L’envie et le besoin

Pour la plupart des hommes, s’habiller est un besoin. Aussi se couvrent-ils simplement, sans recherche particulière et sans envie particulière. Souvent d’ailleurs, les achats sont fait par madame et l’homme se laisse faire. Il serait d’ailleurs possible de se vêtir exclusivement chez Mistigriff et dans d’autres solderies sans difficulté aucune. Il y a tout ce qu’il faut.

Par contre, les amateurs de beaux-vêtements le savent très bien, au delà du besoin, il y a l’impérieuse nécessité de bien s’habiller. Et par là même, cela forge des besoins d’un ordre nouveau, guidés par l’élégance. Le vêtement devient une envie.

L’envie peut être de plusieurs ordres. Envie de posséder une pièce en particulier pour le week-end ou pour un gala, c’est le besoin du moment. Encore plus loin, envie de posséder une pièce pour sa simple beauté, il n’y a plus de besoin. Seule l’envie gratuite reste.

La difficulté survient lorsque le portefeuille n’aide pas. Il faut se restreindre. Tâche difficile. Il y a les besoins primaires mâtinés quand même d’une envie (avoir un nouveau costume bleu, pourquoi pas prince de galles discret) et les envies (avoir un costume très élégant avec gilet croisé difficile à mettre tous les jours). Ce n’est pas simple. Les clients me demandent souvent comment je fais avec tout ces tissus sous les yeux… Je réponds que je suis très relativiste dans la vie et que celle-ci est longue. Oui c’est beau, et alors… Tous les tissus sont beaux d’une certaine manière. Et puis j’ai le temps.

Seulement, il faut du détachement. Certaines de mes connaissances ‘sartoriales’ n’ont aucune réserve et sont parfois à la limite de la névrose concernant le vêtement. Ce n’est jamais assez, jamais assez bien, il faut toujours un nouveau costume, une nouvelle veste, une nouvelle paire de bottines…

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Ce dont j’ai envie et ce dont j’ai besoin. Pourquoi une telle dissociation? Pourquoi ne pas rapprocher les deux et les fusionner? Cela s’appellerait-il vivre raisonnablement?

Toute la difficulté réside dans la fusion des deux concepts. Il faut arriver à aimer le besoin. Contre mauvaise fortune, bon cœur dit l’adage. Certains y arrivent, d’autres pas. Appliquée à tous les aspects de la vie, cette pratique pourrait peut-être contraindre au misérabilisme ceci dit. Ce n’est donc pas une tâche facile. Il faut  définir des priorités et des aspects plus soumis à l’envie que d’autres. Je reste convaincu qu’un besoin bien intellectualisé peut devenir une envie.

Pour ma part j’essaye au maximum d’apprécier mes costumes simples qui répondent à ces besoins simples. Évidemment, je pourrais en avoir cent, tous plus extravagants. Mais les apprécierais-je vraiment? Une fois par an, je réalise quelque chose de plus osé, un costume en seersucker ou une flanelle rayée. Point trop n’en faut. Car pour conserver le goût des belles choses, celles-ci doivent rester rare. A trop fréquenter le beau, on se lasse ou on veut mieux. Mais là, il faut les moyens!

 

Belle semaine, Julien Scavini

 

L’Ampleur

Depuis quelques temps trotte dans ma tête que le goût pour les vêtements amples pourrait bien revenir. Et que le costume un peu plus large va réintégrer le devant de la scène. Déjà depuis trois-quatre ans, les stylistes des grandes maisons proposent des vêtements plus volumineux, pantalons à pinces d’un côté, manteau « loose » de l’autre. Si l’expression visuelle de ces modèles est critiquable, le terrain se prépare. Même si pour l’instant, ce goût ne transparait qu’assez peu dans la rue.

Des amis qui travaillent dans le textile, de retour du Japon où ils ont passé trois semaines cet été m’ont d’ailleurs rapporté avoir été surpris par ce qu’ils appellent « le style mou », caractérisé par une belle ampleur tombante des épaules et des pantalons droits. Que ce soit en costume ou en plus « casual ». Un signe de plus peut-être.

Pour ma part, j’ai commandé l’hiver dernier une veste en tweed avec une taille de plus par rapport à l’habitude. Un 50 au lieu d’un 48. Si au début j’étais interrogatif, notamment sur le ressenti face au miroir, force est de constater que visuellement la différence n’est pas flagrante. Mais par contre niveau confort c’est bien mieux. Les esprits chagrins me répondront que j’ai grossi. Que nenni, mes costumes actuels et passés en 48 me vont toujours parfaitement.

C’est bien le drame de l’art tailleur. Il n’existe pas de règle concernant le volume et l’aisance. Ce qui est vrai à une époque ne l’est plus après. Les effets de mode régulent la coupe tailleur, comme le reste. Ainsi, les plus grands tailleurs des années 20 faisaient de l’étriqué. D’autres dans les années 30 ont fait du volume. Dans les années 50, la norme était aux épaules gigantesques. Les années 60 ont réduit les proportions mais les années 80 ont de nouveau forcé le trait. Et ainsi de suite. Un costume Cifonelli coupé en 2017 n’a certainement que peu de rapport avec un autre coupé en 1980. Mais aucun des deux n’est faux.

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Je m’amuse toujours des pseudo blogs qui vantent les mérites de telles coupes ajustées et les ravages de l’ampleur par ailleurs. Ces mêmes personnes qui dans dix ans expliqueront le contraire. Les encolures de veste qui n’encadrent pas bien le col de chemise sont souvent pointées comme un défaut. Alors que c’était une qualité dans les années 80. Un beau costume Cerruti de l’époque baille. Le canon était ainsi.

Ces mêmes bonimenteurs qui expliquent que telles mensurations ou tel gabarit ne sera pas bien habillé avec une veste ample expliqueront le contraire le moment venu. Car simplement le paradigme aura changé. C’est celui qui portera encore le costume étriqué qui passera pour ringard. C’est assez cocasse.

Il n’existe pas de règle pour considérer qu’une veste ou un pantalon a une ampleur juste. L’histoire de la mode masculine et de la coupe tailleur nous le montre. Un livre de coupe de 1950 et un exemplaire de 2015 n’ont tout simplement pas la même vision du vêtement. C’est assez difficile à conceptualiser j’en conviens.

Les meilleurs arguments sont pour moi les photos d’époques. Prenons l’exemple de ces clichés des années 80 et 90. Certes les photos ont vieilli. Le style a vieilli. Mais comment oserait-on dire que ces photos sont ringardes? Le style est très honnête. Pierce Brosnan porte un superbe croisé plongeant. Dustin Hoffman, Matthew Broderick et Sean Connery ont la classe sur la couverture de Family Business. Bernard Tapis osait autant en affaire qu’en vestimentaire. Et que dire de Mickael Douglas dans Wall Street. Observez le col de sa veste qui décolle ou son pantalon généreux.

Cet été lors de mes petites vacances en Angleterre où j’ai eu le plaisir de visiter les plus beaux châteaux possibles (Blenheim, Chatsworth, Howard Castle), j’ai pris plaisir à regarder le soir à la télévision les rediffusions de l’excellente série Frasier. Et de me souvenir que le petit frère de Frasier parle assez souvent de son tailleur ou de ses mocassins à glands, spécialement réalisés par un petit bottier d’Italie. Un signe de goût, pour une époque que l’on regarde avec méprise de nos jours. Pourtant, quel style, quel panache. Revers larges, cravates audacieuses. Et quel confort. J’en rêve. Mais pour l’instant le goût n’est pas prêt à grossir… Attendons encore un peu.

Les années 80 et 90 sont souvent regardées avec mépris. Pourtant, l’élégance était entière. Les usages étaient respectées. Les proportions étaient certes généreuses, mais pas ridicules. Ce qui a été ridicule, c’est la reprise par les maisons bas de gamme de l’ampleur tailleur. Les mauvais faiseurs en ont rajouté, en rendant extravagantes et décadentes les coupes.

Enfin qu’on se comprenne bien. Je ne suis pas en train de dire que la tendance actuelle est moche. Non, elle est une tendance. Je m’habille près du corps car c’est ainsi. J’aime cela en ce moment tout en ayant conscience que c’est une passade de l’histoire de la mode. Pas un absolu. Est-ce un relativisme? Non, c’est un essai d’objectivité !

Bonne semaine et belle reprise ! Julien Scavini

(Un grand merci à Archie Ruston pour le temps passé à chercher les photos des années 80)

Après midi découverte des Pantalons (MàJ)

Bonjour chers lecteurs,

j’organise une après-midi de découverte de mon offre de pantalon samedi prochain. Je sais que vous êtes nombreux à demander l’organisation de cet évènement pour venir essayer les coupes et apprécier les matières.

Ainsi donc, venez nombreux, samedi 3 juin de 15h à 19h,

au 50 Bd. de La Tour-Maubourg, Paris 7ème.

L’occasion de voir et revoir les coupes S1 et S2 (l’atelier confectionnant la coupe S3 nous a hélas fait des misères, ce qui explique que le modèle n’est pas encore réassorti) et de découvrir le nouveau bermuda, avec ses détails très sartoriaux : taille haute, poche gousset à rabat, revers, ceinture à double boutonnage et pattes de serrages. Les matières sont belles : seersucker, lin lourd, coton militaire etc. Et le prix serré, 80€.

 

A cette occasion, nous proposerons des fins de séries PANTALONS VELOURS et MOLESKINE à prix très réduit 😉

Profitez bien de soleil ! Julien Scavini

Trucs et astuces du costume en été

L’été arrive. Les chaleurs aussi. Que faire lorsque le travail impose de porter un costume mais que les transports en commun, dès le matin sont un supplice qui rend humide ? La réponse n’est pas simple.

Vous ne le savez peut-être pas, mais la plupart des vendeurs de prêt à porter que je connais, y compris dans les grandes maisons, ne s’habillent pas chez eux pour aller au travail. J’ai connu il y a très longtemps chez Hackett un vendeur qui arrivait en bermuda basket avant de se métamorphoser dans le vestiaire en super dandy. De même à la boutique de chaussures à côté de mon échoppe, le vendeur part le soir de manière bien plus décontractée qu’il n’est durant la journée. Un ami chez Berluti fait aussi de même. Et même, un autre qui travaille au siège d’HSBC affronte quotidiennement le RER dans une tenue légère, ses costumes étant dans son bureau. (Il a un grand bureau). C’est donc bien la preuve qu’il faut être inventif pour ne pas trop souffrir et rester frais.

Le gilet peut aussi être envisagé si vous n’êtes pas trop obligé d’avoir la veste. Vous pourriez ainsi la laisser au bureau et vous déplacer en bras de chemise. Votre tenue peut être composée le matin sans aucune veste aussi. Vous pourriez alors faire confectionner un simple ensemble pantalon + gilet ? Peut-être que votre employeur n’y verra que du feu. Vous pourriez avoir ‘laissé’ la veste à votre poste de travail…

Quand il fait chaud, je recours beaucoup à ce stratagème. J’enfile le matin un pantalon et un gilet seulement. En plus, ce dernier donne plus d’aisance, ce qui est idéal pour se courber jusqu’aux chevilles des clients.

En fait le gilet est une pièce paradoxale. Vous pouvez y avoir recours l’hiver pour avoir plus chaud et l’utiliser l’été comme vêtement de dessus pour ne pas avoir trop chaud. Cela reste très élégant.

Pensez aussi aux avantages indéniables des laines froides. Avec une trame ouverte permise par un tissage lâche, la laine respire. Vous pouvez demander aux bédouins qu’elle est la meilleure matière dans le désert. La laine !  C’est une matière confortable, aussi bien lorsqu’il fait froid que chaud, car elle régule la température corporelle. En plus elle drape admirablement et est ordinairement élastique, donnant de la liberté aux mouvements. Et le froissage disparait naturellement lorsque vous suspendez le costume. Le lin et le coton n’ont pas autant d’avantages.

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Question couleur, je trouve qu’il est de bon aloi de changer un peu de registre par rapport aux couleurs sombres de l’hiver. Aimez le gris et le bleu clair. Sans aller jusqu’au bleu ciel improbable sur un homme blanc, les bleus ardoises et bleu-gris parfois appelés air force blue sont résolument opportuns. En plus, ils vont bien avec des souliers marrons. Bien sûr, j’adore pour ma part les costumes beiges, qui se vendent assez bien et reviennent à la mode. Mais la nuance sable ne plait pas à tout le monde. C’est dommage, elle est pourtant d’un chic indéniable, qui vous place au dessus du lot!

Il est aussi intéressant de recourir à des mini chaussettes qui dégagent les chevilles. Associées à un mocassin, elles permettent au bas de la jambe de bien respirer et de profiter des petits courants d’air au sol et le long du mollet.  Une chaussure plutôt légère sera d’ailleurs plus agréable en été. Pourquoi pas dans les transports mettre une basket ou un sneaker simple, genre petite chaussure en toile? Les chaussures en cuir restent au bureau, c’est simple et efficace.

Pensez aussi aux chemises. Les manches ne doivent pas être trop longues pour que le poignet reste dégagé. Une manche plutôt courte laisse mieux respirer l’articulation de la main, ce qui procure un sentiment de liberté et de frais relatif. Et pourquoi pas une belle chemise en lin, ou en lin et coton? Cela ne choquera personne au travail et vous serez plus au frais.

Pour ma part, je l’ai souvent dit, j’apprécie les chemises à manches courtes. Mais jamais sous une veste ceci dit, c’est ridicule. Si vous ne portez pas de veste, mais simplement un pantalon (et un gilet?), et que le modèle ne fait pas trop bord de mer (notamment à cause de dimensions étriquées), allez-y. Les japonnais y ont beaucoup recours. En blanc, c’est simple et efficace.

Ainsi donc, il faut jouer avec toutes les options et étudier tous les points de la tenue pour résister de la meilleure manière à la chaleur. Pensez y.

Bonne semaine, Julien Scavini

Les détails colorés

Depuis très longtemps, les logos brodés et autres petits insignes ornent les vêtements sports, comme le polo et parfois les chemises, Ralph Lauren en étant l’exemple le plus parfait. Depuis une décennie, je vois aussi pulluler d’autres détails colorés apposés sur les vêtements classiques. Ainsi, la veste a été assaillie d’effets de style. Il y a eu les boutonnières colorées. Une au revers ou une en bas de manche, voire toutes. Puis il y a eu les boutons colorés, tous ou juste un en bas de manche. Trouvailles de stylistes en manque d’inspiration?

Quoiqu’il en soit, j’ai toujours été navré de ces bidules. Ça n’a aucun intérêt il me semble, à part attirer l’attention sur des costumes qui de toute évidence sont médiocres. Car il faut bien se l’avouer, à part Célio et consort, peu de maisons de qualité ont osé ça! Ces trucs en trop sont presque un panneau porté sur la personne, les signes extérieurs visibles d’un goût du too much mal placé. Il y a bien d’autres moyens de faire remarquer son goût. Prenez le mouchoir de pochette par exemple. Ou la fleur à la boutonnière. Ou une paire de chaussettes colorées. Voilà des vrais signes d’élégance.

Surtout, ces détails vieillissent affreusement vite. Remarquez déjà comme ils ont disparus des rayons. Certains stylistes ont quand même dû se rendre compte de la niaiserie intellectuelle de l’affaire. D’autant plus que les clients se lassent de tels effets. Un costume aux boutonnières bleus prend très vite un coup de vieux passé une ou deux saisons…

Ce qui dénote une belle veste, c’est un beau tissu. Un tissu précieux par son tissage et sa matière ; un tissu riche par sa lumière et ses effets. Un beau tweed se suffit à lui même. Une belle flanelle se suffit à elle même !

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Par contre, au rayon chemise, je suis plus disposé à faire des concessions.

Je note tout de même la tentative des boutons colorés… Là encore, je passe. Je note aussi l’idée de disposer des boutons sur le côté des cols. Je passe encore plus. Je note enfin les cols à étages multiples et colorés. Je me bouche carrément le nez.

Ceci dit, des maisons comme Paul & Shark, Hilfiger, La Martina et d’autres, ont tenté les détails colorés. Notamment en essayant d’enluminer la garde des boutons. Vous savez, le bord de la chemise devant où sont cousus les boutons. Chemise fermée, on ne voit presque rien. Col ouvert, la bande colorée, parfois rayée sous la forme d’un gros grain comme les chapeaux, apparait. Parfois pour scander les couleurs de la marque. Pourquoi pas. Sans cravate, elle donne une note de gaieté bienvenue.

Les intérieurs de pieds de cols et les intérieurs de poignets peuvent aussi être réalisés dans un tissu contrastant. C’est un détail léger qui là aussi n’apparait que col ouvert. Je dois dire l’avoir tenté quelques fois pour des amis qui me demandent des chemises de week-end. Si les tissus sont choisis en camaïeu de bon goût, c’est à dire dans des teintes légères et harmonieuses, c’est pas mal du tout.

Mais là encore, rien ne remplace un beau tissu et de beaux boutons en nacre. La digne élégance ne se remarque pas au premier coup d’œil, elle se hume.

Sur les chaussures, c’est pareil. Inutile de vouloir acheter une paire avec plein de couleur et des détails voyants. Au contraire, un très beau modèle bien ciré attirera plus le regard des passionnés qui verront en vous un connaisseur. Les chaussures simples et classiques peuvent par ailleurs s’émanciper un peu avec des crèmes colorées qui donnent des nuances différentes. Pour les mariages, je souffle toujours à mes clients que des lacets peuvent se changer pour le jour J. Des lacets bleus sur un soulier noir ne sont pas déshonorant s’ils rappellent la tonalité générale.

En bref, comme vous le voyez, je navigue à vue parmi l’ensemble des propositions contemporaines, souvent trop voyantes et extravagantes. Je ne suis pas contre mais j’avance avec précaution.

Car au fond, je suis un grand admirateur des vêtements militaires d’ancien régime. Avec leurs écussons, leurs broderies, leurs boutons armoriées, leurs ganses et leurs sous-tâches, ils sont un festival de couleurs et de beautés. Il n’est donc pas interdit, dans un monde moins figé où le costume perd du terrain, de s’interroger sur de nouveaux codes et artifices pour embellir les vêtements. Le nombre d’habits est plus restreint aujourd’hui. La veste cède du terrain et les chemises deviennent incontournables. Pourquoi ne pas rechercher des moyens d’apporter de nouveaux ornements ? Le tout est de le faire avec goût… Et tous les goûts sont dans la nature. En attendant la juste réponse. Existe-t-elle ?

Bonne semaine, Julien Scavini.

Monsieur, êtes-vous soigné ?

Cet article est la retranscription d’un article, à la fois drôle et intéressant, de Jean Laury, publié dans Adam, n°239, Février-Mars 1957.

Lisez : êtes vous soigné, c’est dire bien habillé? Un homme ne l’est, ou ne le reste, qu’en ménageant ce qui le vêt, des pieds à la tête. La fatigue d’un vêtement – nous ne disons pas l’usure – est imputable à qui le porte et elle défigure ce vêtement tout comme une lassitude corporelle tire les traits.

Si vous êtes aux bonnes résolutions, prenez donc celle-ci : d’où que vous rentriez, quelle que soit l’heure et la pièce du vêtement que vous quittiez, sachez que sa fatigue prime la vôtre. Mais alors qu’une nuit de sommeil vous rajeunit et vous défripe, votre vêtement vieillira si vous ne lui octroyez le seul repos qui le conserve : le soin raisonné que vous prenez de lui.

La chapeau

Ne le jetez pas, approximativement à plat, sur la première surface plane venue, avec le journal et les papiers à revoir. Pour préserver ses bords, accrochez-le de manière que ceux-ci ne touchent de nulle part. Ou posez-le sur sa calotte, en voiture, par exemple. Brossez le feutre avec une brosse spéciale à la fois souple et fournie. Et respectez le sens du poil : opérez en mouvement inverse des aiguilles d’une montre. Le cuir intérieur ne se nettoie pas. Dès qu’il est, non pas sale, mais douteux, on le remplace. Si vous portez de la paille, rangez-la, enfermée à l’abri de la lumière afin qu’elle ne jaunisse pas – enfin pas trop vite. Et si elle est tachée, nettoyez-la avec une solution de quelques gouttes de sel d’oseille dans beaucoup d’eau – énormément d’eau.

Le veston

a suivi tous vos gestes et s’en ressent. La pire ingratitude consiste à le jeter sur un fauteuil et à l’y laisser. Une bonne intention, mais une mauvaise solution, c’est de l’installer sur le dossier de ce fauteuil dont les bras continuent, après les vôtres, de les déformer. Le veston a droit, formellement, au cintre à sa taille, à bonne distance du mur, ou au « serviteur muet » (valet de chambre) qui répare, de nos jours beaucoup d’injustices. Et avant de ranger dans l’armoire le smoking, épinglez avec raffinement et précaution les pointes des revers de soie pour éviter qu’ils ne « roulent »…

Le pantalon

ne va plus sous le matelas. Cette sorte de pressing avait du bon ! Il rejoint le veston sur la barre du cintre ou du serviteur muet, mais videz ses poches, même d’un mouchoir fourvoyé. Ôtez les bretelles. Faites glisser la ceinture : que le pantalon se repose, orgueilleusement seul.

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Le pardessus

Ah, le pardessus… Combien sont-ils, que des hommes-bien suspendent chaque jour, par le milieu, à un crochet. Et insidieusement, une petite hernie se forme. Au pis-aller, suspendez-le par les épaules, sur deux crochets. Au mieux : trouvez un cintre qui garantisse son équilibre. Ou alors, posez-le, doublure à l’extérieur, sur un siège. Mouillé, qu’il sèche, suspendu, dans un endroit tempéré, loin du radiateur comme de la fenêtre ouverte.

Le linge (il parle des chemises et caleçons de coton)

Son martyrologe est tel qu’il tire les larmes. L’état dans lequel il réintègre parfois vos armoires est un plaidoyer silencieux, mais éloquent. Ce linge si fin, si cher, assurez-lui les meilleurs soins, confiez-le au meilleur blanchisseur : celui qui n’a les réflexes ni du masseur pour poids lourds, ni de l’incendiaire, ni de l’ingénieur chimiste, ni du cimentier. Le blanchisseur que vous aurez vu à l’œuvre – au chef-d’œuvre – tel Loison et d’autres. Ou alors, achetez vos chemises au bazar et jetez-les dès que salies.

Les cravates

Leur règne est court : qu’il soit brillant. Tant qu’il dure, respectez leur éclat, leur forme en les suspendant comme il se doit. Dès qu’elles s’affaissent, réformez-lez : une cravate défaitiste, qui cède, est un spectacle navrant.

Les gants

Faré est formel : le volant les massacre. Néanmoins, le soir, remettez-les au pli, octroyez leur un peu de pressing. S’ils se lavent, que ce soit au savon spécial : le meilleur. Même mouillés, qu’on leur redonne leur forme à l’ouvre-gants et qu’ils sèchent en climat tempéré, suspendus à des pinces à linge. Les gants blancs du soir jaunirons moins vite si on les range dans une boîte, bien saupoudrés de talc.

Les souliers

N’achetez, ne commandez jamais une paire de souliers sans sa paire de formes, qui l’épouse exactement et qui lui restera strictement personnelle. C’est un mariage indissoluble. Remettez, dès qu’otés, vos souliers sur ces formes : dix minutes après, ce serait déjà trop tard. Il faut si j’ose dire, mettre les souliers sur formes encore chauds… Ne les ôtes jamais sans défaire les lacets. S’ils n’en comportent point, ne les mettez pas sans l’aide d’un chausse-pieds – avec votre doigts, par exemple ! Mouillez, faites-les sécher, sur formes, loin de tout centre de chaleur. Pour parfaire cette opération, placez-lez sur une barre, des supports spéciaux, ou tout simplement, alternativement, sur un côté et sur l’autre, pour que la semelle sèche rapidement. Enfin, ne les cirez jamais à vide, mais sur embauchoir ou sur vos pieds !

… lignes écrites il y a exactement 60ans. Finalement rien ne change beaucoup…

Belle semaine, Julien Scavini

La vraie élégance ne se remarque pas ?

Le début d’année est l’occasion de s’interroger sur l’expression vestimentaire et son côté ostentatoire ou pas. Avec un client, nous avons eu une conversation animée à propos de nos hommes politiques, la plupart foutrement vêtus. Lors de petites recherches sur le sujet pour Le Figaro, j’ai ainsi découvert qu’Emmanuel Macron avait abandonné Lagonda pour un nouveau faiseur plus bas de gamme. … Car ses conseillers en images lui ont dit que le trois boutons, c’est ringard. Dommage pour l’honorable tailleur parisien, spécialiste de cette ligne classique.

Au cours de cette conversation, nous nous sommes interrogés sur notre propre expression vestimentaire. Mon client cherche un style italien, fait d’épaules tombantes et de tissus clairs, mais pas féroces. Pour ma part, j’ai tendance à affectionner les costumes classiques, marine et gris. Suivant les règles de Stiff Collar, je cherche à respecter des règles anglaises assez sobres, à la limite, presque pour me faciliter la vie, mais sans jamais renier le plaisir de trouver le bon accord chemise – cravate.

Le vestiaire classique et les usages qui le régissent cherchent avant tout à rendre son porteur discret. Les grands élégants anglais nous ont appris que la vraie élégance ne se remarque pas. C’est sur le principe vrai. Dans les faits, il est heureux que le vrai élégant se remarque. Mais alors, par quels signes? Comme Hugo Jacomet l’a récemment très bien dit, la personnalité mesurée du gentleman est d’abord importante : un homme sujet aux sautes d’humeurs et aux colères n’est pas élégant. Le gentilhomme est mesuré, sobre même s’il aime parfois boire des p’tits coups.

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Ainsi, nous arrivâmes à la conclusion suivante, en nous appuyant sur l’exemple des politiques et de François Fillon en particulier. Ce dernier, s’il reste d’un classicisme salué de beaucoup d’élégants (et cela hors de toute notion politicienne) sait faire remarquer son goût : chaussettes colorées, cravates aux petits motifs rehaussés, vestes forestières savamment portées. Il le fait avec raffinement, mais sans que cela devienne ostentatoire. C’est au fond le pari quotidien des élégants, il faut pour s’en convaincre regarder le blog de Dirnelli, What I’m Wearing Today.

La conclusion donc fut la suivante : un gentleman élégant cherche à être discret mais pas neutre ! Rien de pire d’ailleurs que vouloir être trop commun. Rappelons que le mot commun se traduit en latin par vulgus qui a redonné le mot vulgaire. Il faut donc chercher toujours et encore ce difficile équilibre, qui s’acquière très vite si l’on suit les modèles classiques et s’affine perpétuellement, la mode ne faisant que remodeler les contours sans toucher au fond.

Soyons donc sur la même longueur d’onde en 2017, discret mais pas neutre !

D’ailleurs à ce petit jeu, il y en a un qui a très bien compris ce principe parmi les politiques, c’est Jean-Luc Mélanchon, qui avec ses petites vestes à collet se fait passer pour un petit père du peuple, discret sans être neutre… Un homme intelligent qui a compris le pouvoir du vêtement. Ils sont si rares…

Juste une chose pour finir. Il est possible de ne pas être discret tout en étant classique. Porter des vestes très italiennes, aux carreaux bariolés du genre Pitti Uomo ne fera pas de vous un homme discret. Vous serez remarqué dans le métro et parfois moqué. Je me suis confectionné une petite veste de cachemire rouge que j’adore mettre quand je voyage, car elle rehausse un chino beige ou bleu magnifiquement. C’est pas discret et les gens la remarquent : wahou, quand même, etc… Pourtant, il existe une quantité de messieurs et de dames qui portent des doudounes The North Face franchement rouge, et cela n’est remarqué par personne… alors je m’interroge 🙂

Belle année. Julien Scavini