Les chapeaux Borsalino

Dans un vieux Vogue Homme des années 90, je suis tombé dernièrement sur une vieille publicité pour Borsalino, qui en relatait l’histoire. Je l’ai compilé et augmenté pour en tirer un petit texte. Le voici.

En 1850, Giuseppe Borsalino, alors âgé de 16ans et apprentis chez un chapelier d’Alexandrie, ville du Piémont au sud-est de Turin, part pour Paris. Notre capitale était alors considéré comme la capitale mondiale du chapeau. D’origine modeste, le garçon avait déjà de grandes idées commerciales. Mais surtout, il avait un don. « Le plus grand chapelier jamais vu » dira-t-on plus tard, « il sentait l’esprit du feutre et de la fourrure« . Et en plus, Giuseppe avait paraît-il le nez creux en ce qui concerne les modes. Trois caractéristiques qui, combinées, ne pouvaient que donner une grande et prospère entreprise !

En ce milieu de XIXème siècle, deux tendances font des chapeliers des hommes riches : la grande bourgeoise ne jure que par le haut de forme, signe extérieur de richesse ; et la classe moyenne naissance commence à porter des chapeaux en feutre, plus statutaires que les casquettes et autres bérets. Bref, on s’embourgeoise à tout niveau. Et comme les hommes sortent et bougent plus, à une époque encore à cheval et où les berlines ne sont pas chauffées, il convient de protéger sa tête du froid et ses cheveux du vent. Giuseppe Borsalino est au bon endroit, au bon moment.

Il arrive dans le Marais, plus précisément rue du Temple, dans les grands ateliers d’un des plus prestigieux chapelier de l’époque : Berteil. Tiens donc. Il développe son savoir-faire pour le feutre et la fourrure au contact d’artisans talentueux. En 1857, ayant bien appris, il retourne à Alexandrie pour ouvrir son propre atelier, avec son jeune frère, Lazzaro. Borsalino Giuseppe & Fratello SpA nait alors. Quinze ans plus tard, elle emploie déjà 130 artisans et fabrique plus de 1500 feutres par semaine !

C’est la seconde Révolution Industrielle qui débute. Giuseppe, très au fait de son temps, n’hésite pas à acheter en Angleterre des machines ainsi que du savoir-faire, multipliant ses capacités de production, et narguant ainsi ses confères italiens puis européens.  Son fil, Teresio, reprend l’affaire lorsque Giuseppe Borsalino meurt le 1er Avril 1900. Heureusement, il possède les mêmes dons que son père, ce qui lui permet de continuer à développer l’entreprise. Ainsi, en 1920, Borsalino est connu dans le monde entier pour ses couvre-chefs de qualité. La firme italienne en écoule alors deux millions par an !

Mais hélas, les modes changent. Après la seconde-guerre mondiale, les voitures particulières se répandent. Protégé du vent et du froid, il n’est plus réellement nécessaire durant les déplacements de se couvrir la tête. Et une figure de mode telle que John F. Kennedy finit d’enfoncer le clou : il ne porte plus le chapeau. A un niveau rarement vu, les ventes de ce secteur économique s’effondrent, ne laissant au final que quelques artisans de grand renom, et encore.

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Un homburg en haut, un fédora en bas.

La maison Borsalino change plusieurs fois de mains, jusqu’à son rachat par la famille Gallo au début des années 90 qui donne à la fabrique une empreinte plus contemporaine. Mais le savoir-faire ancestral est maintenu. Les Gallo revendent ensuite à un homme d’affaire italien possédant des compagnies énergétiques en Asie, Marco Marenco, en partenariat avec un fond d’investissement, Haeres Equita. Lorsqu’il prend la fuite en 2017, poursuivi pour fraude, Borsalino est déclaré en liquidation judiciaire. Heureusement, le fond d’investissement décide de tout racheter et de maintenir la production et la distribution inchangées. Il stoppe en revanche les lignes diversifiées, vélo, vêtement, parfum, etc… Et c’est pas plus mal.

La production fut déplacée en 1986 d’Alexandrie à Spinetta Marengo, village de la commune d’Alexandrie. Les machines datant pour certaines de 1857 font le voyage. Elles sont toujours capables de participer à la production des quelques 100 000 chapeaux annuels. Il faut à peu près 70 étapes pour obtenir un Borsalino, et sept semaines en moyennes sont nécessaires.

Plusieurs types de fourrures sont utilisées : le lapin, le lièvre et le castor. Les poils uniquement, débarrassés de la peau à la différence de la fourrure, proviennent du Canada, du Portugal, de Belgique ou d’Australie. Fait rare, Borsalino produit son propre feutre. Elle part de zéro, à la différence de beaucoup de chapeliers qui travaillent des galettes de feutre déjà créées. Les poils sont triés pour en tirer les plus fins et les plus soyeux, puis ils sont bouillis avant d’être projetés sur ces sortes de cloches rotatives, où ils sont encore ébouillantés de manière intermittente.

Il en ressort une galette de feutre légèrement en cloche, qui est alors passée dans une machine où elle est frappée par de multiples petits maillets qui en réduisent l’épaisseur et densifient les fibres. Puis le rond de feutre est teint, ce qui le fait rétrécir. Intervient alors l’étape de la stabilisation, après une dernière compression et cuisson à la vapeur.  Le feutre est alors poncé, ce qui d’après Borsalino, est la marque distinctive de leurs chapeaux. Les chapeliers utilisent pour cela de la toile émeri et surtout, secret maison ancestral, de la peau de requin roussette. Donc du galuchat. Voilà un traitement de rêve qui justifie le prix. La surface du feutre, douce, est alors parfaite. Le chapeau est moulé sur sa forme, il ne reste plus qu’à appliquer les ganses autour et la doublure intérieure, à l’aide de colle, d’agrafes ou de la machine à coudre.

La vénérable maison conserve les formes de plus de 2700 modèles de chapeaux et couvre-chefs, du fedora ‘Côme’ à la casquette 8 pans type ‘newsboy’. Evidemment, en France, on croit que le Borsalino n’est qu’une forme. En réalité, Borsalino produit tout type de chapeaux. Et c’est le fédora, une forme de feutre mou classique pour les hommes et portée par Alain Delon dans Borsalino, qui a été remplacé par le Borsalino. La même histoire que le frigidaire. J’avais écrit une chronique pour Le Figaro à ce sujet. L’Empereur Hirohito fut parmi les clients, comme le Pape Jean-Paul II ou Al Capone. C’est ce qu’on appelle une clientèle diversifiée !

Il ne vous reste plus qu’à sortir couvert!

Bonne semaine. Julien Scavini

PS  : si vous souhaitez en voir plus, Mr Porter a réalisé une vidéo chez Borsalino :

 

Le plaisir des gants et de l’écharpe

Mais quel froid de canard à Paris et je crois partout ailleurs en France. Avec de la pluie fine et glacée. C’est bien un jour à commémorer l’épouvante des tranchées.

Et pour changer, aucun homme politique en présence n’osera porter de simples gants pour se prémunir du froid. Ils préfèrent finir glacés. Les gants, cela fait trop ‘monsieur’, trop ‘marquis’ probablement, dans un pays devenu schizophrène, s’honorant d’artisanats et de savoirs-faire ancestraux, donc de luxe, mais pour les étrangers seulement. Les gants sont un signe extérieur de richesse apparemment gênant. Enfin c’est une analyse. Comment comprendre sinon cette curiosité? Que les gants coûtent trop cher? Ou pire qu’ils n’en n’ont pas l’idée? Barack Obama en porte souvent, c’est très distingué avec le manteau. Surtout qu’une simple paire en laine tricotée peut suffire, même si cela fait un peu école primaire. L’agneau doublé de cachemire, oui c’est plus précieux. Et la peau de cerf doublée de lapin, ça c’est la panacée, extra durable! Un plaisir.

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Dans la digne continuité du débat sur l’appauvrissement de la garde robe masculine évoqué les semaines précédentes, il y a un accessoire que j’avais oublié, l’écharpe! Voilà de quoi l’hiver se donner du panache en même temps qu’un confort important. Sur une tenue de travail discrète et sans fioriture, s’amuser chaque matin avec une digne et truculente écharpe, juste pour faire jaser les collègues et amuser la secrétaire, est un plaisir de gourmet. De toute manière, elle part se cacher dès le vestiaire. C’est donc presque votre plaisir exclusif.

Surtout qu’en ce qui concerne cet accessoire, les stylistes s’en donnent à cœur joie. Du plus bas de gamme au plus cher. Au delà des unies marine ou grise, pensez à la richesse de ce morceau d’étoffe, voisin de la cravate. Les motifs cachemires, les médaillons ancient-madder, les pois, les tartans enrichissent le tissu et encadrent votre visage avec plaisir. La belle écharpe fait riche! C’est un bien dans un pays où beaucoup veulent faire pauvre. Égayez votre quotidien avec une belle écharpe.

D’ailleurs, en compulsant quelques sites de marchands pour préparer cet article, je suis tombé sur la collection d’une maison française connue mais peu renommée. Je les ai toutes téléchargé, car ce sera une bonne archive pour plus tard. Je vous les présente. Je ne préjuge pas de la qualité, qui est peut-être variable. Toutefois, admirez les motifs et les couleurs. Je trouve que ces modèles sont plein de goût. Je suis admiratif d’une telle variété dans un pays pourtant frileux. Comparativement, Ralph Lauren est plus que sage concernant ses écharpes. Voyez donc ces modèles et essayez de deviner d’où elles viennent? Je vous donne la réponse en dessous. Vous serez étonné.

 

 

Certaines sont collectors et n’ont pas à rougir devant Paul Stuart ou Drake’s, même si la qualité est moindre. Mais au moins, cela permet d’affirmer encore et toujours que l’élégance n’est pas une question d’argent, mais d’état d’esprit. La réponse est chez DEVRED … ! Amusant. Bravo à leur équipe du style.

Bonne semaine, bon repos ce jour. Julien Scavini

 

 

La cravate du débutant

Il y a quelques jours, un lecteur m’écrivait directement pour me poser une simple question : où acheter une jolie cravate et comment débuter sur le sujet? A une heure où les cravates disparaissent à vitesse grand V, où les marques diminuent leurs offres et où des banques comme Goldman Sachs évoquent la possibilité d’être au bureau sans cet accessoire, je suis heureux que quelqu’un se pose encore ce genre de question. La cravate bouge-t-elle encore?

J’avais, dans Le Figaro du 28 novembre 2018, traité cette question :

Dernièrement,une émission sur France Info posait la question: «Pourquoi la cravate, ‘symbole d’autorité, contrainte ridicule’, n’est-elle plus dans le coup?» Le fait est que le marché de ce bel accessoire diminue. Comme d’ailleurs celui du costume. Il faut habiter une grande métropole pour apercevoir des cohortes de messieurs en costume-cravate. »
Le problème n’est pas de savoir si elle va disparaître. Le sujet n’est pas non plus de hâter sa mort en tombant dans un discours de lutte des classes à deux sous. La question de fond est de s’interroger sur la signification de cette disparition et surtout sur le sens du remplacement opéré. Quelques jeunes clients m’ont souvent dit ressentir dans leur entreprise une pression pour abandonner la cravate. Et le journaliste de France Info fait de son côté le récit de sociétés où «les baskets ont une symbolique bien plus puissante».
Cela rappelle, en sociologie, le concept du contrôle social qui dépeint la capacité d’un groupe d’individus à coexister vertueusement. Nous avons là l’exemple type d’un contrôle social inversé, où la force du moins-disant prend le dessus. Ce qui est beau et élégant est poussé vers la sortie: rayons les ascenseurs, taguons les halls d’entrée!
La disparition de la cravate est le symbole d’une inversion des valeurs. D’un état vestimentaire, où chacun peut suivre une grammaire utilitaire menant à une élégance ordonnée, on passe à la glorification de canons personnels. Le cool.
Il y a les «in» et les «out». Croit-on d’ailleurs que ce «progrès» fasse oublier l’existence des hiérarchies en entreprise? Un illustre Anglais disait que «le vêtement est l’occasion pour chacun, chaque jour, d’incarner son propre rôle». C’est vrai. Et il est possible de choisir un rôle prestigieux dans une tenue raffinée ou, au contraire, de nager dans la soupe universelle de l’inconsistance.

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Mais revenons au sujet de départ. Avec quelle cravate commencer? Pour ma part, lorsque j’ai acheté mon premier costume bleu marine chez Hackett, je m’étais laissé tenté par une cravate simple, en même temps avec un peu de profondeur et polyvalente. Elle est bleu marine, avec de petits losanges blancs tissés. En somme sur les photos, la classique bleu à pois blancs. Je pense que c’est le plus parfait des commencement.

Évidemment, il pourrait être possible de dire une bleu marine unie. Pour faire comme les hommes politiques, dans la discrétion. Je peux le concéder. Autant à ce moment là prendre une grenadine ou un tricot marine, pour au moins proposer un peu de relief. Pour ceux qui se posent la question, la grenadine est comme un tricot fin alors que le tricot est visiblement plus en relief et surtout, souvent terminé à l’horizontal, sans pointe.

Deux cravates ainsi est un bon départ. Pourquoi pas également une grise avec un petit motif discret, pour s’accorder aux costumes gris dans une alliance monochrome de tons?

Passons ensuite à l’étape d’après, la cravate club. Pour moi elle est essentielle, car elle est plus décontractée que les précédentes. Les unis et micro-motifs donnent des cravates habillées, le club est bien par exemple avec une veste seule, comme le blazer. Les clubs sont très nombreux. J’en vois deux essentiels : marine rayé bordeaux et marine rayé gris. La première apporte un peu de couleur, la seconde s’accorde avec des costumes aussi bien bleus que gris. Une sorte de jonction sur la chemise bleue.

 

Ensuite il y a la seconde étape, la couleur. Pour ma part, j’aime les rouges un peu vermillons, présents, qui font un contraste et donne bonne mine. Toutefois, je sais que le rouge se vend mal et est rarement aimé. Le bordeaux, par sa teinte assourdie, est souvent préféré des jeunes, comme les verts sapins. En tricot là encore ou avec des micro-motifs, c’est un bon complément. Ne pas oublier le violet, qui va bien avec le marine.

 

Et puis après ces classiques, et bien j’ai envie de vous dire, laissez-vous tenter. Amusez-vous. Pourquoi pas quelques motifs géométriques plus visibles?

 

Ensuite, où aller me demandait aussi mon correspondant?

La première idée qui m’est venue est Tie Rack, ces boutiques de gares où personne de chic n’ose rentrer. Et bien c’est une erreur. La sélection classique est d’un goût courtois et au milieu des curiosités stylistiques, il y a de jolies choses.

J’aurais pu dire aussi pour le bon prix Monoprix. Mais si j’ai adoré leurs coloris vu avant l’été, j’ai détesté l’étroitesse des modèles. 5cm de large voir moins. Non et non. Investissez dans une belle cravate, généreuse, aux alentours des 7 à 8 cm. Elle sera intemporelle.

Ensuite, Boggi ou Hackett ont toujours de sympathiques modèles. Pour appuyer cette rédaction, j’ai regardé en particulier ces deux maisons, même s’il faut bien reconnaitre que les prix élevés sont injustifiés parfois. Allez-y en solde alors.

Pour les mariés qui me consultent, je dis systématiquement d’aller chez Charvet. La proposition est immense. La boutique merveilleusement surannée. Alors il ne faut pas avoir peur de passer la porte. Personne ne m’a jamais demandé ce que je faisais là. Les vendeurs sont très discrets. Ils aident bien si on en fait la demande. Et quel cinéma lorsque le caissier se saisit de la cravate pour l’emballer dans sa belle boite. Rien que pour la boite, le papier de soie et le ruban, ça vaut le coût. Certes, pas pour tous les jours, mais il faut de temps en temps se récompenser. Toutefois prudence chez Charvet, j’y ai souvent vu mille affreusetés. Il en faut pour tous les goûts.

Enfin, pour ceux qui veulent tenter des extravagances sans se ruiner, il y a deux options : Le Vestiaire du Renard, avec quelques propositions audacieuses et puis l’immense ressource d’Ebay, surtout en provenance des USA. Il y a des perles pour quelques dollars parfois. J’ai moi-même quelques Ralph Lauren d’extase payées un tiers de leurs prix d’origine. Lorsque les prix sont très bas, achetez en plusieurs, même pour voir, même avec un doute. Faîtes des lots de 5/10 cravates, pas grave, vous diminuez le frais de port unitaire.

Et retenez surtout cette maxime de Marc Guyot : « on ne fait pas sa vie avec trois cravates! » Diantre, accumulez, c’est le plaisir de la cravate. Aux puces et à Emmaüs parfois, elles sont légions à 1€.

Bonne semaine, Julien Scavini

Pochette et cravate identiques

La semaine dernière, mon petit paragraphe sur le fait que jamais une pochette et une cravate ne doivent partager le même tissu a beaucoup fait réagir. Je ne m’y attendais pas et j’ai été bien démuni, pensant que ce bête axiome était logique et partagé. J’ai demandé son avis à Adriano Dirnelli, contributeur habituel de Parisian Gentleman, connu pour son tumblr généreusement entretenu.

Merci d’avoir attiré mon attention sur les commentaires surpris de tes lecteurs, qui ont réagi avec véhémence la semaine dernière lorsque tu as écrit que la pochette et la cravate ne doivent jamais être du même tissu. Cela me paraît d’une telle évidence que je n’ai jamais songé à le mentionner explicitement dans mes propres écrits. Des lecteurs ont pointé (à tort) que je n’ai pas mentionné cette règle dans mes « 10 commandements de la pochette » publiés sur Parisian Gentleman. J’attire l’attention de tes lecteurs sur mon commandement numéro 5 :

V – TROP DE COORDINATION À TOUT PRIX TU ÉVITERAS

Je suis d’accord avec toi que la coordination parfaite entre la cravate et la pochette, dans le même tissu, est évocateur d’un coffret-cadeau de mauvais goût trouvé en boutique aéroportuaire.

Toute la difficulté du choix de la pochette réside justement dans l’évitement d’une coordination trop évidente, trop simpliste. Il faut avoir de imagination et du goût. Le sens de l’esthétique requis me fait penser à l’ikebana, l’art japonais de l’arrangement floral. Il convient de savoir coordonner avec un certain raffinement artistique les couleurs, les motifs et les matières.

Adriano Dirnelli

Fait amusant, ce dimanche alors que je me trouvais sur le pas de ma porte de boutique, j’ai vu un monsieur passer, qui était habillé exactement comme mon dessin. Sa pochette et sa cravate étaient du même tissu, un beau jaune.

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Pour ma part et pour aller plus loin, je tiens à préciser que jamais je n’oserais dire que cet ensemble est de mauvais goût ou mal choisi. Non, c’est un effort qui est fait et je tiens ainsi à relativiser mon point de vue. C’est assez esthétique. Et mieux qu’être mal sapé ou sans pochette.

Simplement, cela ne se fait habituellement pas. Aucun manuel d’élégance ou de savoir-vivre n’a jamais écrit que cela était de bon ton d’avoir la panoplie. C’est un fait, cravate et pochette ne partagent pas le même tissu. Toutefois, le faire n’expose personne aux flammes de l’enfer, et si c’est fait avec dignité, je n’y vois pas d’inconvénient. J’y trouve un petit côté vieux milliardaire qui s’habille chez Dunhill et Charvet.

Il faut noter qu’il n’y a nul snobisme à cette règle. Historiquement, les pochettes sont plutôt blanches. Les années 30 et 50 consacrèrent ce point. La pochette colorée est apparue plus tard, même si les illustrations d’Apparel Arts distillent quelques modèles colorées ça et là. Les années 70 ont probablement répandue l’idée que les pochettes pouvaient être en soie vaporeuse et que cette soie pouvait être bariolée, extravagante. Il n’a fallu qu’un pas à des boutiquiers et habilleurs quelconques pour proposer des boites 2 en 1, pour faciliter la vie des hommes pressés. Tout un symbole pour moi du chic tapageur des années 90 ; quand parfois les bretelles étaient aussi raccord.

C’est un truc de boutique que de vendre la pochette et la cravate ensemble. Cela fait double vente. Et ne représente aucune complication pour le vendeur et le client. Un peu comme vouloir caser une ceinture avec une paire de soulier, dans le même cuir.

L’élégance, la vraie, est faite de complexité en même temps que de finesse. Il faut montrer une certaine réflexion, un art de faire sa mise. Les raccourcis sont rarement synonymes de dur labeur. Parisian Gentleman a écrit ce fameux article pour décrypter les us et coutumes de la pochettes. Il montre bien comment rechercher la finesse par le mouchoir : blanc / couleur dominante / couleur secondaire / ou couleur latente.

La pochette colorée est de manière générale un objet difficile à manier. Je préfère la pochette blanche ou à fins liserés bleus. Sur un tweed, pourquoi pas apporter de délicates couleurs épicées, mais il faut faire attention à ne pas empiéter sur la cravate. Il ne peut y avoir deux rehausses de couleur. Soit une cravate éclatante, soit une pochette. Les deux, c’est beaucoup. Comme avoir une montre à chaque poignet.

Belle semaine. Julien Scavini

 

Les accessoires

Les accessoires peuvent être simplement pratiques ou là pour embellir. L’accessoire, ce qui est rapporté, par besoin ou envie, est l’occasion de donner à une tenue une note bienheureuse d’identité et de personnalité. Ils permettent, au delà d’une tenue normée, très uniforme dans le cas du costume, d’exprimer l’individualité. Et surtout, ils émulsionnent, pourrait-on dire, la garde robe en lui donnant sa saveur, son liant, son piment aussi.

  • La cravate
    La cravate reste la pièce vestimentaire la plus expressive. Son histoire est très ancienne. Se nouer le cou d’un ruban décoratif, est désuet, certes, mais tellement distingué. Admirez les motifs, leurs dimensions, leurs géométries, leurs dispositions. Quel éclat! Et comme dirait le grand Marc Guyot, on ne fait pas sa vie avec trois cravates! Tous les gentlemen se doivent d’en posséder … quoi? trente? cinquante? Même si finalement, seuls dix sortent régulièrement. Et une belle cravate vaut un peu d’argent, c’est comme ça.
    PG le dit ici.
  • La pochette
    Classiquement en lin ou coton, elle donne un panache certain à la tenue, en plus ou en remplacement de la cravate. Elle fait écho à des tonalités de la tenue ou reste simplement blanche. Jamais elle ne doit être du même tissu que la cravate. Quant à la pochette en soie, elle est à manier avec précaution, car plus vaporeuse et cérémonieuse. Roulottée à la main, elle est plus digne d’intérêt. Elle se porte toute la journée, et non après 18h comme pensent curieusement les français. L’allure n’attend pas!
    PG en parle ici.

 

  • Les boutons de manchette
    Ils peuvent être dorés ou argentés et terminent élégamment un poignet mousquetaire, c’est-à-dire fait pour recevoir des boutons de manchettes. Classiquement de simples ronds de métal ou de nacre, il est possible de nos jours d’en trouver quantité d’excentriques. Attention au bon goût toutefois. Les élégances racées sont rarement comiques. Il est bon de noter que les boutons de manchette sont d’un style plutôt anglais, les italiens préférant plutôt des poignets boutonnés simples.
  • La montre 
    Le premier contact visuel entre élégants s’établit en deux points : les chaussures et la montre. Une paire de souliers bien cirés et d’une marque reconnue sont essentiels. Et une montre élégante (c’est à dire qui n’est pas grosse et vulgaire) complète le tableau. Attention, une montre de prix seule et tout s’effondre. Le fric dépensé ici n’est pas un alibi. La montre doit corroborer le reste. Bien sûr, vous n’êtes pas obligé d’en porter une à gousset. Le bracelet montre existe depuis longtemps!

 

  • Le portefeuille
    Feu le tailleur Guilson disait toujours à ses nouveaux clients qu’en contrepartie de l’achat d’un beau costume, l’allègement du portefeuille est vital. On ne peut être élégant avant un gros larfeuille bourré de tonnes de trucs. Un petit porte-carte bien choisi, fin, est très important pour l’allure de la veste. Le gentleman veillera à toujours à alléger celui-ci de tous les papiers inutiles qui y finissent leur vie.
  • Les lunettes de soleil
    Il est essentiel pour se protéger les yeux et éviter de se rider le front de porter des lunettes de soleil dès que celui-ci fait son apparition. Et grand avantage de cet accessoire, tous les styles sont possibles. Évidemment, les lunettes de ski ne sont pas adéquates en ville. Mais en contrepartie, les modèles urbains sont variés et souvent cool.

 

  • Les gants de cuir
    Si vous faites du scooter ou de la moto, la loi vous oblige à porter des gants pour conduire. Pour les autres et en particulier ceux qui prennent les transports en commun, la simple idée de toucher la barre métallique pour se tenir devrait vous obliger à revêtir des gants. Accordez-les aux souliers : noir avec noir, marron avec marron. Et quand il fait froid, c’est tellement plus chic que de se peler les mains ou de les enfoncer nerveusement dans les petites poches du manteau, qui ne sont pas faites pour ça.
  • L’écharpe
    Dans le même genre, une belle écharpe donne du panache au dessus d’un manteau normalement austère, marine ou anthracite. Cachemire, laine, soie ou même viscose et modal pour ceux qui trouvent les fibres animales trop rugueuses, le choix est vaste. Une seule ne suffit pas. Une grise pour s’accorder avec une tenue grise, une marine pour aller avec une tenue marine, puis quelques fantaisies diverses, soyez étoffés.

 

  • La ceinture du cuir
    Là aussi, il faut savoir vivre sur un grand pied, d’autant que la couleur du cuir s’accorde avec les souliers : noir avec noir et marron avec marron. Les marron peuvent être différents toutefois, cette mode des ceintures patinées pour être absolument raccord aux souliers est légèrement kéké je trouve. Il me semble utile de posséder au moins trois ceintures : noir, marron et marron en veau-velours. Et d’ajouter une tressée pour l’été. Et puis en plus, ajoutez à ça une paire de bretelles, on ne sait jamais.
  • Les chaussettes
    C’est probablement le sujet le plus bavardé sur les blogs et autres forums. Les chaussettes, qu’elles soient hautes ou petites, sont belles et apportent de la distinction. Il faut en avoir moult, elles s’useront moins. Et elles ne sont pas faites pour vivre cachées, malgré l’insistance de nombreux messieurs – et dames – dans mon atelier pour rallonger démesurément les pantalons. Pourquoi la chaussette serait indigne? En revanche, une belle chaussette n’est pas un alibi pour embourgeoiser une tenue médiocre. Comme souvent vu dans le 16ème arrondissement, où des radins font du genre avec des chaussettes rouges, un costume miteux et un Barbour hors d’âge. Les chaussettes, comme tous les accessoires, ne sont pas un alibi, mais une cerise sur le gâteau!

Belle semaine, Julien Scavini

La cravate à pois

Un client me demandait récemment s’il était possible de classer le formalisme des cravates suivant la grosseur et l’espacement de leurs pois. Une question à la fois éminemment superficielle et très ardue je dirais.

Une chose est sûre, la cravate à pois, ou ‘polka dot tie‘ en anglais est la mère de toutes les cravates. C’est la plus habillée. Est-elle plus habillée qu’une cravate unie? Je dirais que oui, dans le sens où elle est plus raffinée, plus délicate, donc plus recherchée qu’une simple cravate lisse et sans relief. Avec une jaquette, c’est la cravate tout indiquée. Gris foncé à petits points blancs, elle est idéale.

Reste à savoir comment classifier les pois. J’aurais tendance à penser que plus les points sont fins et rapprochés, plus le modèle est formel. Toutefois, si les points sont trop rapprochés, la cravate apparaitra plutôt comme irisée qu’à pois. Trop fin et on sort du registre il me semble. La cravate à pois normal ne se caractérise pas par un effet optique qui moire. Les pois doivent se voir.

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A gauche, l’effet est plus géométrique qu’à pois, assez formel toutefois. A droite, la cravate est un peu plus décontractée.

Disons que la version très canonique est constituée de pois d’un à deux millimètres d’épaisseurs, espacées d’un à deux centimètres. La répartition est fine et homogène. C’est typiquement le nœud papillon de Winston Churchill. Il semble aussi que le pois blanc sur fond gris ou marine soit le plus traditionnel.

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Les grands classiques

Une fois posée cette hypothèse, toute déviation du canon devient un effet de style qui éloigne du formalisme. Il est possible 1- d’écarter les pois et 2- de faire grossir les pois, dans les proportions les plus variées. Si le pois vire au rouge, au rose, au vert sur des fonds de couleurs variés, c’est évidement plus sport.

Toutefois, si l’on prend une cravate marine à pois rouges, je dirais que le fait de rapprocher les pois renforce le côté formel. Ainsi, à taille égale, les pois rouges sont moins habillés que les pois blancs, mais si on affine les points rouges, alors la cravate devient plus formelle. Qu’en pensez vous?

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Deux cravates à pois rouges. La première est moyennement formelle alors que la seconde l’est plus.

Lorsque les pois enflent tant et si bien qu’ils deviennent des ronds, à la manière d’Otto Preminger, du Duc de Windsor ou de Tom Ford, l’effet psychédélique années 70 est alors un pur effet de style.

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Toutes les fantaisies sont permises.

A priori, les belles cravates à pois sont plutôt imprimées. La soie imprimée est plus solide dans le temps, elle s’use moins par frottement que la soie tissée. Toutefois, elle a moins la côte en ce moment, les hommes préférant le luxe des cravates tissées. Les petits pois peuvent donc être brodés. Parfois, un petit motif losangé peut se rajouter sous les pois. Pourquoi pas, la cravate n’en est que plus riche et profonde. Suivant la visibilité de ce motif, la qualité formelle variera.

Quant à savoir d’où vient le terme ‘polka’, il est apparemment hérité de la danse du même nom. Ce sont les femmes qui les premières auraient portées les pois sur leurs robes pour danser, d’où l’association et le terme ‘polka dot‘. En France, on parle plutôt, lorsque le motif est tissé, de plumetis. Reste à dénicher la perle rare !

Belle semaine, Julien Scavini

Petits cadeaux de noël

Chers lecteurs,

j’avais déjà fait un article de ce genre il y a deux ou trois ans. J’ai reçu de mon atelier italien qui fabrique cravates et pochettes, de ravissants modèles de pochettes double-faces, entièrement roulottées main. Je les vends en boutique 30€, un prix volontairement assez bas. Si vous souhaitez un exemplaire au pied du sapin, n’hésitez pas à me faire signe : tailleur -arobase- scavini.fr . Je pense que deux timbres devraient suffire pour envoyer ces tissus légers, soit un coût très raisonnable. N’hésitez pas. J’ai un exemplaire par coloris. Donc 10 photos = 10 exemplaires.

50% laine, 50% coton. 30x30cm.

Les pois

Au fil de l’histoire, les tissus ont été plus ou moins recouverts de motifs. Très tôt dans l’antiquité, ils furent brodés, manière de disperser un ornement suivant un dessin bien particulier. Le tissage lui-même, chez les peuples du Nord de l’Europe, en Asie mineure ou aux Amériques était sujet à fantaisie, en intercalant simplement des fils de couleurs différentes. Le moyen-âge en Europe a vu le développement des motifs semés, petits symboles brodés ou imprimés à intervalles réguliers. Similaire à l’art de l’héraldique, les motifs semés renvoyaient une image positive, à la différence de la rayure, comme nous l’avions vu dans un article dédié, ici.

Pourtant, le vestiaire masculin anglais tel qu’il s’est construit à partir du règne de Victoria n’a laissé que peu de place aux motifs semés. Les cravates ont été les seules à conserver le plaisir des petits motifs. Les petits fleurettes stylisées ont toujours eu le vent en poupe, comme les palmettes cachemire. Les années 30 et 40 apprécièrent les motifs géométriques, petits carrés et losanges dispersés à intervalles réguliers.

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Parmi les motifs semés pour cravate, les pois ont toujours eu le vent en poupe. Dès le XIXème siècle, ce motif à la fois simple et hypnotique fut recherché par les amateurs pour son esprit à la fois sobre et classique et en même temps dynamique.

Les anglais appellent ce motif le ‘polka dot’, d’après la danse du même nom. Curieuse étymologie. L’idée de répartir des petits ronds sur un tissu fut très en vogue au siècle dernier, en particulier pour les dames. Chez les hommes en dehors de la cravate, le polka dot n’est pas allé plus loin.

Pour nos cravates, le polka dot classique est de la taille d’une tête d’épingle, deux à trois millimètres environ. Le canon est blanc sur fond marine, comme les noeuds de Winston Churchill.

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Les pois peuvent être plus gros qu’une tête d’épingle. Dans les années 30, un portrait présente Maurice Ravel avec une cravate à gros polka dot. Les années 70 ont aussi apprécié ce style, très graphique, comme l’attestent de nombreux clichés de star, du Duc de Windsor en passant par Otto Priminger. Et de nos jours, Tom Ford fait toujours un grand usage des grands pois, en ton sur ton d’ailleurs avec les chemises qu’il recouvre également de ron, pour un effet très psychédélique.

Le polka dot classique peut-être pratiquement ton sur ton, ce qui donne aux cravates ainsi faites une belle profondeur. Généralement, il est blanc sur marine ou blanc sur gris, mais le rouge sur marine est aussi très apprécié. En fait, toutes les couleurs peuvent ainsi être appliquées, le résultat est un motif dé-multipliable à l’infini, suivant les moments et les envies. C’est un tissu de cravate à la fois très formel (notamment en gris ou marine) mais qui est en même temps d’une relative fantaisie. De mon point de vue, les petites fleurettes stylisées, assez petites et discrètes, sont plus formelles.

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La nuée de points irréguliers, plutôt appelée ‘spot pattern’, n’a jamais vraiment eu le vent en poupe. Le polka dot en revanche est tellement à mode de nos jours que même les chemises sont ainsi recouvertes. Plutôt décontractées, ces chemises portent sur elle l’ornement. Inutile alors de porter une cravate. C’est une conclusion amusante. A l’heure où les cravates sont moins portées, ce joli motif, juste équilibre entre discrétion et fantaisie reste toujours dans le coup !

Bonne semaine. Julien Scavini

La lavallière

Petit article aujourd’hui pour faire le point sur la lavallière, un vêtement à la fois très historique et très galvaudé !

L’idée de mettre quelque chose autour du cou, dans le genre d’un foulard noué et retombant au milieu de la poitrine est apparue sous le règne de Louis XIV. Dit-on à la suite des régiments-mercenaires croates (cravate étant une déformation de croate). Auparavant, c’est plutôt de grands collets de dentelle qui sertissaient l’encolure. La fraise en était une expression surjouée.

Sous Louis XIV apparait donc une sorte de cravate d’aspects variés. Les représentations montrent souvent la superposition d’un papillon assez volumineux (et horizontal) en velours coloré et d’une retombée (verticale) de dentelle écrue. Il n’est pas très clair dans mon idée si les deux sont liés ou si au contraire ce sont deux cravates superposées.

Sous Louis XV et Louis XVI, cette double encravaterie baroque s’arrête. La lavallière au sens historique nait ici. Il s’agit d’un long ruban de lin très fin, qui après plusieurs tours de cou montant à la manière d’un col roulé, se noue au milieu ou légèrement sur le côté. Sur le modèle exact d’un nœud papillon, à la différence que les extrémités sont laissées longues et tombantes. Le raccourcissement de la lavallière a donné le nœud papillon moderne.

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La lavallière tire son nom de la duchesse Louise de la Vallière, maîtresse du roi Louis XIV, qui portait du temps de sa splendeur une cravate à larges pans.

Techniquement, la lavallière est donc un nœud papillon généreux dont les extrémités retombent à la manière d’un foulard. C’est un nœud qui se déploie à l’horizontal. Le mathématicien Cedric Villani semble apprécier ce modèle un peu exubérant.

L’exemple ci-dessous, d’époque romantique allemande, représente pour moi la lavallière idéale, généreuse et tombante :

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Dire que la lavallière est un nœud projetant dans le sens horizontal est un détail important.

Car fin XIXème et début XXème, ce nœud volumineux ne plait plus. Certes Baudelaire ou Rimbaud affectionnent encore les petites lavallières (presque des papillons d’ailleurs), mais la bourgeoisie cherche autre chose, une expression moins artiste ! On invente alors le nœud simple qui projette vers le bas, que l’on appelle nœud régate. Vous le connaissez tous, il s’agit de la cravate contemporaine, qui se déploie à la verticale.

Toujours au début du XXème siècle et en Angleterre, une simplification de la lavallière a donné une cravate appréciée avec la jaquette (morning coat) : l’ascot, appelée day cravat. Inventée précisément pour aller au champs de courses (au Royal Ascot), la cravate ascot a la forme d’une pagaie et non d’un ruban.

L’ascot est associée à un nœud très pauvre stylistiquement : la simplicité même, comme si l’on noue deux lacets mais sans faire les boucles. Les deux pans retombent alors bêtement et sans volume. Tout le panache de l’ascot vient de l’épingle de cravate qui donne le volume d’une main de maître. Cette épingle, pour la haute bourgeoisie et l’aristocratie est l’alpha et l’omega d’une tenue richement parée. C’est grâce aux boutons de col, de plastron, de manchette et à l’épingle de cravate que le niveau social peut se lire. Plus le bijoux était précieux et plus son porteur était riche.

Au début du siècle, vous pouviez donc nouer votre cravate en ascot ou en régate, le résultat n’était pas le même :

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Peu à peu, l’ascot a perdu son usage de cravate pour devenir un foulard de cou, porté non plus sur la chemise mais sous le col. Les années 30 semblent consacrer cet usage décontracté chic. Par là même, le mot a changé de genre, l’ascot féminin (dans le sens de cravate) est devenu l’ascot masculin (dans le sens d’un foulard). Une ascot désigne une cravate qui se noue et se forme avec une épingle, un ascot désigne un foulard qui donne le petit plus de chaleur aux messieurs élégants.

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Donc au final, ce que les français adorent porter au mariage avec une jaquette n’est donc pas une lavallière comme ils aiment à le dire, mais un ascot ! Qu’on se le dise!

Et qu’on se le dise aussi : à moins de porter une chemise amidonnée avec un vrai col cassé séparable, dans le genre Robert de Montesquiou, il est très costumé de vouloir porter un ascot à un mariage. D’ailleurs, dans les années 50, les grandes unions à la Madeleine étaient toutes en jaquette et en cravate régate, rayée ou à pois.

Notons aussi le règlement du Royal Ascot qui stipule maintenant qu’il est interdit de mettre un ascot (cravat) avec sa jaquette et que seule la cravate (tie) est autorisée. Un signe à tous les baronnets qui croient se donner du genre en portant cela!

Enfin et dans le même esprit, il faut aussi évoquer cette horreur absolue qu’est la cravallière, croisement génétique hideux entre une cravate et un morceau de soie sauvage. Une aberration que je ne souhaite même pas à mon pire ennemi !

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Espérons que ces jeux de mots et d’histoires stylistiques vous aideront à y voir plus clair!

Bonne semaine, Julien Scavini

 

 

Autour du noeud papillon

Le nœud papillon est à la mode ces temps-ci. C’est en particulier le cas pour les mariages. Les jeunes le trouve en effet distrayant et moins ‘business’ que la cravate. Mais plus rares sont les hommes qui portent quotidiennement le papillon en remplacement de celle-ci.

Pour ma part, je préfère le nœud papillon à la cravate, moins pratique. La cravate est en effet plus difficile à maitriser. Sa longueur est sujette à multiples reprises le matin et le nœud est parfois très asymétrique suivant les triplures et la dextérité.

Le nœud papillon est plus concis, presque plus mesuré dirais-je ! Il ne se balade pas partout et m’apparait comme plus discret. Paradoxalement en fait, car si son porteur se fait immédiatement repéré pour son goût de dandy, l’expression des couleurs de la soie est plus douce, car la surface est plus petite. Les motifs peuvent ainsi être plus francs (je pense à des motifs club très colorés) ou old-fashion (comme les fleurettes et autres motifs madder) sans pour autant être criards, ce qu’ils pourraient être sur la grande surface d’une cravate.

Le papillon est aussi très facile à nouer pour quiconque a pris le coup de main. Une cravate demande une plus grande dextérité je trouve.

Et puis le papillon est avant tout très suranné, ce qui par dessus tout constitue un avantage à mes yeux.

Si les moins aventureux préfèrent les nœuds déjà tout fait (je ne les en blâme pas, c’est déjà sympathique de porter quelque chose autour du cou de nos jours), pour ma part je ne tolère que les nœuds à faire ! Il existe deux formes : 1- celle qui est droite à la manière de Charvet et oblige donc à faire des nœuds assez volumineux et 2- celle qui est en forme de violon, permettant des nœuds plus pincés. Je préfère cette variante. Les modèles de Brooks Brothers m’apparaissent d’ailleurs comme les meilleurs, cette vénérable maison américaine étant mon fournisseur presque exclusif (avec Le Loir en Papillon.)

Vous pouvez télécharger les patrons en cliquant sur l’image ci-dessous :

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J’ai aussi pour habitude de transformer de vielles cravates trouvées aux puces en papillons. C’est super simple à faire et je prends plaisir à dénicher de vieux modèles rétros qui paraissent alors au goût du jour ! Voyez ce tutorial, vous pourrez le refaire si vous maîtrisez la machine à coudre.

  1. La cravate à plat
  2. La cravate ouverte. On jette les doublures et le passant.
  3. Placement des patrons. Faites en deux, celui du papillon lui-même et un autre un peu plus grand pour bien placer, car l’espace est compté ! Coupez uniquement lorsque les quatre parties sont tracées.
  4. Dans peu de coton de chemise blanc (ou percaline de fond de poche), coupez deux bandes étroites et une bande de la largeur et longueur du papillon. A- Cousez les petites bandes avec les extrémités du papillon. Réglez la longueur à ce moment là. B- au stylo, tracez le papillon lui-même, hors valeur de couture sur le grand tissu blanc.
  5. Mettez les deux faces du papillon endroit contre endroit (l’idéal est de décaler un peu les coutures des rubans blancs). Mettez le grand pan blanc et allez piquer sur le stylo en laissant un petit espace non-cousu.
  6. Par cet espace non cousu, retournez le papillon à l’aide d’une baguette chinoise. Attention à sortir les couches dans le bon sens (pour que la percale se retrouve au centre). Repassez minutieusement. Et voilà !

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Enfin, la question que me pose nombre de mariés est la suivante : quel col va avec le nœud papillon? Je répondrais tout simplement que tous les cols vont. Bien sûr, un col semi-ouvert est bien mieux. Car le fait de voir les pointes du col dépasser sous le nœud apporte un soutien visuel à ce dernier. Mais un col cut-away ou plus ouvert va bien aussi, on ne voit alors pratiquement pas le col. Les modèles à pointes rondes sont aussi élégants. Ils donnent un petit air début de siècle. Bref, vous avez le choix !

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Bonne semaine Julien Scavini