Le costume en baskets ?

Il y a des sujets qu’il vaudrait mieux éviter. Par prudence ou par simple respect de la tradition ? Et puis il y a des sujets qui reviennent par la fenêtre, même lorsqu’on a soigneusement fermé la porte. L’association de la basket (aussi appelée tennis ou sneaker, je m’y perds), avec le costume fait partie de ceux-là.

Je dois confesser que je l’ai rarement pratiquée. Non par snobisme absolu, je crois. Mais parce que le costume appelle naturellement une chaussure. Une vraie chaussure. Une richelieu, un derby, un mocassin parfois. Quelque chose qui a une tenue, et si possible un peu de cette gravité qu’apporte la semelle cousue. Nous sommes tout de même sur Stiff Collar. On ne va pas ouvrir la porte trop grand à la chaussure de sport sans trembler un peu.

Et pourtant.

Pour avoir seulement essayé une fois, je dois dire que je fus presque conquis. C’est une association de deux légèretés. Le pantalon de laine fine, lorsqu’il est bien coupé, est plus léger que bien des jeans, plus agréable que bien des chinos, plus fluide que presque tout ce que l’homme moderne porte au quotidien. Il accompagne. On ne le sent presque pas.

La sneaker, quant à elle, lorsqu’elle est souple, simple et moelleuse, ajoute une sensation assez délicieuse. Le pied n’est plus tenu comme dans une chaussure de ville. Il est amorti et presque bercé. L’ensemble donne alors une impression rare : celle de flotter doucement. Je me convaincs presque en écrivant ces lignes. C’est honteux.

Il faut dire que l’expérience me revient précisément. En 2020, je partis visiter Vienne en Autriche en plein hiver. J’emportais pour le week-end un pantalon de flanelle épais, gris, moelleux, de ceux que l’on est heureux d’avoir dans une valise lorsque le thermomètre descend. Et à l’aéroport, je me laissai convaincre par une paire de sneakers noires Lacoste, toute simple, presque anodine. Rien de voyant. Rien de technique. Le temps d’un week-end avec beaucoup de marche, ce fut bien efficace. Et même, disons-le, très agréable.

Alors que faire de cette constatation ?

Car il faut observer ce qui nous entoure. Je suis un amateur du costume. Pas un chausseur. Je défends donc ma paroisse, celle du pantalon bien coupé, de l’étoffe qui tombe avec grâce. Si l’homme contemporain ne veut plus porter de chaussures lourdes, doit-on pour autant abandonner le costume ? Faut-il jeter le bébé avec l’eau du bain, ou accepter que le bas puisse se détendre un peu, pourvu que le haut garde sa dignité ?

Voyez plutôt les stewards dans les avions. Voyez certains serveurs dans les restaurants. Beaucoup sont aujourd’hui obligés de faire cette association : formalisme à la jambe, souplesse au pied. Le pantalon est sombre, net, presque uniforme ; la chaussure, elle, doit permettre de marcher, de piétiner, de rester debout des heures. L’élégance professionnelle a rencontré la podologie. Ce n’est pas très poétique, mais c’est réel. Même si je sais que le pieds, dans le temps, se tient mieux dans une chaussure fermée, les podologues le disent je crois.

Voyez aussi nombre de messieurs argentés. Ils ne s’embarrassent plus toujours de la lourde chaussure à lacets en cuir, montée Goodyear, cirée le dimanche. Il n’y a qu’à observer le succès immense de ces mocassins souples à semelle blanche, chez Loro Piana et copiés partout. La chaussure chic est devenue pantoufle de luxe. Elle ne claque plus sur le trottoir. Elle glisse.

Le débat est encore plus sensible en été. Iriez-vous à Roland-Garros en richelieus, sous la chaleur, sur les allées poussiéreuses, entre deux tribunes et trois verres d’eau tiède ? Peut-être. Il y a des tempéraments héroïques. Mais beaucoup préféreront une chaussure plus légère, plus souple, moins cérémonieuse. Et il faut bien reconnaître qu’avec un costume clair, une veste dépareillée, un pantalon de laine froide ou de coton, la chaussure très formelle peut parfois paraître plus raide que distinguée. Je le vois le dimanche matin devant l’Eglise. Est-ce que ces gros godillots mal cirés avec un chino un peu avachi sont chics ? Ou un peu fanées?

Toutefois, la sneaker avec le costume demande un tact extrême. Elle ne pardonne presque rien. C’est même tout le paradoxe. On croit introduire de la décontraction, et l’on découvre qu’il faut être plus attentif encore qu’avec une chaussure classique.

La sneaker doit être basse. Elle doit être fine. Elle doit laisser le pantalon descendre proprement, sans former d’accordéon, sans se coincer sur une languette trop épaisse ou une semelle trop volumineuse. Une grosse chaussure de course, avec ses renforts, ses couleurs, ses mousses apparentes, détruit immédiatement la ligne. Le pantalon de costume est une chose délicate. Il n’aime pas les obstacles. Il faut peut-être faire un ourlet plus court ?

La sneaker doit aussi être sobre. Blanche, écrue, gris clair, bleu marine, noire parfois. Le moins de logos possible. Le moins de coutures inutiles. Le moins d’effets. Il ne s’agit pas de faire entrer le vestiaire sportif dans le costume comme un invité bruyant. Il s’agit plutôt de trouver une chaussure silencieuse, dont la forme puisse dialoguer avec la netteté du pantalon.

C’est là que Permanent Style a raison, lorsqu’il rappelle que la sneaker acceptable avec des vêtements habillés doit emprunter quelque chose à la chaussure de ville : une ligne simple, une minceur, une certaine austérité. Elle ne doit pas seulement être chère. Elle doit être discrète. Et surtout, elle doit savoir jusqu’où ne pas aller. Au-delà d’un certain formalisme (costume sombre, chemise blanche, cravate, rendez-vous important), la chaussure classique reprend ses droits. Et c’est très bien ainsi.

Un ami me parlait récemment de son étonnement devant la gamme Bexley. Nous ne commenterons pas ici la qualité, ce n’est pas le sujet. Mais le style, assurément, est intéressant. On y trouve cette sobriété que les grandes marques italiennes ont beaucoup popularisée : des sneakers simples, unies, basses, peu dessinées, qui cherchent moins à être des objets de mode qu’à accompagner un pantalon. C’est probablement cela, la bonne direction.

Car la question n’est pas : « Peut-on mettre des baskets avec un costume ? » La question est plutôt : « Quel costume ? Quelles baskets ? Et pour quelle circonstance ? »

Avec un costume de ville très formel, à la coupe nette, porté avec chemise et cravate, la sneaker reste difficile. Elle donne vite l’impression d’un raccourci, ou d’une volonté trop visible de paraître moderne. Avec un costume souple, une veste déstructurée, un tee-shirt uni, un polo en maille, une chemise ouverte, l’affaire devient plus naturelle. Avec un pantalon de flanelle, de laine froide, de lin ou de coton, porté sans emphase, la basket peut même devenir charmante.

Il faut aussi que le pantalon soit bien choisi. Il peut être assez slim sur la cheville et donc court, ou bien large et donc très actuel. Je ne suis pas sûr que le revers soit logique. Une longueur légèrement plus courte est souvent préférable je le disais, car la sneaker n’a pas le même cou-de-pied qu’une chaussure classique. Là encore, tout est affaire de millimètres. L’élégance moderne n’est pas plus facile que l’ancienne. Elle est seulement moins codifiée encore.

Je crois donc que la sneaker peut sauver le costume, dans certains cas. Voilà une phrase que je n’aurais pas cru écrire. Elle peut le rendre plus praticable, plus voyageur, plus urbain. Elle peut convaincre un homme qui n’aurait pas mis de pantalon de laine d’en porter un. Elle peut réintroduire la fluidité du beau tissu dans des vies qui n’acceptent plus la contrainte. À condition, bien sûr, de ne pas appeler cela de l’élégance formelle. C’est autre chose. Une élégance de relâchement, de marche, de week-end, d’aéroport, de musée, de terrasse, de chaleur.

La chaussure en cuir garde sa majesté. Elle reste indispensable. Elle est même souvent plus belle, plus émouvante. Mais la sneaker, lorsqu’elle est choisie avec modestie, peut être une alliée inattendue du costume. Non pour l’avilir. Non pour le transformer en uniforme de start-up. Mais pour lui donner une chance supplémentaire de vivre encore.

Après tout, mieux vaut un beau pantalon de laine porté avec des sneakers fines, qu’un mauvais jean porté avec des souliers précieux, non? Enfin je pense. Et puis il y a aussi les tassel loafer avec des semelles souples, comme les Belgian loafers. Ils sont le parfait entre deux, le trait d’union entre la chaussure classique et le basket. Ce qui vous avouerait, donne beaucoup de possibilités aux élégants. Le curseur a beaucoup de positions !

Belle semaine, Julien Scavini

Le pantalon qui n’était pas plat

Il y a dans le vêtement masculin des évidences qui n’en sont pas. Des choses si bien intégrées à notre œil contemporain qu’elles paraissent naturelles, éternelles, presque indiscutables. Le pantalon en est un bon exemple. Nous le concevons aujourd’hui comme une enveloppe relativement simple, faite de lignes droites et de quelques courbes nécessaires. Deux tuyaux, pourrait-on dire, plus ou moins large, plus ou moins étroit, qui partent de la taille pour descendre jusqu’au soulier.

Or cette évidence est n’a pas toujours été la seule possible.

Aujourd’hui, le patronage d’un pantalon se construit presque toujours sur des lignes droites, particulièrement du genou jusqu’au bas. La couture de côté est rectiligne, la couture d’entrejambe également dans sa grande partie. Les courbes existent, bien sûr, mais elles sont concentrées là où le corps les exige : à la fourche, au bassin, autour du fessier. Pour le reste, la jambe du pantalon est pensée comme une géométrie assez plane. Voyez plutôt mon schéma synthétique. En orange sont les lignes courbes. En noir les droites. Du genou au bas, les lignes sont bien rectilignes :

Selon que ces lignes convergent fortement ou non vers le bas, on obtiendra un pantalon étroit, droit ou large. Le principe demeure le même. On resserre ou on élargit, mais l’architecture reste fondée sur des pans que l’on peut poser à plat sur une table. C’est la logique moderne du pantalon. Suivant comment les segments oranges sont touchés, le pantalon devient plus ou moins étroit.

Lorsque la mode voulut, il y a quelques années, des pantalons extrêmement ajustés, on ne modifia pas ce principe. On recourut résolument aux tissus extensibles. L’élasthanne fit le travail que la coupe ne faisait pas. Le pantalon, taillé étroit dans une logique droite, se déformait ensuite sur le corps. Le genou poussait, le mollet tirait, la cuisse remplissait. La matière acceptait cette contrainte et donnait l’illusion d’un vêtement épousant la jambe.

Mais au XIXᵉ siècle, et encore parfois jusque dans les années 1940, il n’y avait pas d’élasthanne pour venir au secours du tailleur. Les étoffes étaient même plus rigides qu’aujourd’hui. Or les hommes notamment au XIXème siècle aimèrent porter le pantalon très près du corps. Très serré même. Il fallait donc trouver un autre moyen. Et cet autre moyen, c’était la coupe.

Les tailleurs imaginèrent alors des pantalons que l’on pourrait dire « collants », non parce qu’ils collaient par élasticité, mais parce que leur patronage anticipait les volumes de la jambe. Le pantalon n’était plus un simple tube. Il recevait une forme. Il galbait le mollet, contournait le genou, serrait la cuisse, puis descendait vers le soulier avec une intention presque sculpturale. Voyez plutôt :

Le résultat pouvait être merveilleux. Le tissu ne subissait pas le corps. Il le traduisait. Il y avait là une virtuosité de coupe assez oubliée, une manière de faire naître le volume non par l’élasticité de la matière, mais par l’intelligence du patron. Même le bas n’était pas droit. Il était coupé en cloche devant pour passer le cou de pied, et long derrière pour pendre au talon.

Cette coupe avait toutefois une conséquence curieuse : le pantalon n’était plus vraiment plat. Posé sur une table, il était boursouflé, prenait une forme gauche, refusait de se laisser réduire à deux surfaces superposées. C’est précisément ce qui faisait son intérêt. Il contenait déjà, dans son dessin même, l’idée d’une jambe. Impossible à vendre en prêt-à-porter. Il fallait vraiment que ce soit du sur-mesure. (Précision à évoquer, j’ai dessiné un haut de pantalon moderne, car même le haut n’était pas tout à fait similaire à mon dessin). Voyez le résultat de ce mollet chantourné :

Certaines coupes, pour mieux tomber sur le soulier, s’évasaient même fortement au bas. Et c’est là qu’apparaît, bien avant les années 1970, l’idée de la « patte d’éléphant », un terme du XIXème siècle. On imagine volontiers cette expression comme née avec les pantalons de hippies, les velours côtelés orange et les cols pelle à tarte. Mais le principe est plus ancien. Une jambe très prise, puis brusquement évasée pour couvrir le soulier. Voyez l’allure de ce patronage singulier :

Il est amusant de constater que cette science ancienne ne fut pas redécouverte lorsque le slim devint à la mode. Aucun grand styliste, à ma connaissance, ne sembla vouloir reprendre sérieusement cette coupe galbée, en trois dimensions. On préféra demander à la matière de s’étirer plutôt qu’au patron de réfléchir. C’était plus simple, plus industriel.

Et pourtant, il y aurait là un terrain magnifique. Un pantalon ajusté sans être vulgairement tendu. Un pantalon proche de la jambe mais non moulé par la fibre élastique. Un pantalon qui tiendrait par la coupe, non par le stretch. Cela demanderait du travail, évidemment. Il faudrait accepter qu’un patron ne soit pas toujours une figure docile, bien plate, bien sage. Il faudrait retrouver cette idée ancienne que le tailleur ne dessine pas seulement des surfaces, mais des volumes. Amusant n’est-il pas?

Belle semaine. Julien Scavini

Petit dictionnaire du client sartorial

Il existe dans le monde du tailleur tout un vocabulaire mystérieux que les clients emploient souvent… sans vraiment savoir ce qu’il signifie. Et honnêtement, c’est bien normal : entre les termes techniques hérités de plusieurs siècles d’artisanat, le jargon d’atelier, les italianismes plus ou moins bien compris et les expressions devenues à la mode sur internet, il y a de quoi s’y perdre.

Ainsi, certains parlent d’une “cigarette” sans trop voir de quoi il s’agit, demandent une “épaule napolitaine” sans savoir ce qui la distingue réellement, ou évoquent la “toile” d’une veste comme s’il s’agissait de doublure. Quant aux mots comme passepoil, mignonette ou embu, ils semblent parfois sortir d’un roman du XIXe siècle.

Voici donc un petit lexique tailleur, non exhaustif, mais utile, destiné à éclaircir quelques-uns des termes les plus employés, les plus mal compris… ou les plus joliment mystérieux du vestiaire masculin.

Emmanchure n.f.

Ouverture pratiquée dans le corps d’un vêtement afin d’y monter la manche. Plus une emmanchure est haute et bien coupée, plus la veste offre d’aisance de mouvement sans excès de tissu. Curieusement, plus elle est profonde et large et plus la veste confortable. à l’inverse.

Cigarette n.f.

Pièce de rembourrage placée au sommet de la manche, comme une arcature, formant admirablement la tête de manche. Formant un petit bourrelet visible, plus ou moins accentué. Cet effet, souvent recherché dans la tradition tailleur, donne du relief et du caractère à l’épaule. Technique courante chez tous les tailleurs de France, du Royaume-Uni, d’Italie, des Etats-Unis, du Japon, de Chine, bref, de tous les pays pratiquant l’art tailleur. En relation avec le “rollino” des italiens, qui décrit le roulé de la tête de manche.

Tête de manche n.f.

Partie supérieure de la manche, là où elle rejoint l’emmanchure. C’est l’un des points les plus techniques d’une veste, car elle conditionne à la fois le confort et l’esthétique de l’épaule. La technicité atteinte par l’industrie maintenant fait que bien des retouches à ce point rendent la veste moins belle.

Épaulette n.f.

Pièce de rembourrage placée à l’intérieur de l’épaule d’une veste afin d’en structurer la ligne d’épaule. Son épaisseur et sa forme influencent fortement l’allure générale du vêtement. Son épaisseur varie suivant les époques. En mode masculine, elle fut très épaisse dans les années 1940 et 1950, plus naturelle dans les années 60, avant de reprendre un peu d’épaisseur dans les années 1990. Une veste avec une épaule de chemise n’a pas pas d’épaulette. En relation avec le “padding” des anglais, mot plus englobant chez eux, qui décrit à la fois l’épaisseur de l’épaulette et la dureté de l’entoilage, ainsi que le volume de cigarette.

Plastron n.m.

Pièce intérieure calandrée constituée de couches de crin et de laine, qui structure la poitrine d’une veste et lui donne son tombé. Les éléments du plastron peuvent être “volant” et faire à eux seul l’entoilage partiel d’une veste semi-entoilée. Ou les éléments du plastron peuvent être solidaire de la toile tailleur qui va du haut en bas du devant de la veste, constituant alors une partie de l’entoilage traditionnel.

Toile n.f.

Assemblage d’un plastron et d’une toile de corps. Une veste “entoilée” tire sa souplesse et sa tenue de cette structure invisible et flottante.

Thermocollé adj. / n.m.

Tissu naturel ou artificiel enduit de gouttelettes d’une colle qui réagit à la chaleur. Le thermocollant se trouve de deux manières dans une veste, un pantalon, un gilet, ou bien d’autres vêtements. En petites parties éparses destinées à renforcer des parties fragiles du tissu. Ou pour une veste tailleur, en replacement de la toile flottante précédemment évoquée. Dans ce cas, on parle de veste thermocollée, ou semi-entoilée, les termes étant synonymes. La toile thermocollante peut être à base de laine et de crin, ou à base de polyester.

Anglaise n.f.

Ou ligne d’anglaise. Ou les anglaises. Coutures périmétriques donnant au haut du revers et aux extrémités du col des découpes particulières, en cran ou en pointe. La jonction et la géométrie de l’anglaise, ou des anglaises, donnent l’allure au revers, son expressivité caractéristique. Proche : au XIXème siècle, on parlait facilement des “bavaroises” pour décrire les revers.

Basque n.f.

Partie inférieure d’une veste située sous la taille. La longueur et l’ouverture des basques jouent un rôle essentiel dans l’équilibre visuel d’un vêtement.

Fente n.f.

Ouverture pratiquée à l’arrière ou sur les côtés d’une veste afin de faciliter le mouvement. Les vestes peuvent comporter une fente centrale, deux fentes latérales, ou aucune. Historiquement, aucune. Des années 1910 et jusque récemment, une. Et depuis les années 1940, deux sous l’influence probable de la coupe anglaise plus affutée. Par modernité, les fentes mesurent 25cm de haut environ, pour s’aligner sur les poches. A la mode des années 70, elles peuvent faire plus. A la mode des années 1960, elles peuvent faire 10cm.

Martingale n.f.

Bande de tissu placée au dos d’un vêtement, pour marquer la taille. D’abord utilitaire sur les manteaux militaires, elle est devenue un détail esthétique apprécié sur certains manteaux ou vestes de safari. Elle peut être fixe et cousue tout autour, ou laissée libre, simplement cousue dans les côtés. Sur les beaux manteaux, elle est en deux parties avec des boutons. Les vestes autrichiennes peuvent aussi présenter cette disposition, ce qui a tendance a les rendre encore plus laide à mes yeux.

Pinces n.f. pl.

Mot employé à toutes les sauces en couture. Globalement : coutures discrètes permettant de retirer de l’ampleur au tissu afin d’épouser les formes du corps. Elles participent au cintrage et au tombé du vêtement. On en trouve deux sur le devant de la veste partant de la poche, idem sur le gilet. On en trouve au dos des pantalons. On peut en fait également à divers endroits pour régler des problèmes de morphologie (comme la pince sous le revers pour gérer les poitrails en avant). Par extension : sur un pantalon, le devant peut présenter une pince non-cousue, appelée alors pince. Il peut y avoir une pince ou deux, vers l’intérieur, ou vers l’extérieur.

Embu n.m.

Excédent de tissu volontairement résorbé au fer chaud et par la technique de couture, lors du montage d’une manche ou d’une pièce. Bien exécuté, l’embu donne de la rondeur et du confort sans créer de plis visibles. Si l’embu est mal rentré, apparaissent des fronces. Les fronces étaient appelées dans la littérature tailleur des “poignards”. Une pince permet aussi de résorber de l’embu.

Roulé de revers n.m.

Courbe naturelle formée par le revers lorsqu’il se replie sur lui-même. Un beau roulé donne de la vie à la veste et témoigne souvent d’un bon entoilage. Des vestes trop nombreuses dans une penderie trop petite seront serrées et les roulés seront écrasés. Aucune regret, abondance de bien ne nuit pas.

Main n.f.

Terme utilisé pour désigner la sensation tactile d’un tissu : souple, sèche, nerveuse, moelleuse, etc. La “main” est l’une des premières qualités qu’un amateur juge en touchant une étoffe. Le tailleur sait d’instinct si tel tissu est de la merde, donc si sa main est nulle.

Passepoil n.m.

Fine bande de tissu insérée au bord des lèvres d’une poche afin d’en exécuter le contour, par deux généralement. Le passepoil est à la fois un élément de finition et de décoration. Du vieux français : passer (verbe) et poil (le bord du tissu). En vêtement, le passepoil peut aussi constituer le bord d’un vêtement, là où il s’use. Le passepoil de bord peut se remplacer. Il était souvent coloré sur les uniformes. Le sens est similaire à celui d’une ganse, bien que celle-ci soit considérée comme plus visible qu’un passepoil. En tapisserie, le passepoil peut être comblé par un cordon lui donnant un relief particulier.

Mignonette n.f.

Doublure spécifiquement rayée et anciennement plus solide que de la doublure normale, généralement utilisée dans les manches. Ce détail discret appartient au vocabulaire traditionnel de la tailleurie.

Milanaise n.f.

Triple cordonné câblé, généralement de polyester, servant de fil de passe lors de la réalisation d’une boutonnière à la main. Cette milanaise a la rigidité d’un petit fil de fer. Elle donne son galbe à la boutonnière qui l’incorpore. Suivant le point qui sera brodé à la main, il est possible d’obtenir une boutonnière standard (pour le devant ou pour les manches), ou une boutonnière aux lèvres au relief marqué. Cette boutonnière aux lèvres en relief est seulement exécutée au revers d’une veste, car elle n’est pas fonctionnelle du fait de son épaisseur, mais seulement décorative. Par ellipse de langage, cette boutonnière est appelée aussi une milanaise.

Surpiqûre n.f.

Couture visible réalisée sur l’endroit du vêtement afin de renforcer les bords et pour obliger la laine à rester nettement aplatie. Effet de netteté qui peut être obtenu par thermocollage réalisé dans l’envers du tissu. Dans l’industrie, la surpiqûre discrète dite AMF ou pic stitch imite le travail fait main grâce à une machine dont la qualité est de rendre le piqué le plus invisible possible. Manuellement, on parle de point-perdu.

Hirondelle n.f.

Petit renfort de tissu, souvent triangulaire, placé à l’extrémité d’une ouverture ou d’une couture fragile. Elle sert à consolider le vêtement tout en apportant un détail de finition élégant. Elle peut-être en cuir, en tissu, ou en fil de broderie.

Bride n.f.

Petit lien ou passant servant à maintenir, fermer ou renforcer une partie d’un vêtement, réalisé par entortillement d’un cordonné de soie sur lui-même. En Italie, on parle de “travetto”. Très visible à l’envers d’une belle cravate pour la clore. Réalisé à la machine, la broderie s’appelle alors dans le langage coutumier de l’industrie un “bar-tack”.

Demi-lune n.f.

Bride réalisée à la main ou à la machine à l’extrémité des passepoils d’une poche afin d’en renforcer la structure, en forme de D. Elle maintient les différentes couches intérieures (notamment les capucins) et garantit la netteté ainsi que la géométrie parfaite de l’ouverture de poche. Réalisé à la machine, la broderie s’appelle alors dans le langage coutumier de l’industrie un “D-tack”.

Parementure n.f.

Pièce de tissu cousue à l’intérieur d’un vêtement afin de finir proprement un bord ou une ouverture. Elle permet notamment de donner de la tenue au devant d’une veste ou d’un manteau. Concrètement, c’est l’intérieur bord devant d’une veste. Cette parementure est visible à l’extérieur, puisqu’elle se transforme partiellement en revers.

Doublure n.f.

Tissu intérieur d’un vêtement destiné à améliorer le confort, le tombé et la finition. Une doublure peut être complète, partielle, ou absente dans les vestes les plus légères. A ne pas confondre avec l’entoilage, voir toile.

Sous-col n.m.

Partie située sous le col d’une veste, généralement réalisée dans un feutre spécifique. Le sous-col joue un rôle essentiel dans la tenue et le roulé du col. Généralement, ce feutre dissimule un entoilage du col réalisé en toile de lin. Sur un manteau, le sous-col peut être en tissu.

Banane n.f.

Déformation en forme de courbe du dessus de col à l’intérieur de la veste, entre le dessus de col extérieur et la doublure. Sur la banane est généralement cousue un petit passant de cintre.

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Col de chemise : la taille compte.

Autrefois sous-vêtement ample et carré au patronage sans grand intérêt, la chemise n’avait droit de cité que par ses extrémités : les poignets et surtout le col, ce dernier étant, au siècle précédent, détachable et dur. Un sujet auquel j’avais d’ailleurs consacré le premier article de ce blog, je crois.

Le col de chemise, par sa forme, exprime beaucoup de choses. Il encadre le visage, dialogue avec la cravate, répond aux revers de la veste. Bref, il est tout sauf un détail.

Les formes : une question d’ouverture

Il est logique de classer les cols selon leur degré d’ouverture.

On trouve d’abord les cols fermés, avec différents niveaux : fermés dans les années 1920, trop fermés dans les années 1980 genre Les Affranchis, et aujourd’hui légèrement vaguement plus ouverts. (Comme on peut voir sur Harry et William)

Vient ensuite ce que l’on appelle en France le col italien, plus largement ouvert. Il s’est démocratisé dans les années 1960, notamment avec des marques comme Armorial. Il est amusant d’ailleurs de noter que les Italiens le nomment… col français.
Lorsque l’ouverture devient encore plus franche, on parle volontiers de col à l’anglaise, ou, dans le monde anglo-saxon, de cutaway (comme on peut voir sur le Prince Charles) voire de full spread. Ce sont ces cols très ouverts que l’on voit le plus outre-Manche et outre-Atlantique.

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À côté de ces grandes familles existent des variantes : le col à pointes boutonnées, plus sport ; les cols à pointes rondes inspirés du début du XXᵉ siècle ; les cols à patte ou à barrette ; sans parler des fantaisies contemporaines.

Mais au-delà des formes, il y a un sujet autrement plus décisif : les dimensions. D’elles dépend l’allure et le pedigree de la chemise.

Les dimensions : le véritable enjeu esthétique

Pour être précis, je parlerai ici de :

  • la hauteur du pied de col devant (Hdevant),
  • la hauteur du pied de col arrière (Harrière),
  • la longueur de pointe (L).
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En France, nous baignons traditionnellement dans une mer de petits cols. Un standard courant tourne autour de 25 mm devant, 31 mm derrière, avec des pointes de 60 à 65 mm. Ce n’est déjà pas beaucoup. Et pourtant, nombre de marques font encore plus chiche : 20 mm devant, 25 mm derrière, pour des pointes autour de 50 mm.

Disons-le franchement : c’est mochard ! Voyez ci-dessous. Ces petits cols sont allés de pair avec les revers étroits des costumes slim et les cravates étriquées ; voire l’absence de cravate. Admettons que ce soit là une tradition française.

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À l’inverse, regardons du côté britannique. Le roi Charles, par exemple, porte des cols relativement modestes en hauteur (25 mm devant, 31 mm derrière), mais avec des pointes plus longues, autour de 75 mm, et surtout un passage de col assez bas, pour ne pas contraindre le cou.

Les Italiens, eux, ont depuis quelques années remis à l’honneur des proportions plus généreuses : 30 mm devant, 36 mm derrière, avec des pointes atteignant 80 mm. Le col reprend alors sa place — il devient visible, structurant, presque opulent.

Plus loin encore, les années 1970 ont exploré des dimensions franchement ambitieuses : 35 à 40 mm devant, jusqu’à 45 mm derrière, et des pointes flirtant avec les 95 mm comme on peut le voir ci-dessous avec ce col légèrement classique. Le col enserre alors pleinement le cou et offre un déploiement spectaculaire.

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Attention toutefois : toutes les formes ne supportent pas de telles dimensions. Un col fermé classique, par exemple, perdrait toute justesse dans ces proportions.

Une affaire de proportion… et de coupe

Car dès que les dimensions augmentent, la difficulté technique s’accroît. La retombée du col devient cruciale. On ne passe pas facilement d’un petit col à un grand : le dessin doit être repensé et ajusté.

Surtout, il faut éviter les incohérences : de petites pointes sur un pied de col haut (ou l’inverse) créent un déséquilibre immédiat. Un col réussi est avant tout une question d’harmonie.

Un regard en arrière

Au XIXᵉ siècle, à l’époque des cols durs et détachables, les hauteurs pouvaient être spectaculaires : jusqu’à 5 cm, parfois davantage, au point de frôler les lobes des oreilles. C’est d’ailleurs pourquoi je garde un faible pour les cols cassés bien proportionnés et généreux en hauteur d’avant. Mais les beaux exemples sont aujourd’hui d’une rareté désolante.

Un col se juge en millimètres. Et ces millimètres font toute la différence !

Bonne semaine, Julien Scavini