Edouard Balladur, une élégance intemporelle

La semaine dernière, l’ancien Premier ministre et candidat malheureux à l’élection présidentielle de 1995, Édouard Balladur (1929-), entouré de sa famille et de nombreuses personnalités du monde politique et culturel, a accompagné en sa dernière demeure son épouse, Mme Marie-Josèphe née Delacour (1934-2025). L’occasion d’apercevoir un homme naturellement marqué par les années, mais dont l’allure et l’élégance n’ont pas varié d’un iota. Silhouette impeccable, à travers l’épreuve, l’ancien chef du gouvernement a donné l’image d’une dignité intacte, fidèle à ce style fait de retenue, de distinction et de constance qui demeure sa signature.

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Quel beau manteau droit, à boutons cachés, dans ce coloris juste et sans concession : le noir, accompagné d’une écharpe elle aussi noire. Des teintes que l’on trouve rarement réunies dans une garde-robe ordinaire, mais que l’on peut convoquer sans hésitation lorsque la gravité de l’instant l’exige. Elles témoignent d’un vestiaire longuement pensé, étudié, construit autour d’un principe simple et souverain : celui de la dignité.

La photo ci-dessous permet d’apprécier de manière plus précise ce manteau taillé dans un drap d’une grande qualité, un beau peigné de tradition tailleur. Les boutons, avec leur ménisque caractéristique en creux, signent une réalisation d’inspiration Savile Row. N’était-ce pas chez Henry Poole & Co, le célèbre tailleur anglais, que l’on disait l’ancien Premier ministre s’habiller ? Cet atelier, réputé pour son sur-mesure classique et sa coupe irréprochable, figure parmi les adresses les plus respectées de la tradition sartoriale anglo-saxonne.

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François Bayrou, manifestement remis de sa récente grippe, avait opté pour un pardessus raglan décliné sur un très beau camaïeu de bleus, ensemble d’une réelle distinction. On ne saurait toutefois trop lui conseiller, afin de se prémunir contre les rechutes saisonnières qui l’ont fait vaciller dernièrement, d’y adjoindre une écharpe et une paire de gants : le raffinement n’exclut pas la prudence.

Nicolas Sarkozy, pour sa part, avait choisi un costume rayé d’un excellent niveau de formalisme. On pourrait néanmoins se permettre de lui glisser, à l’oreille, qu’un manteau d’une coupe légèrement moins ajustée mettrait moins en valeur — ou plutôt moins en évidence — sa poitrine singulièrement bombée.

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Et vous le savez, je ne saurais m’adonner à l’exercice de la chronique funéraire sans vouer, au passage, quelques silhouettes inappropriées aux gémonies, ces touristes égarés entre deux emplettes, surgis là par malentendu vestimentaire. Et cette fois encore, pour votre plus grand plaisir, et surtout pour l’humour, voici quelques grands gagnants.

Mais qui a donc pu souffler à Michel Barnier que ce genre de grolles — pardonnez-moi l’expression — était de circonstance ? On imagine sans peine Édouard Balladur, s’il avait eu ce jour-là le loisir de s’attarder sur ce détail, lever les yeux au ciel avec cette réserve éloquente qui lui est propre.
Quant à savoir si cette silhouette constitue une publicité très convaincante pour Lacoste, la question mérite d’être posée. Enfin Michel, tout de même !

À sa décharge, il neigeait ce jour-là, et l’on peut concevoir qu’à 75 ans la crainte de la chute prenne le pas sur les considérations esthétiques. Dans de telles circonstances, une bonne canne eût sans doute constitué un rempart plus sûr que des runnings. Mais elle aurait trahi un âge que sa campagne législative se refuse à afficher…

Pour ma part, allant moi-même à pied au travail en ces journées singulières, j’avais choisi des Paraboot à semelle de gomme : la sécurité, certes, mais sans renoncer à une certaine tenue.

Quant à Valérie… je conçois volontiers qu’elle doive encore éponger les frais de sa campagne présidentielle (4,78%) et que, pour cette raison, elle ne puisse s’autoriser que les allées de La Halle aux Vêtements (où j’habille moi-même mon fils, afin que les esprits chagrins ne me taxent point de prétention). Mais enfin, Valérie. Une parka vert militaire sur un pantalon de smoking, pour conclure l’ensemble par une antique paire de bottines MARRON genre Minelli ? Était-ce bien la tenue appropriée pour venir rendre hommage au plus élégant et raffiné des hommes politiques français ? Vraiment… vous n’aviez rien de mieux dans votre penderie ? Cette photo est d’une tristesse confondante.

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Éric Zemmour était également présent. C’est d’ailleurs le seul à avoir pensé aux gants. En un jour de neige, voilà qui relève presque de la pensée logique, et mérite d’être signalé. On pourrait toutefois envisager de lancer une souscription afin de lui offrir mieux que ceux de Jean Valjean.

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Mais enfin, évacuons ces sujets fâcheux et revenons à Édouard Balladur, que j’eusse tant aimé pouvoir interviewer. J’avais, par l’entremise de M. Fillon, sollicité une audience ; elle me fut poliment refusée. C’est grand dommage, mais l’on sait combien ce sujet jugé vaniteux qu’est l’élégance agit souvent comme un repoussoir dans l’univers politique.

J’ai néanmoins retrouvé deux photographies de l’homme, prises il y a quelques années : sur l’une, il porte une gabardine de mi-saison, d’une simplicité et d’une élégance exemplaires ; sur l’autre, un manteau plus rare, à mi-chemin entre la ville et la campagne, composé de petits chevrons gris, sorte de tweed fin et ras. Un choix peu commun, certes, mais peut-être justement versatile, et révélateur d’un goût sûr, indépendant des modes comme des convenances.

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Un goût sûr, qu’atteste précisément cette photographie. Ce costume-là, chacun devrait l’avoir dans sa garde-robe : la démonstration éclatante que la simplicité, lorsqu’elle est tenue dans le bon ton, demeure la forme la plus aboutie de l’élégance, n’est-ce pas ?

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J’ai également saisi cette image, plus enjouée. La légère vibration que l’on y perçoit est très probablement due à l’armure du tissu, de type caviar — que l’on nomme aussi œil-de-perdrix — laquelle engendre à l’écran une tension pixelisée, phénomène que l’on retrouve dans certains Prince-de-Galles. Des trames qu’il convient d’éviter pour quiconque est destiné à être souvent photographié ou filmé.

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Chez l’homme, la règle semble immuable : veste trois boutons et poche ticket. Un style acquis une fois pour toutes, et jamais remis en question. Une constance qui force l’admiration. Ce camaïeu de gris sous la veste est bien pensé et travaillé, juste questionné par la veste mastic. C’est sobre. Un peu l’élégance de Von Bulow.

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Le meilleur pour la fin est probablement cette image d’Édouard Balladur alors Premier ministre, recevant sur le perron de Matignon l’empereur Akihito du Japon, lors de sa visite officielle en France le 3 octobre 1994, un moment solennel gravé dans les archives diplomatiques.

Il est alors en costume croisé, d’un statut supérieur, à l’égal de celui de l’Empereur, dont j’avais vanté la suprême élégance il y a quelques années. Chez Édouard Balladur, on remarquera qu’importe l’époque, il présente toujours une allure classique, sans excès. Des lignes sobres, non outrées, peu influencées par les modes : un pantalon ni trop large ni trop étroit, une veste ajustée sans excès, des revers de dimension moyenne, etc. Il en résulte une pérennité de l’image impressionnante — celle d’un homme pour qui l’élégance reste un art de constance, plutôt qu’un caprice. Un bel Art de Vivre.

Belle et bonne semaine élégante. Julien Scavini

Le style français, l’idée de 2025

Vous le savez, la question de la recherche du style français me passionne depuis les débuts de ce blog. Je vous en ai parlé maintes fois, parfois en prenant Arnys pour exemple, parfois en tentant d’en dépasser l’esthétique. En 2025, alors que le vestiaire masculin oscille entre performance technique et nostalgie patrimoniale, je m’amuse toujours à y réfléchir. Tout en étant peut-être à peu près sûr qu’au fond, il n’existe plus vraiment de style national, tout étant fondu dans une grande internationale stylistique. Cette question d’un style français hypothétique m’était sortie de l’esprit. Je le trouvais… introuvable.

D’autant plus que la pratique – difficile – du prêt-à-porter m’a éloigné de cette réflexion théorique. Développer des modèles, les produire, les distribuer, les solder est incroyablement chronophage et énergivore. Toutefois, cette pratique pousse aussi à observer les confrères et concurrents : coupes en vogue, matières privilégiées, palettes de couleurs, etc. À force de regarder, un jour, plus qu’un autre, j’ai mieux ouvert les yeux. Je m’amusais intérieurement de cette forme de découverte. Le style français, mais c’est bien sûr ! Eurêka. Alors qu’il était devant moi depuis une décennie. Une décennie à ne voir que ça, à longueur de journée, dans ma boutique, sur les trottoirs, dans le métro.

Je précise toutefois que j’ai eu du mal à bien ouvrir les yeux, car dans le costume, on finit par ne voir que le costume, comme alpha et oméga du style masculin. Ce style français, si commun, si présent, comment le caractériser alors ? Je vous déroule mes critères :

  • La coupe est proche du corps. Autrement dit : slim ou semi-slim.
  • Les proportions des détails sont invariablement chiches, voire pingres. Autrement dit : minimalistes. Minables dirait un ami.
  • Les matières sont majoritairement naturelles. Le coton est surreprésenté. La laine est vaguement présente, mais elle coûte cher, alors une laine qui gratte d’origine portugaise suffit.
  • La palette de couleurs est trendy sans jamais être saturée.
  • L’esthétique se veut BCBG tout en revendiquant presque celle de l’artisan couvreur.

Une fois ces critères distillés, vous avez peut-être du mal à visualiser le résultat. Je vais vous aider. Imaginez un jeune homme entre 30 et 40 ans, plutôt urbain. Il travaille comme juriste à la Macif. Ou chef de produit dans une start-up d’applis. Ou ingénieur chez SNCF Réseau. Ou technico-commercial chez Keolis. Ou banquier dans une agence de la BNP. Ou caviste chez Nicolas. Bref, il a fait quelques études et occupe un poste situé à une certaine altitude de l’ascenseur social. Que porte-t-il ce mardi matin ? Je citerai toujours trois marques pour rester neutre et vous ouvrir le champ de l’imaginaire :

  1. Une chemise en petit oxford rayé, un coton pas très épais. Le col est ridiculement petit, minuscule, pour faire plus moderne, comme les poignets. Une poche de poitrine existe, mais si petite aussi qu’elle en devient risible. Cette chemise n’a pas été repassée — très important. D’où vient-elle ? Peut-être Monoprix, peut-être Faguo, peut-être Figaret.
  2. Un chino, là encore en coton pas très épais, couleur beige. Sans pli marqué au fer. La ligne est très svelte sur la jambe, soulignant le postérieur rebondi que madame ou monsieur aime voir, et surtout sans excédent de tissu derrière la cuisse ! Ouverture en bas : entre 17 et 18 cm. Peut-être qu’un bouton coloré égaye la poche arrière, détail très important pour le styliste à l’origine du modèle. D’où vient-il ? Peut-être du Pantalon, peut-être de El Ganso, peut-être de Balibaris.
  3. Pour les souliers, trois possibilités. Soit une paire d’Adidas Stan Smith ou une copie quelconque, elles sont si nombreuses. Détail important : elles sont sales et bien fatiguées. Soit une petite basket basse avec un bouton en bois sur le côté, de chez Faguo. Soit une chaussure en cuir (type derby surtout), du genre de chez Bobbies.
  4. Comme il ne fait pas très chaud, il porte un pull-over en laine bouillie à col rond, d’une couleur indéfinie. Peut-être de chez Hast, peut-être de chez Monoprix, peut-être de chez Devred.
  5. Et comme il lui faut une veste pour ranger son téléphone et paraître plus sérieux devant ses clients et prospects, il a choisi une veste de travail, aussi appelée workjacket, en laine qui gratte bien. Peut-être de chez La Redoute, peut-être de chez Hast, peut-être de chez Octobre.

Je pense qu’avec cette description, vous situerez très aisément et très spontanément ce qu’est ce style français, si commun, si présent. Et vous allez sourire, j’en suis sûr. C’est un peu le but de mon article.

Qu’en ressort-il ? Une certaine idée du style preppy américain, mais savamment retravaillé à la sauce nantaise. Aussi appelée sauce lyonnaise, aussi appelée sauce parisienne.

Vous allez trouver que j’insiste trop sur le côté froissé ou sale. Mais ces aspects sont consubstantiels à ce style que je cherche à décrire. Tout comme le côté très chiche des lignes générales et particulières. Ils sont incontournables pour que le tableau soit juste. En aucun cas je ne pourrais dresser ce tableau amusé en ajoutant un chino lourd au pli repassé de chez Cavour, une chemise impeccable au grand col Anglo-Italian, ou encore une maille de belle qualité Rubato. Pas plus que je ne pourrais glisser à l’intérieur un petit logo Polo Ralph Lauren, sauf s’il s’agit d’un polo, et encore. Trop statutaire.

Ce style que j’expose, fruit du mélange des marques précitées, est incroyablement national. C’est ici qu’il s’admire. En particulier cette workjacket que les Anglo-Saxons nomment chore-jacket et qui, malgré les présentations de Permanent Style, ne trouve aucun écho ailleurs. C’est un style qui se veut chic, qui se veut habillé. Mais à l’œil averti, il ne fait pas vraiment chic, et fait souvent un peu piteux, la faute à un tissu peu flatteur et à des dimensions trop chiches. Toutefois, qu’on ne s’y méprenne pas un instant : je ne cherche pas à faire le méchant ou le rageur.

C’est juste qu’à un moment donné, j’ai trouvé incroyable que toutes ces marques proposent exactement la même esthétique, avec les mêmes matières. Je me suis dit : cela fait sens. Elles sont interchangeables. Elles proposent toutes la même chose. Avec une gamme de prix allant de « pas trop cher » à vaguement « premium ».

Il existe deux raisons à ce style français :

  1. La recherche légitime d’une esthétique du quotidien facile, sans fer à repasser, qui ne tombe pas dans le sportswear, qui cherche à s’éloigner du jean, du jogging, du trop négligé. Pour, comme je le disais au début, pouvoir convenir à la fois à la sortie de la messe, au jour de marché, au rendez-vous client.
  2. La recherche légitime d’une esthétique qui ne coûte pas cher. Et là, je ne jette vraiment pas la pierre. Car j’aime la politique, et j’ai pleinement conscience d’une chose qui m’attriste : les Français n’ont pas un rond dans leur fond de poche. Surtout ce trentenaire citadin qui plafonne vite dans l’échelle des salaires et doit s’occuper vaillamment de ses jeunes enfants. (Il y a un peu de caricature dans mon propos, je le sais. Mais tout de même.) Cela explique le côté avachi et fatigué des pièces décrites, tout comme la médiocrité des tissus évoqués.

Lorsque vous recoupez mes différents critères et arguments, vous verrez que tout cela fait sens. Sinon, vous pouvez me contredire : la démocratie, c’est le droit d’avoir tort.

J’ajouterai volontiers, pour être complet, des sous-thèmes plus philosophiques à mes points 1 et 2 ci-dessus.

  1. À la recherche légitime d’un vestiaire facile se double l’absolue nécessité de ne pas paraître trop riche. Surtout pas. Cette penderie décrite n’est signifiante que d’elle-même. Certes, elle se reconnaît et se décrypte, ce que je fais. Mais en aucun cas, elle n’est un signe extérieur de richesse. C’est presque Ralph Lauren, et surtout pas en même temps. Cette allure se veut la plus simple possible, presque ouvrière. Tout l’inverse de celui qui s’habille chez (le vraiment incroyable en prix bas) Suit Supply, et qui veut montrer son envie d’ascension sociale, qui veut faire croire qu’il fait partie des happy few qui s’habillent chez Cucinelli ou Loro Piana. Cette allure française se veut… comment dire… insignifiante ? C’est édifiant, mais ça ne m’étonne guère. On a du mal à se donner de la grandeur maintenant. Puis-je, en partant du vêtement, aller jusqu’à de tels développements ? Je me le demande.
  2. Développement du point 2, et corollaire du précédent également : cette recherche esthétique « qui ne coûte pas cher » se double d’un goût très français pour la moindre dépense vestimentaire. Je vois des clients argentés qui ostensiblement font le choix du « pas trop cher ». Comme mon aimable client de l’autre jour, qui au lieu de s’offrir un tricot en cachemire Johnston of Elgin ou Moorer, voire Bompard, a choisi un tricot en cachemire Falconeri. C’est si parlant.

Ce goût français, résultant 1) d’une volonté de simplicité, 2) d’un porte-monnaie contraint, 3) d’une orientation culturelle pour le moins-disant, se lit dans le tissu commercial. Êtes-vous capable de trouver dans votre ville — Bayonne, Rennes, Limoges ou Cherbourg — une belle boutique très achalandée en produits de qualité, anglais ou italiens, qui valent cher ? Pourquoi Drake’s n’a-t-il jamais ouvert de boutique à Paris ? Pourquoi même, d’ailleurs, Drake’s n’a-t-il aucun revendeur multimarques ici ? Et, à l’inverse, pourquoi Paris est-elle un eldorado pour Suit Supply, qui y multiplie les implantations ? Dans les villes que je viens de citer, trouvez un polo Gran Sasso ou un pull Smedley.

Des questions qui, comme vous le voyez, dépassent le style et touchent en réalité à l’économie, presque à la politique. Je me suis beaucoup amusé à essayer de vous expliquer ce style français que je semble voir. Et vous? Les arguments que j’avance font-ils sens aussi à vos yeux?

Belle et bonne semaine, Julien Scavini

Noms et nationalités

Dans notre petit univers sartorial, il est courant d’essayer de coller un nom sur tel ou tel vêtement ou partie de vêtement. Les manches napolitaines là, le col anglais ici, les pinces à la française enfin… Cette volonté de rendre simple la perception d’un point particulier produit généralement l’effet exactement contraire, et je constate avec amusement chaque jour comment des clients qui s’intéressent au sujet sans en faire une expertise confondent allègrement tout. Les manches deviennent italiennes, le col londonien et les pinces américaines… C’est à la fois hilarant et un peu questionnant. D’autant que tout ces noms, à l’étude, ne veulent pas dire grand chose.

Autant le dire directement, la plupart du temps, les noms sont donnés aux vêtements ou à des spécificités des vêtements dans un simple but commercial. Les clients les retiennent mieux et redemandent le vêtement dont ils ont gardé le nom en mémoire. Plus facile que de dire « le pantalon de coupe droite à une pince et ajusteurs de la saison passé ». Dire le pantalon « Enzo » est plus efficace. Le nom est par ailleurs l’occasion de coller une image mentale diffuse à la marque ou au produit. Un marque qui appelle son pantalon « Alfred » et d’autres qui l’appellent « Brentwood » ou « Portofino » ne disent pas la même chose. Pour une marque, les noms sont un positionnement marketing. Et c’était déjà le cas au siècle passé.

Dans cette affichette des années 1920 de Brooks Brothers, les cols qui sont made-in-England portent des noms de contrées ancestrales. Une manière comme Ralph Lauren aujourd’hui de distiller l’idée d’une filiation avec la Vieille Europe et sa finesse.

Dans les mêmes années 1920, les tailleurs de la région de Naples comme Rubinacci et Attolini s’intéressent à épurer la veste de tradition anglaise. Ils cousent les manches des vestes comme des chemises, avec des coutures inversées et des fronces appelées « mappina« . Voir cet article. Un siècle plus tard, on parle de manches napolitaines. A l’inverse de l’exemple précédent, voilà une origine connue et référencée. Toutefois si cela fonctionne bien là, cette exception confirme la règle pour moi. Car c’est rare de trouver une vraie et sûre origine.

Certains clients me parlent de manches romaines, ou de manches milanaises. Là je ne sais pas en réalité de quoi il s’agit. Je pense que même Hugo Jacomet qui a fait un tour extensif de l’Italie pour son livre ne serait pas tout à fait sûr de pouvoir caractériser les différences si fines entre villes. Existent-elles ? Aussi, pour moi, il existe deux types d’épaules : le montage classique tailleur, avec un bombé de la tête de manche plus ou moins affirmé. Et le montage déstructuré, que je viens d’évoquer. Je l’appelle napolitain, tout en était très précautionneux sur le nom… On fait des manches napolitaines à Naples je dirais. A Paris, on fait une manche déstructurée, point.

La milanaise, puisqu’on en parle… Il s’agit à la fois d’un type de fil de broderie, et d’une boutonnière spécifique du revers qui fait une gorge. Mais la boutonnière du devant de la veste, ou des manches, ne peut pas être appelée milanaise en revanche ! Je crois me souvenir d’un client un jour qui me parlait de cette boutonnière en l’appelant la napolitaine… Le pauvre était perdu. Cela m’amusait.

Sur le pantalon, les pinces prennent parfois des nationalités. Vers l’intérieur, des clients me disent « pinces françaises », d’autres « pinces anglaises ». D’autres aussi disent « pinces tailleur ». Ouhla, stop. Soyons clair, les tailleurs anglais, français, allemands, russes ou italiens ont toujours plutôt fait les pinces vers l’intérieur. C’est ainsi que l’on faisait dans le secteur tailleur. Il a fallu du temps, et vraiment les dernières décennies du XXème siècle pour voir se répandre les pinces extérieures, au grand dam de Monsieur François Ferdinand, le créateur de la veste slack : J*Keydge. Peut-on donner une nationalité aux pinces, je ne le crois pas.

Revenons aux cols de chemises. L’exemple le plus intéressant. Je prends comme habitude à la boutique de présenter ceux-ci ainsi : le col le plus fermé est le col à la française ou col classique. Le col semi-ouvert est le col italien. Le col ouvert est le col anglais. Mais est-ce justifié? Pas totalement. D’abord, tous ces cols ont été plus ou moins développés au Royaume-Uni au XIXème siècle. Ils étaient durs et détachables à l’époque. De 1870 à 1920, ils sont tous dessinés par des maîtres chemisiers. Voyez ces intéressantes planches ci-dessous :

D’abord, ce que j’appelle le col français, fermé, est en fait le col le col le plus traditionnel avec son V plutôt fermé. Entre POLO et STANLEY sur la planche du haut. Ensuite, ce que j’appelle le col italien, est en fait appelé col « semi cutaway » ou « medium spread » en anglais. Mais surtout, les italiens appellent ce col un col… français. Je vous le donne en mille ! Un col très répandu chez nous dans les années 50 et 60 avec des marques en vue comme ARMORIAL ou NOVELTEX, voir ci-dessous : magnifique chemise d’ailleurs, de belle tradition française. Regardez aussi le col KASONTA au-dessus, il incarne déjà quelque chose d’ouvert en 1900…

Enfin ce que j’appelle le col anglais est en fait un col « full cutaway », ou « full spread » comme disent les anglais. Intéressante image de 1921 ci-dessous, piquée dans cet excellent article. A ne pas confondre avec l’autre col anglais… le tab-collar qui se caractérise par sa petite patte d’attache. La chemise cristallise les noms étrangers. On parle bien de col cubain aussi…

Ce que je veux dire à travers cet article, c’est que l’on colle très facilement dans notre milieu des noms et des origines souvent fictives. A but commercial souvent, ce qui est légitime, à but historiciste aussi parfois, ce qui est hautement discutable au fond. Car les clients finissent par s’y perdent et la lecture claire des filiations esthétiques devient difficile. Des noms et des origines à manier avec précaution donc, car sans assurance et sans vérité historique souvent !

Belle et bonne semaine, Julien Scavini

Est-ce que c’était mieux avant?

Il est certain que lorsque l’on s’interroge sur la chose vestimentaire, et que l’on aime les vêtements – les beaux vêtements – on ne peut s’empêcher de se demander : est-ce que c’était mieux avant ? Il est certain que se balader dans la rue aujourd’hui n’est pas un très joli spectacle. Les habits élégants (et je ne parle même pas du costume) sont bien rares. C’est un océan de chinos et de jeans avachis, de t-shirts mous et de sur-chemises boulochées. Et encore, je n’évoque là que les vêtements aux tissus naturels. Car à côté d’eux, il y a un océan encore plus grands que certains conseils me forcent à regarder plus attentivement, celui des vêtements en plastique, qui prennent une place de plus en plus importante. D’ici quelques temps, le chino de coton sera à ranger aux oubliettes de l’histoire vestimentaire au rythme où vont les choses.

Dès lors, la question semble vite tranchée. Oui, lorsque l’on aime le beau vêtement, c’était probablement mieux avant. Avant, quand? En 1976, date de sortie d’Un éléphant ça trompe énormément ? Ou en 1948, date de sortie de La Corde ? Vestimentairement parlant, ces deux ambiances sont fabuleuses. A moins que l’on souhaite retrouver l’élégance inouïe et perdue qui devait régner Au Pavillon bleu à Saint Cloud en 1908, entre Seine et parc ? Hélas, celui qui devait être élégant en 1908 avait toute les chances de mourir en 1915… Donc est-ce que c’était mieux avant ?

Mais soit, il est vrai que si on lit Blake & Mortimer, on ne peut s’empêcher de penser que 1954, ça, c’était une année élégante. Manteaux opulents, Rolls-Royce Silver Dawn plus belle que jamais, et un avenir radieux, l’ère atomique arrivant.

J’ai une grande passion pour les livres de cartes postales anciennes, souvent reproduites dans des ouvrages traitant de l’histoire des villes. A ce titre, les livrets des éditions Alan Sutton sont passionnants, bien que d’auteurs aux talents parfois inégaux. J’aime y regarder finement les vêtements lorsque les clichés sont pris d’assez près. C’est une vraie mine de détails, de coupes, de poches, de revers, de façon de faire, etc… Passionnant.

Dans ces cartes postales de la fin du XIXème siècle jusqu’à l’époque moderne sont distillées nos façons de nous habiller. Mais attention, la carte postale crée une sorte de poésie par le noir et blanc. Cette mise à plat de la couleur uniformise beaucoup ce que l’on voit. Si l’on voyait en couleur, que verrait-on toutefois? Une belle homogénéité des allures par l’homogénéité des matières et des teintures. Les matières étaient naturelles, les couleurs rarement saturées sauf pour les militaires. La palette de matières et de couleurs était réduite. Dès lors, pour une œil aimant l’ordre, il est certain que c’était plus beau que le désordre individuel actuel fait d’un grand éclectisme !

L’ordre social était renforcé d’ailleurs à ces époques par des stéréotypes vestimentaires. Les bouchers étaient habillés comme des bouchers avec le tablier bien serrés, les charpentiers comme des charpentiers avec leurs vareuses rustiques, les employés de banque comme des, les militaires comme, etc. Ce que l’on peut apercevoir dans les vieux Tintin et les vieux Quick & Flupke. Ces stéréotypes étaient une manière de lire la rue, la société. Idée également renforcée par un régionalisme affirmé. Aujourd’hui, un milliardaire sort d’une Aston Martin avec une doudoune Jott et un jean Armani, comme tout le monde ou presque, et cela de part le monde de Rio à Paris en passant par Dubaï.

Mais enfin bref, est-ce que dans ces cartes postales vois-je du plus beau qu’aujourd’hui ? Oui par nostalgie. Une nostalgie dogmatiquement renforcée et encouragée. Mais au fond, si je regarde bien certaines scènes, certaines pauses, que vois-je aussi ? Des vêtements très rustiques. Des vêtements rapiécés. Des vêtements avachis. Certes on voit de beaux messieurs avec des chapeaux. Mais combien avaient les moyens d’avoir beaucoup de beaux chapeaux et de changer souvent? Moins qu’aujourd’hui probablement. Cet homme qui pose près d’une locomotive de tramway à Suresnes, change-t-il souvent de chemise? Sa veste de travail, en-a-t-il plusieurs ou traine-t-il celle là jour après jour? Ce vendeur ambulant de fromage à Hasparren, depuis combien de temps porte-t-il sa petite cape? Son gros pantalon de laine, quand a-t-il été lavé pour la dernière fois? Je ne parle même pas des souliers, lorsque les cartes postales permettent de voir cela. On en voit des godillots et des sabots… Et des petits enfants pieds-nus encore en 1920 sur la route de Biarritz à Anglet Saint-Jean.

Oui que ces cartes postales sont belles. Oui certains vêtements ou l’homogénéité des vêtements est belle. Oui à cette sorte d’apothéose du style collectif. Oui, au charme que j’y trouve. Un charme immense. Mais Evelyn Waugh l’auteur britannique n’incitait-il pas à se méfier du charme dans Brideshead ? Le charme qui interdit de penser. Le charme qui interdit même de voir. Mais n’est-il pas plaisant de mal voir? Que ces cartes postales montrent un monde qui était mieux? Je préfère probablement les vêtements d’aujourd’hui. Leur propreté. Leur variété. Leur nombre. N’est-ce pas dès lors un peu schizophrène. Ah comme j’aime ce que je vois sur le papier. Et comme je n’aime pas vraiment ce que je vois de mes yeux au quotidien. Mais comme j’aime mon confort…

Belle soirée, Julien Scavini

« à la française »

Mes chers amis, tout d’abord, bonsoir. Cela faisait longtemps que je n’avais pas eu le temps de me pencher sur Stiff Collar. Entre les enfants et le travail bien prenant, je manque de temps. Pour ceux qui seraient passés à côté, j’ai pris le pli d’enregistrer quelques pensées. Une pratique du discours qui est bien moins consommatrice de temps, même si elle peut être plus réductrice que la chose écrite, qui elle, demande plus de réflexion, plus de profondeur. Ces petites chroniques sonores sont publiées sur toutes les bonnes plateformes. Comme :

Apple podcast : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/la-chronique-du-tailleur-julien-scavini/id1781993502

ou Spotify : https://open.spotify.com/show/1i1ALiaysWQIXxRZ1CGZMX

Et bien sûr, pour ceux qui veulent lire chaque semaine quelques lignes neuves, il y a ma chronique dans Le Figaro Magazine. Depuis mai 2014, c’est presque cinq cent chroniques qui ont été publiées.

Si je reprends la plume ce soir, c’est pour évoquer un sujet un peu plus large que le tailleur. J’aimerais poser une question à propos d’une locution qui revient très souvent dans le langage des médias : radiophonique, télévisuel ou de la presse. Une locution qui est devenue si banale qu’elle ne pose question à personne. Et que même en dehors des médias, elle finit par être utilisée, sans questionnement. Cette locution est « à la française ». Exemple de contexte : ce service de porcelaine Havilland est une parfaite déclinaison d’une table dressée à la française. Autre exemple. Cette robe Chanel est une parfait exemple du style à la française. Je suis sûr que souvent vous l’avez entendu ou lu, ou utilisé.

Cette locution est utilisée pour qualifier principalement des objets ou des démarches ayant trait à l’art de vivre. Elle est utilisée pour souligner l’origine et pour souligner le génie à l’œuvre. Elle doit donc s’entendre, ou se lire, d’une manière positive. Louer l’élégance à la française, quelle riche idée.

Toutefois, suis-je le seul à trouver cette façon de le dire très ampoulée? Pourquoi ne dit-on pas plutôt : ce service de porcelaine Havilland est une parfaite déclinaison d’une table française. Autre exemple. Cette robe Chanel est une parfait exemple du style français.

Pourquoi ne dit-on plus français? C’est un fait bien étrange que de vouloir contourner cet épithète si direct ne trouvez-vous pas? Louer l’élégance française, n’est-elle pas LA riche idée? Pourquoi est-ce que de manière commune, nous semblons nous interdire d’être si direct?

Cet été, en visitant Cologne, j’en lisais la page Wikipédia. Je fus frappé par l’usage de cette locution qui raisonnait dans ma pensée. Il était question de l’architecture de sa remarquable cathédrale, de cette « cathédrale à la française ». Cela me paru évident. Nous sommes dans un pays étranger et il est question d’un art d’origine étrangère. Wikipédia n’allait pas écrire « cette cathédrale française ». Elle ne l’a jamais été. (Sauf sous Napoléon peut-être). Il était plus que légitime d’utiliser la locution « à la française » pour la décrire. Pour décrire un goût venu de l’étranger.

De manière un peu baroque a cheminé dans mon esprit une idée. Cela voudrait-il dire qu’ici, en France, nous parlons du goût à la française, car nous nous en sentirions étranger? Ce goût, ce n’est pas nous, il est exogène. Il faut nous en détacher. Créer comme une frontière avec ce fameux « à la ». Depuis lors, je m’amuse à chaque fois que j’entends cette fameuse locution, à penser que la personne en train de parler ou d’écrire, est comme en train de parler d’un fait d’ailleurs. Je me dis aussi qu’elle doit être gênée par l’harmonie française. Celle de Gabin dans Le Cave se Rebiffe. Non et non, cet intérieur n’est pas décoré dans le meilleur goût français. Mais dans le meilleur goût à la française.

Question de distanciation. Mais pourquoi une telle distanciation? Je me dis parfois que l’on ne s’aime pas tant que ça. Ou que l’on ne s’aime plus. Que l’on ose plus dès lors être direct et dire « français ». Intuition qui se double d’une seconde. Que par cette petite frontière on cherche à s’excuser de proposer quelque chose que l’on pense bien. Est-ce une volonté de se rabaisser?

Aussi, quelque chose à la française ne serait-il pas quelque chose d’un peu frelaté, réchauffé, usurpé? Quelque chose de pas net, ou de pas authentique? Un japonais trouvant une veste de garde chasse de Sologne aux puces dirait, c’est une veste française. Le même japonais trouvant une réédition de cette veste made-in-Japan, ne dirait-il pas alors, c’est une veste à la française?

De cette petite question de sémantique je voulais vous faire part. Travaillant pour l’art de vivre, je suis bien placé pour parler de l’art français du tailleur. Ou de l’art du tailleur à la française? Qu’en pensez-vous?

Belle semaine, Julien Scavini

Visite de l’Empereur

Je m’étais bien amusé à parler du dîner d’État donné à Versailles par la France en l’honneur du Roi Charles. Cela a visiblement donné à quelques adorables lecteurs l’idée de me demander le commentaire du dîner d’État offert par le Royaume-Uni en l’honneur de l’Empereur du Japon. Le Roi Charles a accueilli son hôte avec un plaisir non dissimulé. Comme il aurait accueilli un membre de sa famille a communiqué le Palais. Les deux hommes se connaissent de longue date malgré une dizaine d’année de différence. L’héritier du trône du Chrysanthème avait passé quelques temps pour ses études en Angleterre, et il fut invité plusieurs fois à Balmoral à taquiner le goujon avec le Prince-de-Galles. J’ai lu qu’il était fort anglophile. Vous me direz, il serait en France qu’on dirait qu’il est francophile.

Commençons par le commencement. L’Empereur du Japon et son épouse l’Impératrice quitte le Japon.

Remarquons sur son costume deux boutons de veste relativement rapprochés et un V assez profond, mettant en valeur la cravate. Cravate dont on pourra légitimement dire qu’elle n’est pas idéale. Trop claire, elle fait peut-être écho à la toilette de son épouse, mais fait trop peu de contraste avec son costume sombre. Je crois beaucoup au contraste pour donner du relief à une tenue. J’aime à me dire que le tissu du costume est un fin chevron bleu marine. Mais rien n’étaye cette idée. C’est juste une idée. Je remarque la toilette de madame. Un très élégant ensemble faisant écho aux plus grandes poteries britanniques, très collectionnées au Japon, les pâtes Jaspée de Wedgwood. (ma grande passion dévorante!)

Mais ne parlons pas que du dîner. Regardons la journée complète. Qui commence par une parade à cheval. Le couple Impérial réside à l’hôtel Claridges. C’est le Prince-de-Galles de maintenant, William, qui se présente vers midi au nom de son père pour les conduire à la parade.

Première chose que l’on découvre, c’est la jaquette. Le morning-coat est de sortie. Intéressant. William doit porter un pantalon, soit sans rayure, soit je pense plus probable, avec de très fines rayures invisibles dans ce cliché. L’Empereur a un pantalon plus marqué, et une pochette, c’est un bien, tant elle manquait sur la photo précédente.

Au lieu dit de la parade, le Roi arrive. Il a sorti sa jaquette de mariage, noire et gansée. Son gilet gris calcaire (c’est à dire vaguement teinté de beige) présente le slip blanc qu’il affectionne. Le pantalon présente des raies subtiles mais bien présentes. La cravate est fine (vaguement vieux rose ou est-ce les lueurs ambiantes?) et piquée d’une perle. La pochette semble bien rose, en soie. Les ceintures rayées des officiers sont sublimes. Que de couleurs !

Le secrétaire d’État aux Affaires étrangères James Cleverly, le Premier Ministre et Lord Cameron arrivent. En jaquettes. Ici aux dîners d’État, on croirait presque que les hôtes ont trouvé difficile d’aller se changer avant d’aller à l’Élysée. Rishi Sunak aime trop le slim que l’on remarque aux petits revers, au petit col de chemise et à ses costumes en général. Et cette cravate bleue, beurk. Sa pochette droite est distinguée en revanche. La jaquette de James Cleverly semble assez impeccable, avec un pantalon qui monte bien haut. Et sa cravate présente un grain intéressant. Quant au col de la chemise, quelle merveille. Je ne suis pas sûr que David Cameron puisse fermer sa jaquette sienne en revanche.

L’Empereur arrive et tout le monde se congratule sous un pavillon de toile, dressé pour protéger du soleil. Il faisait apparemment 30°c à Londres ce jour là. Que voilà une élégante photo. Même la Bentley floue à l’arrière blanc est distinctive. Fleurs, belles toilettes, bonnes mines, sourires. On aurait bien besoin de cela ici aussi !

Pour marquer le coup, quelques élégants hussards tirent au canon. Y’a plus que les anglais pour coudre des brandebourgs comme ça!

Charles laisse sa jaquette ouverte, c’est une façon de faire aussi acceptable que de la fermer, comme l’Empereur. Charles a opté pour le haut-de-forme, un brin désuet, d’ailleurs l’Empereur n’en a pas. Empereur qui pourrait demander à son tailleur un peu moins de longueur de pantalon.

L’Empereur décidément aime les cravates claires. Le problème comme je le disais plus haut, c’est le manque de contraste révélé en photo. Sa pochette est divine. Belles têtes de manches. Et boutonnage miroir devant. Aussi appelé boutonnage jumelle. Le tissu de sa jaquette est un brin trop lisse, trop moderne, et il prend la lumière en satinant. Il ressort bleu dès lors. Pour chercher des poils aux œufs, je dirais que la taille de la jaquette est un peu haute, un boutonnage un peu plus bas ne serait pas plus mal pour mettre en valeur son gilet croisé bleu ciel. Pour autant, qu’on ne se méprenne pas. Mon avis sur la tenue de l’Empereur est le suivant : irréprochable !

En lumière moins crue, on voit que le drap est bien anthracite, mais pas totalement noir comparé au Roi. Dans ce cliché de la calèche, je découvre pour la première fois que le slip du gilet du Roi est assez large en fait. Ce n’est pas seulement un petit passepoil cousu au bord, mais de larges bandes blanches. Intéressant pour moi. Comme cette ganse autour du revers… pour obtenir ces pointes, il faut avoir l’aiguille fine..!

A la suite de la parade et d’un joli déplacement jusqu’au palais de Buckingham en landau, et après un rapide « lunch », le Roi et l’Empereur ont eu l’occasion de contempler quelques chefs d’œuvres des collections royales. Ils ont parcouru cartes, lettres, photographies et même la thèse universitaire de l’Empereur. Charles possède en effet un exemplaire de la recherche publiée par l’Empereur Naruhito sur l’histoire de la Tamise, qui fait partie de sa bibliothèque à Highgrove . L’ouvrage est signé par son auteur, connu à l’époque sous le nom de prince Hiro, qui l’avait offert au prince Charles peu après sa rédaction en 1989, alors qu’il était étudiant à l’université d’Oxford. Ils sont restés en jaquette. A l’arrière plan, on peut distinguer William, dans la cravate rouge corail se détache nettement sur fond de chemise bleu ciel à col blanc. Un assortiment de couleurs exquises.

Après une interruption des congratulations en fin d’après midi, les invités arrivent pour le dîner d’État. Alors là, changement d’habit. Là, c’est « white-tie », autrement dit dans la langue de Molière, cravate blanche, autrement dit, habit, autrement dit, queue-de-pie.

Il n’est alors pas encore Premier Ministre, mais candidat du Labour pour le poste, Sir Keir Starmer et sa femme Victoria. Le défaut très complexe de la queue-de-pie, c’est lorsque le corsage de celle-ci, c’est à dire la partie haute, ne couvre pas assez le haut du pantalon. Ou que le pantalon ne monte pas assez haut, car monsieur refuse les bretelles. Alors, ça ne marche pas bien. Erreur légèrement pardonnable, ce n’est pas si facile de bien faire. Par contre, mettre quelque chose dans sa poche de « falsard » un soir pareil, ça fait moche !

La secrétaire d’État Kemi Badenoch arrive avec son fiancé ou mari. C’est pas mal. De la tenue, une belle queue-de-pie. Remarquons que ces honorables membres des Cabinets ont eu le droit de venir en couple. A Versailles, que nenni, il fallait être seul. Diable quelle pingrerie.

Simon Case, haut fonctionnaire, en fait un peu trop avec sa canne. Il a opté pour des boutons métalliques plats sur le gilet et la veste. Curiosité possible. Au XIXème siècle, les boutons étaient parfois fantaisie aussi.

Petite digression sur le collier autour du cou. C’est ainsi que l’on met certaines grandes décorations en plus des petites sur le côté gauche. Notre actuel Ministre des Armées Sébastien Lecornu l’a fait ainsi récemment à Stockholm, rapporte Le Canard Enchainé. M. Macron lui a fait remarquer en rigolant « on dirait un sapin de Noël« , toujours d’après le Palmipède… bref.

D’autres invités. Le leader des sociaux-démocrates, Sir Ed Davey et son épouse. Flûte le gilet descend trop sous la queue-de-pie.

C’est un peu la même chose pour le Premier Ministre d’alors Rishi Sunak, qui a sélectionné un nœud papillon en soie et pas en coton, ivoire et pas blanc. Ce n’est pas aussi joli que les deux autres messieurs. A la droite du Premier Ministre, la queue-de-pie du monsieur qui m’est inconnu présente des boutons métalliques. Son col cassé et particulièrement haut, ce qui est vraiment très très bien !

Le couple Impérial du Japon et le couple royal se retrouve pour la traditionnelle photographie. Le gilet blanc de Charles est très court, comme faisait son père, ce qui est plus aisé pour caler pantalon et queue-de-pie. Je trouve ce détail intéressant. Il ne pousse pas en revanche le dandysme jusqu’à porter des opera-pump. Il faudrait par ailleurs que je me fasse expliquer un jour le pourquoi du comment du sens des écharpes. Tantôt à gauche, tantôt à droite, pourquoi? J’aime beaucoup la pochette de l’Empereur, en délicates petites pointes.

En 1971, le grand-père de l’actuel Empereur était aussi venu en visite officielle. Il s’agissait d’ Hirohito. Son pantalon cassait moins sur les souliers ! La réhabilitation de ce souverain fut bien singulière eu égard aux atrocités japonaises des années 30 et 40. On reconnaitra Charles en second plan avec probablement la même écharpe.

Il est enfin l’heure d’aller discourir. Et d’aller dîner. Le Prince Edward d’Édimbourg doit avoir un tailleur un peu vieux style. Je l’avais déjà remarqué à sa jaquette très très classique lors des funérailles de son père. Sa queue-de-pie a une forme très appuyée, courte et très comme ça : >< . Il parait par ailleurs que la Reine Camilla s’est très bien arrangée avec l’Impératrice, on les a entendu souvent « glousser » ai-je lu dans la presse britannique.

Mais oui ! Pardi, les boutons métalliques sur une queue-de-pie, c’est logique pour le personnel. Voilà deux majordomes dont l’uniforme confirme cette règle. Deux presque identiques sauf, leurs gilets, vaguement différents. Amusante diversité.

Durant le dîner, le Quartet du Royal College of Music et la harpiste du roi Mme Alis Huws jouaient. Sur les tables étaient disposées des coupes à pied pleines de pois de senteur, de pivoines et de roses. Roses provenant des jardins du palais de Buckingham et du château de Windsor. L’élégance est un tout. Pas qu’une affaire de vêtement ou de plat. C’est une osmose. A Versailles, les tables étaient-elles garnies de fleurs représentatives des régions de France?

Enfin, le plus important. Plus important que toutes ces jolies tenues. Mais enfin!!! Qu’ont-ils eu à dîner? Un menu écrit en français, si délicat leadership international :

  • Langoustines d’Écosse Sur Nid de Concombre et Mousse au Basilic, Élixir de Tomates
  • Délice de Turbot en Robe de Laitue, Sauce à l’Oseille, Panaché de Légumes d’Été & Pommes Elizabeth [des sortes de croquettes, ndlr]
  • Salade [Haricots verts et œufs de cailles, ndlr]
  • Bombe Glacé Melba

Avec les vins suivants, dont deux sur quatre de France :

  • Coates and Seely Brut Reserve NV
  • Kumeu River, Hunting Hill Chardonnay 2016
  • Château Angludet, Margaux 2014
  • Laurent Perrier Cuvée Rose NV

Quel plaisir donc. Quel délice. Rien que d’y penser, j’en ai l’eau à la bouche. J’espère que cette petite chronique mondaine aura régalé vos yeux. L’occasion de voir jaquette et queue-de-pie à l’œuvre.

A très bientôt. Julien Scavini.

Attention ! Chef d’œuvre manqué

C’était en octobre je crois bien. Dans le dernier numéro de Monsieur Magazine était annoncée la sortie d’un nouvel opus des aventures de Blake & Mortimer. Oh me dis-je! Intéressant! J’avais décroché depuis un moment, à vrai dire depuis L’Étrange Rendez-vous du grand duo Ted Benoit et Jean Van Hamme. Trop de numéros, tous les ans, c’est beaucoup. Lorsque le corpus nouveau commence à dépasser le corpus originel, on peut s’interroger. Et puis toutes ces histoires de soviets, c’est lassant. Chez E. P. Jacobs, il n’y a pas de soviets. Là toutefois, à la couverture reproduite en miniature, mon esprit s’éveilla. Comme un vieil ordinateur solitaire sur une île déserte, mais qui en réponse à un faible signal distant devient tout à coup effervescent. Ce trait, entre mille, je le reconnaitrais. Moi qui dévorais jeune chez mes parents Blitz ou A la recherche de Sir Malcolm. Moi qui achète monographies et petits livrets du bel illustrateur dandy.

Mais oui, cela était bien vrai. Les personnages de Blake & Mortimer, les voilà confiés aux bons soins du grand Floc’h ! Oh me dis-je encore. Oh… A la librairie Tome 7 juste à côté de ma boutique, je le vis bientôt apparaitre en tête de gondole. Mais chut, interdiction d’y toucher. Non, juste caresser la couverture, sous-peser l’ouvrage. Je le commandais au Père Noël pour le trouver sous le sapin. Voilà qui promettait un matin du 25 décembre mémorable !

Rendez-vous compte ! En 1993, lorsque Dargaud rachète les éditions Blake & Mortimer, est mis en chantier un nouvel opus. Non pas basé sur un crayonné de E. P. Jacobs comme le tome 2 des Trois Formules du Professeur Satô. Mais une histoire nouvelle, originale, basée sur des trames faibles laissées par l’auteur. Jean Van Hamme est très vite pressenti pour ses scénarios au ton classique. Côté dessin, il faut trouver la juste ligne claire. La Nouvelle ligne claire. Ted Benoit et Floc’h en sont – avec d’autres – les maîtres, apparus dans les années 80. Les deux se rencontrent, se parlent, s’amusent avec Francis et Philip. Floc’h est partant. Et puis non, finalement, non. Ted Benoit poursuit la route seul, ce sera dur pour lui. Quatre années de dessin sur le fameux L’Affaire Francis Blake. Quatre ans encore pour L’Étrange Rendez-vous. Il abandonnera ensuite. Point trop lui en fallait, je suis d’accord.

Mais diantre, cela aurait pu être délicieux, le trait mou et indolent, mi-gras de Floc’h, irait si bien à nos deux chics anglais. Quoi de mieux qu’un dandy chic pour cela? A la faveur d’un album hors-série, ils sont finalement « prêtés » à Floc’h en 2022. Alors qu’attendons nous! Plongeons ce matin du 25 décembre 2023 dans Un autre regard sur Blake et Mortimer par Floc’h.

Je feuillète les pages. J’aime le papier. J’aime les grosses cases. J’aime le trait gras de ce « cloisonné » si caractéristique. Mais je tique. La mise en couleur est curieuse. Bizarre. Froide. Je me dis qu’il ne faut pas s’arrêter là, et lire.

Retour au début. Curieux ces ciels rose saumon quand même. C’est joli oui, mais cette mise en couleur, diable… Non. Je me dis qu’il ne faut pas s’arrêter là, et lire mieux. Alors j’avance. Assez vite. Mais assez vite, je m’ennuie… Je laisse de côté l’album et me régale d’un apéritif en famille. Puis j’y reviens et j’avance. Le soir même, l’ouvrage est terminé. Tout ça, pour ça…? Diantre, je suis passé à côté non?

Je me dis que c’est de ma faute. Impossible de ne pas aimer Blake & Mortimer. Impossible de ne pas aimer Floc’h. Je survole internet. Je ne trouve que des éloges dans la presse officielle. Alors c’est ma faute. C’est moi l’âne. Je relis. Oui, les traits sont sublimes. Oui, Francis et Philip se ressemblent plus que jamais. Ils sont même plus Francis et Philip que chez E. P. Jacobs. Oui, les costumes sont beaux. Oui, c’est un déroulé exquis de l’élégance vestimentaire vue chez Hitchcock ou dans n’importe quel film américain des années 1950. Ces voitures et ces avions sont merveilleux qui plus est.

Et oui, le trait de Floc’h est beau. Et oui, il a le droit de prendre la liberté de virer le texte et de dessiner des cases gigantesques. Si ça lui chante. Lorsque Blake & Mortimer ont été prêtés à François Schuiten pour son Le Dernier Pharaon, on accepte. Ou on passe son chemin. Au fond, ce sont deux hors-série appelés « Un autre regard ». L’idée est séduisante. Voir comment un illustrateur se saisit d’un sujet connu et le manipule. D’ailleurs, Le Dernier Pharaon était captivant. Une fois passé le choc graphique, l’histoire est si éclatante et si passionnante qu’on se laisse aller. Le merveilleux de Blake & Mortimer y était, dans cette histoire de science-fiction délirante. De science-fiction, je dis bien. D’un sujet scientifique dont on se demande s’il est vrai, et qui pousse à ouvrir Wikipédia pour en apprendre plus. Quant à ce palais de justice, quelle merveille pharaonique ! L’histoire de François Schuiten, Jaco Van Dormael, Thomas Gunzig et Laurent Durieux était à dormir debout. Mais elle poussait à la lecture. Quelle passionnante aventure. Quel suspens. On n’en sortait pas indemne.

Or, du regard de Floc’h, on sort totalement indemne. Comme dirait Jacques Chirac, cela m’en a touché une sans faire bouger l’autre.

Finalement, je me suis dit. On se moque de moi. Il n’y a pas d’histoire là. Et c’est quoi ce dénouement en une case … d’une aile volante qui évite l’ONU et deux cases plus loin se pose à La Guardia, et fin de l’histoire? C’est quoi l’histoire? Je voulais comprendre. Était-ce moi le problème? Alors j’enquêtais sur les avis de la Fnac et d’Amazon. Et là je compris. Je n’étais pas seul. Qu’on soit d’accord ou pas d’accord avec le parti-pris stylistique de Floc’h n’est pas la question. Mais qu’un éditeur ait laissé passer une trame si inepte est honteux. Je voulu en savoir plus.

En lisant des interviews du grand et génial illustrateur vivant à Biarritz, j’ai trouvé des informations. Floc’h avait posé des conditions. Est-ce étonnant de sa part?

  • Il voulait un huis-clos. Soit.
  • Il ne voulait pas que les bulles encombrent ses cases et gênent les personnages. D’accord.
  • Il voulait une mise en abîme de l’histoire. Il fait toujours ça. Alors ok…
  • Il voulait égratigner les autres dessinateurs, qui « avait avaient tout édulcoré ». Oh.
  • Il ne voulait pas de scène de bagarre. Bon.
  • Il ne voulait pas de suspens trop scandé. Diantre.
  • Il ne voulait pas de science-fiction. Ah.

Cela fait beaucoup trouvais-je. Pauvres scénaristes (Jean-Luc Fromental, José-louis Bocquet). Il en résulte non pas une bande-dessinée – Floc’h n’aime pas le terme – mais un roman graphique très plat, trop plat. Et qui passe à côté. Avec Schuiten on voulait en apprendre plus sur la magnétisme terrestre. Avec Floc’h, on n’a même pas envie d’en savoir plus sur L’Art de la Guerre.

Le trait est sublime. Mais il ne rattrape pas une histoire inepte. Bien au contraire. Il peut même l’enfoncer. Comme disait un commentateur sur la Fnac, « on ne peut pas musarder dans les coins de l’image ». On ne peut pas revenir et se laisser aller à regarder les cases sans but. Car si belles soient-elles, elles sont au final fades. Comme une succession de belles affiches. Mais des affiches ne font pas une histoire. Chaque case est éclatante de vérité graphique. Oui, plus que jamais oui. Mais cela n’est pas tout.

Cette scène fort longue dans le delicatessen est lassante et donne froid. Cette scène dans l’aérodrome abandonnée est graphiquement magnifique. Mais donne froid et n’intéresse pas. Et cette femme, le bis d’Olrik tout droit sortie de Vertigo… est belle, mais inintéressante et froide.

Finalement, l’objet littéraire est froid. Inerte.

Floc’h a oublié une chose, et l’éditeur a honteusement laissé faire. Il a oublié de faire plaisir au lecteur. Ah, pour sûr, Floc’h s’est fait plaisir. Il y a mis toutes ses marottes. La bande-dessinée vue comme une scène de théâtre. La bande-dessinée bourrée de références, comme ces boites de soupes… La bande-dessinée comme un almanach d’architecture moderne. La bande-dessinée, comme un monde totalement léché. La bande-dessinée où les couleurs sont sélectionnées sur une palette très réduite pour faire beau. Pour faire trop beau. Pour n’être que beau. Pour n’être qu’un bel objet. Je le comprends au fond. La vie est si belle enfermée dans un monde beau. Lui qui a tant dessiné Une vie de rêve. Ou Ma Vie 1. Ou Ma Vie 2. Où est le travail de l’éditeur d’exiger non pas seulement du beau. Mais du bon?

J’ai tant de regret finalement. Floc’h, c’était la promesse d’intérieurs sublimes. Anglais. D’extérieurs sublimes. Anglais. Lui, prétend que son Angleterre n’existe plus. Dommage, j’aimerais tant avoir sur ma table de chevet un bon album de Blake & Mortimer par Floc’h. Pour musarder entre les cases. Pour m’évader de ma vie. La seule chose qui me fait rêver dans cet opus, c’est la robe de chambre en flanelle rouge d’Olrik aux revers matelassés. Une autre marotte de Floc’h les robes de chambre depuis ses débuts.

Oh comme je regrette cette occasion manquée, entre mes deux héros et mon illustrateur préféré. Moi qui porte des nœuds papillons car en dernière page de Blake & Mortimer, il y avait une photo de E. P. Jacobs en papillon. Si chic. Mais Floc’h ne voulait pas de cette quatrième de couverture. Encore une exigence. Il aurait pu portraiturer Jacobs.

Cher Floc’h, ne cherchez même pas à faire une histoire avec Blake & Mortimer. Dessinez les visitant une galerie d’Art, dessinez les sortant à l’Opéra, dessinez les au Grand Restaurant, dessinez les à la gare, dessinez les dans la lande galloise, dessinez les chez le chocolatier ou le boucher, et oh surtout dessinez les chez le tailleur. Cher Floc’h, vous savez si bien les dessiner. Dessinez les beaux. Mettez les sous une cloche de naphtaline si vous voulez. Je serais le premier acheteur. Mais non, ne les dessinez pas en train de vivre une aventure, ce n’est pas bon. Et je le regrette drôlement !

Belle semaine, Julien Scavini

Ce que cela dit d’un client

Lorsque l’on ouvre un vieux livre de coupe des années 1930 ou 1950, il y a souvent au début quelques pages qui expliquent à l’aide de moult photographies comment prendre les mesures et où les relever. Et ces mesures pour la veste, le gilet et le pantalon, sont toujours relevées sur des hommes portant… veste, gilet et pantalon. Pour les érudits tailleurs qui ont rédigé ces ouvrages en leur temps, il allait de soi que la mesure d’un vêtement à faire découlait des mesures d’un vêtement porté, en plus des mesures au corps, c’est-à-dire directement sur la chemise.

En ces temps-là, le tailleur se fiait à ce qu’il voyait. Il se fiait à ce que le client portait en passant le pas de la porte. Le tableau général et les grandes lignes (volume des vêtements, longueur des parties), et les détails (aplomb du vêtement, lignes des épaules, netteté des flancs)… etc…

De nos jours, il est toujours agréable pour un tailleur de voir le client qui entre porter un vêtement tailleur. C’est une forme de logique. Le client vient chercher un costume, on le voit venir en costume… Cela immédiatement imprime une image générale et particulière de là où l’on va. Qui est cette personne ? Que porte-t-elle ? Comment porte-t-elle ? Puisque précisément le costume est un langage, le simple échange visuel en dit déjà long sur le client et son désir. S’il porte élimé, peut-être proposera-t-on des tissus petit budget ? S’il porte un très beau tissu, évident que seuls les beaux tissus seront présentés. S’il porte trop étroit, est-ce par ce qu’il a grossi ou qu’il aime ainsi ? S’il porte un cardigan sous la veste, peut-être faudra-t-il de l’aisance ? Parcequ’il a une difformité physique, voyons comment l’autre tailleur a traité le sujet ?

Surtout qu’à la différence des années 1930 ou 1950 précédemment évoquées, de nos jours, les styles peuvent être très variés pour ne pas dire complètement opposés. Le super slim fit (pantalon taille basse étroit associé à une veste courte) côtoie l’ultra classicisme (pantalon taille haute ajusté et veste intemporelle) ou l’avant-garde (pantalon taille naturelle coupe droite voire large, veste légèrement oversize).

C’est ainsi que le métier s’oriente. Le costume n’est plus une obligation professionnelle depuis quelques décennies. Depuis les années 1970, il est même pour certain chercheurs spécialisés un total plaisir, un objet de désir et d’amusement. Il ne fait plus partie du champ de la nécessité. Dès lors, il est logique que chaque client vienne chercher des lignes de costumes radicalement différentes. Le sénior qui veut s’habiller ultra jeune… ou comme chez Old England. Le jeune qui pense qu’être moderne c’est prendre un slim-fit… et l’autre jeune qui sait que l’oversize va gagner d’ici quelques mois et prend les devants.

Des épaules comme John Wayne ?

Pour le tailleur, la tâche est ardue. Difficile. Certes par la conversation, il est possible de faire émerger le langage du futur costume. Mais qu’il serait plus facile de voir déjà une ébauche ou une approche stylistique déjà portée, plutôt que de palabrer sur la largeur d’une cuisse ou la longueur d’une veste, sans référence connue.

En demi-mesure, il existe ce que l’on appelle des gabarits de mesure dans le jargon. Des vestes et/ou pantalons dans des tailles connues, qui permettent de questionner la silhouette. Voulez-vous plus étroit là ? Plus large ici ? C’est une approximation. Ce n’est pas forcément au premier essai que toutes les pièces de ce puzzle complexe seront alignées. Et il ne faut pas croire que la Grande Mesure sait répondre mieux encore que la demi-mesure. J’avais hier un client étranger qui sortait d’un grand tailleur de la rue Marbeuf et qui venait commander des pantalons légers pour Los Angeles… Il a fallu que je lui fasse passer 5 pantalons différents avant de comprendre qu’il voulait… la coupe d’un jean mais en lin et soie. Et j’espère qu’à l’essayage dans un mois, j’aurais bien tout compris.

Il faut de l’intuition pour comprendre les désidératas. Mais elle ne suffit pas complètement. Qu’il est décevant pour le tailleur lorsque le client à la fin trouve la veste trop courte. A s’arracher les cheveux et à pleurer. Il y a eu conversation. Ce point, il a été évoqué longuement. Mais hélas, le tailleur n’est ni dieu ni devin. Il fait de son mieux et n’a pas de baguette magique pour remettre du tissu là où il n’y en a pas. Si une première veste avait servi de modèle, ce point eut été plus sûrement trouvé.

Ce métier est beaucoup affaire de psychologie. Celle du client. Celle de son image dans le miroir. Elles ne coïncident pas toujours d’ailleurs. Parfois elles ne se verbalisent pas facilement non plus.

C’est ainsi que lorsque le tailleur voit arriver un client, voir ce qu’il porte est très important. Les mots ne suffisent pas toujours. Un bon dessin vaut mieux qu’une longue explication dit-on. Et s’il porte un costume, pour faire un costume, c’est bien. Tous les jours, ce sont des jeans baskets tshirts (sales) qui arrivent. Comment savoir où mettre les pieds ? Que penser ?

Triste aussi sont ces clients, pas si rares, que l’on voit à l’année habillés en Décathlon et consorts, et qui pourtant commandent de forts jolis costumes, en tissus prestigieux et onéreux. Des costumes statutaires. Des merveilles que l’on est heureux de réaliser. Mais qui ne les portent jamais, jamais, jamais en présence de leur tailleur. On sait qu’on leur fait de jolis choses, mais on ne peut pas complètement juger du résultat, car on ne les voit pas vivre dedans, à part cinq minutes devant le miroir au moment de la livraison. C’est si dommage pour le tailleur.

Belle et bonne semaine. Julien Scavini

Ce soir, Concertos pour piano n°1 de Chopin, par Arthur Rubinstein et le New Symphony Orchestra of London sous la direction de Stanislaw Skrowaczewski, 1961. Youtube.

La France offrait un diner d’État

Le Roi Charles était donc en France, pour une visite d’État dont le grand moment devait être un diner à Versailles, dans la Galerie des Glaces. Quel plus digne plaisir qu’un État peut offrir à un autre, au-delà des personnes. Quels gages d’amitié et d’union, partagés autour de mets et de vins délicats, expressions du savoir-faire et du savoir-être d’un pays. Il a fallu qu’«on» nous bassine avec le coût du diner. Et qu’«on» s’esclaffe sur le positionnement des assiettes au millimètre. Bref, qu’«on» raille la pompe et la circonstance, en ne voyant que les hommes et non pas les circonstances. En bref, qu’un ridicule petit esprit soit là à juger bêtement.

J’aurais bien voulu admirer de bien plus grandes agapes de mon côté. Imaginez : un apéritif servi au Grand Trianon en présence des généraux et des académiciens, tous en uniforme. Peut-être aussi en présence des hauts prélats parés de précieuses couleurs et des préfets en capes. Et pourquoi pas de quelques hauts magistrats et maires d’importance. Bref, de ce qui fait l’État, nommé et élu. Suivi d’un parcours en calèche des deux couples à travers le parc pour rejoindre la Galerie des Glaces. Et qu’après le diner, un feux d’artifice soit tiré depuis le bassin de Latone en même temps qu’un orchestre jouerait du Lully. Et qu’à peu près tous les fleuristes d’Île-de-France aurait été réquisitionné pour fournir roses et lys embaumant l’espace.

Une telle fête oui, aurait été dispendieuse. Et prestigieuse. Digne de la France.

Au lieu de cela, il y a un eu un diner de traiteur vite expédié pour ne pas faire exploser un agenda chargé. Le temporel a gagné sur l’éternel. Le Roi est arrivé entouré de vans Mercedes, sortez, photographiez, rigolez et circulez.

Et normalement, à un diner d’État, il est d’usage de porter une queue-de-pie. Mais ça, évidemment, notre Président ne devait pas le vouloir. Lui sait à peine ce que c’est, alors imaginez les convives… Et après ça, on nous bassine avec l’élégance à la française. Alors soit, diner en smoking. Observons et notons. Sur cinq. Un point pour chaque catégorie :

  • coupe : belle coupe = 1 point
  • revers de veste : satin = 1 point
  • poches : deux passepoils en satin sans rabat = 1 point
  • à la taille : ceinture cummerbund = 1 point
  • souliers de smoking : bien glacé ou vernis, de forme adaptée = 1 point

Celui qui aura 5 points aura gagné le pompon. C’est parti.

M. Bern. 4/5. Mais une coupe minable. Des longueurs de manches et de pantalon indignes. Je ne veux plus regarder ses programmes. A quoi bon nous parler de demeures de qualités, de meubles finement ouvragés et de tapisseries délicates pour être si mal attifé? Pourquoi faire son commerce du Beau et ne pas poursuivre cela dans sa vie publique?

M. Estanguet. 2/5. Un costume noir ne fait pas un smoking. Et les derbys fabriqués à Jinjiang ne devraient même pas avoir le droit de passer la grille royale. Quand à ce pantalon en lycra si étroit au mollet…

M. Drogba. 4/5. Je ne peux toutefois pas juger de la ceinture. L’ensemble est classe même si un chouillat trop ajusté.

M. Wenger. 4/5. Pas de ceinture, mais un vrai beau tissu et des revers d’une grande dignité. Bref, un vrai smoking. Quoique le pantalon soit un peu long.

M. Vieira. 3/5. Pas de ceinture, et des souliers à boucle. Dommage, le smoking était pas mal sans ça.

M. Arnault, le pape du luxe. 3/5. Peut mieux faire. Ces rabats de poches… L’ensemble n’est vraiment pas exquis, vraiment pas. Et la grosse toquante métallique, on en parle?

M. Niel. 3/5. Peut mieux faire, vraiment. Commencer par une petite paire de bretelles blanches pour tenir ce falsard en place?

M. Bolloré. 2/5. Quand on épouse une fille Bouygues et qu’on est soit même pas tout à fait à plaindre, n’est-il pas possible d’aller chez Camps de Luca se faire couper un smoking classe? Plutôt que, pardon, cette mer**.

M. Rothschild. 4/5. Manque la ceinture. Et des manchettes trop longues. Mais il est possible de sentir un smoking Brioni ou quelque chose de belle qualité.

M. Grant. 2/5. Bon comment dire… Pas vraiment un smoking. Pas de ceinture. Mocassins aux pieds. Je pense qu’il partait en vacances et qu’il a vu de la lumière.

M. Gallienne. 2/5. Et encore, je veux être gentil. Il y’a au moins les souliers vernis. Ce col de chemise. Ou cette absence de col presque, c’est indigent. Il devait avoir peur d’avoir froid aux mains sinon.

M. Darmanin. 2/5. Quelque chose comme ça… Que dire. Derby aux pieds, rabats aux poches, coupe un peu minable. Diantre, on s’enfonce dans le médiocre. Et ce col de chemise…

M. Lang. Privilège de l’âge. Ou de l’heure pour moi. Je ne note plus arrivé là…

Je ne sais pas qui sont ces messieurs. Je ne vois pas les souliers. A droite et au centre, ce n’est pas si mal, mais je suis encore très aimable…

Bon bref, passons au plat de résistance, il se fait tard …

Les smokings étaient-ils bleus? J’en doute. Je crois que les deux images ci-dessus sont trompeuses. Car le soir même en direct à la télévision, j’ai bien vu du noir, ce que confirme ce dernier cliché.

Je ne noterai pas notre cher Président ni le Roi Charles. Toutefois, c’est bien et la note serait bonne.

Je ne peux m’empêcher de trouver ce col cassé loufoque sur M. Macron. Pourquoi vouloir faire de l’ancien? Alors que le smoking châle, c’est plutôt années 60. Plutôt James Bond qu’Hercule Poirot. Pourquoi vouloir associer le smoking châle moderne avec un col cassé très vieux style? Mais pourquoi? Je ne comprendrais jamais cela.

Et je le redis. Qu’il eut été élégant Monsieur Macron en queue-de-pie, avec le grand cordon de la Légion d’Honneur. Qu’il eut été élégant… Mais il préfère le slim-fit.

Le Roi Charles a pris un peu, ses vêtements se sont étoffés. Je remarque qu’il ne portait pas son traditionnel smoking croisé. Peut-être pensait-il que ce serait trop par rapport aux français?

Eux quatre, tout de même, avaient un peu de tenue. C’était beau.

Mais le reste, mais le reste… Aucun 5/5 avec mention. Rien. Que du médiocre ou presque… Je voulais vous faire rêver un peu au début, en vous parlant de ce qu’aurait pu être une belle et grande soirée. Une digne soirée française… Mais quel résultat. J’avais même envie d’arrêter de commenter tant ces smokings étaient médiocres. Une piètre esthétique.

Je ne sais plus qui a écrit que l’exemple de la vertu ne peut ruisseler que des élites. Quand les gouttes sont acides toutefois, il vaut mieux sortir le parapluie.

Vous me direz, quelles sont les élites que l’on vient de voir… Où étaient les médaillés Fields et les académiciens? J’ai vu un Capuçon, le violoniste des deux, mais sans photo en pied, je n’ai pu juger. Où étaient les très hauts arts & lettres? Cela me sidère assez de voir qui était là… Et qu’en plus, ce sont des footeux qui étaient presque les mieux sapés. Je préfère me coucher.

Belle et bonne semaine. Julien Scavini

PS : heureusement, j’écoutais la symphonie n°9 de Beethoven en écrivant cet article. J’avais du beau dans les oreilles à défaut de l’avoir sous les yeux.

Ce qu’ils ne voient pas

Il y a fort longtemps, sans toutefois que j’ai connu cette époque, un client qui venait chez un tailleur faisait confiance à celui-ci pour les mesures. Le tailleur, en tant que professionnel, savait calculer l’aisance juste, au niveau du ventre, et surtout de la poitrine et des épaules. Et cette aisance était… avec de l’aisance justement. Une veste des années 50 ou 80 n’était pas démesurément près du corps. Elle avait une vraie aisance.

Il est probable toutefois que des clients devaient ergoter sur cette notion. Mais le débat devait être vite clôturé par un simple fait. En mesure traditionnelle (aussi appelée Grande Mesure), les essayages nombreux et la veste se construisant petit à petit forcent le respect. Le client perçoit le labeur et la difficulté du tailleur. Il est un partenaire. Certes silencieux, mais il est « dans le même bateau », passez moi l’expression. Au cours des essayages de Grande Mesure qui se sont déroulés dans mes locaux, j’ai pu apercevoir cela. Il y a des discussions parfois sur la largeur des épaules ou la justesse d’une longueur. Mais presque jamais sur l’aisance.

Le monde moderne ayant inventé le concept de petite-mesure, ou demi-mesure, soit un vêtement fabriqué intégralement et à distance, ces essayages intermédiaires n’existent plus. Dès lors, le client découvre le vêtement à la fin. Toutefois, et pour éviter tout débat, un gabarit est essayé sur le client à la commande. Cela pour percevoir les pentes d’épaules, attitudes et particularités physiques. Et aussi pointer du doigt la forme générale et l’aisance particulière. Le client peut réagir et parler. « L’aisance me va. Ou elle ne me va pas. »

Et c’est précisément là que le tailleur contemporain en perd son latin. Car il n’y a plus beaucoup de notion d’aisance normale. Il existe une courte majorité qui est dans l’intemporel, ni trop ni pas assez. Une petite minorité qui aime plus d’aisance, façon années 90 (les messieurs âgés, ou les jeunes qui voient que la mode actuelle est super ample). Et enfin une foule qui aime que le costume soit une combinaison de plongée. Comme Jordan Bardella ou Christophe Castaner.

Et c’est justement eux… qui ne voient pas. 

Cas récent. Mesure du tour de poitrine 104cm. Le jeune homme était fort athlétique. Donc 104 divisé par 2, cela donne la talle française 52. Voilà une vérité sans débat. Mais il a détesté la 52, qui pourtant n’était pas si mal, à la poitrine, bien qu’un peu large au ventre et un peu longue. Mais cela se travail. Ce qui compte, c’est que la veste soit belle à la poitrine.

Il m’a répondu, « moi je prends du 48 d’habitude. » Dont acte, je lui passe. Le résultat était épouvantable, car la poitrine explosait de partout. Je refuse ce gabarit et passe sur la 50. Qui était un peu serrée, et dont on voyait que c’était sujet à problèmes, les épaules n’arrivant pas à trouver leur place, entre autres (plis de col derrière, cassure au niveau des revers sur la poitrine, etc.). Mais le client aimait.

C’est toute l’idée de mon titre. En prêt-à-porter, ce client aurait pris la 48, avec ces défauts. Pour se sentir à l’aise, c’est à dire… sans aisance. Avec une veste étriquée. Sans voir les monstrueuses complications que cela provoque. Moi en tant que professionnel, je ne peux pas livrer un tel travail. Je suis obligé de tabler sur quelque chose qui tombe bien. C’est le plus important. Et pourtant, cela ne semble pas toujours être un paradigme.

Dit-on au boulanger comment faire sa patte ou cuire son pain? Il y a débat, palabre, bref perte de temps sur un sujet que moi seul devrait trancher. Mais je ne le peux pas, je ne le dois pas. Je dois faire plaisir, et d’ailleurs c’est bien mon plaisir.

Vous allez me dire, pourquoi ne pas faire une veste qui tombe mal en étant serrée. Le client serait ravi. Et bien pas si facile à dire. Car le prix entraine une exigence. Et alors que l’œil parait peu affuté pour percevoir les défauts de la veste de prêt-à-porter, il devient alors suspicieux envers le tailleur. Le tailleur marche sur des oeufs. Il doit proposer la même aisance « sans aisance » que dans un certain prêt-à-porter sous-taillé. Mais il doit comme par magie faire une merveille. Délicat.

Autre anecdote amusante. Cet été un jeune homme essayait son costume de mariage. Il révéla à la dernière minute être profondément « choqué » (il a utilisé ce verbe oui, rien que ça), par la largeur du bas de ses manches… Bas de manche qui sont maintenant si étroit qu’il est impossible d’avoir des poignets de chemise à boutons de manchette sans que cela coince. Il faut bien le dire, une veste des années 90, c’était tellement le largeur en bas de manche. Un super confort. Maintenant, les manches sont plus effilées. Ce jeune homme n’avait jamais du voir une veste en fait de sa vie, et pensait probablement que le bas de manche devait serrer comme… un pull. Au fond, cela a une logique. Sauf que le comportement du tissu n’est pas le même. Plus on serre, plus on crée des problèmes. Nous lui avons serré ses bas de manche…

Un grand homme du textile maintenant à la retraite me l’avait dit au détour d’une visite d’usine… « Tous les problèmes sont apparus depuis que l’on a fait du slim. » Les pantalons ne cessent de faire des plis, derrières les cuisses quand c’est pas devant ou au niveau des genoux. Les vestes ne cessent de tirailler ou bien de bailler. Car le tissu ne trouve pas sa place, il a du mal à bien tomber. D’autant que la finesse des étoffes n’arrange rien… Enfin bref.

Le tailleur au XXIème siècle doit faire des merveilles. Il doit comprendre par mille méthodes quelle est l’aisance imaginaire du client. Et changer sa méthode de travail pour chacun. L’individualisation à l’œuvre en quelque sorte. Là où auparavant, le tailleur essayait d’appliquer la même méthode malgré des physiques différents.

Belle bonne semaine, bonne reprise. Julien Scavini

PS : ce soir, j’ai écoute le poème symphonique… pardon la symphonie n°7 de Sibelius, par Paavo Järvi. Il faut que je prenne mes places pour la Maison de la Radio. Intégrale Sibelius en trois soirs en avril prochain je crois… avis aux amateurs !