La position des boutons sur le devant d’une veste

Un admirable client me reprochait hier matin de ne jamais avoir parlé sur Stiff Collar de la position des boutons devant une veste. Que voilà une faille, même si comme le montre cet article j’avais bavardé sur cela quand même. Intéressons nous prioritairement à la veste deux boutons (voire un), qui pose plus de questionnement que la veste à trois boutons.

J’avais écrit ici et dans Monsieur il y a une dizaine d’année, au sortir de l’école des tailleurs, que la position du bouton principal (que l’on appellera bouton actif par opposition au bouton du bas non actif) était 2cm au dessus du nombril. Avec l’expérience, je dirais que cette valeur est déraisonnablement trop petite.

Le bouton actif sur une veste est probablement plutôt 4 à 6cm au dessus du nombril, et c’est plutôt le bouton du bas qui est 2 à 3cm sous le nombril. Cela est pour poser le débat. Une sorte de 2 tiers / 1 tiers.

Mais il y a deux variables évidentes. D’abord, le nombril n’est pas toujours au même endroit. Et ensuite, la mode fait jouer ce dimensionnement. De deux manières. Il y a la hauteur des boutons. Et il y a l’écartement entre les boutons. Deux notions qui varient avec les modes.

De nos jours, admettons que l’écartement entre les deux boutons est de 10cm pour une taille 48/50 et que pour quelqu’un de grand, en taille 58, cet écart sera de 12cm. 13 peut-être. 9cm pour les petites tailles. C’est un fait.

Cela étant posé, il y a une deux autres variables qui entrent en jeu. La longueur de la veste, évidement, et la hauteur des poches côtés par rapport au bas de la veste.

Je dirais que de nos jours, une veste en taille 48 de 74cm de long est classique. Et que la norme est plutôt à une veste moderne de taille 48 mesurant 71cm de long dans le dos. Plus courte. De ce fait, les boutons devant, s’ils respectent 10cm d’écartement, ne peuvent pas être à la même hauteur. Sur la veste courte, les boutons seront plus hauts.

Sur cette même veste, en 48 classique, la poche sera à 25cm du bas de la veste. En 48 moderne, la poche sera à 23cm. Et généralement, là est un point crucial de l’exposé, le bouton du bas est aligné sur les passepoils de la poche, autrement dit, le haut du rabat de poche.

Généralement aussi, une veste un peu courte est mariée avec un pantalon un peu taille haute. Dès lors, la ceinture du pantalon et le bouton actif sont plutôt écarté. Il est alors inévitable de voir un triangle de chemise entre cette ceinture de pantalon et le bouton. Je dirais même plus que ce triangle de chemise visible est devenu l’emblème du costume de ce début de siècle. Si vous voulez au cinéma ou dans une série faire comprendre que le costume est actuel, il faut montrer ce triangle de tissu. Comme l’illustre ce schéma :

A l’inverse, avec une veste longue, généralement le pantalon monte un peu. Dès lors, l’écart se resserre et la ceinture du pantalon s’approche du bouton inactif, voir du nombril…

Ainsi nait un théorème d’élégance : un pantalon taille naturelle, arrivant au nombril ou juste en dessus, permet à la ceinture d’être pile poil entre les deux boutons de la veste, disons au tiers bas.

J’aimerais maintenant faire une petite digression. On place le bouton bas du devant au niveau des passepoils de la veste. Et on calcule donc 10cm environ plus haut pour caler le bouton actif. Mais il est tout à fait possible de descendre un peu ce bouton bas, en donc le bouton du haut par la même occasion. J’ai tendance à considérer qu’un bouton placé au milieu du rabat, donc en gros 2,5cm plus bas est tout à fait acceptable. Et cela, je considère que c’est de la finesse. On peut positionner le bouton en haut du rabat ou au milieu suivant le client, suivant l’œil en fait. Et pourquoi pas en bas du rabat ? Cela se peut totalement oui. Voir ce schéma donc :

Sur cette photo de deux célèbres américains, on peut se rendre compte que subtilement, les boutons sont alignés sur les passepoils, mais que dans le cadre du costume marron, l’espacement est plus petit, alors que sur le costume gris rayé, l’espacement est bien plus contemporain :

16 juillet 1981 – Official portrait of President Reagan and Vice President Bush

En particulier pour le croisé. Je pense qu’un beau croisé, le carré s’aligne sur le bas du rabat de poche, ou 5cm en dessous des passepoils dans le cas d’une poche sans rabat. C’est ainsi que le croisé est le plus beau. Un carré de bouton aligné très bas permet de garder un V un peu correct et permet à ce carré d’avoir justement une belle ampleur, de n’être pas tout minuscule. D’avoir 11 à 12cm de côté en fait. Cela encore demande un peu de finesse. Si l’on fait confiance aux industriels du costume, leurs règles trop rigides donnent toujours le même résultat, sans relief. Voir le schéma ci-dessous & la photo du Prince Charles.

Sur le croisé, j’ai même tendance à penser que les poches doivent être un peu plus bas, sans en faire religion.

Cela dit, si sur un croisé le positionnement bas est idéal, sur une veste droite, le résultat peut être curieux, car le bouton du bas se retrouve fort dans la courbure de la basque.

The Prince of Wales, Charles, meeting the Vice President, Shri Mohd. Hamid Ansari, in New Delhi on November 08, 2013.

Mais revenons à l’étude initiale d’une veste deux boutons. J’ai donc dit qu’actuellement, on aligne le bouton bas sur les passepoils, et que l’on rajoute 10 à 12 au dessus pour le bouton actif.

Si l’on allonge la veste façon année 80, les boutons vont logiquement descendre, un peu. Mais à l’époque, les boutons étaient bien plus bas. Pour deux raisons. D’abord les poches étaient placées un peu plus basses. Descendant encore la ligne visuelle. Et surtout, l’écart entre les boutons était fortement réduit. Sur les vestes de François Mitterrand, on peut découvrir que 7cm environ séparent les boutons. Un extrême rapprochement qui choque l’œil actuel mais caractérise le style de cette époque, comme le triangle de chemise d’aujourd’hui. Pour autant, sur la veste de François Mitterrand, les poches ne sont pas si basses.

19 octobre 1981 – President Reagan & president Francois Mitterrand at the Battle of Yorktown Bicentennial celebration in Virginia

Pour avoir déjà mis la main sur quelques vestes typiques de l’époque, dont une formidable Lanvin de 1991, le bouton principal tombait pile… sur ma ceinture de pantalon, soit un peu en dessous du nombril. Un V superbe se dégageait. Le corolaire est une veste bien longue, mais aussi ample de partout, sans que cette ampleur soit de trop. C’est tout un équilibre savant. Ce schéma reprend cette idée de boutonnage surbaissé et rapproché.

Donc concrètement, avec votre tailleur, vous pouvez jouer sur la hauteur du pantalon, et sur la hauteur des boutons devant. Ainsi que sur l’écartement. En revanche, il est en général difficile de modifier la hauteur de la poche en demi-mesure. Mais pas impossible. Essayer de faire descendre la ligne de boutonnage doit aussi être en rapport avec une longueur de veste suffisante. Inutile de chercher à boutonner bas sur une veste de longueur moderne.

De nos jours, les vestes étant un peu courte, par effet de style, les boutons se trouvent assez haut généralement. Parfois même, les vestes sont si courtes, que le bouton actif se trouve peu ou prou à la hauteur du premier bouton d’une veste trois boutons… Je vois parfois sur des clients des vestes que je qualifie de « chinoise » vue la qualité médiocre de fabrication. Très courtes avec des tout petits revers. Le boutonnage est si haut qu’il m’évoque alors le boutonnage « paddock » des années 30 et 60 (voir photo ci-dessous). Or, on aurait pu penser qu’un styliste un peu avisé aurait rapproché les boutons et descendu ceux-ci pour donner à la veste courte et moderne un V un peu plus avenant. Ce n’est pas le cas.

Une fois cet exposé très complexe mis par écrit, je vois poindre la question ultime : mais qu’est-ce qui est le plus avantageux ? Le plus joli ? Je ne saurais vraiment pas le dire, tout est une question de mode et d’époque. D’habitude de l’œil. C’est tout le relativisme de la couture. Ce qui se fait aujourd’hui pourra être jugé comme démodé plus tard. Il est certain que les deux boutons doivent encadrer un peu le nombril. Actuellement, cet écart est d’un tiers sous le nombril et deux tiers au dessus. Il peut être de moitié moitié. Et dans les années 80, il tendait à l’inverse. Les deux sont élégants.

Le nombril correspond plus ou moins à la partie la plus cintrée du buste. Lorsque l’on est mince. En revanche, en prenant un peu de poids, cette ligne de cintrage remonte un peu, et le cintrage peut s’appliquer plus fortement sur le côté des côtes. Est-ce à dire qu’il faut monter le boutonnage ? Pas sûr. Il n’y a pas un rapport forcément évident entre position du bouton et place du cintrage peut-être.

Questionnons le 1 bouton aussi. Généralement, je considère pour ma part qu’il est au même niveau que le bouton actif. Et que simplement, c’est l’absence de bouton du bas qui crée la forme  1 bouton. Mais je ne suis pas prophète en ce domaine, et beaucoup estiment bon de descendre ce bouton actif de quelques centimètres. Doit-il alors se placer sur le nombril ? Je dirais que c’est un peu bas pour ma part, mais c’est faisable.

Enfin, le 3 boutons. L’écart n’est plus de 10cm, mais plutôt de 9cm je dirais pour une taille 48. Cela dit, j’ai déjà fait pour un client très grand 13cm d’écart. Tout est une question de proportion. .

J’espère que vous m’avez suivi !

Belle et bonne semaine, Julien Scavini

En majesté

Aujourd’hui avaient donc lieu les obsèques que la Reine Élisabeth II. Un évènement particulièrement intéressant qui a clos une grosse semaine d’évènements forts intéressants également. Et télévisés.

Une pause au milieu de la guerre. Une pause au milieu de la réforme des retraites. Une pause entre Sandrine Rousseau et Jordan Bardella. Une pause au milieu du Covid. En bref, un instant de détente mentale alors même qu’une mort en est à l’origine.

Dans un monde où tout va trop vite et où le temps file sans que de moins en moins nous puissions le retenir, une telle durée de réflexion et d’introspection est rare. Et précieux. Dix jours à l’échelle d’une nation et de son histoire, vous me direz, qu’est-ce que cela représente ! Mais à l’échelle humaine, c’est long. Permettant ainsi de passer d’un état immédiat de stupeur à un état de peine raisonné et intériorisé.

Tout l’inverse de l’hystérie dans laquelle nous vivons aujourd’hui, où les évènements se repoussent les uns les autres à l’écran, et où même nos politiques nous entrainent dans un délire d’injonctions parfois contradictoires. En bref, nous avions là un moment de relative quiétude. Et pour cela, nous pouvons dire merci à Sa Majesté.

Mais nous pouvons aussi la remercier pour autre chose. Yves Saint Laurent disait qu’il faut vivre en beauté. Dans les deux sens du terme. En beauté dans un sens mêlé de panache et de dignité, question d’état d’esprit. Et en beauté dans un sens plus matériel, celui de vivre entouré de jolies choses.

Et bien dans sa mort, Sa Majesté des anglais nous prouve que cela va même au-delà de la vie. Nous n’avions pas seulement à l’écran de relatifs instants de détente sans actualité. Nous avions une apothéose du Beau. Du bien fait. Du bien ordonné. Une apothéose de la Qualité. Dans les silences même résidait la qualité lorsque dimanche soir, dans les aérogares d’Heathrow le silence s’est fait comme partout au Royaume-Uni.

Ces longs épisodes d’obsèques nationales furent l’occasion pour les yeux de voir se concrétiser l’alliance du magnifique et de l’érudition. D’abord il y avait cette organisation millimétrée qui avait comme vertu première de montrer, que dans une société de l’individualisme, il peut exister un esprit de corps très fort qui permet de mettre en scène, et de faire, des choses hors-du-commun. Et cela pendant une longue période. Il y avait la célébration du corps de la Reine. Il y avait aussi, et cela crevait l’écran, une célébration de la société dans le sens d’une communauté, des militaires à monsieur tout-le-monde en passant par les corps intermédiaires.

Il y avait ensuite la manière matérielle de voir le Beau. Les lieux, en commençant par ce survol merveilleux des lochs d’Écosse. Les villes. Les églises. Les palais. Tout cela respirant une histoire bien vivante. Et puis il y avait les berlines, pas récentes, avec leur robe « maroon » et leurs étendards, accompagnés de chevaux ou de motos. Sans parler des fleurs, si rafraichissantes.

Et puis, bien sûr, les vêtements. Les anglais nous en ont mis plein la vue. Du tissu de qualité, et des coupes proportionnées. Mention spéciale pour ce drap de flanelle rouge rehaussé de galons dorés. Une explosion visuelle. Je ne parle même pas des hérauts portant des tabards brodés, probablement les plus beaux et précieux vêtements qui existent encore en ce monde. Quant aux ecclésiastiques, ils étaient tout simplement épatants. Les habits de Vatican II peuvent retourner à la sacristie… Les militaires n’étaient pas en reste, quelle variété.

A chaque instant une tenue, à cet adage le Roi Charles III nous avait habitué. Aux divers habits militaires, il a associé la jaquette noire, celle de son mariage et un gilet avec bordure blanche, le slip. Le costume noir impeccablement coupé parachevait un dégradé hiérarchique savant, que des pochettes un peu fantaisie égayaient sobrement.

Les jaquettes étaient de plein droit de sortie et elles étaient incontournables dans les premiers cercles. Lors du Conseil d’accession à Londres, d’anciens premiers ministres étaient là pour la signature du Roi Charles. De Tony Blair à Boris Johnson, aucun ne la portait portant. Sauf un, âgé maintenant, seul à pouvoir se revendiquer Conservateur pour de vrai, John Major. Cela dit, à Westminster, Tony Blair et David Cameron la portaient très bien. Pas Boris Johnson, mais est-ce étonnant ?

Je me demandais si Emmanuel Macron serait en jaquette. Un ami me répondit « mais ce n’est pas notre culture ». Pourtant René Coty la portait très bien en présence de Sa Très Gracieuse Majesté, ce qui prouve bien qu’en France, on avait aussi le talent de faire les choses bien. Il est probable qu’une consigné ait été donnée pour que les hommes politiques du monde soient en costume noir. Sans baskets. En revanche, du côté des « Royals », uniformes militaires et jaquettes étaient bien là.  

J’ai une pensée en particulier pour David Beckham, ce footballeur tatoué dont je pensais depuis toujours que ses efforts d’habillement cachaient quelque chose d’artificiel et un peu surjoué. Qui s’installa dans la longue file d’attente vers 1h du matin, sans chichi, vêtu d’un manteau marine et d’une casquette, pour dit-il, être habillé comme son grand-père, monarchiste, aurait été habillé. Matérialisation d’une forme là encore de dignité.

Comme – il faut le dire très haut – les toilettes de ces dames. La collection de chapeaux que l’on a vu pendant dix jours est une consécration de cette mode vieux style. Quelle classe.

Chaque jour de ce long périple menant au tombeau fut l’occasion de combler quelques instants un important désir de Beau, de le respirer à plein poumon. Pour se convaincre qu’on ne vit pas que dans un monde ordinaire. Que l’érudition peut s’associer au magnifique. Que la première n’est pas obligée d’être seule, supérieure et hautaine et un fait lointain. Et que le magnifique n’est pas seulement réservé aux musées et aux intérieurs privés, ou un fait de Walt Disney. Que oui, l’érudition peut se mêler au magnifique, pour donner du Beau, sans toutefois entacher la dignité, bien au contraire.

Les anglais ont perdu une Reine. Mais ils n’ont ni perdu leur élégance, ni leur dignité. Pouvons-nous en dire autant de ce côté de la Manche ?

Bonne semaine, Julien Scavini

Ce que nous aimons n’est pas nécessairement bon pour nous

Chers lecteurs, toutes mes excuses pour cette longue pause estivale. Le travail et l’activité ne manquent pas et il n’est pas toujours aisé de trouver le temps et le courage de rédiger ces quelques lignes.

Je me félicite de constater qu’années après années, le plaisir pour la question sartoriale se maintient. Et que nombreux sont les messieurs à venir pour des costumes, pour le simple fait d’avoir un beau costume. Je me félicite que le plaisir l’emporte sur l’obligation, dans une société où par ailleurs, le costume est certainement en perte de vitesse. D’autant plus depuis l’épidémie de Covid. Il y a encore et toujours une envie. Liée ou non au travail d’ailleurs.

Et les jeunes je le vois bien sont un moteur essentiel de ce mouvement. Au fil de rendez-vous riches en questionnements et en souhaits, je prends plaisir aussi à répondre à ce désir de Beau. A vouloir bien faire.

Je suis toutefois et parfois décontenancé par les demandes. Le but est souvent le même, construire une jolie garde-robe bien étayée. Complétée par quelques pièces bien cousues de chez Drake’s, Asphalte ou Pini Parma.  J’écoute et fais en sorte de présenter ce qu’il faut avoir, quelques tissus classiques et simples.

Pour de nombreux jeunes, ce costume sera unique. Un vêtement parmi d’autres. Et très vite je constate que pour ce beau costume, la recherche ne porte pas sur un essentiel, mais bien au contraire, sur quelque chose de bien plus fort, prince-de-galles très marqué avec un carreaux rouge, ou rayure craie fortement dessinée sur un fond très clair.

Grâce à la magie d’internet, les photos d’inspiration arrivent vite, façon Suit Supply. J’acquiesce et cherche alors les bons tissus, ceux qui correspondent à cette empreinte visuelle exubérante.

Au fond de moi, je ne peux m’empêcher systématiquement de penser que cette envie, n’est pas nécessairement bonne pour le client. Que peut-être quelque chose de plus simple pour commencer, de plus facile à mettre et à remettre serait mieux. Qu’un bon costume marine avec deux pantalons ferait bien le job. Mais bon, je ne peux forcer la main. Alors je l’accompagne au mieux, le but final étant de donner le sourire.

Je continue toujours toutefois de me poser cette question. Ce que nous aimons n’est pas nécessairement bon pour nous ? Faut-il toujours suivre son envie, à quel point doit-on l’aiguiller et la rendre rationnelle ? D’autant que nous parlons d’un peu d’argent là, donc de la valeur d’un investissement.

Dans le cadre de la construction rationnelle d’une penderie élégante et fonctionnelle, peut-être qu’avoir un bon costume bleu avec deux pantalons serait préférable à l’achat directement d’un costume expressif. Qui seraient plutôt le sujet suivant.

Et ce raisonnement peut bien évidemment tenir pour beaucoup de facettes de la vie.

Il y a avec internet et surtout Instagram une dualité qui s’installe et qui s’exacerbe. A la fois l’acte d’achat peut se réfléchir en amont et se nourrir d’une réflexion dans un temps long. Ce beau costume, on peut le réfléchir patiemment, lire et étayer un raisonnement d’achat. Et à la fois, l’acte d’achat est orienté vers ce qui est frappant, marquant, qui permet une image distinctive immédiate. Un « Beau » un peu féroce, celui que l’on voit sur « l’influenceur ».

Il existe toujours une balance entre le fonctionnel et le plaisir. Le temps long et le temps court. Et le costume d’une certaine manière actuellement, lorsqu’il est un achat plaisir plus qu’un achat d’uniforme, s’inscrit dans ce schéma. Où est le curseur ?

Dans le même temps, je ne fus pas moi-même un exemple de rationalité. Lorsqu’encore étudiant je faisais acheter à ma mère une veste d’été en lin marine à forte rayure tennis et revers en pointe. Pas franchement une veste utile dans une penderie. Un simple modèle beige eut été plus rationnel. Et pourtant, je me souviens de cette veste avec un grand plaisir. Je l’aimais beaucoup.

Alors ce que nous aimons n’est pas nécessairement bon pour nous ? Tout dépend quel bout de notre cervelet nous cherchons à contenter. Aucune dépense finalement n’est utile une fois le strict nécessaire satisfait. Mais il y a toujours une petite part de vanité à satisfaire, de légère extravagance. A chacun de placer le curseur où bon lui semble. Ce que j’aime est-il bon pour moi ?

Costume bleu ciel

Cette année, le costume bleu ciel fait une petite percée. Ce sont les mariés bien évidemment qui mettent cette teinte azur sur le devant de la scène. A côté des costumes verts et bleu marine. Cette couleur est d’une certaine manière si différenciante qu’elle ne passe pas inaperçue dans l’atelier. On voit bien ces costumes au milieu des autres. Je n’en avais jamais fait auparavant, sauf pour quelques sapeurs élégants. Je pensais que cette teinte faisait peur. Et je n’en ai jamais vraiment vendu…

Pourtant, force est de constater que le bleu ciel est bien présent dans les liasses des drapiers, et depuis longtemps. Surtout les drapiers anglais à vrai dire. Regardez par exemple ces tissus de chez Holland & Sherry. Une photo est extraite de Drapers, à Bologne. Mais pourquoi tant de bleu ciel dans toutes les liasses?

Chez Holland & Sherry, à peu près chaque liasse contient un de ces bleus. Que l’on ne peut pas vraiment qualifier de « ciel » en fait. D’ailleurs, le drapier ne dit pas « sky blue » sur son site internet. Mais plutôt « grey blue » ou « pearl blue ». « Pale blue » aussi. Parfois « airforce blue », ce qui est un peu exagéré, car la nuance air force est pour moi bien plus foncée et grise.

Ces bleus ont la qualité une fois coupés en costume ou en veste, d’être il est vrai assez pâles, proche du gris en réalité. Il ne sont pas agressifs, ni ostentatoires, ni très marqués. Ce sont des teintes de bleus douces. Et passées.

Mais pourquoi diantre les anglais en produisent-ils? Ces bleus ne sont pas légion dans la rue. Et puis j’ai repensé à Hercule Poirot. Dans la série de iTV des années 1990, la costumière avait opté pour habiller le célèbre détective belge ainsi lors des épisodes se déroulant l’été ou au soleil. Superbe mise d’ailleurs avec ce gilet plus sombre :

Sur la photo ci-dessous, on retrouve cette nuance de bleue, très effacée, pouvant d’ailleurs presque faire croire à du gris. D’ailleurs, dans l’image animée ci-dessous ( le retour du fichier GIF !), on ne saurait pas tout à fait dire s’il s’agit d’un costume gris perle ou bleu nacré.

La marque Hackett je crois me souvenir avait il y a longtemps réalisé des photos de collection à Nice, avec une vieille Rolls et l’univers aristo bien mis en valeur, et un costume justement de cette teinte, était au catalogue. C’est en fait une nuance d’été, qui je pense d’ailleurs était assez commune. Je n’ai pas retrouvé d’images de Louis de Funès, ou de Bourvil, mais à mon avis, il faudrait bien observer des films des années 50 à 70 et je suis sûr que l’on trouverait une foule d’exemples.

Il y avait chez nos aïeux d’une certaine manière moins de frilosité avec les couleurs de costumes. Les nuances étaient plus nombreuses et plus variées. Et je crois que l’été, à côté du costume sable ou gris clair, le costume bleu pâle avait toute sa place.

Un homme en particulier portait toujours du bleu ciel sur scène, un de mes humoristes préférés. Avec le verbe si léger, si élégant, si poétique et raffiné, Raymond Devos !

Je vous souhaite une belle semaine.

Je ne suis pas sûr d’être parfaitement au rendez-vous dans les semaines qui viennent, car je dois finir un très beau livre, écrit pendant le confinement, qu’Hugo Jacomet me fait l’honneur d’éditer. J’ai donc, du pain sur la planche ! A bientôt. Julien Scavini

La chemise à poches !

Par le passé, il m’est arrivé de faire un éloge discret de la poche de poitrine sur la chemise. Non pour y ranger le stylo quatre couleurs, mais parcequ’en vacance, le week-end, ou en voiture, ce logement est fort pratique pour une paire de lunettes de soleil ou une carte bancaire. Et qu’évidemment sur une chemise blanche habillée, ce n’est pas le plus élégant.

Mais la poche de poitrine a ses détracteurs. Elle est même honnie, un peu dans les mêmes proportions que les manches courtes d’ailleurs. Je suis intéressé de voir toutefois que depuis quelques années, la fameuse chemise à col button-down devient plus logique avec sa poche. Ringarde, la poche de poitrine regagne quelques lettres de noblesses. Ce n’est pas Hal qui nous dira le contraire :

Un client avec qui je parlais des poches de poitrine sur les chemises il y a quelques mois m’avait rapporté qu’elles étaient forts commodes dans le cadre de chemises légères, pour l’été. Car ce morceau de tissu cache les mamelons. (J’ai appris à l’instant que c’était le mot châtié pour téton). J’ai trouvé cette idée fort baroque sur l’instant. Mais alors il faut deux poches ai-je demandé. Mais oui. Sur un lin aéré ou un zéphyr de coton, tissus aux trames très transparentes, l’effet est tout à fait certain. Et sur une chemise de week-end, avec deux boutons, cela donne un aspect très « american countrywear ». N’est-ce pas Hal ?

En regardant par ailleurs un vieux Columbo, je m’étais intéressé à la tenue d’un « cop », un policier. Je crois que c’est toujours la tenue en vigueur d’ailleurs chez l’Oncle Sam. La chemise marine est coupée dans un drap bleu, du même bleu que le pantalon. D’où une harmonie visuelle très intéressante, comme un costume, mais sans la veste :

Ces chemises de policier ont tout en commun avec les chemises de militaire d’ailleurs, là-bas et ici y compris. Avec deux poches de poitrines. Les formes des rabats peuvent varier, en couronne inversée chez Columbo comme on peut l’apercevoir.

En fait, ces poches sur la chemise reprennent très exactement formes et emplacements des mêmes poches sur une veste, type militaire comme on peut le voir.

Ce faisant, pour l’été, alors que la veste devient encombrante, ces poches présentent un intérêt double. La praticité d’abord, même si le but est pas absolument de les encombrer. Esthétique ensuite, en apportant à la chemise un surplus de style, c’est le cas de le dire. Un petit plus que renforce l’impact visuel du vêtement. Un peu comme les poignets napolitains qui m’avaient questionné il y a quelques mois.

L’été, les vêtements sont sobres et très simples, les matières pures et les effets de style raisonnables. Il n’y a pas l’opulence hivernale. Aussi, la chemise à poches, au pluriel, est un vêtement à considérer avec grand intérêt. Drake’s l’a fait.

Belle et bonne semaine, Julien Scavini

Remonter son bénard

Les messieurs qui ont un petit rond de ventre sont souvent très interrogatifs envers le tailleur. Va-t-il les sauver ? Que peut faire le tailleur pour aider ? Deux solutions existent. La première consiste à faire descendre le pantalon sous l’estomac, donc à s’approcher d’un taille basse. Le mot est presque grossier et n’a pas souvent un bon écho.

A l’inverse, la solution est de ne rien faire du tout, de tailler le pantalon à la hauteur normale. Sur le ventre. Ah oui, mais alors, le pantalon tombe et surtout il a une cuisse large. Le pantalon est taillé comme un entonnoir, mais il est difficile de faire autrement à vrai dire et d’être très généreux au ventre et aux fessiers puis très mince à la cuisse.

Si l’homme accepte parfois cette cuisse généreuse, ce n’est pas toujours le cas de madame qui aimerait un peu de modernité. Ou de jeunesse. Reste la question de cette hauteur. Le pantalon, « il tombe tout le temps » j’entends dire. Alors il y a les bretelles, mais là aussi, rares sont les aficionados.

Et bien alors, il faut remettre le bénard en place ! Vulgairement. C’est-à-dire, sans cesse le remonter. Cela devient d’ailleurs avec le temps une sorte de réflexe conditionné, et presque une attitude en fait. En se relevant d’un fauteuil, remonter le pantalon. Après quelques pas, remonter le pantalon. Bref, faire en sorte que le pantalon retrouve sa position optimum et qu’il ait l’air beau. Presque une habitude de vieux lascars pour reprendre cet argot de titi parisien.

Je suis un grand fan de la série les « Soprano » et je prête beaucoup d’attention à Tony Soprano, en photo ci-dessus, un homme plutôt corpulent. Il porte probablement des coupes italiennes, genre Cerruti ou Armani des années 90. Des coupes généreuses, à trois pinces d’ailleurs là. Et cela m’a amusé de constater, qu’en permanence, il passe ses pouces sous la ceinture pour remettre le pantalon en place. Comme un réflexe conditionné, pour avoir l’air propre sur lui et un pantalon digne de ce nom.

Et de fait, la ligne est impeccable. Sans bretelles. Le pantalon il tombe bien, ceci probablement grâce à une coupe très étudiée appelée « big & tall » aux USA. Ça c’est du falzar de compétition pourrait-on rajouter.

Évidemment, la facilité habituelle, c’est de placer le pantalon en haut des hanches, un peu taille basse comme on l’a dit, mais cela fait ressortir le ventre encore plus. Avec un pantalon qui enveloppe bien comme ici, il faut faire un effort, celui de remonter la ceinture.

Cela dit quoi tout simplement ? Que l’élégance est un travail de chaque instant et qu’elle n’est pas une facilité. Le corps oblige.

Belle et bonne semaine, Julien Scavini

Les revers (trop) larges

La mode est aux revers de vestes très larges. Enfin, une mode pas universelle, ça c’est sûr. A côté des grandes marques mondialisées, Boss ou Dior, Hackett ou Zegna distillant l’image de costumes plutôt sobres, aux lignes relativement sages – et donc aux revers délicatement proportionnés, entre 5 et 7cm – une autre esthétique, bien différente se développe. Elle est issue du milieu des tailleurs, des petits ateliers et de l’artisanat. Elle est plutôt une mode d’origine transalpine. Une mode qui a décidé de doubler non par la gauche, par la grande voie dégagée, mais au contraire par la droite, sur la bande d’arrêt d’urgence, et en klaxonnant qui plus est !

Quand j’ai commencé le blog en 2009, personne ne parlait des revers larges. C’est-à-dire de revers au-delà de 10 voire 11cm. Personne à l’école des Tailleurs n’évoquait cela, ni sur les forums prospères à l’époque. Il y avait une sorte de consensus classique hérité des années 90, auquel je me suis toujours référé. A force de trunk show divers et variés, et surtout grâce à cette révolution de l’image instantanée qu’est Instagram, le revers de veste généreux, opulent, voire délirant est arrivé sur le devant de la scène. Une sorte de revival des années 1970 que Pitti Uomo a démultiplié.

Mais de tels revers étaient difficiles à trouver. Les échoppes de demi-mesure n’étaient pas toutes en capacité de sortie de tels revers. Et tous ne pouvaient pas s’offrir un tailleur fait-main italien. Ou Cifonelli, un autre artisan avec Hugo Jacomet comme ambassadeur de ce style débridé. Et puis Suit Supply est arrivé. D’abord ailleurs, puis en France. Alors, même ceux qui sagement achetaient dans les grandes marques précédemment citées, se sont mis à apprécier les revers larges.

Le mouvement a pris de l’ampleur. Si j’ose dire.

J’ai suivi le mouvement en proposant de nouveaux revers plus généreux dans mon petit établissement. Avec amusement. Bien qu’à titre personnel, j’ai eu tendance parfois à passer de 9cm à 8cm sur certains de mes costumes, ce qui me semblait mieux proportionné aux nœuds papillons. On en a fait des costumes avec de généreux revers, 10, 11, parfois 12cm. 13cm fut un maximum réalisé plusieurs fois sur des vestes croisées.

C’est toujours mon avant-dernière question dans le déroulé de la prise de mesure. Avec la longueur de la veste. Le but, après plus d’une heure de rendez-vous, et de faire émerger le désir profond sur ce sujet, de faire parler l’envie, spontanée mais aussi après tant d’autres questions, réfléchie. Ces deux points, longueur de veste & largeur de revers, c’est comme une sorte d’apothéose, de point final, la déclinaison ultime du style du costume, ou de la veste.

Et souvent, je m’amuse. En particulier avec les petits jeunes, qui ont envie. Qui ont bien envie d’un revers large. Mais fidèle à ma sobriété presque protestante, je tente toujours de modérer cette envie. J’aime que les gens fassent des choix qu’ils ne regrettent pas. Avec le défaut de brider peut-être la trop spontanée envie. L’équilibre de cette balance pour un commerçant n’est jamais simple, à quel point piloter le choix du client, aiguiller son désir, en le jugeant délirant ou raisonnable.

Si l’envie d’un revers de 11cm ou 12cm est forte et clairement énoncée, je m’incline et enregistre l’idée. A d’autres moment je fais tant hésiter qu’une modération apparait. Récemment j’eus l’idée de cet article. Un client hésitait précisément pour son premier beau costume, marine, tout simple. Je lui dis alors « écoutez, là, restez raisonnable, faisons 9,5cm, c’est déjà pas mal. Si vous voulez tenter 11cm, pas de problème, faites le sur une petite veste d’été, en lin. Tentez la chose sur un article un peu moins onéreux, et d’un usage plus amusant, plus distrayant. Avec en plus un avantage, grâce à la saisonnalité, vous ne vous lasserez pas de cela. »

Car il me semble, il est là l’écueil. Et je le vois avec d’autres clients. Qui avant de venir chez moi sont allés chez Suit Supply ou dans d’autres établissements de petite-mesure. Et se sont « lachés » comme ils disent sur des revers ultra larges. A eux, lorsque je pose la question de la largeur du revers, je reçois en échange un petit rire. Jaune. « Oui bon j’avais peut-être eu la main trop lourde » avec un petit sourire en coin. Et alors nous mettons d’accord sur quelque chose de plus raisonnable, mais opulent quand même, vers 9cm. Pour ne pas se lasser de cet effet démonstratif.

C’est comme ça. Il faut bien tester pour se faire un avis. Le beau costume bien coupé est en partie à l’homme ce qu’est le jouet à l’enfant, un plaisir divertissant. Dont il faut tester les rouages pour trouver le bon calibrage. Aucune erreur n’est grave en la matière, elle est une expérience acquise.

Bonne semaine, Julien Scavini

Dimanche, c’est jour d’élection

Ils sont douze, mais dimanche soir, il n’en restera plus que deux. Nous sommes déjà au premier tour de l’élection présidentielle 2022. Quatre femmes pour huit hommes sont en lice. Et le costume reste toujours l’habit incontournable des politiques, comme on peut le constater sur les affiches placardées devant les bureaux de vote.

Incontournable je dis, à l’inverse de toutes les incantations que l’on entend ça et là sur la décontraction à l’œuvre et l’abandon du vénérable costume et encore mieux, de la cravate. Oui, mais, il y a des instants plus importants que d’autres. Et le costume, ou le tailleur s’il est féminin, est un marqueur de ces instants. Amusons nous à regarder ces affiches justement, dont le montage est ci-dessous.

Honneur aux dames. Valérie Pécresse, Anne Hidalgo et Marine Le Pen ont fait un choix d’une similarité amusante, t-shirt blanc col en V et veste bleu foncé. Dans le cas de Marine Le Pen, probablement est-ce un chemisier en soie mais l’effet est le même. On nous a toujours dit que la mode féminine était plus libre et plus inventive. On nous aurait menti !

Elles ont toutes trois poussés la similarité jusqu’aux pendentifs. C’en est presque confondant finalement. Je note principalement que l’étoffe du veston de Marine Le Pen parait plus belle, d’un bleu plus profond et riche. Avec un prénom pareil, c’est encore heureux ! Valérie Pécresse a fait le choix d’un modèle croisé de son côté. Quant à Anne Hidaldo, elle a choisi le minimalisme, avec une veste au bord sans revers. Et surtout au fond, une qualité de photo digne d’un photomaton à deux euros, sans relief aucun. Elle pourra présenter son affiche pour refaire sa carte d’identité au moins, ça lui aura servi à quelque chose.

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Reste Nathalie Artaud, sans bijou et sans tailleur, simplement une chemise en popeline imprimée. Et des lunettes rouges, bien rouges. Comme le fond d’affiche de Philippe Poutou, qui partage avec sa camarade ce goût pour le vêtement décontracté et sans chichi. Amusante similarité là encore des chemises imprimées ! C’est ce qu’on appelle une tendance. Sur l’affiche de Poutou, on arrive presque à lire la marque sur le bouton. Cela m’aurait amusé de savoir. Mais je n’aurais pas voulu la même tout de même.

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Les sept autres messieurs sont en costumes. Bleus, sauf deux, le premier étant Fabien Roussel. Je l’ai souvent remarqué à la télévision, il s’habille pas mal et là, je suis content de ce costume, un fil à fil gris anthracite de fort bonne tenue, avec une petite surpiqure qualitative. Avec une chemise délicate en popeline. Cet homme a de l’allure et sur l’ensemble des photos google, je suis assez convaincu, avec de la variété, revers classiques ou en pointes, bleus indigo ou ardoises, gris cette-fois. Ça se tient !

A l’inverse, il y a Monsieur Jean Lassalle. Je tique sur l’état du costume, qui en a probablement vu d’autres avec des épaules incertaines et un aspect général un peu ternis. Qui me fait dire que non… peut-être est-ce un costume bleu marine et non pas gris ? Mince alors ! C’est dommage, car cette cravate club est intéressante, au milieu de politiques qui n’osent rien d’autre que l’uni. Elle est jolie sa cravate, même si le nœud est un peu large pour ce petit col. Chemise est bleue, choix unique.

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Cravate aussi marquée chez Jean-Luc Mélanchon. Un bon rouge synonyme d’Internationale triomphante. Remarquez que l’affiche ci-dessous n’est pas la même que sur le montage en haut. Allez-voir. Et oui, il me semble que cette même pose est réutilisée avec des fonds différents et que la colorimétrie du costume est plus ou moins ajustée. Elle est franchement bleue sur le montage général. Les soviétiques déjà faisaient des montages savants. Ils pouvaient même retirer des gens sur les portraits. Je m’interroge sur le flou au niveau du col de chemise. Qu’ont-ils trafiqués ? Auraient-ils rajoutés sa tête sur le costume d’un autre ? Pas celui de Georges Marchais toujours, il était plus beau. Ou lui ont-ils gommé des rides ? Y’a quelque chose de trafiqué là.

Le plus étonnant est l’absence de la veste de charpentier, ou veste de peintre, ou veste d’ouvrier dont il nous avait habitué. La veste classique, anglaise et bourgeoise est revenue, mais avec des revers bien chiches me semble-t-il, et un tissu peu enthousiasmant. Comme la République, c’est lui, je le mets seul dans ce paragraphe.

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Restons à gauche une dernière fois. Yannick Jadot n’a jamais l’air d’un écolo. Cheveux bien peignés, chaussures qui ne montrent pas les doigts de pieds et cravates. Souvent la cravate, et le col roulé parfois. Et comme Monsieur Roussel, il y a un peu de variété dans ses costumes. Sur son affiche, on voit très peu de chose. Mais suffisantes pour juger que l’étoffe est de qualité, de la laine fil  à fil bleue, avec une délicate surpiqure du bord du col, signe d’un bon costume. La cravate enfin, qui pointe à l’angle est une grenadine. Ça c’est bien. Chic et sobre.

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Pas chic en revanche la veste de M. Nicolas Dupont-Aignan. Ah ces revers, c’est indigne. Rien à dire de plus. Si. Qu’il pourrait oser une cravate avec plus de relief. Je lui proposerai bien un modèle bleu à pois rouges. Mais il est interdit aux candidats de mettre du bleu, du blanc et du rouge dans l’affiche…

Passons à Eric Zemmour. Quelle déception ce petit col encore, de veste et de chemise, double peine !  Une veste indigne qui le fait retomber sur son style d’avant campagne, lorsqu’il était à la télévision. Je trouve cela d’autant plus dommage que pendant la campagne, il s’était refait un look plus précis, avec de nouvelles lunettes et des costumes marines forts bien coupés, aux épaules nettes et aux cols cravatant bien. Costumes qui, je m’étais laissé dire, venaient de chez Arthur & Fox. C’était bien. Là, on retombe dans le chiche.

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Et puis, il y a Emmanuel Macron, le Président. Choix unique, celui d’un pardessus droit à collet. Est-ce une photo réutilisée sans prédestination pour la campagne ? Que penser de ce choix du manteau ? Qu’il ne craint pas la pluie, et ce faisant est-ce une allusion qu’il est préparé et résistant ? C’est remarquable au sens premier du terme en tout cas. Peu à dire par ailleurs. Je note la même cravate que Yannick Jadot, une discrète grenadine. Et un regard de Joconde.

Paradoxalement, à l’issue de ce petit tour d’horizon, ce sont Yannick Jadot et Fabien Roussel qui portent les plus beaux costumes. Certes pas de la très grande qualité italienne, mais des vestes honnêtes coupées dans de beaux tissus. Je ne l’aurais pas prétendu initialement. Qui l’eût cru. Voici un petit amusement sartorial qui ne vaut en aucun cas profession de foi. C’est dimanche que l’on vote, n’oubliez pas.

Bonne semaine, Julien Scavini