Pourquoi les revers ‘cassent’

La comparaison des vestes d’aujourd’hui avec celles des années 90 est criante : les revers étaient plus réguliers ! Quand je dis ‘réguliers’, je fais référence à la ligne des revers, au bord de la poitrine. De nos jours, cette ligne a toujours une tendance à être tendue, légèrement arrondie. Parfois même, et c’est une question récurrente de mes clients, les revers ouvrent un peu, voire cassent dans les cas les plus forts. Comment expliquer cela?

L’introduction de mon propos vous donne une part de la réponse : lorsque le vêtement est plus ample, il place mieux. Mais encore.

Depuis quelques années, les designers, suivis des clients, suivis des usines apprécient les vestons au plus près du corps. Si à une époque, confort égalait allure, de nos jours, l’allure (très) près du corps s’oppose un peu au confort et surtout au tombé parfait et régulier.

Les industriels ont modifié les bases et même plus important, la façon de tracer * les patrons, pour obtenir des modèles équilibrés plus près du buste. Plus on se rapproche, plus des plis apparaissent, des complications naissent.

Le veston se patronne à partir de morceaux de tissus sans reliefs et dans des matières peu élastiques (à la différence des pulls par exemple). Dès lors que l’on s’approche trop du corps, les lignes se brisent, le tombé n’est plus naturel et souple. Le tombé est heurté.

Que l’on vende de la demi-mesure ou du prêt à porter, le problème est le même, les modèles d’aujourd’hui sont étudiés serrés. Donc des problèmes naissent. Il faut alors sur le fil du rasoir équilibrer les forces en présence : désir du client, regard du client sur lui-même, idée que le client se fait du regard des autres et enfin confort. Il faut être fin et pointilliste. Je fais au mieux mais c’est une gageure.

Ces revers qui ouvrent, voire cassent, sont le résultat de trois éléments principaux : le volume poitrine, le volume manche, la largeur d’épaule.

1- si le volume poitrine est trop petit, il manque du tissu sur le flanc de la poitrine. Ce tissu manquant sous l’aisselle fait apparaitre au bord de la veste une déformation, le revers s’ouvre un peu.

2- si la manche est étroite, le biceps a tendance à être serré. Votre bras occupant la manche et ayant tendance à la gonfler comme une ballon, cette manche tire le flanc de la veste, qui à son tour tire sur le revers. C’est particulièrement visible chez les hommes qui font de la musculation. (Les petites flèches rouges dans le dessin)

3- si l’épaule est étroite, ce qui plait beaucoup ces temps-ci, le manche a du mal à ‘s’ouvrir’, c’est à dire à être assez béante pour recevoir la largeur du bras. Le résultat est que la manche est trop près du bras. La manche moule trop le bras. Et l’effet est égal au précédent, les revers de la veste ouvrent, voire cassent. Et d’ailleurs, un bras à l’étroit dans une épaule a tendance à faire bailler le col, faisant un ‘collar gab’…

Ces trois points peuvent être rencontrés indépendamment les uns des autres mais sont souvent conjugués !  Ils sont tous un peu responsables. La mode est aux modèles étroits. Les patronniers créent donc des vestes avec des épaules étroites et surtout des manches fines. Le ‘trop’ de tissu n’est pas aimé. C’est un fait. Aux tailleurs de s’adapter. La vie des tailleurs était plus simple avant. Un veston un peu ample et épaulé tombe presque à coup sûr bien. Un veste plus aiguisée va être dur à régler.

Pour corriger ce problème, il faut traiter les trois points. Il est bon d’augmenter le volume du buste, d’abord en augmentant le volume poitrine puis en augmentant la largeur d’épaule. Ainsi, on libère l’épaule. Dans les cas importants, un élargissement de la manche de la veste permet de donner plus de place au bras. La manche se place mieux et n’entraine plus le revers. C’est donc en jouant un peu sur tous les points à la fois que le problème du revers se règle.

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Le dessin ci-dessus reprend les idées. A gauche, une veste très classique. Au milieu, une veste à peine ‘tenue’ aux épaules et aux pectoraux. La veste ouvre à peine. Style très contemporain avec un torse qui est plus visible. A droite, une veste visiblement trop petite. Les flèches rouges montrent le bras qui tire la manche, qui tire la poitrine, qui tire le revers. Les flèches vertes sont associées : le bras tire l’épaule étroite qui tire le col et le fait bailler.

Pour les hommes très forts, le problème est plus particulier. Il ne s’agit plus de corriger ces aisances, ou même de faire des retouches quasiment impossibles, il faut changer le modèle et adopter une veste spécifiquement conçue pour la forte poitrine.

*  La méthode de patronage (générale) permet d’obtenir un patron pour chaque taille de veste ou chaque client en mesure (le particulier). Or, ce passage du général au particulier se fait suivant des règles de géométrie. Si vous changez les règles de géométrie (cela s’appelle la mode), vous changez l’obtention d’un patron. Ainsi, si vous utilisez un livre de patronage de 1930 et un livre de patronage de 2000, vous n’obtiendrez pas, malgré des mesures identiques, le même patron. Le patron que vous obtiendrez aura été influencé par la géométrie invisible (presque magique) du patron, liée à la mode.

Le problème principal de la correction du revers qui ouvre, c’est le client. Car il est toujours possible pour un tailleur d’augmenter à la commande le volume poitrine, épaule et manche. Seulement, la proportion de client qui se plaindront de ce trop plein d’aisance est écrasante. Ainsi, le tailleur a plutôt tendance à viser juste (avec toute la difficulté que cela représente) qu’à viser ample… Certaines chaines de demi-mesure, elles, visent toujours trop petit car leur ‘cible’ clientèle veut ça. D’autres tailleurs plus old-school visent ample, leurs clients aimant cela. Logique.

Voici donc des problèmes difficiles à gérer. Pour autant, le problème ne se signale à moi que très rarement. Quelques clients demandent pourquoi le revers ouvre un peu. Je leur réponds avec autant d’honnêteté que possible : c’est ainsi que les vestes sont conçues de nos jours. Et malgré la meilleure volonté, toutes les altérations possibles et la meilleure approche de l’équation ‘allure/confort’, rien n’est parfait en ce bas monde !

Bonne semaine, Julien Scavini

Mario Dessuti

Il est des marques dont on entend jamais parler sur internet. Car la blogosphère fonctionne finalement sur le principe du poisson pilote, elle va dans le sens du courant. Ainsi, deux sortes d’enseignes sont fêtées : d’un côté les très grandes et très connues (et beaucoup du luxe) et de l’autre les toutes petites, souvent jeunes, ultra-connectées et à l’esprit branché.

Pourtant, il existe au milieu toute une palette de maisons jeunes et moins jeunes, qui faute de dirigeants à l’aise avec l’internet, sont laissées de côté, alors même qu’elles proposent de bons produits. C’est le cas de l’enseigne Mario Dessuti.

J’ai eu la chance d’être présenté récemment au directeur général de cette marque parisienne. Et vous me connaissez, je suis toujours avide d’apprendre de nouvelles choses. J’ai donc rencontré Raphael qui ne veut pas qu’on parle de lui mais de son travail. Soit, en avant !

Mario Dessuti est une marque de costumes créée en 1988 par M. Michel Golzan. Le nom est un client d’oeil à Nino Cerruti, le célèbre styliste italien. Car les beaux costumes sont toujours italiens !

Le concept à l’époque était très simple : prix unique attractif et boutique luxueuse. La première fut inaugurée au 26, rue de Berry à Paris. A l’époque, Mario Dessuti vendait les costumes à 1000Fr (150€), ce qui était une très bonne affaire, alors que le marché se situait plutôt vers 2500Fr (380€). Le succès a été immédiat et d’autres boutiques furent rapidement ouvertes.

Mais attention, qui disait prix bas ne disait pas mauvaise qualité. Car c’est ici que ce joue le nœud de l’histoire : un produit de qualité ! A l’époque, tous les costumes étaient confectionnés en France, dans le Nord. Une gageure. Il eut été plus facile d’aller en Tunisie, en Turquie ou en Chine, mais le créateur ne le souhaitait pas.

De nos jours, toutes les usines de France ayant hélas fermées (quand enfin nos politiques prendront-ils le taureau par les cornes??), les costumes sont manufacturés en Roumanie. Les tissus sont toujours 100% laine vierge et d’Italie. Mario Dessuti se fournit presque exclusivement chez Vitale Barberis Canonico et Reda. Les costumes sont thermocollés. Mais la Rolls du thermocollé comme un technicien de l’usine me l’a dit : entoilage en laine des Lainières de Picardie, avec crin de cheval en renfort de plastron et doublure toujours en viscose (et non en polyester). Bref, un joli produit vendu à prix très serré : 180€ (150€ au passage à l’euro, soit une augmentation très raisonnable quand on compare avec le reste du marché.)

La clientèle a toujours été très mélangée. Les jeunes qui débutent fréquentent autant les magasins que les hommes bien installés qui viennent chercher ici leurs classiques. Raphael aime parler d’un fond de garde-robe. Ainsi, la moitié de la collection de costumes est saisonnière. Le reste est constitué de classiques gris et bleus qui représentent 50% des 30 000 costumes vendus annuellement. Il n’y a jamais de solde ce qui est très normal à ce tarif. Ce sont des achats de besoin, très liés au temps. Ainsi, les boutiques sont toujours très fournies, pour en mettre plein les yeux. Prix unique et choix énorme !

Bien sûr, Mario Dessuti produit des séries de costumes plus fantaisies, rayures discrètes et princes de Galles ainsi que des vestons sports élégants. Ces vêtements ‘clin d’oeil’ comme on dit dans le métier se vendent bien plus le samedi, car c’est le jour où les dames accompagnent ces messieurs !

La maison découpe ses collections en trois coupes : slim, ajusté et classique, ainsi chaque homme suivant son âge, son gabarit ou son besoin d’aisance trouve le costume qui lui faut.

Mario Dessuti vend aussi quantité de chemises, qui sont renouvelées tous les deux mois pour une quarantaine d’euro. Et là encore, rien n’est laissé au hasard et le client n’est pas moqué : tissus 100% coton égyptien!

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Pour arriver à ce miracle, la structure économique est très simple. En dehors des 25 vendeurs répartis sur les 6 boutiques, seules trois personnes gèrent le siège : Raphael le directeur qui fait le sourcing mais aussi le style, un chauffeur livreur et un contrôleur de gestion.

En parlant de style, Raphael ne fait jamais sa sélection de tissus seul. Il se fait aider par son industriel et surtout, il présente toujours ses idées aux directeurs de boutiques. Ainsi, les collections ne sont jamais décalées. Je trouve cette démarché très honorable, dans un monde du luxe où les ’boutiquiers’ sont la dernière roue du carrosse, méprisés par la hiérarchie et les bureaux de style. Jouer collectif n’est jamais mal. C’est même une façon très 2.0 de procéder.

Hélas, car il y a toujours un hélas, Michel Gozlan le créateur est décédé en 2012, à 66ans des suites d’une grave maladie. Raphael dès lors se charge de tout. Heureusement, le fils et la fille de M. Gozlan ont repris l’affaire et entendent bien faire prospérer le groupe. Car oui, il s’agit d’un groupe, où les enfants occupent des postes de direction dans la compagnie sœur jumelle : Loding. Car oui, Loding fut aussi créé par ce monsieur, avec le même principe : très bon produit, prix accessible et boutique luxueuse…

Mais c’est une autre aventure que je vous conterai peut-être un jour !

> http://www.mario-dessuti.fr/ <

Bonne semaine. Julien Scavini

Le montage ‘slack’ [MàJ]

Cet été, je suis parti au Vietnam. Pays magnifique et gens très accueillants.  J’ai aussi testé les températures tropicales (très chaud et très très très humide) et je peux vous dire que l’élégance était loin derrière moi, tout vêtement étant parfaitement insupportable! Je supportais à peine la chemise à manche courte et le simple fait de rester assis sur un banc suffisait à me faire transpirer à grosses gouttes.

[MàJ] Puisqu’on me le demande, quelques photos du Vietnam :

Mais pour autant je suis resté attentif aux vêtements de mes contemporains. Et je me suis très vite rendu compte que personne ne porte la veste durant la saison chaude, trop chaude. Chemise et t-shirt semblent être les vêtements universels. Les jeans rencontrent un succès plus léger que chez nous en revanche, la faute je pense à une matière trop lourde. Par contre les jeunes affectionnent les chinos. Particularisme inédit : les bas de pantalons ont souvent un élastique genre jogging pour resserrer le bas et découvrir la cheville sans chaussette. Un peu à la manière de ce qu’avait testé Duke & Duke.

Alors certes, l’hiver hanoïen peut être très rude, donc il est possible de porter de lourds vêtements. C’est ainsi que Dior, Vuitton, Paul & Joe et d’autres n’hésitent pas à mettre des manteaux et des pull-over en vitrine. Chez Ralph Lauren, ils cherchent carrément à vendre des vestes en tweed et des pantalons de velours qui paraissent complètement décalés.

Dans les faits, les riches vietnamiens vivent dans l’air conditionné, entre la maison, le bureau et la voiture. On ne les voit pas beaucoup. Et une certaine culture tailleur existe, résultat des influences française, américaine et japonaise. Certaines villes comme Hoï An sont mêmes spécialisés en sur-mesure. Mais tout de même, il est rare de croiser des vestes durant la saison chaude.

Au delà de ces quelques remarques triviales, je me suis aussi rendu compte d’une autre culture du vêtement. Pas dans les codes, mais dans les usages. Car ces beaux vêtements, me suis-je dit, doivent bien être nettoyés… Et cela m’a frappé, je n’ai pas vu beaucoup de pressing. La chose m’a été confirmé par mes amis vietnamiens bien que les réponses varient beaucoup suivant les classes sociales. Il doit bien  exister des pressings que je n’ai pas vu.

Au Vietnam, la machine à laver est partout comme en Europe. Et d’une manière je trouve plus importante que chez nous, un bon vêtement là bas doit passer en machine. Que ce soit chez les pauvres ou chez les riches (chez ces derniers, les femmes de ménage utilisent la machine).

J’ai mieux compris pourquoi un ami vietnamien à son arrivée en France mettait les vestes de costume à la machine. Évidemment le résultat n’était pas probant.

Cela influence donc le vêtement, sa vente et sa fabrication. Un avant-poste du futur dans nos contrées. Car il faut bien l’avouer, les pressings (les bons) tendent à disparaitre, en partie à cause de la dureté du travail (souvent réalisé par des immigrés, les français étant rares dans la partie) et des normes de plus en plus draconiennes, pour la santé et l’environnement (disparition du perchloréthylène en particulier).

Ainsi, cette envie de lavage en machine entraine-t-elle deux constats au Vietnam :

D’abord les matières utilisées sont souvent synthétique. C’est ainsi que la plupart des pantalons habillés que j’ai vu (dans les hôtels, les endroits à touristes, les serveurs etc…) étaient en polyester. J’ai même fait la remarque au directeur de la croisière en baie d’Halong, qui était trempé de la tête au pied : au moins aurait-il pu porter une laine froide… L’avantage est que ces matières synthétiques permettent de garder une bonne allure, non froissée sans excès de repassage. Car même repasser doit être dur avec de telles chaleurs.

Deuxièmement, le montage (c’est à dire la couture) des vêtements est très influencée par le passage en machine à laver. Il me faut faire un petit point technique d’abord.

L’industrie des pantalons et vestes est séparée en deux univers : le ‘sartorial’ d’une côté et le ‘slack’ de l’autre. Derrière ces termes, deux mondes qui se complètent. Les usines ‘sartoriales’ fabriquent des vêtements comme chez les tailleurs, avec une très haute technicité et un but unique : camoufler les points de couture. On ne voit pas les fils de la machine. Il faut ainsi ruser pour tout camoufler et des machines très perfectionnées sont utilisées.

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De l’autre, les usines ‘slack’ cousent les choses de manières visibles, comme les jeans, les chinos ou les vestes déstructurées. Tout est cousu avec la même machine à coudre, avec des points plats visibles. L’aspect des vêtements ‘slack’ est plus rustique, plus brut (bien que certains manufactures italiennes excellent dans le rustique ‘chic’).

Cela a une conséquence importante : l’entretien. D’un côté, le vêtement n’est pas forcément fait pour aller en machine mais il est raffiné, de l’autre le vêtement peut endurer des centaines de cycles mais est moins délicat. C’est toute la différence entre un chino de tailleur et un chino Uniqlo.

Ce montage slack est très apprécié ces dernières années pour les vestes en coton lavées. Toutes les bonnes marques en proposent, signe aussi qu’en Europe ce sujet de la facilité d’entretien intéresse les acheteurs. La marque J. Keydge s’est par exemple spécialisée là-dedans. Pour les pantalons, le sujet se discute toujours, les modèles ‘slack’ étant moins raffinés.

Ces vestes slack, montées sans doublure et sans toiles, pour mieux être entretenues ont été inventées très tôt au cours du XXème siècle, bien souvent pour des habits utilitaires. L’invention de la machine à coudre fut une bénédiction pour les tailleurs à la fin du XIXème siècle, et il n’est pas rare de trouver de vieux vêtements entièrement cousus à la machine plutôt qu’à la main, préfigurant cette mode. Mais c’est véritablement les étudiants américains dans les années 50 qui ont popularisé ce goût des vêtements très solides et très ‘cousus’ en référence aux nombreuses coutures visibles partout. Ces vestes sont immanquablement associées au style Ivy League. Ceci dit, dire que le vêtement passe ainsi en machine est un argument ultérieur.

Au final, ce petit trait d’usage m’a paru intéressant. Car il y a là matière à renouveler l’élégance tailleur, dont le simple montage (coutures délicates) rend l’usage complexe et couteux (lavage). C’est une piste d’étude intéressante pour l’avenir du textile. Comment coudre des vêtements élégants et fins sans pour autant montrer les coutures. Ou bien comment les montrer joliment? Avec quel type de points, en couleur ou ton sur ton? Toute une étude en somme…

 Bonne semaine. Julien Scavini

La formation de modéliste, l’exemple d’Adrien

Le métier de tailleur occupe beaucoup les colonnes de ce blog. J’ai décrit ici en long et en large ma formation à l’A.F.T. ce qui a je l’espère permis à de nombreux jeunes d’embrasser cette carrière longue et difficile. Ceci dit, je rencontre souvent des âmes un peu perdues par la variété des métiers en rapport avec l’univers textile.

Le tailleur est un petit maillon, très spécialisé, de la chaine de fabrication de vêtement. Essentiellement artisan, il travaille seul ou avec quelques ouvriers et réalise tout son ouvrage sur place.

Le tailleur a deux savoir-faire textile (en plus d’un savoir faire commercial) :

  • il maîtrise l’art de la coupe, c’est à dire le patronage à partir des mesures
  • il maîtrise la façon, autrement appelé apiécage, c’est à dire comment l’on fabrique.

 

Mais attention, un tailleur, pour réaliser la coupe, se sert d’un livre de coupe. Ce livre présente des schémas géométriques et mathématiques, à suivre, pour réaliser le patron. La coupe à plat tailleur découle donc d’une méthode, définie par quelqu’un d’autre. Il existe plusieurs méthodes en France, en Angleterre, en Italie. Par exemple, nombre de tailleurs napolitains utilisent des méthodes de coupes dîtes ‘anciennes’, que l’on trouve dans les livres des années 50. Cela donne une ligne spécifique. L’expérience du tailleur, et l’ancienneté des maisons amènent souvent à la création d’une coupe spécifique, plus ou moins dérivée d’une coupe connue, comme celle de Daroux-Vauclair en France.

Ces livres étaient rédigés autrefois (fin du XIXème siècle) par des Master Tailor comme Ladevèze en France. Ces précurseurs ont développé des méthodes mathématiques pour ‘prédire’ le corps, à partir des mesures, en non par essayage successifs et nombreux (par re-taillage en somme). Il fallait bien les définir les relations mathématiques entre mesures et géométrie.

De nos jours, ces techniciens supérieurs sont appelés modéliste-patronnier. Et il s’agit d’un des métiers les plus importants qui soit. Attention ici. Toutes les écoles de stylismes associent ces deux métiers : styliste-modeliste. S’il est utile un moment donné d’associer ces deux formations, l’aspect modéliste (très scientifique) est malgré tout assez éloigné du stylisme (esprit créatif). Dès lors, le modélisme est le parent pauvre de ces formations. Et c’est une erreur, tant ce rôle est important et méconnu.

Le technicien modéliste chevronné est le pivot de n’importe quelle usine. C’est sur ses compétences que reposent tout le savoir faire d’une chaine de fabrication, et ils sont trop peu nombreux avec du talent. (me suis-je laissé dire…) Car développer une doudoune avec 70 empiècements et une capuche en fourrure ou développer une robe de femme complexe avec des découpes nombreuses est un travail délicat et de savoir-faire. Ou même, pour réviser une coupe de veste homme pour la faire mieux coller aux morphologies et aux tendances, il faut du génie.

Le modéliste a deux méthodes de travail :

  • à partir des mesures et de la géométrie, il fait de la coupe ‘à plat’
  • à partir de toiles maquettées et cousues en 3d, il fait du moulage (qu’il patronne à plat après).

Le technicien modéliste réalise aussi la gradation, c’est à dire la création de toutes les tailles d’un vêtement (là aussi à partir de règles de géométrie).

Le technicien modéliste réalise enfin la méthodologie de montage du vêtement, pièce A avant pièce B etc… Ce que l’on appelle ‘les méthodes’ en architecture et industrie.

Il existe des formations spécifiques pour apprendre ce métier, à la source même de tous les autres, tailleur compris : l’AICP ou Académie Internationale de Coupe de Paris (anciennement appelée Ecole Vauclair). Dans ces institut situé dans le 15ème arrondissement de Paris, on apprend au cours de divers modules, à dessiner, tracer, couper, modeler, monter des vêtements.

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Adrien, avec qui je suis en contact depuis quelques années nous raconte son parcours d’entrée à l’AICP, puisse cet exemple vous servir :

Préparer sa présentation – Après quelques échanges par email avec l’administration de l’AICP, j’ai été invité dans les locaux de l’école et d’emporter avec moi :

  • Dernier diplôme obtenu
  • CV
  • Pièces d’études (très très important)

Personnellement, j’ai beaucoup misé sur les pièces d’études. En effet, venant d’un tout autre univers que la mode (scientifique), il a fallu que je défende mon profil. Et comme vous allez le voir, le profil est plus important que le diplôme pour cette école.

Comme mes pièces d’études étaient dans le sud, j’ai dû patronner et monter en une semaine de nouvelles. J’ai donc fait :

  • Chemise homme (patron + montage) : patte de boutonnage invisible, patte de manche chemine, empiècement dos
  • Robe bustier (patron) : découpe princesse, volant en demi-cercle de 80 cm, plis creux.

 

1er entretien, la passion de votre futur métier – En corrélation avec votre profil, des questions vous seront posées sur la vision que vous avez du métier, de ce que vous désirez faire plus tard ou encore pourquoi ce milieu vous passionne. Mon ressenti a été que la personne que j’avais en face de moi cherchait à savoir que mon choix de carrière était en adéquation avec cette école.

2nd entretien, contrôle des connaissances techniques – Avec une responsable de l’équipe pédagogique, c’est ici que vos pièces d’études vont être mis à rude épreuve. Non pas que la personne va tester la résistance des coutures ou le stylisme, mais plutôt la qualité de réalisation.

Contrôle du patronage, des pièces relevées – découpées, la qualité du montage industriel et l’allure de votre pièce sur un mannequin vont être observés.

3ème entretien, contrôle des connaissances théorique – Moi qui n’avais pas eu d’examen écrit depuis 3 ans, attendez-vous à le passer ! Rien d’insurmontable. Cet examen n’a rien de punitif, de ce que j’en ai perçu. Il sert surtout à savoir si vous avez choisi la bonne formation, et si une mise à niveau est nécessaire ou non. Voici les thèmes abordés dans le questionnaire :

  • Connaissance du métier : définitions et vocabulaires du milieu vous seront demandés
  • Savoir assembler un vêtement : Reconnaitre les pièces et savoir comment les monter est important pour un patronnier-modéliste. Vous devrez prouver que vous en êtes capable
  • Mathématique : la meilleure partie ! On ne vous demandera de calculer une dérivée, ou encore des intégrales. Mais pour une question de rapidité lors de la construction d’un patron, il faut savoir faire du calcul mental (addition, soustraction, division, multiplication). La géométrie sera elle aussi de la partie.

Tout à fait réalisable en entier, cet examen écrit doit être fini dans un temps imparti !

4ème et dernier entretien – Après la correction du test, une personne responsable de votre candidature vous indiquera si la formation que vous avez demandé vous est accessible ou si une mise à niveau est nécessaire.

Pour ma part, l’avis était favorable, et j’entrerai donc en milieu d’année à l’AICP. L’occasion pour vous et pour moi de vous renseigner sur la formation à toutes les personnes désirant suivre cette formation.

 

Voici donc de quoi inspirer nos futures patronniers! Adrien, s’il a le temps, me postera d’autres retours au fil de ses études. Il est donc à l’AICP, en formation de patronnier-modéliste. 6 mois en école et 3 mois en stage. Il va étudier le patronage (coupe à plat + gradation + essayage-retouche) et le moulage (toile sur un mannequin) qui est une science et non une approximation. L’année prochaine, il incorporera ces méthodes sur ordinateurs, pour développer son expertise en CAO avec les logiciel GERBER ou LECTRA donc je vous ai déjà parlé lors de ma visite d’usine. Bonne chance à lui.

Belle semaine, Julien Scavini

 

Comment coudre un gilet

La finale de Cousu Main a donné lieu à une situation cocasse et pourtant bien connue des couturiers, la pièce impossible à retourner et dont on ne trouve pas la sortie. Edith hélas est tombée dans ce piège terrible, alors même qu’elle sait le faire, la robe de Jackie Kennedy étant basé sur le même principe de l’emmanchure qui bloque le retournement à la fin.

Je connais deux méthodes pour coudre un gilet. J’en présente une pas à pas. Peut-être en existe-t-il d’autres.

Pour obtenir un gilet avec dos en doublure, il y a de nombreuses étapes, et je n’avais pas le temps de faire un prototype en vrai, j’ai donc dessiné :

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On commence par couper son tissu. Première étape, coudre la pince. Il existe plusieurs méthodes pour ne pas avoir d’irrégularité en haut de la pince : couture nervure sur 1cm ou compensation de l’épaisseur avec un biais, ce que l’on fait en tailleur. La pince est ouverte sur sa plus grande longueur, sauf sur les 5 derniers centimètres où un biais est cousu pour compenser. Ce biais permet aussi de faire l’arrêt machine.

Ensuite, on trace à la craie l’emplacement de la poche passepoilée. C’est Astrid qui là fut en difficulté. Révisons, avec des photos. Les couturières amateurs ont tendance à couper d’abord et à venir plaquer des passepoils préformés derrière. Beurk. On pique pas non plus en faisant un rectangle, ce qu’Edith à fait (on fait ça dans la doublure uniquement).

Sur le devant, on trace à la craie. On prépare aussi les deux sacs de poche, avec la même pente. On place un fond derrière, centré en haut, et on bâtit.

Ensuite, on prépare les deux passepoils. Sur l’envers, j’applique un thermocollant fin genre vizeline, blanc, pour pouvoir écrire au bic dessus. On bâtit un passepoil d’abord dont on marque les extrémités. On bâtit ensuite le second passepoil. Et on va piquer à la machine : on coud à partir de la même extrémité les deux, bien sur la ligne, en s’arrêtant bien sur le repère, avec trois points d’arrêts. On vérifie sur l’envers le travail. (surtout que le fond de poche ne s’est pas plié en deux sous la machine). Et un passepoil, ça fait 4 à 5mm de large, pas plus, pour une poche de 1cm de large !!

Ensuite il faut travailler vite et avec légèreté. Tant que la poche n’est pas finie, elle est fragile. Donc on ne commence pas le soir pour s’arrêter au milieu, on va jusqu’au bout. Il faut fendre le milieu du milieu, puis couper une ligne droite au centre de la poche, en s’arrêtant 1cm avant la fin de la poche. Et là, l’opération la plus dure de la poche : cranter (couper) les capucins, c’est à dire 4 petites diagonales qui vont de la ligne médiane au bout de la piqure machine. Jusqu’au dernier point et au demi-millimètre près. Il ne faut pas hésiter à couper. Car si vous ne coupez pas bien, vous ne pourrez pas basculer vos passepoils proprement. C’est dur, oui je sais, pendant 3 mois je n’ai fait que ça tous les jours pour apprendre. (On ne coupe pas les passepoils en diagonale, c’est pour ça que je le plaque avec le pouce).

 

 

Il faut ensuite aller à la table à repasser. On commence par passer délicatement un passepoil à l’envers. Et on ouvre sa couture. Oui oui, on ouvre les coutures de ces petits trucs en tailleur ! C’est plus fin. On fait le premier, puis on le repasse à l’endroit (orienté dans l’autre sens maintenant). On passe sur l’envers le second passepoil alors. Et on le repasse aussi. A la fin, on bascule de nouveau le premier passepoil sur l’envers et on se retrouve avec une poche qui prend forme.

 

 

Maintenant, deux techniques : soit on pré forme au bâti le passepoil et on le pique machine, soit on va plus vite comme les tailleurs, on prend une aiguille et on fait des points perdus dans le sillon, en formant à l’œil les passepoils. On commence et on finit 1cm avant les extrémités. C’est très propre, mais il faut un peu d’entrainement. On a alors un poche propre que l’on peut repasser sur l’envers, en formant bien les petits rouleaux (extrémités des passepoils, sur l’envers). Les petits capucins auquel on fait attention depuis le début sont bien sages à l’endroit.

 

 

Ces petits capucins, on les rabat gentillement avec une épingle. Un rapide coup de fer et on part sans perdre un instant à la machine à coudre, faire les ‘arrêts machines’, deux ou trois passes. Bien au ras. Avant la machine, on bâtit les passepoils ensemble, pour éviter que la poche vrille ou ouvre. Les passepoils doivent rester parallèles. (Il faut après ça replier le passepoil du bas et le piquer nervure sur le fond de poche, impossible pour moi, passepoil trop petit).

 

 

Reste à finir. Sur le deuxième fond de poche, on coud une parementure, pour éviter de voir le fond de poche de l’extérieur ! On l’applique avec deux épingles et on pique une première fois le long du passepoil haut, bien au ras, en soulevant toutes les couches. On pique ensuite le U du fond de poche lui même. C’est simple et rapide là !

En tailleur, on finit même par une demi-lune, broderie légère de petits points perdus, en arc de cercle, à chaque extrémité. Cela solidifie la poche.

Évidemment, il faut piquer les passepoils dans une autre couleur que blanc, sinon cela se voit aux coins. La demi-lune à la main permet en partie de camoufler ces petits défauts.

 

Revenons au gilet. Maintenant que les poches sont faites, on assemble la parementure du gilet avec sa doublure (trait rouge). Gardez un grand morceau de doublure, surtout aux emmanchures, on recoupe après. Les empiècements comme ça ont toujours tendance à vriller et rétrécir un peu.

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Puis, endroit contre endroit, on pique le devant et sa doublure+parementure. On pique devant+bas et emmanchure. On recoupe et on retourne. On fait en sorte d’avoir une belle pointe en bas et des arrondis élégants. On laisse ouvert l’épaule et le côté.

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On réaliser la même chose avec le dos. Endroit contre endroit, on pique l’emmanchure, l’encolure et le bas. On laisse ouvert les côtés et les épaules.

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Maintenant on finit, et ça se corse. A l’intérieur du dos, on enfile les deux devants, comme dans un gros sac à patate. On bâtit les épaules et on bâtit les côtés. C’est lourd et confus, mais simple dans le fond. On pique alors le sandwich aux épaules et sur les côtés. Est-ce clair? Il faut ménager une interruption de couture sur un des côtés, pour retourner justement. A vrai dire, il faut laisser ce trou uniquement sur l’intérieur, en piquant quand même l’extérieur. ahaha je vous laisse trouver ça.

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Si tout va bien, il suffit de retourner le tout et le gilet émerge, comme par miracle, d’un gros sac de nœuds.

Voilà, j’espère que ce tutorial va vous aider dans vos prochaines réalisations. Pas facile de représenter autant d’étapes ! Bon courage.

Bonne Pâques et bonne semaine, Julien Scavini

 

Dans les coulisses des Coupons de Saint Pierre

Alors que la finale de Cousu Main vient d’être diffusée, avec de très bonnes audiences, j’ai eu le plaisir de pouvoir visiter les réserves de la boutique Les Coupons de Saint Pierre, qui avec l’autre enseigne Sacrés Coupons, constituent les deux pôles intéressant du marché Saint Pierre, ensemble de boutiques de tissus lovées en bas de la butte Montmartre. Je conseille souvent à mes clients d’aller y faire un tour, car je peux réaliser la façon d’un costume si l’on m’apporte le coupon de tissu. C’est même une option très avantageuse, car ces bonnes adresses déstockent des draps de qualité, aussi bien pour le costume que la chemise. Il est ainsi possible de trouver un lainage marine de Vitale Barberis ou de Dormeuil pour une cinquantaine d’euro, soit bien moins cher que le prix que je paye moi-même !

La boutique des Coupons de Saint Pierre a ouvert en 2009 grâce à deux passionnés du textile, le propriétaire de la boutique Modes et Travaux (mercerie et cours de couture) et un grossiste en tissus. L’idée est simple : proposer un choix permanent et renouvelé de coupons de 3m ! L’offre est très vaste : soierie, cotonnade, lainage, matière techniques, doublures etc. Tout ou presque. A peu près 60% des coupons sont commandés et fabriqués pour Les Coupons de Saint Pierre et 30% sont des pièces de tissus déstockées. C’est le point le plus passionnant.

Les grandes maisons parisiennes (Hermès, Barbara Bui, Yves Saint Laurent, Nina Ricci, Christian Dior, Christian Lacroix et j’en passe) font fabriquer leurs propres tissus. Ceux ci répondent à des cahiers des charges spécifiques et très haut de gamme. Ces tissus sont envoyés dans les usines avant que les collectionnes soient définies et fabriquées. Et bien souvent, il reste de la matière en trop (matière achetée pour faire un réassort qui n’est pas fabriqué par exemple). Cela s’appelle dans l’industrie, le ‘left-over’. C’est classique. On fabrique toujours environ 5% de plus que les bons de commande. Cela compense les erreurs, les pertes, les vols, les donations etc… Ces tissus, il faut bien en faire quelque chose, c’est là que les dé-stockeurs apparaissent, liquidant les rouleaux.

Ces rouleaux arrivent par dizaines chez Coupons de Saint Pierre, où ils sont découpés en pièces de 3m. Et voilà. S’il est impossible de dire le nom de la grande maison qui a fourni le tissu, les acheteurs voient que la qualité est au rendez-vous.

La réserve des Coupons de Saint Pierre est située en plein Paris, sur les grands-boulevards. Derrière une simple porte haussmannienne se cachent trois niveaux de caves, d’anciens chais aux embellissements élégants.

Les tissus (qu’ils soient exclusifs ou déstockés) arrivent quotidiennement sous forme de rouleaux. Il y en a des tonnes. Ils sont alors rangés en attendant la coupe.

La coupe est exécutée sur trois grandes tables. Les tissus sont empilés (plusieurs dizaines d’épaisseurs) puis coupés à l’aide de grandes scies sauteuses textiles. La découpe est nette! Alors, il faut plier un à un chaque coupon et l’étiqueter. Un travail de fourmis. Les coupons sont alors répertoriés, soit pour la vente directe en boutique, soit pour la vente en ligne, car Les Coupons de Saint Pierre se sont lancés sur internet avec un succès certain, 500 à 600 coupons étant expédiés quotidiennement, de ce même endroit.

La vente en ligne est effectuée à l’étage supérieur, où une armée de petites mains s’évertue à collecter les coupons un peu partout et à les emballer.

Les trois niveaux de caves sont reliés par un labyrinthe d’escaliers et de tapis roulants, qui servent à convoyer les précieuses étoffes. Tout est bien rangé et on trouve de tout. Je vous laisse admirer les rayonnages !

Quelle caverne n’est-il pas? A peine croyable un tel stock de tissus divers et variés.

PS : pour les amateurs qui veulent aller chez le tailleur avec un coupon, 3m est trop juste pour un costume au-dessus de la taille 46. Mes ateliers demandent minimum 3m20/3m30… Attention alors.

Belle semaine, Julien Scavini

Autour du noeud papillon

Le nœud papillon est à la mode ces temps-ci. C’est en particulier le cas pour les mariages. Les jeunes le trouve en effet distrayant et moins ‘business’ que la cravate. Mais plus rares sont les hommes qui portent quotidiennement le papillon en remplacement de celle-ci.

Pour ma part, je préfère le nœud papillon à la cravate, moins pratique. La cravate est en effet plus difficile à maitriser. Sa longueur est sujette à multiples reprises le matin et le nœud est parfois très asymétrique suivant les triplures et la dextérité.

Le nœud papillon est plus concis, presque plus mesuré dirais-je ! Il ne se balade pas partout et m’apparait comme plus discret. Paradoxalement en fait, car si son porteur se fait immédiatement repéré pour son goût de dandy, l’expression des couleurs de la soie est plus douce, car la surface est plus petite. Les motifs peuvent ainsi être plus francs (je pense à des motifs club très colorés) ou old-fashion (comme les fleurettes et autres motifs madder) sans pour autant être criards, ce qu’ils pourraient être sur la grande surface d’une cravate.

Le papillon est aussi très facile à nouer pour quiconque a pris le coup de main. Une cravate demande une plus grande dextérité je trouve.

Et puis le papillon est avant tout très suranné, ce qui par dessus tout constitue un avantage à mes yeux.

Si les moins aventureux préfèrent les nœuds déjà tout fait (je ne les en blâme pas, c’est déjà sympathique de porter quelque chose autour du cou de nos jours), pour ma part je ne tolère que les nœuds à faire ! Il existe deux formes : 1- celle qui est droite à la manière de Charvet et oblige donc à faire des nœuds assez volumineux et 2- celle qui est en forme de violon, permettant des nœuds plus pincés. Je préfère cette variante. Les modèles de Brooks Brothers m’apparaissent d’ailleurs comme les meilleurs, cette vénérable maison américaine étant mon fournisseur presque exclusif (avec Le Loir en Papillon.)

Vous pouvez télécharger les patrons en cliquant sur l’image ci-dessous :

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J’ai aussi pour habitude de transformer de vielles cravates trouvées aux puces en papillons. C’est super simple à faire et je prends plaisir à dénicher de vieux modèles rétros qui paraissent alors au goût du jour ! Voyez ce tutorial, vous pourrez le refaire si vous maîtrisez la machine à coudre.

  1. La cravate à plat
  2. La cravate ouverte. On jette les doublures et le passant.
  3. Placement des patrons. Faites en deux, celui du papillon lui-même et un autre un peu plus grand pour bien placer, car l’espace est compté ! Coupez uniquement lorsque les quatre parties sont tracées.
  4. Dans peu de coton de chemise blanc (ou percaline de fond de poche), coupez deux bandes étroites et une bande de la largeur et longueur du papillon. A- Cousez les petites bandes avec les extrémités du papillon. Réglez la longueur à ce moment là. B- au stylo, tracez le papillon lui-même, hors valeur de couture sur le grand tissu blanc.
  5. Mettez les deux faces du papillon endroit contre endroit (l’idéal est de décaler un peu les coutures des rubans blancs). Mettez le grand pan blanc et allez piquer sur le stylo en laissant un petit espace non-cousu.
  6. Par cet espace non cousu, retournez le papillon à l’aide d’une baguette chinoise. Attention à sortir les couches dans le bon sens (pour que la percale se retrouve au centre). Repassez minutieusement. Et voilà !

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Enfin, la question que me pose nombre de mariés est la suivante : quel col va avec le nœud papillon? Je répondrais tout simplement que tous les cols vont. Bien sûr, un col semi-ouvert est bien mieux. Car le fait de voir les pointes du col dépasser sous le nœud apporte un soutien visuel à ce dernier. Mais un col cut-away ou plus ouvert va bien aussi, on ne voit alors pratiquement pas le col. Les modèles à pointes rondes sont aussi élégants. Ils donnent un petit air début de siècle. Bref, vous avez le choix !

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Bonne semaine Julien Scavini