Après midi découverte des pantalons

Bonjour chers lecteurs (et lectrices).

Comme annoncé précédemment, vous pourrez venir découvrir les différentes coupes et les étoffes de nos pantalons vendus en ligne le SAMEDI 10 DECEMBRE, de 15h à 19h.

Le pantalon est certainement le vêtement le moins facile à appréhender du point de vue des mesures. Et ce n’est pourtant pas faute de pédagogie. Ainsi, vous pourrez essayer en vrai la coupe, pour trouver votre taille. Les matières (twills, moleskines, flanelles, whipcord, ect…) seront exposées.

15171141_1159658544120352_6443650885680791289_n

http://pantalons-scavini.fr/

A très vite.

Julien Scavini

Le costume marron

Au début du blog, un costume marron était pour moi en tweed, uni ou petit motif genre chevrons. Car costume marron signifiait costume de campagne, trois pièces qui plus est. Avec le temps, je deviens moins ayatollah et pour avoir réalisé bien souvent des costumes de ville marron, je suis amené à réviser mon jugement.

Si l’on est tout à fait anglais dans son amour des beaux vêtements, il apparait comme totalement incongru de porter du marron en ville. Mais, tout évolue et le port de souliers en cuir marron s’est depuis longtemps répandu, même parmi les plus anglophiles. Il est vrai qu’un beau costume de flanelle gris s’accommode délicieusement de chaussures en veau-velours.

Un costume de laine légère et lisse, type super 110 s’accorde dans mon esprit beaucoup moins de souliers marron, mais c’est pourtant un usage maintenant très répandu. Il suffit de regarder dans le métro, le nombre de messieurs portant des souliers marron avec un costume marine ou gris est aussi important que ceux portants des souliers noirs. Il est pourtant plus difficile de garder des souliers marron en bon état. Passons.

Pour ma part, je suis plus amateur d’une unité de couleur dans la tenue. C’est pourquoi au fil des mois, je me suis dit que quitte à porter des souliers marrons avec un costume, un modèle également marron apparaissait comme pas idiot. (Même je ne me vois pas franchir le pas).  Je préfère clairement l’unité de couleur costume et souliers marron plutôt que costume gris moyen et souliers marron.

Ce sentiment s’est renforcé car j’ai tous les jours des exemples sous les yeux : mes clients. Et certains m’ont commandé des costumes en laine fine marron. Il y a les marron fils à fils mêlés de noir, très élégant et sobre, ainsi que des teintes plus claires, comme le marron feuille de tabac, toujours superbe. Vous voyez ci-dessus une palette de différents marrons avec quelques carreaux (mais pas de rayures!), glanés ici et là dans mes liasses de tissus.

A4 Portrait _ Master Layout

Le fait est que ce n’est pas incongru. C’est même joli et je pense assez versatile. Car ce costume peut très facilement être dépareillé. Une veste marron est très sport et un pantalon marron va avec tout le week end, vert, rouille ou bleu marine en haut.

Stiff Collar est assez arque-boutés sur les principes, un peu edwardien en sommes, à la différence des commentateurs stylistiques des années 20. Durant les années folles, il y avait une bien plus grande liberté quant aux couleurs. La série Boardwalk Empire nous montre cela de manière édifiante. Le marron était alors plus volontiers porté. Et le marron de ville pouvait avoir des rayures. Ce qui vous l’avouerez est un mélange tout à fait curieux. Curieux, car rayure = ville et carreau = campagne. Comme le marron = campagne, marron ≠ rayure. Et pourtant ils le faisaient. Certes pas toutes les classes de la population, mais c’était possible.

De nos jours, ces tissus marron un peu typés ne sont pas légions. Seul Vitale Barberis avec ses draps ‘vintage suiting’ (présentés il y a quelques temps par Parisian Gentleman) propose une telle offre. J’ai fait quelques scans de la liasse que j’ai. Vous avouerez qu’il y a des choses ravissantes non?

Je vous souhaite une belle semaine, Julien Scavini.

 

Visite des usines II

Après la visite de l’usine de costumes, j’ai eu la chance de visiter la fabrique où le tissu prend vie. Une usine immense et bruyante. Le tissu, quelle industrie ! Cette unité produit 7 million de mètres par an. Oui vous avez bien lu. Et un jour Zara a commandé un seul coloris en  300 000m ! Située à quelques encablures de mon usine, ce fut une vraie opportunité pour moi d’être invité à voir comment on fait du tissu ! Si j’utilise presque uniquement des 100¨% laine, cette draperie produit principale des lainages courants pour le prêt à porter, en mélange poly-laine, laine-viscose ou laine-lycra, et quelques fois au hasard des collections et du prix proposé par les grands acheteurs, des pures laines ou des mélanges coton, laine et lin par exemple. Tout est une question de prix dans une industrie aux marges très serrées.

Tout commence avec un dessin. Le styliste d’une maison de prêt à porter ou les techniciens maisons proposent des motifs, sélectionnent des fils et les assemblent suivant deux schémas incontournables : la toile ou la serge (dont dérive le chevron). L’harmonie, la densité, le poids, la colorimétrie sont des points très importants. Les fils de base arrivent principalement de Turquie qui est devenue en quelque année un acteur incontournable. L’Allemagne reste en pointe sur les fibres techniques et le Portugal n’est pas en reste, profitant d’une ancienne tradition textile restée vivace grâce au coût du travail bas.

Les lots de bobines arrivent près teintées des filatures. Les fils sont testés (torsion, teinte, section et densité, élasticité etc) en interne et par un laboratoire indépendant pour pouvoir faire un rapport au client final et pour s’assurer des qualités de tissage de fibres. Les bobines sont stockées dans des locaux climatisés pour garantir la fixité des fibres.

Ensuite, les bobines sont placées dans de grandes cages aux multiples dévidoirs. L’opération est manuelle et prend plusieurs heures aux ouvrières. Il faut enfiler chaque bobine sur son support et emmené son fil vers l’ourdissoir. Cet immense rouleau rotatif placé au bout de l’outil permet de dérouler l’intégralité de la chaine. Rappelez vous de la structure d’un tissu. Les fils en long, en droit fil sont appelés fils de chaine, ceux qui sont en travers, dans le petit côté fils de trame. L’ourdissoir permet de préparer la longue chaine, parfois jusqu’à 5000m.

Lorsque le fil arrive à l’ourdissoir, on en profite pour le graisser un peu, pour qu’il soit plus facile à travailler ensuite. Un fois la très très grosse bobine crée, on va la diviser en bobines plus petites prêtes à être installées sur les métiers à tisser. C’est la même machine qui exécute l’opération. Regardez ces harpes de fils. Comprenez qu’à ce stade, le tissu existe déjà. Si le tissu est rayé, cette grosse bobine sera rayée. Il s’agit vraiment de la disposition finale. Cette étape de positionnement des bobines est donc cruciale pour le dessin final. Si un fil casse, la machine numérique le détecte automatiquement et l’ouvrière en poste recherche la cassure et fait un nœud plat. Quelle patience.

Une fois la bobine constituée, on va à la salle des métiers à tisser. Alors là, comment vous décrire. Imaginez un stade de foot immense, couvert, où il fait 50°c toute l’année et où des machines battent la mesure au point de faire vibrer le sol comme si un métro passé dessous. Inouïe. Environ 100 métiers se trouvent dans cette salle surveillée par une technicienne pour 6 métiers environ. Les métiers frappent environ 400 coups à la minute, ci-bien que le niveau sonore est d’environ 90 décibels. Les protections acoustiques sont obligatoires ! La salle est par ailleurs sous vide d’air pour empêcher les poussières de polluer les tissus. Des grilles au sol aspirent les résidus de tissu et des aspirateurs robots se promènent depuis le plafond pour aspirer l’air ambiant. Quelle aventure !

Les métiers à tisser de cette usine moderne ne travaillent plus avec des navettes qui distribuent le fil de trame d’un côté à l’autre du pan de tissu. La navette est remplacée par des bras pneumatiques (un de chaque côté) qui se rejoignent au centre pour s’échanger un fil. Les métiers les plus modernes utilisent une jet d’air pour se faire. L’électronique régule tout. La encore, si un fil casse, le métier s’arrête instantanément pour que la technicienne recherche la cassure et fasse un nœud (toujours placé sur l’envers du tissu).

Un métier fonctionne simplement : la bobine mère d’un côté et sa harpe qui entre dans le métier, des petites bobines placées sur le côté entre pour réaliser la trame (sur le principe de la navette qui va de gauche à droite) et un peigne tasse le tout (jusqu’à 400 fois par minute, si bien que vous ne voyez qu’un flou au niveau des peignes, ça va trop vite pour l’oeil humain). De l’autre côté, le tissu s’enroule sur une bobine finale.

Les rouleaux en sortie doivent faire 25kg environ, pour faciliter la manutention humaine. Certains pays ne respectent pas de ce bon sens. Le tissu passe alors un premier contrôle visuel et au toucher. Tous les métrages, oui ! Un travail fastidieux réalisé devant une forte lumière blanche.

Ensuite, le tissu va subir un lavage. Un lavage à l’eau sur de grandes machines semblables à celles employées dans la papeterie. A l’issue, on a une énorme bobine de tissu sec. On peut aussi faire un lavage sous vide au perchloréthylène (cette machine avec des tuyaux partout, un des deux seuls modèles visibles en Europe !)

Après le lavage, les tissus techniques avec des fibres artificielles (lycra, élasthanne, polyester etc) subissent une thermofixation entre des rouleaux chauffants (comme un grand four à biscuits) pour fixer les fibres en longueur et en largeur. Une étape très importante. Enfin, les traitements de surface sont appliqués. Cette partie intéressera les tailleurs. Avec une laine basique, on peut obtenir un panel de lainage différents, de terne à brillant en passant par feutré etc… jusqu’à 50% du travail de création d’un tissu est réalisé ici, sur une très large variété de machine. Des apprêts peuvent être déposés pour rendre lumineux le tissu. Le tissu peut-être battu par des barres de fer pour lui donner du gonflant. Sa surface peut être grattée avec des chardons métallique pour donner l’aspect flanelle etc. C’est sur ce point que se joue la match entre tissu anglais et italiens, les anglais aiment les tissus ternes, plus proche de la laine et les italiens l’aspect satiné. Les italiens de mauvais goût comme D&G par exemple adorent les tissus brillants (suivi dans cela par une foule de petites marques pas chères). Facile : le tissu est cuit en autoclave. Vous savez ce que ça fait lorsque vous oubliez le fer sur une veste, elle lustre. Et bah là, c’est pareil !

Voilà, la route est presque terminée. Les tissus sont enroulés de nouveau en rouleaux de 25m et un dernier et très important contrôle visuel et au toucher est effectué. Entre 1h et 10h par rouleau suivant le besoin. Les techniciens peuvent réparer des trous, couper les nœuds, remailler des points et disposer des sonnettes (petits brins de fils colorés) pour alerter d’erreurs non réparables et qui doivent ci-besoin être évitées à la coupe. La plupart des clients s’en fichent, sauf les clients allemands qui demandent trois niveaux de sonnettes (erreur légère, à placer au bon endroit pour que le vêtement ne soit pas altéré / erreur moyenne, à placer au bon endroit ou à supprimer suivant grade de qualité / erreur importante à supprimer ou à placer à l’intérieur du vêtement par exemple). La qualité allemande commence ici, c’est amusant.

Avant l’expédition, un rapport de tissage est réalisé pour le client. Des laboratoires (interne et externe) testent les tissus : respect de la couleur, toucher, déformation, élasticité, rétrécissement après lavage, résistance au fer à repasser, capacité à être cousu à la machine et à quelle vitesse,  résistance à la déformation, à l’abrasion, résistance à une déchirure amorcée (boutonnière par exemple), résistance en tension etc… (avec des protocoles européens ou américains, c’est selon).

Voilà, comme vous le voyez, que de technicité et d’ingéniosité. Que de ressources aussi pour alimenter boutiques et tailleurs en matière première. C’est sidérant. J’espère que ce voyage vous a intéressé. Il est, à mon avis, toujours très important de se cultiver des choses de la technique. Il me semble que la culture générale en France à propos de l’industrie est assez faible ce qui est dommageable. Voyez d’où viennent vos vêtements. Quel périple !

Sur ces entrefaites, je vous laisse vous reposer cet été et profiter pleinement du beau temps et du temps libre des vacances. Pour ma part, il reste un mois de travail avant celle-ci. Je rechargerai mes batteries pour mon retour en septembre !

Bel été, Julien Scavini

Le col officier et le col mao

Pendant longtemps, j’ai détesté le col officier ou col mao. Mais j’ai un peu évolué ces derniers temps, je vous explique.

La différence est légère entre les deux versions. Le col officier (donc la version occidentale de l’encolure cheminée) possède un bouton pour fermer et une griffe sur les vestes. Ce premier col est très formel et était très usité au 19ème siècle mais fut peu à peu abandonné car jugé trop guindé, y compris par les militaires.

Le col mao ou col de mandarin est un col non-fermé, un col plus décoratif qui est très souvent utilisé en Asie pour terminer les tuniques et robes masculines ou féminines. Ce second modèle terminait les grands kimonos en soie de mandarins. Peut-être est-il plus courant en asie du Sud et Vietnam, qu’en Chine où l’influence Mandchou et Mongol apporte d’autres types d’encolures plus pratiques pour résister aux froids. Ce col aussi fut peu à peu abandonné au fil du XXème siècle. Même Mao Zedong finalement le portait assez peu lui préférant la veste à col de chemise.

Il existe une différence fondamentale pour la création de ces cols. Le col officier nécessite qu’un pan chevauche l’autre. Et il faut réaliser des boutonnières, une tradition de broderie européenne. Le col mandarin nécessite que les pans gauche et droite s’embrassent et non se chevauchent (pour un vêtement dessus). Le fermoir est alors une passementerie, tradition asiatique qui s’est un peu perdue hélas, au profit de la variante européenne. L’effet est net avec un petit dessin. Et l’allure est formidable.

ILLUS78bis

Notons aussi l’existence du col indien, qui est similaire au col romain (celui des curés). Le col indien a un rabat très court, du même niveau que le pied de col et se rabat vers l’extérieur et plus souvent vers l’intérieur, ce qui est très discret et pratique. Ce col utilisé par Dior est souvent appelé col Dior.

Au fil de mes recherches sur le goût français, je me suis longuement penché sur l’allure des vêtements anciens régimes, qui étaient dépourvus de cols, un peu à la manière des vestes Chanel. Le gilet et l’habit se finissaient par une encolure ronde à vif. C’est la chemise qui montait, longuement entourée d’une fine cravate de dentelle blanche. J’aime l’allure que cela donne mais émet des doutes sur le confort thermique avec le cou si peu protégé. Je me dis aussi qu’avec un cou long, l’effet doit être très similaire au fait de porter un tshirt ras de cou. Cela fait paraitre le cou plus long.

Cette réflexion sur l’encolure que je mène depuis quelques temps m’a amené à une autre conclusion : la chemise à col retombant n’a aucun sens portée sans cravate. Vous l’aurez tous constatés, une chemise sans cravate se comporte mal. Suivant le modèle de col, ce dernier parait avachit et ses pointes se tordent. Ce n’est pas beau, inutile de chercher à prouver le contraire. Des clients me demandent bien de placer le premier bouton (pas celui du col) à telle ou telle distance pour éviter l’effet éventré et trop ouvert, mais ce n’est pas convainquant.

Le modèle de col retombant n’a jamais été conçu pour être porté seul. Le modèle est donc abâtardi et décadent pour moi car il n’a plus sa logique interne, sa logique de conception. C’est pour cela que les hipster ferment leur chemise jusqu’en haut genre Deschiens. Il est bancal. Sauf s’il est boutonné. Mais c’est un artifice bien mince auquel je recours ceci dit pour mes chemises de week-end.

ILLUS78Il y quelques temps, sur deux chemises que je porte le week-end et dont la forme du col ne me plaisaient guère, j’ai démonté la retombé. J’ai donc obtenu des cols… officier. Merci à ceux qui suivent 🙂

Et j’ai été assez convaincu. Un bon ami qui en porte depuis des lustres ne m’avaient jamais assez persuadé de la chose. L’effet très sympathique. Mais attention, la chemise à col cheminé n’est élégant à mon sens que s’il n’est pas associé à une veste à revers. Car la veste à revers, surtout en deux boutons, est logique avec une cravate. Le large V qu’elle dégage n’est fait que pour mettre en valeur une cravate. Sinon, ce V montre seulement du vide. Aucun intérêt. Je préfère mettre ces chemises sous un pull col rond ou un petit blouson à col Claudine. L’effet est minimaliste.

Les vestes à col ‘Arnys’ sont aussi adaptées, dans le sens qu’elles sont un dérivé ce col officiel. Elles se passent d’une cravate.

Enfin il reste la veste de costume à col mao, affectionnée par quelques personnalités (comme Pascal Lamy) et la veste de style autrichien (comme Tom Enders) qui a chipé on ne sait trop comment la coupe mandarin. Et là je suis très circonspect. Comme je l’ai déjà écrit à propos du style autrichien, je trouve curieux ce mélange d’influence. La draperie anglaise, c’est à dire le drap de laine principalement gris n’a rien à faire sur ces vestes. Le col mao apporte soit une allure épouvantable de vieux gourou et le modèle autrichien est synonyme de décontraction. Dans un sens comme dans l’autre, le col cheminée n’apporte rien visuellement et ne soutient pas une idée brillante je trouve. Les indiens rusent et retirent les manches sur des bases de vestes en draperie anglaise. C’est ingénieux. C’est dommage ceci dit de ne pas trouver de réponse idéale à ce col mandarin, je continue pourtant de penser qu’une petite voie d’élégance discrète et décontractée existe par là, faut il encore en trouver le chemin…

 Bonne semaine, Julien Scavini.

La cravate ‘ancient madder’

Choisir une cravate est pour un élégant un moment privilégié, un instant de goût et de tact. Que ce soit à l’achat, ou le matin pour la choisir. Il s’agit de bien doser l’idée, l’humeur de la journée, du moment, que l’on veut transmettre par ce petit signe ostentatoire (de richesse). Car oui, une belle cravate, ça coute plus cher que 8€ dans le métro. A moins que vous soyez amateur de belles cravates anciennes et peu onéreuses, dénichées sur eBay.

Il est possible de choisir une belle soie unie et épaisse, très italienne, ou au contraire une cravate club, aux multiples coloris tranchés très américaine. Peut-être vous laisserez-vous séduire par un modèle en laine imprimée, parfaitement chaude pour l’hiver, ou au contraire par un natté de soie, très aérien et à l’effet changeant…

Peut-être enfin que vous tomberez amoureux – car oui le terme est juste en ce qui concerne ces modèles – par une cravate réalisée dans une soie dite ‘ancient madder’. Que qu’est-ce donc au juste ?

Il n’y a en effet pas une cravate plus reconnaissable que celle-ci ! Elle est l’esprit anglais incarné et le plus bel héritage textile qui soit.

La cravate ‘madder’ se distingue des autres modèles par l’utilisation d’une soie teintée par la Madder aussi appelée Rubia tinctoria, en français Garance des Teinturiers (avec laquelle on obtenait les fameux pantalons rouge Garance de l’Armée Française.)

Cette petite plante coutait cher et les progrès de la chimie ont permis en 1869 à l’alizarine qu’elle contient de devenir le premier pigment naturel à être reproduit synthétiquement, par BASF en Allemagne. La soie surfine teintée avec ce pigment devient mat, avec une surface presque peau de pêche, suédée ou poudrée. Les spécialistes parlent en anglais de ‘main crayeuse’ (chalk hand). La colorisation est fanée, presque éteinte. Les couleurs sont riches : jaune moutarde, rouge rubis, vert de jade, indigo, chocolat etc…

Le mot ‘ancient’ vient d’on ne sait où. ‘Madder’ est amusant en français, car il rappelle la madérisation, qui pour le vin signifie une altération de la couleur et du goût. Un peu comme les couleurs issues de la teinture, qui sont cramoisies.

La cravate ‘ancient madder’, grâce à cette texture et à ses couleurs si particulières est devenue idéale pour habiller le cou des gentlemen anglais. Dès les années 30, elle devint à la mode en association avec du tweed, en particulier sur les campus anglais ou américains. Ses couleurs flétries mais malgré tout vivantes grâce aux motifs, résonnent comme un écho aux couleurs des feuilles mortes qui tombent des arbres.

ILLUS60

La cravate ‘ancient madder’ est le plus souvent imprimée de petits motifs géométriques ou paisley. Le fond peut être éteint ou de couleur vive, les motifs agissant alors comme un contrepoids, rééquilibrant chromatiquement l’ensemble. Ils sont souvent détourés d’un fin trait noir, qui à l’instar des bandes dessinées en Ligne Claire séparent les différentes couleurs qui sont apposées par sérigraphie. Cette technique ancienne demande beaucoup plus de travail que la fabrication de soie tissée, c’est pourquoi elle était synonyme de luxe, surtout chez les étudiants. Ceci dit, l’impression numérique moderne, très facile, rend le procédé ancien plus difficile à exploiter commercialement.

Trouver une belle cravate ‘ancient madder’ est comme chercher un trésor pour les amateurs. Il faut que l’équilibre des nuances soit modéré, la couleur surannée mais pas trop. Bref, une vraie prospection ! Peu de spécialistes existent et il faut bien souvent scruter les collections pour en voir des exemplaires apparaitre. Ralph Lauren bien sûr ou Drake’s semblent toujours en proposer. J’essaye aussi d’en avoir toujours trois ou quatre en boutique, mais elles se vendent en général dans la semaine !

Et si elle est la mieux placée pour accompagner du tweed, nous pouvons noter que la cravate ‘ancient madder’ peut aussi très bien accompagner un costume de ville, suivant ses couleurs !