La manche raglan

Chez les tailleurs et les couturières, les manières de monter les manches sont légion. En particulier chez la femme où l’on peut trouver des manches ballons, des manches gigots, des manches froncées, façon chauve-souris, dolman, j’en passe et des meilleures. Mais de manière générale, il existe seulement deux façon de penser une manche : soit elle est rapportée sur un corps autour d’une emmanchure (la manche montée) soit elle fait partie du haut du corps. La première version est la plus courante et la plus ancienne. Et de nos jours la plus utilisée. La plupart des vestes possède des manches montées.

L’autre variante a été développée durant la première moitié du XIXème, et a pris le nom de l’homme pour qui elle aurait été inventée : FitzRoy Somerset, 1er lord Raglan (1788-1855).

L’homme, un aristocrate et militaire Anglais a perdu son bras droit lors de la Bataille de Waterloo. Aide de camps de Wellington, il occupe ensuite divers postes haut-placés. Il fréquente donc les bons tailleurs et faiseurs.

La légende raconte qu’Aquascutum aurait développé pour Lord Raglan cette manche spéciale pour camoufler son absence de bras. Histoire bancale, car la célèbre maison des impers caoutchoutés est née en 1851, alors que l’homme a perdu son bras en 1815 et qu’il meurt en 1855.

Une autre légende faire remonter la création de cette manche à un problème de fourniture durant la guerre de Crimée (1853-1856), alors que Lord Raglan est commandant en chef des forces britanniques d’Orient. Manquant de manteaux, il aurait confectionné dans des sacs de pommes-de-terre de quoi vêtir ses hommes simplement. La manche était donc probablement proche du kimono.

La manche raglan a donc deux origines possibles, l’une érudite, l’autre façon système D.

monte vs raglan

Quoiqu’il en soit, la manche raglan se reconnait au fait qu’elle est cousue dès l’encolure et constitue toute l’épaule de la veste. Elle est généralement assez souple, avec peu d’épaulette. Elle crée une silhouette très ronde et des épaules très coulantes. Son confort est exceptionnel, tous les mouvements sont possibles.

En revanche, la manche raglan n’est pas très fine. Alors que les manches montées peuvent être très étroites, le raglan est très ample.

Cette ampleur va de pair avec le corps sur lequel est elle montée. C’est ainsi que les manteaux raglan sont généralement coupés en poire, plutôt amples. Dans les années 50 puis 90, les manteaux raglan se portaient ceinturés, mais je trouve l’attelage curieux. Un modèle cintré et près du ventre paraitra démesurément ample aux épaules.

Car c’est le paradoxe du raglan. Malgré son aspect coulant, il fait quand même des épaules généreuses.

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Les tailleurs avec leur immense génie géométrique ont aussi développé des variantes, comme la manche marteau, qui commence comme un raglan mais fait une encoche. Et puis il y a le summum de l’art tailleur, ou quand l’arrière de la manche et le dos sont raglan (pour le confort) et que l’avant est une manche montée (pour l’allure fine). Alors là, le zénith de la couture! Une tannée à faire probablement. Arnys produisait beaucoup de modèles ainsi, le défis sans doute, du rarement vu aussi.

raglan marteau

Les tailleurs n’aiment pas beaucoup faire du raglan en général. Difficile à patronner, il n’est pas facile à régler, en particulier l’aplomb (la verticalité) de la manche qui ne peut pas être corrigé. Ou très difficilement. C’est plutôt une manche de prêt-à-porter, car pour le coup en industrie, la manche raglan est d’une grande facilité de montage.

Toutefois, l’époque n’aime plus beaucoup le raglan. Sur une veste, ça n’a jamais été très beau de toute manière. Seul le manteau s’y prête bien. Mon atelier italien propose le modèle Burburry classique, raglan avec col chemise, mais je n’en fais pas souvent.

Les seuls qui apprécient l’épaule raglan semblent être les grands équipementiers sportifs, Nike Adidas et consort, qui réalisent pas mal de maillots et de blousons légers avec de telles épaules. Pour les t-shirts, c’est l’occasion de faire d’amusantes oppositions de couleurs.

Enfin, le mot raglan ne s’accorde pas. On dit une épaule raglan. Et non raglante. Une manche raglan. J’ai longtemps hésité.

Belle semaine, Julien Scavini

La longueur des manteaux

Suite de l’article précédent sur l’importance du poids des tissus à manteaux, la longueur, autre point essentiel, à la fois d’allure mais aussi de confort.

Depuis quelques années, les manteaux ne cessent de raccourcir, après des années 90 marquées par l’extrême longueur des pardessus. Combien de films avec Michael Douglas et d’autres arborant de grands modèles, souvent camel, dans un goût très Cerruti ou Dior grande époque. Des coupes amples, qui drapaient et des pans très longs donnant presque l’impression de capes. Quel style.

Pourquoi les manteaux se sont-ils raccourcis? La première réponse pourrait être le goût, tout simplement. La modernité, c’est un peu le chiche en ce moment. Petit revers, petites poches, petits manteaux. L’allure est dit-on plus dynamique. On le disait aussi dans les années 90…

Mais au delà du goût, injustifiable comme les couleurs, comment quantifier la part du choix économique dans cette tendance au toujours plus court? Un manteau long, c’est un métrage important de tissu, donc un coût. Un peu comme un tissu lourd, qui représente un coût en transport et en matière. En l’espace de trente ans, les manteaux ont raccourci et se sont allégés. Moins de longueur, moins de matière, moins de poids. Gains à tous les niveaux pour les vendeurs!

Toutefois, en mesure ce problème n’existe pas, on fait ce que l’on veut. Et force est de constater que le très long est dans l’air du temps. Certes, les volumes de manteaux sont faibles en mesure. Alors peut-être que mon échantillon n’est représentatif que d’une niche d’amateurs.

Quoiqu’il en soit, une légère majorité des manteaux que je fabrique en ce moment arrivent à mi-mollet, et uniquement à la demande de jeunes. L’idée est de retrouver un esprit drapant, une masse de tissu riche et généreuse. Alors certains diront que ce n’est pas très pratique lorsque l’on s’assoit, ou qu’ils trainent toujours par terre au vestiaire. C’est vrai. En contrepartie, c’est bien plus agréable pour lutter contre le froid au niveau des jambes. Et puis le tailleur ne prend pas plus cher, alors pourquoi se priver? Si jamais le goût évolue, il est toujours possible de couper le bas, c’est très simple et peu onéreux.

A l’inverse, quelques uns veulent un manteau court, moderne, qui ‘m’élance’ me disent-ils. Pourquoi pas. J’ai arrêté la règle suivante qui donne de bons résultats : bras le long du corps, main tendu, soit aux trois-quarts de la cuisse, le manteau s’arrête au bout du majeur. Le trois-quarts idéal en somme. C’est une longueur efficace lorsque l’on fait de la voiture et que l’on veut du dynamisme.

Au milieu de ces deux longueurs butées, il reste bien entendu la longueur classique, au milieu du genoux disons.  Au dessus du genoux pour une touche plus moderne, en dessous du genoux pour une touche plus old-school. Bref, tous les choix sont ouverts. C’est le plaisir de la mesure ! Les militaires ont une règle sûre et universelle : ils ne se fixent pas sur le corps, mais sur une valeur absolue depuis le sol pour que tout le monde ait l’air identique. Capotes, manteaux d’officiers et de gendarmes se coupent à 33 cm du sol.

Belle semaine, Julien Scavini

Le poids des manteaux

Le manteau est une belle pièce de la garde-robe, et un investissement sûr si l’on regarde les nombreuses années où il sert. Pourtant, c’est une sorte de parent-pauvre et rares sont les clients à prévoir la saison hivernale à l’avance. Le directeur de Mario Dessuti m’avait raconté qu’il vendait des manteaux uniquement les jours de pluie. Comme si c’était le déclic obligatoire. Cette statistique était réellement stupéfiante. De son côté, mon fabricant réalise très peu de manteaux, à peine 1% du volume général de son service Demi-Mesure.

Le mois d’octobre est idéal pour commissionner un manteau, même si le pic semple être un peu plus tardif cette année, je pense à cause de la relative chaleur.

Si vous souhaitez commander chez votre tailleur un premier manteau, vers quoi s’orienter?

J’aurais tendance à penser qu’un bon drap bleu marine est idéal, car cette couleur est un peu plus polyvalente que le gris. En particulier, le week-end. Le bleu fait assez sport. Le gris ramène toujours à la notion d’urbanité, de sobriété triste. Un peu. Le bleu est un peu moins formel. Toutefois, si vous portez plutôt des jeans gris le week-end, le manteau gris sera très bien.

Est-ce que le manteau bleu ira bien avec un costume gris? Oui, bien sûr je n’y vois aucun inconvénient. Et puis, il est difficile d’avoir autant de couleurs de manteaux que de couleurs de costumes…

Le beige, tendance poil de chameau, plait énormément ces temps-ci. Très à la mode dans les années 90, il avait ensuite été délaissé. Mais voici que les jeunes le remettent sur le devant de la scène. Ce ton chaud a le même avantage que le marine, il fait habillé avec un costume et fait décontracté avec un chino.

Bleu, gris, beige, marron, les choix classiques chez Caccioppoli :

 

Question poids

Les drapiers proposent de moins en moins des draps 100% laine. Holland & Sherry, Loro Piana et les autres mettent toujours un peu de cachemire, entre 10 et 20% pour donner un peu de chaleur et de douceur en plus. Le cachemire apporte de la fluidité également.

Mais les poids sont de plus en plus légers. Généralement, les étoffes pèsent 480 à 580 grs au mètre. Ce qui est idéal pour les 5 à 6 mois d’hiver, surtout en France où le climat est doux. Mais qui est juste pour la période mi-janvier à mi-février, où la bise se fait ressentir. Je conseille alors toujours d’acheter un petit gilet matelassé sans manche, type Uniqlo, à la fois léger et très chaud. Il permet de compléter le manteau lors des grands froids.

En prêt-à-porter, les draps sont très légers. Parfois épais, mais ce n’est que de l’air. Un industriel m’a raconté un jour qu’il était préférable de faire des manteaux légers, car cela coûte moins cher en transport. Évidemment, si pour le même poids, il est possible de mettre 25% de manteaux en plus dans un conteneur, y’a pas à hésiter… Chez les  tailleurs, ce problème n’existe toutefois pas.

Je n’ai qu’une seule liasse vraiment à l’ancienne, et d’ailleurs les draps les moins chers, chez Dugdale Bros. Les manteaux classiques pèsent 640 grs et les motifs discrets (chevrons) 760 grs. Là c’est du très lourd et du très chaud. Du solide et du durable. Mais évidemment, ça n’a pas la luminosité des mélanges avec un peu de cachemire.

 

Un client me demandait la semaine derrière ce que j’en pensais. A vrai dire, ce n’est pas une question simple. Le très lourd est parfaitement chaud, mais le sera trop en septembre et en mai. C’est donc une question d’équilibre. Si pour vous le manteau représente déjà un investissement lourd, alors il vaut mieux profiter d’un drap solide et durable. Si vos moyens le permettent, faîtes aussi un manteau mi-saison, genre gabardine. Et si vous n’êtes pas frileux et que vous voulez un peu de préciosité, le mélange avec du cachemire est très bien.

Quant au 100% cachemire, il n’est généralement pas extrêmement lourd. Mais généralement, si on en a les moyens, on ne fait que passer de la moquette de l’auto à la moquette d’un intérieur confortable. Ce n’est donc pas une question de chaleur, mais de pure luxe.

Entre les deux, on trouve le poil de chameau. La même douceur que le cachemire (presque) et un peu plus de solidité. Une merveille, qui évidemment se trouve généralement uniquement dans la couleur d’origine, camel. Sauf chez Loro Piana qui arrive à le teinter, mention spéciale pour le bleu air-force superbe, de douceur et de fluidité, ci-dessous.

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Et puis il y a les fantaisies. Un manteau n’est pas obligé d’être uni. Un beau-chevron, une texture de laine bouilli, de l’ocre, du vert, on peut s’amuser !

Belle semaine, Julien Scavini

Le col en velours

L’hiver semble s’installer plus vite qu’on ne l’aurait souhaité. Hélas. La saison du manteau est déjà lancée à la boutique. Il faut dire que plus le temps passe, plus les clients pensent à passer commander tôt. Compte tenu des délais, un manteau décidé en décembre ne sert pas à grand chose hélas.

Lors de la commande, il est souvent question du col, en velours ou pas? Je dois dire avoir été pendant très longtemps étranger à ce goût que je ne connaissais pas. Mais je constate qu’il est assez commun et que beaucoup de messieurs me posent la question, même si a priori, ce n’est pas leur goût spontané. Un marqueur de l’anglicisme des français en matière vestimentaire? L’idée est assez ancrée : un beau manteau aurait un col de velours. Vrai ou faux?

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Le mythe dit que les aristocrates anglais ont inventé cet usage stylistique comme une marque de souvenir envers les nobles français étêtés à la révolution. Je pense qu’il n’en est rien l’histoire l’atteste. Sauf qu’elle ne donne pas de raison. A mon avis, c’est tout simplement pour une raison pratique que cette mode est apparue. Les manteaux lorsqu’ils sont beaucoup portés ont tendance à s’élimer au bord du col. La raison principale est le frottement contre l’écharpe qui crée une abrasion. Les millions de petits mouvements du cou au cours d’une vie de manteau érodent le bord du col. Comment remplacer celui-ci? Soit le tissu n’existe plus, soit le nouveau tissu n’est pas de la même teinte. En posant une pièce de velours, on résout cette question. Un peu comme une coudière maquille un trou dans une manche. Le velours peut se remplacer souvent pour toujours garder au manteau une allure impeccable. Ça c’est aristocratique!

Dès lors le truc du tailleur devient une mode, plus ou moins marquée suivant les époques. Alors peut-on faire un manteau avec un col en velours dès le départ? Je dirais que oui, car c’est très élégant et raffiné. Le velours, dense et profond apporte une touche de dignité à un manteau, une marque statutaire intéressante.

J’aurais tendance à penser qu’il n’est pas nécessairement lié à une attitude décontractée ou formelle. Sur un manteau anthracite ou marine, poser un velours noir ou bleu nuit ne rend pas le manteau plus sport. Bien au contraire. Et à l’inverse, poser un velours marron sur un cover-coat olive ne le rend pas plus habillé. C’est donc un signe presque égale de mon point de vue.  Quant à l’idée de poser un velours d’une autre couleur que la dominante générale, je préfère laisser cela aux stylistes, je trouve que c’est un truc bien gratuit et excessif. La sobriété est la mère de l’élégance.

Bonne semaine, Julien Scavini

La couleur des manteaux

Si l’hiver vous avez un peu froid et que la doudoune, réponse contemporaine et presque universelle, ne vous fait pas envie, vous portez certainement un manteau de laine. J’ai déjà écrit sur Stiff Collar un nombre important de billets sur les différentes formes de manteaux, droit, croisé, de pluie, raglan etc… Si les longueurs ont beaucoup varié, le standard classique à travers les époques reste quand même derrière le genoux ; plus long est très typé années 30 ou 80 alors que plus court voire trois-quart est 60’s ou contemporain. Aujourd’hui, intéressons nous à la couleur, variable suivant les goûts.

Pendant très longtemps, le pardessus classique anglais était anthracite. Il était rarement noir, bien que, associé à un col de velours noir également, puisse être d’une grande élégance avec un chapeau homburg.

Le pardessus anthracite pouvait se porter en alternance avec un pardessus en whipcord un peu olive. C’est disons l’attelage classique anglais.

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Le gris était d’ailleurs la couleur la plus répandue pour les costumes, les liasses en étaient principalement constituées. Peut-être parceque la teinture bleue coûtait plus chère?

Toujours est-il qu’aujourd’hui, c’est le bleu qui recueille le plus de votes favorables. Et à la limite, j’en suis très content, tant cette couleur peut être lumineuse, y compris dans des tons très sombres. Aussi, lorsqu’un client demande un conseil pour un beau manteau, je l’oriente vers un drap bleu marine, plus ou moins lumineux suivant son goût. L’avantage du bleu est d’être plus versatile, c’est à dire qu’il complète admirablement un costume (bleu ou gris d’ailleurs) et qu’il est aussi parfait avec un jean ou un chino le week-end. Le bleu apparait soit comme formel et habillé soit plus sport. C’est un avantage indéniable. Un manteau anthracite sur un chino et des chaussures de toile le week end n’est pas esthétique. Au moins ce choix est simple.

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Ceci dit, ce serait vite passer sur le gris que de considérer exclusivement le ton anthracite. A l’opposée du gradient, il y a le gris clair. Cette nuance se fait une place dans le cœur des amateurs de beaux vêtements. Les pantalons de flanelle claire, parfois presque blanche, sont très commandés en ce moment. Ainsi, un manteau gris clair dans un drap plus sec parait très intéressant. Il est plus contemporain que son grand frère anthracite et fait bon ménage, à la fois avec un costume (mention spéciale pour les costumes gris et les souliers marrons) et les vêtements décontractés. Un chino beige va très bien avec le week end.

En parlant de beige, il est possible d’évoquer avec plaisir cette autre couleur à la mode, le camel. Comme son nom l’indique, la couleur découle de la teinte naturelle de la laine du chameau. Et la laine de chameau est aussi douce que le cachemire et plus solide! Les couturiers italiens comme Brunello Cucinelli ou Loro Piana en ont fait leur marque de fabrique. Et bien un manteau beige, c’est aussi très joli. Par contre, c’est assez sport, y compris avec le costume. Ceci dit, ce n’est plus un point qui rebute grand monde. Car même en étant sport ainsi, on reste quand même cent fois mieux habillé que le commun. Pour alléger cette couleur très franche, j’émettrai simplement l’opinion suivante : un trois-quart sera plus léger visuellement et fera moins old fashion. Mais ce n’est qu’un avis.

Un manteau beige peut aussi être réalisé en coton lourd, genre manteau de mi-saison. C’est un choix archi-classique mais pourtant si joli à porter !

Pour revenir sur le bleu, il existe aussi une teinte bleu ciel / bleu horizon (donc un peu grise) très élégante et facile à manier.

J’oubliais de vous parler d’autres matières. Car l’on est pas obligé de recourir à un drap de laine peignée. Il est par exemple possible de s’amuser à faire un manteau avec 1- du coton lourd dans l’esprit manteau de pluie, 2- du whipcord lourd, très lumineux et endurant, 3- du tweed. Car oui, il est possible de réaliser un manteau mi-saison avec un Harris Tweed par exemple. C’est un peu à mi-chemin vous me direz. Mais pour en avoir réalisé un récemment, c’est très agréable à porter (j’imagine, il faudrait demander au client) et à voir. Et là, c’est carton plein le week end. Quant à la semaine, sur un costume, l’effet est quand même très direct.

Je ne vais pas évoquer l’idée de faire un manteau à rayures, ou un manteau à carreaux, ni même les manteaux colorés rouge ou jaune qui ne sont pas classiques et pourtant si représentés au Pitti. Il m’apparait que ce sont des pièces sympathiques mais très typées. Or un manteau se garde des années, alors autant faire discret.

Par contre, un beau manteau vert, dans une flanelle par exemple, c’est admirable. Comme le Loden arpente les rues depuis des décennies, notre œil est habitué. Le vert va très bien avec un costume gris foncé, c’est même une merveille. Le vert va pas mal avec certains bleus (soit marine très profond, soit bleu air force). Et le vert va bien avec le beige, le marron et les autres couleurs du week end !

Je n’évoque pas le manteau marron, qui est à mon avis difficile à porter. Le marron en grand volume a tendance à donner une teint terreux à son porteur. Si un modèle Barbour semble classique et tout à fait portable, je suis réservé sur un manteau ainsi réalisé. Sauf, si le motif est à chevrons, auquel cas le résultat peut être magnifique, très sport dans le sens british. Mais ce n’est pas le manteau le plus versatile, il faut bien l’avouer !

 Bonne semaine Julien Scavini

La canadienne

Le froid est revenu et depuis que j’ai un scooter, chose véritablement libératrice lorsque l’on vit à Paris, j’ai froid ! Ce nouveau mode de vie m’a poussé subitement à abandonner le manteau, pourtant si agréable et élégant. Fini le drap de laine et cachemire, les cols en velours et la longueur généreuse, car assis, cela ne fonctionne pas ! Mince alors. Je n’y croyais pas beaucoup du reste, mais force est de constater que dès 30km/h, il gèle!!!

Je me suis donc intéressé au vestiaire ‘sport’ ou ‘militaire’ moderne et ancien. Bien évidemment, il est toujours possible de prendre une doudoune rembourrée de plume, LE vêtement du moment (on s’excuse (et on s’alarme) auprès des oies, parfois plumées vivantes en Chine). Canada Goose, Schott NYC et Pyrenex apparaissent comme les faiseurs historiques de ce vêtement dont les premiers exemplaires remontent aux années 40. A l’époque on l’appelait plutôt parka bien que le matelassage caractéristique soit arrivé plus tard. Les prémices de ce vêtements se trouvent dans les vêtements ‘bibendum’ des pilotes civils et militaires des années 20 et 30, qui portaient des manteaux tout en mouton retourné (poil laineux vers l’intérieur et capuche en fourrure). L’excellent livre Vintage Menswear de Sims, Luckett & Gunn aux éditions Laurence King montre de nombreuses pièces de la sorte.

Récemment, je lisais un article sur Alain Juppé qui racontait son mode de vie et ses rites bordelais. Au détour d’une phrase était citée sa fameuse canadienne verte, un peu défraichie, qui ne le quitte pas. Je me suis alors demandé ce qu’était une canadienne. Pour moi, le mot sonnait très années 90. Quand j’étais petit, il allait de paire avec la cagoule et autres errements vestimentaires. La canadienne… voici bien un vêtement vintage.

Au cours de ma petite recherche, j’ai découvert que ce vêtement est arrivé en France durant les années 30. Jean Gabin et Jean-Paul Belmondo dans Un Singe en Hiver réalisé par Henri Verneuil en 1962 portent une canadienne. Le vêtement est caractérisé par sa longueur à peine trois quart, ses poches ventrales, son boutonnage croisé et son col châle très enveloppant réalisé en feutre de laine dense, quand le corps est plus souvent en gabardine imperméable de coton ou de laine. Le col recouvert de laine de mouton est venu plus tard.

ILLUS86En France, nous l’appelons canadienne car c’est certainement de là-bas que les premiers modèles furent importés. Le vêtement puise en effet son origine autour des grands lacs Michigan et Huron. Plus précisément, ce manteau court fût développé et commandé vers 1811 pour vêtir les militaires d’un camp anglais, le Fort Saint Joseph. Il fut réalisé par des amérindiens qui lui donnèrent le nom de mackinac ou mackinaw d’après l’appellation du passage reliant les lacs Michigan et Huron, le détroit de Mackinac. Par la suite, les trappeurs et marchands rendirent populaires le modèle, chaud et utilitaire. Dans les années 20, il était très populaire, en particulier après des bûcherons et autres travailleurs en extérieur. L’armée américaine utilisa le modèle dès la première guerre mondiale et en 1938, le vêtement devint officiellement un uniforme, teinté en vert olive. La mackinaw pris le nom de Jeep coat.

Au début du siècle, les canadiennes étaient réalisées en cuir de cheval, car c’était le cuir le plus résistant qui soit. Les chevaux étaient abondants, car ils servaient à la ferme et en ville pour tracter les véhicules. Avec leur disparition progressive, le cuir devint plus cher et il fut abandonné. Cela en faisait le vêtement par excellence des travailleurs des pays froids. La goodyear Rubber Company fabriquait des exemplaires non croisés en cuir de cheval.

De nos jours, ce vêtement est un peu tombé en désuétude, même si quelques maisons en éditent de temps à autre, comme Gap. Son aspect un peu militaire, dû en partie à la couleur olive, rend la canadienne populaire auprès des jeunes. Pour autant, il n’est pas le vêtement le plus élégant qui soit. La pièce est charmante ceci dit, surtout lorsque l’on voit son patronage, ci dessous. Ma quête continue donc !

Pour les amateurs donc, le tracé par LadevèzeDarroux 1966 :

canadienne patronnageBelle semaine, Julien Scavini

Manteaux doudounes !

Récemment, je discutais avec un client de mon humble contribution à la littérature vestimentaire, toujours heureux d’entendre les critiques qui me sont faites. Celui-ci me reproche deux oublis. Le premier est de n’avoir pas cité Edward Green dans les bonnes adresse. Un réel oubli ! Le second est plus intéressant. Il concerne le chapitre des manteaux.

Si j’ai essayé de parler de toutes les modèles, capes, croisé, covert coat, trench, puis Barbour et blousons en peau d’inspiration militaire, j’ai oublié une bonne partie consacrée aux doudounes modernes et autres vêtements d’hiver, à la fois techniques et élégants.

Car évidemment, les parkas de ski ne font pas partie du propos de ModeMen, ni même de Stiff Collar. Ceci dit, ces dernières se sont glissées discrètement mais sûrement dans nos penderies depuis quelques temps maintenant. Mais pas tout à fait sous la même forme blanche à galons oranges fluos !

Ces parkas modernes et urbaines sont techniques mais peuvent aussi avoir recours à des matériaux classiques, comme la flanelle ou la fourrure.

Les deux raisons de leur appropriation rapide sont là. Les modes de vie urbains et le travail en bureau rendent le port de costumes chauds et aussi des trois pièces compliqué. Ainsi, les vendeurs de costumes et les fabricants de tissus vendent en priorité des laines appelées ‘4 saisons’, avec un poids moyen à léger (250/280grs).

Ainsi, le besoin d’un vêtement de dessus très chaud se fait sentir. Mais le manteau long et lourd n’a plus la côte. Dans les brasseries où les porte-manteaux ont disparus, il est impossible de ranger ce dernier sans l’abimer sur le dossier d’une chaise ou le bas qui traine par terre. A scooter, il n’est pas non plus pratique. Et enfin, composé essentiellement de laine, même épaisse, il finit par prendre l’eau.

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Dans le même temps, les industriels de la laine, en particulier Loro Piana avec son ‘StormSystem’, ont développé des tissus à la fois classiques (comme les flanelles voire même des cachemires peignés) et techniques, car résiliant à l’humidité, déparlant à l’eau et coupe-vent, avec un poids très raisonnable.

Les industriels de la confection ont senti le vent venir et se sont adaptés également. Ainsi sont apparus dans un premier temps des manteaux classiques type covert-coat, mais plus court (trois quart) et pourvus de détails modernes comme la fermeture centrale à zip. Dans un second temps sont apparues des vestes très sports, intégrant des parementures zippées ou des empiècements de pulls à capuche ou à col cheminé. Moins racées que leurs grandes sœurs en tweed, elles conviennent néanmoins à une très large frange de la population qui cherche un classique chic et moderne. Parfois bi-matières, alliant la flanelle bleu à la suédine marron, elles sont polyvalentes, tant en terme de confort et d’usage que de style.

Dernière apparition en date, la fameuse doudoune. Déjà à la mode dans les années 80, ce vêtement bibendum gonflé aux plumes d’oies s’est modernisé : nylon très légers et très chauds, zip posés au laser etc. Et enfin, tissus classiques. C’est ainsi que les grandes marques se sont ruées sur ces pièces, qui dès lors avaient leur place dans les rayonnages chics, chez Zegna, Hermès, Moncler le spécialiste et bien d’autres…

Une estimable maison comme Arthur et Fox ne s’y est pas trompé, mettant en avant, par dessus ses petits complets en flanelle des doudounes et parkas de la marque italienne Herno. Confort et classicisme.

Pour conclure, j’émets d’une certaine manière des louanges envers ses pièces d’un usage agréable et utile, même si je continue de penser qu’un beau manteau est bien plus alluré et élégant. Mais avoir les deux est aussi possible.

Je remarque enfin un fait amusant. Pour une fois, l’élégance masculine ne s’est pas appauvrie. Car on aurait pu croire que ces fameuses doudounes des années 80 finiraient par prendre le dessus. D’une société de beaux manteaux peignés foncés, nous serions passés à un monde rempli de couleurs flashy et de formes rembourrées disgracieuses. Et bien non ! Il n’est est rien, le classicisme a gagné. La flanelle si longtemps délaissée s’est taillée une place de choix dans ce nouvel univers. Les coloris et les formes restent classiques ! Ouf! Comme quoi, le mouvement de progrès n’est pas forcément tourné vers le bas ou l’affadissement, mais peut au contraire faire d’amusants aller et retour haut et bas !

Bonne semaine, Julien Scavini.