Dépareiller le seersucker

J’ai un costume en seersucker que j’aime beaucoup porter. Encore aujourd’hui, je l’avais sorti pour faire face à la chaleur. En repartant ce soir de la boutique, je n’ai pu m’empêcher de sentir les regards le long des terrasses que je traversais. Voir quelqu’un en costume complet de seersucker n’a rien de banal, je vous le concède. Un petit esprit totalement décalé. Il faut bien être tailleur, grand amoureux du vêtement, ou américain pour posséder un costume en seersucker. Ou riche. Car au fond, c’est probablement l’un des derniers achats à faire, après moult costumes d’été et d’hiver, après force vestes de tweeds ou de nattés. Ce n’est pas le premier achat à faire j’en conviens bien volontiers.

En 2014, quelques congressmen / women américains, lors de la journée nationale du seersucker, un tissu de sudiste, photo de Paul Morigi :

Mais c’est si joli le seersucker. Et si frais par ses couleurs. J’en veux pour preuve que toutes les marques qui veulent lancer un maillot de bain ou une chemise d’été bon-chic bon-genre les font en seersucker ou simili.

Je dois par ailleurs avouer que ce costume en seersucker constitue ma préférence en été. J’ai des costumes de coton lisse bien sûr. Mais le coton seersucker est plus léger et surtout, bien plus ouvert dans sa trame. Je sens que l’étoffe est plus respirante. Et là où mes costumes de coton lisse font très vite froissés, en particulier au niveau du pantalon, le costume en seersucker garde un maintien très acceptable. Et qu’en fait même, il ne froisse pas. La raison est ce tissage si particulier de côtes aux fils distendus qui « créponnent ».

Le seersucker a de la tenue, il est léger, aéré et ses couleurs sont distrayantes. C’est une étoffe heureuse.

Il faut aussi remarquer un seersucker d’un genre nouveau, très en vogue à l’heure actuelle, le bleu marine uni. Les côtes alternées « créponnées » et lisses sont du même bleu marine, ce qui donne un tissu à l’aspect très uni, mais aux mêmes caractéristiques qu’évoquées précédemment. Un choix intéressant pour un blazer par exemple. Ci-dessous le classique bleu ciel et blanc, à côté la nouveauté marine sur marine.

Toute la question de cet article est de savoir comment porter sur seersucker sans être obligé d’avoir le costume entier. C’est un ensemble très joli, mais qui n’est pas pour toute les bourses et pas pour toutes les envies, je le concède. Le seersucker peut se porter seul, en veste ou en pantalon. Mais sa force n’est-elle pas une limite? Comment faire pour bien l’assortir? Regardons quelques cas.

La veste en seersucker

Idée magnifique que d’opter pour une veste en seersucker, pourquoi pas à poches plaquées. Un choix efficace pour l’été, celui d’une veste avec un panache certain, légère et endurante en même temps. Car cela reste du coton, une matière robuste très éloignée des mélanges soyeux dont je vante par ailleurs les mérites. Une veste en seersucker est très « macronnienne » . Elegante et EN MÊME TEMPS robuste. Raffinée et EN MÊME TEMPS à toutes épreuves. Parfaite l’après-midi pour un pique-nique et EN MÊME TEMPS très chic pour un diner. Avec un certain maintien de la matière, et EN MÊME TEMPS une grande décontraction d’allure. Bref une sorte d’alpha et d’oméga de l’été.

Les clients ayant l’idée d’en faire une me pose souvent la question. Avec quel pantalon la mettre? Je vais parler de la veste en seersucker bleu ciel. Celle marine sur marine ne pose pas particulièrement de question comme moi, elle s’accorde comme un blazer. Plusieurs idées en vrac :

  • avec un pantalon beige, type chino. Accord simple et utilitaire.
  • avec un pantalon marine, type chino aussi, ou en laine fine voire en lin, apportant un contraste fort tout en restant dans le camaïeu de bleu.
  • avec un pantalon bleu ciel, du même coloris que les raies en haut. Un peu plus étudié déjà.
  • avec un pantalon gris clair, très habillé comme option.
  • avec un pantalon blanc, superbe et ultime accord. La simplicité même.
  • avec un pantalon fushia ou vert pétant. Pour jouer sur la dissonance et en même temps donner un grand panache.
  • avec un pantalon vieux rose, façon vieux loup de mer. Un accord de couleurs pastels douces.

Voici quelques images de ces idées :

Voici qui finalement prouve bien à quel point cette veste au bleu discret peut se marier avec moult pantalons. Pas si compliqué, il suffit d’oser.

Le pantalon en seersucker

A l’inverse, questionnons le pantalon en seersucker. Une pièce de style très attractive qui plait toujours. D’autant que le coût plutôt réduit de cette pièce permet aux fébriles de se laisser tenter. Mais comment associer un pantalon en seersucker blanc et bleu?

D’une manière très simple d’abord, je dirais avec un blazer bleu marine. On ne peut faire plus bateau. C’est bon, c’est chic, c’est impactant. Encore ce fameux EN MÊME TEMPS, chic et décontracté. Dans le même genre Pini Parma propose une chemise bleu marine en lin. C’est pas mal du tout aussi.

Et à part ça? Et bien il est vrai que je sèche un peu plus l’inverse. Bien sûr une veste vieux rose serait belle, mais qui a une veste vieux-rose dans sa penderie? Peut-être qu’une veste d’un beige léger pourrait aller. Un accord de couleur douce.

Ce n’est pas si facile dans ce sens là. Car le pantalon en seersucker devient la pièce forte de la tenue. La pièce remarquable qui attire l’oeil et fait sens. Le pantalon qui donne le panache. Alors, tout autour doit venir avec tact. Mais la veste par son importance peut écraser la recherche stylistique. Aussi il apparait difficile de trouver la bonne.

Mais peut-être qu’au fond, comme c’est l’été, la veste est dispensable. Et qu’une belle chemise additionnée d’un beau pantalon se suffisent amplement ! Peut-être… !

Belle et bonne semaine ensoleillée. Julien Scavini

Quelques poches plaquées

Un ami me racontait comment hier, assis à une terrasse de café rue de Grenelle, il vint à discuter avec le monsieur assis à la table à côté, à propos de son élégante veste. D’une maison gracieuse mais hélas disparue, Arnys. Et mon ami de me décrire la veste, avec une martingale et de magnifiques poches plaquées comme gonflées par les soufflets. L’occasion ai-je pensé de passer en revue quelques modèles de poches plaquées.

A la différence d’une poche passepoilée, exécutée en faisant une percée à travers le tissu du devant de la veste, une poche plaquée, ou appliquée, présente un large morceau de tissu rapporté à l’extérieur et cousu de manière délicate. En quelque sorte, une fusion de la poche avec son sac de poche, rendu perceptible.

La poche plaquée classique est simple et légèrement arrondie, comme ci-dessous. Elle se voit assez peu au fond si le placage est bien fait :

Cette poche chez les tailleurs est arrondie, et même un peu gauche comme on dit en architecture, pour être plus élégante, se rapprocher des courbures de l’homme. La poésie de la spline. Une belle poche plaquée ne suit jamais un tracé réalisé au compas avec des arrondis basés sur le cercle parfait. C’est plutôt l’ovale qui prédomine. La poche de poitrine est normalement celle qui fait le plus honneur à cette forme molle et gauche :

Chez Cifonelli, cette courbe atteint des sommets de raffinement. Parfois comme ci-dessous, la poche plaquée peut être bordée en haut d’une large parementure :

Mais évidemment, coudre une telle enforme est très dure. Et lors de la mécanisation du vêtement et de sa production à grande échelle, grande fut la tentation de simplifier ce tracé. Et même de faire des angles. Plus faciles à coudre. La veste de travail si à la mode en ce moment est souvent affublée de cette poche un peu bête. Pas raffinée, mais diablement efficace du point de vue stylistique. On peut dire qu’elle fait simple :

Et puis, à côté des poches plaquées tailleurs classiques, il existe une infinité de modèles. D’abord, la poche plaquée peut recevoir un rabat. C’est très américain, un peu Ivy League. Chez Ralph Lauren, Gant et consort, sur des vestes de velours ou de tweed, elle donne une note professeur d’université intéressante :

Cette poche plaquée à rabat est souvent utilisée sur les manteaux par ailleurs. Elle permet de donner un côté sport à celui-ci tout en protégeant la poche de la pluie. Un modèle plus raffiné encore est appelé poche boite-aux-lettres. Le rabat n’est pas cousu au dessus, mais à l’intérieur même du placage de la poche, avec des passepoils. Un modèle diablement long à bien coudre :

Et puis il y a les soufflets divers et variés. Le premier et le plus joli peut-être est le soufflet à pli-creux. Seule une ligne se devine, une crevée. Le bouton s’aligne sur ce soufflet et le rabat, par sa courbe ou sa pointe, souligne ce détail.

L’inverse exact du pli-creux est appelé pli rond en couture, ou pli plat, ou pli extérieur. Les militaires l’utilisent beaucoup :

Le rabat de la poche peut avoir différents aspects. Les contemporains choisissent souvent une forme triangulaire, vaguement courbée parfois. Sinon, la version XIXème siècle est souvent en forme de couronne inversée. Très chic, bien que les pointes se cornent facilement :

Chez Cifonelli comme chez Arnys parfois, les rabats adoptent des formes différentes. Pourquoi pas. Ici encore avec un pli-creux :

Mais le soufflet n’est pas obligé d’être au centre. Il peut aussi être sur les côtés, au pourtour, faisant décoller la poche de la veste. Les militaires utilisent ce modèle souvent massif et imposant, appelé poche à cartes ; ainsi que les chasseurs, pour les poches gibecières ou cartouchières, en forme de besace. Un modèle classique chez Barbour et ailleurs :

Quelques stylistes pour faire difficile associent pli-rond et pli côté. Pourquoi pas :

La jungle-jacket d’ailleurs fait souvent dans ce genre là. Pli côté plus pli-creux, et en plus, la poche est disposée en biais avec un rabat bizarre. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué :

Dans le même genre d’ailleurs, il y a la poche ticket plaquée disposée de manière gigogne dans la poche plaquée elle-même. Au fond, le plaisir du tailleur, c’est son érudition, et donc bien sûr, sa complication :

Voilà de quoi trouver de l’inspiration pour vos prochains vêtements ! Belle semaine, Julien Scavini

Laisser la veste croisée ouverte

J’entends dire et je lis ça et là que la veste croisée est à la mode. Le fait est que d’élégants jeunes hommes en commandent, parfois pour leurs mariages. Cette forme un peu désuète attire et fascine. On me pose des questions dessus. On prend des renseignements. Cela dit, dans le volume général, c’est très embryonnaire. Et dans les cabinets d’avocats ou les tours de la Défense, la veste croisée ne doit pas être à tous les coins de couloirs je pense ! Il me semble qu’il y a là d’abord et avant tout, un effet de mode … de papier. Nous ne sommes plus dans les années 80 où le croisé était presque l’unique forme de rigueur.

Parmi la foule des questions sur le croisé, une en particulier revient souvent, sur la nécessité de garder le veston fermé. Et que par extension, le croisé est peut-être plus indiqué l’hiver que l’été. Boutonné comme une armure, il donne chaud à son porteur. En revanche l’été, il devient un carcan un peu étouffant. Généralement, je suis assez d’accord avec cette hypothèse et souvent, c’est même moi qui l’a donne. Je pense que l’été, un bon costume trois pièces, en particulier pour une cérémonie, est plus indiqué. Car la possibilité de rester en gilet la veste posée quelque part est plus rafraichissante que la veste croisée toujours vissée au corps. Mais ce n’est qu’une idée.

Il est admis dans les cercles les plus érudits que la veste croisée doit rester boutonnée. Le Chouan des Villes dans son dernier ouvrage enfonce le clou d’ailleurs. Une veste croisée doit toujours restée croisée. De manière un peu basique, j’ai tendance à être d’accord. C’est le meilleur moyen de ne pas lancer un débat sans fin. Les axiomes ne se discutent pas. Ils sont ainsi.

Toutefois, pour moi-même, je suis assez partisan de la possibilité de laisser la veste croisée ouverte. Je revendique même ce droit, ce plaisir.

Dans les années 30 et 40, lorsque le gilet droit se portait sous la veste croisée, en intérieur, la veste était allègrement laissée ouverte. J’ai déjà vu plusieurs fois cela dans de vieux films en noir et blanc. Évidemment, il suffit que je cherche maintenant pour ne pas trouver d’illustration.

Plus proche de nous, il y a le Prince Charles. Pour les anglophiles élégants, il est une sorte de phare au milieu de l’océan commun. Une référence sur le sujet sartorial. Et le Prince Charles qui porte beaucoup de vestes croisées (de costumes par extension), ne rechigne pas à laisser sa veste ouverte comme ci-dessus.

Si la veste croisée est bien coupée, eh bien, elle drape et tombe parfaitement. Une veste croisée laissée ouverte a beaucoup de classe. Je dirais même que c’est l’apothéose d’une certaine allure détachée, plus que décontractée. Lorsque l’on est très sûr de son allure et de son tailleur, il n’existe aucun inconvénient à ce que la veste reste ouverte. Les pans s’évasent avec une exquise distinction. La tenue alors ne parait que plus opulente.

D’ailleurs entre nous, le manteau croisé est exactement sur la même longueur d’onde. Porté ouvert, comme Carry Grant sur cette photo, il est d’une classe inégalable. Tout ce tissu qui bouge et s’agite sur et autour du porteur impressionne l’œil qui regarde. Et renvoie une impression d’aise et de plaisir.

C’est pourquoi, si vous possédez une veste croisée, il faut essayer de la porter déboutonnée parfois en intérieur. Vous y prendrez goût. Cela enlève au croisé son aspect un peu raide. Et relativise aussi ces règles classiques, qui sont souvent empilées comme des médailles de vertu. Le croisé n’est pas obligatoirement boutonné. Pour les néophytes oui. Mais pour ceux qui ont un peu de « level » comme disent les jeunes, c’est une liberté qu’il est heureux de prendre.

Pour avoir le plus grand plaisir d’avoir l’air d’une vieille baderne !

  Bonne semaine, Julien Scavini

Zéro, une ou deux fentes dos? Partie 2

La semaine dernière, nous sommes donc arrivés aux années 90 / 2000. Les couturiers italiens, Armani, Cerutti et d’autres, mettaient en avant de belles vestes, un peu larges et généreuses aux épaules, et en même temps très prises au bassin, glorifiant d’une certaine manière l’homme taillé en V. Ce bassin étroit reposait sur une absence de fente. Et comme je l’ai dit, les belles vestes se caractérisaient ainsi. En opposition aux maisons anglaises proposant deux profondes fentes. Ci-dessous, un costume Armani de 1990 :

Qu’en est-il aujourd’hui ?

D’abord, l’absence de fente a totalement disparu, ou presque, de la circulation. Toutes les vestes sont revenues sur ce paradigme d’un instant. Les marques italiennes ont massivement reproposé la double fente, dans une sorte de consensus, à vrai dire, assez international.

A l’inverse, la fente simple milieu dos reste la préférence des marques dîtes « couture » ou qui se croient ainsi. Pourquoi, je ne l’explique pas particulièrement. C’est un fait.

La double fente

Celles-ci permettent de mieux gérer d’une certaine manière le cintrage de la taille. Dans le cadre d’un fessier un peu rebondi, le manque de bassin de la veste ( comprenez le diamètre de la veste au niveau des fesses ) est réparti sur les deux fentes. Si le bassin du client est de 106cm et que le bassin de la veste est conçu pour 102cm, les 4cm manquant sont répartis, 2cm à chaque fente. Cela permet à celles-ci de s’ouvrir peu, de moins s’évaser. C’est donc une simplicité de conception, et une souplesse de vente. Les doubles fentes pardonnent.

Dans le cadre d’un fessier plat par ailleurs, les doubles fentes tombent en plaquant le tissu contre le bassin, et alors, R.A.S. comme on dit chez les espions. Que le bassin soit plat, normal, ou rebondi, les doubles fentes s’adaptent. C’est ce que l’on cherche en prêt-à-porter.

La simple fente

Celle-ci impose en revanche au porteur, d’avoir le bassin idéalement proportionné, donc, d’être à l’instar d’une gravure de mode, dans le « canon ». Revenons à l’exemple, si le client a 106cm de bassin, et que la veste est conçue avec 102cm de bassin, les 4cm manquant se retrouvent sur la fente, qui ouvre inéluctablement. 4cm, c’est en effet la valeur moyenne de chevauchement des pans.

Donc, dans le cadre d’une simple fente, avec un fessier fort, il y a fort à parier que la fente ouvre… car les hommes ont souvent un peu de fesse.Vous me direz alors, mais pourquoi les bureaux de style créent-ils des bassins étroits ? Ils n’ont qu’à dessiner des bassins un peu larges.

La première réponse est : excellente idée. Car un bassin large donnera toujours l’impression d’une veste bien cintrée. C’est le paradigme des années 1920, avec des vestes très dodues de l’arrière train.
La deuxième réponse va nuancer ce propos. Car les hommes actuellement, sauf une rare majorité, n’aiment pas que la veste paraisse grosse au fessier. Ils veulent que le pantalon, pour une majorité moule le fessier, mais pas la veste.
Enfin, troisième réponse : une veste qui aurait un bassin large adapté aux forts popotins n’irait pas à une autre portion d’hommes avec un bassin plat. Pourquoi ? Car la veste alors fera des vagues comme une jupe autour des hanches.

La simple fente est plus spécifique du sur-mesure, où un calcul très fin du tour de bassin peut être effectué. La simple fente oblige à un moulage plus précis du corps. Là où les doubles fentes sont plus imprécises. Chose particulièrement curieuse, dans les derniers James Bond, Daniel Craig ci-dessous a été habillé de vestes à une seule fente. Cette forme emboitantante n’est pas la plus adaptée pour avoir de l’ampleur dans les mouvements. Et d’ailleurs en position statique, elle ouvre un peu. Je le pardonne au tailleur !

Le sans fente

Quant aux vestes tonneaux, totalement serrées au bassin et ne présentant aucune fente, il semble bien, même pour les smokings, qu’elles aient disparues. Pour ma part, deux de mes vestes sports, de week-end, des modèles simples et sans fioritures, ne présentent aucune fente. Pourquoi ?

Car d’abord, sans fente, une veste est plus solide, plus endurante. Surtout que l’une est non doublée. Cela évite plein de petits points délicats en haut des fentes. Ensuite, j’exprime par cette allure l’envie de rapprocher un peu la veste du blouson. Ou de ces formes modernes de work-jacket qui n’ont pas de fente. Il y a une sorte de simplicité charmante dans ce style.

Évidemment, le patronage ne fut pas si simple, pour donner suffisamment de hanche à mon bassin. Mon idée était aussi de se rapprocher de ces images très élégantes des années 1920, avec des vestes bien pincées mais très « hanchées », rondes, à la manière du Prince de Galles de l’époque, ci-dessous. J’ai disposé une martingale sur le dos de l’une des deux. Cela renforce ce petit esprit années 20.

Quid des manteaux

Les manteaux, par leur longueur, ont toujours eu besoin d’une fente, pour donner de l’aisance. La fente milieu dos permet aux pans de trouver une certaine souplesse et latitude pour s’écarter au contact des jambes qui bougent, du corps qui avance. Cette fente est normalement plutôt haute et longue, c’est plus élégant. Surtout si le manteau est long.

Quelques rares essais de doubles fentes furent tentés. Évidemment, cela n’a pas de logique, car les pans doivent s’ouvrir et voler bêtement, et ainsi donner froid. L’inverse de ce qui est recherché ! Cette illustration de Laurence Fellows évite sagement cet écueil : les deux fentes sont en fait des replis de tissus, des soufflets. Quelle débauche de matière !

 Bonne semaine, Julien Scavini

Zéro, une ou deux fentes dos? Partie 1

Chaque tailleur ou chaque maison de prêt-à-porter a sa règle d’usage concernant les fentes du dos de la veste. Une fente milieu dos, deux fentes sur les côtés, ou zéro ? Histoire et usage, faisons le point.

Avant que la veste « courte », celle que nous connaissons aujourd’hui, n’arrive sur le devant de la scène stylistique, des « vestes » longues étaient en usage, comme la jaquette ou la queue-de-pie. On ne les appelait pas vestes toutefois, même si c’était les vêtements de dessus, et pas des manteaux.

Frac, redingote, jaquette ou queue-de-pie, les appellations sont variées. Mais une chose est sûre, ces différents habits présentaient tous une fente milieu dos, longue, terminant à la taille, dans la couture horizontale faisant le tour de ces vêtements. Cette fente milieu dos était déjà présente sous l’ancien-régime. Les habits à l’époque de Louis XIV présentaient déjà une fente milieu dos. Cette découpe a une logique certaine : la pratique du cheval. A califourchon sur une selle, les pans s’évasent de chaque côté. Sur cet habit anglais daté de 1770, la fente milieu dos est soulignée par des broderies d’argent :

Sous le premier Empire, les militaires mettent le dolman, très court car s’arrêtant à la taille, sur le devant de la scène. Avec le dolman, qui développe une carrure à la romaine (le goût de l’antique, ou néo-classicisme), les officiers sont plein de sex-appeal. Les culottes ultra-moulantes rajoutent à ce plaisir du corps où l’on voit à peu près tout… Est-ce là un érotisme à l’antique, par ailleurs très peint par Jacques-Louis David ? On peut dire sur ce tableau que Joachim Murat, en dolman vert, savait se mettre en valeur :

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/ba/Murat.jpg

Toujours est-il que ce dolman, super court, ne nécessite pas de fente milieu dos. Vers 1870, anglais, français et prussiens allongent un peu le dolman vers mi-fesses, retour d’une pudeur bien légitime. La nouvelle petite basque présente une fente milieu dos, souvent richement ouvragée. Et parfois, pour donner de la « jupe » en position assis, des soufflets sont aménagés à l’endroit de ce qui deviendra plus tard la double fente. Sur ce dolman rallongé allemand de 1890, la fente est mise en valeur par des brandebourgs :

En passant, dans le nord de l’Europe, quelques armées garderont très longtemps cette allure courte des dolmans Empire, parfois jusque dans les années 50. Comme ici un officier finlandais :

Dans le même temps, la veste est adoptée par les civils sur une coupe nouvelle, très enveloppante, tout en rondeur. Le Prince de Galles d’alors, le fils de la Reine Victoria et futur Edouard VII semble apprécier cette nouvelle veste « courte » pratique et décomplexée. Ces vestes là, n’ont aucune fente, ce sont des tonneaux emboitant les hanches, c’est le terme consacré. Jusqu’à 1914 je dirais, les vestes civiles ne présentent pas de fente dos.

De leur côté, les militaires ont inventé les tuniques, vestes à pans carrés sur le devant, avec multiples poches à soufflets. L’ancêtre des sahariennes. Et ces nouvelles tuniques, ou vestes, sont longues, pour venir épouser les culottes de cheval avec une allure indéniable. Cette longueur à cheval rend nécessaire le retour de la fente milieu dos. Les militaires aux alentours de la première guerre mondiale ont un chic incontestable ! De face, une vareuse d’officier colonial & de dos une vareuse de gendarmerie, vers 1920 :

Après la première guerre mondiale, les civils adoptent une mode des vestes plutôt longues, et des pantalons plutôt courts et étroits. Ces vestes, telles que décrites par la marque Arrow Collars ou Kuppenheimer, présentent souvent une fente, dans les dessins de J.C. Leydendecker. Mais zéro fente reste très répandu toutefois.

Et puis pour la pratique des sports mécaniques (vélo ou moto) ou pour l’aviation, les tailleurs inventent le blouson court, à la taille. Retour en quelque sorte du dolman du Premier Empire. Avec comme sous le Premier Empire des parements au col et à la ceinture en … fourrure. La mode vient et revient sans cesse. Dès lors, la belle veste habillée n’a pas besoin de fente, car un autre vêtement existe.

Pour la pratique du cheval toutefois, la veste à longue fente milieu est appréciée, dans la droite ligne des habits de vénerie.

Et dans tout cela alors, les doubles fentes, quand ont-elles été inventées? Et bien difficile à dire précisément. Je dirais aux alentours de la seconde guerre mondiale. Mais très timidement. Peut-être était-elle déjà là dans les années 30 ? Je suis assez persuadé ce que sont les tailleurs anglais qui ont amené cette souplesse dans la coupe et dans le port.

Une chose est sûre, si dans les années 60, les fentes doubles fentes sont plutôt courtes et parfois même très chiches, les tailleurs des années 70 s’en servent allègrement pour donner une allure ostentatoire et baroque aux vêtements. D’autant plus que les vestes étant longues, ces grandes fentes fuyantes aiguisent la ligne stylistique de l’homme. Ci-dessous deux aperçus du site BondSuits, Sean Connery d’un côté, George Lazenby de l’autre, 1962 contre 1969, les fentes côté s’allongent et le style est moins vague :

Avec les années 80, les tailleurs italiens qui produisent alors les costumes de référence, abandonnent les fentes. Retour d’une silhouette plus emboitée, serrée au bassin et très larges aux épaules. L’inverse de l’esprit années 20 très « hanché ». Cela va ancrer dans l’esprit des gens que les belles vestes n’ont pas de fente. D’ailleurs, le smoking baigne encore dans cet idéal. Un smoking ne devrait pas avoir de fente. Cela se discute, mais c’est un autre sujet.

Les maisons anglaises n’ont pas souvent adopté ce standard zéro fente. D’ailleurs, avec les poches en biais, c’est ce qui les caractérisaient dans les années 90. Il y avait les amateurs de style italien, emboitant au fessier et aux épaules larges, et les amateurs de style anglais, aux doubles fentes généreuses, poches en biais, & doublures flashy.

Les marques françaises, comme Dior ou De Fursac, pour se positionner, adoptèrent la fente milieu dos, comme à mi-chemin des autres. Un esprit qui perdure jusqu’à nos jours…

La suite, la semaine prochaine…

 Bonne semaine, Julien Scavini

La forme de la parementure autour de la poche portefeuille

Si les femmes ont leur sac à main, les hommes ont leur veste. Une véritable besace où ranger, parfois enfouir, tout un bric-à-brac. Téléphone, parfois second téléphone, portefeuille, stylo, peigne, cigare, lunettes, agenda, tout y trouve une place. Les poches extérieures servent un peu. Mais les poches intérieures servent surtout plus. Il existe plusieurs manières de les disposer le long de la parementure. La parementure, c’est ce morceau de tissu qui borde le devant d’une veste, et se retourne pour devenir la face visible du revers.

Le fin du fin chez les tailleurs parisiens consiste à couper cette parementure généreusement, avec un long appendice fuyant vers l’emmanchure. C’est la technique qui consomme le plus de tissu au moment de la coupe, car cette excroissance trouve difficilement sa place au milieu des autres morceaux. Il y a une petite perte de tissu, c’est donc un luxe.

La poche portefeuille est réalisée dans cet appendice. Ce faisant, elle se retrouve fortement en biais et plutôt haut. Surtout si les emmanchures sont hautes, ce qui est à la mode. Le fait de « fuir » en biais vers l’emmanchure est idéal pour terminer cet appendice dans « quelque chose ». Et non dans le panneau de doublure suivant. Voyez ce dessin, présentant la manière classique parisienne de couper la parementure. Et une version édulcorée par la confection, un peu fade je trouve.

Un client l’année dernière m’avait fait refaire l’intérieur d’une grande mesure, car il trouvait la poche initiale trop en biais et surtout trop haut placée. Il est vrai qu’il était habitué au prêt-à-porter italien haut-de-gamme qui n’a jamais proposé ce genre de parementure et positionne les poches portefeuilles plus basses.

Le processus le plus rationnel en confection, et même pour les tailleurs du reste, est de couper une parementure la plus étroite et rectiligne possible. Cette parementure peut-être :

Cas numéro 1, par simplicité, cousue à la doublure tout du long. C’est la méthode du prêt-à-porter pas cher. Mais aussi des tailleurs londoniens qui ne s’embêtent plus guère avec la finesse de l’artisanat. Dans cette méthode, la poche portefeuille est réalisée à cheval sur le tissu et la doublure. Les passepoils de la poche sont pris directement dans la doublure.

Ce cas de figure de montage rend la poche plus fragile. Car la doublure est délicate et supportera peu les poids dans la poche. Pour en avoir discuté avec un tailleur une fois, il m’avait rétorqué que, d’abord la clientèle très haut de gamme a de nombreuses vestes, donc abime peu ses poches, et que surtout, si la poche craquait, c’était le signe indéniable que probablement, la doublure entière est à changer. Pourquoi pas…

Cas numéro 2, la parementure est toujours cousue à la doublure tout du long. Mais dans cette variante érudite, de petits empiècements de tissus sont rapportés pour placer les poches. Cet arrangement s’appelle le « piano facing » en industrie. De plus en plus d’usines l’adoptent car c’est un signe de plus grande qualité par rapport au cas numéro 1. La poche, réalisée dans cet empiècement de tissu, est plus solide et plus durable.
Parfois, les poches basses (anciennement appelée poches cigarette) sont aussi positionnés dans ces empiècements de tissus. C’est plus rare et seulement les bonnes fabriques surtout italiennes proposent cette option qui consomme un peu plus de ressource en couture. Ce sont mes deux dessins :

Si à l’époque de mon entrée à l’École des Tailleurs j’appréciais particulièrement la variante tailleur avec sa signature en biais très caractéristique (et qui me faisait penser à des pièces de peaux animales avec cette géométrie presque organique), je préfère maintenant la simplicité du cas numéro 2, avec ces discrets entourages de tissus autour des passepoils. Je trouve cela plus discret, d’autant plus qu’industriellement, ils sont souvent mieux maîtrisés.

L’empiècement tailleur en biais, est lui en revanche assez souvent mal patronné par les ateliers et alors, il manque d’allure comme je l’ai dessiné en haut à droite. Car pour être chic, il doit – à mon sens – être taillé comme à la serpe, avec netteté et un sens aiguisé de l’oblique. Que la main maîtrise mieux. Mais enfin, tout cela n’est que peu de choses !

Une chose est sûre, si vous soyez des poches portefeuilles sans entourage de tissus, alors fuyez. En cherchant autre chose, Google m’a donné l’image ci-dessous. Et bien franchement, avoir un tel nom pour proposer une finition si bas-de-gamme, c’est se ficher du monde. Ne pas faire l’empiècement, c’est probablement économiser 2 à 3€ à la fabrication… S’ils en sont là ! Il est probable aussi que cette veste n’ait pas de surpiqure au bord. Pour économiser encore quelques sous.

Bonne réflexion sur le sujet. Je repars manger du chocolat ! Julien Scavini

NB : pourquoi la poche à cheval sur la doublure est une fadaise simpliste en grande mesure.

Car normalement, la poche portefeuille s’exécute sur la parementure en amont. Cette poche prend place sur la parementure ou à cheval sur la parementure et une langue de tissu. Puis la parementure est cousue et révèle le bord de la veste. Puis enfin et seulement, la doublure est amenée à la main.

Lorsque la poche est réalisée à cheval sur la doublure, cela veut tout simplement dire que la parementure est préalablement cousue à sa doublure, pour pouvoir y faire la poche. C’est moins fin. Et beaucoup plus rapide. Car lorsque la parementure est cousue et révèle le bord de la veste, alors tout le devant, d’un coup est terminé. Gain de temps évident.

Les poches d’une veste croisée

La veste croisée connait un juste retour en grâce après deux décennies où seuls les ventrus se sentaient, curieusement, autorisés à la porter. Pourtant, une belle veste croisée sur quelqu’un de mince est aussi élégant. Et en fait, le croisé est toujours chic. Il donne une stature, une allure, en un mot de la prestance. Son seul défaut peut-être est de devoir rester boutonné tout au long de la journée, là où une veste droite peut allègrement rester ouverte. Défaut minime toutefois, car une veste croisée portée ouverte peut avoir beaucoup de chic. Un chic décontracté. Le prince Charles porte souvent le croisé ouvert, et il a raison.

Passons en revue les différentes poches dont peuvent être affublées les vestes croisées.

Y’a-t-il un sujet pourriez-vous d’abord demander ? Car au fond, c’est une veste comme une autre, et à ce titre, pourquoi une veste croisée ne pourrait-elle pas avoir strictement les mêmes poches qu’une veste droite ? En fait, elle peut. Mais sur le croisé, les usages sont un peu différents et les poches prennent un relief, je trouve, différent.

Les poches de côté conventionnelles sont généralement horizontales. Il y en a une de chaque côté. Et très classiquement, ces poches sont pourvues d’un rabat. La veste croisée peut de manière simple et habituelle avoir deux poches de côté à rabat. Point. Sans signification particulière. Voyez :

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Toutefois, il me semble que le plus classique sur un croisé est de ne pas avoir de rabat. Je pense que le croisé est ainsi au meilleur de son allure. L’absence de rabat dénote un vêtement habillé, supérieur aux autres vêtements. C’est pourquoi le smoking n’a pas de rabat aux poches. C’est pourquoi les vestes droites les plus habillées (en velours, ou pour des costumes du soir) n’ont pas de rabat non plus. Sur une veste droite de costume, je trouve toujours ce choix un peu curieux, dommage. Mais sur un croisé, je l’encourage à l’inverse. Encore le prince Charles pour illustrer le propos :

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Passons à la poche ticket. Plutôt sport et décontracté à l’origine, elle s’est rapidement frayée un chemin vers les costumes de ville. Elle est même devenue la marque des tailleurs anglais, ou de ceux voulant être à l’heure de Savile Row. Le tailleur André Guilson ne connaissait d’ailleurs pas tellement le mot poche ticket, lui l’appelait poche anglaise.
Je viens d’énoncer que le croisé était plutôt habillé. Est-il logique alors d’apporter cette poche ticket ? Sur le papier non. Mais en vrai, c’est pas mal du tout. Et tous ces angles droits font bon ménage avec le bas carré du croisé. Il y a un petit quelque chose de géométrique satisfaisant là dedans.

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Passons aux poches en biais. Elles sont aussi plus sport que les poches horizontales, puisqu’elles ont été développées pour les vestes d’équitation, pour avoir bonne allure assis. Les poches en biais donnent un style pleine d’allant. Sur une veste droite, elles appuient même un peu le cintrage du coup.
Mais alors sur une veste croisée, je trouve qu’elles ne vont, mais alors pas du tout. Pour moi, c’est hyper-charly comme dirait le Chic Anglais. C’est atroce et mes yeux saignent quand je vois ça. Pour moi, c’est une invention de l’armée allemande, où comment affubler d’un air de cavalerie des dolmans croisés. Pour moi, le croisé à poches en biais, c’est la ligne d’Hermann Goering. Pour ne pas dire de Goebbels ou d’Hitler. En fait, le croisé à poches en biais était un type de la wehrmacht.

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Alors toutefois, dans Amicalement Votre, Brett Sinclair porte des vestes croisées à poches en biais. Mais c’est un excentrique au fond, il ne sait pas ce qu’il fait. Le costumier s’est dit que cela ferait plus « english ». Les élégants qui oseraient ça sur un croisé le font à leurs risques et périls !

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Et deux poches en biais sans rabat alors. Qu’en penser ? Je ne veux même pas y penser, c’est hors de mes possibilités mentales ! Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

Les poches appliquées ensuite. Ah là, on sort de la zone de confort de la veste croisée. Apparel Arts dans les années 30 dessine quelques vestes croisées à poches plaquées. Mais j’ai du mal à trouver de belles photos de cela. C’est rare au fond. Jusqu’à récemment encore. Le croisé est plutôt un habit de ville, ou un blazer à la rigueur. Et la poche plaquée est plutôt sport. L’assemblage des deux ne va pas de soit. Ceci-dit, SuitSupply et consort distillant une mode hybridée et un peu tapageuse, la poche plaquée sur un croisé est presque devenue classique. Et très possible.

Deux poches plaquées en bas s’envisage très bien. Simples et efficaces, elles sont de toutes manières très discrètes et n’altèrent en rien à la ligne du croisé. Elles décontractent un peu ce vénérable habit en relativisant son statut. Idéal pour dépoussiérer ce vêtement que seuls les grands pères osaient encore sortir. Et pour des vestes croisées, d’été ou d’hiver, elles apportent un supplément d’intérêt et sont tout à fait à leur place.

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Un hic toutefois apparait lorsque la poche de poitrine est aussi plaquée. Car le bouton décoratif de la poitrine gauche ne trouve plus sa place. Je m’amuse à voir comment les stylistes s’en sortent avec ce sujet qu’ils ne connaissent pas. Certains cousent le bouton sur le poche. Beurk. D’autres décalent les boutons décoratifs vers le revers, pour les coudre au bord de la poche. Encore plus beurk. Non, la bonne réponse est qu’en présence d’une poche plaquée de poitrine, et bien tout simplement, on ne met pas les deux boutons décoratifs. C’est l’usage. Il reste donc un simple carré de bouton.

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Voilà de quoi vous permettre de sélectionner en conscience les poches de votre futur costume ou veste croisé ! Bonne réflexion.

Bonne semaine, Julien Scavini

La veste-gilet

On ne peut pas dire que l’effervescence nous habite beaucoup ces temps-ci. Paris est curieusement si calme. Pour les commerces, je ne parle pas seulement du mien, cette mollesse inspire peu. Tout le monde semble ne s’intéresser qu’au très utile, rester chez soi, télétravailler et manger. Mince alors. Pour la vie en général, le plaisir de faire marcher la ville et la communauté, et la beauté au fond. Je ne voyais même pas quoi écrire sur le blog ce soir. A quoi bon ?

Mais il n’y a pas mieux qu’un bon bain bien chaud pour décanter les idées et les remettre en ordre. Et un peu de Brahms.

Aussi ai-je repensé aux puces et à mes derniers petits achats céramiques. Un plaisir. Je vais à celles de la Porte de Vanves. Au milieu des étales diverses et variées, du plus beau au plus ordinaire, il y a là un marchand spécialisé en belles fripes, Charvet, Arnys, Old England, Burberry’s et consort. Il présente toujours quelques chaussures élégantes aussi. J’échange toujours quelques mots avec lui. Dernièrement, mais je l’avais déjà vu en porter un par le passé, il avait revêtu une sorte de long gilet. La longueur d’une veste mais sans les manches. Ou autrement dit, un gilet mais de la longueur d’une veste.

Je ne sais s’il existe un mot pour appeler cet habit. Je sais que les catalogues d’Arnys en présentaient. Je sais aussi que le Prince Jardinier en propose (existe-t-il un site de vente en ligne avec des photos aussi floues et inélégantes ?). C’est certainement un vêtement de vénerie ou de chasse. Il a une petite allure d’ancien régime, un je-ne-sais-quoi de dignité et de panache aristocratique. Une décontraction mise en scène.

Le gilet long de ce marchand, coupé dans un tweed lourd, présente de grosses poches cartouchières à soufflets, très élégantes car les rabats sont en biais. Pas de poche de poitrine. Il se ferme comme une veste trois boutons avec des revers. Une veste presque, mais sans manche.

Le Prince Jardinier présente à l’inverse un gilet à l’allure plus martiale, avec un col de tunique. Et pour me combler, leurs exemplaires ont des passepoils contrastants aux poches. C’est frais et amusant.

En fait, je pense que la forme peut varier : revers classique ou col officier, bas carré ou arrondi, fentes dos ou fentes côtés. Suivant que le vêtement est fabriqué par un atelier de tailleur ou un atelier de chemise, ces fondamentaux peuvent évoluer.

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En voyant le pucier, je me suis interrogé sur le moment. Est-ce très agréable à porter ? Suffisamment chaud ? En bref, est-ce que cela a de l’intérêt ?

Je n’aime pas beaucoup les pulls. Car soit ils mettent en avant un corps sans trop de forme s’ils sont moulants ; soit ils flottent en faisait paraitre le buste beaucoup plus gros que la réalité. Or l’avantage des pièces tailleurs, c’est que leur structure emballe et camouffle. L’entoilage donne de l’allure et un maintient au vêtement. Dès lors, ce grand gilet habille élégamment et tient au chaud le corps, en laissant les bras libres de leurs mouvements.

Ce n’est pas une mauvaise idée.

Toutefois, en termes de fabrication, c’est presque aussi cher qu’une veste à faire. Dès lors pourquoi se passer de manches pour le même prix ? Le gilet conventionnel n’a pas d’encolure, pas de tissu dans le dos où l’on place de la doublure, et il est coupé avec simplicité en quatre pans. Ce gilet-veste lui est strictement comme le corps d’une veste. Il demande donc un peu de travail.

Si j’avais du temps je m’en couperais volontiers un pour tester. Pour mon travail ce serait assez formidable. De la dignité dans la présentation, utile devant les clients, mais de la souplesse dans les actions manuelles. En fait, pour le jardinier, c’est une pièce super! En cette saison où il fait un peu chaud pour totalement garder la veste mais pas assez pour être en lin, il y a là une sorte d’intérêt!

Pour la mi-saison, et malgré mes hésitations, j’ai tendance à penser que peut-être, c’est une pièce utile et intéressante. Surtout pour l’allure en fait. Car d’allure, assurément, ce gilet n’en manque pas ! Plus que jamais il faut rester digne et élégant !

Bonne semaine, Julien Scavini

La veste, objet modulable

La veste classique, développée au cours du siècle écoulé, est une formidable base de travail et d’amusement pour les tailleurs et leurs clients. Pour les stylistes aussi. La base, c’est-à-dire la coupe générale du corps et des manches est toujours la même. Elle peut varier un peu suivant le coupeur qui suit ses envies ou la maison qui suit la mode. Mais globalement, un corps de veste reste un corps de veste. Par contre, tout ce qui en fait le style et les options peuvent varier. Voilà par exemple ce que l’on obtient d’un tracé primaire en coupe. Un gabarit sans revers, sans poches, sans ligne précise du bas.

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En coupe, et qu’importe que l’on trace une veste droite ou croisée, châle ou à col pointe, la base de développement est la même. Une fois le tracé primaire obtenu qui définit les grandes lignes de volume, il convient d’apporter les raffinements stylistiques : un, deux ou trois boutons, cran à encoche ou cran pointu, poche à petits rabats ou poches plaquées. C’est ainsi que les tailleurs et les stylistes procèdent. D’une même base, un bloc comme disent les  industriels, on peut faire dériver des styles. La vestibilité, c’est-à-dire le confort sera le même, mais le style sera différent. C’est ainsi que l’on peut ‘programmer’ une veste, à partir d’un langage ayant son alphabet : boutonnage, poches, revers, éléments divers.

Il est possible de tirer à partir de cette bases de nombreuses variantes, très différentes. Au significations différentes…!

Je m’amuse dans le grand tableau ci-dessous à dessiner simplement des options de boutonnage. Je pars de la veste un bouton pour arriver à la quatre boutons. Parallèlement à ce travail, j’ajoute la forme de revers : cran à encoche classique, cran en pointe, cran en pointe sur base croisée, col châle sur base croisée et droite. Vous verrez avec ce tableau que je commente en dessous, tous les possibles, à partir de cet alphabet simple et modulable à l’envie.

  • Ligne 1 : vestes à un bouton, ou un niveau de boutonnage pour les croisés | ligne 2 : vestes deux boutons ou deux niveaux de boutonnage pour les croisés, etc.
  • Colonne A: col châle | B: col en encoche simple | C : col pointe | D : croisé à col pointe | E : col châle croisé

planche de variations

  • La ligne 1 rassemble assez facilement les smokings.
  • A noter que 1B ne se fait pas vraiment en smoking. Et peu en costume de ville, toutefois Huntsman en a fait sa ligne maison. (photo)
  • 1D peut exister en smoking, j’ai préféré dessiner un costume à la ligne typiquement années 90, avec ce boutonnage très bas caractéristique, comme Ralph Lauren (photo).

  • 2A ne se fait pas. Mais depuis qu’un ancien premier ministre (Manuel Valls) l’a fait couramment, je me suis senti obligé de le mettre dans mon étude. Remarquez, certains au gouvernement l’appelaient ‘Tati’, comme la marque. (photo) Donc ce n’est pas une preuve. Je l’ai fait deux fois pour des mariages, dans des tissus intéressants comme du lin irlandais. C’était pas si mal.
  • 2B représente l’absolu classique actuel. Le modèle de la veste aujourd’hui.
  • 2C est très élégant. Une allure très années 30 mise en avant par Tom Ford. (photo)
  • 2D représente le croisé conventionnel, celui du Prince Charles et d’autres gentlemen plein de goût. (photo)

 

  • 1E a beaucoup d’allure mais se voit rarement. (photo)
  • 2E a comme 1E beaucoup d’allure, mais seul Ralph Lauren s’y intéresse un peu. Une version sublime. (photo)

 

  • 3A. Une curiosité n’est-ce pas que ce col châle sur une veste trois boutons. Cela a du exister un peu, sur des vestes molles vernaculaires. De manière contemporaine, c’est tout à fait un possible à la Arnys. (photo)
  • Si 3B est archi classique (la veste trois boutons), 3C est moins courant. Dans la série Hercule Poirot de ITV, l’acteur David Suchet porte souvent cette forme de trois boutons à col pointe. C’est très formel et typiquement années 30. Un petit esprit pincé de jaquette. (photo)
  • En 3D, on pourrait appeler cette forme demi-amiral. Un aimable client -paix à son âme- m’avait commandé cette forme il y a quelques années. Beaucoup de chic et d’allure.
  • En ligne 3 et encore plus en 4, élargir les revers devient de plus en plus difficile sans que le tissu ne vrille ou tire, entrainé par le col.

 

  • 4A, rien à proposer, comme 4C. De toute manière, 4 boutons se fait très peu. C’est très 1910 ou très 2000. Dans le premier cas, c’est parfois élégant, dans le second, c’est purement saugrenu, un peu façon Thierry Mugler. (photo)
  • 4B, une timide étude très début de siècle, c’est pourquoi j’ai proposé un autre col de chemise.
  • 4D. L’apothéose du style marin et du style tout court. Lord Mountbatten! Le monde portera-t-il encore des personnages de ce niveau de grandeur? Pour bien dessiner ce croisé, il faut arrondit le bord vertical, vers l’extérieur. Cela produit un effet optique en démultipliant l’ampleur de la poitrine. Les tailleurs de la marine française faisaient ça mieux que personne. Faisaient. Hélas… (photo)

 

  • Et enfin, je sais que vous n’attendez que ces cases : 3E et 4E. Depuis que les années 30 se sont terminées, difficile de trouver de telles pièces. L’idée de vestes d’intérieur ou de fumoir largement boutonnées, qui plus est de brandebourg, allait de pair avec la froideur des intérieurs avant le chauffage central. Les revers pouvaient être matelassé ou même en fourrure.
  • Notez que la colonne E ne renvoie qu’à des veste servant à l’intérieur. Presque comme la colonne A. L’allure enveloppante du col châle y est peut-être pour quelque chose. La colonne E est quasi impossible à trouver en demi-mesure. Peu d’ateliers travaillent ces formes, d’abord peu commune, et surtout très technique. Il ne faut pas croire, le col châle est assez difficile à bien réaliser. D’une pièce, il consomme beaucoup de tissu et pour que les pans ne vrillent pas, ne tirent pas, il faut travailler très finement. Certes il est moins long à faire que les autres, mais il est plus technique dans le tour de main, dans les souplesses, ces fameux embus.

 

Voilà, avec ce petit tableau, vous avez de quoi rêver à tous les possibles de votre garde-robe. Et vous pouvez même essayer vous-même de remplir chaque case! Enfin songez que si les poches varient aussi, la possibilité en terme de variation devient infinie! Une vraie modularité cette bonne vieille veste!

Bonne soirée et bonne semaine, Julien Scavini

L’évolution de la veste sur un siècle

Un lecteur m’a récemment interrogé sur les hauteurs de boutonnage d’une veste, sur le rendu esthétique d’une part et sur l’histoire de celui-ci. Il se demandait en particulier s’il existait un conseil pratique concernant cette hauteur de boutonnage suivant les morphologies.

La réponse n’est pas aisé et surtout, elle n’est pas absolue de mon point de vue. Je sais bien que des stylistes essayent toujours de faire rentrer les gens dans des grilles, en H, en 8, en V etc. Mais ces concepts de rationalisation morphologiques, s’ils sont peut-être finement travaillés par leurs auteurs, ne sont pas miens. Car de mon côté, je m’en réfère à l’usage et à l’histoire. Ce qui est vrai à une époque ne l’est plus à l’époque d’après. De nos jours on trouve que les épaules d’une veste doivent être étroites. A une époque, qu’elles devaient être très larges…!

Se questionner de nos jours pour savoir s’il est préférable suivant telle ou telle morphologie de porter une veste deux ou trois boutons ne fait pas tellement sens pour moi. Car je m’en réfère d’abord à ce qui se fait (le deux boutons) et ce qui ne se fait plus beaucoup (le trois boutons). Je pense que le deux boutons est mieux parceque… je l’ai dans l’oeil, et que mon oeil y est habitué. Dans les années 50, j’aurais dit l’inverse.

Mais comme je sens poindre les esprits chagrins, je vais en rajouter une couche. Si vous aimez le trois boutons, même si ce n’est plus tellement dans l’air du temps, eh bien osez le porter! Ne vous fiez pas à me première sentence. Il y a la mode, et il y a le style. Si vous aimez le style trois boutons comme James Stewart sur cette photo, il ne faut pas vous arrêter sur mon jugement. C’est admirable n’est-il pas? L’opulence des épaules!

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Il est vrai que les tailleurs disaient avant, que quelqu’un de grand est mieux habillé en trois boutons et quelqu’un de petit, mieux en deux boutons. C’est un jugement orienté par l’esprit de l’époque, non une étude scientifique. Qui de toute manière serait fondée sur quoi? Des jugements esthétiques? Quelqu’un de grand en veste un bouton avec revers larges, c’est un parti-pris stylistique qui doit plaire avant tout à son porteur. Et quelqu’un de petit peut revendiquer de porter une veste trois boutons à la mode de 1900 s’il veut.

Je pense que précisément, l’art tailleur et sa capacité de personnalisation ne doit pas s’enfermer dans des dogmes de prêt-à-porter. En 2000, les vestes trois et même quatre boutons étaient à la mode. C’est si prêt et si loin déjà en style. En mesure, autant se fier à sa propre recherche stylistique. Si l’on veut trois boutons, on commande trois boutons.

C’est une recherche personnelle qui faut alors mener. Le tailleur bien sûr peut aider. Il est vrai que je n’aime pas beaucoup le trois boutons sur quelqu’un de ventru. Car les devants placent moins bien, et l’idée que le revers aille se tendre à la taille est préférable. Mais si la poitrine est un peu développée, pour éviter les revers qui cassent avec deux boutons, fermer en trois boutons peut être ingénieux. De même, quelqu’un de grand à la poitrine plate en revanche n’aura aucun problème pour faire ‘tenir’ les trois boutons en ligne. Et en cas de doute, deux boutons et c’est plus simple.

Ensuite, cette fameuse question de la hauteur du bouton. Question intéressante. Qui renvoie à la physionomie des vestes au cours du siècle passé. Elle a pas mal varié suivant les décennies. J’ai tenté par quelques photographies de vous évoquer cette évolution des formes. Il y a trois facteurs à prendre en compte : la longueur de la veste, la hauteur des poches et la hauteur du bouton. Ces trois points sont corrélés de manière variables, tantôt ils s’éloignent, tantôt ils se rapprochent, c’est la mode. Dans les années 20, le bouton était très haut placé, la taille marquée bien au dessus du nombril. Dans les années 90, le bouton était très bas, la taille marquée en dessous du nombril. Pour des effets de style radicalement différents.

Il est amusant de constater ces phases, qui correspondent à des générations différentes. Toutefois, il faut bien avoir à l’esprit qu’il s’agit là de stéréotypes. Évidemment, d’un tailleur à l’autre, d’un pays à l’autre, d’une ville à l’autre, ces effets de styles n’étaient pas les mêmes. Comparons avec les mêmes points d’intérêts : longueur de veste, boutonnage, poches côtés, épaules.

 

Entre 1900 et 1914, la veste courte fait ses débuts.

  • la veste est longue.
  • 3 ou 4 boutons placés hauts. Le boutonnage se fait en haut.
  • poches variables : hautes comme sur les jaquettes (à la taille) ou basse pour la praticité.
  • épaules étroites et rondes.

 

Entre 1918 et 1925, la veste s’institutionnalise un peu. Les militaires notamment abandonnent le long habit à retroussis pour la veste plus maniable. Et le deux boutons apparait en force.

  • la veste est longue.
  • 2 ou 3 boutons placés hauts. Le boutonnage est très pincé.
  • poches pas très hautes et un peu pataudes.
  • épaules étroites et rondes.

 

A la fin des années 20, il faut noter une bref tendance au maniérisme vestimentaire. Les boutons remontent, les basques s’allongent. Les vestes sont très très étroites. Max Linder en est une figure, les illustrations de J.C. Leyendecker une référence. Notez sur l’illustration la hauteur des boutons et le déphasages avec les poches côtés. Je n’arrive pas à trouver de juste photo correspondant à l’illustration, mais j’ai pourtant vu cela dans des films anciens.

  • la veste est longue.
  • 2 placés hauts. Le boutonnage est très pincé.
  • poches moyennement hautes.
  • épaules étroites et rondes.

 

Mais de 1925 à 1939, ce soubresaut stylistique disparait. La veste classique de 1920 est retravaillée. Ses épaules se structurent. Les poches remontent un peu. Le boutonnage acquiert sa place disons ‘classique’. En fait, la coupe devient intemporelle. Voyez ci-dessous Fred Astaire avec Ginger Rogers dans La Grande Farandole en 1939. Que dire, quel classicisme! Retour du veston trois boutons plus habillé.

  • la veste est moyennement longue.
  • 2 ou 3 boutons placés autour de la taille.
  • poches jamais très hautes.
  • épaules larges et tombantes.

 

La seconde guerre mondiale n’empêche pas les développements stylistiques. La veste s’épaissit, se raidit. Les revers descendent un peu, les épaules enflent.

  • la veste est moyennement longue.
  • 2 ou 3 boutons placés autour de la taille.
  • poches jamais très hautes, voire parfois un peu basses.
  • épaules larges et tombantes.

 

Les années 50 sont celles de l’opulence retrouvée. Les lignes enflent! Sur John Wayne, c’est incroyable. Pour Fred Astaire et le duc de Windsor, c’est moins net, ils fréquentent des tailleurs classiques qui ne respectent pas les dictats de la mode.

  • la veste est moyennement longue.
  • 2 ou 3 boutons placés autour de la taille.
  • poches jamais très hautes.
  • épaules larges et tombantes.

 

Les années 60 sont celles d’un renouveau stylistique inédit depuis le début. La veste raccourcit, elle s’affine. La jeunesse veut du nouveau! Et le deux boutons revient sur le devant de la scène après y avoir été dans les années 20.

  • la veste est presque courte.
  • 2 ou 3 boutons abaissés.
  • poches pas très hautes.
  • épaules une peu larges.

 

Avec les années 70, le costume en voit de toutes les couleurs. La veste vit une volte-face. Elle s’allonge, ses revers s’élargissent, elle devient plus opulente que jamais. Un retournement par rapport à la décennie antérieure.

  • la veste est très longue.
  • 2 boutons centrés sur la taille.
  • poches hautes dégageant de longues basques.
  • épaules une peu larges.

 

Les années 80 consacrent un abaissement général des lignes. Revers, poches et boutons descendent vers le bas et la veste s’allonge encore.

  • la veste est très longue.
  • 2 ou 1 boutons très en dessous du nombril.
  • poches tassées vers le bas.
  • épaules très larges.

 

Jusqu’aux années 2000, la pente remonte lentement. La veste revient à de plus justes proportions. Pierce Brosnan, dans Remington Steele (1985 environ) puis dans James Bond. Retour d’une allure 1935 classique. 3 et 4 boutons reviennent en force.

  • la veste est moyennement longue.
  • 2 ou trois boutons centrés autour de la taille.
  • poches alignées sur le bouton du bas.
  • épaules confortables sans être larges.

 

Enfin, ce n’est pas un secret, la veste rapetisse de nos jours. La valse continue, le vas et vient de l’histoire aussi. Elle devient de plus en plus étroites. Emmanuel Macron sur la photo du jour d’investiture porte un costume presque années 60, l’épaisseur du tissu (donc la netteté) en moins.

  • la veste est courte.
  • 2 qui remontent en contrepartie du raccourcissement.
  • poches alignées sur le bouton du bas.
  • épaules étroites.

 

Voici un peu de grain à moudre. Comme vous le voyez, essayer de trouver une référence en particulier tant le style a pu changer au cours du siècle est difficile. Vous pouvez bien aimer tel style à la mode de telle époque. Elles sont toutes des mélanges. A vrai dire de nos jours, avec des vestes très étroites dessinant les formes, il y a un petit quelque chose du féminisme des années 1925, la longueur en moins.

Ce que nous apprend cette fresque, c’est qu’il n’y a pas une vérité stylistique. Il n’y a même pas un confort idéal. A tel époque on supporte d’être serré, à une autre on veut de l’aisance. Tout est relatif concernant la veste. Un invariant toutefois, ses lignes générales. Il y a une sorte de constance heureuse heureuse du général. Jusqu’à quand?

Bonne semaine, Julien Scavini