Gatsby Le Magnifique, Part. 3

Si j’ai eu grand plaisir à extraire du film Gatsby cette foule d’image, il en va autrement de mon appréciation du film. Je l’avais vu il y a plusieurs années sans en garder un souvenir impérissable. Ce n’est pas pour moi l’apothéose du cinéma. La faute je pense à une histoire simple et pas évidente à matérialiser à l’écran. A l’écrit, le suspense sur le personnage principal demeure puis l’action se déroule avec un certain rythme. Filmé, tout le mystère s’évapore dans une débauche d’effets visuels.

L’écueil fut le même avec le film de  Baz Luhrmann en 2013. DiCaprio ne suffisait pas à rendre l’histoire palpitante. Malgré une débauche extravagante de moyens techniques. J’ai peu aimé les deux films, d’autant plus qu’au fond l’histoire est sinistre et que les films laissent un goût de cendre dans la bouche. En plus, dans le plus récent opus, si les femmes étaient intéressantes par leurs costumes, pour les hommes, ce fut loin d’être le cas, la faute à une allure chiche que l’on aurait pu croire sponsorisée par Tati. Franchement, DiCaprio, avec ses costumes ivoire et ses souliers en simili fabriqués à Roubaix, manquait tout simplement… de goût. Ce qui n’aidait pas.

Vous me direz alors, pourquoi ces deux gros articles si le film n’en vaut pas la peine ? Eh bien je ne sais pas trop. Ralph Lauren a fait un travail formidable, je le redis. Visuellement, c’est superbe. Cette grande allure distillée à chaque image supporte tout le film, et l’histoire même. Le film vaut le détour pour ça.

Mais en même temps comme dirait le Président, je ne peux m’empêcher de penser à la fausseté des habits. Si l’impression générale est délicieusement surannée, les visuels particuliers n’ont rien de 1925, n’ont rien d’authentique. Tout sent affreusement le kitsch des années 70. On pourrait voir apparaitre Nixon à l’image et une Cadillac Eldorado, que l’on serait à peine choqué. Dès lors je trouve plus de charme à un bon vieux Columbo plutôt qu’à ce Gastby.

Comme je l’avais dit pour Titanic, un costumier n’est pas obligé d’être dans l’époque de manière authentique. Son but est de donner une impression, une couleur visuelle au film. Il ne fait pas un travail d’archéologie. Je le concède mille fois. Mais dans ce Gatsby, il y a peut-être à l’inverse trop de Ralph Lauren. C’est presque une démonstration de style, une démonstration de son savoir et de ses possibles. En cela, Hercules Poirot sous le soleil dont j’ai parlé ici était presque plus authentique. 1970 aussi, mais plus authentique.

Car peut-être, l’esthétique visuelle de Ralph Lauren dans ce Gatsby est trop apprêtée, trop stylisée. Trop cuite et recuite. Il manque un petit côté boiteux, mal fichu, ridicule, pour faire ressortir le beau. Tout est trop sur le même ton. Tout est trop léché. Peut-être au fond, faudrait-il qu’un réalisateur porte un Gatsby à l’écran avec moins de moyen, moins de tapage, pour en faire plus ressortir l’essence, celle d’une société américaine depuis longtemps malade d’elle-même, malade de son ivresse de puissance et de réussite. Malade aussi de sa misère et de la déliquescence de ses mœurs malgré une façade toujours ripolinée. Malade enfin et surtout de son argent facile.

Il y a tout ça dans Gatsby à l’écrit. Pas seulement des fêtes et des vêtements. Ce que les deux films n’arrivent pas à faire ressortir avec force.

Gatsby de 1974 est un bon film. Peut-être un grand film. Un grand classique, en revanche probablement pas. C’est un film d’époque. Qui comme tout les films d’époque s’est fait doubler par un remake. Imagine-t-on un remake à Autant en emporte le vent ? Probablement pas. Et encore moins d’ailleurs depuis sa partielle censure.

Gatsby fut un divertissement fait pour en mettre plein les yeux. Et il a réussi parfaitement.

Bonne semaine, Julien Scavini


PS : Je me suis amusé pour le plaisir à imaginer un autre Gatsby, et un autre Nick Carraway, avec une différence d’age plus marquée. En 1925, les lignes du costumes contemporaines sont là. Les pantalons sont un peu larges et mous, sans pince. Les vestes sont une peu longues et molles aussi. Les plus dandys demandent des épaules très étroites (dites rentrées) à leur tailleur. Les années 30 apporteront définitivement l’idée d’une ligne et d’une allure, qui n’existe pas encore.

Les couleurs sont plus sombres que ce que laisse croire Ralph Lauren. Je me suis inspiré de photos d’époque, plus précisément de Calvin Coolidge, Président des USA de 1923 à 1929, pour dessiner les deux hommes.

Version été. Version hiver. Gatsby porte un faux-col, ce qui me semble plus juste. Nick un col boutonné mou, déjà à la mode aux USA.

Gatsby Le Magnifique, Part. 2

La semaine dernière, j’avais l’occasion de vous faire découvrir une belle et importante volée de photos sur le Gatsby de 1974. Continuons ce soir ce tour d’horizon grand format.
Pour commencer, quelques photos sans vêtement, simplement avec l’humeur du film. Quelques plans telles des peintures. C’est tout le charme de ce film, d’être composé comme une succession de tableaux exquis.

Avant de m’intéresser au personnage presque principal du film, Nick Carraway, faisait un petit détour par le personnel de maison, serviteurs, valets et cuisiniers. Le tenues sont tout à fait charmantes et pleines d’humeur ! Le gilet rayé horizontal jaune et noir, comme Nestor dans Tintin, est toujours et encore là. La queue-de-pie est légèrement incongrue il me semble. D’autant plus que le pantalon apparait gris. Une jaquette sera plus logique, de jour et avec la cravate noire. En même temps pour avoir fouillé un peu le sujet, il semble qu’à Buckingham Palace, la queue-de-pie à boutons dorés soit en usage le jour. Avec un pantalon noir toutefois.

Un petit peu en dessous, admirez le spencer blanc, boutonné d’une chainette argenté. Très élégant, d’autant que le pantalon monte bien haut. Les serveurs au buffet, quant à eux, portent des spencers croisés jamais vu mais tout à fait intéressant !

Passons aux cuisines du bon Gatsby. Dans les années 70, la cuisine française très traditionnelle était l’objet d’un culte immodéré de l’autre côté de l’Atlantique. Alors qu’ici apparaissait la « Nouvelle Cuisine », aux Etats-Unis, la bonne cuisine, la vraie, la franche était incarnée à la télévision par des personnages tels Julia Child ou encore le chef Jacques Pépin. Une cuisine où la crème et l’envie de flamber au cognac est très présente. Un imaginaire à la Escoffier délicieusement transcrit sous l’œil des caméras.

Une petite pensée pour l’élégance des deux orchestres de la fête organisée par Gatsby. Oui, deux orchestres à la même soirée ! Diantre. L’un en smoking bleu, l’autre en queue-de-pie blanche, façon Cab Calloway.

J’ai bien aimé par ailleurs le chauffeur qui apporter un poulet à Nick Carroway. Superbe livrée :

Nick Carroway qui reçoit par ailleurs moult attentions de son prestigieux voisin. Jardinier et fleuristes viennent à son secours. J’aime les tenues des fleuristes, casquette, papillon noir, chemise à poches, ton sur ton du pantalon. Simple et digne. Si chic pourtant.

Pour les lectrices, je mets quand même une femme à l’honneur, la femme de chambre, à l’habit parfait !

Enfin, passons à Nick Carraway. Jeune homme de la petite bourgeoisie, cousin éloigné de l’héroïne féminine du film, il est le spectateur narrateur de l’histoire. Habitant une merveilleusement petite maison de bois au bord de l’eau, il découvre son éminent voisin, Gatsby, et devient le témoin clef de sa vie, du moins de cet instant fugitif et frénétique de sa vie. Nick est un personnage secondaire du film. Pourtant le jeune Sam Waterston, 34 à l’époque, donne au personnage, plutôt insignifiant, une force qui lui fait transpercer l’écran. Caractère candide et suiveur, timide, Nick Carraway suit et subit les évènements. C’est le calme dans cette tempête de quelques jours. Il n’incarne pas les années folles. Il les subit avec calme. Et ses tenues, plus décontractées, plus détachées de la mondanité, le reflète.

Commençons toutefois par ce costume trois pièces blancs, très habillé en apparence. Mais qui pourtant dissimule quelques éléments décontractés, comme les poches plaquées et la martingale dos. Un chic délicieux.

Il porte en quelques autres occasions le costume, brun, beige ou marine. Les cravates à motifs « paisley » sont merveilleuses. Ses cols sont maintenus par une épingle dorée.

Charmant blazer par ailleurs, avec pantalon blanc. Prêt pour prendre la mer !

Trois gros plans ensuite. Au dos du pantalon de Nick, une poche à rabat d’un côté, une poche simple de l’autre. Toujours et encore de belles cravates et une sublime chemise jaune rayée blanc.

Puisqu’on est sur les pantalons, voyez le modèle ci-dessous, à patte prolongée, de la même manière que sur mon modèle S3. Eheh je ne l’ai pas inventé, beaucoup le font. J’avais bien vu dans un vieux film une telle attache. Mais je ne me souviens plus où. Voici une référence efficace. Admirez ce cardigan par ailleurs. Le col est … présent !

Nick Carraway, plus décontracté, met aisément des mailles, encore très vêtement de « pêcheur » à l’époque, Gabrielle Chanel est à peine en train de les prendre pour les femmes et les hommes en 1920, surtout dans la bonne société, n’y font guère appel. Le premier modèle, un pull sans manche flaire bon le cachemire. L’encolure superposante est intéressante ! Le col rond en dessous est très beau dans sa simplicité par ailleurs. Admirez enfin les chaussures bicolores. Quelle beauté !

Notez aussi la robe de chambre en coton, si simple et si fraiche !

Mais hélas, comme souvent les grandes histoires, la fin n’est pas heureuse. C’est le destin qui frappe, souvent sans prévenir. Nick Carraway enfile alors sont élégant costume sombre. C’est là que je me dis, que décidément, les vestes longues, c’est superbe et plein d’allure !

Voilà, c’est terminé pour ce grand tour d’horizon de Gatsby. Enfin, pas tout à fait terminé. La semaine prochaine, on en reparle, et plus généralement des années 70. Je vais tenter une petite mise en perspective du sujet par rapport à aujourd’hui ! Portez-vous, c’est important ces temps-ci.

Bonne semaine, Julien Scavini

Gatsby Le Magnifique, Part. 1

J’ai pris goût à décortiquer scènes après scènes les films élégants, depuis Titanic pendant le confinement. Mais quel travail toutefois ! Avec un client récemment, nous parlions de Gatsby Le Magnifique. Pas le film récent avec Léonardo DiCaprio. Non. Mais celui de 1974, réalisé par Jack Clayton, sur un scénario adapté par Francis Ford Coppola, avec comme acteur principal, Robert Redford. Quel film ! Je l’ai vu il y a longtemps, et j’en avais gardé un souvenir douçâtre. Beau certes, mais triste, mélancolique, en un mot difficile. Certes le roman de F. Scott Fitzgerald narre une fête permanente, la joie des années folles. Mais l’intrigue et le fond de l’histoire sont sombres et amers. Ce n’est pas tellement un film à regarder à la légère, à la différence du dernier opus, bien plus tapageur. Là, nous sommes dans l’introspection, l’exploration des mentalités de la haute société et son désœuvrement. Et dans l’amour surtout. Des uns pour les autres, et … des belles choses ! Une apothéose visuelle. Attention, j’ai pris une centaine de clichés haute définition. Alors attachez vos ceintures. Je vais distiller cet article en deux épisodes.

Évidemment, la question que tout le monde a sur les lèvres d’abord. Et Ralph Lauren ? Oui, oui, Ralph Lauren a bien réalisé les costumes masculins. Il est d’ailleurs dûment crédité au générique, voyez ci-dessous. Il faut mentionner que la costumière « en chef » Theoni V. Aldredge a reçu un Oscar de la meilleure création de costumes. L’intitulé du générique laisse penser que Ralph Lauren a pensé les costumes également, comme le suggère la mention « by » alors que pour les femmes, « wardrobe et hats », il est écrit « executed » laissant penser alors à une simple exécution sur commande.


Rappelons qu’en 1974, Ralph Lauren était tout jeune. J’avais fait sa biographie ici. « 1970 marque le début de la consécration, lorsque le grand magasin Bloomingdale’s propose à Ralph Lauren d’ouvrir son propre corner, une première ! […] En 1971, à l’occasion du lancement d’une collection de chemisiers pour femme est introduit la broderie devenue célèbre, le petit joueur de polo, à l’époque placé sur les poignets. En même temps est ouverte sa première grande boutique en propre, sur Rodéo Drive à Beverly Hills. » Donc presque au moment où doit débuter la pré-production du film. Une aubaine en terme d’image de marque !

Son esthétique colle parfaitement au film, voyez ces initiales blasonnées sur les accessoires du film.

Démarrons, par le générique, qui pose le décor, avec envie. La maison, imitation du Trianon de Versailles, a été construit en 1909 par la famille Oelrich. Elle se situe à Newport, Rhode Island. Plus précisément au 548, avenue Bellevue, Rosecliff.

Passons en revue maintenant les personnes. Commençons par Bruce Dern, jouant Tom Buchanan. Personnage patibulaire. Le diaporama vous permet de faire défiler les photos. D’abord son costume d’apparence gris, dont on découvre qu’il est en pieds-de-poule noir et blanc. La chemise semble rayée de vert. Je regarde avec plaisir son blazer croisé 8×4, très old-school. Son col de chemise arrondi est toujours attaché d’une épingle en or. Dans les dernières scènes, avec le costume gris perle uni, c’est la cravate qui passe en pieds-de-poule. A la toute fin du film, son manteau croisé présente un col de velours. Prêtez attention à sa robe de chambre, sublime avec ses motifs « paisley« .

Passons ensuite à Gatsby, joué par Robert Redford. Personnage énigmatique, il apparait doucement dans le film. J’ai d’abord remarqué le gilet du smoking, réalisé dans une soie jaquard, avec une texture donc. Intéressant.

Passons ensuite à la première scène en costume plus simple. Enfin simple… sublime rayure, cravate aux discrets motifs, pour un ensemble noir et blanc rutilant. Comme l’automobile !

Arrêtons-nous un instant sur l’automobile. Je l’avais dessiné il y a longtemps. Un amateur éclairé de mes clients, et amis, m’avait juré qu’il s’agissait d’une Duesenberg d’Indianapolis. Je pense cela assez logique. Plus américain. Pourtant, dans le film, c’est bien une Rolls-Royce. J’ai perdu un pari sur cette affaire.

Passons ensuite au costume crème. Ralph Lauren semble avoir sélectionné de la flanelle. Ou un mélange lourd avec de la soie. Lin et soie probablement, avec peu de froissage. Le personnage a chaud, le film donne chaud. Son atmosphère déliquescente passe merveilleusement à travers les visages de sueur des acteurs. Quelle grande allure tout de même ! Le gilet croisé est coupé sans « trapèze » des boutons, ceux-ci sont parallèles.

Puis vient le célèbre moment où les sublimes chemises aux tons pastels virevoltent dans les airs. Quel charme. Quelle fantaisie aussi, au fond. Je regrette que les cols, toutefois, soient attachés. L’époque était encore aux cols durs, les « stiff collars ».

Quelques autres scènes nous présentent un Gatsby plus simple. J’aime beaucoup le pantalon de lin blanc rayé marine. Mais la ceinture en cuir blanc me laisse songeur.

Dans une scène, Gatsby semble porter une veste en velours à col châle. Tout simple, sans effet ni tapage.

A la différence de ce costume rose, « quintessential » disent les anglais. Oui, une apothéose. Pas facile à porter toutefois de nos jours. Avec la cravate grise, modératrice, l’écueil de faire trop est évité.

A la fin du film, je note avec envie cette sortie-de-bain, on dit aussi peignoir, gansée d’une tresse bi-colore et aux initiales brodées. Superbement chic !

Arrêtons nous un petit instant sur les queues-de-pie. Les années 20 sont encore assez reculées. La queue-de-pie n’a trouvé sa norme finale, telle que nous la connaissons, que dans les années 30, voire 50 où elle est devenue très normée. Le film devrait donc montrer des queues-de-pie encore un peu 1890, avec des trottoirs, c’est à dire des revers en deux parties, satin + tissu. Les revers pourraient être très ronds sur certaines. Les bas de manche parfois avec un galon horizontal, etc. Pourtant, il n’est est rien. Elles sont, comme dans Titanic, très standardisées. D’ailleurs Gatsby a la même que Nick, pourtant bien moins riche. Les pantalons ne montent pas assez haut, et les gilets sont trop bas. Cela manque de quelque chose. Raph Lauren a du s’en rendre compte et pour donner du relief, il a affublé les personnages de chemises curieuses … avec un plissé, typiquement post seconde-guerre mondiale. Voire années 70. D’ailleurs, les chemises ne semblent pas à col cassé. Tout cela est une touche artificiel.

Le gilet de Gatsby semble en jaquard de soie là encore, un peu façon peau de requin. Amusant. Le personnage de Nick a peut-être l’ensemble le plus classique, chemise à plastron dur et col bien haut, gilet simple.

Pour finir ce soir, quelques vues générales du film. Une splendeur qui fait très vite oublier des minuscules défauts. Qui n’en sont pas d’ailleurs. 1- Amusante veste de régate. 2- Exquis panorama au golf. 3 & 4- l’agent de change avec son « stroller », l’équivalent plus simple de la jaquette, mais à veste rayée (ce sont des américains, ils ne savent pas les pauvres). 5- le bureau de Nick à New-York. 6- Le grand escalier, cette contre-plongée, quel plan ! 7- Petit cours d’escrime ; l’arbitre est d’une grand dignité. 8 & 9 – notre belle petite assemblée aux tons pastels.

Et pour finir, ce plan. Quel plan ! Une vraie publicité. Il en a eu de la chance Ralph Lauren d’être tombé sur un si gros coup de pub !

On se revoit la semaine prochaine, pour continuer l’épluchage de film, et surtout découvrir la sublime garde-robe, la meilleure peut-être, celle de Nick Carraway joué par le talentueux Sam Waterston.

Bonne semaine, Julien Scavini

Meurtre au soleil 2

Ce soir suite et fin du long article sur Meurtre au soleil, film britannique réalisé par Guy Hamilton et sorti en 1982.

Un peu de musique d’abord.

 

Étudions les smoking pour commencer. La panoplie est variée, il y en a pour tous les goûts et tous les styles. Le beau Nicholas Clay alias Patrick Redfern porte un modèle croisé à col châle, ivoire, du meilleur style. Denis Quilley en Kenneth Marshall fait simple avec un croisé à col pointes noir.

Les trois autres protagonistes portent des smoking droits. En plus, le producteur de théâtre porte un gilet d’habit, droit et échancré alors qu’Horace Blatt porte un gilet croisé. Et bien pourquoi pas. Je le fais pour un client en ce moment, ce sera superbe! Ces deux messieurs portent le gilet blanc, probablement en coton piqué, à la mode des années 1910. Le gilet noir avec le smoking s’est un peu plus ancré dans les années 30, avant le remplacement des gilets par la ceinture plissée après la seconde guerre. Leurs cols cassés sont un petit peu haut et curieux, une déformation années 70. Le journaliste Rex Brewster porte un smoking à veste blanche. Logique sous les tropiques. Le col de chemise normal et le gilet blanc à boutons noirs apportent une touche de fantaisie un peu anachronique, peut-être plus années 60, mais au fond, cela n’est grave, car ainsi le tableau est bien panaché et équilibré. La composition du plan est belle.

C’est à cela que le film est grand par ses costumes. Sans s’enfermer trop dans une époque, le chef costumier Anthony Powell permet au réalisateur de brosser de vrais tableaux, équilibrés, aux motifs variés. Tout en donnant par le vêtement une profondeur aux caractères. Les tenues reflètent les personnalités, c’est très fort.

Evil Under the sun 1981 tuxedo 2

 

Petit saut de puce sur le personnel, élégant et chic. Les serveurs en spencer blanc et les grooms en gilet de service rayé. Des gilets à manches, comme cela se faisait pour le personnel de maison. Nestor dans Tintin porte des gilets à manche. Je me suis toujours demandé si c’est confortable, la construction n’étant pas celle d’une veste.

Evil Under the sun 1981 groom and waiter 1

Evil Under the sun 1981 groom and waiter 2

 

Repassons à Nicholas Clay en Patrick Redfern. Au fond c’est le beau-gosse utile du film et le fantasme au cœur de l’affaire d’Agatha Christie. Du coup, en dehors de son smoking blanc et de ce costume gris bleuté, il est le plus souvent seulement en slip de bain noir et les plans sur son postérieur sont  alors des plans serrés…! Le pauvre homme est mort d’un cancer à 53ans. La couleur du costume, de la cravate ou de l’ascot sont merveilleusement choisies pour faire écho au bleu de son regard. Les chaussures blanches, façon « bucks » sont toujours élégantes.

 

Passons maintenant à mon personnage préféré, James Mason jouant le producteur de Broadway Odell Gardener. C’est l’apothéose stylistique du film pour moi. Et sa femme, d’une vulgarité crasse est à hurler de rire! Homme riche, de plein pied dans le show-business, il fait étalage d’une garde robe expressive, un peu tape à l’œil, tout en confort et en aise. Le grand style de la maison Paul Stuart aux États-Unis. Une allure qui me rappelle délicieusement les créations de Marc Guyot par ailleurs. Voyez ce costume crème, avec des « spectator shoes » noires et blanches. La casquette donne toute la véracité au personnage, qui a probablement commencé crieur de journaux avant de se hisser en haut des affaires. Sa femme est délicieusement raccord.

James Mason as Odell Gardener 9

 

Sur le plan serré, on découvre un gilet noir et une cravate vichy noire et blanche. Superbe et visuellement très dense. Le côté duveteux du costume me fait penser que c’est un mélange 50% lin, 50% soie.

James Mason as Odell Gardener 8

 

Le personnage est habillé avec de forts contrastes. Son peignoir blanc gansé marine est sublime. Rien à dire. Et regarder encore comme le réalisateur place mari et femme dans la même position que le plan précédent.

James Mason as Odell Gardener 7

 

Sans trop se compliquer la vie, le costumier remplace la veste blanche par une veste noire (ou marine), du même tissu que le gilet précédent. Plus une chemise rose. Et hop, le tour est joué, deux tenues pour le prix d’une et demi!

 

Odell Gardener troque aussi les pièces à manche pour le chandail. Ce modèle marine à pois blancs est très intéressant. Même si sous les tropiques, nous aurions tous tendance à trouver cela bien trop chaud. Qu’importe c’est un film. De nos jours, le costumier mettrait probablement tout le monde torse-nu. Pourquoi faire du beau quand le moche coûte moins cher?

 

Et dans une des dernières scènes, l’apothéose continue. Ce costume avec ce gilet rayé et cette cravate à pois, c’est divin. Du coup, madame porte du pois aussi. C’est digne d’un oscar!

James Mason as Odell Gardener 1

 

Enfin pour terminer, repassons à Poirot. La robe de chambre est tissu chinois est superbe. Quelle dignité. Mais vraiment, il devait faire très froid dans cet hôtel pour supporter tel amoncellement textile!

 

Dernier mot, la tenue de bain de Poirot. Alors là! Le compositeur de la bande originale s’est d’ailleurs amusé. Lorsque Poirot apparait à l’image en peignoir de bain, la musique prend un tour burlesque ! Attention, voilà le « von Zeppelin » qui arrive. Génial.

Peter Ustinov as Hercule Poirot swimming suit4

 

Avant de laisser tomber cette sortie de bain pour découvrir le maillot de bain le plus hallucinant de l’histoire du 7ème Art. Le morceau de bravoure stylistique! Vraiment, quel plaisir. Quant à la poche poitrine brodée HP, Alexander Kraft devrait essayer! La ceinture rappelle la veste Norfolk portée par ailleurs. Intéressante étude vestimentaire. Notez aussi les souliers que l’on aperçoit, des spartiates nouées autour du mollet. Vraiment c’est fin. Ne cherchez pas cela dans une production française, c’est trop érudit.

Peter Ustinov as Hercule Poirot swimming suit3

Peter Ustinov as Hercule Poirot swimming suit2

Peter Ustinov as Hercule Poirot swimming suit1

 

Voilà. J’ai eu grand plaisir à faire ce dernier article de Stiff Collar. J’espère que vous avez en retour pris du plaisir à admirer ces belles images. Je vous souhaite un bel été et je vous dis, à bientôt!

Julien Scavini.

 

Meurtre au soleil

Je ne regarde pas beaucoup la télévision. Mais l’autre soir, lorsque j’ai vu que sur Arte démarrait une adaptation d’Hercule Poirot, je n’ai pas résisté. Un de ceux avec Peter Ustinov datant des années 80. Elles ne sont pas nécessairement mes préférées, l’atmosphère de la série anglaise avec David Suchet m’apparaissant plus précise, plus anglaise surtout.

Mais tout de même, ces grandes adaptations pour le cinéma ont du panache. Il y eut Mort sur le Nil (1978), Meurtre au soleil (1982) et Rendez-vous avec la mort (1988). Ceci dit, Peter Ustinov en plus de ces trois films interpréta Hercule Poirot encore trois fois, pour des téléfilms.

Malgré quelques éléments de kitsch typiquement années 70, ces grandes adaptations ont du style. Nino Rota composa la bande son de Mort sur le Nil. Et pour Meurtre au soleil dont il est question ce soir, c’est Cole Porter qui travailla! De quoi déjà, planter un environnement sonore de haut vol. Écoutez plutôt pour commencer :

 

Plongeons donc dans cette adaptation haute en couleur, qui fait du bien ces temps-ci. Anthony Powell qui avait reçu l’Oscar de la meilleure création de costumes pour Mort sur le Nil  reprit légitimement du service. Les habits masculins distillent une atmosphère typique des gravures d’Apparel Arts avec une goutte de tapage typiquement années 70. Mais l’esthétique de cette époque ne cherchait-elle pas justement à retrouver la grandeur d’années trente rêvées ?

 

Commençons par Peter Ustinov, alias Hercule Poirot, qui dans la V.O. parle un français parfait lorsqu’il faut, apportant une profondeur véridique au personnage du fin limier belge. Dans une des premières scènes, son smoking est associé d’un gilet classique et montant, bordé d’un « slip », minces bandes de coton blanc. C’est un peu curieux, mais pourquoi pas. Les costumiers de cinéma travaillent d’après photo, cela donc devait se faire. La pochette est mono-grammée HP. Le comble du chic, bien mise en évidence.  Et cette coupe à désert, diantre !

Peter Ustinov as Hercule Poirot 10

 

L’intrigue est lancée, tout le monde est arrivé sur l’île. Hercule Poirot loin de se reposer laisse déjà ses oreilles écouter et ses yeux balader. Il faut dire que les amitiés et inimitiés sont légions et se révèlent bien vite. Tenue amusante pour notre détective, un complet à veste « norfolk » ceinturée. Quatre boutons, bas carré, poches sans soufflets, mais dos avec un pli creux au milieu et une martingale. Du lin probablement.

 

Et bien sûr, des chaussures à guêtres. Sous les tropiques, quoi d’autre?

Peter Ustinov as Hercule Poirot 5

 

Un petit peu plus loin, Peter Ustinov change de pantalon, en recourant à une paire de knickers associé à des guêtres montantes, ou bandes molletières. Une trouvaille de style du début du siècle. On dirait un ornithologue allemand ! Mais quel panache.

Peter Ustinov as Hercule Poirot 4

 

A part cette tenue, il arbore au début et en fin de film, un complet grisâtre associé à un gilet de seersucker blanc, aux boutons fantaisie. Intéressant. Et toujours cette pochette ostensiblement disposée sur le HP. Si Alexander Kraft ose faire de même dans sa prochaine vidéo pour Cifonelli x Bentley, je lui offre une bouteille de champagne!

 

Vous avez fait attention à la chemise ? Je vous la montre en gros plan dans une autre scène :

Peter Ustinov as Hercule Poirot 7

La rayure est horizontale sauf sur la gorge boutonnée. Une trouvaille à montrer à Marc Guyot !

 

Passons à l’homme qui pousse Poirot à aller enquêter au milieu de ses vacances, Horace Blatt. Il a peu de scènes. Un blazer croisé 6×3 marine puis blanc suffit à habiller le personnage ; avec une seule cravate. Notez la montre tombant dans la poche poitrine retenue par une sangle en cuir. La grande fleur en soie alterne la couleur, avec la pochette, rouge sur blanc, blanc sur rouge. Simple et efficace. Ça fait un peu vieux riche à Monaco ce type de blazer, mais quelle allure quand même !

 

Le mari riche et mal aimé rencontre Poirot dès le bateau. Son costume gris n’est pas tout lisse, c’est un prince-de-galles sans fenêtre, super distingué ! Raffiné, discret mais expressif.

 

Tonnerre d’applaudissements pour sa veste de sport gansée de tissu à cravate. Quel chic, quelle distinction, quelle préciosité.

 

Apothéose lorsque la veste est tombée, le pantalon est ceinturé par… une cravate. Grand style des années 30 et 40 ! Quel plaisir décidément.

Denis Quilley as Kenneth Marshall 4

 

J’ai noté un peu plus loin, 1- la longueur des manches courtes du polo, plutôt longues et 2- la ceinture demi-montant du pantalon.

Denis Quilley as Kenneth Marshall 3

 

Un beau blazer à écusson complète la garde-robe du personnage de Kenneth Marshall. Joli ce carré de boutons dorés. J’aime bien les croisés avec les deux boutons décoratifs en haut, genre 6×2. Mais là c’est élégant tout de même en 4×2.

Denis Quilley as Kenneth Marshall 1

 

Passons au personnage de Rex Brewster ci-dessus en cardigan. Journaliste mondain, homosexuel patenté, il s’habille légitimement avec plus de décontraction, et avec un art certain des accords de couleurs, voyez plutôt :

Roddy McDowall as Rex Brewster 1

Ses sorties-de-bain, on dit aussi peignoir, sont extraordinaires. Oui oui! Et le costumier s’est amusé a en coudre deux, rien que ça. Une gansée de bleu pour aller avec le maillot de bain rayé, l’autre totalement rayée. Excellent !

 

Mention spéciale pour l’écharpe monogrammée là encore. Alexander Kraft, prenez des notes, en matière d’égocentrisme, il y a toujours à apprendre. Joke.

Roddy McDowall as Rex Brewster 4

 

 

La semaine prochaine, suite et fin de ce décryptage de Meurtre au soleil. Terminons ce petit tour d’horizon par quelques vues générales, distillant cette superbe atmosphère à la Apparel Arts. J’espère que cela vous a plu. Regarder un film image par image prend… du temps !

 

Belle et bonne semaine, Julien Scavini

 

Titanic, le film

Un lecteur m’a demandé récemment ce que je pensais du film Titanic de James Cameron, sortie en 1997. Et ça tombe bien, comme je n’avais pas grand chose d’autre à faire, j’ai pu regarder images par images le film! Un peu à la manière de Michel de l’émission Faux-raccord, d’Allociné. Quelllll plaiisssirrr au long cours. Je ne me suis pas intéressé aux vêtements féminins, pour lesquels je ne maîtrise absolument pas l’histoire et les styles.

titanic planche de Deborah Lynn Scott
Planche de style dessinée par Deborah Lynn Scott.

Tout d’abord quelques mots. Les costumes ont été dessinés et réalisés par Deborah Lynn Scott et son équipe. Ce n’est pas une petite joueuse avec des films comme Retour vers le futur, l’excellent Légendes d’automne ou Minority Report à son tableau d’honneur. Pour Titanic, elle a d’ailleurs reçu un Oscar de la meilleure création de costumes en 1998. Donc, c’est que le film doit être superbe vestimentairement parlant. J’ai essayé de chercher combien de tenues avaient été nécessaires pour le film mais je n’ai pas trouvé l’information. Plusieurs centaines probablement, tant il y a de figurants, marins ou civils, pauvres ou riches. Sans parler des scènes dans l’eau qui ont nécessité la création de nombreux modèles identiques pour refaire et faire se suivre les prises. Un travail très lourd comme on peut le voir sur ces premières images! N’hésitez pas en suivant à cliquer les photos pour les zoomer.

 

Première scène vestimentairement intéressante, l’arrivée des voitures de la « haute ». Les chauffeurs sont merveilleusement dignes. J’avais essayé d’en dessiner un il y a quelques temps pour un article du Figaro, mais j’avais mal dessiné les gantelets!

 

Le personnage de Caledon Hockley joué par Billy Zane descend de l’auto. Il est vêtu fort logiquement d’une jaquette, vêtement de jour encore un peu en usage dans les hautes sphères avant la première guerre mondiale, mais déjà talonnée par le costume à veste ‘courte’. Que peut-on remarquer? D’abord c’est une jaquette trois boutons à col pointe, ce qui se faisait. Ensuite, cette jaquette présente des poches, insérées dans la couture de taille. Dont une poche ticket, tout à fait charmant, comme d’ailleurs cette épingle à cravate. L’harmonie générale est élégante et en rapport avec l’époque.

Mais tout de même, cela ne me convint pas totalement. La matière de la jaquette est trop moderne, trop lisse. Les tissus d’époque accrochaient plus la lumière, étaient plus rugueux. Ils étaient plus lourds aussi. Quelque chose de trop contemporain cloche. Comme ce col de chemise ou cette régate (on ne disait pas encore tout à fait une cravate à l’époque) un peu moderne. C’est visuellement beau. Mais je trouve que l’on est plus ici dans une vision d’époque transposée à travers un prisme moderne, pour être beau, plutôt que pour être véridique. Ce n’est pas du Stanley Kubrick.

 

Deux photographies de production éclairent cette jaquette plus précisément. Notez la veste de Lovejoy, l’homme à tout faire de Caledon Hockley. Veste 4 boutons à col parisien comme on dit aujourd’hui. Cette forme de revers est assez vernaculaire et on la trouve facilement sur des photographie anciennes. Petit mythologie parisienne donc.

 

Passons à Jack Dawson joué par Leonardo DiCaprio et son Fabrizio. Ils tentent au poker de remporter le billet de départ. DiCaprio porte un gilet vert en velours conformément au dessin préparatoire vu plus haut. Les deux amis portent des sortes de veste de travail, en whipcord, c’est très visible à la manière dont la surface du tissu prend la lumière. La veste de DiCaprio me semble non doublée, cela se voit sur le plan à l’embarquement, les coutures sont épaisses et les bas de manches ourlés sur eux-mêmes.

 

J’ai trouvé là encore quelques images de production. Jack Dawson porte presque son seul pantalon de tout le film, un velours jaune qui parait parfois plus vert tilleul suivant les lumières. Et des bottines hautes à multiples œillets. Il mettra un peu de temps à les retirer lors du sauvetage de Rose à la poupe du navire. De beaux exemples de workwear je dois dire, les équipes costumes devaient être plus à l’aise sur le sujet.

 

Caledon Hockley retire sa jaquette, l’occasion de mieux apercevoir sont sublime gilet crème et sa chemise… rayée discrètement. Très élégant. Dans la scène près des ascenseurs, un homme en jaquette.

 

Scène importante du film, Jack Dawson fanfaronne à l’avant du bateau. Il a changé de veste, pour un caban à grands carreaux. Fabrizio n’est pas aussi dandy, il est toujours habillé pareil à l’exception de son foulard. Notez le pantalon de DiCaprio, on y reviendra.

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Pour la scène du déjeuner, Cal’ troque son vêtement précédent pour un costume. Cravate, pardon régate, et col de chemise sont toujours peu concluants. Par contre, en bas des manches du costume, des revers. Why not. Le tissu est trop léger toujours et la coupe plus années 30 que 1912. C’est encore très reculé comme époque et les lignes alors n’avaient pas tant de netteté.

 

Dans le même temps, petite scène de vie en troisième classe, avec la petite fille que l’on reverra souvent et un nouvel ami pour le duo de jeunes!

 

Puis intervient la scène fondatrice, la tentative de suicide, l’occasion d’étudier le pantalon de Jack. Le caban à carreaux est toujours là. Le velours donc. Il est plutôt ample. Avec des poches cavalier. Et sa ceinture présente deux boutons l’un au dessus de l’autre. Deux choses à noter dans cette scène par ailleurs. Jack a un nouveau gilet, non plus en velours vert, mais en tricot gansé. TRÈS intéressant, notamment au niveau des poches. Et puis le col de chemise présente une petite patte de boutonnage sympathique.

 

Un peu plus loin, le dos du pantalon est précisé, avec une large patte de serrage et un montant « fish-tail ». A la toute fin du film, on découvre même que le pantalon en fait, n’a pas de ceinture, c’est un montage « slack », plus économique et rapide. Les pans du pantalon montent jusqu’en haut et la « ceinture » est réalisée par les doublures en dedans.

 

Encore une belle photo de production pour mieux étudier la tenue de Jack.

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Revenons à Billy Zane en queue-de-pie avec un ami. Les deux queue-de-pie sont légèrement différentes au niveau des revers, ceux de Billy totalement recouvert, ceux de l’ami en « trottoir », c’est à dire avec une bande soyeuse contre une bande de tissu. La boutonnière de Cal est assez en relief. Difficile à voir. Une milanaise?

 

Restons un instant sur les queues-de-pie puisque l’on y est. J’apprécie que les gilets ne dépassent pas de la ‘veste’. C’est un point essentiel de crédibilité pour moi. L’ensemble est parfaitement élégant. Mais c’est là je trouve que le film pèche le plus. (Tiens d’ailleurs la conjugaison du verbe pécher, c’est quelque chose!) Bref, tout est beau et bien peigné. Mais justement, là encore, cet esthétisme racé est plutôt celui des années 30 et d’une normalisation du vestiaire du soir. Avant la première guerre mondiale, il y aurait du avoir une plus large variété et de plus grandes disparités des formes, de gilets, de chemise, de papillons. Rien que les boutons : ils étaient le plus souvent brodés à l’époque et pas lisses. Le film Mort à Venise, de Luchino Visconti relatant des faits se déroulant en 1911 et réalisé en 1971 est beaucoup intéressant visuellement pour les habits du soir. Titanic de ce point de vue a la propreté visuelle d’un téléfilm et non d’une grande fresque historique. Mais c’est vraiment pour chercher des poils aux œufs, c’est tout de même très beau.

 

Tiens, puisqu’on y est, évoquons Bruce Ismay, le président de la White Star Line interprété par le toujours délicieux Jonathan Hyde. La costumière lui fait porter un ‘slip’ au bord des gilets, délicate bande blanche. Un peu de variété dans les cols de veste. Mais toujours ces cols de chemises qui débloquent. C’est pas joli et pas historique. Remarquons à la messe les jaquettes portées alternativement avec des régates ou des ascots. C’est beau.

 

Le vrai Bruce Ismay pour voir, veste croisée très haute, large col cassé, gilet démesuré, les voilà les années 10. Elles étaient baroques, loin de la ligne 1930 à laquelle notre œil est plus habitué.

J-Bruce-Ismay

 

Bruce Ismay toujours et sa robe de chambre. Je n’ai pas réussi à trouver de plan plus large, j’en avais pourtant le souvenir. Souvenir aussi d’un velours rouge, mais c’est un fait un chevron marron. Un personnage couard qu’on adore détester dans le film.

 

A l’inverse du sympathique architecte naval Thomas Andrews joué par Victor Garber . J’ai découvert une chemise bleue rayée à col blanc. Mais le col est un peu chiche. Les années folles appréciaient des lignes beaucoup plus ostentatoires, opulentes. Billy Zane se promène en jaquette avec pantalon de coutil. C’est bien vu.

 

Voyez plutôt le vrai Thomas Andrews, basques de veste beaucoup plus ronds, étoffe plus lourde. L’ancienneté n’est pas assez marqué dans Titanic.

Thomas-Andrews

 

En passant, une jolie petite scène aux habits variés. Le vieux monsieur porte une redingote gansée, en non un manteau, à la mode de 1880 alors que l’autre monsieur porte le « complet » maintenant presque dans les mœurs. La ligne générale et le chapeau, c’est très bien. Quant au petit garçon, morceau de bravoure de la costumière, il porte un ensemble culotte knickers et veste norfolk! Alors là, cette petite scène, c’est somptueux. Tout y est dans le mille! Rappelons qu’à l’époque, les garçons n’obtenaient leur première paire de pantalon qu’à l’âge de 12ans. Avant ils se contentaient de culotte courtes, comme le raconte Ken Marschall dans … Au coeur du titanic.

 

Je mentionne aussi cette petite scène pour l’élégante robe de Rose et la tenue merveilleusement vraie de la camériste. Rien à dire vraiment.

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Passons enfin à l’orchestre. Qui m’a toujours fasciné par ses tenues. J’ai toujours beaucoup aimé. Je l’avais dessiné, pas tout à fait conformément finalement. Belles vestes de drap bleu, revers vert, étoiles brodés, brandebourgs en bas de manche. Rien à dire, si ce n’est que j’ai bien envie d’en réaliser une à la boutique…!

 

Et voilà, cet article est terminé! Quel marathon de style. Heureusement que toute l’équipe du film était là pour me remercier à la fin! Le niveau général du film est tout à fait excellent. Et j’ai pinaillé ça et là pour le plaisir. Il est vrai que l’habit de l’homme n’est pas toujours le mieux traité dans les reconstitutions historiques. Les téléfilms français sont une apothéose du ridicule, où des vestes Armand Thierry sont associées à des cols cassés minables pour faire vieux. Là, c’est tout l’inverse. Il y a eu une vraie recherche, même si la démarche n’était pas historiciste. C’est un film à grand public qui a parfaitement fait les choses. Compte tenu de l’énormité des vêtements à concevoir et de leurs variétés, c’est une réussite!

J’ai passé un bon moment, en 1998, je m’en souviens bien, assis sur les marches d’une salle de cinéma archi bondée de Bayonne. Et un plaisir renouvelé là encore, le film ne vieillit pas, surtout dans cette belle haute définition!

Amidonner les cols

Pour que les cols présentés la semaine dernière, tiennent bien, il était obligatoire de les amidonner. Entre 1870 et 1930, les cols de chemise, détachables, étaient rendus rigides grâce à l’amidon. Cette fine bandelette, en coton et souvent en lin extrêmement fin, était rendue raide comme une fine bande de bois. Si vous essayer de plier un col dur, il cassera net. Un peu comme le tour d’une boite de camembert.

Les cols étaient haut, petit reste de la manière d’Ancien Régime d’habiller le cou. Et pour faire tenir ces cols hauts, la simple structure du tissu ne suffisait pas. Il fallait amidonner le tissu pour qu’il tienne.

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Évidemment, je ne parle pas de l’amidon moderne qui est achetable en spray. Cet amidon dilué rend les chemises un peu rigide, mais rien de très solide. Non, pour amidonner un col comme au début du siècle, il faut procéder comme un confiseur, avec une mixture. C’est un procédé complexe et devenu extrêmement rare. Il faut dans un récipient préparer une solution concentrée d’amidon et de quelques autres secrets, comme la paraffine. Cette solution peut être froide ou chaude.

La fine bandelette de col, encore souple, est trempée et triturée dans cette mixture pâteuse jusqu’à s’imbiber complètement. Cette soupe est terriblement collante, aussi la pièce doit elle être parfaitement propre et hermétique pour qu’aucune poussière ne vienne troubler ce processus.  Une fois la solution séchée et non collante, le col va être mis en forme, sous un fer chaud, exactement à la manière d’un ruban de papier cadeau, que l’on fait boucler à l’aide d’un ciseau. En tirant le col sous le fer, cela l’incurve. Il suffit alors avec un goujon (un stud) de le ‘boucler’ devant et en refroidissant, la forme restera ronde.

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Les meilleurs cols sont également glacés en plus d’être amidonnés. Lorsque le fer est chaud et avant d’arrondir le col, il faut disposer un peu de savon ou d’un produit spécial dont je n’ai pas trouvé la trace, qui sous le fer, fond et donne ce glaçage si caractéristique. Ces techniques étaient aussi utilisées pour amidonner et glacer les manchettes et plastrons. Quel travail!

Apparemment, la Blanchisserie Teinturerie Wartner à Saint Cloud est l’une des dernières à maitriser cette démarche. Karl Lagerfeld y faisait traiter ces cols durs. De nos jours, les solutions liquides à froid proposées par les pressings n’arrivent pas à la cheville de cette manière de confiseur.

Amusante astuce. Les polytechniciens si vous admirez leur uniforme, notamment lors du défilé du 14 juillet, portent un col tubulaire haut sous l’uniforme, qui dépasse légèrement sous le menton. Mais ce n’est pas un col amidonné. C’est une bande de plastique blanche… renseignement pris auprès d’un récipiendaire, cela fait transpirer affreusement!

Évidement, dès les années 30, les bons professionnels se sont faits rares. Ce qui explique en partie l’abandon du col dur. Et surtout, les hommes ont voulu plus de souplesse, moins de rigidité. Amusons-nous pour finir avec cet excellent dialogue tiréstiff_collar_murder_in_the_mews_poirot_1 d’un épisode de 1990 de la série Hercule Poirot.

Il est tout en vérité drôle.

Série Hercules Poirot, saison 1, épisode 2, Meurtre par procuration.

« PoirotMademoiselle Lemon, nous ferions mieux de trouver une solution à mes problèmes de cols. Le teinturier doit être soudoyé par mes ennemis, ce n’est pas possible. […]

Poirot dictant à miss Lemonà la blanchisserie du bouledogue soigneux, ‘messieurs, une fois de plus, je me vois dans l’obligation de faire part à vos services, de la profonde insatisfaction que m’inspire la manière dont vous amidonnez mes cols. Je vostiff_collar_murder_in_the_mews_poirot_2us renvoie à mes instructions du 24 mars 1935 ainsi qu’à mes courriers ultérieurs du…’ cherchez les doubles des lettres dans le fichier mademoiselle Lemon et énumérez les. 

Miss Lemontoutes monsieurs Poirot ??

Poirotoui toutes mademoiselle Lemon, toutes. L’affaire devient tranchante !

Miss Lemonmais le problème monsieur Poirot, c’est qu’ils ne comprennent rien à vos lettres.stiff_collar_murder_in_the_mews_poirot_3

Poirotpourquoi ?

Miss Lemonce sont des chinois monsieur Poirot.

Poirotla blanchisserie du bouledogue soigneux est chinoise ?

Miss LemonOui monsieur Poirot.

PoirotOù va le monde mademoiselle Lemon !?stiff_collar_murder_in_the_mews_poirot_4

Miss LemonJ’aurais du mal à vous le dire. Mais quand le petit pékinois rapporte votre linge, il rapporte aussi vos lettres afin que je lui explique ce qu’il y a dedans.

PoirotEt vous le lui expliquez ?

Miss LemonNon

PoirotMais pourquoi donc ?

Miss Lemon… je ne parle pas le chinois.stiff_collar_murder_in_the_mews_poirot_5

PoirotMais alors que lui dîtes-vous ?

Miss LemonEt bien je lui dit [en mimant] ‘toi pas bien regarder col, amidon mal mis’. Et je lui montre le col en lui disant

Poirotse tournant vers Hastings : Hastings mon ami, vous avez passé plusieurs années en Chine, n’est-ce pas.stiff_collar_murder_in_the_mews_poirot_7

Capitaine HastingsEffectivement, de gens charmants, absolument charmants.

PoirotAvez-vous jamais eu des problèmes de blanchisserie ?

Capitaine HastingsAh oui ! Maintenant que vous m’y faites penser.

PoirotEt dans ces cas là, que leurs disiez vous ?stiff_collar_murder_in_the_mews_poirot_8

Capitaine HastingsJe leur disais [accent chinois] ‘toi pas bien regarder col, amidon mal mis’.

Miss LemonC’est de là que je tiens le renseignement, je savais que le capitaine avait été en Orient.

PoirotHastings, je n’ai jamais remarqué aucune amélioration dans mes cols.stiff_collar_murder_in_the_mews_poirot_9

Capitaine Hastings –  Non ? A moi non plus d’ailleurs maintenant que j’y pense. Pourquoi ne vous mettez vous pas au col souple Poirot ? C’est beaucoup plus actuel vous savez.

PoirotActuel… Hastings ! Croyez-vous que Poirot se soucie un seul instant des péripéties de l’actualité ?

Capitaine Hastings –  Euh… non… j’en ai conscience Poirot.stiff_collar_murder_in_the_mews_poirot_10

PoirotLe col souple est le premier signe du naufrage des cellules grises ! »

 

 

 

 

Un dialogue historique sur deux points, la disparition du savoir faire d’amidonneur et surtout, la transition au col souple. Le col souple signe l’abandon du col cassé haut, qui ne peut tenir que grâce à l’amidon qui en glace la surface. Le col à retombé en revanche, s’accommode très bien de la simple structure du tissu. C’est l’enforme par couture qui fait tenir le col en place. Nous en verrons la semaine prochaine les différentes formes.

Bonne semaine, Julien Scavini

Le livre ‘Fred Astaire Style’ de G. Bruce Boyer

Fin janvier, pour conclure sa fiche de lecture de ‘Rebel Style‘, Raphaël évoquait l’envie d’un livre sur l’allure classique, comme résistance aux modes. Et bien en rangeant la bibliothèque de la boutique, j’ai trouvé par hasard ce livre. Fred Astaire Style, dans la même série chez Assouline que le livre précédent. En voici donc les grandes lignes, toujours écrites par Raphaël :

Qui est LE représentant de l’élégance masculine au cinéma ? Attention, pas un homme grand et beau, à la Cary Grant, qui ferait toujours tourner les têtes! Pas plus qu’un homme dont le regard a fait la carrière, comme Clark Gable ! Alors, James Dean ou Gary Cooper ? Non plus ! Eux, c’est le sex-appeal qui domine, pas l’élégance.

Cherchez plutôt un acteur dont le visage s’oublie pour ne regarder que le corps ou plutôt, le mouvement. Ce corps qui virevolte. Précis et distingué, ni raide ni apprêté. Un acteur qui ferait douter de la gravité terrestre : Fred Astaire. Il détonne à une époque où le canon de beauté d’Hollywood se définit par des acteurs qui sont « Tall, Dark and Handsome », lui qui était petit, maigre et vaguement chauve, comme il aimait le rappeler. Pourtant, armé de son charme, Astaire marque profondément son époque.

Quand on pense à cet acteur, on pense à l’âge d’or d’Hollywood, aux décors somptueux et à la belle Rita Hayworth. Fred Astaire incarne le beau vestimentaire. Pour certains, c’est le séducteur de Top Hat (1935), digne en queue-de-pie. Pour d’autres, c’est un virtuose en smoking dansant sur un bar, dans The Sky’s the limit (1943). Et pour d’autres encore c’est le dandy, chapeau haut de forme, jaquette et guêtres de Blue Skies (1946). En somme : un Fred Astaire vêtu de tenues très formelles.

Des légendes renforcent cette idée d’un Fred Astaire à l’élégance repassée : l’acteur aurait fait couper un gilet aux pointes arrondies, dont le tailleur Anderson & Sheppard garderait jalousement le secret, refusant de le copier pour d’autres clients… Plus troublant encore, Astaire aurait eu des habits à l’emmanchure si haute qu’il en aurait eu mal aux aisselles ! Quelle ironie ! Nous ne nous souvenons que d’une infime partie de ses tenues : celles qu’il aimait le moins, les ensembles formels et codifiés. C’est tout le propos du livre de Bruce Boyer : Fred Astaire n’est pas un héros victorien à l’élégance affectée.

Au contraire, Fred Astaire est un représentant du cool, du décontracté américain, par ses tenues colorées et souvent dépareillées, loin du costume business. Ce cool, c’est celui d’un danseur accompli, qui possède une technique de danse parfaite et qui travaille ses chorégraphies avec acharnement. Astaire s’habille pour laisser son corps libre de danser : c’est pour ça qu’il y a un style Fred Astaire. Ainsi : adieu les cols amidonnés, des épingles tiennent en place ses cols de chemises. La cravate ou le foulard sont fourrés entre deux boutons. Une autre cravate se noue comme une ceinture : elle maintient le pantalon haut, au creux de la taille. Pourquoi ? La soie est plus souple que le cuir. Enfin, détail important: les chaussures. Quand Astaire danse, ses chaussures sont moulées sur ses pieds. Sa jambe est nerveuse, allongée. Son pied : petit et souple.

Le style Fred Astaire est un ensemble de variations de modes et de coupes décontractées. Il incarne la souplesse et le mouvement. Oui, il y a un  immense travail de coupe chez le tailleur, qui répond à l’immense travail de répétition du danseur. Tout cela pour avoir l’air nonchalant. Les tailleurs de Fred Astaire suivent la mode, presque à contrecœur. L’ampleur augmente ou diminue imperceptiblement, pour être d’actualité sans être la caricature d’une mode. Par exemple, lors de la remise des oscars en 1970, Astaire est habillé à la mode : un smoking bleu, grand nœud papillon de velours, une chemise non amidonnée et un pantalon étroit !

C’est la différence vis-à-vis des acteurs. Un acteur s’habille pour dessiner à gros traits un personnage. Fred Astaire est avant tout un danseur. Il s’habille comme il danse : avec nonchalance. Voyez :

ou encore :

 

Quelques photos du livre de G. Bruce Boyer pour conclure:

Bonne semaine, Julien Scavini

Sherlock Holmes

J’ai toujours fait beaucoup de publicité à ma série préférée, Hercule Poirot, produite par la chaine anglaise ITV entre 1989 et 2013. David Suchet y campe le détective avec brio, aidé en cela par une mise en scène somptueuse. Les costumes en particulier sont resplendissant d’exactitude historique. Je me souviens de cet échange savoureux avec le capitaine Hastings, lorsque que le détective aux petites cellules grises trouve que ses faux-cols le grattent : « mais pourquoi donc Poirot ne vous mettez-vous pas au col souple? Tout de même, c’est plus actuel! » Quel régal.

Une autre série mérite notre attention. Elle nous plonge toutefois un peu plus loin en arrière, non plus dans les années 30, mais sous l’ère victorienne, quand les fiacres et les bicyclettes encombraient les rues. Il s’agit de Sherlock Holmes.

Alors bien sûr, vous allez vite chercher de quelle adaptation je veux parler. Car il y en a eu beaucoup, pour la télévision comme pour le cinéma, et encore très récemment, à grand renfort de mélo et d’effets blockbuster. Ces opus modernes n’ont aucun effet sur moi. Et je me rabats volontiers sur une production bien plantée dans son décor, ancien.

La chaîne ITV, toujours elle, eut la bonne idée de se lancer dans une adaptation de toutes les nouvelles et romans d’Arthur Conan Doyle. Ainsi, de 1984 à 1994 furent produits de nombreux épisodes. La dramatisation est considérée par les puristes comme extrêmement proche des écrits, pas de triturations ici. C’est ainsi que l’on découvre des épisodes grandioses et d’autres un peu pépères, des histoires farfelues et d’autres très intrigantes.

Surtout, à l’écran, beaucoup de moyens ont été mis dans les décors, les accessoires et les habits. Il en ressort une richesse visuelle inépuisables, du fiacre au microscope, du boudoir de madame au grand salon boisé, de l’aristocrate au va-nu-pieds. C’est une splendeur. Et même si je ne suis pas un fan des intérieurs victoriens, sombres et remplis de bibelots chichiteux, j’admets que c’est ravissant à voir. Quelle atmosphère !

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Pour camper le personne de Sherlock Holmes, il fut choisi un acteur avec beaucoup de bouteille, Jeremy Brett. Sa beauté ascétique colle bien au détective, même si sur la fin, il s’est un peu empâté. Son interprétation est magnifique. Là encore, je ne suis pas un fan de ce détective sûr de lui et cocaïnomane, dont les déductions frôlent souvent le surnaturel. Poirot est du même genre mais il me plait plus. Pourquoi je ne sais? Toujours est-il que malgré cette critique, Jeremy Brett arrive à envouter et finit par faire de Sherlock Holmes un homme presque plaisant. Quant au docteur Watson, c’est l’englishman idéal, compatissant et simple. L’exact inverse de Holmes, qui est la froideur intellectuelle. Amusant ce duo comme il ressemble à celui de Poirot et Hastings.

Les histoires de Sherlock Holmes se déroulent entre 1880 et 1917 environ. C’est une époque particulièrement intéressante du point de vue vestimentaire. Car c’est là que s’est mise en place la garde-robe actuelle. C’est là que les redingotes et autres fracs ont été délaissés pour faire place au complet à veste courte. Une étude attentive permet de déceler cela à travers les usages et les classes sociales, sur Holmes et Watson. Les vêtements sont remarquablement bien cousus et bien choisis. Les toilettes féminines ne sont d’ailleurs pas en reste. Au fond il n’y a que le nœud papillon curieux de Holmes qui m’interroge. C’est là le piquant de l’affaire! Quant à Watson, ce sont ces drôles de chapeaux melon tout ronds qui m’amusent!

 

Les quatre saisons du Sherlock Holmes d’ITV sont très agréables à regarder. J’en redemande. Hélas, sur les 60 histoires classiques composant le « canon holmésien », seule 41 furent adaptées à cause de la mort prématurée de Jeremy Brett.

A vous de prendre plaisir. Les DVD sont en vente dans les bonnes crèmeries. Et quelques épisodes sont sur Youtube pour vous faire une idée, comme ici ou

Belle semaine, Julien Scavini

Jeeves & Wooster

Certes, les nouvelles comiques relatant la vie du valet Jeeves et de son maître Wooster ont d’abord été écrites par Pelham G. Wodehouse entre 1917 et 1974. Mais une excellente adaptation télévisée a été faite.

Dans l’entre deux guerre, un jeune héritier pas tellement doué du nom de Bertram ‘Bertie’ Wooster attache à son service ce que nous appelons un valet : Jeeves. Ce ‘gentleman personnel’ du gentleman va le seconder en tout, devenant une pièce essentielle sinon indispensable de sa vie.

Bertie a la fâcheuse tendance de transformer de simples situations en d’inextricables imbroglios! Il est aussi stupide que son valet est brillant pour l’en sortir. Notons qu’à sa décharge, ses trois tantes le tyrannisent parfaitement! Les nouvelles, plutôt courtes, relatent ses successives aventures, entre Londres et sa campagne, entre clubs et manoirs. Les jeunes gens y sont oisifs, rentiers et joueurs ; les vieux sont vus comme de vieilles badernes et les maisons sont pleines d’un personnel bien dévoué, mais qui n’hésite pas à donner son avis et à intervenir avec espièglerie, tel est donc le cas de Jeeves.

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Sur un ton humoristique permanent, les péripéties se déroulent sans trop de sérieux, sauf en ce qui concerne la tenue de la maison et de son locataire! Car à ce stade, le serviable valet devient un parfait censeur, n’hésitant pas à remettre en bon ordre et à sa place son maître, sur ses tenues, ses goûts, ses sorties, ses fréquentations et même ses amours. Si Bertie refuse de se soumettre, Jeeves recourt alors à d’insidieuses méthodes.

L’adaptation sous forme de série télévisée a été réalisée par iTV dans les années 90, à une époque où l’Angleterre se passionnait pour son entre-deux guerres, avec l’adaptation d’Hercules Poirot ou de Brideshead Rivisited. Elle est visuellement parfaite, avec un Hugh Laurie désopilant et excellent joueur de piano (utile pour interpréter tout au long des 23 épisodes des tubes tels que Minnie the Moocher) et un Stephen Fry parfaitement savant et calculateur!

Il faudrait un livre pour décrire la garde-robe de Bertie. La ville est le domaine des costumes croisés (toujours avec le gilet) et des vestes à revers en pointe et gilets croisés. A la campagne, complets knickers et ensembles dépareillés sont de sortie. L’ensemble est complété de fabuleuses dinner jacket et queue-de-pie, conférant au tout une délicieuse atmosphère de perfection vestimentaire. Chapeaux, gants, souliers, pochettes et automobiles complètent le tableau. Quant à Jeeves, il arbore quasi exclusivement le black lounge (stroller) et la jaquette, ou la queue de pie pour le service du soir. Les autres acteurs sont parfaitement raccords, d’où une belle richesse et une unité.

Une merveille. Quatre saisons de cinq à six épisodes ont été tournées. Certains sont disponibles sur Youtube. Hélas en anglais, bien que j’ai pu il y a longtemps télécharger des fichiers de sous-titres, dont la mise en place est trop longue à expliquer ici. Je vous laisse le lien du premier épisode :

 

Bonne semaine, Julien Scavini