La capuche est-elle élégante ?

La grande majorité des doudounes et autres parkas vendues dans le commerce possèdent une capuche. Regardez dans la rue, autour de vous, combien d’épaules ensevelies ou de têtes recouvertes ? Même d’ailleurs des manteaux un peu classiques l’intègrent, avec plus ou moins de bonheur suivant les stylistes. Elle est partout !

Ce petit accessoire vestimentaire revient de loin. C’est peut-être l’un des plus vieux qu’il soit possible de trouver du reste, en particulier sous nos cieux européens souvent capricieux. Le capuchon – c’est ainsi qu’il serait plus élégant de la nommer – protège du froid et couvre de la pluie. Relié au vêtement, on n’est sûr de pas l’oublier et de le perdre. Le capuchon est là, qu’on ait besoin de lui ou pas. Même amovible, en réalité, il reste bien souvent attaché. Praticité ultime que le capuchon.

L’élégance au XXème siècle n’était pas particulièrement encline toutefois à mettre en avant la capuche. Difficile de trouver celle-ci sur des dessins de Lawrence Fellows. Elle ne colle pas bien avec le répertoire tailleur. La capuche n’est pas considérée du tout, c’est un fait. Et d’ailleurs, à bien y regarder, elle n’est pas mieux considérée aux siècles précédents, y compris avant la Révolution. La capuche sous l’Ancien Régime est réservée aux vêtements religieux, et à quelques vêtements de petite extraction, du répertoire paysan. Certes, la cape à pèlerine et capuche avait quelques faveurs chez les dames de la haute société, façon retour de la bergerie. Une image un peu à la Watteau. Mais pour l’essentiel, la capuche déclasse plutôt.

Les gens riches eux, se couvrent la tête d’un chapeau. Toque ou chapeau de fourrure et bérets divers à la Renaissance, tricorne et bicorne plus tard, puis chapeau haut-de-forme, melon, Feroda, Trilby et que sais-je encore au XXème siècle. Au chapeau, il faut penser ! A la capuche, on oublie.

En un mot comme en cent, finalement, la capuche est l’inverse d’un luxe. Et depuis longtemps. Avoir de l’argent, c’est recourir à un objet spécifique pour se couvrir la tête. Un couvre-chef. C’est pourquoi aucun tailleur n’eut l’idée de rapporter cet accessoire au XIXème puis XXème siècle. Les beaux pardessus ne se soucient guère de ce lambeau de tissu pendouillant dans le dos.

Jusqu’au dufflecoat peut-être… Vêtement rustique (on y revient ! ) des marins de la Manche, il trouva pendant la seconde guerre mondiale quelques militaires valeureux pour l’adopter. Un manteau à capuche intégrée. Quelle trouvaille unique et rare. Plus besoin de casque, de calot ou de chapeau. S’il pleut, on rabat le tissu sur la tête. Il mit un peu de temps à trouver son chemin vers la penderie masculine dans les années 50. Mais une fois implantée, il ne cessa pas, jusqu’à nos jours, de séduire, génération après génération, avec un charme toujours renouvelé.

Et puis les k-ways, doudounes, parkas et autres nouvelles formes, souvent synthétiques, arrivèrent fin 70. Dans les années 80, la capuche était revenue. Fermement. Décennies qui ont vu l’extinction définitive du chapeau. Symétrie notable.

De nos jours, même les parkas de belles marques, comme Loro Piana, Corneliani et autres, intègrent des capuches. Avec un petit alibi, celui d’être amovibles. Même parfois des formes de manteaux classiques, ou de vestes légères, font la part belle aux capuches.

Est-ce à dire que nous avons régressé culturellement ? Que ce retour de praticité exacerbée signe une esthétique moyenâgeuse ? Que la capuche, c’est le mal, un symbole du malin à l’œuvre ? Je vais un peu loin dans l’analyse, avec amusement, rassurez-vous.

J’ai bien conscience que pour les défenseurs d’une esthétique tailleur, pour les gardiens de l’orthodoxie de Savile Row, qui sont ici chez eux d’ailleurs, la capuche n’est pas bien considérée. Elle ne fait pas partie du paysage pour deux sous. Elle n’est rien. Qui imagine un polo-coat, un ulster ou un balmacaan avec une capuche ?

A titre personnel, mon cœur balance. C’est un débat profond, et donc totalement inutile qui se joue au fond de moi sur le sujet. Je dois confesser posséder bien sûr une doudoune et une parka, car je suis à scooter. Et oui elles ont une capuche. Et oui, dès qu’il pleut, je ne peux m’empêcher de la rabattre pour me couvrir. Toutefois, je préfère le parapluie, n’aimant pas du tout être enfermé sous du tissu. J’analyse cette peur de l’enfermement comme une peur du danger. Avec une capuche, on entend moins les sons, on ne voit pas sur les côtés. N’étant plus toujours rassuré sur les trottoirs de Paris, je préfère garder la nuque libre et en mouvement. Et puis les capuches que j’ai ne sont, il me semble, pas bien patronnées, pas assez amples.

Je reconnais donc la supériorité d’un bon parapluie. A défaut de porter le chapeau. Mais j’aime bien cette capuche, elle m’amuse par son histoire, son authenticité et sa simplicité d’être. Fait-elle enfantin comme le disait Le Chouan Des Villes ? Peut-être. De toute façon, débat ou pas, le fait est qu’elle est là. Et pour un moment. De votre côté, qu’en pensez-vous ?

Belle et bonne semaine. A bientôt. Julien Scavini

18 réflexions sur “La capuche est-elle élégante ?

  1. Claude 13 décembre 2021 / 23:05

    Bonsoir, j’ai essayé la parka, et je trouve la capuche encombrante et peu esthétique qu’elle soit mise ou non sur la tête.
    je préfère un bon imperméable bien doublé, et un parapluie, l’inconvénient de l’imperméable est qu’il faut l’enlever avant de monter en voiture car je me retrouve gêné dans mes mouvements pour conduire, il y a aussi un autre inconvénient, car lorsque il pleut assez fort, et qu’il faut enfiler l’imperméable, j’ai le temps d’être « rincé » .

    • Julien Scavini 14 décembre 2021 / 22:43

      J’y pensais 😉

    • Dominic Marquet 19 décembre 2021 / 20:46

      De mon côté parapluie, feutre et imperméable, j’ai un faible pour mon Aquascatum.

  2. COIA Nicolas 13 décembre 2021 / 23:15

    Bonjour,

    Je pense simplement qu’une capuche fait casual ou que son absence fait plus formel. Je porte en semaine un pardessus avec un parapluie droit quand il pleut, et tout ce qui va avec : gants et chaussures habillés, costume-cravate, et le week-end c’est parka capuche, baskets, pantalon casual. C’est un ensemble. Quant aux pardessus avec capuche, je n’aime pas, je trouve cela dissonant.

    Belle semaine.

  3. Ilgattopardino 13 décembre 2021 / 23:27

    La cape vénitienne était dotée d’un capuchon, et c’est peut-être le seul contre-exemple aristocratique à votre sympathique inventaire… avec un objectif bien particulier, celui de dissimuler et de préserver l’anonymat, voire d’entretenir – pendant le Carnaval – de délicieuses confusions sur son identité…

    • Julien Scavini 14 décembre 2021 / 22:44

      Et oui. Et quelle beauté !

  4. Claudia BOUCARD 14 décembre 2021 / 08:53

    Bonjour Julien,

    Sympa cet article! Pour ma part, je dirais que le chic d’un beau parapluie est indétrônable, mais en ayant des enfants, le côté pratique des mains libres a pris le dessus 😉
    Belle journée
    Claudia B.

  5. Cédric 14 décembre 2021 / 09:47

    Si l’on souhaite intégrer la capuche de manière élégante, peut-être l’intégrer à une cape serait-il le plus efficace. Les capes sont souvent à col, mais la capuche est bien représentée, ne choquerait pas, et le fantasque de la cape occulterait la présence de la capuche.

  6. Jean 14 décembre 2021 / 14:23

    À défaut de béret basque, une newsboy cap de tweed ira avec presque tout. La capuche présente en effet l’énorme inconvénient de vous boucher la vue sur les côtés, d’où ne manqueront pas de surgir une trottinette, un cycliste ou un livreur scooterisé empruntant le trottoir.
    Depuis que la capuche est devenue l’apanage des petites frappes qui volent les toquantes à l’arrachée ou dealent devant les établissements scolaires, il faut reconnaître qu’elle éveille la méfiance de n’importe qui aussitôt qu’elle apparaît !

    • Julien Scavini 14 décembre 2021 / 22:45

      ahaha! Pas faux.

    • Gu 25 décembre 2021 / 22:45

      La capuche est sortie du getho depuis longtemps
      Ça manque de style j’en conviens mais c’est aujourd’hui un accessoire basique du dressing neo-bourgeois

  7. Tiffy 14 décembre 2021 / 17:20

    La capuche me paraît inévitable lorsque le vent souffle fort ou qu’il faut protéger le visage du froid, car un chapeau ou un parapluie ne seront pas utilisables dans ce cas. En toute autre circonstance je préfère le chapeau, qui a l’avantage de laisser les mains libres, ou le parapluie, selon la tenue.

    • Jacques C 17 décembre 2021 / 18:36

      Mais oui les lecteurs du site ne doivent pas beaucoup fréquenter la côte normande ou atlantique car les parapluies ont vite fait de se faire retourner et l’élégance itou.

      À part la capuche, je ne vois pas trop comment faire pour se protéger de la pluie par grand vent.

      Rendez vous sur la plage durant les vacances de fin d’année pour en discuter !

    • Julien Scavini 17 décembre 2021 / 21:41

      En effet! Je n’avais pas pensé à cette option de bord de mer 🙂

  8. Alessandro Zecchin 14 décembre 2021 / 17:21

    La capuche, sur un Duffle-Coat ou sur un ciré, quand elle est rabattue en arrière donne un certain volume à une tenue que j’apprécie tout particulièrement.
    Mais rien ne vaut, à mon sens, un parapluie pour affronter les gouttes.

  9. FMR 14 décembre 2021 / 19:28

    Pourquoi ne pas faire d’une pierre deux coups et réhabiliter la capuche et la cape ?

  10. Gu 28 décembre 2021 / 03:01

    Je comprends toutes les preventions exposées ici sur la capuche mais sa généralisation est cohérente avec le mentalités de l’époque très axées sur la mobilité et la polyvalence
    Dans le même registre le sac à dos remplace la sacoche qui avait elle-même éliminé l’attaché-case.
    Personnellement je reconnais que la capuche souvent trop étroite n’est pas très agréable en termes de visibilité mais, ayant renoncé à avoir des parapluies que je perdais tout le temps, je suis bien content d’en avoir une
    Je je me pose plus la question du temps qu’il fera en partant le matin. De plus je prends régulièrement le vélo

  11. gillessuisse 9 janvier 2022 / 20:25

    Tiens, c’est intéressant cette évocation du duffle coat. Vous en aviez fait un article. Pendant 20 ans, je ne pouvais pas voir ce manteau. Je le trouvais un peu bête. Et depuis que j’ai la quarantaine, j’avoue qu’il m’intéresse. Retour en enfance? Eh bien je viens de franchir le pas et de m’en commander un. Hâte de le recevoir. Me demande si ça fonctionne par dessus un costume en tweed ou un costume de ville. A voir.

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