Les poches d’une veste ont elles un sens?

Un veste est faite pour couvrir, c’est sa première raison d’être. Ensuite, sa forme et sa manière de couvrir le corps, en bref son allure sont le résultat d’un goût qui évolue suivant les modes. Elle donne une ligne à l’homme. Enfin, celle-ci par dessus ces deux points – utilitarisme primaire et esthétique – se veut aussi pratique : la veste est le sac à main de l’homme. Pour se faire, l’histoire a sédimenté un certain nombre de poches sur sa surface. Des poches extérieures et des poches intérieures.

Il existe deux types de poches extérieures : poitrine et côté.

A l’extérieur, sur la poitrine gauche au niveau d’une ligne horizontale passant sous l’aisselle est placée la poche de poitrine. Cette poche de poitrine est souvent réalisée sous la forme d’un rectangle de tissu qui camoufle un trou vers l’intérieur de la veste et le sac de poche. Ce rectangle est toujours disposé légèrement en biais. La poche monte. Ne me demandez pas pourquoi, c’est ainsi. Mieux, le côté gauche de ce rectangle est aussi un peu oblique, pour donner une ligne et un peu d’entrain à cette poche. Quand aux italiens, ils arrondissent un peu le rectangle, pour prouver qu’ils savent faire. C’est une esthétique gratuite.

Ce rectangle fait classiquement 2,5cm de haut pour 9 à 11cm de large. La hauteur est très importante. Les fines poches poitrines des costumes slim signent une esthétique du minable que je ne goûte guère. Parfois, cette poche poitrine peut aussi être plaquée. C’est idéal pour une veste décontractée. Mais les pochettes ont tendance à faire gonfler cette poche plaquée, aussi je le recommande moyennement.

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Toujours à l’extérieur mais en bas se situent les poches de côté. Pour pouvoir rentrer la main à l’intérieur de la veste et donc du sac de poche, il faut faire un trou. Ce trou est ‘maquillé’, cousu grâce à deux passepoils qui sont deux fines bandes de tissus. Ces passepoils sont obligatoires pour faire une poche.

Les vestes très habillées comme les smokings ont deux poches passepoilées simples, sans rabat. Une de chaque côté.

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Les autres vestes ont normalement des rabats de poches qui sont disposés entre les passepoils. Le passepoil du bas se retrouve donc caché sous le rabat. Le rabat est très ancien. Déjà les habits d’ancien régime avaient des rabats. J’imagine qu’il sert à protéger de la pluie et de la poussière l’intérieur du sac de poche. En tout cas, il est obligatoire de mon avis sur une veste classique.

Parfois, sur le côté droit, au dessus de la poche est rajoutée une autre petite poche avec un rabat : la poche ticket. Ce petit contenant a été créé par les tailleurs anglais au début du siècle pour loger les petits tickets de train, plutôt que de les mettre dans la bande de son chapeau comme cela se faisait. La poche ticket était positionnée plutôt sur les vestes décontractées, les beaux costumes de ville n’étant pas fait pour prendre le train. La poche ticket serait donc plutôt synonyme d’un costume relâché..

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Les poches côtés (toujours passepoilées avec un rabat) peuvent aussi être disposées en biais. Avec ou sans poche ticket. Ces poches furent positionnées en biais dès les années 20 pour rendre les vestes plus belles lors de la pratique du cheval. Dans les années 60, les tailleurs anglais les ont adopté sur les costumes de ville et de nos jours, ce détail signe l’élégance anglaise, de Paul Smith à Hackett.

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Si les poches ne sont pas passepoilées, alors elles sont plaquées. C’est à dire qu’au lieu de faire un trou dans la face de la veste pour y passer la main, le sac de poche est directement cousu sur l’extérieur. La poche plaquée est plutôt indiquée pour les vestes décontractées. Elle n’est pas indiquée pour un costume plus habillé.

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Comment peut-on hiérarchiser ces poches ?

Le plus classique est une poche poitrine normale et deux poches simples passepoilées à rabats. Si vous retirez les rabats, la veste apparait immédiatement comme plus formelle.

Si vous ajoutez une poche ticket, la veste (et le costume) sera un peu moins habillé.

Si vous placez les poches en biais (avec ou sans poche ticket), la veste (et donc le costume) sera encore un peu moins habillé.

Si vous optez pour des poches plaquées (en bas seulement ou en bas + à la poitrine), votre veste sera plutôt une veste seule, pas un costume et décontractée.

Mais bon, une fois que ce classement hiérarchique est connu, il est possible de le battre en brèche. Attention toutefois, on casse les codes uniquement lorsqu’on les connait.

Ainsi, il est possible de dire que de nos jours, ce classement est quelque peu caduc.

Difficile en effet de reconnaitre à une veste avec une poche ticket un statut inférieur. Que veut dire en effet ‘un costume habillé’ de nos jours? Tous les costumes sont plus habillés qu’un polo ou un survêtement.

Ainsi, si vous ajoutez une poche ticket, la veste (et le costume) sera très élégant, d’une élégance qui se remarque et fait ‘tailleur’. Pour ma part, tous mes costumes ont une poche ticket où je loge mon petit trousseau de clefs.

Aussi, si vous placez les poches en biais (avec ou sans poche ticket), la veste (et donc le costume), il sera juste possible de dire que le costume fait ‘british’. Il ne sera pas moins habillé que le même costume avec des poches horizontales.

Enfin, si vous optez pour des poches plaquées, le costume sera très ‘italien’, sans pour autant être plouc. C’est juste un peu osé de placer de telles poches sur un costume. Mais il faut bien s’amuser un peu n’est-il pas ? Enfin toutefois attention, une poche plaquée à soufflet est quand même très sport et ferait déguisé sur un costume. Il y a des limites…

Bonne semaine, Julien Scavini

La veste dépareillée grise

Pour beaucoup de jeunes, il semble important et nécessaire d’avoir dans la penderie une veste grise, à porter seule. Ce modèle plutôt clair est même devenu une icône basique de la mode masculine, sans que de prime abord, j’en comprenne bien l’intérêt. Car pour ma part, la veste bleue semble plus importante. Et pour le coup, j’appelle une veste bleue un blazer. Si le tissu est autre que bleu, j’appelle la veste une ‘veste sport’. C’est assez simple comme règle.

Acheter une veste grise seule m’apparait donc comme incongru. De part la couleur qui renvoie plutôt à la palette des coloris urbains, j’ai du mal à appeler un tel modèle ‘veste sport’. Et ce n’est pas un blazer non plus. Je rajouterais même que lorsque je vois quelqu’un porter une veste grise, j’ai tendance à penser que c’est un costume dont le pantalon est fichu. La veste finie ainsi sa vie comme une ‘blazer’…

J’aborde donc le sujet de manière un peu obtus. Car je crois beaucoup aux usages classiques, le bleu et le gris pour les costumes, les couleurs de la forêt pour les ‘vestes sport’ et dans l’entre deux, une catégorie simple, le blazer marine, qui peut être en flanelle l’hiver et en laine froide l’été, à porter avec une palette de pantalons, gris, beige ou blanc. C’est bête et méchant, mais l’application de cet axiome rend la garde robe lisible et harmonieuse.

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En me documentant sur google images, il ressort que la veste gris clair est souvent portée en association du chino bleu marine. Serait-ce la raison d’existence d’une telle veste? Car c’est un fait, avec un chino marine (une variante que j’affectionne beaucoup), la veste est compliquée à trouver. Elle ne peut-être d’un bleu approchant, sinon l’effet faux costume est affreux. J’opte plutôt pour des pulls colorés ou une fameuse veste rouge en hiver. Un beau tweed brun peut-être superbe aussi. Et un natté un peu bleu ciel l’été.

La veste grise avec un pantalon marine permet donc de casser l’effet faux costume. Par là même, la tenue propose les mêmes couleurs que l’attelage classique blazer marine / pantalon gris, mais à l’envers. Pourquoi alors être si troublé? Car je ne trouve pas l’accord très élégant. Je n’y vois pas d’harmonie ni la preuve d’une recherche formelle fine.

Le jean, qui est plutôt de couleur bleu, poserait-il comme le chino un problème d’accord qui rend la veste grise utile et efficace avec? Les marques jeunes ont tendance à penser cela, veste grise sur jean indigo. Évidement, si les stylites ne travaillent qu’avec du gris et du bleu, il faut bien trouver les accords, qui tournent un peu en rond. Ceci dit, les hommes préfèrent ces deux couleurs…

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Quand je pense veste grise, je pense immédiatement à une palette de couleur monochrome. Avec le gris, j’associe d’autres gris et du noir. Cela me semble plus urbain, plus harmonieux. Plus formel aussi. Une tenue ainsi composée ne serait pas loin de ce que portait Fred Astaire. Avec des vestes grises, il est vrai à petits motifs pieds de poule ou gun tweed, un pantalon foncé est intéressant. J’aime alors beaucoup l’accord général, très chic et finalement assez classique, des illustrations Apparel Arts montrant d’ailleurs de telles mises.

J’ai aussi récemment fait l’acquisition d’une veste réalisée dans un lin gris clair tirant légèrement sur le bleu. A cheval sur les deux couleurs, la veste estivale fait un bon contraste avec un pantalon bleu un peu air force (mais pas marine). Il y a donc une sorte de camaïeu de gris bleu qui n’est pas inesthétique je le reconnais.

Mais comment me convaincre que la veste grise peut-être un bon basique? Une ou deux images google présentent des tenues associant chino marine, veste grise et souliers + ceinture marron. Avec une cravate club en flanelle gris et bleu, l’harmonie générale, très italienne, exprime un goût certain qui ne me déplait pas. Mais l’effort doit être important. Dès lors, il est possible de dire que la veste grise ne doit pas être utilisée comme un uniforme tarte à la crème. Sa relative fadeur doit obliger à plus de recherche. Paradoxalement donc, il faut faire plus d’effort pour rendre belle la tenue.

Ce n’est donc pas à un non définitif que j’arrive ; plutôt à un pourquoi pas, mais! Si l’envie de porter uniquement des bas foncés marine (chino ou denim) est forte, il faut bien porter une veste, et autant qu’elle ne soit pas bleue.

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Certains associent même le chino sable avec un veste grise. Beige plus gris, dans un esprit Loro Piana, c’est élégant. Mais il s’agit de cachemire et de beaux draps. Or un chino beige Uniqlo avec une veste grise Zara, c’est pas terrible. Je suis désolé de penser que l’accord est à côté. Par contre, avec un chino blanc et une chemise bleu ciel, accord monochrome, la tenue peut-aussi être très belle sous un soleil éclatant.

Finalement, j’étais assez peu convaincu avant d’aborder le sujet. Le simple fait d’y avoir réfléchi quelques instants et d’avoir dessiné ces trois tenues m’encourage à envisager l’idée qu’une veste seule peut être grise. Je suis encore dubitatif, mais je me convainc moi-même !

Bonne semaine, Julien Scavini

Costume, une affaire d’État

Dans un gazouillis du 14 mai 2017, Laurence Haïm porte parole du parti politique En Marche ! déclarait : le Président sera habillé d’un costume de chez Jonas & Cie, magasin situé rue d’Aboukir à Paris.Le coût d’un costume est d’environ 450 euros.

J’avais découvert l’enseigne dans un article de Paris Match l’été d’avant lors de mes vacances. J’avais appris que la maison, tenue de père en fils, habillait tous les hommes politiques et de nombreux journalistes. Jean-Pierre Elkabbach aurait été à l’origine de ces nombreux ralliements. Sur le moment et même encore maintenant, je n’en ai rien pensé. Ce sont des confrères et grand bien leur fasse me suis-je dit. Cette clientèle pour l’avoir approcher parfois n’est pas évidente. Il faut à la fois aller vite et ne pas être cher. Deux points qui me passent royalement au dessus. Prendre le temps est un luxe. C’est même le luxe suprême. La patience s’apprend chez le tailleur !

J’ai été plus curieux d’apprendre que des usines situées en Italie pouvaient sortir des costumes à ce prix là. Je me suis depuis renseigné auprès des agents que nous avons en commun…

J’ai été encore plus intéressé par le concept maison de ‘demi-mesure’ qui consiste en fait à retoucher du prêt-à-porter. Pardon. Mais la demi mesure consiste à couper un costume exclusivement pour un client, un dans un tissu sélectionné avec des options variables (poches, revers, doublures). Retoucher un costume de prêt-à-porter s’appelle retoucher un costume de prêt-à-porter, point. Mais enfin qu’importe.

Question tarif, je comprends aisément le positionnement tarifaire et je pense que le produit est honnête dans cette gamme de prix, surtout si les retouches sont comprises. Beaucoup de marques bien plus connues vendent bien plus chers un produit similaire. Mais elles ont des locaux prestigieux à payer. La rue d’Aboukir n’est pas ce que l’on peut appeler un lieu prestigieux.

Les hommes aiment ces lieux. Plus j’avance dans mes réflexions de boutiquier et plus je me dis que les parisiens aiment ça. Au fond, une belle boutique bien située fait peur. Alors qu’un lieu cradingue plein de fils à l’allure de recoin réservé aux ‘connaisseurs’ plait beaucoup plus. Il suffit pour s’en convaincre d’aller faire un costume chez Gambler. La file d’attente est sur le trottoir mais la boutique ne désemplit jamais.

Mais revenons à Emmanuel Macron. Je trouve qu’il lui manque une demi-taille pour vraiment bien porter le costume. Actuellement, j’ai l’impression qu’il porte le même modèle depuis sa prépa, mais qu’il a pris un peu depuis. L’allure est un peu garçonnet, un peu étriqué, cela se sent au col de la veste qui décroche. La cravate trop slim, comme les rabats des poches et les manches de la veste trop serrées pour des poignets mousquetaires. Mais au fond, rien d’extravagant. Je n’ai donc rien à lui reprocher ni à son fournisseur. Il changera certainement de crèmerie et son allure dans cinq ans ne sera pas la même. Parions la dessus. Le cuisiner de l’Élysée travaille bien.

Si je ne suis pas outré qu’il fasse de la pub à Jonas (et aux chemises Figaret aussi), je suis en revanche peiné qu’il évoque le prix publiquement comme un argument.

Car ce faisant, il indique à une très large partie de la population quel est le prix d’un costume. Ses habits deviennent en quelque sorte un étalon auquel se mesurer. Un costume à 450 euros est donc une référence. D’une certaine, manière, c’est graver dans le marbre la « normalité » voulue par M. Hollande qui avait quand même le bon goût dans les derniers temps de se fournir chez Brioni…

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Dire qu’un costume doit coûter 450 euros, c’est dire qu’une voiture doit coûter 9 000 euros d’une certaine manière. Pourtant, je n’ai pas vu notre nouveau PR descendre les champs Élysées en Dacia. Une Dacia a quatre routes, dont deux qui tournent dans les coins avants, a la climatisation et permet d’aller de Paris à Biarritz sans aucun problème.

C’est surtout nier une simple et honteuse réalité. Un costume est un outil de travail. A ce titre il doit être confortable. Le PR doit passer quoi ? 14 heures par jour dans le même vêtement. Dès lors, cet objet ne devrait-il pas être très affuté ? Au fond, l’armée pourrait se contenter de petits Cessna plutôt que de Rafale ? La Présidence, c’est de la représentation. Sinon, il pourrait travailler en t-shirt.

 

Un bon costume s’oublie.

Un bon costume est souvent fabriqué à la main et est le résultat d’un savoir faire extrêmement pointu, qu’il est honteux de dévaloriser de la sorte.

Un bon costume est un passeport pour le rêve devisait Yves Saint Laurent. Rockfeller disait aussi qu’avec ses derniers dollars, il s’achèterait un bon costume car il redeviendrait milliardaire avec.

C’est se moquer de personne que de dire qu’un costume de prix est plus confortable. Qu’un costume entoilé est aérien et qu’on ne le sent pas. Mais je ne suis pas sûr que le fournisseur actuel du PR soit même au courant qu’un costume peut être fabriqué autrement que par thermocollage… Comment Madame Macron qui achète les costumes pourrait-elle aussi le savoir? C’est le drame lorsque les dames achètent pour leurs maris, ce n’est pas elles qui portent. Évidement, si Emmanuel Macron arbore un costume Cifonelli ou Berluti, ce serait trop. Il y a un juste milieu.

Je me suis interrogé sur le sujet longuement, en me questionnant sur la meilleure façon d’habiller un tel personnage public. J’avais bien été obligé au début du quinquennat Hollande, même si les interrogations étaient heureusement restées lettre morte.

Le costume du PR doit être robuste. Car les poches sont certainement mises à rude épreuve, autant que les pantalons qui doivent endurer de nombreux déplacements. Le tissu doit être assez épais pour ne pas froisser. Je me souviens des pantalons du précédent locataire de l’Élysée qui étaient affreusement froissés à l’entrejambe.

Un peu d’épaisseur donne aussi un meilleur tombé. Et cela change tout. Mon œil de professionnel le reconnait de loin et je pense que les gens peuvent aussi le sentir, lorsqu’une matière plombe bien. Jonas doit utiliser des laines ‘Perrenial’ de Vitale Barberis, soit des super 110 en 260grs. J’en porte tous les jours aussi. Ce n’est pas suffisant pour un tel grade. Il faut du meilleur. Pas plus luxueux non. Plus étoffé.

Enfin et surtout, les lignes ne doivent pas être aussi ridiculement chiches qu’actuellement. Il faut un peu d’aisance, une manche plus large pour bouger les bras, des épaules plus généreuses pour ne pas que la tête apparaisse trop grosse, une taille moins pincée. En bref, sans faire un costume large, il faut que le PR adopte une coupe plus intemporelle, jusqu’au dessin du revers, pas trop haut.

Son costume doit être au dessus de la mêlée. Personne n’interrogera ce point s’il reste discret. Et c’est le but des bons faiseurs que de proposer des modèles classiques !

Pour répondre à Mme Haïm, il est idiot d’utiliser un tel argument. C’est misérabiliste. Car un costume n’est pas qu’utilitaire. Il est aussi et doit être synonyme de plaisir. Et lorsqu’on se juge au centre des choses, dans une attitude raisonnable et raisonnée, il est impératif de se poser plus de questions. Tout le monde peut comprendre qu’un costume est un protocole social, surtout à ce niveau. Mais seul le PR peut comprendre qu’un costume est aussi un confort de vie !

Les différentes têtes de manches

La ligne des épaules d’une veste signe toujours l’élégance de son porteur dit on. C’est d’ailleurs aussi un signe de reconnaissance d’une veste bien née voire de son origine, chaque tailleur ayant ses habitudes. Les amateurs de beaux vêtements aiment comparer entre les faiseurs le tomber d’une veste et son application à l’épaule. Quand on parle d’épaule d’ailleurs, deux points entrent en jeu, la ligne de l’épaule elle-même et la façon dont la manche se raccorde sur celle-ci, la tête de manche.

Une ligne d’épaule classique est toujours un peu rembourrée. C’est le fameux padding, qui se traduit par rembourrage ou épaulette. Oui, une veste a toujours une épaulette faite de ouate. Pendant longtemps, cette épaulette était généreuse, environ 2cm pour donner une carrure importante au bonhomme et tricher un peu sur sa largeur réelle, en mieux. Cette allure d’armoire est caractéristique des vestons classiques des années 30 à 90. Ceci dit, les grands tailleurs anglais ont toujours apprécié les rembourrages légers, disons 1cm. L’épaule est plus naturelle. Mais attention, les os du client sont là. Et plus vous retirez du rembourrage, plus les problèmes apparaissent, malgré le talent du coupeur. Un os ne se rabote pas. Mais il s’égalise avec de la ouate. Voyez ci-dessous une fine épaulette et le résultat une fois installée.:

Ensuite, il y a la tête de manche. J’ai souvent parlé de la façon de poser une manche. Un art qui requiert une expertise haut de gamme. Car la manche est plus grande que l’emmanchure. Cela s’appelle l’embu. Il faut pousser ce tissu en trop à rentrer sur lui-même, pour qu’ensuite une fois montée, la manche se développe en volume et donne … une belle tête de manche.

Pour soutenir cette tête de manche, les tailleurs disposent à l’intérieur de celle-ci des feuilles de toile et de ouate découpées suivant une forme caractéristique pour obtenir un beau volume. Ces feuilles s’appelle la cigarette. C’est la force et la façon de mettre en place la cigarette qui soutient l’embu et fait gonfler la tête de manche. Voyez ci dessous, une cigarette simplifiée et sa mise en place à l’intérieur de la manche, ce qui fait gonfler celle-ci.

Seulement voilà. Obtenir un volume à la Cifonelli est difficile et ne s’industrialise que difficilement. Surtout, les vestes conçues en usine sont toujours repassées en fin de process. Pour aller vite, songez que ce n’est pas un ouvrier qui le fait avec un petit fer et une patte-mouille ; des presses automatiques robotisées existent depuis très longtemps. Comme un casque pour permanente chez les coiffeur, un casque s’abaisse sur la veste et en repasse d’un coup tout le haut, têtes de manches, épaules et col. Le but est de donner de la beauté à la veste pour qu’elle se vende bien. Cela s’appelle dans le jargon l' »hanger appeal », soit l’allure sur le cintre.

Le problème de ce repassage sous presse est que les têtes de manches sont bien souvent écrasées. Dès lors il est difficile d’obtenir un beau roulé de la tête de manche sur des grandes séries.

Ainsi, très tôt, les industriels ont développé une autre manière de monter la manche, en faisant une couture ouverte. De cette manière, le volume de la tête de manche disparait. La ligne d’épaule est plus naturelle.

Cet esprit plus naturel a très vite plus aux clients qui ne goûtent – je m’en rend compte – que rarement le volume de la tête de manche. Ce style de montage, dit à épaules rondes, est typique de maisons comme Hugo Boss qui ont internationalisé ce style moins travaillé. En fait, cette façon de poser les manches a deux origines qui se rejoignent au bon moment : la capacité industrielle et la volonté des gens. D’un côté donc la capacité à maintenir un grade de qualité optimal sur de très grandes séries pour un coût maitrisé et de l’autre le goût des consommateur pour des vêtements moins apprêtés, moins structurés.

La plupart des usines qui conçoivent des séries ou des demi-mesures font par défaut des têtes de manches rondes appelées parfois têtes de manches repassées ou écrasées. Avoir une tête de manche qui se développe en volume est plus rare, plus difficile à obtenir, particulièrement dans les fabrications thermocollées où la reprise en sous-œuvre de la toile est moins important qu’en entoilé intégral.

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Des vestes bas de gamme ou moyen de gamme donne parfois l’impression à l’achat d’avoir une belle tête de manche volumineuse, qui ne résiste pas. Après quelques semaines, la tête de manche est raplapla, elle n’est pas assez construite à l’intérieur pour durer dans le temps.

Enfin il y a l’épaule napolitaine, qui va encore plus loin. Ici, la couture de la manche est complètement couchée ce qui donne une allure de chemise. A ce niveau, il existe mille variation de la tête de manche napolitaine, chaque tailleur italien ayant sa façon de faire. Certains font des épaules larges qui s’effondrent car sans épaulettes. D’autres font des épaules étroites qui rendent très rond le passage du bras. Certains y font des fronces et d’autres non… Y’en a pour tous les goûts!

Une chose est sûre, l’épaule ronde est le compromis industriel de l’épaule napolitaine. Une allure souple mais une construction plus aisée et standardisée. Car l’épaule napolitaine n’est pas facile du tout à réussir. En plus elle ne convient pas à toutes les morphologies. L’épaule ronde avec son petit volume de ouate est plus universelle !

Bonne semaine, Julien Scavini

Après midi découverte des Pantalons (MàJ)

Bonjour chers lecteurs,

j’organise une après-midi de découverte de mon offre de pantalon samedi prochain. Je sais que vous êtes nombreux à demander l’organisation de cet évènement pour venir essayer les coupes et apprécier les matières.

Ainsi donc, venez nombreux, samedi 3 juin de 15h à 19h,

au 50 Bd. de La Tour-Maubourg, Paris 7ème.

L’occasion de voir et revoir les coupes S1 et S2 (l’atelier confectionnant la coupe S3 nous a hélas fait des misères, ce qui explique que le modèle n’est pas encore réassorti) et de découvrir le nouveau bermuda, avec ses détails très sartoriaux : taille haute, poche gousset à rabat, revers, ceinture à double boutonnage et pattes de serrages. Les matières sont belles : seersucker, lin lourd, coton militaire etc. Et le prix serré, 80€.

 

A cette occasion, nous proposerons des fins de séries PANTALONS VELOURS et MOLESKINE à prix très réduit 😉

Profitez bien de soleil ! Julien Scavini

Trucs et astuces du costume en été

L’été arrive. Les chaleurs aussi. Que faire lorsque le travail impose de porter un costume mais que les transports en commun, dès le matin sont un supplice qui rend humide ? La réponse n’est pas simple.

Vous ne le savez peut-être pas, mais la plupart des vendeurs de prêt à porter que je connais, y compris dans les grandes maisons, ne s’habillent pas chez eux pour aller au travail. J’ai connu il y a très longtemps chez Hackett un vendeur qui arrivait en bermuda basket avant de se métamorphoser dans le vestiaire en super dandy. De même à la boutique de chaussures à côté de mon échoppe, le vendeur part le soir de manière bien plus décontractée qu’il n’est durant la journée. Un ami chez Berluti fait aussi de même. Et même, un autre qui travaille au siège d’HSBC affronte quotidiennement le RER dans une tenue légère, ses costumes étant dans son bureau. (Il a un grand bureau). C’est donc bien la preuve qu’il faut être inventif pour ne pas trop souffrir et rester frais.

Le gilet peut aussi être envisagé si vous n’êtes pas trop obligé d’avoir la veste. Vous pourriez ainsi la laisser au bureau et vous déplacer en bras de chemise. Votre tenue peut être composée le matin sans aucune veste aussi. Vous pourriez alors faire confectionner un simple ensemble pantalon + gilet ? Peut-être que votre employeur n’y verra que du feu. Vous pourriez avoir ‘laissé’ la veste à votre poste de travail…

Quand il fait chaud, je recours beaucoup à ce stratagème. J’enfile le matin un pantalon et un gilet seulement. En plus, ce dernier donne plus d’aisance, ce qui est idéal pour se courber jusqu’aux chevilles des clients.

En fait le gilet est une pièce paradoxale. Vous pouvez y avoir recours l’hiver pour avoir plus chaud et l’utiliser l’été comme vêtement de dessus pour ne pas avoir trop chaud. Cela reste très élégant.

Pensez aussi aux avantages indéniables des laines froides. Avec une trame ouverte permise par un tissage lâche, la laine respire. Vous pouvez demander aux bédouins qu’elle est la meilleure matière dans le désert. La laine !  C’est une matière confortable, aussi bien lorsqu’il fait froid que chaud, car elle régule la température corporelle. En plus elle drape admirablement et est ordinairement élastique, donnant de la liberté aux mouvements. Et le froissage disparait naturellement lorsque vous suspendez le costume. Le lin et le coton n’ont pas autant d’avantages.

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Question couleur, je trouve qu’il est de bon aloi de changer un peu de registre par rapport aux couleurs sombres de l’hiver. Aimez le gris et le bleu clair. Sans aller jusqu’au bleu ciel improbable sur un homme blanc, les bleus ardoises et bleu-gris parfois appelés air force blue sont résolument opportuns. En plus, ils vont bien avec des souliers marrons. Bien sûr, j’adore pour ma part les costumes beiges, qui se vendent assez bien et reviennent à la mode. Mais la nuance sable ne plait pas à tout le monde. C’est dommage, elle est pourtant d’un chic indéniable, qui vous place au dessus du lot!

Il est aussi intéressant de recourir à des mini chaussettes qui dégagent les chevilles. Associées à un mocassin, elles permettent au bas de la jambe de bien respirer et de profiter des petits courants d’air au sol et le long du mollet.  Une chaussure plutôt légère sera d’ailleurs plus agréable en été. Pourquoi pas dans les transports mettre une basket ou un sneaker simple, genre petite chaussure en toile? Les chaussures en cuir restent au bureau, c’est simple et efficace.

Pensez aussi aux chemises. Les manches ne doivent pas être trop longues pour que le poignet reste dégagé. Une manche plutôt courte laisse mieux respirer l’articulation de la main, ce qui procure un sentiment de liberté et de frais relatif. Et pourquoi pas une belle chemise en lin, ou en lin et coton? Cela ne choquera personne au travail et vous serez plus au frais.

Pour ma part, je l’ai souvent dit, j’apprécie les chemises à manches courtes. Mais jamais sous une veste ceci dit, c’est ridicule. Si vous ne portez pas de veste, mais simplement un pantalon (et un gilet?), et que le modèle ne fait pas trop bord de mer (notamment à cause de dimensions étriquées), allez-y. Les japonnais y ont beaucoup recours. En blanc, c’est simple et efficace.

Ainsi donc, il faut jouer avec toutes les options et étudier tous les points de la tenue pour résister de la meilleure manière à la chaleur. Pensez y.

Bonne semaine, Julien Scavini

Paul Stuart

En marge de mon court séjour aux Etats-Unis, je n’ai pu m’empêcher d’observer les américains dans leurs vêtements. Tout du moins deux types d’américains : la classe aisée travailleuse à Washington et les touristes aussi aisés et souvent plus âgés croisés sur les autres sites.

De manière générale, le costume est une institution sérieuse aux USA. Dès le plus jeune âge, les garçons sont habitués à porter au moins un blazer et une cravate. C’est normal et important chez eux. Dès lors, cette convention sociale suit à l’âge adulte. Tous les américains savent ce qu’est un tux’ (comprenez tuxedo, le smoking) qu’ils portent pour fêter la fin du lycée (high school)et le bal qui va avec. Ainsi, porter une veste et une cravate ne les effraie pas. J’aime cet état d’esprit, une tenue pour chaque circonstance. Ils savent ainsi aisément passer du costume aux tenues plus décontractées, des souliers en cuir aux Nike.

Les boutiques américaines sont toujours très achalandées. J’aime toujours lorsque je suis là bas visiter des enseignes typiquement locales, comme Jos. A. Bank, qui vend de la camelote d’un goût très sûr. Une marque qui pourrait plaire aux parisiens, chic et pas cher. Il y a aussi Vineyard Vines dont les boutiques sont de véritables confiseries tant les couleurs sont joyeuses et acidulées. Et quel bonheur de voir de nombreux! messieurs porter le papillon avec le costume. Ici, j’en croise un par an et encore.

http://www.josbank.com/              et                http://www.vineyardvines.com/

Au delà du style très BCBG (plutôt d’ailleurs propre à la côte Est, à la vieille Amérique, la Californie étant plus libérée de ces conventions, et encore…), la notion de confort est assez différente de l’Europe. Les jeunes qui se fournissent chez Gant, J Crew, Hilfiger et autres maisons chics, portent plutôt ajusté. Les coupes sont slim mais pas autant qu’ici, notablement pour les pantalons, plus évasés là bas. Les messieurs plus âgés aiment le confort. Le vrai. Les vestes sont généreuses et les pantalons souvent à pinces. J’apprécie beaucoup cette façon de porter, non étriquée. Regardez Emmanuel Macron, tout freluquet dans son costume de garçonnet. Cela fait plaisir à voir.

En revanche, cette volonté de confort est poussée trop loin en ce qui concerne les souliers. Ils usent et abusent des godillots en cuir très larges, patauds avec des semelles en gomme. Vraiment, c’est le point décevant. J’avais déjà soulevé ce point en 2015. Bon il reste mon chausseur exclusif, Alden.

Question tarif, les américains ont une large palette d’offres. Bien sûr les importations massives permettent à certains costumes d’être vendus 199$ avec une chemise et une cravate. Les bons costumes semi-traditionnels tournent autour de 800/1000$ soit la même chose que chez nous. Mais ils achètent aussi beaucoup de costumes italiens bien plus chers, disons entre 2500 et 3000$, les grands magasins présentent de nombreuses marques dans cette gamme de prix. Je crois que les droits d’importation sur un costume tournent autour 20%, expliquant déjà une part du prix.

Dans cette gamme haute se situe mon magasin préféré, Paul Stuart. La maison est ancienne, sa fondation remontant à 1938. A l’époque, Ralph Ostrove fonde à New-York la maison qu’il appelle du nom de son fils Paul Stuart Ostrove. Spécialisée dans les beaux vêtements pour Homme, la griffe attire dans les années 60 les élégants de la jet-set : Fred Astaire, Mel Brooks, Cary Grant, Paul Newman ou Frank Sinatra. Au fil de son histoire, elle agrandit sa boutique historique, située à l’angle de Madisson Avenue, d’une surface de 5000 m2 actuellement ! Ralph Ostrove décède en 2010. Mais l’entreprise était depuis un certain temps entre les mains de Clifford Grodd, une personnalité du chic new-yorkais et beau-fils du fondateur. Un département vêtements Femme est ouvert dans les année 70.

La boutique de New-York que j’avais eu l’occasion de décrire il y a deux ans a un charme fou. C’est un lieu suranné, hors du temps, une maison comme je les aime. Pour autant la poussière n’est pas tombée, les coupes et les couleurs sont éclatantes, les détails et le style recherchés. La barre est très haut placée. Pour une clientèle exigeante mais aussi connaisseuse.  Il faut savoir porter du Paul Stuart. Les couleurs sont riches et les mises très pointues. Les cravates sont l’expression de ce goût. Bret Pittman, assistant manager m’a soufflé que les cravates avec d’énormes motifs cachemire étaient les plus vendues, surtout auprès des jeunes. D’ailleurs la ligne Phineas Cole a été créée pour proposer des coupes plus ajustées et vise une clientèle plus jeune. La maison a inauguré des boutiques à Chicago (prochaine visite?…) et à Washington récemment. Elle est également distribuée massivement au Japon. D’ailleurs, après le décès de Clifford Grodd en 2010, Paul Stuart a été vendu au partenaire Japonais, pour je l’espère, garder intact l’esprit décalé-chic de l’enseigne.

https://www.paulstuart.com/

Quelques images sur Google

A Washington, j’ai pris en photo les vitrines, comme j’aimais le faire pour Arnys. Un témoignage unique d’un goût et d’une mise en scène unique. Je n’ai pas été autorisé à faire des photos à l’intérieur hélas (flûte!)

Vous vous demandez certainement à quel prix sont vendus ces merveilles ? Aux tarifs américains ai-je envie de vous répondre. C’est normal mais pas délirant. Les vêtements sont tous entoilés et très qualitatifs. Ils sont fabriqués en Italie, au Canada (à Montréal) et aux USA (chez Oxxford Cloth). Les volumes petits imposent de tels prix au détail autant que les lieux et la clientèle visée (donc le service). Ces quelques pages du catalogue de printemps présentent de belles mises.

Belle visite ! Et bonne semaine, Julien Scavini.