Les poches d’une veste ont elles un sens?

Un veste est faite pour couvrir, c’est sa première raison d’être. Ensuite, sa forme et sa manière de couvrir le corps, en bref son allure sont le résultat d’un goût qui évolue suivant les modes. Elle donne une ligne à l’homme. Enfin, celle-ci par dessus ces deux points – utilitarisme primaire et esthétique – se veut aussi pratique : la veste est le sac à main de l’homme. Pour se faire, l’histoire a sédimenté un certain nombre de poches sur sa surface. Des poches extérieures et des poches intérieures.

Il existe deux types de poches extérieures : poitrine et côté.

A l’extérieur, sur la poitrine gauche au niveau d’une ligne horizontale passant sous l’aisselle est placée la poche de poitrine. Cette poche de poitrine est souvent réalisée sous la forme d’un rectangle de tissu qui camoufle un trou vers l’intérieur de la veste et le sac de poche. Ce rectangle est toujours disposé légèrement en biais. La poche monte. Ne me demandez pas pourquoi, c’est ainsi. Mieux, le côté gauche de ce rectangle est aussi un peu oblique, pour donner une ligne et un peu d’entrain à cette poche. Quand aux italiens, ils arrondissent un peu le rectangle, pour prouver qu’ils savent faire. C’est une esthétique gratuite.

Ce rectangle fait classiquement 2,5cm de haut pour 9 à 11cm de large. La hauteur est très importante. Les fines poches poitrines des costumes slim signent une esthétique du minable que je ne goûte guère. Parfois, cette poche poitrine peut aussi être plaquée. C’est idéal pour une veste décontractée. Mais les pochettes ont tendance à faire gonfler cette poche plaquée, aussi je le recommande moyennement.

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Toujours à l’extérieur mais en bas se situent les poches de côté. Pour pouvoir rentrer la main à l’intérieur de la veste et donc du sac de poche, il faut faire un trou. Ce trou est ‘maquillé’, cousu grâce à deux passepoils qui sont deux fines bandes de tissus. Ces passepoils sont obligatoires pour faire une poche.

Les vestes très habillées comme les smokings ont deux poches passepoilées simples, sans rabat. Une de chaque côté.

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Les autres vestes ont normalement des rabats de poches qui sont disposés entre les passepoils. Le passepoil du bas se retrouve donc caché sous le rabat. Le rabat est très ancien. Déjà les habits d’ancien régime avaient des rabats. J’imagine qu’il sert à protéger de la pluie et de la poussière l’intérieur du sac de poche. En tout cas, il est obligatoire de mon avis sur une veste classique.

Parfois, sur le côté droit, au dessus de la poche est rajoutée une autre petite poche avec un rabat : la poche ticket. Ce petit contenant a été créé par les tailleurs anglais au début du siècle pour loger les petits tickets de train, plutôt que de les mettre dans la bande de son chapeau comme cela se faisait. La poche ticket était positionnée plutôt sur les vestes décontractées, les beaux costumes de ville n’étant pas fait pour prendre le train. La poche ticket serait donc plutôt synonyme d’un costume relâché..

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Les poches côtés (toujours passepoilées avec un rabat) peuvent aussi être disposées en biais. Avec ou sans poche ticket. Ces poches furent positionnées en biais dès les années 20 pour rendre les vestes plus belles lors de la pratique du cheval. Dans les années 60, les tailleurs anglais les ont adopté sur les costumes de ville et de nos jours, ce détail signe l’élégance anglaise, de Paul Smith à Hackett.

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Si les poches ne sont pas passepoilées, alors elles sont plaquées. C’est à dire qu’au lieu de faire un trou dans la face de la veste pour y passer la main, le sac de poche est directement cousu sur l’extérieur. La poche plaquée est plutôt indiquée pour les vestes décontractées. Elle n’est pas indiquée pour un costume plus habillé.

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Comment peut-on hiérarchiser ces poches ?

Le plus classique est une poche poitrine normale et deux poches simples passepoilées à rabats. Si vous retirez les rabats, la veste apparait immédiatement comme plus formelle.

Si vous ajoutez une poche ticket, la veste (et le costume) sera un peu moins habillé.

Si vous placez les poches en biais (avec ou sans poche ticket), la veste (et donc le costume) sera encore un peu moins habillé.

Si vous optez pour des poches plaquées (en bas seulement ou en bas + à la poitrine), votre veste sera plutôt une veste seule, pas un costume et décontractée.

Mais bon, une fois que ce classement hiérarchique est connu, il est possible de le battre en brèche. Attention toutefois, on casse les codes uniquement lorsqu’on les connait.

Ainsi, il est possible de dire que de nos jours, ce classement est quelque peu caduc.

Difficile en effet de reconnaitre à une veste avec une poche ticket un statut inférieur. Que veut dire en effet ‘un costume habillé’ de nos jours? Tous les costumes sont plus habillés qu’un polo ou un survêtement.

Ainsi, si vous ajoutez une poche ticket, la veste (et le costume) sera très élégant, d’une élégance qui se remarque et fait ‘tailleur’. Pour ma part, tous mes costumes ont une poche ticket où je loge mon petit trousseau de clefs.

Aussi, si vous placez les poches en biais (avec ou sans poche ticket), la veste (et donc le costume), il sera juste possible de dire que le costume fait ‘british’. Il ne sera pas moins habillé que le même costume avec des poches horizontales.

Enfin, si vous optez pour des poches plaquées, le costume sera très ‘italien’, sans pour autant être plouc. C’est juste un peu osé de placer de telles poches sur un costume. Mais il faut bien s’amuser un peu n’est-il pas ? Enfin toutefois attention, une poche plaquée à soufflet est quand même très sport et ferait déguisé sur un costume. Il y a des limites…

Bonne semaine, Julien Scavini

La veste dépareillée grise

Pour beaucoup de jeunes, il semble important et nécessaire d’avoir dans la penderie une veste grise, à porter seule. Ce modèle plutôt clair est même devenu une icône basique de la mode masculine, sans que de prime abord, j’en comprenne bien l’intérêt. Car pour ma part, la veste bleue semble plus importante. Et pour le coup, j’appelle une veste bleue un blazer. Si le tissu est autre que bleu, j’appelle la veste une ‘veste sport’. C’est assez simple comme règle.

Acheter une veste grise seule m’apparait donc comme incongru. De part la couleur qui renvoie plutôt à la palette des coloris urbains, j’ai du mal à appeler un tel modèle ‘veste sport’. Et ce n’est pas un blazer non plus. Je rajouterais même que lorsque je vois quelqu’un porter une veste grise, j’ai tendance à penser que c’est un costume dont le pantalon est fichu. La veste finie ainsi sa vie comme une ‘blazer’…

J’aborde donc le sujet de manière un peu obtus. Car je crois beaucoup aux usages classiques, le bleu et le gris pour les costumes, les couleurs de la forêt pour les ‘vestes sport’ et dans l’entre deux, une catégorie simple, le blazer marine, qui peut être en flanelle l’hiver et en laine froide l’été, à porter avec une palette de pantalons, gris, beige ou blanc. C’est bête et méchant, mais l’application de cet axiome rend la garde robe lisible et harmonieuse.

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En me documentant sur google images, il ressort que la veste gris clair est souvent portée en association du chino bleu marine. Serait-ce la raison d’existence d’une telle veste? Car c’est un fait, avec un chino marine (une variante que j’affectionne beaucoup), la veste est compliquée à trouver. Elle ne peut-être d’un bleu approchant, sinon l’effet faux costume est affreux. J’opte plutôt pour des pulls colorés ou une fameuse veste rouge en hiver. Un beau tweed brun peut-être superbe aussi. Et un natté un peu bleu ciel l’été.

La veste grise avec un pantalon marine permet donc de casser l’effet faux costume. Par là même, la tenue propose les mêmes couleurs que l’attelage classique blazer marine / pantalon gris, mais à l’envers. Pourquoi alors être si troublé? Car je ne trouve pas l’accord très élégant. Je n’y vois pas d’harmonie ni la preuve d’une recherche formelle fine.

Le jean, qui est plutôt de couleur bleu, poserait-il comme le chino un problème d’accord qui rend la veste grise utile et efficace avec? Les marques jeunes ont tendance à penser cela, veste grise sur jean indigo. Évidement, si les stylites ne travaillent qu’avec du gris et du bleu, il faut bien trouver les accords, qui tournent un peu en rond. Ceci dit, les hommes préfèrent ces deux couleurs…

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Quand je pense veste grise, je pense immédiatement à une palette de couleur monochrome. Avec le gris, j’associe d’autres gris et du noir. Cela me semble plus urbain, plus harmonieux. Plus formel aussi. Une tenue ainsi composée ne serait pas loin de ce que portait Fred Astaire. Avec des vestes grises, il est vrai à petits motifs pieds de poule ou gun tweed, un pantalon foncé est intéressant. J’aime alors beaucoup l’accord général, très chic et finalement assez classique, des illustrations Apparel Arts montrant d’ailleurs de telles mises.

J’ai aussi récemment fait l’acquisition d’une veste réalisée dans un lin gris clair tirant légèrement sur le bleu. A cheval sur les deux couleurs, la veste estivale fait un bon contraste avec un pantalon bleu un peu air force (mais pas marine). Il y a donc une sorte de camaïeu de gris bleu qui n’est pas inesthétique je le reconnais.

Mais comment me convaincre que la veste grise peut-être un bon basique? Une ou deux images google présentent des tenues associant chino marine, veste grise et souliers + ceinture marron. Avec une cravate club en flanelle gris et bleu, l’harmonie générale, très italienne, exprime un goût certain qui ne me déplait pas. Mais l’effort doit être important. Dès lors, il est possible de dire que la veste grise ne doit pas être utilisée comme un uniforme tarte à la crème. Sa relative fadeur doit obliger à plus de recherche. Paradoxalement donc, il faut faire plus d’effort pour rendre belle la tenue.

Ce n’est donc pas à un non définitif que j’arrive ; plutôt à un pourquoi pas, mais! Si l’envie de porter uniquement des bas foncés marine (chino ou denim) est forte, il faut bien porter une veste, et autant qu’elle ne soit pas bleue.

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Certains associent même le chino sable avec un veste grise. Beige plus gris, dans un esprit Loro Piana, c’est élégant. Mais il s’agit de cachemire et de beaux draps. Or un chino beige Uniqlo avec une veste grise Zara, c’est pas terrible. Je suis désolé de penser que l’accord est à côté. Par contre, avec un chino blanc et une chemise bleu ciel, accord monochrome, la tenue peut-aussi être très belle sous un soleil éclatant.

Finalement, j’étais assez peu convaincu avant d’aborder le sujet. Le simple fait d’y avoir réfléchi quelques instants et d’avoir dessiné ces trois tenues m’encourage à envisager l’idée qu’une veste seule peut être grise. Je suis encore dubitatif, mais je me convainc moi-même !

Bonne semaine, Julien Scavini

La veste couleur tabac

Le printemps arrive à grands pas que déjà il faut penser au vestiaire de l’été, souvent moins riche que celui d’hiver. Difficile en effet de beaucoup s’habiller lorsqu’il fait chaud. Et alors que l’hiver de nombreuses étoffes existent pour donner de la variété à la tenue comme la flanelle, le tweed, les velours et les différents tissages de laines fines, l’été est plus restreint.

Toujours utile de le rappeler, il est d’abord important d’avoir quelques bons pantalons frais et bien choisis, en laine froide, en coton ou en lin pour associer à toutes les chemises possibles.  La veste apparaît comme plus accessoire lorsqu’il fait chaud. Encore un fois l’hiver permet de la variété, alors que l’été fait sécher la réflexion des plus élégants.

Un blazer marine réalisé dans une toile aérée de laine est des plus utiles.  Polyvalent, associable aussi bien avec un chino beige qu’avec un pantalon en laine grise voire écru, il est incontournable. Le blazer peut évidemment être coupé dans un drap plus clair, bleu air-force (bleu-gris) voire bleu ciel. Un choix plus rare bien que très élégant.

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Quel autre fond de garde robe incontournable s’offre à vous ?

Si vous portez beaucoup de chinos bleu marine, ce qui est mon cas, vous saurez que le blazer lui aussi marine ne convient que moyennement. Dans l’optique de changer un peu, les sahariennes écrues sont toujours superbes. Les détails nombreux qui y sont cousus (poches à soufflets, épaulettes) apportent un supplément d’âme à un vêtement par ailleurs réalisé dans une étoffe assez lisse et sans relief, souvent le coton. Elles ont en revanche le défaut de se salir vite si elles sont très claires.

La veste vert bronze, une couleur un peu militaire et très à la mode en Italie est une bonne piste encore peu explorée en France.

La veste tabac apparaît de son côté comme une réponse opportune. Unie, elle est simple et discrète. La couleur tabac est un juste milieu entre le marron chocolat (une couleur qui était à la mode dans les années 2000) et le gris. Seulement, la veste grise est un peu trop typé urbain et n’offre pas beaucoup d’associations possibles, quand au marron dur il donne une mine terreuse. Or, un fil à fil léger en laine froide couleur tabac est idéalement placé sur le gradient des couleurs.

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Ainsi, la veste tabac passe très bien avec des chinos beige ou même bleu, dans une harmonie tout à fait italienne.  Les lainages de cette teinte sont passe-partout. C’est la polyvalence même, la veste que l’on met sans même y réfléchir.

Cette veste peut-être unie pour maximiser les accords possibles en particulier avec les chemises rayées bleu ciel. Elle peut aussi arborer un élégant carreau-fenêtre vaguement fondu. La couleur du tweed et la fraicheur de la laine froide. Pour ceux qui n’osent pas le beige clair en veste, elle offre un juste équilibre sur la balance stylistique.

Les règles anglaises classiques dissocient le registre des habits de travail et de jour des vêtements destinés aux week-end et aux loisirs. Gris et bleu d’un côté, ocre, beige et brun de l’autre. Avec une telle veste, vous vous situez avec clarté dans la seconde catégorie. Parfait pour partir en vacances, les lunettes de soleil dans la poche poitrine !

Bonne semaine, Julien Scavini

Se faire confectionner une veste sport

Quand vient l’idée de se faire confectionner une veste sport, plusieurs questions doivent se poser. Car à la différence d’un costume, assez normé et plutôt lié à l’uni et au gris et bleu, le veston dépareillé pose beaucoup de questions. Le répertoire des tissus est extrêmement varié, la palette de couleurs très imposante et les motifs nombreux.

Il faut d’abord se demander si la veste sera destinée à l’hiver, à l’été, ou à la demi-saison. Si les laines à costumes classiques sont appelées quatre saisons pour leurs capacités à être mises toute l’année, les draps pour vestes sont disponibles dans différents poids, du tweed de 500grs aux mélanges aérés d’été en 240grs. Il faut donc bien s’interroger sur la saisonnalité et envisager tout de suite l’idée que la veste ne sera pas utilisée du 1er janvier au 31 décembre.

De là découlent trois vestes types : les vestes d’hiver bien lourdes, les vestes d’entre deux, assez nombreuses et enfin les vestes d’été, finalement assez rares et peu utiles tant les températures poussent à rester en chemise.

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Ensuite viennent les motifs. Les tissus de costumes là encore sont relativement simples, principalement unis ou à micro motifs discrets, chevrons et caviars. Les rayures et carreaux sont possibles, mais dans les faits assez rares. Alors que les draps pour faire des vestes sports sont très variés et rarement unis. Les carreaux se payent la part du lion, du plus discret au plus bariolé. Il convient de se poser la question de la praticité à ce niveau.

Une veste sport facile à mettre – en particulier si c’est votre première – sera plutôt unie. Elle ira ainsi avec tout et en toute circonstance. Bien sûr, si vous souhaitez vous amuser un peu, un carreau discret égayera bien votre tenue, mais il faudra choisir une chemise en conséquence, notamment en évitant les rayures.

Du côté des vestes unies pour l’hiver et la mi-saison, des petits tweeds unis ou à petits motifs comme les chevrons seront parfaits. Polyvalents en même temps que discrets, c’est un choix raisonnable. Les tweeds donegal, avec leurs imperfections colorées sont parfaits. Les drapiers italiens ont aussi trouvé le truc en proposant des draps laineux, proches des flanelles.

D’ailleurs, à ce sujet, il est possible d’avoir recours à des tissus de ville pour se faire confectionner une veste dépareillée. Un beau prince de galles ou une flanelle unie peuvent être bien vus. Mais trop simple aussi?

Les carreaux font la force des tissus de loisirs. Ils sont petits, grands, estompés, marqués, de couleurs discrètes ou de tons vifs, ils sont à manier avec précaution et doivent être choisis avec tact. Et il faut se laisser convaincre. Tous les tissus sont beaux et rares sont les erreurs. Un carreau liant bleu et marron est facile quand même. Et une veste ainsi faite égaillera toujours vos sorties.

Le printemps approchant, il faut se poser la question de la saison plus chaude. Et là les réponses sont moins aisées. Bien sûr le tweed est merveilleux et très agréable. Mais enfin, dès qu’il fait 25°c, il n’est pas évident à porter.

Les nattés permettent de réaliser de beaux vestons, efficaces en mi-saison comme en pleine chaleur. Ceci dit, l’effet est plus uni et on perd l’aspect ‘tweedy’ si cher aux messieurs. Comme j’avais pu l’écrire précédemment, quelques mélanges de laine et soie répondent à cette idée.

 

L’été aussi les carreaux sont de sortie. Dans des tons plus ou moins bariolés d’ailleurs. Les mêmes problématiques se posent. Il faut penser à la panoplie idéale, en pensant à deux ou trois pantalons complémentaires. Bien sûr un pantalon blanc va toujours et avec tout, mais c’est très habillé. A moins d’essayer un chino blanc? Le chino beige lui doit être considéré en priorité. Et je pense aussi qu’un pantalon de laine bleu moyen à clair fait beaucoup d’effet l’été en association avec beaucoup de vestons.

 

Comme vous le constatez, les tissus sont nombreux, les coloris et motifs variés. Cela fait beaucoup à penser. Et je ne parle même pas des formes de la veste, avec ou sans poches plaquées, deux ou trois boutons, épaule napolitaine, etc, etc, etc… Mais au fond, n’est-ce pas une chance et un plaisir? A l’heure de l’uniformité, choisir un drap sport est un plaisir et signe de différenciation.

Bonne semaine, Julien Scavini

Pourquoi les revers ‘cassent’

La comparaison des vestes d’aujourd’hui avec celles des années 90 est criante : les revers étaient plus réguliers ! Quand je dis ‘réguliers’, je fais référence à la ligne des revers, au bord de la poitrine. De nos jours, cette ligne a toujours une tendance à être tendue, légèrement arrondie. Parfois même, et c’est une question récurrente de mes clients, les revers ouvrent un peu, voire cassent dans les cas les plus forts. Comment expliquer cela?

L’introduction de mon propos vous donne une part de la réponse : lorsque le vêtement est plus ample, il place mieux. Mais encore.

Depuis quelques années, les designers, suivis des clients, suivis des usines apprécient les vestons au plus près du corps. Si à une époque, confort égalait allure, de nos jours, l’allure (très) près du corps s’oppose un peu au confort et surtout au tombé parfait et régulier.

Les industriels ont modifié les bases et même plus important, la façon de tracer * les patrons, pour obtenir des modèles équilibrés plus près du buste. Plus on se rapproche, plus des plis apparaissent, des complications naissent.

Le veston se patronne à partir de morceaux de tissus sans reliefs et dans des matières peu élastiques (à la différence des pulls par exemple). Dès lors que l’on s’approche trop du corps, les lignes se brisent, le tombé n’est plus naturel et souple. Le tombé est heurté.

Que l’on vende de la demi-mesure ou du prêt à porter, le problème est le même, les modèles d’aujourd’hui sont étudiés serrés. Donc des problèmes naissent. Il faut alors sur le fil du rasoir équilibrer les forces en présence : désir du client, regard du client sur lui-même, idée que le client se fait du regard des autres et enfin confort. Il faut être fin et pointilliste. Je fais au mieux mais c’est une gageure.

Ces revers qui ouvrent, voire cassent, sont le résultat de trois éléments principaux : le volume poitrine, le volume manche, la largeur d’épaule.

1- si le volume poitrine est trop petit, il manque du tissu sur le flanc de la poitrine. Ce tissu manquant sous l’aisselle fait apparaitre au bord de la veste une déformation, le revers s’ouvre un peu.

2- si la manche est étroite, le biceps a tendance à être serré. Votre bras occupant la manche et ayant tendance à la gonfler comme une ballon, cette manche tire le flanc de la veste, qui à son tour tire sur le revers. C’est particulièrement visible chez les hommes qui font de la musculation. (Les petites flèches rouges dans le dessin)

3- si l’épaule est étroite, ce qui plait beaucoup ces temps-ci, le manche a du mal à ‘s’ouvrir’, c’est à dire à être assez béante pour recevoir la largeur du bras. Le résultat est que la manche est trop près du bras. La manche moule trop le bras. Et l’effet est égal au précédent, les revers de la veste ouvrent, voire cassent. Et d’ailleurs, un bras à l’étroit dans une épaule a tendance à faire bailler le col, faisant un ‘collar gab’…

Ces trois points peuvent être rencontrés indépendamment les uns des autres mais sont souvent conjugués !  Ils sont tous un peu responsables. La mode est aux modèles étroits. Les patronniers créent donc des vestes avec des épaules étroites et surtout des manches fines. Le ‘trop’ de tissu n’est pas aimé. C’est un fait. Aux tailleurs de s’adapter. La vie des tailleurs était plus simple avant. Un veston un peu ample et épaulé tombe presque à coup sûr bien. Un veste plus aiguisée va être dur à régler.

Pour corriger ce problème, il faut traiter les trois points. Il est bon d’augmenter le volume du buste, d’abord en augmentant le volume poitrine puis en augmentant la largeur d’épaule. Ainsi, on libère l’épaule. Dans les cas importants, un élargissement de la manche de la veste permet de donner plus de place au bras. La manche se place mieux et n’entraine plus le revers. C’est donc en jouant un peu sur tous les points à la fois que le problème du revers se règle.

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Le dessin ci-dessus reprend les idées. A gauche, une veste très classique. Au milieu, une veste à peine ‘tenue’ aux épaules et aux pectoraux. La veste ouvre à peine. Style très contemporain avec un torse qui est plus visible. A droite, une veste visiblement trop petite. Les flèches rouges montrent le bras qui tire la manche, qui tire la poitrine, qui tire le revers. Les flèches vertes sont associées : le bras tire l’épaule étroite qui tire le col et le fait bailler.

Pour les hommes très forts, le problème est plus particulier. Il ne s’agit plus de corriger ces aisances, ou même de faire des retouches quasiment impossibles, il faut changer le modèle et adopter une veste spécifiquement conçue pour la forte poitrine.

*  La méthode de patronage (générale) permet d’obtenir un patron pour chaque taille de veste ou chaque client en mesure (le particulier). Or, ce passage du général au particulier se fait suivant des règles de géométrie. Si vous changez les règles de géométrie (cela s’appelle la mode), vous changez l’obtention d’un patron. Ainsi, si vous utilisez un livre de patronage de 1930 et un livre de patronage de 2000, vous n’obtiendrez pas, malgré des mesures identiques, le même patron. Le patron que vous obtiendrez aura été influencé par la géométrie invisible (presque magique) du patron, liée à la mode.

Le problème principal de la correction du revers qui ouvre, c’est le client. Car il est toujours possible pour un tailleur d’augmenter à la commande le volume poitrine, épaule et manche. Seulement, la proportion de client qui se plaindront de ce trop plein d’aisance est écrasante. Ainsi, le tailleur a plutôt tendance à viser juste (avec toute la difficulté que cela représente) qu’à viser ample… Certaines chaines de demi-mesure, elles, visent toujours trop petit car leur ‘cible’ clientèle veut ça. D’autres tailleurs plus old-school visent ample, leurs clients aimant cela. Logique.

Voici donc des problèmes difficiles à gérer. Pour autant, le problème ne se signale à moi que très rarement. Quelques clients demandent pourquoi le revers ouvre un peu. Je leur réponds avec autant d’honnêteté que possible : c’est ainsi que les vestes sont conçues de nos jours. Et malgré la meilleure volonté, toutes les altérations possibles et la meilleure approche de l’équation ‘allure/confort’, rien n’est parfait en ce bas monde !

Bonne semaine, Julien Scavini

Les fentes de la veste

Une veste présente généralement un ou deux découpes dans la bas du dos, appelées fentes d’aisance. Pour ma part, je coupe tous mes modèles avec deux fentes. C’est l’occasion pour les clients – et souvent leurs épouses – de me demander l’origine et la signification des ces dégagements.

Alors que les habits anciens comme le frac ou la redingote ont toujours eu une fente dans le dos (ancien héritage équestre), lorsque la veste courte fut inventée aux alentours des années 1880, celle-ci en était dépourvue. Avec un dos sans découpe, les hanches étaient mises en valeur par cette forme emboitant. Très vite, pour améliorer le confort, notamment dans des conditions sportives (rappelons que la veste courte fut développée pour la pratique des sports nouveaux), les tailleurs anglais ont fendu le bas du dos au milieu, revenant au patron ancestral.

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C’est après la seconde guerre mondiale que germe l’idée de découper deux fentes. Les tailleurs britanniques ont tous pris le pli progressivement : deux fentes sur un costume de ville, les vestes de campagne gardant encore occasionnellement une seule fente. Sur le continent, les élégants ont longtemps considéré le sans fente beaucoup plus habillé. De nombreuses vestes des années 90 en sont dépourvues. Et encore aujourd’hui, les maisons de mode comme Dior coupent leurs vestes avec une fente, dans un esprit plutôt guindé.

En aucun cas ceci-dit, le nombre de fente renvoie à un style plus italien ou plus anglais.

Une chose est sûre : les fentes sont synonymes de décontraction. Elles permettent de plus facilement mettre les mains dans les poches du pantalon. La veste est aussi plus confortable quand on est assis ou que l’on marche. L’habit est moins ‘gainant’.

Les doubles fentes ont été développées pour améliorer le tomber des vestes dans le dos. Car lorsque le fessier est rebondi (ce qui arrive souvent), la fente unique a tendance à s’ouvrir. En particulier en prêt-à-porter. C’est un problème simple à comprendre : si une veste est trop serrée au bassin, le manque de tissu s’équilibre mieux avec deux fentes. Les doubles fentes donne par ailleurs plus d’allure. Les vestes sont moins pataudes et le bas du dos décolle légèrement : il juponne. C’est un détail qui est considéré comme très élégant.

Question hauteur, les fentes débutent généralement au niveau des poches côtés. Ce qui donne des fentes d’environ 24cm de haut. Il est possible de les couper plus hautes, à l’instar des vestes d’équitation. Le cintrage est alors moins aisé car qui dit fente dit interruption de la continuité du tissu. Difficile de donner un effet à la veste par la couture s’il n’y pas de… couture. Et les fentes plus basses sont assez moches. Occasionnelles dans les années 60, elles n’ont pas laissé un grand souvenir.

Enfin, sachez que les grands tailleurs parisiens dans leur folie de perfection repassent souvent la sous-fente pour marquer un pli à l’endroit exact où le dos vient se poser. Le diable est encore dans ce détail chez Camps De Luca.

Belle semaine, Julien Scavini.

 

 

La veste de cocktail

C’est la saison ! Et les mariés sont nombreux à visiter les échoppes des tailleurs. Si le costume classique, deux ou trois pièces se taille la part du lion, certains ont envie d’autre chose. Bien sûr, il y a la classique jaquette. Il y a aussi le smoking. Même si canoniquement le smoking est plutôt une tenue du soir, je ne suis pas particulièrement contre son port en journée pour une telle occasion. Il ne faut pas être plus royaliste que le roi, et un smoking, c’est très joli et c’est un bel effort pour changer un peu.

Au cours de la discussion au sujet du smoking reviennent souvent deux interrogations. La première concerne cette fameuse couleur noire et son utilisation en pleine journée. La seconde renvoie à la réutilisation de ce vêtement.

Porter du noir en pleine journée est en effet quelque peu curieux. En particulier si le mariage a lieu en plein été avec une forte dominante d’extérieurs (apéritif, diner). Cela renvoie à l’usage du smoking, qui est en effet un vêtement semi-formel (pour de ne pas dire complètement formel de nos jours), qui est plus en usage le soir en intérieur, opéra ou grand diner.

La matière du smoking permet pourtant son utilisation en extérieur en pleine chaleur. Car son drap est souvent constitué de laine et de mohair, le rangeant dans la catégorie des laines aérées. Car si le grain de poudre classique est 100% laine et souvent lourd, les drapiers proposent depuis longtemps des mélanges plus légers et frais.

Par ailleurs, si quelques élégants ont l’occasion de porter le smoking de temps à autre, pour des galas, des congrès ou même des soupers intimes, il est assez rare en France de sortir ce vêtement. C’est bien dommage du reste. Il y a donc deux catégories de messieurs : ceux qui savent immédiatement qu’ils auront souvent usage du vêtement et les autres, qui ont envie d’un costume de mariage différent de celui du travail mais qui se demandent si le smoking est bien indiqué.

Je leur conseille alors de s’intéresser à la veste de cocktail. En particulier s’ils me décrivent un mariage pas trop formel. Le principe est simple. On garde le principe du smoking : chemise blanche, pantalon (sans galon), souliers et papillon noirs. S’ils ont quelques moyens, on réalise la veste de smoking pour la mairie par exemple.

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Dans un cas et pour faire une économie sur l’ensemble, j’ai conseillé au jeune homme d’acheter un costume noir dans son magasin habituel, pour qu’il puisse l’utiliser au travail, et nous avons brodé sur le haut, c’est à dire la veste.

Car une fois vêtu ainsi, il reste le plat de résistante, la veste !

Notons que le pantalon peut être bleu nuit également.

Et là les possibilités sont infinies. Je conseille souvent de regarder quelques bons James Bond avec Sean Connery pour trouver l’inspiration.

Dans les années 60, ces vestes du soir étaient très à la mode. La matière reine était le shantung ! Il s’agit en fait d’un taffetas ou d’un doupion lourd de soie sauvage. Son effet cannelé (comme le reps de soie) et sa texture grossière et souvent irrégulière est très plaisante. La plupart du temps, le shantung est teinté de couleurs vives. Ainsi, une veste de cocktail en shantung peut être bleu lagon ou rouge rubis.

Cette veste peut aussi être réalisée dans un beau velours de coton et soie. Dormeuil en propose de très jolis par exemple. C’est un peu plus chaud, je le concède. Mais si la veste est destinée uniquement à la fin de journée et au diner, c’est sublime.

Pour être plus simple, il est possible de recourir à des tissus légers et des mélanges luxueux, comme le lin ou le lin et soie. Les drapiers proposent des quantités de tissus élégants pour réaliser des vestes. En France, les clients sont très frileux à choisir des couleurs ou des motifs un peu amusant. Pourtant, pour un mariage, c’est bien l’occasion de s’amuser !

Cette veste de cocktail peut avoir un col en pointes ou un col châle et pas de rabats aux poches. C’est simple et efficace.

Enfin, pourquoi est-ce que je trouve cette option intéressante?

1- Car elle permet de s’amuser avec une couleur et une coupe inhabituelle

2- Car elle permet d’utiliser une base simple (pantalon et souliers noirs, chemise blanche)

3- Car elle peut être réutilisée.

En effet, il est facile d’utiliser au quotidien le pantalon noir (je ne fais pas partie des gens qui portent cette couleur habituellement, et Stiff Collar se bat contre le noir. Mais mettre un pantalon noir au travail avec un col roulé anthracite n’a rien de déshonorant). Et la veste de cocktail fera merveille dans de nombreuses soirées, accompagnant aisément un jean si on veut. C’est une pièce forte et pas commune, certes. Tom Ford le premier a remis cette idée au goût de jour et de nombreuses stars d’Hollywood comme Ryan Gosling ont suivi, attirés je pense par le changement. Mais un changement élégant! Car quel plaisir de sortir un tel vêtement en certaines occasions, vous ne pensez pas? Bref, la porte ouverte à l’amusement. Il ne faut pas s’en priver !

Bonne semaine, Julien Scavini