Archive for the ‘Chemises’ Category

Le col requin

4 juillet 2016

Alors que l’été n’en finit plus de se faire désirer à Paris, revenons un instant sur la façon de porter les chemises par temps chaud, quelques décennies auparavant. Pour être plus précis, remontons aux années 30 et voyageons jusqu’aux Etats-Unis.

A cette époque, les chemisiers, peut-être à la suite de commandes militaires (cela ne m’étonnerait guère) inventent un nouveau col, un modèle transformable, aussi bien à porter boutonné qu’ouvert. Et encore mieux, ne s’ouvre pas aussi bêtement qu’un col classique, il s’évase.

Sa conception est ingénieuse bien qu’un peu lourde industriellement parlant. Le col au lieu d’être en deux parties (la retombée et le pied de col) est en une seule. Et encore mieux, l’intérieur du col se poursuit le long des boutonnières, jusqu’en bas de la chemise, comme sur une veste où l’on trouve la garniture au bord. C’est donc un modèle complexe à développer, car le col est fait dans une pièce très longue, qui doit supporter la courbure du cou tout en se cassant bien en deux, pour simuler la retombée de col. Les plus techniciens comprendront. Ci-dessous, à gauche le modèle transformable, à droite le col classique.

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Alors donc, ce col fut inventé. Merveille des merveilles, il correspondait au goût de l’époque porté sur le repassage et la perfection ménagère. Ces mesdames écrasèrent donc de toute la force de leur fer les col, de manière évasée. Ça peut se tenter avec une chemise moderne, mais l’effet est moins net qu’avec un col transformable, autrement appelé col requin. Je ne sais d’ailleurs d’où vient cette appellation. Peut-être à cause des pointes très longues…?

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Cette esthétique fit florès ! Les premiers blousons ont aussi profité de cette coupe dérivée des cols de chemises classiques.

La seconde guerre mondiale et les GI’s semèrent ce style à travers le monde. Dans les années 50, les chemises hawaïennes ainsi coupées étaient le symbole de l’American Way of Life, idéal pour se détendre sous un parasol.

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Les étudiants américains et le style Ivy League propulsa aussi l’esthétique de la chemise col requin portée sur la veste. Ah toute une allure ! Je reste réservée sur cette mode. Peut-être un créateur inspiré en fera t il de nouveau usage…?

Toujours est-il qu’au fur et à mesure des années 70, l’usage tomba en désuétude. A part dans les milieux épicés : parieurs hippiques, tenanciers de casino, producteur de cinéma etc… Dans les années 80, cette allure vous faisait même passer pour un paria. Ou un vieux milliardaire.

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Un tailleur qui m’a formé s’habille toujours ainsi l’été. Et je souris à chaque fois en le voyant : un vrai mylord descendu de son yacht !

Et maintenant, je me repose aussi. Le blog s’arrête pour l’été !

A la rentrée donc et profitez bien. Julien Scavini

Il faut repasser son col !

25 avril 2016

Depuis longtemps, je m’interroge sur la pertinence de porter une chemise à col retombant le week-end, sans cravate.  En effet, je n’aime pas trop le t-shirt. Je suis donc bien obligé de porter une chemise. Mais lorsque le col n’est pas fermé par une cravate, que faire? Le laisser fermer à la mode des hipsters ou l’ouvrir?

Pour ma part je le laisse ouvert. Mais alors, je n’aime pas voir les deux pointes s’avachir bêtement. J’ai donc pendant quelques temps porté des chemises à col tunique (ou mao selon. C’est à dire sans la retombée de col). Mais comme j’ai un cou un peu long, l’effet ne m’a jamais réellement convaincu. Il y a quelque chose dans ce col de trop formel ou de pas assez je dirais. Soit on le porte fermé et c’est très habillé (d’ailleurs mieux qu’une chemise à col tombant portée fermée sans cravate), soit on le laisse ouvert et c’est très décontracté, parfait pour un bord de piscine me semble-t-il.

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Alors que faire? Etais-je condamné à toujours voir mes pointes de col s’avachir et s’écarter mochement? Et bien non depuis que la chemisière Maria Frittolini m’a donné la solution. Il faut repasser et écraser son col de chemise en forme !

C’est à dire. Au lieu de repasser simplement le col et sa retombée à plat (puis de retourner le col avec les mains sur soi), on les repasse à plat puis on plie la retombée et on repasse. Évidemment, l’ensemble est en forme dont on ne peut plus poser le col bien contre la table à repasser. On peut toutefois briser les extrémités du col sans être obligé de repasser le milieu. Il faut principalement que les bouts soient bien écrasés à la vapeur. Et lorsque l’on enfile la chemise, le col tient tout seul. Il n’est plus avachi. Miracle ! C’est une solution très pertinente que j’applique tous les jours. Mes cols sont ainsi plus nets et plus rectilignes. J’adore !

Ceci dit, attention, je pense que ce repassage de la pliure du col raccourcit de manière certaine l’espérance de vie de la chemise. Elle élimera plus vite à ce niveau, sous l’effet de la chaleur répétée !

A vous de repasser !

Belle semaine, Julien Scavini

La chemise à carreaux

16 novembre 2015

Il existe quatre grandes catégories de motifs pour les chemises : l’uni, le rayé, le semé (une nouveauté du reste) et le carreau. Si l’uni et le rayé sont souvent synonymes de chemises habillées et plus formelles, le carreau est plus connoté ‘décontracté’. Etudions ce jour les divers carreaux possibles avec une tenue dépareillée comme du tweed ou même un costume.

Lorsque je décide de porter une tenue dépareillée, comme un pantalon marron avec une veste de tweed, j’aime bien mettre une chemise à carreaux, car l’effet est immédiat. Du moins pour ceux qui sont au fait des règles de la garde robe. Ces règles hiérarchiques sont changeantes suivant les époques mais demeurent dans leur grands principes assez homogènes. Ainsi l’uni est le plus formel, suivi de la rayure parfois à égalité. Viennent ensuite les carreaux puis les nouveaux petits motifs semés s’ajoutent en queue de peloton. La chemise à carreaux est donc le complément de la tenue sport dépareillée.

Ceci dit une chemise à carreaux peut aussi se porter avec un costume. Cet assemblage est porteur de sens également. Si vous travaillez dans une institution très à cheval sur le port du costume, une banque ou un ministère par exemple, s’amuser à porter une chemise à carreaux est en quelque sorte un doux pied de nez aux convenances. Que peu de vos collègues ou supérieurs remarqueront.

On sait – Le Chouan Des Villes n’a cessé de le répéter – que la chemise blanche apparait de nos jours comme un peu trop formelle avec du tweed. Quand à la chemise ivoire, je la décommande, on dirait que vous avez sorti une très vieille chemise. L’effet n’est pas heureux.

Ainsi le carreau se prête mieux aux tenues de tweed que la rayure, surtout lorsque le tweed expose un motif ; et le tweed est souvent à carreaux. Or on le sait tous, chemise rayée et veste à carreaux font mauvais ménage à moins d’être le duc de Windsor ou Dirnelli !

Un carreau avec du tweed, c’est le nec plus ultra. Le carreau apporte une touche de couleur souvent utile pour égayer des couleurs de mousse trop discrètes. Ou alors pour faire un rappel bienvenu d’une couleur du tweed, comme le carreau de la veste par exemple.

Il existe plusieurs sortes de carreaux. Auparavant, j’encensais beaucoup le carreau tattersall. Ces chemises, souvent un ivoire sont couvertes de raies de diverses couleur, en général deux ou trois, par exemple vert, noir et marron. Cela crée de la profondeur visuel et des rappels multiples sur les autres couleurs de la tenue. Mais pour avoir testé de nombreux modèles, la chemise tattersall vieillit énormément celui qui la porte. Non pas qu’elle soit à bannir, mais je pense qu’il y a plus actuel.

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Si l’on blanchit un peu le tattersall et qu’on diminue le nombre de couleur, le motif s’actualise. Vous allez me dire, cela n’a plus rien à voir. Certes. Je pense toutefois que c’est d’un goût plus sobre et souvent plus percutant. De la même dimension, un simple carreau violet éveille bien une tenue sportive.

Ces carreaux simples ont ensuite plusieurs dimensions. Le carreau classique fait 1cm de côté environ. Le trait peut être plus ou moins gras. On retombe alors sur la hiérarchie en vigueur pour les chemises rayées. Plus le trait est gras, plus la chemise est décontractée. Ainsi, les carreaux ‘bâtons’ sont moins formels que les carreaux fins. Tous les carreaux ne se prêtent pas à toutes les situations.

De là découlent un classement important des possibles. Le hic est que les coton à carreaux ne sont hélas pas légions dans les classeurs des tisserands. Un vrai regret pour moi. J’apprécie particulièrement les carreaux fin, qui de loin font passer la chemise pour presque blanche. C’est le plus doux et le plus passe-partout. Une simple touche de couleur discrète permet une association intéressante avec les autres tweeds alentours.

Quoiqu’il en soit, l’assemblage veste de tweed avec carreaux simples est idéal. Votre tenue apparaitra ainsi plus urbaine et plus habillée. Un tattersall marqué avec du tweed à l’inverse est très ‘campagne’.

Un carreau un peu marqué en bleu par exemple est aussi idéal avec un blazer ou un costume. Ici le raisonnement est inverse. Ces tenues plus habillées acquièrent immédiatement un aspect plus décontracté par la simple présence de cette touche soutenue. Vous me suivez ?

Les carreaux peuvent être petits ou bien plus grands, il est conseillé de les choisir plutôt discrets. Feu Arnys avait l’habitude de présenter des chemises à grands carreaux. L’effet était à la fois vif mais l’impression de loin était plutôt claire voire blanche. J’aimais ces modèles. Hélas, il est très difficile d’en trouver des exemples de nos jours.

Enfin, les chemises vichy (ci dessous) ou tartan sont très difficiles à mettre, sauf si elles sont seules ou accompagnées d’un pull.

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Voilà de quoi vous donner des idées pour cet hiver !

Belle semaine (si j’ose dire!) Julien Scavini

La chemise blanche

23 février 2015

A une époque, personne n’aurait imaginé porter autre chose qu’une chemise blanche. Cette époque – les années 50 et 60 – apparait comme l’âge d’or de la chemise blanche, en complément du costume sombre et du chapeau trilby. Mais il ne s’agissait pas là d’une question de mode. Bien au contraire, il s’agissait d’un usage remontant aux ères les plus reculées de notre histoire. Les sous-vêtements étaient clairs, de toile beige pour les pauvres et de plus en plus blanche pour les riches.

C’est au XIXème siècle que le coton connait un essor formidable. Finies les chemises en chanvre, en lin ou en soie ! Le coton en plus est très clair. Que demander de mieux. Alors certes, comme évoqué déjà dans l’article sur les rayures, ça et là le blanc fut strié de discrètes couleurs pastels. Mais dans l’ensemble, le blanc était la marque de l’élite, la marque de l’entretien et de la propreté. A tel point que sous l’ancien régime, la cravate elle même était blanche, pour prouver à quel point vous aviez des lavandières en nombre suffisant à demeure ! De cette époque reste la chemise d’habit, accompagnée de son papillon de coton marcella.

Mais les usages ont changé. Le coton blanc, déjà attaqué durant les années folles par des rayures pastels de moins en moins rayures et de plus en plus unies, succombera dès les années 70. Ce sera d’abord le bleu ciel qui prendra le dessus. Une couleur simple que les messieurs achetaient chez Madelios ou Old England par paquet de quatre, en complément de modèles ivoire et de cardigan lit de vin! Toute une époque.

Les années 80 et la figure du business man en particulier consacrèrent l’ère de la rayure, bengal et bâton. L’une est fine et donne l’impression d’un uni, l’autre est dure et voyante. Bleu, rouge, violet, rose, vert. La chemise devint le lieu ultime de l’expression personnelle ou d’un rattachement à la mode d’un groupe (en plus des bretelles bien visibles). Pendant ce temps, les coloris des costumes n’évoluaient guère.

De nos jours, la chemise blanche est devenue un fait assez rare, à l’exception peut-être des dignitaires hiérarchiques des maisons de luxe et de leurs vendeurs, en chemise blanche et cravate noire dans des costumes étriqués. Pour le reste, les hommes font preuve avec leur chemise d’une grande diversité de langage. Les plus érudits avancent le nombre de deux chemises dans une garde robe. C’est assez vrai, je mets les miennes assez peu. J’aime mieux un peu de couleur (pour ne pas dire le bleu) et ai tendance à limiter le blanc uni au col contrasté.

A tel point que trouver une bonne chemise blanche est parfois compliqué, à moins de passer par Le Bon Marché où le moindre article frise le délire tarifaire pour du prêt à porter. Ceci dit, on m’a récemment parlé d’une marque de qualité correcte, Eton. Rue de Rivoli, la maison Hilditch & Key propose de bons articles, mais l’accueil y est si détestable qu’un honnête homme ne saurait jamais se montrer assez rugueux pour rivaliser avec le personnel. Je vous avais enfin parlé de Hast fondé par un ami il y a quelques temps, qui propose de bons produits, hélas uniquement disponible en ligne, la limite de l’achat de vêtement sur internet.

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Côté usage, la chemise blanche va avec tous les costumes, c’est un fait et la base de toute garde robe bien pensée. Si un costume ne va pas avec une chemise blanche, c’est donc plutôt le costume jeter!

A priori, la chemise blanche ne va pas avec des vestes ou pantalons en tweed ou décontractées. C’est un fait de gentleman. Pourtant, cet usage répandu me questionne un peu et agit comme un poil à gratter sur mon cerveau. Car cela s’est toujours fait ! Dans les années 30 et 40, c’est ainsi que l’on complétait son complet de tweed. La chemise à petits carreaux genre tattersall ou viyela n’est arrivée que plus tard. Il existe certes la chemise ivoire, mais elle peut vite faire sale.

D’autant que la chemise blanche avec une tenue tweed a la vertu d’adoucir les motifs et couleurs. Avec un pull fair island déjà très marqué, une chemise assez simple est parfois préférable. Avec une veste claire, type poil de chameau, la chemise blanche est douce aussi. Et le bleu ciel en association avec du tweed me fait immédiatement l’impression de rencontrer un italien. Je voudrais évoquer à ce sujet les gros twill de coton (qui présentent des cotes diagonales) qui sont idéals pour cet usage sportif. Le coton est souvent plus mou et la surface crée des reflets qui soutiennent l’effet décontracté. Les chevrons peuvent être bien aussi, mais je les aime moins.

Ce code qui vise donc à pondérer le plus possible l’usage de la chemise blanche avec du tweed doit donc être relativisé. Mais je le comprends ceci dit. Car cette simplicité formelle ne doit pas être un alibi pour cacher un manque de goût ou une paresse intellectuel sur le choix d’une couleur complémentaire. Me suivez-vous? Car par exemple, une chemise blanche avec un blazer, c’est peut-être un manque absolu d’imagination.

Voici en bref quelques pensées sur une espèce en voie de disparition voire en pleine extinction. Ne l’oublions pas et ne la laissons pas aux croques morts de luxe !

Bonne semaine, Julien Scavini

La chemise rose

16 novembre 2014

Les coloris de chemises pour hommes ne sont pas très nombreux, principalement, le blanc et le bleu, complétés modérément par le violet ou le rouge. Certes le marron et le vert sont aussi possible, mais dans un registre plus souvent campagnard.

Lorsqu’un client vient faire un choix, il est souvent désorienté par la variété de tissus, unis, rayés, à carreaux etc. Dans les rayons ultra-classiques des grands magasins, en général, les best-seller sont le blanc, le bleu-gendarme (une sorte de bleu ciel très uni) et le rose. Trois choix que l’on pourrait qualifier de ‘vieux messieurs’ tant je constate qu’ils ne sont pas le goût contemporain. Le blanc ne jouit plus de la même aura. Il se salit vite, est parfois trop discret ou au contraire trop tranché par rapport au veston ou à la cravate et ne convient pas bien aux mises sport. Pour autant, il reste toujours absolument nécessaire d’en avoir dans sa penderie.

La chemise bleu-gendarme n’est plus le met de choix pour les gentlemen gourmets. Malgré tout, la chemise bleue comme je l’ai souvent évoqué ici est l’idéal dans quasiment toutes les circonstances. Le bleu ciel complète toujours admirablement les tenues, à la ville, comme à la campagne. Seulement, d’un bleu très uni, presque poudré dans le cas du bleu-gendarme, nous sommes passés au fil à fil bleu, plus chiné, avec des pointes de blanc, légèrement plus clair ou plus foncé. L’effet est plus subtil, moins massif. Un dommage collatéral de la sprezzatura triomphante d’une certaine manière !

Enfin, la chemise rose… Ah la chemise rose, toute une histoire. Elle fut très très à la mode. Les années 80 et 90 la consacrèrent presque comme une icône. Elle parait pourtant difficile à dompter. Il est rare de voir des messieurs en porter de nos jours, encore plus en commander. Pourtant la chemise rose a toujours la cote dans de nombreux pays. Les anglais l’affectionnent beaucoup, les américains, avec une tendance Ivy League tout autant, et les italiens s’amusent avec elle.

Je reproche pour ma part à la chemise rose 1- de rendre le teint rougeau, ce qui n’est pas du meilleur effet et 2- d’être difficile à marier, que ce soit avec le costume ou avec la cravate. Chez les maisons londoniennes, comme Roderick Charles ou Charles Tyrwhitt, le rose layette semble convenir à toutes les mises, aussi bien avec le costume de ville qu’avec le tweed. Je reste persuadé que les mises les plus élégantes sont composées de couleurs en adéquation entre elles, vert avec brun, bleu avec bleu etc, suivant que le registre est ville (gris, bleu, rouge etc) ou de campagne (vert, marron, orangé etc).

Mais soit. Actons que le rose peut aller avec tout. Essayons de définir quelques accords. Je précise que sur les dessins, le rose de la chemise est toujours le même, malgré les effets qui apparaissent !

Premièrement, la chemise rose va très bien avec le gris clair. C’est un fait. Moi qui n’ai ni l’un ni l’autre, voilà un accord qui me fait envie. Je parle bien sûr du rose pur, pas du rose violet, tendance parme qui est il me semble plus doux, plus versatile. Mais quelle cravate mettre alors avec gris clair + rose. GQ a essayé la cravate verte. Pourquoi pas, voilà un accord parfaitement dans le goût italien. Mais un accord osé. Pour ma part, j’essaierais plutôt une cravate grise ou rose claire. Le but est de rester dans une tonalité douce, avec un accord de deux couleurs. L’ensemble est pâle, le rééquilibrons-nous vers le haut ou restons-nous sur cette note basse ?

Ensuite, la chemise rose va assez bien avec le gris foncé, l’anthracite. Evidemment me direz-vous, le gris étant une non couleur, il s’accommode parfaitement d’une couleur, ici le rose. Logique. La veste étant maintenant foncé et le rose pâle, je pense que la cravate doit être assez forte, pour équilibrer chromatique vers le haut l’ensemble. Une cravate violette, assez profonde, dynamise la tenue.

D’ailleurs, il est tout à fait possible de trouver des cravates avec du rose dedans, fondu dans une autre couleur dominante. Les mélange de violet et rose ou bleu et rose permettent un rappel discret du rose, pour un dialogue délicat des couleurs.

Et précisément, avec le bleu marine…? Chemise rose et costume bleu marine, voilà un dialogue compliqué à mettre en place, tant il sort de mon champ habituel de pensée. Avec un costume bleu marine, j’aime mettre une chemise blanche, une chemise rayée bleu et blanc, une chemise bleu ciel, voire une chemise rayée violette, le violet étant la couleur sœur du bleu. Mais avec du rose ? Le bleu marine étant une couleur forte, je ne sais s’il faut mettre une chemise rose pâle ou au contraire soutenu. Quelques exemples trouvés sur internet, au goût très italien, m’incitent à dire que le rose soutenu est mieux. Il équilibre l’ensemble. La cravate ne doit pas être fade alors. Un bleu aussi sombre que le costume donne à l’ensemble un goût fort mais assez minimaliste malgré tout.

Certains anglais utilisent les cravates club rose violet, mais cet accord me semble trop violent. Tout comme l’association d’une chemise rose avec une cravate rouge. Un goût daté. Enfin, la cravate rose… mais qui achète une cravate rose… ? D’abord !

Que pensez vous de ces ébauches stylistiques? De la chemise rose en particulier? N’hésitez pas à vous prononcer, photos à l’appui, pour que je puisse dessiner d’autres illustrations de tenues de ville. Il y a en effet beaucoup à dire sur ce sujet, qui j’en suis sûr, va déchainer les passions !

Bonne semaine, Julien Scavini.

Réhabilitons la chemise à manches courtes

7 juillet 2014

Décidément, je vais me faire taper dessus par les puristes, mais comme je suis assez têtu je vais comme l’année dernière en remettre une petite couche sur la chemise à manches courtes, la bien nommée… Eh non je ne dirai pas son nom, qui à mon avis galvaude déjà l’idée, le suffixe sonore -zette n’aidant vraiment pas. Mais d’où vient donc cette haine de la part des élégants pour la chemise à manches courtes ? Les anglais qui sont des maîtres de l’élégance ne l’étaient-ils pas aux Indes, en Égypte ou ailleurs sous des chaleurs humides écrasantes ? Nos militaires ont-ils l’air ridicules vêtus de la sorte l’été ? Je m’interroge encore, d’autant que des années 20 à 60, il était tout à fait commun d’en porter. Les américains en étaient très friands ; les acteurs d’Hollywood (il me semble avoir déjà vu Cary Grant ainsi) ou des présidents américains en portaient.

Alors certes, la chemise à manches courtes ne se porte pas avec une cravate, ni même avec un costume. C’est d’abord et avant tout un vêtement décontracté. Avec le col boutonné sous une veste, oui c’est assez ridicule. Mais seul, cela peut être d’une grande élégance. Le col doit rester ouvert. D’ailleurs les militaires ont sur leurs chemises manches courtes des cols requins, dépourvus de boutons de col, qui s’ouvrent largement et sont écrasés sur les côtés.

Questions détails, la chemise manches courtes possède assez souvent une poche, pour y glisser les lunettes (ce qui est mieux que de les abimer en les coinçant dans les cheveux). Elle peut présenter à la base des manches des revers, avec parfois une patte de boutonnage, détail issu des chemises type sahariennes. Cette patte peut être remplacée par une épaulette boutonnée pour les modèles plus sports.

Elle peut se porter à mon avis de deux manières. Un de mes clients (d’un certain âge) se présente toujours à mon échoppe l’été, vêtu d’élégants pantalons clairs à double pinces. Il rentre sa chemise dans le pantalon, et additionne l’ensemble d’une belle ceinture de cuir marron, parfois tressée ! Ses chemises manches courtes de chez Charvet sont toujours en popeline blanche et quelques fois en lin. Il respire la décontraction. Il est aussi possible de porter la chemise manches courtes hors du pantalon. Ceci est particulièrement adapté pour cacher un peu l’embonpoint. Car oui, les hommes peuvent avoir de la bedaine et éviter l’effet saucisson peut être salutaire parfois. A ce moment là, la chemise doit être coupée avec un bas horizontal et fendue sur le côté.

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Et au fond, réfléchissons bien. Quand il fait très chaud, que porter? Une chemise à manches longues que l’on retrousse ? Idiotie, car le roulé comprime alors le biceps, empêchant l’air de passer, on a alors encore plus chaud. Un client me disait récemment que la chemise manches courtes présentait le désavantage d’un polyvalence restreinte. Oui, mais on ne fait pas sa vie sur 4 chemises. Je possède une quinzaine de chemises à manches courtes (popeline blanche, bleu gendarme, rayé blanc/bleu ou à carreaux, certaines en lin) que je ne sors que l’été. Le reste de l’année et surtout l’hiver j’ai quelques coloris très différents. Et puis à Monoprix, les chemises manches courtes bien coupées ne valent pas très chères…

La chemise manches courtes à l’extrême avantage de faire circuler l’air sous les bras et le long du corps. Par ailleurs, comme elle s’enfile par le devant et se boutonne, même lorsque l’on transpire fort, elle reste facile à retirer. J’ai déjà expérimenté le polo dans de telles circonstances, il faut alors se débattre pour en sortir. Le jersey petit piqué à de ce point de vue beaucoup de progrès à faire. Il est assez lourd et prend l’humidité, à la différence d’un tissu fin de coton. D’autres désavantages du polo sont son aspect saucisson sur les corps pas trop musclés et un pied de col très bas difficile avec certains physiques, comme les cous longs. Un ami me dit récemment que la chemise manches courtes n’est pas chic. Lui porte des polos avec un gros logo brodé dessus. Mais enfin de qui se moque-t-on? La chemise à manches courtes doit en plus se repasser, signe d’un certain train de vie estival. Alors que le polo sèche sur un cintre seulement.

Enfin il y a le t-shirt, mais je vous laisse dresser la liste de ses défauts d’élégance…

Bref, pour ma part, je continue de porter mes chemises à manches courtes, elles sont tellement fraiches quand il fait chaud. Et regarde amusé mes contemporains retrousser leurs manches😉 Je vous laisse y réfléchir d’ici la semaine prochaine, pour un dernier billet illustré qui marquera la fin de la saison !

Bonne semaine, Julien Scavini

La bonne chemise II

2 février 2014

Après les matières et les mesures, étudions cette semaine la façon. Une bonne chemise est cousue avec des coutures anglaises, c’est à dire que le bord du tissu, à vif et moche, est dissimulé à l’intérieur de la couture qui est retournée sur elle-même et repiquée une deuxième fois. Cela permet une finition parfaite et sans doublure. Chez les grands chemisiers artisanaux, cette couture est extrêmement fine (environ 3mm), alors qu’en industrie, 5mm à 1cm est toléré. Parfois même, chez les plus délicats artisans, cette couture est repiquée – on dit alors rabattue – à la main avec de petits points de côté. Très esthétique et très souple, mais fragile si vous n’avez pas encore un grosse garde robe et que vous lavez souvent vos chemises.

Question technique également, le col et les poignets peuvent être entoilés. Pour rigidifier ces parties, il faut placer à l’intérieur des tissus une toile plus épaisse. La technique courante consiste à coller cette toile contre l’un des tissus. Ce n’est pas un mal, et rares sont les chemises à manifester des signes d’usure à cause de cela. Les chemises contemporaines s’usent plus à cause des tissus fins que du thermocollant qui cloque. Ceci dit, les belles chemises peuvent être entoilées sans colle. Le principal inconvenant alors est le repassage qui n’est pas simple. Je fus même confrontés à des clients connaisseurs qui découvraient cette difficulté. Il s’agit notamment de bien repasser le col en le tendant pour qu’aucun pli ne subsiste sur les bords.

Passons aux détails maintenant : le col peut avoir plusieurs formes (étroit ou large) et différentes hauteurs suivant les cous. Il se ferme par un seul bouton placé sur le pied de col (et non deux ou trois boutons). Les baleines (ces petites languettes de plastiques) peuvent être amovibles ou intégrées: amovibles, c’est plus chic ; intégrées, c’est plus pratique, choisissez.

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Les boutons – prioritairement en nacre – sont placés le long de l’ouverture devant. Cette ouverture peut être sans gorge (C), avec gorge surpiquée (D) ou alors avec gorge cachée (E), comme quelques chemises du soir. Le plus simple – sans gorge  – a depuis toujours ma préférence. Une poche (B) peut être placée sur la poitrine sur les chemises d’été à manches courtes (A), mais jamais sur une chemise habillée.

Vos initiales peuvent être également brodées. Classiquement, elles se placent sur le pan gauche, au troisième ou quatrième bouton (sans compter le bouton du col), donc en dessous de la poitrine ou au dessus de la ceinture du pantalon (F). Restez discret à ce sujet. L’idée de les placer sur le poignets, très visibles, est saugrenue.

chemise détails 2Le bas de la chemise peut être arrondie sur les côtés, comme les liquettes anciennes (L et M) ou droit (K), avec une fente à droite et à gauche. La chemise doit être assez longue pour arriver presque en dessous du popotin. Quand la chemise est arrondie en liquette, à la jointure du pan arrière et avant, en bas de la couture verticale, une hirondelle de renfort peut être placée (M). Elle n’est obligatoire que si l’angle est aigu. Sinon il s’agit d’un simple détail de style.

En haut du dos, sous le pan de tissu horizontal, des pinces peuvent être placées, une à droite et une à gauche sur les chemises classiques de ville (H) ou les deux rassemblées au milieu sur les chemises de week-end (G). Ces pinces peuvent être supprimés à deux conditions : que la carrure soit un peu élargie (et donc l’aisance générale) ou que le client veuille une chemise très près du corps. Si vous souhaitez une chemise particulièrement près du corps ou si votre postérieur est rebondi avec le bas du dos très creux, il pourra être intéressant d’effectuer deux pinces (I), pour répartir le cintrage efficacement.

Ce morceau de tissu horizontal peut être coupé d’une seule pièce ou en deux avec une couture au milieu (J). Bernhard Roetzel rapporte qu’un pan coupé en deux permet de prendre en compte l’épaule droite et gauche. C’est faux, car il est aussi possible de couper asymétriquement le pan unique. Le mystère demeure donc à ce sujet, sauf si l’on considère la petite économie qui consiste à couper ce pan en deux et non d’une seule pièce, ou le plaisir du chemisier à raccorder les rayures au centre.

chemise détails 3Question raccord, ce pan horizontal doit raccorder le motif de la manche (rayure ou carreau). C’est un must-have. En descendant le long de la manche, vous tombez sur la fente de manche. Celle ci reçoit en son milieu un petit bouton appelé capucin (N). Sur les très belles chemises, ce capucin est absent. Vous voyez un peu la peau… et alors ? A côté de cette fente et mourant dans le poignet, vous trouverez des plis. Deux plis parait un minimum et mon expérience me pousse à en faire systématiquement trois maintenant, des clients ayant été serrés à l’avant bras (la mode du slim ne va pas à tout le monde).

Le poignet enfin peut arborer un seul ou deux boutons (pour l’ajustage latéral -O), ou encore deux boutons en ligne verticale, à l’italienne (P). Sans boutons, il s’agira alors de poignets à boutons (de manchette) ou de poignets mousquetaires.

Avec toutes ces informations, vous serez de fins connaisseurs  et pourrez apprécier l’importante quantité de modèles vendus dans le commerce.

Bonne semaine, Julien Scavini

PS : pas de billet la semaine prochaine, je serais trop occupé par un projet qui sera visible en Septembre 2014…

La bonne chemise

27 janvier 2014

J’avais il y a quelques mois écrit un article sur les caractéristiques d’une bonne chemise. Cet article, figure parmi les références du blog. Seulement il contient plusieurs approximations et contre-vérités. Essayons de (re)passer en revue ce qui fait une bonne chemise.

D’abord et avant tout, le tissu compte pour une très grande part de la qualité globale d’une chemise. Il faut éviter absolument le polyester, même en quantité moyenne. Seul le coton (et dans une moindre mesure le lin ou la soie) doit être utilisé. Quand on pense que même Yves Dorsay propose des 100% coton à 16€, ce serait vraiment exagérer pour une marque de ne pas faire de même. La qualité du coton importe aussi, mais joue un peu moins, le niveau général en boutique étant plutôt bon. Seules une ou deux de mes vieilles chemises se sont mis très vite à boulocher, ce qui est absolument désagréable sur la peau, mais elles venaient de chez E. Leclerc (des tartans pour le week-end).

Un tissu de chemise fait généralement un poids de 110 à 120grs. Plus fin, il sera été, mais aussi plus transparent, comme les voiles suisses. Vers 140 et 160grs, nous trouverons de grosses cotonnades, comme les oxfords et les tattersalls anglais. Les tissus pour chemises se caractérisent aussi par leur titrage. Le titrage est analogue au terme super 120’s des costumes.

Disons que les belles qualités commencent avec les doubles retors (deux fils torsadés ensembles, donnant plus de solidité), 80 à 2, puis l’échelonnent jusqu’à 120, 140 à 2 etc. Il existe des chemises en 300 à 2, mais cela frise le ridicule et est plutôt un argument purement commercial. Une bonne chemise, c’est un tissu classique et une bonne coupe ; pas un tissu de compétition sur un façon moyenne.

ILLUS36Certains tissus de chemise sont proposés ‘easy to iron’ ou ‘non-iron’. Plusieurs techniques existent pour arriver à ces textiles surprenants et pratiques. Une première technique consiste à merceriser le coton – du nom de monsieur Mercer – sous l’effet d’acides ou de bases, à l’instar de la technique utilisée pour faire le fil d’écosse de nos chaussettes. D’autres techniques plus mécaniques s’intéressent à la torsade des fils, comme la chiralité en chimie organique. Cela permet d’obtenir des propriété d’aération ou de non froissage.

En ce qui concerne les mesures et la coupe générale, la chemiserie encore plus que le tailleur est délicate tant les modes et les goûts des clients sont variés. La première des mesures est le tour de poitrine, par exemple 100cm pour un client standard. De cette mesure, il est possible de déduire trois chemises : la coupe classique avec mesure finale du tour de poitrine de 122cm (aisance 20 à 24cm en plus), la coupe ajustée, avec une mesure finale de 112cm, et la coupe très ajustée, avec une mesure finale autour des 106cm. Ce n’est qu’une question de goût et de ressenti. Pour avoir testé les deux premières, je peux affirmer que je préfère la plus large et je me fous du plis qui se présente ça et là. D’autres penseront tout l’inverse. Il en va de même pour l’aisance à la ceinture ou l’aisance du biceps.

Au niveau de la manche, il est impératif que le chemisier prenne une mesure de votre tour de poignet pour faire des manchettes ajustées et non des trucs gigantesques qui flottent. Je dois confesser qu’à mes débuts j’ai voulu trop bien faire en ajustant un peu trop (environ 1cm de marge) les poignets. Maintenant et suivant les clients, j’ajoute plutôt 2 à 3cm, et plus si il y a une montre.

Mesures toujours, dans le dos, si le client est très cambré ou s’il veut une chemise très près du corps, deux pinces peuvent être exécutée. Elles sont tout à fait courantes maintenant et ne constituent pas une hérésie comme j’ai pu le lire ici ou là.

Cette première partie sur la bonne chemise est terminée. La semaine prochaine, nous étudierons les détails.

Bonne semaine, Julien Scavini

La chemise bleu

20 janvier 2014

Ce soir, je souhaiterais mettre en avant une chemise chemise qui a tendance à être oublié dans nos penderies : la chemise bleu. Un client récemment venait pour faire une chemise et s’arrêta sur un carreau de vert et de bleu, très Arnys. Soit. Nous nous interrogeâmes longtemps sur l’utilité de cette dernière par rapport à une chemise bleu ciel, si simple, mais dont l’envie était moins forte. D’autres clients, je m’en souviens, exprimèrent la même interrogation.

Ce fut aussi l’occasion de me dire que moi même, je n’en avais qu’une seule, et encore, je l’ai trouvée par hasard dans les restes du fonds de commerce que j’ai acheté. Et quel dommage de n’en avoir qu’une seule ! J’ai bien des blanches, et j’ai surtout un nombre incalculable de chemises à rayures, surtout bleues. Cette catégorie, que les anglais appellent ‘bengal shirt’ représente maintenant une écrasante majorité des chemises vendues, pour son côté très business et en même temps plus fantaisie que l’uni. Les rayures larges, appelées ‘bâtons’ sont en revanche très sports, trop à mon goût. Les américains et les anglais très moyens en raffolent, surtout lorsqu’il y a plusieurs coloris dedans. En association avec une cravate club huit couleurs dont un peu de fluo, c’est le summum du goût ‘troggie’ dirait James Darween.

Bref, la bonne vieille chemise bleu uni a dû mal à se faire une place dans le placard. Elle peut être réalisée dans une simple popeline, un fils à fils chiné de blanc ou encore en oxford fin. Par rapport à la chemise blanche, elle se salit moins vite au col. Et par rapport à la chemise à rayures, elle peut aller avec toutes les vestes anglaises à carreaux possibles. Un immense avantage, tant l’accord des motifs est crucial. Avec un costume gris ou bleu, elle fait encore merveille. D’un coloris plus doux que le blanc, la chemise bleu ciel permet un accord en pastel, où les couleurs se répondent, dialoguent, sans tension extrême, dans une douce harmonie que la cravate seule va rehausser. C’est pourquoi je ne saurais que trop vous conseiller de lui faire une place de choix !

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Bonne semaine, Julien Scavini

Le col blanc

21 octobre 2013

J’en vois de plus en plus dans le métro le matin : le col blanc reviendrait-il-en force ? Je me le demande. Si la chemise blanche semble tomber peu à peu aux oubliettes – et c’est bien dommage – le col blanc rattrape un peu cela, pour le moment. Étudions quelques instants le pourquoi du comment.

Si vous relisez un très ancien article du blog, ICI, vous retrouverez quelques éléments sur la spécificité des cols détachables. Ceux-ci étaient blancs, d’un blanc immaculé et brillant, permis par l’amidonnage. Au début de ce siècle et surtout dans les années 20 et 30, la mode était aux chemises rayées et très colorées. Parfois trop pour le goût de nos jours. La rayure bleue – parfois horizontale – était un grand classique, et cela dans de multiples couches de la société. Les chemises sans cols que l’on peut appeler tunique possèdent un petit pied de col, similaire à un col officier. Sur celui-ci était fixé le col dur par l’intermédiaire de deux petites brides métalliques ornées. Et seules les plus hautes couches de la société en mettaient un. Son entretien était couteux. Le simple ouvrier se contentait de sa tunique (que l’on a plus tard appelé à col mao, peut-être une référence communiste ou socialiste?, qui s’apparente de nos jours à quelque chose de décontracté, donc de populaire…?).

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Il y a bien eu une mode temporaire pour le poignet amidonné séparé, mais elle fut très courte. Si bien que sur les vieilles chemises, les poignets sont quasiment toujours du même tissu que le corps. Seul le pied de col et donc le col séparé sont blancs. Je ne saurais dire à quelle époque est apparue véritablement la mode du poignet blanc en complément du col blanc. Une chose est sûre, les années 80 ont consacré cela !

De nos jours, vous avez le choix. Soit le col et les poignets blancs, soit le col seulement en blanc. J’opte assez souvent pour cette dernière variante que je trouve plus discrète, en un mot plus raffiné. J’utilise en complément des poignets simples à boutons de manchette, et non des poignets mousquetaire, que je trouve trop volumineux. Question de goût, absolument ! Du reste, le poignet mousquetaire est pas mal en blanc avec un col blanc.

Enfin, notons que dans tous les cas, le col blanc doit compléter un tissu plutôt rayé – pourquoi pas uni, mais l’effet est moins net – où une couleur autre que le blanc doit dominer. Les rayures un peu épaisses sont ainsi plus indiquées que les rayures fines, à moins qu’elles ne soient très rapprochées. Je rajouterais aussi que le col blanc ne se porte pas avec des souliers marrons. Ce serait un contre-sens absolument. Le port du col blanc étant un signe distinctif de l’élite, mélanger cela avec une chaussure d’un cuir sport serait passablement bizarre…

A vous de choisir ! Bonne semaine, Julien Scavini


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