Gatsby Le Magnifique, Part. 1

J’ai pris goût à décortiquer scènes après scènes les films élégants, depuis Titanic pendant le confinement. Mais quel travail toutefois ! Avec un client récemment, nous parlions de Gatsby Le Magnifique. Pas le film récent avec Léonardo DiCaprio. Non. Mais celui de 1974, réalisé par Jack Clayton, sur un scénario adapté par Francis Ford Coppola, avec comme acteur principal, Robert Redford. Quel film ! Je l’ai vu il y a longtemps, et j’en avais gardé un souvenir douçâtre. Beau certes, mais triste, mélancolique, en un mot difficile. Certes le roman de F. Scott Fitzgerald narre une fête permanente, la joie des années folles. Mais l’intrigue et le fond de l’histoire sont sombres et amers. Ce n’est pas tellement un film à regarder à la légère, à la différence du dernier opus, bien plus tapageur. Là, nous sommes dans l’introspection, l’exploration des mentalités de la haute société et son désœuvrement. Et dans l’amour surtout. Des uns pour les autres, et … des belles choses ! Une apothéose visuelle. Attention, j’ai pris une centaine de clichés haute définition. Alors attachez vos ceintures. Je vais distiller cet article en deux épisodes.

Évidemment, la question que tout le monde a sur les lèvres d’abord. Et Ralph Lauren ? Oui, oui, Ralph Lauren a bien réalisé les costumes masculins. Il est d’ailleurs dûment crédité au générique, voyez ci-dessous. Il faut mentionner que la costumière « en chef » Theoni V. Aldredge a reçu un Oscar de la meilleure création de costumes. L’intitulé du générique laisse penser que Ralph Lauren a pensé les costumes également, comme le suggère la mention « by » alors que pour les femmes, « wardrobe et hats », il est écrit « executed » laissant penser alors à une simple exécution sur commande.


Rappelons qu’en 1974, Ralph Lauren était tout jeune. J’avais fait sa biographie ici. « 1970 marque le début de la consécration, lorsque le grand magasin Bloomingdale’s propose à Ralph Lauren d’ouvrir son propre corner, une première ! […] En 1971, à l’occasion du lancement d’une collection de chemisiers pour femme est introduit la broderie devenue célèbre, le petit joueur de polo, à l’époque placé sur les poignets. En même temps est ouverte sa première grande boutique en propre, sur Rodéo Drive à Beverly Hills. » Donc presque au moment où doit débuter la pré-production du film. Une aubaine en terme d’image de marque !

Son esthétique colle parfaitement au film, voyez ces initiales blasonnées sur les accessoires du film.

Démarrons, par le générique, qui pose le décor, avec envie. La maison, imitation du Trianon de Versailles, a été construit en 1909 par la famille Oelrich. Elle se situe à Newport, Rhode Island. Plus précisément au 548, avenue Bellevue, Rosecliff.

Passons en revue maintenant les personnes. Commençons par Bruce Dern, jouant Tom Buchanan. Personnage patibulaire. Le diaporama vous permet de faire défiler les photos. D’abord son costume d’apparence gris, dont on découvre qu’il est en pieds-de-poule noir et blanc. La chemise semble rayée de vert. Je regarde avec plaisir son blazer croisé 8×4, très old-school. Son col de chemise arrondi est toujours attaché d’une épingle en or. Dans les dernières scènes, avec le costume gris perle uni, c’est la cravate qui passe en pieds-de-poule. A la toute fin du film, son manteau croisé présente un col de velours. Prêtez attention à sa robe de chambre, sublime avec ses motifs « paisley« .

Passons ensuite à Gatsby, joué par Robert Redford. Personnage énigmatique, il apparait doucement dans le film. J’ai d’abord remarqué le gilet du smoking, réalisé dans une soie jaquard, avec une texture donc. Intéressant.

Passons ensuite à la première scène en costume plus simple. Enfin simple… sublime rayure, cravate aux discrets motifs, pour un ensemble noir et blanc rutilant. Comme l’automobile !

Arrêtons-nous un instant sur l’automobile. Je l’avais dessiné il y a longtemps. Un amateur éclairé de mes clients, et amis, m’avait juré qu’il s’agissait d’une Duesenberg d’Indianapolis. Je pense cela assez logique. Plus américain. Pourtant, dans le film, c’est bien une Rolls-Royce. J’ai perdu un pari sur cette affaire.

Passons ensuite au costume crème. Ralph Lauren semble avoir sélectionné de la flanelle. Ou un mélange lourd avec de la soie. Lin et soie probablement, avec peu de froissage. Le personnage a chaud, le film donne chaud. Son atmosphère déliquescente passe merveilleusement à travers les visages de sueur des acteurs. Quelle grande allure tout de même ! Le gilet croisé est coupé sans « trapèze » des boutons, ceux-ci sont parallèles.

Puis vient le célèbre moment où les sublimes chemises aux tons pastels virevoltent dans les airs. Quel charme. Quelle fantaisie aussi, au fond. Je regrette que les cols, toutefois, soient attachés. L’époque était encore aux cols durs, les « stiff collars ».

Quelques autres scènes nous présentent un Gatsby plus simple. J’aime beaucoup le pantalon de lin blanc rayé marine. Mais la ceinture en cuir blanc me laisse songeur.

Dans une scène, Gatsby semble porter une veste en velours à col châle. Tout simple, sans effet ni tapage.

A la différence de ce costume rose, « quintessential » disent les anglais. Oui, une apothéose. Pas facile à porter toutefois de nos jours. Avec la cravate grise, modératrice, l’écueil de faire trop est évité.

A la fin du film, je note avec envie cette sortie-de-bain, on dit aussi peignoir, gansée d’une tresse bi-colore et aux initiales brodées. Superbement chic !

Arrêtons nous un petit instant sur les queues-de-pie. Les années 20 sont encore assez reculées. La queue-de-pie n’a trouvé sa norme finale, telle que nous la connaissons, que dans les années 30, voire 50 où elle est devenue très normée. Le film devrait donc montrer des queues-de-pie encore un peu 1890, avec des trottoirs, c’est à dire des revers en deux parties, satin + tissu. Les revers pourraient être très ronds sur certaines. Les bas de manche parfois avec un galon horizontal, etc. Pourtant, il n’est est rien. Elles sont, comme dans Titanic, très standardisées. D’ailleurs Gatsby a la même que Nick, pourtant bien moins riche. Les pantalons ne montent pas assez haut, et les gilets sont trop bas. Cela manque de quelque chose. Raph Lauren a du s’en rendre compte et pour donner du relief, il a affublé les personnages de chemises curieuses … avec un plissé, typiquement post seconde-guerre mondiale. Voire années 70. D’ailleurs, les chemises ne semblent pas à col cassé. Tout cela est une touche artificiel.

Le gilet de Gatsby semble en jaquard de soie là encore, un peu façon peau de requin. Amusant. Le personnage de Nick a peut-être l’ensemble le plus classique, chemise à plastron dur et col bien haut, gilet simple.

Pour finir ce soir, quelques vues générales du film. Une splendeur qui fait très vite oublier des minuscules défauts. Qui n’en sont pas d’ailleurs. 1- Amusante veste de régate. 2- Exquis panorama au golf. 3 & 4- l’agent de change avec son « stroller », l’équivalent plus simple de la jaquette, mais à veste rayée (ce sont des américains, ils ne savent pas les pauvres). 5- le bureau de Nick à New-York. 6- Le grand escalier, cette contre-plongée, quel plan ! 7- Petit cours d’escrime ; l’arbitre est d’une grand dignité. 8 & 9 – notre belle petite assemblée aux tons pastels.

Et pour finir, ce plan. Quel plan ! Une vraie publicité. Il en a eu de la chance Ralph Lauren d’être tombé sur un si gros coup de pub !

On se revoit la semaine prochaine, pour continuer l’épluchage de film, et surtout découvrir la sublime garde-robe, la meilleure peut-être, celle de Nick Carraway joué par le talentueux Sam Waterston.

Bonne semaine, Julien Scavini

Le costume en velours côtelé

Il faut toujours rester à l’affut des tendances, et sans cesse continuer à regarder ce qui se fait. Mais pas n’importe où. Vous pensiez que j’allais vous parler de H&M ? Non. Quoiqu’au fond, c’est peut-être l’occasion pour moi là d’aller voir ce qu’ils produisent pour l’homme ? Blague à part, la bonne maison que je suis allé voir est Drake’s. Leur site internet. La présentation de la nouvelle collection, façon photos de studio est très sympa.

Dès la première page, j’ai été arrêté par ces trois personnages, habillés de costumes de velours légèrement (beaucoup ?) oversize. La première idée que j’ai eue, est que cela fait un peu copie des anciennes collections Ralph Lauren « Rugby ». Mais au fond, les bonnes maisons se ré-inventent dans les mêmes codes, donc, ce n’est pas grave. J’ai avancé. Et ces costumes en velours, à épaules napolitaines et pantalons à larges pinces sont revenus plusieurs fois.


Je suis resté un peu interrogatif face à ces vêtements. Qu’en penser ? A priori pas grand-chose au début, à part, « mais qui met ça ? » Le costume de velours n’est pas simple à porter. Il me rappelle les années 70 et quelques épisodes de Columbo. Là en plus, taillé grand, il ne se rend pas plus simple.

Et puis, un client m’ayant apporté le dernier numéro de The Rake, je me suis empressé de le feuilleter plus que de lire. Y est publiée une photo de Nick Foulkes posant avec ses deux fils. Le chroniqueur des élégances est habillé d’un costume de velours vieux rose. Avec une dégaine genre «  je suis de la haute et pas vous vil manant ». Mais qu’importe. Ce costume de velours me poursuit. Et j’avais ainsi une réponse à ma question, mais qui porte ça !



Le costume en velours n’est en pas tout à fait un dans mon esprit. Le costume renvoie à une notion de travail et d’urbanité. A la différence du dépareillé dont la veste sport se prête à la décontraction du week-end et de la campagne. Le velours se classe dans cette seconde catégorie pour moi. C’est une étoffe molle, aux couleurs souvent proches de la terre, et synonyme de robustes vêtements d’usage.

Associer le costume et le velours, c’est donc prendre une sorte de licence, un droit d’outrepasser les convenances. Dans quel but ? Brouiller les codes bien sûr, et s’en amuser. Ce faisait, le velours impose au costume une décontraction et le désinhibe un peu. Le costume, vêtement normé habituellement si conventionnel, se drape dans la mollesse, avec une infime touche de laisser-aller.

Le costume en velours, c’est celui du châtelain. Esprit rustique mais digne tenue. Évidemment, Arnys était coutumier de cela. Et vendait donc saisons après saisons des costumes en velours. Un ancien de leurs clients m’en a commandé un il y a quelques temps. Au début bien sûr, je ne voulais pas le faire. A chaque fois que je travaille le coton en veste, je marche sur des œufs. La matière est chiante, il n’y a pas d’autre mot. Là toutefois, j’ai trouvé le velours côtelé de Loro Piana. Un poids un peu correct, et surtout un gramme d’élasthanne pour améliorer le tomber. Nous nous sommes jetés à l’eau avec l’honorable client.

Et le fait est que ce costume de velours – marine – fut formidable. J’en garde un excellent souvenir, je le trouvais superbe.

Mais je ne dois pas être assez libre dans ma tête pour lui, continuant de trouver l’association curieuse et en tout cas, pas pour moi. Un costume en velours, quelle idée ?!

Toutefois, c’est tentant. Le fait de le voir chez Drake’s, le fait de le voir sur Nick Foulkes, plus le souvenir de cet élégant modèle que j’ai réalisé, tout cela finit par me tenter à défaut de totalement me convaincre. Cette décontraction m’intéresse, tout en restant au fond, très sage. Nous ne sommes pas en train de parler d’un jean-basket.

Il est peut-être là le nœud de l’affaire. Le costume en velours, c’est un peu l’ensemble en jogging, mais chic. Le relâchement du coton, sa douceur, sa souplesse. Dans des lignes classiques faites pour rassurer et maintenir. Je me convaincs petit à petit du plaisir du costume de velours. Un ordinaire qui ne l’est pas trop. Une facilité sympathique et presque passe partout.

Finalement, ce costume en velours côtelé m’intéresse. Il faudrait que j’essaye. Oui. Avec une paire de mocassin à pompons, c’est l’apothéose du chic bohème. (Surtout en vieux rose). Toutefois, je garderai plutôt le richelieu bien lacé, moi. Et le marine probablement. Décidément, je ne suis pas assez libre dans ma tête !



Bonne semaine, Julien Scavini

Le costume, une religion?

Cela fait bien longtemps, en étudiant l’histoire, et en observant le présent, que je ne me fais guère d’illusion sur la durée d’usage du costume, ce vêtement unique, si élégant, et dans un certain sens si pratique. Le patron France d’un drapier bien connu me disait tabler sur une bonne vingtaine d’années encore. « Vingt années véritable boulevard pour les tailleurs » rajoutait-il, durant lesquelles le marché du prêt-à-porter allait continuer sa « consolidation », comprenez son attrition, et les tailleurs prendre une solide emprise sur cette élégante niche. Le terme niche n’est pas forcément joli. C’est celle du chien. En architecture classique heureusement, c’est souvent une cavité élégante toutefois.

Pour les clients, de plus en plus rares à porter quotidiennement le costume, le besoin de qualité va croissant. Le costume plus que jamais est un achat réfléchi, ordonné dans le temps. Une dépense qui compte et intéresse au plus haut point, parfois même avec l’aval de madame, comme une voiture. Pour les tailleurs essayant de faire ce travail avec conscience, c’est un bonheur. Il est évident que tout commerçant préfère cent fois discuter avec des amateurs éclairés. La relation commerciale n’en est que meilleure. L’objet réalisé est porteur d’un supplément d’âme. Qui s’appelle l’envie.

Pour revenir à mon propos initial sur la durée de vie du costume, j’étais assez d’accord avec ce drapier. Sortez de Paris, de La Défense, sortez de quelques hyper-centres régionaux (Bordeaux, Lyon, Lille, Strasbourg, Rennes et Nantes ?) et le costume est bien rare. Je ne peux pas dire que chez moi à Bayonne il y ait beaucoup de costumes visibles. A la mairie peut-être ? Quelques directeurs ça et là. Aux guichets des banques ?

Les mariages soutiennent encore bien le marché. Ainsi n’étais-je pas étonner lorsqu’au cours d’une visite cet été à la grande galerie marchande Carrefour d’Anglet, le magasin « Father and sons » mettait en avant une immense vitrine composée de costumes divers, avec en slogan « un été de mariages ». Un ballon d’oxygène impératif. Un cas pas typiquement français. En 2016, l’anglais Austin Reed, tailleur de Churchill, annoncait la fermeture immédiate de ses 120 boutiques et la suppression de 1000 postes. Ce printemps, TM Lewin annonçait lui fermer ses 66 boutiques d’un coup, coupant 770 emplois pour ne conserver que le marché online. Et aux Etats-Unis, Brooks Brothers s’est placé sous la protection des juges, faute à un marché du « tailoring » déboussolé. Les gens ne s’habillent plus.

Évidemment, le tableau est bien sombre. Pourquoi d’ailleurs en emplir les colonnes de StiffCollar, un blog plutôt heureux du classique costume ?

Pour remercier ceux qui, jour après jour, continuent de porter avec plaisir le costume. Ou à tout le moins, des ensembles dépareillés composés d’une veste et de pantalons « sartoriales ». Un client me disait récemment, jeune avocat, ne plus du tout être obligé, en télé-travail et même au cabinet, de porter le complet. Cela toutefois lui faisait plaisir, en complément de quelques vestes à la lisière du blouson.

Finalement, s’annoncer chaque matin au monde dans une si élégante tenue, c’est témoigner. C’est montrer que l’on croit en cette digne ordonnance. Un plaisir pour soi, et une générosité pour les autres, ceux qui voient. Un peu comme en architecture. Il y a ceux qui vivent DANS le bâtiment. Qui veulent de la commodité. Et il y a ceux qui vivent EN FACE du bâtiment, et qui aimeraient voir un peu autre chose que du béton brut.

Le vêtement tailleur est un ornement, une beauté pour le corps. J’irais même plus loin pour finir. Le vêtement tailleur est finalement, et peut-être, une sorte de religion. Chaque porteur du costume est en fait porteur d’une bonne parole. Qu’en pensez-vous? C’est pas plus mal de se croire faisant parti d’un peuple élu n’est-il pas? Je dis cela avec une pointe d’amusement et d’ironie. Le fait est qu’il faut chérir cette petite touche de différence qu’apporte le costume. Il faut avoir conscience de la bonne valeur de ce dernier et de son importance, plus que formelle, mentale.

Vous allez me dire, de quelle bonne parole le costume serait le marqueur? Et bien que la beauté compte un peu encore. Que l’harmonie aussi, et le charme peut-être. Et qu’à travers cet habit supérieur, une lutte contre l’ordinaire s’engage. Tout un débat. Bonne réflexion sur le sujet !

Bonne rentrée et portez vous bien !

Bonne semaine, Julien Scavini

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Question aux lecteurs suisses. Ou de la proche frontière française. A la demande de quelques clients, je pense venir faire un saut à Genève, probablement deux jours fin novembre, le 23/24 par exemple. Au cours de ce trunk-show, je serai en mesure de proposer mon service de demi-mesure. Avec un retour pour essayages en janvier. Y aurait-il des intéressés ? Faites tourner l’idée autour de vous.

Écrivez moi > tailleur@scavini.fr pour vous inscrire.

Nouvelle grille tarifaire

Chers lecteurs, chers amis,

j’évite autant que faire se peut de parler de mon activité commerciale sur le blog, préférant toujours garder Stiff Collar à l’abri des vicissitudes de l’économie. Pour ne parler que d’élégance, et rester un peu en retrait du monde « ordinaire ». Ce sera donc un rare billet concernant mon activité « mesure ».

Depuis mon installation en 2011, les affaires se sont développées à un rythme agréable et les projets se sont bien enchainés. Il y a quelques années maintenant, j’ai eu l’idée de lancer une division dédiée aux pantalons, en prêt-à-porter. L’idée était de palier la double difficulté, 1- de l’offre existante en confection, et 2- de vendre des pantalons en mesure. Je suis très content, car avec le temps, mon petit bateau a bien grossi et « Les Pantalons Scavini » sont maintenant bien installés dans le paysage, de Paris et ailleurs, puisque ma ligne est même vendue dans une boutique de Peeble Beach en Californie. Sympathique reconnaissance d’un travail de persévérance, tout en simplicité.

Reconnaissance aussi d’un site internet bien conçu puisque les mois de confinements furent l’occasion d’excellents résultats, au dessus des attentes. L’envie était là pour de bons produits, (de beaux produits?), vendus à un prix que j’essaye le plus serré possible compte tenue des tissus achetés. J’ai tellement de plaisir chaque saison à sélectionner les étoffes à droite et à gauche. Pour sortir un peu des éternels chinos de coton et pantalons gris. Je vous en parlerai bientôt, du « comment ça marche ».

Parallèlement, l’activité mesure n’a jamais cessé de croitre, et c’est un plaisir de pouvoir chaque jour répondre aux envies de costumes, de vestes et de manteaux, d’élégants d’horizons divers. Que ce soit pour les mariages, ou pour le travail, je suis heureux de pouvoir trouver, avec Raphaël et Quentin, mes collaborateurs, les justes réponses, au calme de salons jamais trop débordés.

Les bons résultats là encore m’ont permis peu à peu d’avoir les coudés un peu plus franches, d’abord sur mes cahiers des charges, pour qu’un costume Scavini ressemble à un costume Scavini, dans ses détails, sa finesse et son esprit général. Ce n’est pas simple à partir d’outils industriels d’obtenir sa propre marque de fabrique, sa propre délicatesse.

La vivacité du marché, permise par un abaissement de la qualité du prêt-à-porter, a porté de plus en plus d’élégants à franchir la porte, intimidante, de ma boutique de tailleur. Et plus j’ai produit de costumes, plus je me suis amélioré. C’est par la répétition que l’on apprend et que l’on se forge une idée plus précise de la manière de travailler les bases et de comprendre les différentes psychologies.

L’augmentation des volumes dernièrement m’a permis de négocier un accord commercial intéressant avec mes deux principaux drapiers, Loro Piana et surtout Holland & Sherry. De ces bonnes pratiques commerciales, j’ai pu tirer une nouvelle grille tarifaire pour la mesure, pour toujours et encore, faire plaisir à mes clients, peut-être à vous, et aussi un peu à moi. Quel plaisir quotidien en effet de pouvoir sortir de beaux costumes. Tout simplement.

FIG258

J’ai également introduit une nouvelle manière de construire les vestes, la méthode traditionnelle semi-entoilée. Oui, je sais, ce fameux thermocollage partiel de l’intérieur des vestes. Pendant longtemps je ne voulais pas en faire. Mais je me suis laissé convaincre par ses progrès. Dans le cadre d’une utilisation normale, la vieillissement est généralement inférieur au vieillissement du tissu lui-même… Si je crois toujours au bienfait de l’entoilé intégral, souple et fluide, je sais aussi que le semi-entoilage permet un gain de temps et d’argent.

Considérant l’entoilage total comme très beau, je suis content de pouvoir proposer aussi et tout simplement, du beau, un peu moins onéreux, pour diverses occasions, et le plaisir de toutes les bourses. Car avec cette méthode, je suis en mesure de proposer des vestes 100% laine dès 550€  et des costumes 100% laine dès 700€. Il y a toujours moins cher, c’est certain, mais le plaisir d’un rendez personnalisé et exclusif, dans un joli salon, ne peut pas être totalement bradé. J’arrive même à 740€ le manteau 100% laine Loro Piana. Pour l’hiver, quoi de mieux par rapport au prêt-à-porter? Une belle fripe peut-être, mais le Vestiaire du Renard a fermé hélas.

En montage semi-entoilé, et grâce à la bonne volonté de Loro Piana et Holland & Sherry, je suis aussi content de pouvoir proposer des costumes dans les 800/850€, en super 150’s ou en laine lourde et même flanelle. Et ça en prenant toujours le temps durant la prise de mesure, pour trouver le « fit » qui convient. Combien de clients heureux ai-je pu avoir, trouvant incroyable le confort après d’autres expériences désastreuses dans de grandes chaines de demi-mesure ! Et oui, donner suffisamment de cuisse à celui qui en veut, ou une taille bien pincée à tel autre ne s’improvise pas, et demande un peu de temps et de calme.

En entoilé total, le tarif évolue un peu à la baisse avec Loro Piana et Holland & Sherry, donnant des costumes vers 1000€. Avec un tarif de base à 863€ sur quelques lainages Vitale Barberis toujours en stock.

En bref, je suis content d’avoir pu serrer mes tarifs, pour toujours et encore trouver l’élégante réponse aux recherches les plus diverses. Sans perdre de vue que la Grande-Mesure est toujours et plus que jamais disponible pour les plus précis. Dans ma boutique, j’essaye toujours de proposer du très très beau, du très beau, et maintenant du beau ! Les prix sont par là : http://www.scavini.fr/scavini-tailleur-tarifs.htm

Merci de m’avoir lu. Je vous souhaite une excellente rentrée, placée sous le sceau du courage et de la persévérance. La grippe de Wuhan (elle est plus charmante appelée ainsi, personne n’en veut aux espagnols pour la grippe espagnole!) sera un jour un mauvais souvenir. Serrons les dents, serrons les rangs et faisons au mieux. Portez-vous bien. Et soyez élégants !

Bonne semaine, Julien Scavini

 

Petit concours, résultats

Chers lecteurs, merci pour vos participations et bons échos. Ce fut un plaisir! J’en re-ferai peut-être plus souvent de ces petits concours.

La bonne réponse était donc :

  • Marque : Bentley
  • Modèle : Type R
  • Années : 1952 – 1955

Quelques infos et bonnes photos ici : https://en.wikipedia.org/wiki/Bentley_R_Type

Pourquoi Bentley par rapport à Rolls-Royce? Car la grille du radiateur présente un dessus arrondi, en non en forme de temple grec triangulaire comme chez RR. J’avais par ailleurs dessiné un B ailé et non la figure de Spirit of Ecstasy. Mais je vous le concède, ce détail était petit. Ce n’était donc pas la soeur jumelle, Rolls-Royce Silver Dawn.

Ensuite, j’ai bien conscience que la Bentley type R n’est qu’une amélioration de la Bentley mark VI d’avant-guerre. Leurs avants sont strictement identiques, à quelques détails minimes près… La différence se situe au niveau de la malle arrière, considérablement allongée et que l’on aperçoit peu sur mon dessin. Il fallait donc y aller au pif. Comme je n’aime pas la Bentley mark VI avec son coffre un peu trop court, j’ai préféré dessiner la seconde version, allongée.

Enfin, je me suis contenté de dessiner la version standard saloon, la caisse standard d’usine. Je n’allais tout de même pas vous interroger sur une version spéciale 😉

Et ce n’était pas une Citroën Traction Avant, véhicule bien plus bas que la grande anglaise.

J’ai trié les bonnes réponses, et envoyé un mail à ceux-ci.

Enfin, après tirage au sort, le gagnant n°1 est :

Ramy Menhem

Vous gagnez 100€ de remise sur un costume 2pcs ou une veste mesure, à réaliser avant le 30 octobre 2020.

 

Et le gagnant n°2 est :

raskolnik59

Vous gagnez une cravate 7 plis de ma petite collection à choisir avant le 30 octobre 2020.

 

Bonne fin d’été. Julien Scavini

Petit concours

Hello les amis,

petit concours amusant au cœur de l’été.

Voici le dessin d’une voiture noire aux pneus à flancs blancs.

Il va falloir trouver la marque + le modèle + années de production.

Attention, dans cette marque, deux modèles peuvent avoir presque le même dessin, il y a un petit piège. Il va dont falloir y aller un petit peu au pif pour choisir lequel des deux modèles j’ai dessiné.

Donnez votre réponse en commentaire. Nous sommes mardi 11. Samedi 15 août à 20h, j’arrête et je lirai les réponses. Parmi les bonnes réponses, je tirerai au sort le nom du vainqueur. Et un second.

Le vainqueur gagne 100€ de remise sur un costume 2pcs ou une veste mesure, à réaliser avant le 30 octobre 2020.

Le second gagne une cravate 7 plis de ma petite collection à choisir avant le 30 octobre 2020.

 

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A vos marques, prêt, partez !

Meurtre au soleil 2

Ce soir suite et fin du long article sur Meurtre au soleil, film britannique réalisé par Guy Hamilton et sorti en 1982.

Un peu de musique d’abord.

 

Étudions les smoking pour commencer. La panoplie est variée, il y en a pour tous les goûts et tous les styles. Le beau Nicholas Clay alias Patrick Redfern porte un modèle croisé à col châle, ivoire, du meilleur style. Denis Quilley en Kenneth Marshall fait simple avec un croisé à col pointes noir.

Les trois autres protagonistes portent des smoking droits. En plus, le producteur de théâtre porte un gilet d’habit, droit et échancré alors qu’Horace Blatt porte un gilet croisé. Et bien pourquoi pas. Je le fais pour un client en ce moment, ce sera superbe! Ces deux messieurs portent le gilet blanc, probablement en coton piqué, à la mode des années 1910. Le gilet noir avec le smoking s’est un peu plus ancré dans les années 30, avant le remplacement des gilets par la ceinture plissée après la seconde guerre. Leurs cols cassés sont un petit peu haut et curieux, une déformation années 70. Le journaliste Rex Brewster porte un smoking à veste blanche. Logique sous les tropiques. Le col de chemise normal et le gilet blanc à boutons noirs apportent une touche de fantaisie un peu anachronique, peut-être plus années 60, mais au fond, cela n’est grave, car ainsi le tableau est bien panaché et équilibré. La composition du plan est belle.

C’est à cela que le film est grand par ses costumes. Sans s’enfermer trop dans une époque, le chef costumier Anthony Powell permet au réalisateur de brosser de vrais tableaux, équilibrés, aux motifs variés. Tout en donnant par le vêtement une profondeur aux caractères. Les tenues reflètent les personnalités, c’est très fort.

Evil Under the sun 1981 tuxedo 2

 

Petit saut de puce sur le personnel, élégant et chic. Les serveurs en spencer blanc et les grooms en gilet de service rayé. Des gilets à manches, comme cela se faisait pour le personnel de maison. Nestor dans Tintin porte des gilets à manche. Je me suis toujours demandé si c’est confortable, la construction n’étant pas celle d’une veste.

Evil Under the sun 1981 groom and waiter 1

Evil Under the sun 1981 groom and waiter 2

 

Repassons à Nicholas Clay en Patrick Redfern. Au fond c’est le beau-gosse utile du film et le fantasme au cœur de l’affaire d’Agatha Christie. Du coup, en dehors de son smoking blanc et de ce costume gris bleuté, il est le plus souvent seulement en slip de bain noir et les plans sur son postérieur sont  alors des plans serrés…! Le pauvre homme est mort d’un cancer à 53ans. La couleur du costume, de la cravate ou de l’ascot sont merveilleusement choisies pour faire écho au bleu de son regard. Les chaussures blanches, façon « bucks » sont toujours élégantes.

 

Passons maintenant à mon personnage préféré, James Mason jouant le producteur de Broadway Odell Gardener. C’est l’apothéose stylistique du film pour moi. Et sa femme, d’une vulgarité crasse est à hurler de rire! Homme riche, de plein pied dans le show-business, il fait étalage d’une garde robe expressive, un peu tape à l’œil, tout en confort et en aise. Le grand style de la maison Paul Stuart aux États-Unis. Une allure qui me rappelle délicieusement les créations de Marc Guyot par ailleurs. Voyez ce costume crème, avec des « spectator shoes » noires et blanches. La casquette donne toute la véracité au personnage, qui a probablement commencé crieur de journaux avant de se hisser en haut des affaires. Sa femme est délicieusement raccord.

James Mason as Odell Gardener 9

 

Sur le plan serré, on découvre un gilet noir et une cravate vichy noire et blanche. Superbe et visuellement très dense. Le côté duveteux du costume me fait penser que c’est un mélange 50% lin, 50% soie.

James Mason as Odell Gardener 8

 

Le personnage est habillé avec de forts contrastes. Son peignoir blanc gansé marine est sublime. Rien à dire. Et regarder encore comme le réalisateur place mari et femme dans la même position que le plan précédent.

James Mason as Odell Gardener 7

 

Sans trop se compliquer la vie, le costumier remplace la veste blanche par une veste noire (ou marine), du même tissu que le gilet précédent. Plus une chemise rose. Et hop, le tour est joué, deux tenues pour le prix d’une et demi!

 

Odell Gardener troque aussi les pièces à manche pour le chandail. Ce modèle marine à pois blancs est très intéressant. Même si sous les tropiques, nous aurions tous tendance à trouver cela bien trop chaud. Qu’importe c’est un film. De nos jours, le costumier mettrait probablement tout le monde torse-nu. Pourquoi faire du beau quand le moche coûte moins cher?

 

Et dans une des dernières scènes, l’apothéose continue. Ce costume avec ce gilet rayé et cette cravate à pois, c’est divin. Du coup, madame porte du pois aussi. C’est digne d’un oscar!

James Mason as Odell Gardener 1

 

Enfin pour terminer, repassons à Poirot. La robe de chambre est tissu chinois est superbe. Quelle dignité. Mais vraiment, il devait faire très froid dans cet hôtel pour supporter tel amoncellement textile!

 

Dernier mot, la tenue de bain de Poirot. Alors là! Le compositeur de la bande originale s’est d’ailleurs amusé. Lorsque Poirot apparait à l’image en peignoir de bain, la musique prend un tour burlesque ! Attention, voilà le « von Zeppelin » qui arrive. Génial.

Peter Ustinov as Hercule Poirot swimming suit4

 

Avant de laisser tomber cette sortie de bain pour découvrir le maillot de bain le plus hallucinant de l’histoire du 7ème Art. Le morceau de bravoure stylistique! Vraiment, quel plaisir. Quant à la poche poitrine brodée HP, Alexander Kraft devrait essayer! La ceinture rappelle la veste Norfolk portée par ailleurs. Intéressante étude vestimentaire. Notez aussi les souliers que l’on aperçoit, des spartiates nouées autour du mollet. Vraiment c’est fin. Ne cherchez pas cela dans une production française, c’est trop érudit.

Peter Ustinov as Hercule Poirot swimming suit3

Peter Ustinov as Hercule Poirot swimming suit2

Peter Ustinov as Hercule Poirot swimming suit1

 

Voilà. J’ai eu grand plaisir à faire ce dernier article de Stiff Collar. J’espère que vous avez en retour pris du plaisir à admirer ces belles images. Je vous souhaite un bel été et je vous dis, à bientôt!

Julien Scavini.

 

Meurtre au soleil

Je ne regarde pas beaucoup la télévision. Mais l’autre soir, lorsque j’ai vu que sur Arte démarrait une adaptation d’Hercule Poirot, je n’ai pas résisté. Un de ceux avec Peter Ustinov datant des années 80. Elles ne sont pas nécessairement mes préférées, l’atmosphère de la série anglaise avec David Suchet m’apparaissant plus précise, plus anglaise surtout.

Mais tout de même, ces grandes adaptations pour le cinéma ont du panache. Il y eut Mort sur le Nil (1978), Meurtre au soleil (1982) et Rendez-vous avec la mort (1988). Ceci dit, Peter Ustinov en plus de ces trois films interpréta Hercule Poirot encore trois fois, pour des téléfilms.

Malgré quelques éléments de kitsch typiquement années 70, ces grandes adaptations ont du style. Nino Rota composa la bande son de Mort sur le Nil. Et pour Meurtre au soleil dont il est question ce soir, c’est Cole Porter qui travailla! De quoi déjà, planter un environnement sonore de haut vol. Écoutez plutôt pour commencer :

 

Plongeons donc dans cette adaptation haute en couleur, qui fait du bien ces temps-ci. Anthony Powell qui avait reçu l’Oscar de la meilleure création de costumes pour Mort sur le Nil  reprit légitimement du service. Les habits masculins distillent une atmosphère typique des gravures d’Apparel Arts avec une goutte de tapage typiquement années 70. Mais l’esthétique de cette époque ne cherchait-elle pas justement à retrouver la grandeur d’années trente rêvées ?

 

Commençons par Peter Ustinov, alias Hercule Poirot, qui dans la V.O. parle un français parfait lorsqu’il faut, apportant une profondeur véridique au personnage du fin limier belge. Dans une des premières scènes, son smoking est associé d’un gilet classique et montant, bordé d’un « slip », minces bandes de coton blanc. C’est un peu curieux, mais pourquoi pas. Les costumiers de cinéma travaillent d’après photo, cela donc devait se faire. La pochette est mono-grammée HP. Le comble du chic, bien mise en évidence.  Et cette coupe à désert, diantre !

Peter Ustinov as Hercule Poirot 10

 

L’intrigue est lancée, tout le monde est arrivé sur l’île. Hercule Poirot loin de se reposer laisse déjà ses oreilles écouter et ses yeux balader. Il faut dire que les amitiés et inimitiés sont légions et se révèlent bien vite. Tenue amusante pour notre détective, un complet à veste « norfolk » ceinturée. Quatre boutons, bas carré, poches sans soufflets, mais dos avec un pli creux au milieu et une martingale. Du lin probablement.

 

Et bien sûr, des chaussures à guêtres. Sous les tropiques, quoi d’autre?

Peter Ustinov as Hercule Poirot 5

 

Un petit peu plus loin, Peter Ustinov change de pantalon, en recourant à une paire de knickers associé à des guêtres montantes, ou bandes molletières. Une trouvaille de style du début du siècle. On dirait un ornithologue allemand ! Mais quel panache.

Peter Ustinov as Hercule Poirot 4

 

A part cette tenue, il arbore au début et en fin de film, un complet grisâtre associé à un gilet de seersucker blanc, aux boutons fantaisie. Intéressant. Et toujours cette pochette ostensiblement disposée sur le HP. Si Alexander Kraft ose faire de même dans sa prochaine vidéo pour Cifonelli x Bentley, je lui offre une bouteille de champagne!

 

Vous avez fait attention à la chemise ? Je vous la montre en gros plan dans une autre scène :

Peter Ustinov as Hercule Poirot 7

La rayure est horizontale sauf sur la gorge boutonnée. Une trouvaille à montrer à Marc Guyot !

 

Passons à l’homme qui pousse Poirot à aller enquêter au milieu de ses vacances, Horace Blatt. Il a peu de scènes. Un blazer croisé 6×3 marine puis blanc suffit à habiller le personnage ; avec une seule cravate. Notez la montre tombant dans la poche poitrine retenue par une sangle en cuir. La grande fleur en soie alterne la couleur, avec la pochette, rouge sur blanc, blanc sur rouge. Simple et efficace. Ça fait un peu vieux riche à Monaco ce type de blazer, mais quelle allure quand même !

 

Le mari riche et mal aimé rencontre Poirot dès le bateau. Son costume gris n’est pas tout lisse, c’est un prince-de-galles sans fenêtre, super distingué ! Raffiné, discret mais expressif.

 

Tonnerre d’applaudissements pour sa veste de sport gansée de tissu à cravate. Quel chic, quelle distinction, quelle préciosité.

 

Apothéose lorsque la veste est tombée, le pantalon est ceinturé par… une cravate. Grand style des années 30 et 40 ! Quel plaisir décidément.

Denis Quilley as Kenneth Marshall 4

 

J’ai noté un peu plus loin, 1- la longueur des manches courtes du polo, plutôt longues et 2- la ceinture demi-montant du pantalon.

Denis Quilley as Kenneth Marshall 3

 

Un beau blazer à écusson complète la garde-robe du personnage de Kenneth Marshall. Joli ce carré de boutons dorés. J’aime bien les croisés avec les deux boutons décoratifs en haut, genre 6×2. Mais là c’est élégant tout de même en 4×2.

Denis Quilley as Kenneth Marshall 1

 

Passons au personnage de Rex Brewster ci-dessus en cardigan. Journaliste mondain, homosexuel patenté, il s’habille légitimement avec plus de décontraction, et avec un art certain des accords de couleurs, voyez plutôt :

Roddy McDowall as Rex Brewster 1

Ses sorties-de-bain, on dit aussi peignoir, sont extraordinaires. Oui oui! Et le costumier s’est amusé a en coudre deux, rien que ça. Une gansée de bleu pour aller avec le maillot de bain rayé, l’autre totalement rayée. Excellent !

 

Mention spéciale pour l’écharpe monogrammée là encore. Alexander Kraft, prenez des notes, en matière d’égocentrisme, il y a toujours à apprendre. Joke.

Roddy McDowall as Rex Brewster 4

 

 

La semaine prochaine, suite et fin de ce décryptage de Meurtre au soleil. Terminons ce petit tour d’horizon par quelques vues générales, distillant cette superbe atmosphère à la Apparel Arts. J’espère que cela vous a plu. Regarder un film image par image prend… du temps !

 

Belle et bonne semaine, Julien Scavini

 

La profondeur d’emmanchure

Lors d’une prise de mesure, vers la fin, je prête si possible une petite attention à l’allure de la manche et à sa position par rapport au corps, notamment sa manière d’épouser le galbe du devant. Je passe généralement quelques doigts le long du flanc du client pour aller jauger l’écart qu’il existe entre l’aisselle de la chemise et le fond de l’emmanchure. Je m’intéresse là à la profondeur d’emmanchure, un concept souvent discuté ça et là sur internet.

Petit rappel pour commencer. Une manche est raccordée au corps de la veste par une couture dite d’emmanchure. C’est un trou tout bête. C’est par là que le bras passe. Cette emmanchure se calcule de manière assez standard, par un ratio du tour de poitrine. C’est donc une donnée proportionnelle. Suivant la méthode calcul, ce tour d’emmanchure, ce trou, sera plus ou moins grand.

Les fabricants qualitatifs ont tendance à adopter une méthode de calcul donnant une emmanchure raisonnable, c’est dire à peine au large de l’emmanchure de la chemise mais pas trop non plus.

Quelle incidence cela peut-il avoir ?

Si l’on se plonge dans l’histoire du vêtement, sous l’Ancien Régime et jusqu’à la Première Guerre mondiale environ, les emmanchures étaient très hautes, trop hautes. Par haute, j’entends que le trou était véritablement petit, très étroit. L’aisselle est véritablement comprimée. J’ai déjà essayé un habit d’époque Charles X, et je peux vous dire que je le sentais « passer ». Mon aisselle était cisaillée. Cela avait un effet, d’ailleurs recherché, tenir le bonhomme. Ainsi oppressé par le vêtement, on a tendance à se redresser, à se tenir plus droit avec le buste bombé. Toute l’allure du frac.

Dans les livres de coupe de l’époque, les maîtres coupeurs faisaient d’ailleurs mention de ne pas trop couper l’emmanchure haute, de donner de l’espace au client. Il a fallu attendre longtemps pour découvrir le confort véritable dans le vêtement. En fait les années 30. Les costumes des années 20, souvent pincés avec une allure de minet avaient encore les emmanchures très hautes et les manches très étroites.

Mais avec les années 30 puis 50, les manches gagnent en volume, comme les pantalons d’ailleurs. Dans une manche de Jean Gabin, il est possible de mettre deux bras au moins ! Comme les manches gagnent en volume, les emmanchures s’élargissent, et se creusent comme on dit. L’aisselle est dégagée. Une véritable notion de confort naît. La veste devient du Cadillac, généreuse et opulente.

Car il faut le dire, une emmanchure profonde et large est très aisée à passer. Pour celui qui met la veste, le mouvement est plus simple, il faut moins lever le bras.

Toutefois, dans les années 70 et surtout 80, le prêt-à-porter a exagéré l’affaire et les emmanchures sont devenues de plus en plus profondes. Les manches raccordaient le buste sous le poitrail, une béance certes confortable mais qui commençait un peu à altérer la ligne.

Car plus l’emmanchure descend bas, moins le cintrage peut être appuyé. Emmanchure profonde est synonyme de veste large. Une mode. Indiscutable lorsqu’elle sévit.

Les bons tailleurs eux ont toujours étaient modérés. Quelques un se sont probablement laissés aller aux emmanchures profondes. Au fond elles sont une facilité.

Quelques grands tailleurs et je pense en particulier les italiens ont remis à la mode (tout ça n’est qu’effets de mode au fond) les emmanchures hautes. C’est même devenu une figure de style imposée pour les grands tailleurs en vue, concept distillé dans les bonnes feuilles comme The Rake.

L’emmanchure haute prend le bras très près, en dessous. Et va de paire avec un buste particulièrement près du corps. Il suffit pour s’en convaincre d’observer une veste de Lorenzo Cifonelli. Le buste est moulé et la manche apparait finement rapportée. Les volumes tailleurs sont ciselés et les emboitements savamment mis en valeur. La manche apparait comme très articulée sur le buste.

Théorème : une emmanchure haute ne s’envisage qu’avec une veste très appuyée. Une emmanchure profonde ne s’envisage qu’avec une veste très ample.

Contre exemple : j’ai déjà vu de médiocres prêt-à-porter ou même demi-mesures, d’une enseigne que je ne citerais pas, super-slim MAIS avec des emmanchures très profondes. C’était hideux. Une sorte de Dior raté. Cela clochait et faisait vraiment « chinois », passez moi l’expression. C’est qu’il y a tant d’usines sans talent là-bas.

A noter par ailleurs que l’emmanchure haute doit s’accompagner soit d’un embu important de la tête de manche (chose impossible en demi-mesure) soit d’un peu de générosité sur la largeur de l’épaule. Pour garde de l’aisance et ne pas être bloqué comme dans une armure. Deux points que cochent aisément Lorenzo Cifonelli, avec ses épaules plutôt larges et des têtes de manches volumineuses.

A4 Portrait _ Mise en page type

Toutefois, faire des emmanchures généreuses est plus facile. J’ai longtemps essayé de suivre cette tendance pour l’emmanchure haute. En butant souvent, c’est le cas de le dire, sur des clients, plutôt âgés, rétorquant se sentir serré, trop tenu sous la manche. Il me fallait alors creuser l’emmanchure, tâche fastidieuse dont je me serrais bien passé. Dès lors je me suis méfié et je reste prudent. D’autant qu’un client un jour m’a fait remarquer ce point essentiel : lorsque l’emmanchure est haute, l’effort sur le tissu sous l’effet de la transpiration est intense. La doublure s’use vite et surtout le tissu s’abrase juste sous la manche, il feutre.

Une emmanchure peut toujours se creuser, s’approfondir pour le confort. Mais jamais monter. Vous ne pouvez rajouter de tissu là où il n’y en a plus.

Dès lors, rester dans une sorte de norme m’a paru la plus sage des attitudes. Je présente ainsi ce point de mesure au client : « une emmanchure plus haute, vous la sentez un peu au début, les premières heures. Elle peut faire transpirer les sujets sensibles. Mais elle apporte un petit gain esthétique et aussi un confort différent dans les mouvements, lorsque vous lèverez les bras. »

Car le point essentiel de l’emmanchure haute, en dehors de l’articulation élégante des éléments de la veste, est le confort en mouvement. Lorsqu’elle est haute, l’emmanchure permet aux bras de bouger sans tirer le corps de la veste. Il est possible de faire quelques moulinets sans être gêné.

Toutefois, il me faut bien présenter aussi l’inverse. Dans une veste de conception généreuse et aux emmanchures un peu trop profondes, il est tout à fait possible aussi de faire quelques moulinets sans gêne. Au fond, tout cela n’est que partis-pris et lutte de chapelles. L’aisance est similaire dans une veste aux emmanchures profondes ou étroites. Le résultat stylistique en revanche, n’est pas le même.

Tant que la veste est belle et que le client aime la porter ! J’aime autant voir un vieux nager d’aise dans sa veste qu’un jeune minet faire le cador dans sa veste taillée à la serpe. Ce sont deux conceptions. Cela vaut toujours mieux que le sweat-shirt ou la veste étroites aux emmanchures béantes et mal calculées.

Bonne semaine, Julien Scavini

La veste-gilet

On ne peut pas dire que l’effervescence nous habite beaucoup ces temps-ci. Paris est curieusement si calme. Pour les commerces, je ne parle pas seulement du mien, cette mollesse inspire peu. Tout le monde semble ne s’intéresser qu’au très utile, rester chez soi, télétravailler et manger. Mince alors. Pour la vie en général, le plaisir de faire marcher la ville et la communauté, et la beauté au fond. Je ne voyais même pas quoi écrire sur le blog ce soir. A quoi bon ?

Mais il n’y a pas mieux qu’un bon bain bien chaud pour décanter les idées et les remettre en ordre. Et un peu de Brahms.

Aussi ai-je repensé aux puces et à mes derniers petits achats céramiques. Un plaisir. Je vais à celles de la Porte de Vanves. Au milieu des étales diverses et variées, du plus beau au plus ordinaire, il y a là un marchand spécialisé en belles fripes, Charvet, Arnys, Old England, Burberry’s et consort. Il présente toujours quelques chaussures élégantes aussi. J’échange toujours quelques mots avec lui. Dernièrement, mais je l’avais déjà vu en porter un par le passé, il avait revêtu une sorte de long gilet. La longueur d’une veste mais sans les manches. Ou autrement dit, un gilet mais de la longueur d’une veste.

Je ne sais s’il existe un mot pour appeler cet habit. Je sais que les catalogues d’Arnys en présentaient. Je sais aussi que le Prince Jardinier en propose (existe-t-il un site de vente en ligne avec des photos aussi floues et inélégantes ?). C’est certainement un vêtement de vénerie ou de chasse. Il a une petite allure d’ancien régime, un je-ne-sais-quoi de dignité et de panache aristocratique. Une décontraction mise en scène.

Le gilet long de ce marchand, coupé dans un tweed lourd, présente de grosses poches cartouchières à soufflets, très élégantes car les rabats sont en biais. Pas de poche de poitrine. Il se ferme comme une veste trois boutons avec des revers. Une veste presque, mais sans manche.

Le Prince Jardinier présente à l’inverse un gilet à l’allure plus martiale, avec un col de tunique. Et pour me combler, leurs exemplaires ont des passepoils contrastants aux poches. C’est frais et amusant.

En fait, je pense que la forme peut varier : revers classique ou col officier, bas carré ou arrondi, fentes dos ou fentes côtés. Suivant que le vêtement est fabriqué par un atelier de tailleur ou un atelier de chemise, ces fondamentaux peuvent évoluer.

A4 Portrait _ Mise en page type

En voyant le pucier, je me suis interrogé sur le moment. Est-ce très agréable à porter ? Suffisamment chaud ? En bref, est-ce que cela a de l’intérêt ?

Je n’aime pas beaucoup les pulls. Car soit ils mettent en avant un corps sans trop de forme s’ils sont moulants ; soit ils flottent en faisait paraitre le buste beaucoup plus gros que la réalité. Or l’avantage des pièces tailleurs, c’est que leur structure emballe et camouffle. L’entoilage donne de l’allure et un maintient au vêtement. Dès lors, ce grand gilet habille élégamment et tient au chaud le corps, en laissant les bras libres de leurs mouvements.

Ce n’est pas une mauvaise idée.

Toutefois, en termes de fabrication, c’est presque aussi cher qu’une veste à faire. Dès lors pourquoi se passer de manches pour le même prix ? Le gilet conventionnel n’a pas d’encolure, pas de tissu dans le dos où l’on place de la doublure, et il est coupé avec simplicité en quatre pans. Ce gilet-veste lui est strictement comme le corps d’une veste. Il demande donc un peu de travail.

Si j’avais du temps je m’en couperais volontiers un pour tester. Pour mon travail ce serait assez formidable. De la dignité dans la présentation, utile devant les clients, mais de la souplesse dans les actions manuelles. En fait, pour le jardinier, c’est une pièce super! En cette saison où il fait un peu chaud pour totalement garder la veste mais pas assez pour être en lin, il y a là une sorte d’intérêt!

Pour la mi-saison, et malgré mes hésitations, j’ai tendance à penser que peut-être, c’est une pièce utile et intéressante. Surtout pour l’allure en fait. Car d’allure, assurément, ce gilet n’en manque pas ! Plus que jamais il faut rester digne et élégant !

Bonne semaine, Julien Scavini