1890, la fente est mise en valeur par des brandebourgs :

En passant, dans le nord de l’Europe, quelques armées garderont très longtemps cette allure courte des dolmans Empire, parfois jusque dans les années 50. Comme ici un officier finlandais :

Dans le même temps, la veste est adoptée par les civils sur une coupe nouvelle, très enveloppante, tout en rondeur. Le Prince de Galles d’alors, le fils de la Reine Victoria et futur Edouard VII semble apprécier cette nouvelle veste « courte » pratique et décomplexée. Ces vestes là, n’ont aucune fente, ce sont des tonneaux emboitant les hanches, c’est le terme consacré. Jusqu’à 1914 je dirais, les vestes civiles ne présentent pas de fente dos.

De leur côté, les militaires ont inventé les tuniques, vestes à pans carrés sur le devant, avec multiples poches à soufflets. L’ancêtre des sahariennes. Et ces nouvelles tuniques, ou vestes, sont longues, pour venir épouser les culottes de cheval avec une allure indéniable. Cette longueur à cheval rend nécessaire le retour de la fente milieu dos. Les militaires aux alentours de la première guerre mondiale ont un chic incontestable ! De face, une vareuse d’officier colonial & de dos une vareuse de gendarmerie, vers 1920 :

Après la première guerre mondiale, les civils adoptent une mode des vestes plutôt longues, et des pantalons plutôt courts et étroits. Ces vestes, telles que décrites par la marque Arrow Collars ou Kuppenheimer, présentent souvent une fente, dans les dessins de J.C. Leydendecker. Mais zéro fente reste très répandu toutefois.

Et puis pour la pratique des sports mécaniques (vélo ou moto) ou pour l’aviation, les tailleurs inventent le blouson court, à la taille. Retour en quelque sorte du dolman du Premier Empire. Avec comme sous le Premier Empire des parements au col et à la ceinture en … fourrure. La mode vient et revient sans cesse. Dès lors, la belle veste habillée n’a pas besoin de fente, car un autre vêtement existe.

Pour la pratique du cheval toutefois, la veste à longue fente milieu est appréciée, dans la droite ligne des habits de vénerie.

Et dans tout cela alors, les doubles fentes, quand ont-elles été inventées? Et bien difficile à dire précisément. Je dirais aux alentours de la seconde guerre mondiale. Mais très timidement. Peut-être était-elle déjà là dans les années 30 ? Je suis assez persuadé ce que sont les tailleurs anglais qui ont amené cette souplesse dans la coupe et dans le port.

Une chose est sûre, si dans les années 60, les fentes doubles fentes sont plutôt courtes et parfois même très chiches, les tailleurs des années 70 s’en servent allègrement pour donner une allure ostentatoire et baroque aux vêtements. D’autant plus que les vestes étant longues, ces grandes fentes fuyantes aiguisent la ligne stylistique de l’homme. Ci-dessous deux aperçus du site BondSuits, Sean Connery d’un côté, George Lazenby de l’autre, 1962 contre 1969, les fentes côté s’allongent et le style est moins vague :

Avec les années 80, les tailleurs italiens qui produisent alors les costumes de référence, abandonnent les fentes. Retour d’une silhouette plus emboitée, serrée au bassin et très larges aux épaules. L’inverse de l’esprit années 20 très « hanché ». Cela va ancrer dans l’esprit des gens que les belles vestes n’ont pas de fente. D’ailleurs, le smoking baigne encore dans cet idéal. Un smoking ne devrait pas avoir de fente. Cela se discute, mais c’est un autre sujet.

Les maisons anglaises n’ont pas souvent adopté ce standard zéro fente. D’ailleurs, avec les poches en biais, c’est ce qui les caractérisaient dans les années 90. Il y avait les amateurs de style italien, emboitant au fessier et aux épaules larges, et les amateurs de style anglais, aux doubles fentes généreuses, poches en biais, & doublures flashy.

Les marques françaises, comme Dior ou De Fursac, pour se positionner, adoptèrent la fente milieu dos, comme à mi-chemin des autres. Un esprit qui perdure jusqu’à nos jours…

La suite, la semaine prochaine…

 Bonne semaine, Julien Scavini

La forme de la parementure autour de la poche portefeuille

Si les femmes ont leur sac à main, les hommes ont leur veste. Une véritable besace où ranger, parfois enfouir, tout un bric-à-brac. Téléphone, parfois second téléphone, portefeuille, stylo, peigne, cigare, lunettes, agenda, tout y trouve une place. Les poches extérieures servent un peu. Mais les poches intérieures servent surtout plus. Il existe plusieurs manières de les disposer le long de la parementure. La parementure, c’est ce morceau de tissu qui borde le devant d’une veste, et se retourne pour devenir la face visible du revers.

Le fin du fin chez les tailleurs parisiens consiste à couper cette parementure généreusement, avec un long appendice fuyant vers l’emmanchure. C’est la technique qui consomme le plus de tissu au moment de la coupe, car cette excroissance trouve difficilement sa place au milieu des autres morceaux. Il y a une petite perte de tissu, c’est donc un luxe.

La poche portefeuille est réalisée dans cet appendice. Ce faisant, elle se retrouve fortement en biais et plutôt haut. Surtout si les emmanchures sont hautes, ce qui est à la mode. Le fait de « fuir » en biais vers l’emmanchure est idéal pour terminer cet appendice dans « quelque chose ». Et non dans le panneau de doublure suivant. Voyez ce dessin, présentant la manière classique parisienne de couper la parementure. Et une version édulcorée par la confection, un peu fade je trouve.

Un client l’année dernière m’avait fait refaire l’intérieur d’une grande mesure, car il trouvait la poche initiale trop en biais et surtout trop haut placée. Il est vrai qu’il était habitué au prêt-à-porter italien haut-de-gamme qui n’a jamais proposé ce genre de parementure et positionne les poches portefeuilles plus basses.

Le processus le plus rationnel en confection, et même pour les tailleurs du reste, est de couper une parementure la plus étroite et rectiligne possible. Cette parementure peut-être :

Cas numéro 1, par simplicité, cousue à la doublure tout du long. C’est la méthode du prêt-à-porter pas cher. Mais aussi des tailleurs londoniens qui ne s’embêtent plus guère avec la finesse de l’artisanat. Dans cette méthode, la poche portefeuille est réalisée à cheval sur le tissu et la doublure. Les passepoils de la poche sont pris directement dans la doublure.

Ce cas de figure de montage rend la poche plus fragile. Car la doublure est délicate et supportera peu les poids dans la poche. Pour en avoir discuté avec un tailleur une fois, il m’avait rétorqué que, d’abord la clientèle très haut de gamme a de nombreuses vestes, donc abime peu ses poches, et que surtout, si la poche craquait, c’était le signe indéniable que probablement, la doublure entière est à changer. Pourquoi pas…

Cas numéro 2, la parementure est toujours cousue à la doublure tout du long. Mais dans cette variante érudite, de petits empiècements de tissus sont rapportés pour placer les poches. Cet arrangement s’appelle le « piano facing » en industrie. De plus en plus d’usines l’adoptent car c’est un signe de plus grande qualité par rapport au cas numéro 1. La poche, réalisée dans cet empiècement de tissu, est plus solide et plus durable.
Parfois, les poches basses (anciennement appelée poches cigarette) sont aussi positionnés dans ces empiècements de tissus. C’est plus rare et seulement les bonnes fabriques surtout italiennes proposent cette option qui consomme un peu plus de ressource en couture. Ce sont mes deux dessins :

Si à l’époque de mon entrée à l’École des Tailleurs j’appréciais particulièrement la variante tailleur avec sa signature en biais très caractéristique (et qui me faisait penser à des pièces de peaux animales avec cette géométrie presque organique), je préfère maintenant la simplicité du cas numéro 2, avec ces discrets entourages de tissus autour des passepoils. Je trouve cela plus discret, d’autant plus qu’industriellement, ils sont souvent mieux maîtrisés.

L’empiècement tailleur en biais, est lui en revanche assez souvent mal patronné par les ateliers et alors, il manque d’allure comme je l’ai dessiné en haut à droite. Car pour être chic, il doit – à mon sens – être taillé comme à la serpe, avec netteté et un sens aiguisé de l’oblique. Que la main maîtrise mieux. Mais enfin, tout cela n’est que peu de choses !

Une chose est sûre, si vous soyez des poches portefeuilles sans entourage de tissus, alors fuyez. En cherchant autre chose, Google m’a donné l’image ci-dessous. Et bien franchement, avoir un tel nom pour proposer une finition si bas-de-gamme, c’est se ficher du monde. Ne pas faire l’empiècement, c’est probablement économiser 2 à 3€ à la fabrication… S’ils en sont là ! Il est probable aussi que cette veste n’ait pas de surpiqure au bord. Pour économiser encore quelques sous.

Bonne réflexion sur le sujet. Je repars manger du chocolat ! Julien Scavini

NB : pourquoi la poche à cheval sur la doublure est une fadaise simpliste en grande mesure.

Car normalement, la poche portefeuille s’exécute sur la parementure en amont. Cette poche prend place sur la parementure ou à cheval sur la parementure et une langue de tissu. Puis la parementure est cousue et révèle le bord de la veste. Puis enfin et seulement, la doublure est amenée à la main.

Lorsque la poche est réalisée à cheval sur la doublure, cela veut tout simplement dire que la parementure est préalablement cousue à sa doublure, pour pouvoir y faire la poche. C’est moins fin. Et beaucoup plus rapide. Car lorsque la parementure est cousue et révèle le bord de la veste, alors tout le devant, d’un coup est terminé. Gain de temps évident.

Deux photographies

Et nous voilà encore replongé dans le marasme ! Quel déplaisir. J’ai déjà tant écrit sur l’élégance du confinement : le pyjama, les chapeaux d’intérieur, les robes de chambres ou encore les pantoufles. Difficile de trouver alors d’autres sujets. Le jogging ? Je n’expérimente pas moi-même, difficile d’en parler dès lors. Et puis cette simple première photo me suffit. Ouhla. « Fashion faux-pas« dirait Cristina Cordula ! Je suis tombé par hasard au cours d’une petite recherche sur ce cliché plein d’allure. Ronald Reagan à bord d’Air Force One. J’imagine que la couturière était en train de repasser son pantalon de costume. Franchement, ne passez pas le confinement ainsi !

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Mais au cours de la même recherche, je ne sais par quelle association de mots-clefs, je suis arrivé sur cette photographie du duc de Windsor et de Wallis Simpson. J’y ai trouvé tant de charme que je l’ai enregistré. Deux être aux regards vides, presque un tableau de Hopper. Impression renforcée par la simplicité graphique, haut clair et bas foncé, centre orangée des fleurs faisant échos à la cravate.

Lui est amusant. La veste avec son large pied-de-poule – on pourrait dire un pied-de-coq – est ample, presque opulente dans ses proportions. Les épaules sont nettes, les têtes de manches généreuses. La franche opposition du motif est soutenue par le choix d’une ceinture de cuir tressé assez unique qui a quelque chose d’un peu amérindien. La cravate est nouée à l’italienne, petit pan plus long coincé dans la ceinture. La classe dans la décontraction. La chemise n’est pas blanche, à peine beige. Quant au pantalon, il pourrait héberger trois paires de jambes. Apparemment, ce pantalon est dépourvu de « ceinture ». La pince semble passer sous la ceinture de cuir. Et le passant et cousu sur la « jambe » comme les modèles Hollywood d’Edward Sexton.

Ce pantalon de flanelle, il a la même couleur et la même ampleur que celui de Ronald Reagan. Pourtant, la force de ce pli est sa dignité. Il structure la silhouette et donne une ligne. Malgré l’aisance. Le confort est le même dans les deux cas. L’allure elle n’est certainement pas la même en revanche. J’aime ce petit homme que portait l’Histoire sur ses épaules tout en voulant y échapper. Sa souple décontraction vestimentaire est un heureux modèle.

Belle et bonne semaine. Bon courage. Julien Scavini

Les poches d’une veste croisée

La veste croisée connait un juste retour en grâce après deux décennies où seuls les ventrus se sentaient, curieusement, autorisés à la porter. Pourtant, une belle veste croisée sur quelqu’un de mince est aussi élégant. Et en fait, le croisé est toujours chic. Il donne une stature, une allure, en un mot de la prestance. Son seul défaut peut-être est de devoir rester boutonné tout au long de la journée, là où une veste droite peut allègrement rester ouverte. Défaut minime toutefois, car une veste croisée portée ouverte peut avoir beaucoup de chic. Un chic décontracté. Le prince Charles porte souvent le croisé ouvert, et il a raison.

Passons en revue les différentes poches dont peuvent être affublées les vestes croisées.

Y’a-t-il un sujet pourriez-vous d’abord demander ? Car au fond, c’est une veste comme une autre, et à ce titre, pourquoi une veste croisée ne pourrait-elle pas avoir strictement les mêmes poches qu’une veste droite ? En fait, elle peut. Mais sur le croisé, les usages sont un peu différents et les poches prennent un relief, je trouve, différent.

Les poches de côté conventionnelles sont généralement horizontales. Il y en a une de chaque côté. Et très classiquement, ces poches sont pourvues d’un rabat. La veste croisée peut de manière simple et habituelle avoir deux poches de côté à rabat. Point. Sans signification particulière. Voyez :

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Toutefois, il me semble que le plus classique sur un croisé est de ne pas avoir de rabat. Je pense que le croisé est ainsi au meilleur de son allure. L’absence de rabat dénote un vêtement habillé, supérieur aux autres vêtements. C’est pourquoi le smoking n’a pas de rabat aux poches. C’est pourquoi les vestes droites les plus habillées (en velours, ou pour des costumes du soir) n’ont pas de rabat non plus. Sur une veste droite de costume, je trouve toujours ce choix un peu curieux, dommage. Mais sur un croisé, je l’encourage à l’inverse. Encore le prince Charles pour illustrer le propos :

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Passons à la poche ticket. Plutôt sport et décontracté à l’origine, elle s’est rapidement frayée un chemin vers les costumes de ville. Elle est même devenue la marque des tailleurs anglais, ou de ceux voulant être à l’heure de Savile Row. Le tailleur André Guilson ne connaissait d’ailleurs pas tellement le mot poche ticket, lui l’appelait poche anglaise.
Je viens d’énoncer que le croisé était plutôt habillé. Est-il logique alors d’apporter cette poche ticket ? Sur le papier non. Mais en vrai, c’est pas mal du tout. Et tous ces angles droits font bon ménage avec le bas carré du croisé. Il y a un petit quelque chose de géométrique satisfaisant là dedans.

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Passons aux poches en biais. Elles sont aussi plus sport que les poches horizontales, puisqu’elles ont été développées pour les vestes d’équitation, pour avoir bonne allure assis. Les poches en biais donnent un style pleine d’allant. Sur une veste droite, elles appuient même un peu le cintrage du coup.
Mais alors sur une veste croisée, je trouve qu’elles ne vont, mais alors pas du tout. Pour moi, c’est hyper-charly comme dirait le Chic Anglais. C’est atroce et mes yeux saignent quand je vois ça. Pour moi, c’est une invention de l’armée allemande, où comment affubler d’un air de cavalerie des dolmans croisés. Pour moi, le croisé à poches en biais, c’est la ligne d’Hermann Goering. Pour ne pas dire de Goebbels ou d’Hitler. En fait, le croisé à poches en biais était un type de la wehrmacht.

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Alors toutefois, dans Amicalement Votre, Brett Sinclair porte des vestes croisées à poches en biais. Mais c’est un excentrique au fond, il ne sait pas ce qu’il fait. Le costumier s’est dit que cela ferait plus « english ». Les élégants qui oseraient ça sur un croisé le font à leurs risques et périls !

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Et deux poches en biais sans rabat alors. Qu’en penser ? Je ne veux même pas y penser, c’est hors de mes possibilités mentales ! Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

Les poches appliquées ensuite. Ah là, on sort de la zone de confort de la veste croisée. Apparel Arts dans les années 30 dessine quelques vestes croisées à poches plaquées. Mais j’ai du mal à trouver de belles photos de cela. C’est rare au fond. Jusqu’à récemment encore. Le croisé est plutôt un habit de ville, ou un blazer à la rigueur. Et la poche plaquée est plutôt sport. L’assemblage des deux ne va pas de soit. Ceci-dit, SuitSupply et consort distillant une mode hybridée et un peu tapageuse, la poche plaquée sur un croisé est presque devenue classique. Et très possible.

Deux poches plaquées en bas s’envisage très bien. Simples et efficaces, elles sont de toutes manières très discrètes et n’altèrent en rien à la ligne du croisé. Elles décontractent un peu ce vénérable habit en relativisant son statut. Idéal pour dépoussiérer ce vêtement que seuls les grands pères osaient encore sortir. Et pour des vestes croisées, d’été ou d’hiver, elles apportent un supplément d’intérêt et sont tout à fait à leur place.

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Un hic toutefois apparait lorsque la poche de poitrine est aussi plaquée. Car le bouton décoratif de la poitrine gauche ne trouve plus sa place. Je m’amuse à voir comment les stylistes s’en sortent avec ce sujet qu’ils ne connaissent pas. Certains cousent le bouton sur le poche. Beurk. D’autres décalent les boutons décoratifs vers le revers, pour les coudre au bord de la poche. Encore plus beurk. Non, la bonne réponse est qu’en présence d’une poche plaquée de poitrine, et bien tout simplement, on ne met pas les deux boutons décoratifs. C’est l’usage. Il reste donc un simple carré de bouton.

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Voilà de quoi vous permettre de sélectionner en conscience les poches de votre futur costume ou veste croisé ! Bonne réflexion.

Bonne semaine, Julien Scavini

Le costume en velours côtelé

Il faut toujours rester à l’affut des tendances, et sans cesse continuer à regarder ce qui se fait. Mais pas n’importe où. Vous pensiez que j’allais vous parler de H&M ? Non. Quoiqu’au fond, c’est peut-être l’occasion pour moi là d’aller voir ce qu’ils produisent pour l’homme ? Blague à part, la bonne maison que je suis allé voir est Drake’s. Leur site internet. La présentation de la nouvelle collection, façon photos de studio est très sympa.

Dès la première page, j’ai été arrêté par ces trois personnages, habillés de costumes de velours légèrement (beaucoup ?) oversize. La première idée que j’ai eue, est que cela fait un peu copie des anciennes collections Ralph Lauren « Rugby ». Mais au fond, les bonnes maisons se ré-inventent dans les mêmes codes, donc, ce n’est pas grave. J’ai avancé. Et ces costumes en velours, à épaules napolitaines et pantalons à larges pinces sont revenus plusieurs fois.


Je suis resté un peu interrogatif face à ces vêtements. Qu’en penser ? A priori pas grand-chose au début, à part, « mais qui met ça ? » Le costume de velours n’est pas simple à porter. Il me rappelle les années 70 et quelques épisodes de Columbo. Là en plus, taillé grand, il ne se rend pas plus simple.

Et puis, un client m’ayant apporté le dernier numéro de The Rake, je me suis empressé de le feuilleter plus que de lire. Y est publiée une photo de Nick Foulkes posant avec ses deux fils. Le chroniqueur des élégances est habillé d’un costume de velours vieux rose. Avec une dégaine genre «  je suis de la haute et pas vous vil manant ». Mais qu’importe. Ce costume de velours me poursuit. Et j’avais ainsi une réponse à ma question, mais qui porte ça !



Le costume en velours n’est en pas tout à fait un dans mon esprit. Le costume renvoie à une notion de travail et d’urbanité. A la différence du dépareillé dont la veste sport se prête à la décontraction du week-end et de la campagne. Le velours se classe dans cette seconde catégorie pour moi. C’est une étoffe molle, aux couleurs souvent proches de la terre, et synonyme de robustes vêtements d’usage.

Associer le costume et le velours, c’est donc prendre une sorte de licence, un droit d’outrepasser les convenances. Dans quel but ? Brouiller les codes bien sûr, et s’en amuser. Ce faisait, le velours impose au costume une décontraction et le désinhibe un peu. Le costume, vêtement normé habituellement si conventionnel, se drape dans la mollesse, avec une infime touche de laisser-aller.

Le costume en velours, c’est celui du châtelain. Esprit rustique mais digne tenue. Évidemment, Arnys était coutumier de cela. Et vendait donc saisons après saisons des costumes en velours. Un ancien de leurs clients m’en a commandé un il y a quelques temps. Au début bien sûr, je ne voulais pas le faire. A chaque fois que je travaille le coton en veste, je marche sur des œufs. La matière est chiante, il n’y a pas d’autre mot. Là toutefois, j’ai trouvé le velours côtelé de Loro Piana. Un poids un peu correct, et surtout un gramme d’élasthanne pour améliorer le tomber. Nous nous sommes jetés à l’eau avec l’honorable client.

Et le fait est que ce costume de velours – marine – fut formidable. J’en garde un excellent souvenir, je le trouvais superbe.

Mais je ne dois pas être assez libre dans ma tête pour lui, continuant de trouver l’association curieuse et en tout cas, pas pour moi. Un costume en velours, quelle idée ?!

Toutefois, c’est tentant. Le fait de le voir chez Drake’s, le fait de le voir sur Nick Foulkes, plus le souvenir de cet élégant modèle que j’ai réalisé, tout cela finit par me tenter à défaut de totalement me convaincre. Cette décontraction m’intéresse, tout en restant au fond, très sage. Nous ne sommes pas en train de parler d’un jean-basket.

Il est peut-être là le nœud de l’affaire. Le costume en velours, c’est un peu l’ensemble en jogging, mais chic. Le relâchement du coton, sa douceur, sa souplesse. Dans des lignes classiques faites pour rassurer et maintenir. Je me convaincs petit à petit du plaisir du costume de velours. Un ordinaire qui ne l’est pas trop. Une facilité sympathique et presque passe partout.

Finalement, ce costume en velours côtelé m’intéresse. Il faudrait que j’essaye. Oui. Avec une paire de mocassin à pompons, c’est l’apothéose du chic bohème. (Surtout en vieux rose). Toutefois, je garderai plutôt le richelieu bien lacé, moi. Et le marine probablement. Décidément, je ne suis pas assez libre dans ma tête !



Bonne semaine, Julien Scavini