Folie bleue, verdict !

Voici donc le verdict des deux semaines de concours ! Vous m’avez forcé à en dessiner en quantité impressionnante ! Je ne pensais pas à l’origine que cela prendrait une telle ampleur, mais c’est bien. Nous constatons une belle variété dans l’ensemble, des propositions très différentes il est vrai, des plus habillées aux plus jeunes. Je n’avais peut-être pas assez explicité l’occasion de cette fête. La prochaine fois, j’essaierai d’être plus précis dans la formulation. Car j’ai lu dans les commentaires (excusez moi, je n’ai pas toujours le temps de les lire d’une semaine à l’autre) des interrogations à propos du terme semi-formel. Ceci dit, cela vous pousse dans des retranchements très divers. Le blazer est quand même le roi et le pantalon blanc le prince des réponses.

Donc, en tête vient la figurine B avec 9 suffrages ! Un classique proposé par le lecteur D de R, dont l’intitulé était le suivant : mocassins en cuir grainé châtaigne, chaussettes marrons, chino blanc, ceinture en cuir châtaigne ou bretelles bleu ciel, blazer droit marine, chemise blanche à chevrons, boutons de manchette en cuir brun, pochette et papillon rayés blanc/bleu ciel et un panama blanc! Comme pour un match de polo où des courses finalement…

Viennent ensuite les propositions H (proposée par Quentin avec 6 votes) et ex-aequo E / M et P. Pour ma part, j’avais un petit faible pour la I, mais difficile d’avoir une veste en pied de poule lavande dans sa penderie !

Enfin, pour clore ce chapitre, je vous propose ma réflexion sur le sujet :

verdict concours

Un blazer en natté très aéré marron un peu soyeux, avec un pantalon en toile bleu pétrole.

Une chemise d’un bleu très pâle, une cravate en shantung de soie, entre le gris et le bleu et une pochette blanche.

Des chukkas en veaux-velours et un panama trilby.

Bonne semaine. Julien Scavini

Folie bleue / résultats

Finalement, je crée ce nouveau post en réponse au précédent qui annonçait la couleur ! Voici donc les résultats complétement dessinés de vos propositions.  Je n’ai pas pu toutes les retenir, surtout les dernières arrivées en retard. J’ai parfois été obligé d’imaginer les formes des vestes, les descriptions étant partielles. J’espère ne pas avoir trahi vos idées. Chaque figurine possède une lettre. Écrivez en commentaire quelle lettre vous préférez et celle qui aura le plus de vote sera élue tenue ‘folie bleu’ officielle 😉

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Que le meilleur gagne ! Julien Scavini.

Folie bleue

J’écris aujourd’hui ce court article pour faire remarquer à quel point le bleu gagne du terrain dans le vestiaire masculin. Auparavant couleur exclusive de la ville – avec les gris – il gagne aujourd’hui du terrain, porté par l’art du sportswear.

Pour tout dire, sur les 4 costumes en livraison que j’ai devant les yeux au moment où j’écris ces lignes, 3 sont bleus. Un signe ! De plus en plus d’hommes choisissent cette couleur. Elle a l’avantage, même dans les teintes les plus sombres, d’être toujours plus lumineuse que les gris. Ceci dit, la profonde noirceur des anthracites est formidable aussi ! En flanelle, un blazer bleu marine possède ainsi une intensité remarquable.

Attention toutefois lors du choix d’un bleu marine, car ils ne paraissent pas tous fort bleu. Seulement, lorsque vous vous tenez sous un rayon de soleil – rare en ce moment – l’effet bleu puissant peut se présenter. On distingue trois bleus pour les costumes : marine, minuit, pétrole aux notes prunes (A-B-C).

Un autre bleu qui était très très employé, surtout en France est le bleu de chauffe, ou bleu de mécano, qui est la couleur officielle de la France dans les courses automobiles, d’où le nom de bleu France (D) ou bleu Bugatti. Il est assez difficile à décrire et à trouver. C’est une couleur particulièrement franche ! On pouvait trouver beaucoup de tenues de travail, sur des bases de vestes carrés à col Claudine, pour les ouvriers, dans des cotons ultra-lourds.

différents bleusLe bleu était donc plutôt une couleur de la ville, financière ou industrieuse, en opposition aux tonalités de loisir, plus teintées de marron.

Seulement voilà, le bleu a envahit ce segment, par l’intermédiaire du sportswear ! Tout est bleu maintenant. D’abord et avant tout en accompagnement de l’extraordinaire développement du jean, confectionné en toile denim teinte à l’indigo.

Si bien que tout est bleu de nos jours : chinos, pulls, vestes et mêmes souliers ! Les totals looks peuvent être plaisant à l’œil. Au delà, le bleu peut se porter été comme hiver. L’été, en complément de pièces beige/sable et de blanc, c’est le triptyque gagnant. L’hiver, en association avec le marron chocolat et le beige/kaki, c’est simple comme bonjour ! Le bleu marine se paye même le luxe d’aller à merveille avec le vert, une association piquante à l’œil, avec une vibration sans pareille !

bleu été hiverBref, une couleur versatile ! Et vous, comment aimez-vous le bleu ? Et lequel, marine, ciel, prune etc… ? Je n’ai volontairement pas fait d’illustration ce jour, pour vous laisser le choix des propositions. On va refaire un petit concours amusant :

– imaginons que vous soyez invités à une garden-partie semi-formelle, dans un jardin. Le thème de l’après midi estivale est : reflets de la piscine de Gatsby, tout de bleu vêtu. Quelles pièces choisissez vous ? Comment les mariez-vous ? Décrivez moi la tenue, rapidement, de la tête aux pieds, je dessinerai une dizaine de figurines correspondantes. On va constater l’état d’esprit sportwear du moment ;). Et pas forcément complètement bleu, mariez les tons si vous souhaitez.

A la semaine prochaine. Julien Scavini.

Et le ‘un bouton’ alors?

Et oui, comme soulevé dans les commentaires de l’article de la semaine dernière, qu’en est-il des vestes ‘un bouton’ ? A priori, ce n’est pas un choix fort classique. L’un des rares éléments du vestiaire avec un bouton qui me vient à l’esprit est le smoking. Et ses dérivés / ou ancêtres, les vestons d’intérieurs, mais ceux-ci ont parfois une cordelette plutôt qu’un boutonnage.

Notons que les vestons ‘un bouton’ furent à la mode dans les années 30. Je me souviens d’un beau portrait de Maurice Ravel avec une telle veste, qui arborait en plus un bouton jumelle. Cela signifie en fait qu’il y a deux boutons au même endroit, un sur l’endroit (classique) et un sur l’envers. Et les deux pans de la veste se boutonnent en s’épousant et non en se chevauchant. A l’instar des jaquettes. Un petit truc amusant. La veste du célèbre compositeur présentait des revers en pointes, ce qui parait le plus logique. Un petit côté formel émane immédiatement d’une telle mise.

un boutonL’histoire nous donne donc quelques exemples. Elle nous apprend aussi que le vestiaire se dépouille, s’allège de plus en plus. Les vestons sont maintenant majoritairement deux boutons, donc le dernier – le plus bas – ne sert pas. Le pas est facile pour supprimer ce dernier. Le boutonnage d’une veste un bouton est donc égal à celui d’une veste deux boutons, seul le dernier ‘inutile’ disparait, sans modification de la hauteur de fermeture. C’est logique, le bouton principal étant vers la taille, c’est ici que se ferme le veston.

Alors pourquoi un deux boutons ? Je vais répondre d’abord, pour qui. Les hommes pas très grands peuvent admirablement porter le ‘un bouton’, de même que ceux qui sont corpulents. En associant cela avec une belle échancrure du V des revers, la silhouette est allongée. Je me souviens du blog d’un jeune homme asiatique vivant à NYC qui faisait systématiquement faire des vestes ‘un bouton’, y compris dans les tweeds. La question du registre se pose donc. Je n’en ai jamais eu encore, mais je me fais actuellement un costume bleu nuit avec un bouton. Et des revers classiques, sport. Pour essayer justement. J’ai été assez convaincu sur les clients qui voulait cela. Seulement, il ne faut pas en faire une règle absolue. La variété est souvent par parente de l’élégance.

Vous pouvez donc prendre le parti du formalisme et réserver cela pour les costumes de mariage ou du soir. Vous pouvez également trouver cela très sport, et l’utiliser sur des tweeds. Nous touchons ici à des questions de style très contemporaines. L’histoire ne nous dit pas grand chose. Il revient donc à chacun de se faire son idée…

Bon repos ce jour et bonne semaine. Julien Scavini.

Deux ou trois boutons

Voici une des questions les plus récurrentes du métier de tailleur, veston deux ou trois boutons ? Elle se pose invariablement lorsque vient le moment de choisir la forme générale de la veste que l’on commande. Et elle est moins évidente qu’il n’y parait. Beaucoup de messieurs butent sur celle-ci. Car cette question renvoie à une idée de style. Cette forme particulière, que va-t-elle dire de moi ?

Évidemment, la première des options est de regarder l’anatomie générale de la personne. Si vous êtes petit, fuyez le trois boutons, c’est la logique même. Mais une logique qui n’a pas toujours eu cours. Un de mes vieux clients, qui a toute sa vie été chez le même tailleur et qui est pourtant assez petit et corpulent, ne veut que du trois boutons. Son ancien tailleur lui avait dit que c’était comme ça qu’il fallait s’habiller, et que sur lui, c’est idéal et mieux que le deux boutons qui le tasserait… Je m’interroge encore. Que voulez-vous, on ne peut lutter contre les habitudes.

2 ou 3 boutonsLa mode après. Celle-ci est au deux boutons ces temps-ci et depuis un petit moment déjà. Lorsque j’avais interviewé Camps De Luca à ce propos l’été dernier, il m’avait été dit que le deux boutons était maintenant ultra majoritaire dans les commandes. A tel point qu’il n’y avait plus de trois boutons en production. Un signe.

Est-ce une question d’ouverture, d’échancrure, pour montrer plus de cravate par exemple ? Peut-être. Seulement, le costume croisé – à la mode également – ne permet pas une profonde échancrure, du fait de la croisure assez haut. Pour ma part, j’aime les deux, sans distinction. J’ai seulement remarqué que les trois boutons vieillissaient un peu moins bien, présentant notamment des drapés sur la poitrine, du fait du non-boutonnage du haut. Mais ce dernier habille plus. Son côté plus refermé est plein de discrétion, à l’inverse du deux boutons, plus démonstratif. C’est donc surtout une question d’attitude personnelle, et de moment. Notons qu’une veste trois boutons, l’hiver, tient plus chaud.

Enfin, par le petit schéma ci-dessous, étudions les différents trois boutons que l’on peut rencontrer dans le commerce ou chez les tailleurs :

3 boutons

  • A : le trois boutons classique. Le revers ne commence qu’après le dernier bouton. Il ‘roule’ donc un peu plus haut que le bouton, avec une revers plutôt court.
  • B : le trois boutons, à l’italienne. Le revers commence au dernier bouton, ou à peine avant. L’entrainement du revers et son ‘roulé’ ne peu se développer si vous fermez le dernier bouton. Mais si vous le laissez ouvert (un classique de nos jours), le roulant de revers s’exprime bien, à mi-chemin entre un deux et un trois boutons. Ceci dit, du point de vue des tailleurs parisiens avec qui j’en ai discuté, un revers qui roule de cette manière (c’est à dire sur le bouton) est mal conçu. C’est donc le signe, d’un point de vue parisien d’une mal façon, ce que nierait un tailleur italien !
  • C : le revers américain. Il s’agit en fait d’un véritable deux boutons. La troisième, fausse boutonnière, est exécutée dans le revers, sur l’envers, enfin l’endroit du coup.

Et vous, quel est le vôtre ? Bonne semaine, Julien Scavini

 

Deux films avec L. DiCaprio

L’article de la semaine est consacré à deux films qui sortent bientôt sur les écrans, mettant en scène Leonardo DiCaprio comme acteur principal. S’il a récemment annoncé sa mise en retraite temporaire, exprimant par là son mécontentement à l’encontre de l’Académie qui ne lui a toujours pas remis d’Oscar, force est d’admettre qu’il a beaucoup tourné ! Du bon et du moins bon, mais à mes yeux, c’est un immense acteur, plus ou moins bien dirigé. En vieillissant, je lui trouve un chic très années 50 qui lui va très bien. Acteur intéressant à ses débuts (Rimbaud Verlaine, Titanic), il s’est essayé à beaucoup de genres.

Dans ses films, le costume occupe bien souvent une place importante. Je reviendrai sur les habits dans Titanic un jour prochain (quand?). Il y a eu Gangs of New-York, un peu violent, mais à l’esthétique 1850 intéressante; l’Homme Au Masque de Fer, ancien régime;  Aviator ou J.Edgar. Notons aussi le délicieux Attrape Moi Si Tu Peux, génialement 60’s. Bref, un acteur à habiller. Et un acteur qui dans le civil ne s’habille pas trop mal, ayant recours aux bons offices de Tom Ford.

Cette année, avant son black-out temporaire, Leonardo DiCaprio est à l’affiche de deux films assez différents et costumés : Gatsby et Le Loup de Wall Street. Deux films d’époque. Premièrement Gatsby Le Magnifique, réalisé par Baz Luhrmann, est l’adaptation du roman de Scott Fitzgerald. L’action se déroule à New-York et sur la côte de Long Island dans les années 20, délicieusement folles, en particulier sous l’effet de la prohibition. Si vous n’avez pas vu la première adaptation, de 1974 avec Robert Redford par Jack Clayton, je vous enjoins fortement à le faire. Une merveille surannée, pleine d’émotions étouffées, emplie d’une humeur suffocante.  Pas trop d’effet et un film plutôt lent, mais une langueur parfaitement adaptée à un New York écrasé par l’été. Et des costumes au plus haut niveau ! Bien sûr un peu daté par les années 70. Mais le costumier n’était pas n’importe qui : Ralph Lauren lui-même. Si bien que le goût des vêtements transparait parfaitement à l’image. La scène de la pagaille dans les chemises aux tonalités acidulées et pastels est merveilleuse.

En revanche, la nouvelle adaptation me parait à mille lieux de cela. De notoriété publique, des moyens colossaux ont été mis dans ce nouveau film. Notamment pour la reconstitution de décors et de scènes de fêtes (et pour la pub). Mais débauche de moyen ne signifie pas réussite. Et depuis plus d’un an que des images du tournage filtrent, je n’ai eu de cesse de voir mes craintes grandir. La bande annonce me les confirme. Voilà une adaptation très très grand public shootée aux amphétamines et anabolisants. Que d’effets spéciaux ! Tout brille, tout impressionne ! Mais cela ne me convint pas, en particulier les costumes. DiCaprio est recouvert de poncifs, des pieds à la tête, le summum du grotesque étant cette canne qu’il a l’air de tenir comme un petit voyou qui aurait gagné le loto. Le personnage lui-même m’apparait peu sympathique. Les costumes trois pièces sont quant à eux étriqués, avec des revers ridiculement petits, et surtout réalisés dans des étoffes bien trop fines. Le tombé n’est pas typique des années 20. La série de HBO Boardwalk Empire est bien plus intéressante à ce niveau. Quant aux souliers… Bref, si j’irai peut-être le voir, ce ne sera pas avec envie.

DiCaprio Wolf GatsbySecond film de l’année pour DiCaprio, Le Loup de Wall-Street me parait en revanche bien plus intéressant. Premièrement car Martin Scorsese est aux manettes. Et secondo, car le sujet – la finance de New-York – permet régulièrement de chatouiller les élites et ses rouages … et habits. Nous avions déjà eu le mémorable Wall Street d’Oliver Stone avec Michael Douglas (et sa suite bien médiocre). A l’instar de cette production, Le Loup de Wall Street se déroule dans les années 80/90. Décors et costumes sont donc d’époque. L’occasion de découvrir l’acteur vêtu des ces fameux croisés un peu trop amples qui firent toute l’esthétique de ces années là. Et j’ai été emballé par une des rares images que j’ai pu trouvée. Tout à l’air d’y être. Tellement bien que j’irai presque jusqu’à dire que ces croisés vont revenir à la mode d’ici quelques mois… J’y trouve une certaine allure. Je dois être à peu près le seul. Seulement, il n’est jamais inutile de tourner un peu la tête en arrière, surtout dans la mode. Bref, un deuxième film que j’irai voir, bien volontiers ! Et vous ?

Bonne semaine de pleine de jours fériés ! Julien Scavini

L’architecte

Il y a quelques jours, dans le métro, monte un monsieur. Je le regarde, spectateur attentif de mes contemporains, toujours à l’affût des manières d’être et de s’habiller. Je me suis dit intérieurement, il doit être architecte. Je vous le décris : jean noir délavé passé au gris ; veston un peu trop court anthracite, d’une matière assez peu qualitative et qui endurait certainement depuis longtemps les efforts ; chemise imperceptible, sous les manches de la veste et l’écharpe ; écharpe grise et verte fluo ; sacoche de cuir en bandoulière anthracite ; lunettes rectangulaires à grosses branches ; crane rasé ; beaux richelieus aux pieds, anciennement glacés, certainement d’une très belle maison, mais largement éculés. l'architecte

Pourquoi architecte me direz-vous ? Premier indice, la prédominance du noir et de l’anthracite, non-couleurs par excellence de cette profession depuis que cela a été décrété standard !

– On pourrait objecter qu’il peut aussi être styliste. Non car je pense que la grande écharpe verte sert à le protéger lors des visites de chantier. Roland Castro aurait mis une écharpe rouge. Un styliste/décorateur une noire ou rien, pour montrer son t-shirt Zadig & Voltaire.

– On pourrait objecter qu’il travaille pour Apple. Non car les souliers dénote d’un goût, quelque part bien caché, pour l’ancien. Un Apple-worker aurait mis de larges sneakers à la mode Lanvin. Comme le styliste peut-être.

– On pourrait objecter qu’il est ingénieur du BTP. Non, car l’ingénieur n’aurait pas si ostensiblement poussé l’accord de gris, et ne porterait certainement pas de richelieus, sauf l’ingénieur commercial en costume.

L’architecte est précisément entre tout ça ; entre le styliste, qui serait allé dans une autre direction, et l’ingénieur, qui aurait fait moins d’effet. Mais enfin, tout de même, quelle tenue médiocre ! Le pire étant peut-être l’accord de cuir marron et de coloris gris dans une même tenue, fut-elle sport. Avec cette tenue, des souliers noirs – oui quand même ! – n’auraient pas été de trop. Peut-être même de légères baskets.

Cela a toujours été une interrogation. Pourquoi diable les architectes, ceux qui sont censés rendre les villes plus belles, sont ils si mal fagotés ? J’eus même un professeur dont je tairai le nom qui, à cinquante ans passés, tout de noir vêtu, habillé ses pieds de baskets… à scratch… noires -!- L’architecte s’affranchit des règles. C’est même comme cela qu’on le forme. La disparition du canon Beaux-Arts, auquel tout un chacun pouvait référer, architecte doué ou moins doué, a laissé place à une dictature du génie personnel. A chacun de créer son propre canon, et tant pis si cela crée d’un côté de grands génies créateurs de leurs propres canons – louons les – et de l’autre une masse considérable qui tente de surnager, et nous affuble d’affreuses laideurs. C’est aussi comme ça que fonctionne le stylisme. Sauf qu’une robe ratée passe à la trappe, un bâtiment reste. L’égalité des chances au départ de la formation ne pousse pas vers l’égalitarisme progressiste. Au contraire…

Peu d’architectes de nos jours sont bien vêtus. Le seul qui fasse un effort classique parmi les grands noms est Jean-Michel Wilmotte, que tous ses confrères traitent d’affairiste. Gros mot. Sinon, Valode et Pistre, niette. Jean-Nouvel, ouh la ! Frédéric Borel, comment dire… Christian De Portzamparc, passons. A l’étranger, Rem Koolhaas, Frank Ghery, Renzo Piano (pourtant italien!) ou Richard Rogers (un peu ingénieur, on l’excusera) ne rehaussent pas le niveau. Seule une petite frange des Architectes en Chef des Monuments Historiques et autres Architectes des Bâtiments de France font mine d’un peu d’élégance. L’éducation aux classiques anciens sans doute.

Bref. Cet article n’a pas pour but de frapper et de faire mal, mais simplement de soulever avec humour le point commun à toute une profession. Inutile de le prendre mal. Ceci dit, maintenant j’en suis convaincu, ce monsieur EST architecte !

Bonne méditation.   Julien Scavini

Les longueurs des manteaux

En marge des précédents articles sur les manteaux, et alors les températures se raccrochent encore à l’hiver, étudions ce soir les longueurs types de ces derniers. Car la mode évoluant, les longueurs évoluent aussi. Et d’une certaine manière, vers le riquiqui, mais ne nous fâchons pas ! Étudions la planche ci-dessous :

longueur manteau

De haut en bas :

  1. La sur-veste. Longueur classique et très sport, sur le modèle des Barbour. Il est plus long que la veste de quelques centimètres, pour arriver à la fin de la main. Idéal pour l’ordinaire et les mises décontractées du week-end.
  2. L’auto-coat. Comme son nom l’indique, il fit fureur dans les années 60, la conduite automobile se démocratisant. Alliant style d’un manteau classique et longueur raccourcie, il est presque devenu le standard de nos jours, notamment avec le développement des ‘cabans’.
  3. Vers le genoux ou au dessus de celui-ci. Typique des manteaux raglans et autres imperméables classiques, c’est une longueur qui laisse de l’aisance pour marcher ou faire des activités de loisir.
  4. A la ville, la longueur typique était et reste entre mi-mollet et en dessous du genoux. Oui c’est peu long, mais la proportion est satisfaisante, notamment si l’on est attentif à la position des poches. 3 boutons est moderne, 4 boutons en classique.
  5. Entre mi-mollet et la cheville, standard ancien que l’on ne voit plus guère. A l’instar du duc de Windsor, vous le sortirez pour les soirées à l’Opéra.

Et vous, quelle est la vôtre ? Bonne semaine, Julien Scavini

 

Le manteau anthracite

Finissons cette semaine sur les manteaux, alors même que le printemps pointe son nez. Le manteau anthracite donc, qui constitue l’ultime choix pour le élégants à la ville, et peut-être même le seul manteau qu’il faudrait avoir ; seul manteau absolument classique, plus que le noir en tout cas, et complémentaire d’un pardessus plus sport, dans les tons marrons, peut-être même dans le genre blouson ou Barbour.

Le premier modèle, le plus simple pourrait être appelé Chesterfield, bien que ce modèle d’après Bernhard Roetzel soit réalisé dans un chevron fondu. Mais on peut tout à fait l’envisager dans une lourde flanelle, ou un drap fort peigné. C’est l’excellence même ! ; manteau de tous les jours, si vous êtes en costume, par dessus des tons marines ou gris. Si le pardessus est très foncé, il aura l’avantage d’être parfaitement passe-partout. Il pourra même intégrer quelques pour-cents de cachemire, pour la douceur. Notons qu’un manteau se conserve des années, car vieillit plutôt lentement. Ceci dit, faire à son sujet un achat un peu couteux est vraiment un bon investissement. Car un manteau pas cher ne tient pas chaud (les tissus sont légers, car simplement le transport en conteneur de marchandises se paye au poids) et se fatigue vite, entre lustrage et épaules qui tombent.

manteaux anthracitesSi l’on va un peu plus loin, abordons le thème du manteau de ville, un peu plus sport avec le modèle ‘british warm’. Traditionnellement ce manteau est réalisé dans un drap chaud de laine dans les tons marrons / beige. Ceci dit, si vous affectionnez les mises en noir et blanc mais un peu ‘sports’ (le prince de galles classique est à ce sujet un must-have), il pourra se présenter dans un grand chevrons anthracite. Le ‘british warm’ est croisé et peut avoir deux cols : celui du ‘polo-coat’ ou ‘voyager’, donc un grand col facile à porter relevé, ou celui du croisé, à savoir deux pointes simples. Il possède classiquement des épaulettes, rappelant son origine militaire, mais elles ne sont peut-être plus tout à fait à la mode. J’espère que pour l’hiver prochain, votre choix sera plus éclairé 😉

Julien Scavini