Se faire remonter les bretelles !

Commandées au creux de l’été, elles sont arrivées ce matin : voici cinq paires de bretelles réalisées par les italiens de chez Victrix, spécialement pour mon magasin. Quatre sont en gros grain et une en élasthanne imprimée cachemire, toutes sont dépourvues de clips mais possèdent des œillets en cuirs. Le cuir est noir ou burgundy ou marine ou marron suivant le tissu. 90€.

Pantalons en laine automnaux

Cette semaine, intéressons-nous à une catégorie d’étoffes de laine, aux tissages anciens mais pourtant plus qu’idéals pour les pantalons : les dérivés de serges complexes, à savoir les whipcords, les cavalry twills, les Bedford cords et autres gabardines de laine. Je rappelle qu’il existe en textile classique pour homme deux grandes catégories de tissage : la toile et la serge (autrement appelée twill). Dans une toile, les fils se croisent à 90°, l’un sur l’autre. C’est simple. Dans une serge, les fils se croisent toujours à 90°, seulement les fils ne se superposent pas de manière linéaire, un sur deux, mais plutôt un sur trois etc… En découle un effet d’escalier, créant l’effet d’une diagonale à 45°.

Ces différentes matières en serges complexes étaient utilisées pour réaliser des culottes, le type court comme les knickers ou des pantalons plus longs (pendant sur le talon, d’après l’étymologie du nom).

Le cavalry twill est le plus connu. Son nom est hérité des culottes d’équitation qui étaient réalisées dans cette étoffe lourde et très endurante. Cette catégorie de serge est en effet – par sa construction – particulièrement indiqué pour les vêtements subissant une forte abrasion, comme c’est le cas entre le fessier et un siège. Le cavalry twill fait aussi apparaître des diagonales à 70°, mais celles-ci sont composées de petites échelles… Entre deux côtes, on peut ainsi distinguer de petits mailles horizontales.

Le whipcord présente de grosses côtes (plus ou moins fines suivant le tissage) allant dans une diagonale à 70° (et non à 45° comme une serge classique). Les whipcords sont souvent très beaux, surtout dans des coloris clairs, car des effets chinés apparaissent. C’était un grand classique de la maison Arnys l’hiver. Un aspect à la fois rustique et précieux.

Le Bedford est une étoffe particulièrement ancienne, qu’il est difficile de trouver maintenant. La maison espagnole Gorina m’en fournit de très lourds, aux alentours de 500gr (ce qui représente quand même le poids d’un manteau contemporain !). L’aspect est semblable à du velours côtelé, avec ses côtes verticales en relief. Un client m’a un jour montré un vieil ensemble du siècle dernier comprenant culotte de cheval et gilet croisé, le tout en bedford blanc, pour l’équitation. Superbe.

La gabardine – de laine – a une histoire plus compliquée. Souvent réalisée en coton, elle a donné son nom à un manteau en France : la gabardine. Mais c’est une ellipse linguistique. La gabardine est un type de tissage. A l’œil elle n’est pas facile à reconnaître d’une serge classique, mais ses diagonales sont plus penchées.

Ces matières sont donc idéales pour réaliser de beaux pantalons, chauds et endurants, idéals pour la mi-saison et même l’hiver. Nous verrons bientôt quels pantalons en coton pourrait s’y substituer. Un whipcord brun irait à merveille avec une veste en tweed, et le même en gris pourrait compléter aisément un blazer en flanelle. Voici une pièce versatile incontournable !

A.01 Layout _ LayoutLes tissus scannés proviennent de chez Holland & Sherry et Gorina. Bonne semaine, Julien Scavini

PS : je me suis enfin décidé à acheter le domaine STIFF COLLAR .COM à WordPress, ce qui débarrasse les bas de pages des publicités encombrantes ! Un grand pas !

Le col blanc

J’en vois de plus en plus dans le métro le matin : le col blanc reviendrait-il-en force ? Je me le demande. Si la chemise blanche semble tomber peu à peu aux oubliettes – et c’est bien dommage – le col blanc rattrape un peu cela, pour le moment. Étudions quelques instants le pourquoi du comment.

Si vous relisez un très ancien article du blog, ICI, vous retrouverez quelques éléments sur la spécificité des cols détachables. Ceux-ci étaient blancs, d’un blanc immaculé et brillant, permis par l’amidonnage. Au début de ce siècle et surtout dans les années 20 et 30, la mode était aux chemises rayées et très colorées. Parfois trop pour le goût de nos jours. La rayure bleue – parfois horizontale – était un grand classique, et cela dans de multiples couches de la société. Les chemises sans cols que l’on peut appeler tunique possèdent un petit pied de col, similaire à un col officier. Sur celui-ci était fixé le col dur par l’intermédiaire de deux petites brides métalliques ornées. Et seules les plus hautes couches de la société en mettaient un. Son entretien était couteux. Le simple ouvrier se contentait de sa tunique (que l’on a plus tard appelé à col mao, peut-être une référence communiste ou socialiste?, qui s’apparente de nos jours à quelque chose de décontracté, donc de populaire…?).

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Il y a bien eu une mode temporaire pour le poignet amidonné séparé, mais elle fut très courte. Si bien que sur les vieilles chemises, les poignets sont quasiment toujours du même tissu que le corps. Seul le pied de col et donc le col séparé sont blancs. Je ne saurais dire à quelle époque est apparue véritablement la mode du poignet blanc en complément du col blanc. Une chose est sûre, les années 80 ont consacré cela !

De nos jours, vous avez le choix. Soit le col et les poignets blancs, soit le col seulement en blanc. J’opte assez souvent pour cette dernière variante que je trouve plus discrète, en un mot plus raffiné. J’utilise en complément des poignets simples à boutons de manchette, et non des poignets mousquetaire, que je trouve trop volumineux. Question de goût, absolument ! Du reste, le poignet mousquetaire est pas mal en blanc avec un col blanc.

Enfin, notons que dans tous les cas, le col blanc doit compléter un tissu plutôt rayé – pourquoi pas uni, mais l’effet est moins net – où une couleur autre que le blanc doit dominer. Les rayures un peu épaisses sont ainsi plus indiquées que les rayures fines, à moins qu’elles ne soient très rapprochées. Je rajouterais aussi que le col blanc ne se porte pas avec des souliers marrons. Ce serait un contre-sens absolument. Le port du col blanc étant un signe distinctif de l’élite, mélanger cela avec une chaussure d’un cuir sport serait passablement bizarre…

A vous de choisir ! Bonne semaine, Julien Scavini

L’épaule Cifonelli par le menu

Un lecteur m’écrivait récemment pour obtenir des détails sur l’épaule Cifonelli. Je ne savais comment lui répondre, n’étant pas vraiment un expert du sujet. Et puis Parisian Gentleman nous a offert le privilège d’une petite soirée chez Cifonelli, entre gentlemen pour fêter la sortie du livre sur les dandys. L’occasion de discuter longtemps avec Lorenzo C. de ce sujet précis, et d’en revenir avec des informations précises.

Donc pour re-commencer  sur le sujet, remarquons premièrement que l’épaule Cifonelli est caractérisée surtout par sa manche montée avec beaucoup de volume. Certains aiment, d’autres pas, mais c’est un trait caractéristique de la maison.

Ce n’est donc pas vraiment une épaule à l’italienne ou à la napolitaine, en ce sens qu’elle n’est pas naturelle ; c’est une construction complexe, baroque de la tête de manche. C’est italien dans le sens que le style est un peu outré.

Plusieurs informations. Premièrement la toile tailleur intérieure – qui est reprise par très peu d’épaulette – est fortement travaillée sur la clavicule, pour plaquer bien le creux de l’épaule. Ce travail est similaire à celui de tous les autres tailleurs (mais il est simplement plus poussé, et réalisé curieusement après la mise sur toile (pour les puristes du sujet)).

Ensuite, question volume, un premier est généré dans le dos, à l’omoplate, en rentrant artificiellement du tissu (ce trop plein de tissu est appelé ’embu’) à la couture d’épaule. Concrètement, à la coupe, l’épaule dos est plus longue de 3cm que l’épaule devant. En forçant la laine, ce tissu ‘se rentre’ et crée comme un volume dans le haut du dos. En réponse, l’épaule ‘tourne’ vers l’avant. Cette épaule vers l’avant est renforcée par l’extrême étroitesse du devant(A). Ce travail est également réalisé par tous les tailleurs y compris les belles façons italiennes, mais dans une moindre mesure. Schéma de l’épaule :

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Question volume toujours, la circonférence de la manche est supérieure en moyenne de 7cm de la circonférence de l’emmanchure. Alors comment coudre un truc plus grand sur un plus petit? Encore une fois, en rentrant l’embu (= le trop plein de tissu). Cet(cette?) embu se ‘repousse’ en deux temps : d’abord on bâtit au fil blanc, en créant des plis, que l’on résorbe ensuite par repassage successif, au fer chaud et à la vapeur. La laine ‘se rentre’, l’embu disparait. Les autres tailleurs rentrent plutôt 5 à 6cm d’embu, donc Cifonelli en met un peu plus.

Le chiffre miracle est donc 10 ! 7cm d’embu en tête de manche et 3cm d’embu à la couture d’épaule. Schéma de la tête de manche :

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Ensuite, toujours à la tête de manche, le volume est donné par (pour expliciter plus simplement, on pourrait dire : le trop plein de tissu est domestiqué par) la présence d’une double cigarette. Ce sont des morceaux de tissu (toile tailleur + ouate) coupés en biais. Pris dans la couture, ces couches refusent de se faire écraser au fer (elles ont du ‘ressort’) et forcent dont le tissu à gonfler.

Je vous passe enfin des détails très technique comme l’ouverture de la couture de tête de manche ou le renfort de l’emmanchure grâce à de petites bandes de doublures en biais.

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Retenez une chose. Le travail mené par Cifonelli est similaire à celui des autres tailleurs. Seulement ici, la technique est poussée dans ses retranchements. Il en résulte une ligne caractéristique, si chère aux amateurs de la Maison ! Et inutile demander à d’autres maisons de vous réaliser cela. Si vous voulez du Cifonelli, c’est là bas qu’il faudra se rendre 😉

Cravates ‘Ancient Madder’ à la boutique

Bonsoir chers lecteurs,

comme souvent annoncé mais toujours reculé, les cravates en soie imprimée ‘ancient madder’ sont arrivées. Fabriquées par une grande maison à Milan, elles sont finement entoilées, et toujours proposées à 90€. Seulement 14 pièces disponibles (un début, je teste). Je vous laisse apprécier cela.

PS : mon article du jour sera publié ce soir !

Le blazer pour les quatre saisons

 Je voyais la semaine dernière un bon client pour réfléchir à l’évolution de sa garde robe et quel chantier mettre en route. Ne portant pas beaucoup de costumes, les réflexions que nous menons tournent le plus souvent autour de vestes seules. Mais détail important, des vestes pas trop sport, donc plutôt discrètes, évitant les grands carreaux et autres écossais, presque une gageure.

Nous regardions un magnifique tissu violet foncé dans une belle liasse de cachemire peau de pêche. Puis en tournant les échantillons, nous avons aboutis sur un beau bleu marine. Superbe. Seulement lui dis-je, « nous avons déjà fait un blazer, souvenez vous, dans un natté un peu épais ». « Et alors » me rétorquât-il ? « Au fond, on peut avoir un blazer par saison… »

Je n’y avais jamais vraiment pensé, mais la remarque a du sens. Cette veste – qui fait l’objet d’un article que j’ai écrit pour Monsieur ce mois-ci – est assez versatile. Pratique en beaucoup de circonstances, elle est parfaitement urbaine grâce à une tonalité sombre et discrète. Les boutons dorés ne sont pas obligatoires, bien qu’un jeu de boutons un peu différent de celui du costume soit toujours préférable.

Donc un blazer pour chaque saison ? Alors il est sûr que ce beau cachemire bleu marine était idéal pour l’hiver. Chaud et moelleux.

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Quelles matières pourrait-on alors conseiller suivant la saison ?

  • Hiver > une grosse flanelle ou un épais cachemire en trois boutons
  • Printemps >  un natté à gros grain, un peu chaud et mais non doublé, en deux boutons
  • Eté > une toile aérifère de laine froide, non doublée, en deux boutons
  • Automne, une serge à peine peignée, pas trop épaisse en trois boutons

Vous complétez cela à chaque moment de l’année avec deux ou trois pantalons appropriés, gris, beige ou de couleur ; en laine froide l’été, coton gratté à l’automne, velours en hiver sans oublier la flanelle et l’affaire est dans le sac ! Le bleu va avec tout, que ce soit une harmonie à l’anglaise en association du gris ou une palette à l’italienne avec les marrons.

Et l’avantage : un même bleu marine, très classique dans les liasses des drapiers, peut se présenter sous une infinité de finitions et tissages : toile ou twill, sec ou flanellé, fin ou épais, laine ou soie ou cachemire etc… Ou comment à partir d’une même pièce diversifier sa penderie en gardant de la cohérence tout au long de l’année !