La veste Maubourg

Ce nom ne vous dit encore rien? Attendez un peu…

Petit retour en arrière.

La veste d’homme est une création de la fin du XIXème siècle, que l’on appelait veste courte à l’époque par opposition aux fracs et autres jaquettes alors en vigueur. Arrondie dans le bas et avec des revers découvrant le haut du buste, elle est symbole de l’english-man. Son adoption pour la pratique des sports anciens et nouveaux, équitation et vélo, golf et automobile, fut rapide. Elle passe à la ville dans les années 10. La première guerre mondiale met définitivement au placard les longs habits empesés.

La veste anglaise, avec ses revers débarque sur le continent où elle ne jouit pas immédiatement d’une grand notoriété. Les hautes sphères, gagnées par l’anglomanie depuis le second empire, l’affectionnent bien sûr. Mais dans les campagnes et dans les usines, on porte jusqu’aux années 70 un autre type de veste, à bas carré et à encolure cheminée ou chemisière. Les photos en noir et blanc des campagnes françaises montrent assez souvent des sortes de vestes tuniques, parfois assez proches des vestes autrichiennes modernes.

Ces dernières années, ce vestiaire renommé ‘workwear’ pour le rendre plus bourgeois que le simple ‘vêtement de travail’ connait un incroyable essor. Caterpillar, Carhartt, Belstaff ou même Barbour jouent sur cette fibre qui plait bien, synonyme de vêtement pratique et robuste.

C’est une réponse à un besoin du marché, pour plus de décontraction que les vestes anglaises et pour autre chose que le blouson et la parka. Parfois la veste classique peut paraître inadaptée car trop habillée ou trop apprêtée. L’ouverture devant, ménagé par l’évasement des revers peut apparaître curieuse si aucune cravate n’habille la chemise. Prendre l’avion, partir en voiture ou faire une balade en forêt sont autant de moments où une solution intermédiaire est possible.

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D’où un regard en arrière vers ces anciennes tuniques carrées à col de chemise ou officier, souvent faites de gros velours. Praticité rimait avec solidité. Arnys a bien vu cet héritage et créa la veste forestière dès 1947. Elle était inspirée des vestes de gardes-chasses de Sologne malgré une coupe kimono radicalement différente et très ample. Bien d’autres marchands ont senti cet esprit. C’est le cas de Franck Namani qui propose aussi depuis longtemps des modèles hybrides, mi-blouson mi-veste. Les petits détails en matières contrastantes, les poches aux formes variées, les matières techniques ou luxueuses sont autant de réponses qui enjolivent l’aspect utilitaire. Sans oublier bien sûr la réponse d’Hollington, qui développa avec son ami couturier Michel Schreiber des vestes de peintre ou de menuisier adaptées à la très chic clientèle du quartier latin. Des symboles des architectes et penseurs des années 70.

Et il est vrai que j’éprouve également depuis longtemps un goût pour cette veste hybride, permettant une élégante décontraction, association de mots facilement opposables. Un pari difficile, qui depuis longtemps me trotte dans la tête. C’est ainsi que j’ai fait développer par un ami qui possède son petit atelier dans le sud de la France un modèle, basé sur un corps de veste, mais totalement dénué d’entoilage. Une veste foulard très souple et légère, avec un col à patte prolongée et de belles poches plaquées très expressives. Cette veste, je l’ai appelé Maubourg, du nom de la rue où j’ai installé mon commerce. Un joli nom qui sonne bien français, en fait un titre de courtoisie trouvant ses racines dans le Massif Central.

Voici donc la veste Maubourg. Avec le prix le plus serré possible pour une fabrication française. Le volume est minuscule, donc les quelques pièces fabriquées partiront vite. Ne vous inquiétez pas, d’autres sont dans les tuyaux, en flanelles lourdes, dans des coloris plus variés et plus campagnards aussi. Les tailles sont assez juste, je fais un 48/50 et la M est parfait en aisance.

Faites lui bon accueil !

www.la-maubourg.fr

Belle semaine, Julien Scavini

 

Il n’y a pas de vérité pour les pointures

Cela fait des années que je tente avec complications et moult argent de trouver le bon chausseur et surtout la bonne chaussure.

J’ai déjà relaté la complexité à trouver des chaussures confortables à prix raisonnable. Pendant longtemps j’ai considéré que le 42 était ma pointure, car en baskets, c’est ce que je porte et que le chiffre m’est familier depuis mon adolescence.

Chez Bexley il y a fort longtemps, cela m’allait bien. Puis j’ai essayé Markowski, en pointure 8. C’était bien.

J’ai aussi tenté 7ème largeur, où j’ai acheté deux paires, qui m’ont été vendues presque de force en pointure 7. « Si si, c’est mieux ainsi, votre chaussure ne se déformera pas, elle gardera de l’allure« . Certes. Mais c’est mon pied qui s’est déformé. La paire de richelieu est partie à la poubelle au bout d’un mois après un refus d’échange, c’était trop pénible. Quant aux mocassins, curieusement, ils sont confortables encore maintenant. D’où cette première intuition que peut-être, les pointures n’étaient pas grand chose…

D’autant plus qu’avec le temps, j’ai détecté une demi pointure de différence entre les deux pieds. C’est assez normal a priori mais en Nike ou Le Coq Sportif, peu important. Mais lorsque l’on commence à porter des chaussures de qualité supérieur, cette question devient prégnante. Chez Bowen, le vendeur m’avait fait prendre du 8, même en ayant remarqué la différence de pointure. Et pas du 81/2. Pour ne pas avoir de chaussure déformée après quelques ports. J’avais écouté, je n’aurais pas du. Trop serré dans le temps.

Puis j’ai commencé à acheté Alden par l’intermédiaire d’un ami aux USA. J’ai naturellement pris du 8. Deux paires! Sans me rendre compte que les américains ajoutent une pointure. Donc le 8 USA est en fait un 7 UK. Les chaussures étaient trop serrées, je m’en suis hélas rendu compte très vite. Mais en même temps vaguement confortable, grâce à un soulier bien rond et à une forme au confort de Cadillac. Donc pour la suite, j’ai pris des paires en 9.

Lors de mon voyage au printemps dernier à Washington, après une journée de marche dans ma paire préférée en taille 9, habituellement très confortable, mes pieds me faisaient affreusement souffrir. D’où un constat : ce qui est confortable dans ma boutique au long de journées relativement tranquilles, ne l’est plus lorsqu’il faut faire grand usage de ses jambes. A noter intérieurement.

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Puis, le lendemain, j’ai pointé mon nez dans la boutique Alden. Là, le vendeur, à l’américaine, très entreprenant et professionnel, m’a fait poser les pieds sur le pédimètre. Verdict direct : « monsieur, vous faites du 10 (donc 9 UK ndlr) et plutôt en largeur étroite, pas standard« . Ah bon…?

J’ai donc pris une paire ainsi. Puis une seconde. Au quotidien, c’est très plaisant. En revanche, à l’usage, je note tout de même deux choses. 1- J’ai l’impression d’avoir des bateaux aux pieds. 2- Des plis se forment au dessus de la chaussure, de manière bien plus marquée que sur mes souliers en taille 9.

Toutefois, je me souviens que le vendeur d’Alden portait lui-même des mocassins visiblement très confortables, un peu large. Avec le temps, je pense qu’il est probable qu’outre-atlantique il soit concevable d’acheter un peu grand, alors qu’en Europe, on préfère peut-être la vanité d’un pied petit…? Il n’y a pas une grande vérité, l’aisance est une notion qui varie d’un pays à l’autre, d’une personne à l’autre.

Pour la suite, j’ai commandé une paire en 91/2. On verra bien. Je me ferais un avis.

Finalement, avec mon collaborateur Raphaël m’est venu une intuition. Car lui chausse du 5. Dans lequel il a un peu mal à la fin de la journée. Et le 6 est un peu trop grand. Mais qui lui serait peut-être conseillé outre-atlantique…?

Peut-être que la bonne solution est d’avoir différentes pointures, pour différents moments. Lorsque je sais que la journée est calme à la boutique, sans une soirée après, je peux porter la pointure 9, idéale et très élégante, car faisant un pied de bonnes proportions. Si jamais je dois aller à un diner le soir ou à l’Opéra, je chausse le matin du 10, à peine ample, mais préférable pour endurer l’effort.

« N’a de conviction que celui qui n’a rien approfondi » écrivait Cioran. C’est très vrai. Alors je relativise cette question de la pointure. Rien n’est tout à fait parfait en ce bas monde, il faut s’adapter aux conditions du moment.

Belle semaine, Julien Scavini

La longueur des manteaux

Suite de l’article précédent sur l’importance du poids des tissus à manteaux, la longueur, autre point essentiel, à la fois d’allure mais aussi de confort.

Depuis quelques années, les manteaux ne cessent de raccourcir, après des années 90 marquées par l’extrême longueur des pardessus. Combien de films avec Michael Douglas et d’autres arborant de grands modèles, souvent camel, dans un goût très Cerruti ou Dior grande époque. Des coupes amples, qui drapaient et des pans très longs donnant presque l’impression de capes. Quel style.

Pourquoi les manteaux se sont-ils raccourcis? La première réponse pourrait être le goût, tout simplement. La modernité, c’est un peu le chiche en ce moment. Petit revers, petites poches, petits manteaux. L’allure est dit-on plus dynamique. On le disait aussi dans les années 90…

Mais au delà du goût, injustifiable comme les couleurs, comment quantifier la part du choix économique dans cette tendance au toujours plus court? Un manteau long, c’est un métrage important de tissu, donc un coût. Un peu comme un tissu lourd, qui représente un coût en transport et en matière. En l’espace de trente ans, les manteaux ont raccourci et se sont allégés. Moins de longueur, moins de matière, moins de poids. Gains à tous les niveaux pour les vendeurs!

Toutefois, en mesure ce problème n’existe pas, on fait ce que l’on veut. Et force est de constater que le très long est dans l’air du temps. Certes, les volumes de manteaux sont faibles en mesure. Alors peut-être que mon échantillon n’est représentatif que d’une niche d’amateurs.

Quoiqu’il en soit, une légère majorité des manteaux que je fabrique en ce moment arrivent à mi-mollet, et uniquement à la demande de jeunes. L’idée est de retrouver un esprit drapant, une masse de tissu riche et généreuse. Alors certains diront que ce n’est pas très pratique lorsque l’on s’assoit, ou qu’ils trainent toujours par terre au vestiaire. C’est vrai. En contrepartie, c’est bien plus agréable pour lutter contre le froid au niveau des jambes. Et puis le tailleur ne prend pas plus cher, alors pourquoi se priver? Si jamais le goût évolue, il est toujours possible de couper le bas, c’est très simple et peu onéreux.

A l’inverse, quelques uns veulent un manteau court, moderne, qui ‘m’élance’ me disent-ils. Pourquoi pas. J’ai arrêté la règle suivante qui donne de bons résultats : bras le long du corps, main tendu, soit aux trois-quarts de la cuisse, le manteau s’arrête au bout du majeur. Le trois-quarts idéal en somme. C’est une longueur efficace lorsque l’on fait de la voiture et que l’on veut du dynamisme.

Au milieu de ces deux longueurs butées, il reste bien entendu la longueur classique, au milieu du genoux disons.  Au dessus du genoux pour une touche plus moderne, en dessous du genoux pour une touche plus old-school. Bref, tous les choix sont ouverts. C’est le plaisir de la mesure ! Les militaires ont une règle sûre et universelle : ils ne se fixent pas sur le corps, mais sur une valeur absolue depuis le sol pour que tout le monde ait l’air identique. Capotes, manteaux d’officiers et de gendarmes se coupent à 33 cm du sol.

Belle semaine, Julien Scavini

Le poids des manteaux

Le manteau est une belle pièce de la garde-robe, et un investissement sûr si l’on regarde les nombreuses années où il sert. Pourtant, c’est une sorte de parent-pauvre et rares sont les clients à prévoir la saison hivernale à l’avance. Le directeur de Mario Dessuti m’avait raconté qu’il vendait des manteaux uniquement les jours de pluie. Comme si c’était le déclic obligatoire. Cette statistique était réellement stupéfiante. De son côté, mon fabricant réalise très peu de manteaux, à peine 1% du volume général de son service Demi-Mesure.

Le mois d’octobre est idéal pour commissionner un manteau, même si le pic semple être un peu plus tardif cette année, je pense à cause de la relative chaleur.

Si vous souhaitez commander chez votre tailleur un premier manteau, vers quoi s’orienter?

J’aurais tendance à penser qu’un bon drap bleu marine est idéal, car cette couleur est un peu plus polyvalente que le gris. En particulier, le week-end. Le bleu fait assez sport. Le gris ramène toujours à la notion d’urbanité, de sobriété triste. Un peu. Le bleu est un peu moins formel. Toutefois, si vous portez plutôt des jeans gris le week-end, le manteau gris sera très bien.

Est-ce que le manteau bleu ira bien avec un costume gris? Oui, bien sûr je n’y vois aucun inconvénient. Et puis, il est difficile d’avoir autant de couleurs de manteaux que de couleurs de costumes…

Le beige, tendance poil de chameau, plait énormément ces temps-ci. Très à la mode dans les années 90, il avait ensuite été délaissé. Mais voici que les jeunes le remettent sur le devant de la scène. Ce ton chaud a le même avantage que le marine, il fait habillé avec un costume et fait décontracté avec un chino.

Bleu, gris, beige, marron, les choix classiques chez Caccioppoli :

 

Question poids

Les drapiers proposent de moins en moins des draps 100% laine. Holland & Sherry, Loro Piana et les autres mettent toujours un peu de cachemire, entre 10 et 20% pour donner un peu de chaleur et de douceur en plus. Le cachemire apporte de la fluidité également.

Mais les poids sont de plus en plus légers. Généralement, les étoffes pèsent 480 à 580 grs au mètre. Ce qui est idéal pour les 5 à 6 mois d’hiver, surtout en France où le climat est doux. Mais qui est juste pour la période mi-janvier à mi-février, où la bise se fait ressentir. Je conseille alors toujours d’acheter un petit gilet matelassé sans manche, type Uniqlo, à la fois léger et très chaud. Il permet de compléter le manteau lors des grands froids.

En prêt-à-porter, les draps sont très légers. Parfois épais, mais ce n’est que de l’air. Un industriel m’a raconté un jour qu’il était préférable de faire des manteaux légers, car cela coûte moins cher en transport. Évidemment, si pour le même poids, il est possible de mettre 25% de manteaux en plus dans un conteneur, y’a pas à hésiter… Chez les  tailleurs, ce problème n’existe toutefois pas.

Je n’ai qu’une seule liasse vraiment à l’ancienne, et d’ailleurs les draps les moins chers, chez Dugdale Bros. Les manteaux classiques pèsent 640 grs et les motifs discrets (chevrons) 760 grs. Là c’est du très lourd et du très chaud. Du solide et du durable. Mais évidemment, ça n’a pas la luminosité des mélanges avec un peu de cachemire.

 

Un client me demandait la semaine derrière ce que j’en pensais. A vrai dire, ce n’est pas une question simple. Le très lourd est parfaitement chaud, mais le sera trop en septembre et en mai. C’est donc une question d’équilibre. Si pour vous le manteau représente déjà un investissement lourd, alors il vaut mieux profiter d’un drap solide et durable. Si vos moyens le permettent, faîtes aussi un manteau mi-saison, genre gabardine. Et si vous n’êtes pas frileux et que vous voulez un peu de préciosité, le mélange avec du cachemire est très bien.

Quant au 100% cachemire, il n’est généralement pas extrêmement lourd. Mais généralement, si on en a les moyens, on ne fait que passer de la moquette de l’auto à la moquette d’un intérieur confortable. Ce n’est donc pas une question de chaleur, mais de pure luxe.

Entre les deux, on trouve le poil de chameau. La même douceur que le cachemire (presque) et un peu plus de solidité. Une merveille, qui évidemment se trouve généralement uniquement dans la couleur d’origine, camel. Sauf chez Loro Piana qui arrive à le teinter, mention spéciale pour le bleu air-force superbe, de douceur et de fluidité, ci-dessous.

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Et puis il y a les fantaisies. Un manteau n’est pas obligé d’être uni. Un beau-chevron, une texture de laine bouilli, de l’ocre, du vert, on peut s’amuser !

Belle semaine, Julien Scavini

Le mocassin à pompons

On le dit ringard ou pire, de droite. On le pense disparu et mort. Pourtant, force est de constater que le mocassin à pompons continue de plaire, année après année.

La légende dit qu’il a été inventé en 1948 par le bottier du Massachusetts, Alden, à la demande d’un acteur d’Hollywood, Paul Lukas. Ce dernier avait ramené d’un voyage en Europe des pampilles en cuir qu’il voulait greffer sur un soulier. Après quelques essais naquit le mocassin à pompons que l’on connait encore aujourd’hui. Brooks Brothers copia rapidement le modèle, qui devient un must-have de l’élégance américaine, sous le nom tassel-loafer.

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La forme classique, ronde.

Le modèle classique est plutôt ample, rond et très confortable. Il n’a normalement pas besoin d’être fait, on plonge dedans directement. La forme est empruntée aux slippers, les souliers d’intérieurs, d’où est issu le mocassin jumeau : l’opera pump. La tige monte peu sur le pied, l’échancrure est assez prononcée, presque féminine. Ces pièces ont en commun d’être coupées d’une seule pièce.

La forme généreuse se reconnait au premier coup d’œil. Elle est épurée et ne présente pas de plateau cousu comme le mocassin classique appelé penny-loafer. Mais une couture décorative fait tout de même le tour de la partie avant, comme pour évoquer ce plateau. Les pampilles sont insérées directement sur le haut de la tige et un lacet décoratif, comme lié aux pompons, fait le tour de l’arrière.

Les bottiers pour rendre le modèle un peu plus à la mode ont tenté d’en affiner la silhouette, ce qui donne de mon point de vue un résultat maladroit. Le mocassin à pompons est joli s’il est assez ramassé, mais ce n’est que mon goût, je dois être trop conservateur. Les chausseurs le décline en de multiples formes, à bout carré, à semelle souple, non-doublé etc… Il est à la mode, donc il prend des formes multiples, du plus habillé au plus décontracté.

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Tassel-loafer de chez Carmina, plus élancé que le modèle classique, plus italien. On notera d’ailleurs la présence d’un vrai plateau cousu. Ce mocassin n’est pas réalisé en une pièce mais en trois, d’où la présence d’une petite couture à l’avant.

Question couleur, le tassel-loafer se décline dans tous les cuirs connus, veau, veau-velours voire même crocodile ou lézard chez Carmina. Avec un forme plus effilée que le modèle canonique. En veau-velours marine, c’est très racé me semble-t-il.

Du point de vue britannique, le mocassin noir est une légère curiosité. D’autant que le mocassin ne se porte pas – normalement – avec un costume. Chaussure semi-formelle, elle se prête préférentiellement au marron et ses déclinaisons et aux tenues sport. Toutefois, ce sont les américains qui ont inventé l’objet. Et ils le portent en box noir avec le costume. Alors, pourquoi se priver, d’autant que les italiens depuis longtemps ont cassé ce dogme. Il faut bien reconnaitre que les mocassins sont très confortables, et d’un grand chic.

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Toutefois, est-ce une chaussure facile à porter? Est-ce une chaussure pour débutant? La réponse n’est pas évidente. J’en ai eu très tôt. Puis pendant une période, j’ai détesté les mettre, je trouvais l’allure trop féminine, le pied trop précieux. Et puis j’y suis revenu avec grand plaisir. Curieux. Ce n’est pas une chaussure anodine. D’autant plus qu’elle est un peu typé ‘fric’ ou ‘XVIème arrondissement’. Mais il faut aller au delà de ce cliché et faire confiance à son propre goût. Si l’on ne se sent pas sûr, un penny-loafer est déjà très bien. Si l’on est très sûr, il faut les porter en veau-velours vert avec un jean blanc. Il faut oser. C’est une chaussure classique.

Bonne réflexion.

Belle semaine, Julien Scavini

Souliers marron ou noirs?

Au cours des nombreux rendez-vous que je peux avoir avec des jeunes gens en quête de leur costume de mariage, un point revient souvent : l’hésitation sur la couleur des souliers. Il semble que ce soit le grand doute concernant la couleur qu’il convient de mettre. Plus généralement, ce questionnement sur la couleur des souliers peut se poser avec un simple costume de travail. Il suffit de cinq minutes dans le métro pour découvrir l’abysse en culture bottière.

Essayons pas à pas d’y voir plus clair.

Il existe deux grandes catégories de souliers : les noirs et les marrons. Au cours du XIXème siècle, une couleur a dominé en ville : le noir. Les souliers marron existaient mais étaient très très rares. Les tenues bourgeoises étaient elles aussi foncées. Ainsi, le noir est depuis longtemps attaché aux souliers de ville, aux souliers habillés. A l’inverse, le marron issu de la vénerie est resté attaché à la campagne.

Dans les années 1900, la notion de vestiaire sport apparait. Les bottines allant avec ces tenues sont alors marron. Une dissociation nait vers 1900, souliers noirs à la ville et bottes ou bottines marron à la campagne.

Au cours des années 50, si ce n’est pas avant, la dissociation souliers noir ville et souliers marron campagne s’est estompée. On se met à porter des souliers noirs avec des tenues dépareillées, car on veut faire urbain et un peu bcbg et en même temps, le soulier marron devient possible avec le costume. Ce faisant, deux écoles s’opposent : ceux qui considèrent qu’en ville priment les chaussures noires, qu’importe la situation, et ceux qui pensent qu’en ville il est plaisant de pouvoir porter les deux pour différencier des situations.

De mon point de vue, avec un ensemble dépareillé, la chaussure marron est plus intéressante, 1- pour l’harmonie des couleurs et 2- pour bien marquer l’esprit décontracté. On retrouve ce débat autour du blazer, veste bleue qui s’associe généralement avec un pantalon gris. Certains se plaisent à le porter avec des souliers marron, soulignant là son origine très ‘club de sport’, d’autres l’associent avec des souliers noirs, accentuant son aspect semi-habillé, parfait pour un cocktail mondain façon bcbg. On note que les militaires de la marine, avec le blazer croisé portent des souliers noirs.

Pour les anglais, un costume de ville, donc porté au bureau par exemple, entraine l’obligation de porter des souliers noirs. Dans la banque et l’assurance, chez les avocats, c’est encore une règle logique. Pour un mariage, il serait de bon ton aussi de porter des souliers noirs, c’est un grand évènement formel.

Toutefois, en France et probablement ailleurs en Europe, surtout en Italie, la mode de porter du marron en ville avec un costume est très présente dès les années 50. Le costume marron beigasse est un classique de l’allure française des sixties, avec un petit chapeau trilby, à la Fantasio. Une manière je pense pour l’homme hexagonal de se dissocier de la mode très anglaise.

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Que faire de nos jours?

Il faut avoir à l’esprit que le soulier noir est habillé et qu’il est convenable avec un costume. Deuxièmement, le soulier noir ne va pas avec une tenue dépareillée. Point, et pas autrement. On ne met pas de souliers noirs avec une veste de tweed et un pantalon de velours par exemple, c’est curieux. Sauf peut-être si cet ensemble est fait de nuances de gris…

La grammaire a ses exceptions. Mais globalement retenir noir = costume et marron = décontraction, c’est bien.

Et pour le costume bleu marine?

Question curieuse souvent posée, en particulier par les femmes : peut-on associer un costume marine avec des souliers noirs. Je ne sais pas pourquoi on ne pourrait pas ? La règle est simple, un costume porté dans un bureau se met avec des souliers noirs. Sauf si en effet on suit la règle très ‘Elle’ ou ‘MarieClaire’ disant que le marine ne s’associe jamais avec du noir, alors…

Ne peut-on pas mettre de souliers marron avec un costume?

Une fois la règle posée et consciencieusement intégrée, il est possible d’aller plus loin. Ainsi, dès les années 30; un costume marine était de bon ton avec des souliers marron, pourquoi pas en veau-velours, comme le montrent les images d’Apparel Arts. C’est une question de tact. Bien sûr que des souliers marrons collent avec un costume bleu. Ci-dessous, le même costume que précédemment, mais dans une tenue plus décontractée, avec souliers marron.

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Et avec un costume gris?

Costume gris, chaussures marron? Chacun fait comme il veut. C’est pas impossible.

Si le costume est porté avec une chemise blanche?

Pour moi c’est radical. Chemise blanche = formalisme. Si je mets une chemise blanche avec mon costume, je mets des souliers noirs. Pareil si la chemise est colorée à col blanc. Des souliers marrons avec ce beau blanc écarlate en haut est un drôle d’attelage, formel / décontracté qui ne va pas.

Il faut faire attention à la ceinture!

Si vous portez des souliers marron avec votre costume bleu, ne portez pas de ceinture noire. Diantre. Les cuirs se répondent et s’harmonisent. Chaussures marron = ceinture marron. Une simplicité souvent non respectée, parole d’observateur métropolitain.

Il faut faire attention aux souliers marron!

Cette couleur oblige plus que le noir. Des souliers noirs s’entretiennent tellement plus facilement. Un coup de cirage, un peu de crème, et hop les voilà resplendissant. Les souliers marron sont pour 1- les gens riches ou 2- les gens précautionneux. Il faut bien les crémer et en prendre soin. La mode des souliers patinées est par ailleurs très intéressante … si l’on en prend soin. Mais diantre, combien de ploucs avec des godillots aux pieds à la fin. Combien d’affreuses chaussures marron jamais cirées? Toutes biscornues car elles ne voient jamais d’embauchoirs…

De nos jours, les souliers marron ont envahi l’espace. Chemise blanche et chaussures noires, symboles jadis de respectabilité, ne sont plus forcément dans l’air du temps. Bien que l’association chaussures noires + jean + chemise blanche soit elle en vogue… sans intérêt.

En bref et finalement, l’époque contemporaine c’est un peu le fait comme tu veux. Mais, il est possible de décréter que les vieilles règles ne sont pas si idiotes. Tout en jouant un peu avec. Par exemple, même en étant rigoriste, je peux reconnaitre que le costume en flanelle bleue est merveilleux associé à des chaussures en veau-velours.

C’est comme les tableaux de conjugaison. Il y a les grandes formules et celles un peu moins usitées, les synonymes plus raffinés etc… Il y a la base, et il y a ce qu’on en fait.

Belle semaine, Julien Scavini

L’Orient Express à Paris

L’Orient-Express… voilà un nom chargé de magie et de plaisir. Et bien figurez-vous qu’il existe encore. Et même mieux, toutes les semaines, vous pouvez faire Londres-Venise avec. Départ le jeudi midi à Londres. Un simple Eurostar conduit les passagers à Calais où le mythique train et ses rutilantes voitures attendent. De là départ pour le grand chic.

Mettez cette petite mélodie de Richard Rodney Bennett pour vous mettre dans l’ambiance.

Vers 21h, le train arrive à la gare de l’Est à Paris, pour une escale technique et pour accueillir quelques passagers supplémentaires. 180 personnes peuvent prendre place à bord. Le premier service du diner est aussi donné. Le train repart vers 22h. Après une charmante nuit bercée par le cliquetis des rails, c’est le moment du petit déjeuner vers la frontière Suisse, puis du déjeuner au fil des Alpes et enfin de l’arrivée à Venise après un thé – champagne à 18h. Presque toutes les semaines d’avril à novembre.

Alors certes, ce n’est pas le grande voyage, mais c’est déjà pas mal. Le Londres-Istanbul a lieu une fois par an. Mais les hôtes dorment alors une à deux nuits seulement dans les voitures, le train s’arrêtant de nombreux soirs dans une capitale, Vienne, Prague, etc… La raison est simple : pratiquement aucune cabine n’a de salle-de-bain, un handicap au XXIème siècle.

J’ai eu le plaisir d’être invité à découvrir le train, lors de son passage éclair à Paris. En catimini en marge de l’exploitation commerciale.

Sachez-le. Presque tous les jeudi soir d’avril à novembre, vers 21h, le convois spécial arrive au quai numéro 5 de Paris-Est, le seul de la capitale ayant la longueur requise pour accoster les 17 voitures, soit 500m. Et tout un chacun peut aller zieuter, le quai accueillant par ailleurs un autre train ‘civil’.

Quel plaisir, quelle magnificence. A une époque où tout est moche et ordinaire, en particulier les trains, c’est vraiment un plaisir exquis.

Rendez-vous m’était donc donné par l’ancien directeur de la ligne à 20h50 dans une gare très calme.

Quel étonnement de voir un pareil train sorti d’un autre âge. Les lettres de laitons, les toits blancs et les boggies parfaitement nettoyés. Toutes les voitures sont d’époque. Elles ont été restaurées et entre chaque saison bénéficient de travaux généraux. La compagnie anglaise Belmond basée à Venise qui exploite cette ligne en possède 18. La SNCF en possède 4 également, mais en moins bon état, celles qui furent d’ailleurs exposées à l’Institut Du Monde Arabe en 2014.

Sautons-le pas et montons à bord. Les longs couloirs, les nombreuses boiseries, la moquette épaisse. Dans la première voiture, qui était à l’origine en mauvais état, trois suites avec de vraies salles-de-bain ont été réalisées. Les autres sleeping car présentent de simples compartiments où les banquettes s’escamotent en lit le soir venu, avec un étroit cabinet de toilette.

 

Descendons vite, les clients arrivent. Les trois voitures restaurants (vous reconnaitrez les décors d’Hercules Poirot) sont épaulées par trois voitures cuisines. Une sacrée logistique. Le diner ayant lieu, difficile de monter, à part dans une section vide ce soir là, où des panneaux de Lalique habillent les murs. Quelle beauté! Au menu, c’était homard en entrée, puis filet de bœuf à la truffe. Et smoking de rigueur.

 

Sur le quai, les services chargent de l’eau dans les voitures pour la toilette. Un peu de personnel s’affaire. Le chef de train est en queue-de-pie à boutons dorés, les stewards sont en livrée bleue et les serveurs du restaurant en spencer blanc. Une belle hiérarchie vestimentaire, à côté du poly-laine gris déprimant de la Société Nationale des Chemins de Fer Français…

 

Mais voilà déjà le coup de sifflet. Prêt au départ !

 

Merveilleuse semaine ! Julien Scavini