Les longueurs des manteaux

En marge des précédents articles sur les manteaux, et alors les températures se raccrochent encore à l’hiver, étudions ce soir les longueurs types de ces derniers. Car la mode évoluant, les longueurs évoluent aussi. Et d’une certaine manière, vers le riquiqui, mais ne nous fâchons pas ! Étudions la planche ci-dessous :

longueur manteau

De haut en bas :

  1. La sur-veste. Longueur classique et très sport, sur le modèle des Barbour. Il est plus long que la veste de quelques centimètres, pour arriver à la fin de la main. Idéal pour l’ordinaire et les mises décontractées du week-end.
  2. L’auto-coat. Comme son nom l’indique, il fit fureur dans les années 60, la conduite automobile se démocratisant. Alliant style d’un manteau classique et longueur raccourcie, il est presque devenu le standard de nos jours, notamment avec le développement des ‘cabans’.
  3. Vers le genoux ou au dessus de celui-ci. Typique des manteaux raglans et autres imperméables classiques, c’est une longueur qui laisse de l’aisance pour marcher ou faire des activités de loisir.
  4. A la ville, la longueur typique était et reste entre mi-mollet et en dessous du genoux. Oui c’est peu long, mais la proportion est satisfaisante, notamment si l’on est attentif à la position des poches. 3 boutons est moderne, 4 boutons en classique.
  5. Entre mi-mollet et la cheville, standard ancien que l’on ne voit plus guère. A l’instar du duc de Windsor, vous le sortirez pour les soirées à l’Opéra.

Et vous, quelle est la vôtre ? Bonne semaine, Julien Scavini

 

Le manteau anthracite

Finissons cette semaine sur les manteaux, alors même que le printemps pointe son nez. Le manteau anthracite donc, qui constitue l’ultime choix pour le élégants à la ville, et peut-être même le seul manteau qu’il faudrait avoir ; seul manteau absolument classique, plus que le noir en tout cas, et complémentaire d’un pardessus plus sport, dans les tons marrons, peut-être même dans le genre blouson ou Barbour.

Le premier modèle, le plus simple pourrait être appelé Chesterfield, bien que ce modèle d’après Bernhard Roetzel soit réalisé dans un chevron fondu. Mais on peut tout à fait l’envisager dans une lourde flanelle, ou un drap fort peigné. C’est l’excellence même ! ; manteau de tous les jours, si vous êtes en costume, par dessus des tons marines ou gris. Si le pardessus est très foncé, il aura l’avantage d’être parfaitement passe-partout. Il pourra même intégrer quelques pour-cents de cachemire, pour la douceur. Notons qu’un manteau se conserve des années, car vieillit plutôt lentement. Ceci dit, faire à son sujet un achat un peu couteux est vraiment un bon investissement. Car un manteau pas cher ne tient pas chaud (les tissus sont légers, car simplement le transport en conteneur de marchandises se paye au poids) et se fatigue vite, entre lustrage et épaules qui tombent.

manteaux anthracitesSi l’on va un peu plus loin, abordons le thème du manteau de ville, un peu plus sport avec le modèle ‘british warm’. Traditionnellement ce manteau est réalisé dans un drap chaud de laine dans les tons marrons / beige. Ceci dit, si vous affectionnez les mises en noir et blanc mais un peu ‘sports’ (le prince de galles classique est à ce sujet un must-have), il pourra se présenter dans un grand chevrons anthracite. Le ‘british warm’ est croisé et peut avoir deux cols : celui du ‘polo-coat’ ou ‘voyager’, donc un grand col facile à porter relevé, ou celui du croisé, à savoir deux pointes simples. Il possède classiquement des épaulettes, rappelant son origine militaire, mais elles ne sont peut-être plus tout à fait à la mode. J’espère que pour l’hiver prochain, votre choix sera plus éclairé 😉

Julien Scavini

Le manteau bleu marine

Pour rebondir sur l’article d’il y a quinze jours, j’ai réalisé ce jour deux illustrations avec des manteaux. Il me semble que c’est un choix un peu moins classique ou britannique de faire faire un manteau bleu. Pour autant, c’est un choix d’esthète de nos jours, le bleu était une très belle couleur, avec une immense profondeur. L’avantage du bleu marine : il est toujours plus lumineux que l’anthracite à nuance égale.

manteaux bleu marine

Deux modèles passent très bien en bleu. Le premier est le Rain-coat, raglan ou à manches montées, sur le modèle du Macintosh. En lourde toile de coton ou alors en fin whipcord, c’est peut-être l’un des pardessus les plus versatiles qui soient, à la fois urbain et sport. Il peut être cintré ou non comme sur mon illustration. Ses deux poches raglans permettent de tenir chaud aux mains si l’on a pas de gants.

Le deuxième modèle représenté est un type chesterfield (donc sans les coutures parallèles en bas et des manches, comme sur le covert coat). En bleu marine, il passe immédiatement pour quelque chose d’assez habillé, mais que vous n’aurez pas de mal à accorder à des mises plus sport, dans un esprit franchement italien. Et en effet, comme soulevé par un lecteur la dernière fois, avec un pantalon – ou un costume – gris, cela passe bien. Les souliers noirs ne gênent pas trop la lecture. En revanche, les gants noirs jurent un peu. J’ai été obligé de redessiner des gants bleus. On trouve des nuances de la sorte chez les gantiers. Qu’en pensez-vous ?

J’espère avoir rassuré certains lecteurs décontenancés. La semaine prochaine, nous étudierons le covert coat gris, un classique parmi les classiques. Bonne semaine, Julien Scavini.

Un rare cas de noir élégant

On ne le dira jamais assez souvent, le noir, ça ne se fait pas ! Sauf dans deux cas bien particuliers : les habits – du soir comme la queue de pie ou le smoking, ou du jour comme la jaquette – et les vêtements de deuil. Mais ces deux catégories de vêtements tombent un peu en désuétude… Pourtant, il est un troisième cas où je trouve le noir parfaitement élégant : le grand manteau de ville.

Il se trouve que j’ai un vieux manteau noir complètement usé que je mets beaucoup l’hiver avec le costume. Je préfère en effet réserver le manteau raglan camel et le polo-coat aux tenues un peu plus sport. Et j’ai passé l’hiver à me demander quel manteau de ville je me couperai pour la prochaine saison.

Deux options classique s’offrent aux élégants dans ce cas : le manteau anthracite ou le manteau bleu marine. Alors j’ai fait quelques test dans le métro et regardé les gens autour de moi. Je suis arrivé au constant que l’anthracite avait une petite tendance à ternir. Par contre le bleu marine est très lumineux ! En revanche, le manteau bleu marine sur un costume gris ne constitue pas l’idéal, et vise versa.

Côté mode, une marque que je ne citerais pas commençant par un K et finissant par un S a beaucoup édité cette saison des manteaux noirs à cols fantaisies en fourrure. Si la qualité est terrible, les idées n’en restent pas moins valable. L’avantage d’un manteau noir, c’est le rappel immédiat des souliers noirs. Cela donne un ensemble d’un minimalisme et d’une netteté assurée. Mais alors un manteau tout noir ? Non, ce serait trop triste seulement. J’ai alors repensé à ces fameux manteaux K…..S.

manteau noir

Sur un manteau noir intégral, l’idéal est de recourir à un couvre-col en velours noir. Cela crée un dialogue de texture et un effet de tons intéressant qui rehaussent l’ensemble. Il est également possible de poser des parements en bas des manches dans le même velours. Ainsi, on évite l’effet croque-mort.

De même, je me suis aperçu grâce à mon vieux manteau noir que le port de gant noir (en plus des souliers noirs) n’est vraiment pas heureux. C’est la goutte de trop. Je conseille dès lors des gants gris ou beurre-frais, ou encore bleu marine, si vous êtes en bleu marine dessous. Car c’est la tout l’intérêt du manteau noir, il s’associe aussi bien avec les costumes gris que bleu marine. Ce sont les souliers noirs qui font la jonction.

Je sais évidemment que cette prise de position va en fait rugir plus d’un. Je la tente, rappelant que le manteau noir est un classique des soirées, avec la cape. C’est en effet le seul manteau que vous pourrez enfiler sur un smoking. Et comme l’hiver, il fait nuit quand on part de chez soit, et nuit quand on y rentre, tout va bien 😉

Question détails supplémentaires, pensez aux dos à complications avec des pinces, aux martingales ou aux poches particulières…

Julien Scavini

Carreaux et manteaux

C’est un fait, le temps n’est pas clément à Paris et dans le nord de la France en général. La semaine dernière, pluie sur pluie, avec des températures plutôt fraiches. Mais pas de quoi sortir un manteau tout de même, l’air étant trop moite. Je repensais alors au commentaire d’un de mes clients : j’ai bien du mal à porter vos (mes) costumes. Au bureau, tout le monde est en bras de chemise, et dans le métro, il fait trop chaud. Il me faudrait un manteau ajusté comme une veste, léger pour le printemps.

Que voilà un bon concept pour la mi-saison et lorsque la veste est superflue dans le cadre professionnel ou de loisir ; mais que pour autant l’on souhaite rester digne, disons un peu british. Je vous passe sur la forme de cette commande, toujours est-il que l’idée m’est restée. Elle m’est d’autant plus restée que le manteau est une belle pièce, quasi-oubliée maintenant et que l’on a rarement la chance de réaliser chez les tailleurs. Une pièce qui tombe souvent bien, et peut même se révéler d’une grande fantaisie.

Par exemple, il était tout à fait courant de posséder ( dans une garde-robe élégante et plutôt typée campagne ou sport automobile ) un grand manteau à carreaux. Si le manteau à rayures m’a toujours laissé perplexe, celui à carreaux peut vraiment se révéler intéressant, surtout si vous lui ajoutez un dos à complications. Par exemple, une martingale simple ou double pièces avec boutons, un pli milieu dos ou des plis pincés etc… Téléchargez le zip avec les illustrations d’Apparel Arts pour vous en rendre compte. Une merveille. Souvent de grands manteaux raglans du reste. Le raglan d’ailleurs, qui est si confortable. Bien plus qu’une manche montée, mais un cran moins élégant je vous le concède.

Niveaux carreaux, les doublures ne sont pas en reste. Je pense notamment à une tradition anglaise de la campagne, où il n’était pas rare de faire doubler les vestes d’équitations et de chasse à courre en drap de laine Tattersallchecks. A la place de la laine, nous pouvons maintenant utiliser le twill de coton, qui s’il est un peu gratté, peut se révéler très doux. La tradition s’est poursuivie et je tiens les intérieurs de manteaux à carreaux ou à petits vichy pour des exemples du meilleur goût, particulièrement dans un registre sport. Le manteau de ville, évidemment, s’adapte moins à cette fantaisie. Ce style de doublage s’est hélas quelque peu perdu avec le temps, mais si vous regardez de près des modèles et publicités des années 60, vous trouverez beaucoup d’exemples. D’ailleurs, ce n’est pas anodin si Burberry’s a fait une telle fortune sur un si petit bout de doublure en tartan…

Julien Scavini

Le nadir de l’élégance

Oui, le titre est bien choisi : le nadir de l’élégance ou le zénith de l’horreur ! Sous cette qualification, je parle de la veste autrichienne que l’on voit régulièrement à Paris. Rien que ce week end, j’en ai vu trois. Loin de moi l’idée d’être trop péremptoire dans mes jugements habituellement, mais à la vue de cette pièce d’habillement, mon sang ne fait qu’un tour.

Il s’agit la plupart du temps d’une veste droite, quoiqu’une version croisée existe aussi. Elle possède invariablement un col cheminée et le plus souvent de petits revers avortés, plaqués par des boutons de corne. Elle est réalisée en laine loden, flanelle ou laine bouillie, la plupart du temps anthracite ou bleue avec des parements vert sapin. Les poches sont simplement passepoilées. Accompagnant invariablement cette veste, on trouve le pantalon de velours et aussi les souliers noirs. Mais au juste, peut-on qualifier cette veste de sport ou d’urbaine ? Les autrichiens (surtout les tyroliens) peuvent compléter ça d’une culotte de peau, avec ces fameuses bretelles croisantes…

Mais quel peut bien être le sens d’une telle veste à Paris ? Une proximité intellectuelle avec les plus lointains des germains ? Une chose est sûre, il faut être sociologiquement de droite et un peu enclin au catholicisme pour arborer un tel atour. Serait-ce alors une sorte de chauvinisme ou de signe de ralliement ‘monarchique’, cette veste partageant son allure avec certaines pièces ancien régime française ? Le col cheminée, le port décontracté mais fermé par le boutonnage haut ne sont pas sans rappeler certaines vestes d’Arnys du reste ; mais chez ce dernier, l’inventivité et les coloris relèvent le goût. Des gens très biens portent des vestes autrichiennes, certains mêmes les achètent chez Mettez à Paris, mais je ne peux m’empêcher d’être sceptique. Qui plus est porté avec une pochette paisley et une cravate club anglaise. La superposition de signes et la confusion qui en résulte est totale. Cette veste peut -être belle, mais uniquement en forêt noire ! Laissons les particularismes locaux aux locaux.

Autre pièce courante, le manteau Loden. Le Chouan des Villes ne recommande pas son port à Paris. Oui et non … Bien réalisé avec ses grosses coutures aux épaules et son pli central dans le dos, ce n’est pas une pièce désagréable. Elle est utilitaire et confortable. Évidemment, pour un peu plus de raffinement, on choisira plutôt un autre modèle plus anglais. Le manteau Loden est aujourd’hui vert mousse mais sa vulgarisation fut lancée lorsque les habitants du tyrol autrichien offrirent à l’Empereur François-Joseph (de mémoire) un manteau léger et imperméable fait de tweed de loden blanc !

Julien Scavini

Chesterfield versus Cover Coat

Lors de la livraison récente d’un manteau d’hiver, le client me posa une question fort pertinente qui me sécha ! Une colle ! Sans voir la pièce (coupe droite, boutons cachés, laine anthracite), voici la question telle quelle : pouvait-on appeler ce manteau un Chesterfield alors qu’il était plutôt près du corps?

Ce détail m’avait échappé, et je replongeais alors dans L’Eternel Masculin et Le Chic Anglais. En effet, les auteurs expliquent que le Chesterfield, inventé au XIXème siècle par une famille ducale, est d’une coupe ample, à la différence du Cover Coat, cintré lui.

Ces deux manteaux sont en effet très proches : tous deux sont droits. En revanche, le Chesterfield est plutôt un manteau de ville, donc réalisé dans un drap foncé de petits chevrons (anthracite, gris ou marine) alors que le Cover Coat, plutôt du registre ‘rural à la ville’ ou ‘mi-sport’ est fait d’un twill beige ou olive, léger, qui le rend toutes saisons. Tous deux également peuvent arborer un col en velours, ton sur ton et des boutons cachés sous patte, plus distingués. Enfin, spécificité du Cover Coat : ses lignes de surpiqures à la machine, en bas des manches et des basques.

Et donc, l’un est véritablement droit, le second cintré. Voilà pour cette question, qui en effet demandait un peu de recherche. Au delà, je reste quelque peu dubitatif sur le fait de tailler des pièces amples pour l’hiver. Car, plus l’on est près du corps, plus on isole. L’idée de faire rentrer de l’air frais sous le manteau me refroidit nettement. Pour l’été, en revanche, autant être aéré je trouve.

La longueur du manteau ensuite, sujet de polémique aujourd’hui. Lors d’une visite chez Arnys, j’entendais le vendeur dire au client : long à mi-mollet, cela fait assez ancien monsieur, alors qu’en dessous du genoux, c’est plus moderne. Certes. Les deux dimensions ‘longues’ étaient disponibles alors que la tendance actuelle se porte plus vers une troisième : le mi-cuisse, à l’italienne. Si je ne suis pas tellement fan (en dehors des modèles à peine plus long que la veste comme les matelassés ou sur-vestes), je préfère franchement les modèles longs, au moins en dessous du genoux.

J’aime assez les films des années 90 car les manteaux y étaient longs. Michael Douglas avait de l’allure dans de tels pardessus. Sous le vent, les pans virevoltent et cela ne manque pas d’une certaine élégance. Par ailleurs, cela ne fait pas chiche. Enfin le poids de l’étoffe marque la stature, car oui, il ne faut pas se contenter d’une laine toute fine !

MàJ : j’ai lu sur le forum De Pied En Cap une autre explication à propos des différences entre Chesterfield et Covercoat. Pour faire court :

  1. Cherterfield : coupe sack plus ou moins près du corps.
  2. Covert Coat : coupe box overcoat (à priori ample), qui est court et en tissu de manteau.

Plus d’infos ici.

Julien Scavini