La dent dure pour le PR

Quel été! De buzz en buzz, comment notre pauvre petit cerveau a-t-il pu trouver le répit. La coupe du monde a été chassée par le buzz Benalla, story qui a été ensuite brûlé par un poste électrique à la gare Montparnasse, buzz qui a rapidement été cogné par Booba et Kaaris à Orly, histoire hallucinante chassée là encore par le buzz d’une #metoo italienne accusée à son tour… Puis, nouveau buzz : Jupiter trouve les Gaulois récalcitrants. Et enfin, un matin, sans prévenir, un chasseur a rendu un ministre biodégradable. Pfouuu c’est décoiffant tout ces buzz.

Heureusement, il y a Findus. Et les sujets super frivoles pour se remettre. Par exemple, la tenue du Président de la République, PR pour les intimes, au dîner d’État donné par la Reine du Danemark.

Le mardi 28 août 2018 avait donc lieu un diner d’État. Pour le protocole, c’est l’un des moments les plus prestigieux de la rencontre entre deux chefs d’État. Par exemple, si la rencontre se fait lors d’un voyage officiel, le degré en dessous, il n’y a pas de diner d’État. Juste un diner, sans (grande) pompe et tralala.

Et évidemment, il faut se saper un peu. Pour un diner lors d’un voyage officiel, le costume peut suffire (en France!) mais généralement le smoking est de rigueur. Pour un diner d’État en revanche, il faut sortir l’habit. Ou ce que l’on appelle plus communément, la queue-de-pie. Et elle oblige, la queue-de-pie! C’est comme construire un bateau, il faut du temps et suivre des règles.

Et notre aimable Président, c’est triste à dire, s’est latté. Bon d’accord, le site PurePeople dit que « Le couple présidentiel français a fait preuve d’une grande élégance« . Mais peut-on laisser des philistins en juger? Je ne commenterais pas la robe de Mme, il y a des spécialistes. Mais la queue-de-pie de monsieur. Ah! (Et je ne commente pas ce baise-main qui s’apparente à une poignet de main virile).

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La grande erreur vient de la veste. Car pour le gilet et le papillon, il avait bon : blanc. La queue-de-pie (abréviée ‘cravate blanche’ ou ‘white tie’ sur les cartons d’invitation) est un ensemble de vêtements très anciens. La partie haute, disons la veste, est échancrée et fuyante à la taille. Cette taille, placée très haut, oblige à avoir un pantalon qui monte sous les aisselles, au moins.

Or, M. Macron ne portait pas une queue-de-pie, il portait un jaquette. La jaquette, qui se porte le jour, pour les mariages ou les enterrements, est arrondie. Ce n’est pas le même vêtement, voyez plutôt : à gauche la queue-de-pie et à droite, la jaquette. D’ailleurs la queue-de-pie a des revers satiné et ne se boutonne pas.

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Mais en fait et au fond, je m’en fous bien comme de l’an 40. Le Président fait bien ce qu’il veut. Seulement, je suis navré de deux choses.

La première est que la France, quand même, est le pays du bon goût et du savoir-vivre. (Soit-disant). Ne pas faire la différence entre une queue-de-pie et une jaquette, c’est comme ignorer la différence entre l’appellation ‘Village’ et ‘Premier Cru’. Les deux sont bons, c’est sûr. Qu’un chef d’État originaire d’un pays dont ce n’est pas la tradition vestimentaire, ne sache pas, est pardonnable. Mais le Président de la République Française, tout de même…

Deuxièmement, et c’est ce qui est encore le plus triste, personne n’est donc là pour donner son avis et éclairer le sujet? Il n’y a pas un majordome à l’Élysée ou un fonctionnaire de haut vol pour venir l’expliquer? C’est tout un monde. Et on vient nous argumenter ensuite qu’on trouve des fonctionnaires de haut vol pour savoir comment gérer l’impôt à la source? tso tso, laissez moi tousser. Ils n’arrivent pas à voir clair question fringue mais genre algorithmes à 40 milliards, si?!

Mais rassurons-nous, côté incurie vestimentaire, notre Président n’est pas le premier de la lignée.

François Hollande il me semble n’a jamais porté l’habit. Dieu nous en préserve. L’Empereur du Japon, cet homme ô combien élégant, a préféré organiser un simple diner officiel en smoking. Il savait qu’il recevait un sans dent. A la différence de François Fillon, trèèèèès dignement vêtu pour recevoir le « Grand Cordon de l’Ordre du Soleil Levant ».

 

 

 

Nicolas Sarkozy était lui absolument ridicule en queue-de-pie. Son pantalon ne montait vraiment pas assez haut. Pire il le portait avec une ceinture de cuir. Diantre! Des bretelles. Le résultat : tout dégueulait sous le gilet comme disent les tailleurs. Et on ne le dira jamais assez, le gilet blanc ne doit pas dépasser. A gauche, Sarkozy, son habit trop court, son gilet trop long ; à droite, le duc d’Édimbourg, le gilet parfaitement réglé sur l’habit.

 

 

 

 

Jacques Chirac lui était assez fin. Comme il portait l’habit, en bref une queue-de-pie, mais de jour, il a donc choisi un gilet noir, chose qui peut se faire, comme d’ailleurs le Président Pompidou.

Parceque la queue-de-pie est plutôt considérée pour le soir et la jaquette pour le jour. Or, quand on doit porter la queue-de-pie de jour, comme lors de grands évènements protocolaires, il peut être admis de mettre alors un gilet noir.

Admirez cette cérémonie officielle où Pompidou parle! Quel poème vestimentaire. Pompidou en grand habit (-de Président-), les Ministres en jaquette, les huissiers en culotte à l’ancienne.

 

 

 

Finalement, il faut en revenir à De Gaulle, pour trouver un homme qui savait manier avec tact les convenances : la jaquette de jour et l’habit officiel le soir. En journée, pour les grandes cérémonies, plutôt que la queue-de -pie, son uniforme de Général était plus souvent de sorti.

 

 

 

Ci-dessous, Pierre Messmer et Maurice Couve de Murville en jaquette, De Gaulle en Général. Les Préfets, Militaires et tutti en uniformes respectifs. Quand même, pour des français, c’est la classe et ça devrait être normal.

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Voilà, j’ai fini.

 

PS : j’oubliais aussi à propos du diner au Danemark. Bruno Lemaire. Lui, sait ce qu’est une queue-de-pie. Hélas il est grand. Et sa queue-de-pie était trop courte, découvrant allègrement son gilet. Dommage! Car avec son cordon autour du cou, il avait du panache!

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Belle semaine, Julien Scavini

Bel été

L’été est là, il est temps de relâcher un peu le rythme, à défaut d’être tout à fait en vacances. L’année fut riche et tumultueuse. Je vous souhaite alors un bel été.

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Je profite de ce dernier billet avant l’automne pour vous encourager à voir un film, Julie & Julia, comédie dramatique américaine datée de 2009.  Ce film tout à fait délicieux relate le destin croisé de deux femmes : l’une a fait découvrir aux américains la cuisine française dans les années 50 et 60, l’autre a remis au goût du jour ces recettes dans les années 2000. Le film entrecroise les deux époques et les deux récits d’une manière très honnête.

Julia Child est peu connue en France. Cette américaine, qui ressemble assez à Maïté dans la façon d’aborder poulets et autres victuailles, s’est prise de passion pour notre gastronomie dans les années 50, lorsqu’avec son mari diplomate, elle s’est installée à Paris. Elle n’a eu de cesse dès lors d’apprendre à cuisiner et surtout de faire aimer la bonne cuisine et les produits frais aux américains. Un destin hors du commun. Elle présenta même pendant 10 ans une émission télévisée sur le sujet. Elle est jouée par une Meryl Streep au sommet de son art, mariée à Stanley Tucci, déjà vu sur Le Diable S’Habille en Prada. La mise à l’écran du Paris des années 50 est absolument formidable, un délice suranné plein de fraicheur, un bonheur. Les costumes de Stanley Tucci, mélange de conservatisme bureaucratique et de décontraction américaine, sont très élégants.

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Julie Powell, de son côté, s’était lancée comme défis dans les années 2000 de refaire toutes les recettes françaises – et elles sont nombreuses – du livre de Julia Child Mastering the Art of French Cooking.  Au delà des mets absolument délicieux cités à l’écran (ah cette sauce hollandaise!), elle est l’une des pionnières du blogging. Et la première personne dont le blog est devenu le sujet d’un film, de ce film. Réalisation qui mêle donc les thèmes : deux femmes qui s’ennuient à deux époques différentes, deux manières différentes de s’occuper et surtout, deux manières de partager son savoir. Un film rafraichissant, plaisant et gourmand. Petites audiences à l’époque, c’est dommage. Un film gastronomique qui devrait plaire aux français pourtant, il met à l’honneur leur art, l’élégance culinaire !

 

Bel été ! A bientôt. Julien Scavini

Du Temps De Papa

Il y a quelques temps, un lecteur du blog m’a prêté un livre au détour d’un passage à la boutique en me proposant de le lire. Pour le plaisir m’a-t-il dit sans plus de détail… Le livre s’intitule Du Temps de Papa. Il a été écrit par un certain Gontran de Poncins (1900-1962) et publié en 1955 par les éditions Julliard. La couverture très cocotte ne m’a pas immédiatement poussé à la lecture. Et puis un jour, j’y ai plongé, sans plus. Passé une citation de Beudelaire « En vérité, je n’avais pas tout à fait tord de dire que le dandysme est une espèce de religion« , les 206 pages s’ouvrent sur la description du dit papa, en fait le comte Bernard de Montaigne, faisant exprès d’arriver systématiquement en retard à la messe donnée dans la chapelle du château. Pas mal de dialogues et d’expressions toutes faites m’ont donné une première impression mitigée, d’une écriture un peu facile et tape à l’œil.

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Et puis, le sujet s’est approfondi. Chapitre II, Papa Construit son personnage. A partir de cet instant, le sujet apparait plus clairement et la lecture accélère. On découvre un personnage érudit et élégant, vivant sur un grand pied, un aristocrate tout en panache : « C’est à Paris que Papa s’est trouvé. C’est là qu’il a réalisé sa forme, cet Art de vivre qui était en lui. Car Papa voit naturellement beau, et il veut la perfection. Rien n’est trop beau pour lui, ni trop grand. Il aime les grandes demeures et les grands développement à la française. Ce qui lui aurait fallu, c’est quelque chose de la taille de Versailles ; avec des meubles signés de Jacob ou de Riesener ; des halls ornés de Carle Vernet, des salons pleins de Ruisdael et de Gainsborough ; et des bibliothèques avec, exposés sur des tables, des livres tous en maroquin plein et des armes au fer chaud, reliés par Pasdeloup. Ce qu’il lui faut, c’est le summum de la qualité en tout« .

Au fil des chapitres, le fils décrit à travers son père un monde qui a cessé d’exister déjà au temps de la publication et qui n’est que plus lointain et exotique aujourd’hui, quasiment un siècle après. Le Papa est plein d’esprit et d’un grand humour, que l’auteur distille tout au long de l’ouvrage, évitant de rendre trop sérieux ce qui était très sérieux. La description du voyage en train entre le château et la résidence d’été est particulièrement hilarante. A l’époque, il était concevable de prendre 150 kilos de bagages et d’affréter un wagon pour ses chevaux, avec un bon lit de paille. Aussi hilarante est l’histoire de l’écuyer, William, un bel écossais roux, à l’origine d’une épidémie de rouquins dans le petit village quelques années après… Il y a parfois un peu d’Audiard, comme par exemple à propos d’un grand diner : « Le comte Ali-Bab, lui s’y adonne avec une ferveur qui met Papa en joie. Avec lui, ce n’est plus manger ou boire, c’est aborder chaque mets avec la révérence du connaisseur, le recueillement de l’initié, la mystique de l’apôtre. » Toujours à propos des diners, Gontran de Poncins rapporte avec beaucoup de finesse : « cet Art est autant l’art de Bien Manger que celui d’entretenir ses amis et celui de la politesse. Converser, en sorte que tous les invités sans exception se sentent à l’aise et au mieux de leurs possibilités est de la part du maître de maison un Art infiniment subtil. Il s’agit dès l’arrivée des gens, de les mettre à l’aise, de les faire se sentir bien. Si tel d’entre eux est morose, ou préoccupé, il s’agit de le distraire de son état. Si tel autre est en forme, il faut exploiter cette forme et le faire « mousser » au mieux de l’intérêt général. »

Si la plupart des scènes se déroulent à la campagne et permettent d’en apprendre très long sur les usages et les habitudes au château (un peu à la Dowton Abbey), quelque paragraphes évoquent la vie parisienne : « C’est à Paris que Papa était à son meilleur. Il n’aurait jamais dû en sortir, tant Paris – et Paris seul – était son « climat ». Il avait été à Londres, une fois, passer la soirée au Jockey Club, il s’y était prodigieusement ennuyé. « Les hommes étaient bien mis ; mais ils étaient là, à se pocharder dans des fauteuils, chacun pour soi, sans dire un mot! » Mon père avait regagné précipitamment Paris. Mais sa fortune, et aussi le principe selon lequel il ne pouvait faire les choses à demi, ne lui permettait pas d’y séjourner plus de trois mois par an. A peine arrivé, il commençait par se « remettre en état ». « Je n’ai plus rien à me mettre, je suis honteux! » Il avait beau avoir à la campagne soixante vêtement alignés sur leurs portemanteaux, apparemment cela ne suffisait pas. Et le premier soin de mon père, après avoir surveillé l’installation de ses chevaux – dans une écurie proche de notre appartement – était d’aller chez son chemisier, toujours le même, et chez son tailleur. Le tailleur, comme il sied à une Maison anglaise, n’avait pas de façade. L’appartement, sis au quatrième étage de la rue Royale, était immense et totalement vide. Au bout d’un instant, une porte s’ouvrait. Apparaissait  » Mister Plaistoe » : un gentleman très digne vêtu, cela va de soi, très sobrement. […] Monsieur Plaistoe l’emmenait alors, avec la dignité et le savoir-faire britannique, jusqu’à une immense table en bois sombre sur laquelle attendait quelques liasses d’échantillons. Sans laisser à mon père la peine de chercher, il promenait rapidement ses doigts à travers une liasse, avec la vision parfaitement nette de ce que Papa voudrait. »

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La description du fils est ambivalente. A la fois pleine d’amour pour ce héros de l’ancien monde, demi-dieu mythologique, et d’une vérité dure pour un père difficile, peut-être absent pour son fils et sa femme – c’est par elle qu’est venu l’argent. Un chapitre est même intitulé Papa est affreusement déçu par son fils.

Autour de la seconde guerre, tout change et évolue très vite « l’œillet est toujours là, à la boutonnières, mais sur le revers usé il fait caricature« .  Le téléphone arrive, la Citroën remplace l’élégant attelage, l’usine tue l’artisanat : « chaque fois que Papa fait à Paris une visite rapide, il a une surprise désagréable. Chez Leroy où il a voulu faire réparer sa pendule de voyage, on lui a dit que des mouvements comme cela on n’en fait plus. Idem chez le maroquinier, où on lui annonce que de faire un nécessaire de voyage comme le sien coûterait une fortune. Beck le sellier est mort, personne ne l’a remplacé. […] Ainsi, lentement, sournoisement, cette « forme » merveilleuse qui constitue toute la vie de mon père s’est désagrégée. A la maison, le personnel a passé de trois hommes à deux, puis à un. Octave est parti le premier : avec lui, c’est toute une dignité qui s’en est allée. Puis le chef à son tour s’est retiré, ça a été un coup plus dur encore. Une cuisinière l’a remplacé, quelle déchéance! Un chef, c’était le « glamour » ; une cuisinière, c’est la bourgeoisie ; c’est bon pour ceux qui ont, non des femmes de chambre, mais des « bonnes ». » L’écriture se fait moins tapageuse, le rythme ralentit. L’auteur pousse doucement le roman à sa fin que l’on cherche plus de plus en plus à éviter. « Lui jadis si intraitable sur le glaçage de ses cols, en a un tout mou, comme d’une chemise de nuit. Sa cravate aussi est défraichie« .

Peu à peu, tout s’éteint. Le dernier chapitre dénoue la vie de ses parents – et en même temps que tout un monde – par un truchement tout à fait osé : un parallèle plein de tendresse entre la vie de sa Maman et la bicyclette de jeunesse de sa Maman, dont elle n’avait pas le droit de faire usage et qui a continuellement rouillé et encombré la remise, « ce n’est pas de votre rang disait Papa ». La maman, une grande aristocrate elle aussi, est tout l’inverse du père, près de l’utile et des sous, de la noblesse terrienne qui fait attention pour survivre. Les derniers paragraphes sont presque chuchotés et emplis d’une émotion rare. A peine le rideau baissé, on voudrait recommencer pour ne pas en perdre une miette et de nouveau suivre cet être incroyable et unique.

J’ai mis autant de citations que possible pour que vous puissiez vous aussi ressentir le livre, qui évidement ne se déniche qu’en occasion. Gallica ne l’a pas scanné. L’auteur même semble être tombé dans l’oubli. Même pas un wikipédia en français. J’aimerais rééditer ce livre. Une tâche ardue. Sinon, il faudrait du temps pour le scanner!

Belle semaine, Julien Scavini

Le recueil de Massimiliano Mocchia di Coggiola

Mon ami Massimiliano Mocchia di Coggiola, artistes aux talents multiples (peinture, mise en scène, écriture) a publié en fin d’année un recueil de ses chroniques publiées dans le magazine DANDY, chez le même éditeur que mon petit livret de dessin, Alterpublishing. Le livre compile donc des articles divers, qui ensemble forment une étude de ce qu’est un dandy. Une très agréable lecture pour les élégants !

Le livre s’achète exclusivement chez Amazon, grâce au système d’impression à la demande, qui ne coûte rien à l’auteur et lui rapporte bien plus qu’en édition classique (environ 30% au lieu des 3% habituels…)

Bonne soirée. Julien Scavini

Roger Stone

Cela fait longtemps que je voulais vous parler de ce personnage, plutôt sulfureux pour ne pas dire méphistophélique. Mais je n’en avais jamais trouvé l’occasion et surtout je n’étais pas sûr que sur le blog, ce soit une bonne idée. L’homme aiguise les esprit. Et donc j’ai décidé d’oublier un peu le sujet. Mais, la mise en examen et l’inculpation aux Etats-Unis de son ancien associé, Paul Manafort, me fait dire, me fait penser, que c’est le moment propice pour mettre en lumière Roger Stone!

C’est une sorte d’influenceur, de conseiller en image et en communication, de lobbyiste, de commentateur politique, une sorte d’homme de l’ombre de Washington, des médias et de la politique. Son métier en quelque sorte, c’est le para-politique. Lui y rajoute un adjectif : le para-politique louche, et même plus encore. Ses faits d’armes. Dans la vingtaine, il fait parti des plus jeunes inculpés dans l’affaire du Watergate. Dans son dos est tatouée la figure de Richard Nixon, le président démissionnaire. Il fut un grand soutien de Ronald Reagan et est à l’origine d’une certaine prolongation du renouveau de la pensée de la droite américaine, après la première vague initiée par William Buckley Jr et son magazine National Review.

La carrière politique de Roger Stone est marquée par l’exagération et la dérive droitière. Il ne s’agit même plus de néo-libéralisme. Mais de démagogie et d’hypocrisie dans les propos. Une virulence ‘cochonne’ et vulgaire. On ne peut même pas être sûr qu’il pense tout ce qu’il dit. On finit par se demander si ce n’est pas du second degré tellement c’est extrême parfois. Il est à l’origine de beaucoup de haine à l’encontre d’Hillary Clinton (dont la fameuse théorie de la maladie cachée). On se demande comment il peut dire des choses aussi énormes, aussi fausses et les croire! Il est, enfin et surtout, le principal soutien de Donald Trump. C’est lui qui a encouragé, pendant au moins deux décennies, le milliardaire à se lancer en politique. Sa chance est arrivée l’année dernière. Si Trump l’a écarté de la campagne (en le remplaçant par Paul Manafort), Roger Stone n’a jamais été très loin, par la manigance, la non-objectivité, l’irrationalité, l’abondance d’idiotie. Toutefois, il a quitté le parti Républicain pour se rapprocher du mouvement Libertarien. C’est le paradoxe de l’homme. Très conservateur par bien des points, mais très ouvert sur d’autres sujets, de société notamment.

Mais je dérive et finis par parler plus de politique que de vêtement. L’écueil est proche!

Roger Stone est un personnage curieux. Netflix a fait un documentaire d’un plus d’une heure intitulé Get Me Roger Stone qui le suit longuement, sans commentaire. Et là, on découvre un dandy incroyable!  Je n’aime pas le mot dandy, mais là, le terme convient bien, dans une acception américaine. Il est habillé très yuppie des années 80. Son vestiaire sent bon la belle époque du vestiaire masculin. C’est même un feu d’artifice de style. Mais pas un style wasp poussiéreux, non. Je ne suis pas sûr qu’il aime les vieilles élites de l’argent, au style plus discret. Lui en rajoute. Mi banquier d’affaire, mi mafieux, mi lord anglais excentrique, on ne sait trouver le registre exacte.

Dans les années 80 et 90, ils s’habillait comme les protagonistes de Wall Street le film, toujours impeccable, costumes bien coupés et un peu amples, cravates paisley, bretelles colorées, chemises bengal. De nos jours, malgré l’âge, il cultive toujours ce goût pour le chic, avec une touche ostentatoire importante. Roger Stone est adepte de culturisme, alors les vêtements lui tombent toujours bien. Le costume en seersucker apparait comme son habit iconique. Il aime aussi le madras et les draps beige en été, les tweed carroyés en hiver. Son chapeau Homburg fait bon ménage avec ses lunettes en écaille. On ne croise pas en Europe de personnages si élégants. Ici on dirait que c’est un peu outré. Mais qu’importe, cela sent les bons faiseurs, de Paul Stuart en passant par Ralph Lauren.

Et puis j’ai découvert son tailleur : Alan Flusser. Tiens tiens… La boucle est bouclée! J’ai compris d’où venait ce spectacle visuel. L’homme est la pire charogne que la terre est portée, mais ça en jette. Il sera secrétaire général du Pandémonium dans sa prochaine vie. Toujours est-il que dans celle-ci, il possède une centaine de costumes. Il n’aurait rien de prêt-à-porter depuis ses dix sept ans et serait le meilleur maître pour quiconque veut apprendre à faire des gouttes d’eau aux nœuds de cravates. GQ et Penthouse magazines ont écrit sur l’homme m’apprend Wikipédia. Il aurait aussi rédigé des articles pour dire qu’il n’aimait pas l’ascot et les jeans. Ah, j’aime! Il possèderait de nombreuses Jaguar et a dit un jour : « I like English tailoring, I like Italian shoes. I like French wine. I like vodka martinis with an olive, please. » Un homme de goût. C’est tout le paradoxe de l’affaire. Je vous laisse vous faire votre avis !

Bonne semaine, Julien Scavini

Tout en nuances

Pour certaines personnes, le costume représente un temps passé et surtout un temps oppressant, celui de l’habit unique, signe d’obéissance et de servitude. Pourtant, à y regarder de plus près, nombreuses et variées sont les nuances. Bien sûr, une étude superficielle du sujet fait ressortir une couleur, le noir, souvent terne. Mais chez le tailleur et les bons faiseurs, les tissus sont plus précieux, plus variées.

De nos jours, au moins 70% des costumes sont bleus. Là encore, le bleu marine passe pour écrasant, mais c’est faux. Plus foncé est le bleu encre, presque noir et très habillé. A peine plus clair est le bleu air-force avec ses touches de gris, que l’on appelait bleu ardoise en France. Les italiens proposent des bleu marine assez vifs, avec une touche de violet et les anglais des bleus navy plus apaisés. Il y en a pour tous les goûts. Plus la laine est luxueuse, plus elle est lumineuse. La flanelle, grattée en surface est bien plus mat. Et plus chaude aussi, parfait pour l’hiver. Ainsi, deux bleu marine identiques pourront être différents par leur simple surface.

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Quant au gris, un peu moins apprécié de nos jours, à tord, il sait aussi se dégrader. De l’anthracite au gris clair en passant par la teinte moyenne – le gris souris – les nuances sont importantes. Le tissu peut être teinté à la pièce ce qui donne un aspect très uni et lisse ou par les fils, ce qui donne des nuances de fils à fils. D’où l’appellation. Les motifs caviar ou chevron apportent par ailleurs un relief et effet d’échelle important.

Avec deux coloris principaux, la penderie des hommes peut être déclinée à l’infinie. A cette question cruciale du tissu se rajoute ensuite la coupe, veste droite ou croisée, boutonnage haut ou bas, poches horizontales ou en biais. Un peu comme dans un alphabet, les ligatures des caractères donnent des pièces uniques.

Enfin, le costume n’est que la base de la tenue. Bien évidemment, il faut y adjoindre chemise, cravate, chaussettes et souliers. Certes, par simplicité, les chemises blanche et bleu dominent. Mais la cravate – lorsqu’elle est encore portée – apporte fantaisie et esprit personnel. Dès lors, cet habit, loin d’être un uniforme, devient propre à chacun. L’esprit général est cohérent et ordonné – ce ne sont pas des gros mots – et les personnalités ressortent. Même si l’esprit contemporain aime l’hybride, l’incertain et les antagonismes.

Bonne semaine, Julien Scavini

Du nouveau à la boutique, Grande Mesure

Chers lecteurs,

certains me l’ont déjà demandé mais je n’ai jamais voulu tenter l’expérience. Je n’ai moi-même pas assez d’ancienneté dans le métier et de temps pour réaliser des vestes et costumes en grande-mesure. Mais il se trouve qu’un tailleur de mes connaissances, d’un âge avancé – il est à la retraite et ne veut pas reprendre de boutique – m’a proposé de réaliser pour moi des grandes mesures. Voilà un arrangement idéal. Lui adore cela pour garder la main et l’esprit et je peux vous faire profiter d’un service d’une qualité supérieure à la demi-mesure.

Après un premier rendez-vous avec moi pour définir les contours du vêtements et prendre des premières mesures, il prend la main et réalise lui-même les pièces. Il fait aussi les essayages, vous profitez ainsi d’un œil aiguisé. La seule chose que je fais est la milanaise. Il ne sait pas la faire.

Pour avoir testé la coupe, elle est très classique. Pas étriquée, pas trop ample. Vraiment classique. Le style est au choix, cran parisien ou revers sport. L’épaule est plutôt naturelle, avec juste ce qu’il faut de padding. La manche est montée avec une cigarette (rollino). Pas d’épaule napolitaine ou de style étriqué, le maître ne fait pas. Une coupe intemporelle à laquelle je souscris totalement, dans la droite ligne du style des tailleurs parisiens.

Question tarif, on essaye d’être raisonnable, compte tenu du temps de travail, environ 60h pour réaliser le costume à la main :

2600€ ttc le costume – tissu compris

2000€ ttc la veste – tissu compris

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Je vous laisse observer une de ses vestes, un tweed Donegal chiné beige. Pour ma part, je finis une veste en coton bleu pour un ami. Certes j’y arrive de temps en temps dans mon emploi du temps occupé. Mais je ne peux le faire très souvent.

 

Bonne réflexion, Julien Scavini