La chemise par dessus le pantalon ?

La période du confinement fut l’occasion de passer un peu de temps devant la télévision. Pour une fois. Si les soirées étaient un amoncellement de choses passables, les après-midi avaient plus d’intérêts, en particulier les vieux films. Ce fut l’occasion pour moi de revoir, ou presque de voir tant mes souvenirs étaient éloignés, le film « Le Cave se Rebiffe ». Oh que j’ai apprécié ce moment. Pas une phrase anodine, tous les dialogues sont ciselés. Une pure merveille aussi pour les costumes. Il y a un long article à faire pour décortiquer les tenues des uns des autres, si nettes et si élégantes.

Après ce rapide visionnage dans la mollesse de ces longs après-midi, j’ai acheté le film en VOD et je l’ai regardé de nouveau. Quel plaisir. Une séquence en particulier m’a intéressé, en rapport avec l’augmentation des températures de ces derniers temps.

La scène se passe à l’hippodrome, qui d’après le scénario se trouve en Amérique du Sud. En réalité, c’est celui de Deauville maquillé de quelques palmiers, Jean Gabin ne voulant pas descendre en dessous de la Loire par convenance personnelle. Il est avec Bernard Blier venu lui causer d’une nouvelle affaire aux profits faramineux… Ce dernier a ostensiblement chaud, il s’essuie le visage et porte sa veste sous le bras. A l’inverse, le personnage joué par Jean Gabin est à l’aise. Une aise royale !

Ils regagnent la décapotable de Jean Gabin, l’occasion de mieux découvrir la tenue de ce dernier. Elle est simplement composée d’une chemise, probablement en lin, à quatre poches, type saharienne. A cela s’ajoute un pantalon probablement en laine ou en mélange avec du mohair (ou du tergal à l’époque) et des souliers bicolores. Une tenue simple qui rejoint mes multiples interrogations ici sur l’élégance – décontractée mais pas trop – pour l’été.

Le grand intérêt de la tenue se trouve dans cette chemise portée, non dans le pantalon, mais par-dessus. C’est n’est certainement pas canonique. La bonne pratique impose de rentrer sa chemise dans le pantalon.

Pourtant, force est d’admettre que sa mise est élégante et racée. Qui oserait critiquer ?

Car le personnage de Jean Gabin compense cette apparente légèreté par une grande rigueur des coupes, des matières et des textures. Ce qu’il porte est beau. Cela se voit. Et il le porte bien, au-delà de cet aspect relâché. L’élégance des pièces fait cent fois oublier cette petite décontraction. Il respire l’aise – idéal sous le soleil – mais aussi le bon goût. Trois éléments plus le chapeau seulement : chaussures, pantalon, chemise. Un triptyque simple pour l’été. Et un maillot de corps sous la chemise.

Sortir la chemise du pantalon est peut-être plus beau car il a du ventre. C’est vrai.

Sortir la chemise du pantalon présente un avantage à mes yeux, celui de laisser celle-ci relativement nette. J’explique.

Lorsque l’on met sa chemise dans le pantalon, bien comme il faut, avec la ceinture bien ajustée, on est beau, les lignes bien tendues. Mais alors, il suffit de s’asseoir ou de bouger quelques temps pour qu’immanquablement la chemise s’extirpe du pantalon. Cela finit par être l’occupation permanente : remettre la chemise en place.

Mais hélas, on finit par avoir l’air d’être passé par la gueule d’une vache. On a beau tendre cette chemise bien en place contre le ventre et les flancs, elle est de moins en moins nette.

Dans la manière de Jean Gabin, s’asseoir froisse aussi le dos de la chemise, à la manière du polo. Mais au moins s’épargne-t-il cette tâche permanente de tout remettre en ordre.

Je ne dis pas qu’il faut ainsi faire pareil tout le temps. Seulement, en quelques moments choisis et avec de très beaux vêtements qui parlent d’eux-mêmes, c’est raffiné.

Dernier point. La chemise doit-elle être plus courte pour cet usage spécifique ? C’est probable mais peu marqué sur Jean Gabin. La ligne du bas de la chemise n’est pas arrondie sur les côtés mais fendue, une façon de coupe qu’utilisait Maria Fritollini, charmante chemisière qui travaillait auparavant à Paris. Cela donne une ligne plus proche de la veste.

Les marques modernes qui vendent des chemises à porter dessus le chino ont choisi de raccourcir les modèles, parfois de manière importante. Je soupçonne une économie de tissu plutôt qu’une vraie réflexion. Admettons qu’il soit mieux des les faire courtes. J’aurais tendance à dire, pas trop tout de même. Sur Jean Gabin, c’est précisément l’opulence et une certain longueur qui ne fait pas chiche, qui donne cette beauté à la tenue.

A voir et à essayer ! En musique.

Les aperçus d’écran sont difficile à obtenir car iTunes bloque cela. J’ai du photographier mon écran, pas simple. Les différentes vues permettent de se faire une idée plus précise de cette fameuse chemise. Elle présente des empiècements un peu « cow-boy » et des stries verticales. Les petites fentes latérales sont fermées par des trois boutons. Les deux poches basses m’ont l’air un peu factice. Les souliers sont de beaux richelieus, dans la pure tradition! Quel chic de s’habiller ainsi sous les tropiques. Les images s’agrandissent en cliquant dessus :

 

[EDIT] d’après le signalement général, cette chemise est une guayabera. Je suis ravi de savoir ce que c’est maintenant, je me coucherai moins bête!

Bonne semaine, Julien Scavini

 

5 réflexions sur “La chemise par dessus le pantalon ?

  1. alcmeonis 1 juin 2020 / 21:35

    En fait, la chemise Que vous décrivez s’apparente à la guayabera, chemise cubaine à quatre poches, popularisée par Ernest Hemingway et Fidel Castro, version plus légère de la saharienne, effectivement conçue pour être portée par dessus le pantalon. Bien cordialement, Jean-Éric Lebelt

    >

  2. PIZZOLATO 2 juin 2020 / 07:56

    La mode slim est une aberration, lorsque je regarde certain présentateur télé la chemise rentrée « dégueule » de partout, le pantalon tire sur la braguette, ça fait débraillé. Vivement le retour de la mode aux mesures années 60/70….

  3. philippe 2 juin 2020 / 12:40

    la chemise portée par Gabin est une version totalement inspirée de la Guyabara , chemise d’Amérique du Sud et plus particulièrement de Cuba.on reconnait les petits boutons et les stries verticales

  4. Julien Scavini 3 juin 2020 / 21:15

    Vous avez tous raison, c’est une guayabera. Je connaissais le mot, pas le vêtement 🙂

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