La veste sport et son pantalon

Le vestiaire anglais classique est articulé autour de deux pôles, les costumes habillés et formels, et les vestes seules, associables au gré des envies avec des pantalons divers, plus décontractées et informelles. Lorsque les services du tailleur et de manière générale quand le textile avait un prix, il était classique de posséder un ou deux costumes « endimanchés » et une ou deux vestes, usables jusqu’à la corde, polyvalentes et quotidiennes. Il y avait le beau, il y avait l’ordinaire.

La veste sport est une facilité. Et comme la veste est la pièce tailleur qui vaut le plus chère, il est logique de l’articuler avec plusieurs pantalons, pièces elles moins onéreuses. Pour une veste, deux, trois ou quatre pantalons. Ceux-ci s’usent plus vite. Mais permettent de la fantaisie et un plaisir renouvelé. Pour une veste, moult tenues, lorsque le costume est moins libre. Sur une veste de tweed, par exemple peut aller un pantalon de flanelle grise, un pantalon de whipcord brun, un pantalon de velours, un pantalon de moleskine. Formidable variété.

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C’est un principe que j’applique avec plaisir depuis très longtemps. Toutefois, le temps passant, j’ai tendance à abandonner un peu de système. Car à mon goût, j’ai parfois une impression d’incomplétude. Que l’accord, s’il est polyvalent, n’est pas forcément idéal. C’est commode certes, mais il pourrait être fait mieux.

Surtout, ce n’est pas tellement une facilité le matin. Un costume bleu ou gris, c’est simple, efficace, et se saisit avec rapidité. J’apprécie la force de cet usage pour le travail. Par contre, la veste sport impose plus de réflexion. Vous me direz, si peu. Oui au fond c’est une bataille dans un verre d’eau. Tout de même.

Ainsi, plus le temps passe, plus j’ai tendance à confectionner mes vestes sport AVEC un pantalon. Gris ou autre qu’importe, mais l’accord est figé. Je peux toujours le faire changer, mais chaque semaine, lorsque je saisis le cintre avec la veste, il y a dessous un pantalon ad hoc. En fait c’est un luxe par rapport à la situation que j’ai décrite.

Certains pourraient trouver cela triste et monotone et je les comprends totalement. C’est là que se trouve une légère gradation dans l’art du gentleman, entre le simpliste et le raffiné, le rapide et l’attentionné, l’usager et l’esthète.

Cette question d’une veste pour un pantalon se pose d’autant plus lorsque la veste a un motif ou une force certaine. Les tissus que proposent les drapiers sont de plus en plus pimpants, souvent relevés de carreaux. Ces couleurs multiples ne rendent pas la tâche de la combinaison avec le pantalon simple. Il est donc d’autant plus facile pour ces vestes marqués d’avoir un pantalon, LE pantalon qui va avec.

J’ai fait attention aux clients qui commandent des vestes sport ces derniers temps. Et finalement, à part les jeunes qui envisagent la veste sport avec un jean, les messieurs d’un certain âge sont assez enclin à faire confectionner un pantalon avec la veste, coordonné. Ils achètent là une tenue, clef en main, et non la base de combinaisons possibles.

Mais lorsque j’énonce cette observation, j’avoue aussi ne pas l’avoir quantifié. Et vous? Envisagez-vous votre veste sport avec un unique pantalon, par commodité, ou avec plusieurs de vos pantalons, par plaisir de tenues variées?

Belle semaine, Julien Scavini

La largeur de l’épaule

Un lecteur m’a posé cette question la semaine dernière : quelle est la bonne largeur d’une épaule de veste et comment se repérer?

Autant le dire immédiatement, il est très difficile de se prononcer de manière définitive sur le sujet et encore plus difficile de définir une véritable règle.

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La première information à livrer est que d’une veste à l’autre, d’un fabricant à l’autre, pour une même aisance, vous ne trouverez pas forcément la même longueur d’épaule. La longueur d’épaule, c’est la longueur de la couture en fait. Et cette dimension peut varier à cause d’une chose : la largeur de l’encolure. Suivant la construction du patronage, l’encolure pourra être plus ou moins large. Ce qui fait varier en conséquence la longueur d’épaule.

Généralement, une épaule fait 14 à 16cm. Mais une encolure plus ou moins généreuse peut amputer ou augmenter cette dimension. L’encolure généreuse sera ‘camouflée’ par un col qui monte plus vers le col de chemise. Donc les fabricants préfèrent souvent parler de largeur de trapèze, à savoir d’une tête de manche à l’autre en prenant en compte l’encolure. C’est une valeur plus sûre de comparaison.

Considération tailleur 2

Deuxièmement, la largeur et l’aisance de la tête de manche influe aussi sur le confort. Par exemple, mon atelier italien propose des épaules très étroites, grâce à une manche généreuse. Je suis d’ailleurs souvent très confondu par l’étroitesse des épaules qu’il est possible de faire. 13,5cm de large pour une veste en taille 48 passe presque grâce à la générosité de la manche. Le haut du bras se trouve bien enveloppé dans la tête de manche, sans perdre de confort. A l’inverse, mon autre fabrication européenne, reposant sur une manche étroite au goût du jour propose des largeurs d’épaule plus standards.

Donc, soit l’épaule de la veste est étroite, et donc l’épaule du corps doit trouver son confort dans la tête de manche / soit la tête de manche est étroite et fine et l’épaule du corps doit trouver sa place sous l’épaule de la veste. Pas facile à suivre…?

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Considération d’époque

Par ailleurs et point le plus important : suivant les époques, le paradigme change. Dans les années 20, après la mort de milliers de jeunes hommes, les costumes apprécient se souvenir de la jeunesse. La mode est au coupe étroites et pincées. Les épaules sont minuscules, ce qui donne des airs de poupées. A l’inverse, les années 30 cherchent à montrer un homme sur-homme. Les épaules sont exagérées, très larges. On parle d’épaule cantilever, comme les ponts en encorbellement. Les années 90 reprendront ce principe, développant une image de générosité de la coupe, et de confort absolue. Le style Slimane dans les années 2000, sans chercher les épaules toutes petites, cherche surtout la manche très étroite, jeu d’équilibriste pour ne pas trop entamer le confort. Les italiens à l’inverse avec la manche napolitaine cherchent l’étroitesse de l’épaule, en contrepartie d’une manche volumineuse (volume qui d’ailleurs s’exprime souvent sous forme de fronces à la mode).

Donc, difficile là encore de donner une règle.

 

Considération actuelle

Les tailleurs suivent un peu ces modes. A leur rythme. Le tailleur de Jean Gabin ou de Lino Ventura mettait beaucoup d’épaulette et trichait la largeur. La veste était baroque.

De nos jours, on est assez naturaliste dans la manière d’habiller le corps. Voir les schémas plus haut, en saumon les lignes de manche et d’épaule et en orange l’épaulette. Donc on s’en réfère à l’aplomb du bras. Je dirais qu’il faut monter à la verticale du biceps pour trouver le point de jonction avec l’épaule. Si l’on souhaite un peu d’aisance, il est possible de s’éloigner du biceps. D’un centimètre par exemple. Si l’on souhaite faire comme les jeunes, on suit alors l’arrondie de l’épaule vers l’acromion. Mais c’est un jeu délicat. La veste pour un rien pourra paraitre étriquée. La tête de manche alors va marquer et une bosse (en fait le bras qui pousse) va apparaitre. Ceci dit, j’ai beaucoup de clients qui apprécient cela, voir le bras saillant sous la manche…

Question de goût et d’époque donc.

Belle semaine, Julien Scavini

Le blazer bleu moyen

L’année dernière, j’avais disserté sur l’utilité de la veste tabac pour faire de belles associations l’été, saison toujours délicate du point de vue de l’élégance. Le tabac a cette qualité d’être assez médian, ni chocolat, ni beige, ce qui permet une grande polyvalence.

Il se trouve que je possède un blazer bleu moyen qui a cette qualité aussi. Réalisé dans un natté Vitale Barberis vendu par Drapers, il est très respirant et léger. D’ailleurs, VBC décline ce tissu 100% laine en une infinité de couleurs agréables.

J’avais choisi un peu au pif une nuance de bleu pas trop claire et pas trop marine non plus, pour changer, mais sans plus de réflexion. A l’usage, ce bleu médian est très commode, si bien que ces dernières semaines chaudes, je l’ai mis un jour sur deux.

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Je l’ai associé la plupart du temps avec des pantalons bleus. Une fois avec un bleu gris, un peu air-force, une autre fois avec un pantalon bleu marine, une troisième avec un bleu ciel. Très commode. Et une fois avec un pantalon beige, une autre avec un pantalon blanc. Et bientôt avec du gris.

Les pantalons bleu marine ne sont jamais facile à assortir, car si le blazer est d’une teinte approchante, ce n’est pas esthétique. Avec ce bleu plus clair, c’est pratique. Avoir le bas foncé permet de jouer sur le contraste et n’est pas inélégant. Souvent en effet, le haut est foncé et le bas clair. Il est tout à fait possible de faire l’inverse.

Et le bleu du blazer reste assez foncé pour être discret et passe-partout. Une veste bleu ciel serait très typée été. Or, cette teinte peut se porter longtemps, même aux lisières de l’hiver. Pensez-y!

Belle semaine, Julien Scavini

Les poches plaquées

Il existe classiquement deux manières de faire des poches sur une veste : par crantage (c’est à dire, dans le vocabulaire tailleur, cranter égale poinçonner ou percer) ou par application.

Dans la première variante, l’ouverture de la poche donne sur un sac dissimulé à l’intérieur de la veste. Cranter le tissu revient donc à y pratiquer un ouverture propre pour laisser passer la main. Il existe deux sortes de poches qui permettent de traverser l’étoffe : la poche de poitrine, avec sa patte légèrement oblique, et la poche passepoilée. Les passepoils sont deux petites bandes de tissu qui bordent l’ouverture (je l’avais expliqué ici). En général, entre les deux passepoils est intégré un rabat de poche, mobile. Ces deux poches sont assez longues et périlleuses à réaliser. Il faut en effet percer adroitement le tissu, sans déchirer notamment les coins des poches qui feraient alors apparaitre des fils à vif. La poche pourrait craquer si elle est mal réalisée.

Tout aussi long mais bien moins fastidieuses sont les poches appliquées ou plaquées. La forme légèrement arrondie est à la fois décorative et utile, elle est le sac de poche. Dans l’autre type, il y a dissociation entre l’allure de la poche (deux lignes ou un rectangle sur la poitrine) et sa contenance. Les deux ne font qu’un avec la poche plaquée. C’est donc un modèle assez utilitaire, commun, à l’inverse des poches crantées qui sont plus érudites, qui cherchent à dissimuler l’utile, donc à embellir.

Toutefois, les tailleurs ont cherché à rendre belle cette poche plaquée, à allier l’utile à l’agréable. Les vareuses d’ouvriers ont généralement des poches plaquées basiques, plutôt carrés simplement cousues à la machine. Les tailleurs ont cherché le raffinement, par la courbe, plus dure à bien faire, et l’application aux petits points dissimulés.

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De gauche à droite : poches crantées (passepoilée en bas et poitrine en haut) ; poches plaquées traditionnelles ; poches plaquées contemporaines.

Les livres de coupe classiques ont tendance à présenter des poches plaquées en forme de U, assez pataude et très années 50. C’est ce que j’ai appris à faire à l’AFT par exemple (un vieil article sur les poches ici). Une belle poche plaquée conventionnelle. Il faut toutefois remarquer que de nos jours, les tailleurs italiens et les usines bien inspirées proposent des modèles plus arrondis. Les napolitains sont même devenus maîtres dans cet art de la poche plaquée tout en rondeur.

Sur une veste conventionnelle, il y a normalement trois poches. Une à la poitrine et deux sur les côtés plus bas. Il est donc possible et faisable d’avoir trois poches plaquées sur sa veste, une petite et deux grandes. Toutefois, il me semble que si l’on aime les pochettes, il est préférable de recourir à une poche poitrine normal, qui a tendance à moins gonfler à cause de la pochette. La petite poche plaquée devient vite anormalement joufflue sinon.

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Une veste avec des poches plaquées est plus ‘sport’ qu’une veste à poches normales. Les vestes dépareillées se prêtent mieux aux poches plaquées, bien que quelques élégants aiment aussi en avoir sur leur costume, pour donner un air nonchalant, décontracté et italien. Il semble que les auteurs anglais parlant d’élégance désapprouvent la poche plaquée, synonyme de laisser-aller. Une poche est « crantée » dit James Darwen. Donc c’est une affaire de goût et de tenue. La vieille baderne X sera outrée que le blazer du monsieur Y d’à côté soit à poches plaquées, le dit monsieur Y s’offusquera lui du port de souliers noirs avec le blazer de monsieur X. On est tous le mauvais goût d’un autre.

Côté saison, les poches plaquées ne sont pas plus été qu’hiver. Un beau tweed sera très sympathique avec, comme un lin frais et aéré.

Le veston croisé peut aussi avoir des poches plaquées. S’il y en a trois (celle de la poitrine), alors il ne sera pas possible de placer convenablement les deux boutons décoratifs qui font tout le charme et l’allure du croisé. Dommage. Deux poches plaquées sont suffisantes je crois ; elles sont déjà très osées sur le croisé je dirais. Qui a dit que le vestiaire masculin manquait de variété. Diantre, que de combinaisons.

Belle semaine, Julien Scavini

Les poches d’une veste ont elles un sens?

Un veste est faite pour couvrir, c’est sa première raison d’être. Ensuite, sa forme et sa manière de couvrir le corps, en bref son allure sont le résultat d’un goût qui évolue suivant les modes. Elle donne une ligne à l’homme. Enfin, celle-ci par dessus ces deux points – utilitarisme primaire et esthétique – se veut aussi pratique : la veste est le sac à main de l’homme. Pour se faire, l’histoire a sédimenté un certain nombre de poches sur sa surface. Des poches extérieures et des poches intérieures.

Il existe deux types de poches extérieures : poitrine et côté.

A l’extérieur, sur la poitrine gauche au niveau d’une ligne horizontale passant sous l’aisselle est placée la poche de poitrine. Cette poche de poitrine est souvent réalisée sous la forme d’un rectangle de tissu qui camoufle un trou vers l’intérieur de la veste et le sac de poche. Ce rectangle est toujours disposé légèrement en biais. La poche monte. Ne me demandez pas pourquoi, c’est ainsi. Mieux, le côté gauche de ce rectangle est aussi un peu oblique, pour donner une ligne et un peu d’entrain à cette poche. Quand aux italiens, ils arrondissent un peu le rectangle, pour prouver qu’ils savent faire. C’est une esthétique gratuite.

Ce rectangle fait classiquement 2,5cm de haut pour 9 à 11cm de large. La hauteur est très importante. Les fines poches poitrines des costumes slim signent une esthétique du minable que je ne goûte guère. Parfois, cette poche poitrine peut aussi être plaquée. C’est idéal pour une veste décontractée. Mais les pochettes ont tendance à faire gonfler cette poche plaquée, aussi je le recommande moyennement.

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Toujours à l’extérieur mais en bas se situent les poches de côté. Pour pouvoir rentrer la main à l’intérieur de la veste et donc du sac de poche, il faut faire un trou. Ce trou est ‘maquillé’, cousu grâce à deux passepoils qui sont deux fines bandes de tissus. Ces passepoils sont obligatoires pour faire une poche.

Les vestes très habillées comme les smokings ont deux poches passepoilées simples, sans rabat. Une de chaque côté.

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Les autres vestes ont normalement des rabats de poches qui sont disposés entre les passepoils. Le passepoil du bas se retrouve donc caché sous le rabat. Le rabat est très ancien. Déjà les habits d’ancien régime avaient des rabats. J’imagine qu’il sert à protéger de la pluie et de la poussière l’intérieur du sac de poche. En tout cas, il est obligatoire de mon avis sur une veste classique.

Parfois, sur le côté droit, au dessus de la poche est rajoutée une autre petite poche avec un rabat : la poche ticket. Ce petit contenant a été créé par les tailleurs anglais au début du siècle pour loger les petits tickets de train, plutôt que de les mettre dans la bande de son chapeau comme cela se faisait. La poche ticket était positionnée plutôt sur les vestes décontractées, les beaux costumes de ville n’étant pas fait pour prendre le train. La poche ticket serait donc plutôt synonyme d’un costume relâché..

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Les poches côtés (toujours passepoilées avec un rabat) peuvent aussi être disposées en biais. Avec ou sans poche ticket. Ces poches furent positionnées en biais dès les années 20 pour rendre les vestes plus belles lors de la pratique du cheval. Dans les années 60, les tailleurs anglais les ont adopté sur les costumes de ville et de nos jours, ce détail signe l’élégance anglaise, de Paul Smith à Hackett.

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Si les poches ne sont pas passepoilées, alors elles sont plaquées. C’est à dire qu’au lieu de faire un trou dans la face de la veste pour y passer la main, le sac de poche est directement cousu sur l’extérieur. La poche plaquée est plutôt indiquée pour les vestes décontractées. Elle n’est pas indiquée pour un costume plus habillé.

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Comment peut-on hiérarchiser ces poches ?

Le plus classique est une poche poitrine normale et deux poches simples passepoilées à rabats. Si vous retirez les rabats, la veste apparait immédiatement comme plus formelle.

Si vous ajoutez une poche ticket, la veste (et le costume) sera un peu moins habillé.

Si vous placez les poches en biais (avec ou sans poche ticket), la veste (et donc le costume) sera encore un peu moins habillé.

Si vous optez pour des poches plaquées (en bas seulement ou en bas + à la poitrine), votre veste sera plutôt une veste seule, pas un costume et décontractée.

Mais bon, une fois que ce classement hiérarchique est connu, il est possible de le battre en brèche. Attention toutefois, on casse les codes uniquement lorsqu’on les connait.

Ainsi, il est possible de dire que de nos jours, ce classement est quelque peu caduc.

Difficile en effet de reconnaitre à une veste avec une poche ticket un statut inférieur. Que veut dire en effet ‘un costume habillé’ de nos jours? Tous les costumes sont plus habillés qu’un polo ou un survêtement.

Ainsi, si vous ajoutez une poche ticket, la veste (et le costume) sera très élégant, d’une élégance qui se remarque et fait ‘tailleur’. Pour ma part, tous mes costumes ont une poche ticket où je loge mon petit trousseau de clefs.

Aussi, si vous placez les poches en biais (avec ou sans poche ticket), la veste (et donc le costume), il sera juste possible de dire que le costume fait ‘british’. Il ne sera pas moins habillé que le même costume avec des poches horizontales.

Enfin, si vous optez pour des poches plaquées, le costume sera très ‘italien’, sans pour autant être plouc. C’est juste un peu osé de placer de telles poches sur un costume. Mais il faut bien s’amuser un peu n’est-il pas ? Enfin toutefois attention, une poche plaquée à soufflet est quand même très sport et ferait déguisé sur un costume. Il y a des limites…

Bonne semaine, Julien Scavini

La veste dépareillée grise

Pour beaucoup de jeunes, il semble important et nécessaire d’avoir dans la penderie une veste grise, à porter seule. Ce modèle plutôt clair est même devenu une icône basique de la mode masculine, sans que de prime abord, j’en comprenne bien l’intérêt. Car pour ma part, la veste bleue semble plus importante. Et pour le coup, j’appelle une veste bleue un blazer. Si le tissu est autre que bleu, j’appelle la veste une ‘veste sport’. C’est assez simple comme règle.

Acheter une veste grise seule m’apparait donc comme incongru. De part la couleur qui renvoie plutôt à la palette des coloris urbains, j’ai du mal à appeler un tel modèle ‘veste sport’. Et ce n’est pas un blazer non plus. Je rajouterais même que lorsque je vois quelqu’un porter une veste grise, j’ai tendance à penser que c’est un costume dont le pantalon est fichu. La veste finie ainsi sa vie comme une ‘blazer’…

J’aborde donc le sujet de manière un peu obtus. Car je crois beaucoup aux usages classiques, le bleu et le gris pour les costumes, les couleurs de la forêt pour les ‘vestes sport’ et dans l’entre deux, une catégorie simple, le blazer marine, qui peut être en flanelle l’hiver et en laine froide l’été, à porter avec une palette de pantalons, gris, beige ou blanc. C’est bête et méchant, mais l’application de cet axiome rend la garde robe lisible et harmonieuse.

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En me documentant sur google images, il ressort que la veste gris clair est souvent portée en association du chino bleu marine. Serait-ce la raison d’existence d’une telle veste? Car c’est un fait, avec un chino marine (une variante que j’affectionne beaucoup), la veste est compliquée à trouver. Elle ne peut-être d’un bleu approchant, sinon l’effet faux costume est affreux. J’opte plutôt pour des pulls colorés ou une fameuse veste rouge en hiver. Un beau tweed brun peut-être superbe aussi. Et un natté un peu bleu ciel l’été.

La veste grise avec un pantalon marine permet donc de casser l’effet faux costume. Par là même, la tenue propose les mêmes couleurs que l’attelage classique blazer marine / pantalon gris, mais à l’envers. Pourquoi alors être si troublé? Car je ne trouve pas l’accord très élégant. Je n’y vois pas d’harmonie ni la preuve d’une recherche formelle fine.

Le jean, qui est plutôt de couleur bleu, poserait-il comme le chino un problème d’accord qui rend la veste grise utile et efficace avec? Les marques jeunes ont tendance à penser cela, veste grise sur jean indigo. Évidement, si les stylites ne travaillent qu’avec du gris et du bleu, il faut bien trouver les accords, qui tournent un peu en rond. Ceci dit, les hommes préfèrent ces deux couleurs…

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Quand je pense veste grise, je pense immédiatement à une palette de couleur monochrome. Avec le gris, j’associe d’autres gris et du noir. Cela me semble plus urbain, plus harmonieux. Plus formel aussi. Une tenue ainsi composée ne serait pas loin de ce que portait Fred Astaire. Avec des vestes grises, il est vrai à petits motifs pieds de poule ou gun tweed, un pantalon foncé est intéressant. J’aime alors beaucoup l’accord général, très chic et finalement assez classique, des illustrations Apparel Arts montrant d’ailleurs de telles mises.

J’ai aussi récemment fait l’acquisition d’une veste réalisée dans un lin gris clair tirant légèrement sur le bleu. A cheval sur les deux couleurs, la veste estivale fait un bon contraste avec un pantalon bleu un peu air force (mais pas marine). Il y a donc une sorte de camaïeu de gris bleu qui n’est pas inesthétique je le reconnais.

Mais comment me convaincre que la veste grise peut-être un bon basique? Une ou deux images google présentent des tenues associant chino marine, veste grise et souliers + ceinture marron. Avec une cravate club en flanelle gris et bleu, l’harmonie générale, très italienne, exprime un goût certain qui ne me déplait pas. Mais l’effort doit être important. Dès lors, il est possible de dire que la veste grise ne doit pas être utilisée comme un uniforme tarte à la crème. Sa relative fadeur doit obliger à plus de recherche. Paradoxalement donc, il faut faire plus d’effort pour rendre belle la tenue.

Ce n’est donc pas à un non définitif que j’arrive ; plutôt à un pourquoi pas, mais! Si l’envie de porter uniquement des bas foncés marine (chino ou denim) est forte, il faut bien porter une veste, et autant qu’elle ne soit pas bleue.

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Certains associent même le chino sable avec un veste grise. Beige plus gris, dans un esprit Loro Piana, c’est élégant. Mais il s’agit de cachemire et de beaux draps. Or un chino beige Uniqlo avec une veste grise Zara, c’est pas terrible. Je suis désolé de penser que l’accord est à côté. Par contre, avec un chino blanc et une chemise bleu ciel, accord monochrome, la tenue peut-aussi être très belle sous un soleil éclatant.

Finalement, j’étais assez peu convaincu avant d’aborder le sujet. Le simple fait d’y avoir réfléchi quelques instants et d’avoir dessiné ces trois tenues m’encourage à envisager l’idée qu’une veste seule peut être grise. Je suis encore dubitatif, mais je me convainc moi-même !

Bonne semaine, Julien Scavini

La veste couleur tabac

Le printemps arrive à grands pas que déjà il faut penser au vestiaire de l’été, souvent moins riche que celui d’hiver. Difficile en effet de beaucoup s’habiller lorsqu’il fait chaud. Et alors que l’hiver de nombreuses étoffes existent pour donner de la variété à la tenue comme la flanelle, le tweed, les velours et les différents tissages de laines fines, l’été est plus restreint.

Toujours utile de le rappeler, il est d’abord important d’avoir quelques bons pantalons frais et bien choisis, en laine froide, en coton ou en lin pour associer à toutes les chemises possibles.  La veste apparaît comme plus accessoire lorsqu’il fait chaud. Encore un fois l’hiver permet de la variété, alors que l’été fait sécher la réflexion des plus élégants.

Un blazer marine réalisé dans une toile aérée de laine est des plus utiles.  Polyvalent, associable aussi bien avec un chino beige qu’avec un pantalon en laine grise voire écru, il est incontournable. Le blazer peut évidemment être coupé dans un drap plus clair, bleu air-force (bleu-gris) voire bleu ciel. Un choix plus rare bien que très élégant.

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Quel autre fond de garde robe incontournable s’offre à vous ?

Si vous portez beaucoup de chinos bleu marine, ce qui est mon cas, vous saurez que le blazer lui aussi marine ne convient que moyennement. Dans l’optique de changer un peu, les sahariennes écrues sont toujours superbes. Les détails nombreux qui y sont cousus (poches à soufflets, épaulettes) apportent un supplément d’âme à un vêtement par ailleurs réalisé dans une étoffe assez lisse et sans relief, souvent le coton. Elles ont en revanche le défaut de se salir vite si elles sont très claires.

La veste vert bronze, une couleur un peu militaire et très à la mode en Italie est une bonne piste encore peu explorée en France.

La veste tabac apparaît de son côté comme une réponse opportune. Unie, elle est simple et discrète. La couleur tabac est un juste milieu entre le marron chocolat (une couleur qui était à la mode dans les années 2000) et le gris. Seulement, la veste grise est un peu trop typé urbain et n’offre pas beaucoup d’associations possibles, quand au marron dur il donne une mine terreuse. Or, un fil à fil léger en laine froide couleur tabac est idéalement placé sur le gradient des couleurs.

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Ainsi, la veste tabac passe très bien avec des chinos beige ou même bleu, dans une harmonie tout à fait italienne.  Les lainages de cette teinte sont passe-partout. C’est la polyvalence même, la veste que l’on met sans même y réfléchir.

Cette veste peut-être unie pour maximiser les accords possibles en particulier avec les chemises rayées bleu ciel. Elle peut aussi arborer un élégant carreau-fenêtre vaguement fondu. La couleur du tweed et la fraicheur de la laine froide. Pour ceux qui n’osent pas le beige clair en veste, elle offre un juste équilibre sur la balance stylistique.

Les règles anglaises classiques dissocient le registre des habits de travail et de jour des vêtements destinés aux week-end et aux loisirs. Gris et bleu d’un côté, ocre, beige et brun de l’autre. Avec une telle veste, vous vous situez avec clarté dans la seconde catégorie. Parfait pour partir en vacances, les lunettes de soleil dans la poche poitrine !

Bonne semaine, Julien Scavini