Le col de chemise très ouvert

Un client m’a récemment demandé si le col très ouvert pouvait se porter avec un costume croisé. C’est une bonne question. Y’a-t-il une bonne réponse?

C’est un fait, le col classique assez fermé n’a pas trop la cote ces dernières années. Les messieurs lui préfèrent les cols plus ouverts. Il en existe de plusieurs sortes. D’abord il y a le col semi-ouvert, que j’apprécie particulièrement pour sa polyvalence, allant aussi bien avec une cravate qu’un papillon. Ses pointes revenant vers l’avant, il ‘supporte’ mieux le papillon, obligeant ce dernier à se ternir plus droit. Pour ma part, j’aime même le col semi-ouvert en version haute.  Je ne sais pas pourquoi, j’ai tendance à trouver ce modèle plus habillé, plus habillant. J’ai le cou assez haut et celui-ci le couvre en donnant de l’allant. J’aurais tendance à penser que c’est le modèle le plus chic, celui fait pour Michael Douglas. C’est dire.

A peine plus échancré est le col cut-away si aimé des anglais et popularisé par Hackett entre autre. Le col cut-away reste un classique polyvalent qui donne du chien à la tenue. C’est un modèle de caractère qui signe instantanément l’origine de la chemise : d’un bon faiseur. Car dans le prêt à porter, ce spécimen est rare. Seuls les chemisiers anglais pendant longtemps en vendaient. Il existe aussi en version normale ou haute, bien que la nuance soit plus difficile à discerner. Lorsqu’on l’observe de haut, le col cut-away donne l’impression d’avoir été coupé par une lame, les pointes étant très exactement sur la même ligne.

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Question origine, j’entends souvent parler de col italien, de col anglais etc… Je ne sais jamais quoi répondre à cela. D’autant plus que les italiens parlent des mêmes cols en disant cols français et les anglais l’inverse. Alors… Une chose est quasi-sûre, ce sont quand même les chemisiers anglais qui ont développé ces modèles, je dirais il y a au moins un siècle. Les almanachs du XIXème présentant les cols détachables montrent des modèles cut-away déjà à l’époque. Étaient ils répandus?

Il existe enfin le col très cut-away, que j’appelle plutôt full-spread pour plein écart. Ici, les pointes sont presque rabattues sur le côté, elles sont fuyantes. C’est un col très rare en prêt-à-porter, Ralph Lauren ou Hackett en vendant un peu. Pour ma part, j’ai une seule chemise ainsi réalisée. Le modèle est très plaisant à porter et donne beaucoup de panache à la tenue. Vous passez à coup sûr pour un jeune loup de la City avec un tel col qui dégage beaucoup le cou.

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Par contre je suis catégorique, inutile de vouloir faire un gros nœud de cravate pour remplir tout l’espace, c’est peine perdue. Au contraire, le nœud doit rester mesuré et il sera alors possible d’apercevoir le ruban de la cravate de chaque côté. Et alors, ce n’est pas grave? C’est ainsi que Daniel Crémieux, autre spécialiste du genre présente le col full-spread.

Quant à savoir si ce modèle va avec le croisé, il n’existe aucune réponse toute faite. Je dirais que oui, mais à tester avec précaution. Car le croisé est quand même un modèle de veste plutôt fermé, qui découvre peu la poitrine. Dès lors, j’aurais tendance à penser que la chemise doit représenter cet état d’esprit classique et raisonnable et qu’un col semi-ouvert un peu haut (pour faire écho aux larges revers du croisé) sera idéal. Le col cut-away passe encore. Mais le col très ouvert ? Y’a-t-il besoin de jouer de tant d’effets ? Le croisé laisse déjà une emprunte formelle très marquée, est-ce utile d’en rajouter ? A vous de choisir.

Bonne semaine, Julien Scavini

Trois chemises fantaisies, discrètes et polyvalentes

Lorsque l’on décrit la garde robe qu’un débutant doit avoir, il est logique de citer les chemises blanches et bleu, unies et rayées. Avec de tels modèles, tous les accords sont possibles dans le cadre d’un costume de travail. C’est simple, efficace et discret.

La question est plus épineuse lorsqu’il s’agit de proposer des chemises plus décontractées. Bien sûr, le bleu uni est idéal avec une veste dépareillée ou un cardigan. Et toutes les chemises fantaisies sont permises, composées principalement de carreaux. Pour ce répertoire plus décontracté, il est difficile de cerner quelques modèles iconiques à avoir.

Par ailleurs, il peut paraitre difficile de rester fixé sur deux ou trois chemises types : la blanche, la bleu unie et la bleu rayée. Pour un débutant, c’est un choix raisonnable mais qui manque de piment. Y’a-t-il alors un moyen de trouver des chemises fantaisies et en même temps versatiles? Gageure.

Et surtout, lorsque l’on a une garde robe d’un volume raisonnable, c’est le cas des débutants, il est tout à fait ennuyeux et couteux de devoir séparer les chemises de travail de celles moins habillées. A force de nombreux essais, j’ai identifié trois chemises légèrement fantaisies et en même temps tout à fait essentielles :

  • le micro pied de poule bleu
  • le petit carreau marron
  • la fine rayure rouge

 

1- Le micro pied de poule bleu

L’avantage du pied de poule bleu ciel, c’est qu’il crée une texture, un relief vu de près. C’est un motif qui se voit et apporte une touche décontractée. En étant plus amusant qu’un simple oxford.  Mais en même temps, à un mètre, il apparait comme uni. Bien souvent en plus, le pied de poule est réalisé dans des cotons plutôt soyeux et moelleux, ce qui en fait une chemise très confortable.

Sa capacité à faire uni de loin permet de porter le pied de poule sans problème avec un costume de travail. Par ailleurs, ce motif étant tout petit, il ne pose pas de problème si le costume est rayé ou carroyé. Et le week end, avec une belle veste à carreaux ou un cardigan, il apporte une heureuse touche décontractée, presque italienne.

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2- Le petit carreau marron

Il est toujours très difficile de trouver une chemise qui va bien avec du tweed. Bien sûr, la simplicité se porte vers la chemise bleu ciel. Mais ça fait un peu Ivy League ou trop italien, pas assez anglais. D’un autre côté, les chemises tattersall sont vraiment très old school.

Aussi le discret petit carreau marron ou bordeaux permet de rester dans la même harmonie de couleurs, celles des feuilles mortes. De près, le motif se voit et le petit carreau a l’avantage de faire sport.

Mais comme le blanc domine, à un mètre, la chemise apparait comme légèrement éteinte, presque poudrée, ce qui va très bien avec le tweed et les tenues de week-end.

En même temps, ce discret carreau marron devient complémentaire d’un costume gris porté avec des souliers en veau-velours. La chemise apparait alors mi-rouge mi-grise. L’harmonie générale est excellente.

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3- La fine rayure rouge

La chemise rayée est par excellence bleu ciel. Cette rayure à peine large est appelée bengal et elle va avec tout et quasiment en toutes circonstances.

Mais enfin, si les modèles et les bleus peuvent être d’une infinie variété, on peut quand même avoir envie d’autre chose. La rayure rouge discrète est un bon choix. Elle rehausse le teint et donne bonne mine. Par ailleurs, elle complète autant un costume marine que gris. C’est d’ailleurs mon choix préféré avec un costume gris. Je trouve la chemise blanche trop dure et le bleu trop froid. Le gris étant un peu éteint, le rouge apporte du peps’!

Et le week-end, si votre veston est uni comme un blazer ou si vous portez un cardigan, le rouge donne un esprit sport certain. C’est une couleur chaude qui va à merveille avec un chino beige ou marine ainsi qu’avec un pantalon de tweed marron.

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Alors certes, ce ne sont pas forcément des chemises faciles à trouver. Mais une fois achetées, elles ne seront pas regrettées, tant elles vont en toute circonstances et avec tout.

Que pensez-vous de ces trois essentiels à la fantaisie discrète et polyvalente? Il y en a peut être d’autres…?

 Bonne semaine. Julien Scavini

Le poignet simple à boutons de manchettes

Depuis que la chemise existe (je crois que les Egyptiens les premiers ont créé le vêtement), il est de bon ton d’utiliser des éléments précieux pour la boutonner. C’est ainsi que pendant longtemps la nacre a été perçue comme très supérieure aux boutons de bois. Mais une infinité de matière a dû être utilisée à travers les âges : or ou argent, os ou ivoire, pierres précieuses.

Au XIXème siècle, la grande bourgeoisie qui aimait étaler sa richesse a développé l’usage des boutons précieux à rapporter. Non cousus sur la chemise, il était alors possible d’en posséder de grandes panoplies. Cet usage de goujons amovibles (studs en anglais) fut rendu nécessaire par l’amidonnage des chemises. En effet, les plastrons, cols et poignets étaient si durs qu’on ne pouvait pas tordre le tissu pour passer la boutonnière. Les cols séparables étaient maintenues par deux goujons à pivots, ceux du devant se vissaient sur eux-mêmes et aux poignets, les boutons de manchettes étaient soit fixes soit articulés.

De ce que j’ai pu voir et apprendre sur le tas, les poignets à boutons de manchette anciens ne sont jamais doubles comme les mousquetaires. Ils n’ont qu’une épaisseur et les anglais l’appellent le ‘barrel cuff‘ ou ‘single cuff‘. C’est pour moi le modèle le plus chic, celui que l’on devrait porter avec le smoking par exemple. Lorsqu’il était amidonné, ce poignet était rigide comme du carton. La tenue était alors impeccable.

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Je pense que le poignet mousquetaire ‘french cuff‘ fut inventé dans les années 20 pour palier à la fin de l’amidonnage. Car après la première guerre mondiale, cette pratique des cols et poignets durs s’estompa très vite. Les vêtements gagnaient en confort et en facilité d’usage. Le col finit par être cousu sur le corps et on abandonna les goujons, au moins dans la vie courante avec le costume qui émergeait aussi. Mais dès lors que le poignet est mou, il ne tient plus bien avec un bouton de manchette. L’idée est assez facile à suivre.

Un chemisier de génie (peut-être un français si l’on en croit l’appellation anglaise) a donc eu l’idée de doubler le poignet, pour créer le mousquetaire. L’histoire n’a pas retenu qui. J’ai bien appelé Mlle Colban de chez Charvet, mais elle ne sait pas non plus.

Et depuis un demi-siècle au moins, le poignet mousquetaire plait aux élégants du monde entier.

Seulement, il m’apparait aujourd’hui comme trop lourd, trop épais, pas assez fluide. Et je lui préfère mille fois le poignet simple à boutons de manchettes, le fameux single cuff. Plus souple, plus léger, il est parfait et supporte très bien de petits boutons de manchettes par trop volumineux. C’est un poignet également plus discret qu’il est possible d’utiliser sous un pull : il suffit de l’enrouler autour du poignet à la manière des chemises conventionnelles.

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La maison Arrow est spécialisée dans ce modèle, qu’elle vend sous l’appellation poignet mixte, car elle coud un bouton au bord de la boutonnière pour utiliser le poignet avec ou sans boutons de manchettes!

Pour ma part, j’arrive presque à chaque coup à vendre à mes clients mariage des chemises avec de tels poignets. Ils apparaissent comme plus minimalistes et modernes.

Si vous voulez essayer ce modèle, c’est très simple. Prenez une de vos chemises à boutons et faites réaliser par un retoucheur une boutonnière en lieu et place du bouton de poignet. Vous aurez ainsi une poignet simple !

Bonne semaine. Julien Scavini

Le col requin

Alors que l’été n’en finit plus de se faire désirer à Paris, revenons un instant sur la façon de porter les chemises par temps chaud, quelques décennies auparavant. Pour être plus précis, remontons aux années 30 et voyageons jusqu’aux Etats-Unis.

A cette époque, les chemisiers, peut-être à la suite de commandes militaires (cela ne m’étonnerait guère) inventent un nouveau col, un modèle transformable, aussi bien à porter boutonné qu’ouvert. Et encore mieux, ne s’ouvre pas aussi bêtement qu’un col classique, il s’évase.

Sa conception est ingénieuse bien qu’un peu lourde industriellement parlant. Le col au lieu d’être en deux parties (la retombée et le pied de col) est en une seule. Et encore mieux, l’intérieur du col se poursuit le long des boutonnières, jusqu’en bas de la chemise, comme sur une veste où l’on trouve la garniture au bord. C’est donc un modèle complexe à développer, car le col est fait dans une pièce très longue, qui doit supporter la courbure du cou tout en se cassant bien en deux, pour simuler la retombée de col. Les plus techniciens comprendront. Ci-dessous, à gauche le modèle transformable, à droite le col classique.

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Alors donc, ce col fut inventé. Merveille des merveilles, il correspondait au goût de l’époque porté sur le repassage et la perfection ménagère. Ces mesdames écrasèrent donc de toute la force de leur fer les col, de manière évasée. Ça peut se tenter avec une chemise moderne, mais l’effet est moins net qu’avec un col transformable, autrement appelé col requin. Je ne sais d’ailleurs d’où vient cette appellation. Peut-être à cause des pointes très longues…?

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Cette esthétique fit florès ! Les premiers blousons ont aussi profité de cette coupe dérivée des cols de chemises classiques.

La seconde guerre mondiale et les GI’s semèrent ce style à travers le monde. Dans les années 50, les chemises hawaïennes ainsi coupées étaient le symbole de l’American Way of Life, idéal pour se détendre sous un parasol.

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Les étudiants américains et le style Ivy League propulsa aussi l’esthétique de la chemise col requin portée sur la veste. Ah toute une allure ! Je reste réservée sur cette mode. Peut-être un créateur inspiré en fera t il de nouveau usage…?

Toujours est-il qu’au fur et à mesure des années 70, l’usage tomba en désuétude. A part dans les milieux épicés : parieurs hippiques, tenanciers de casino, producteur de cinéma etc… Dans les années 80, cette allure vous faisait même passer pour un paria. Ou un vieux milliardaire.

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Un tailleur qui m’a formé s’habille toujours ainsi l’été. Et je souris à chaque fois en le voyant : un vrai mylord descendu de son yacht !

Et maintenant, je me repose aussi. Le blog s’arrête pour l’été !

A la rentrée donc et profitez bien. Julien Scavini

Il faut repasser son col !

Depuis longtemps, je m’interroge sur la pertinence de porter une chemise à col retombant le week-end, sans cravate.  En effet, je n’aime pas trop le t-shirt. Je suis donc bien obligé de porter une chemise. Mais lorsque le col n’est pas fermé par une cravate, que faire? Le laisser fermer à la mode des hipsters ou l’ouvrir?

Pour ma part je le laisse ouvert. Mais alors, je n’aime pas voir les deux pointes s’avachir bêtement. J’ai donc pendant quelques temps porté des chemises à col tunique (ou mao selon. C’est à dire sans la retombée de col). Mais comme j’ai un cou un peu long, l’effet ne m’a jamais réellement convaincu. Il y a quelque chose dans ce col de trop formel ou de pas assez je dirais. Soit on le porte fermé et c’est très habillé (d’ailleurs mieux qu’une chemise à col tombant portée fermée sans cravate), soit on le laisse ouvert et c’est très décontracté, parfait pour un bord de piscine me semble-t-il.

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Alors que faire? Etais-je condamné à toujours voir mes pointes de col s’avachir et s’écarter mochement? Et bien non depuis que la chemisière Maria Frittolini m’a donné la solution. Il faut repasser et écraser son col de chemise en forme !

C’est à dire. Au lieu de repasser simplement le col et sa retombée à plat (puis de retourner le col avec les mains sur soi), on les repasse à plat puis on plie la retombée et on repasse. Évidemment, l’ensemble est en forme dont on ne peut plus poser le col bien contre la table à repasser. On peut toutefois briser les extrémités du col sans être obligé de repasser le milieu. Il faut principalement que les bouts soient bien écrasés à la vapeur. Et lorsque l’on enfile la chemise, le col tient tout seul. Il n’est plus avachi. Miracle ! C’est une solution très pertinente que j’applique tous les jours. Mes cols sont ainsi plus nets et plus rectilignes. J’adore !

Ceci dit, attention, je pense que ce repassage de la pliure du col raccourcit de manière certaine l’espérance de vie de la chemise. Elle élimera plus vite à ce niveau, sous l’effet de la chaleur répétée !

A vous de repasser !

Belle semaine, Julien Scavini

La chemise à carreaux

Il existe quatre grandes catégories de motifs pour les chemises : l’uni, le rayé, le semé (une nouveauté du reste) et le carreau. Si l’uni et le rayé sont souvent synonymes de chemises habillées et plus formelles, le carreau est plus connoté ‘décontracté’. Etudions ce jour les divers carreaux possibles avec une tenue dépareillée comme du tweed ou même un costume.

Lorsque je décide de porter une tenue dépareillée, comme un pantalon marron avec une veste de tweed, j’aime bien mettre une chemise à carreaux, car l’effet est immédiat. Du moins pour ceux qui sont au fait des règles de la garde robe. Ces règles hiérarchiques sont changeantes suivant les époques mais demeurent dans leur grands principes assez homogènes. Ainsi l’uni est le plus formel, suivi de la rayure parfois à égalité. Viennent ensuite les carreaux puis les nouveaux petits motifs semés s’ajoutent en queue de peloton. La chemise à carreaux est donc le complément de la tenue sport dépareillée.

Ceci dit une chemise à carreaux peut aussi se porter avec un costume. Cet assemblage est porteur de sens également. Si vous travaillez dans une institution très à cheval sur le port du costume, une banque ou un ministère par exemple, s’amuser à porter une chemise à carreaux est en quelque sorte un doux pied de nez aux convenances. Que peu de vos collègues ou supérieurs remarqueront.

On sait – Le Chouan Des Villes n’a cessé de le répéter – que la chemise blanche apparait de nos jours comme un peu trop formelle avec du tweed. Quand à la chemise ivoire, je la décommande, on dirait que vous avez sorti une très vieille chemise. L’effet n’est pas heureux.

Ainsi le carreau se prête mieux aux tenues de tweed que la rayure, surtout lorsque le tweed expose un motif ; et le tweed est souvent à carreaux. Or on le sait tous, chemise rayée et veste à carreaux font mauvais ménage à moins d’être le duc de Windsor ou Dirnelli !

Un carreau avec du tweed, c’est le nec plus ultra. Le carreau apporte une touche de couleur souvent utile pour égayer des couleurs de mousse trop discrètes. Ou alors pour faire un rappel bienvenu d’une couleur du tweed, comme le carreau de la veste par exemple.

Il existe plusieurs sortes de carreaux. Auparavant, j’encensais beaucoup le carreau tattersall. Ces chemises, souvent un ivoire sont couvertes de raies de diverses couleur, en général deux ou trois, par exemple vert, noir et marron. Cela crée de la profondeur visuel et des rappels multiples sur les autres couleurs de la tenue. Mais pour avoir testé de nombreux modèles, la chemise tattersall vieillit énormément celui qui la porte. Non pas qu’elle soit à bannir, mais je pense qu’il y a plus actuel.

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Si l’on blanchit un peu le tattersall et qu’on diminue le nombre de couleur, le motif s’actualise. Vous allez me dire, cela n’a plus rien à voir. Certes. Je pense toutefois que c’est d’un goût plus sobre et souvent plus percutant. De la même dimension, un simple carreau violet éveille bien une tenue sportive.

Ces carreaux simples ont ensuite plusieurs dimensions. Le carreau classique fait 1cm de côté environ. Le trait peut être plus ou moins gras. On retombe alors sur la hiérarchie en vigueur pour les chemises rayées. Plus le trait est gras, plus la chemise est décontractée. Ainsi, les carreaux ‘bâtons’ sont moins formels que les carreaux fins. Tous les carreaux ne se prêtent pas à toutes les situations.

De là découlent un classement important des possibles. Le hic est que les coton à carreaux ne sont hélas pas légions dans les classeurs des tisserands. Un vrai regret pour moi. J’apprécie particulièrement les carreaux fin, qui de loin font passer la chemise pour presque blanche. C’est le plus doux et le plus passe-partout. Une simple touche de couleur discrète permet une association intéressante avec les autres tweeds alentours.

Quoiqu’il en soit, l’assemblage veste de tweed avec carreaux simples est idéal. Votre tenue apparaitra ainsi plus urbaine et plus habillée. Un tattersall marqué avec du tweed à l’inverse est très ‘campagne’.

Un carreau un peu marqué en bleu par exemple est aussi idéal avec un blazer ou un costume. Ici le raisonnement est inverse. Ces tenues plus habillées acquièrent immédiatement un aspect plus décontracté par la simple présence de cette touche soutenue. Vous me suivez ?

Les carreaux peuvent être petits ou bien plus grands, il est conseillé de les choisir plutôt discrets. Feu Arnys avait l’habitude de présenter des chemises à grands carreaux. L’effet était à la fois vif mais l’impression de loin était plutôt claire voire blanche. J’aimais ces modèles. Hélas, il est très difficile d’en trouver des exemples de nos jours.

Enfin, les chemises vichy (ci dessous) ou tartan sont très difficiles à mettre, sauf si elles sont seules ou accompagnées d’un pull.

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Voilà de quoi vous donner des idées pour cet hiver !

Belle semaine (si j’ose dire!) Julien Scavini

La chemise blanche

A une époque, personne n’aurait imaginé porter autre chose qu’une chemise blanche. Cette époque – les années 50 et 60 – apparait comme l’âge d’or de la chemise blanche, en complément du costume sombre et du chapeau trilby. Mais il ne s’agissait pas là d’une question de mode. Bien au contraire, il s’agissait d’un usage remontant aux ères les plus reculées de notre histoire. Les sous-vêtements étaient clairs, de toile beige pour les pauvres et de plus en plus blanche pour les riches.

C’est au XIXème siècle que le coton connait un essor formidable. Finies les chemises en chanvre, en lin ou en soie ! Le coton en plus est très clair. Que demander de mieux. Alors certes, comme évoqué déjà dans l’article sur les rayures, ça et là le blanc fut strié de discrètes couleurs pastels. Mais dans l’ensemble, le blanc était la marque de l’élite, la marque de l’entretien et de la propreté. A tel point que sous l’ancien régime, la cravate elle même était blanche, pour prouver à quel point vous aviez des lavandières en nombre suffisant à demeure ! De cette époque reste la chemise d’habit, accompagnée de son papillon de coton marcella.

Mais les usages ont changé. Le coton blanc, déjà attaqué durant les années folles par des rayures pastels de moins en moins rayures et de plus en plus unies, succombera dès les années 70. Ce sera d’abord le bleu ciel qui prendra le dessus. Une couleur simple que les messieurs achetaient chez Madelios ou Old England par paquet de quatre, en complément de modèles ivoire et de cardigan lit de vin! Toute une époque.

Les années 80 et la figure du business man en particulier consacrèrent l’ère de la rayure, bengal et bâton. L’une est fine et donne l’impression d’un uni, l’autre est dure et voyante. Bleu, rouge, violet, rose, vert. La chemise devint le lieu ultime de l’expression personnelle ou d’un rattachement à la mode d’un groupe (en plus des bretelles bien visibles). Pendant ce temps, les coloris des costumes n’évoluaient guère.

De nos jours, la chemise blanche est devenue un fait assez rare, à l’exception peut-être des dignitaires hiérarchiques des maisons de luxe et de leurs vendeurs, en chemise blanche et cravate noire dans des costumes étriqués. Pour le reste, les hommes font preuve avec leur chemise d’une grande diversité de langage. Les plus érudits avancent le nombre de deux chemises dans une garde robe. C’est assez vrai, je mets les miennes assez peu. J’aime mieux un peu de couleur (pour ne pas dire le bleu) et ai tendance à limiter le blanc uni au col contrasté.

A tel point que trouver une bonne chemise blanche est parfois compliqué, à moins de passer par Le Bon Marché où le moindre article frise le délire tarifaire pour du prêt à porter. Ceci dit, on m’a récemment parlé d’une marque de qualité correcte, Eton. Rue de Rivoli, la maison Hilditch & Key propose de bons articles, mais l’accueil y est si détestable qu’un honnête homme ne saurait jamais se montrer assez rugueux pour rivaliser avec le personnel. Je vous avais enfin parlé de Hast fondé par un ami il y a quelques temps, qui propose de bons produits, hélas uniquement disponible en ligne, la limite de l’achat de vêtement sur internet.

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Côté usage, la chemise blanche va avec tous les costumes, c’est un fait et la base de toute garde robe bien pensée. Si un costume ne va pas avec une chemise blanche, c’est donc plutôt le costume jeter!

A priori, la chemise blanche ne va pas avec des vestes ou pantalons en tweed ou décontractées. C’est un fait de gentleman. Pourtant, cet usage répandu me questionne un peu et agit comme un poil à gratter sur mon cerveau. Car cela s’est toujours fait ! Dans les années 30 et 40, c’est ainsi que l’on complétait son complet de tweed. La chemise à petits carreaux genre tattersall ou viyela n’est arrivée que plus tard. Il existe certes la chemise ivoire, mais elle peut vite faire sale.

D’autant que la chemise blanche avec une tenue tweed a la vertu d’adoucir les motifs et couleurs. Avec un pull fair island déjà très marqué, une chemise assez simple est parfois préférable. Avec une veste claire, type poil de chameau, la chemise blanche est douce aussi. Et le bleu ciel en association avec du tweed me fait immédiatement l’impression de rencontrer un italien. Je voudrais évoquer à ce sujet les gros twill de coton (qui présentent des cotes diagonales) qui sont idéals pour cet usage sportif. Le coton est souvent plus mou et la surface crée des reflets qui soutiennent l’effet décontracté. Les chevrons peuvent être bien aussi, mais je les aime moins.

Ce code qui vise donc à pondérer le plus possible l’usage de la chemise blanche avec du tweed doit donc être relativisé. Mais je le comprends ceci dit. Car cette simplicité formelle ne doit pas être un alibi pour cacher un manque de goût ou une paresse intellectuel sur le choix d’une couleur complémentaire. Me suivez-vous? Car par exemple, une chemise blanche avec un blazer, c’est peut-être un manque absolu d’imagination.

Voici en bref quelques pensées sur une espèce en voie de disparition voire en pleine extinction. Ne l’oublions pas et ne la laissons pas aux croques morts de luxe !

Bonne semaine, Julien Scavini