Les détails colorés

Depuis très longtemps, les logos brodés et autres petits insignes ornent les vêtements sports, comme le polo et parfois les chemises, Ralph Lauren en étant l’exemple le plus parfait. Depuis une décennie, je vois aussi pulluler d’autres détails colorés apposés sur les vêtements classiques. Ainsi, la veste a été assaillie d’effets de style. Il y a eu les boutonnières colorées. Une au revers ou une en bas de manche, voire toutes. Puis il y a eu les boutons colorés, tous ou juste un en bas de manche. Trouvailles de stylistes en manque d’inspiration?

Quoiqu’il en soit, j’ai toujours été navré de ces bidules. Ça n’a aucun intérêt il me semble, à part attirer l’attention sur des costumes qui de toute évidence sont médiocres. Car il faut bien se l’avouer, à part Célio et consort, peu de maisons de qualité ont osé ça! Ces trucs en trop sont presque un panneau porté sur la personne, les signes extérieurs visibles d’un goût du too much mal placé. Il y a bien d’autres moyens de faire remarquer son goût. Prenez le mouchoir de pochette par exemple. Ou la fleur à la boutonnière. Ou une paire de chaussettes colorées. Voilà des vrais signes d’élégance.

Surtout, ces détails vieillissent affreusement vite. Remarquez déjà comme ils ont disparus des rayons. Certains stylistes ont quand même dû se rendre compte de la niaiserie intellectuelle de l’affaire. D’autant plus que les clients se lassent de tels effets. Un costume aux boutonnières bleus prend très vite un coup de vieux passé une ou deux saisons…

Ce qui dénote une belle veste, c’est un beau tissu. Un tissu précieux par son tissage et sa matière ; un tissu riche par sa lumière et ses effets. Un beau tweed se suffit à lui même. Une belle flanelle se suffit à elle même !

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Par contre, au rayon chemise, je suis plus disposé à faire des concessions.

Je note tout de même la tentative des boutons colorés… Là encore, je passe. Je note aussi l’idée de disposer des boutons sur le côté des cols. Je passe encore plus. Je note enfin les cols à étages multiples et colorés. Je me bouche carrément le nez.

Ceci dit, des maisons comme Paul & Shark, Hilfiger, La Martina et d’autres, ont tenté les détails colorés. Notamment en essayant d’enluminer la garde des boutons. Vous savez, le bord de la chemise devant où sont cousus les boutons. Chemise fermée, on ne voit presque rien. Col ouvert, la bande colorée, parfois rayée sous la forme d’un gros grain comme les chapeaux, apparait. Parfois pour scander les couleurs de la marque. Pourquoi pas. Sans cravate, elle donne une note de gaieté bienvenue.

Les intérieurs de pieds de cols et les intérieurs de poignets peuvent aussi être réalisés dans un tissu contrastant. C’est un détail léger qui là aussi n’apparait que col ouvert. Je dois dire l’avoir tenté quelques fois pour des amis qui me demandent des chemises de week-end. Si les tissus sont choisis en camaïeu de bon goût, c’est à dire dans des teintes légères et harmonieuses, c’est pas mal du tout.

Mais là encore, rien ne remplace un beau tissu et de beaux boutons en nacre. La digne élégance ne se remarque pas au premier coup d’œil, elle se hume.

Sur les chaussures, c’est pareil. Inutile de vouloir acheter une paire avec plein de couleur et des détails voyants. Au contraire, un très beau modèle bien ciré attirera plus le regard des passionnés qui verront en vous un connaisseur. Les chaussures simples et classiques peuvent par ailleurs s’émanciper un peu avec des crèmes colorées qui donnent des nuances différentes. Pour les mariages, je souffle toujours à mes clients que des lacets peuvent se changer pour le jour J. Des lacets bleus sur un soulier noir ne sont pas déshonorant s’ils rappellent la tonalité générale.

En bref, comme vous le voyez, je navigue à vue parmi l’ensemble des propositions contemporaines, souvent trop voyantes et extravagantes. Je ne suis pas contre mais j’avance avec précaution.

Car au fond, je suis un grand admirateur des vêtements militaires d’ancien régime. Avec leurs écussons, leurs broderies, leurs boutons armoriées, leurs ganses et leurs sous-tâches, ils sont un festival de couleurs et de beautés. Il n’est donc pas interdit, dans un monde moins figé où le costume perd du terrain, de s’interroger sur de nouveaux codes et artifices pour embellir les vêtements. Le nombre d’habits est plus restreint aujourd’hui. La veste cède du terrain et les chemises deviennent incontournables. Pourquoi ne pas rechercher des moyens d’apporter de nouveaux ornements ? Le tout est de le faire avec goût… Et tous les goûts sont dans la nature. En attendant la juste réponse. Existe-t-elle ?

Bonne semaine, Julien Scavini.

La Panthère Rose

Ce week-end, en cherchant quelque chose à regarder sur Netflix, vaste bibliothèque filmique où l’on ne sait plus quoi visionner, je me suis laissé tenter par La Panthère Rose, avec Peter Sellers et David Niven. Cette comédie de Blake Edwards, sortie en 1963 m’a grandement séduit. Non pour l’humour qui a un peu vieilli malgré de très bons moments, mais pour les décors et les costumes. Et David Niven. Bien sûr.

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Le film regorge de belles tenues. Les dames ont été habillées par Yves Saint Laurent (Capucine et Claudia Cardinale qui joue une princesse indienne) et les messieurs ne sont pas en reste. Quelques captures d’écrans pour en témoigner. Il y a d’abord l’inspecteur Clouseau, qui pour une raison que j’ignore est Français. Comment pourrait-il en être autrement? C’est un peu le shadock de la police. Il pompe, il pompe, mais n’arrive à rien. Une spécialité de pays 🙂 Quoiqu’il en soit, il a un très beau trench coat !

 

Une grande partie de l’action se passe à la montage, en Italie, à Cortina d’Ampezo. A l’époque pour skier, les élégants ne revêtaient pas une combinaison étanche bariolée et un casque de moto comme aujourd’hui. On skiait en gentleman. En col roulé et pull col V. Toute une mode ! Remarquez aussi l’étroitesse des pantalons (en laine strech), une coupe unique !

 

Ce beau monde voyage beaucoup, mais ne voyage pas léger. David Niven (sir Charles Lytton dans le film) aime la variété pour la nuit. A noter le pyjama de soie écrue sous la robe de chambre verte.

 

J’ai noté deux tenues intéressantes : d’abord une curieuse petite veste verte. J’ai cru à une veste autrichienne. Moi qui n’aime pas ça, je demandais à voir sur David Niven. Finalement, il s’agit d’une veste type autrichienne, mais en tricot. Regardez la ganse. Il me semble qu’elle fait partie du vêtement. Elle n’est pas rapportée je dirais. Seul un tricotage peut produire cela. Intéressant vêtement que l’on ne voit plus guère. David Niven porte aussi la cape à merveille. Une trouvaille !

 

Son neveu dans le film ne manque pas de chic non plus. Ci-dessus avec un col-roulé rouge, une veste grise et un pantalon anthracite (c’est très élégant!) et ci-dessous en costume gris et chemise ivoire! Je n’avais jamais eu l’occasion de voir le résultat d’une chemise ivoire portée. Pas mal. Pas mal… Au tout début du film, David Niven porte aussi un col roulé noir avec un blazer droit, un pantalon gris et des souliers noirs. La pochette donne la dernière touche de dignité qu’il faut !

 

Et surtout, la scène d’anthologie sartoriale : le smoking à veste de velours rouge ! Diantre. Le modèle sera en exposition dans ma boutique bientôt !!! Sublime. Il arrive avec une sorte de polo-coat noir doublé de rouge. Il porte des mocassins en velours brodés. Et les manches de la veste ont des revers. Je tombe en pâmoison.

 

Enfin, je ne pouvais résister à capturer une des scènes les plus drôles du film, lorsque deux cambrioleurs, déguisés à l’identique, cambriolent en même temps le même coffre à double fond et se découvrent l’un l’autre à chaque extrémité du coffre… J’en rigole encore !

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Belle et amusante semaine, Julien Scavini

Par quoi commencez vous?

Telle est la bonne question du jour, par quoi commencer vous pour composer votre tenue quotidienne?

Pour ma part, je porte presque exclusivement le costume lorsque je travaille et quelques fois, j’ose le dépareillé. Dépareillé que j’aime finalement moins, car il demande plus de réflexion. Les vestes sports, si j’en possède de très belles en tweed, ne me convainquent toujours qu’à moitié. Le blazer marine fait partie de mes facilités, comme l’uni de manière générale.

Je fais partie de ces jeunes qui ne repassent pas leurs chemises à la sortie de la machine. Je me contente de les faire sécher sur cintres, puis je les range suspendues dans le placard. Donc, chaque jour, il convient d’en sortir une nouvelle puis de la repasser. C’est un rythme que je préfère. Je ne sais pas trouver trente minutes pour tout repasser d’un coup.

Bref, pendant longtemps, chaque matin, je choisissais le costume puis trouvais la chemise correspondante.

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Mais depuis quelques temps, j’ai pris une autre habitude. Je sélectionne une chemise, presque au pif, que j’ai envie de porter. Le volume des chemises est chez moi bien plus important que celui des costumes. A priori, cela devrait être ainsi chez tout le monde? Disons, trois fois plus de chemises que de costumes.

Il y a donc une grande variété de chemises. Des unies, des rayées, des bleues, des rouges, des grises, des violettes etc… Quand le costume est choisi en premier, il me semble que j’ai toujours une tendance à associer la même chemise.

Du coup, j’ai changé. Je prends une chemise que j’ai envie de porter et je la repasse. Ensuite je sélectionne le costume en rapport. Il me semble que je fais ainsi plus de recherche, plus de nouveaux assemblages.

Cela change-t-il beaucoup de choses? Peut-être que d’autres pensent aux souliers? Les chaussures marron orientent plus la tenue, c’est certain. D’autres également pensent-ils à la cravate en premier? C’est aussi possible à mon avis. Bref, et vous?

Belle semaine, Julien Scavini