Les différentes têtes de manches

La ligne des épaules d’une veste signe toujours l’élégance de son porteur dit on. C’est d’ailleurs aussi un signe de reconnaissance d’une veste bien née voire de son origine, chaque tailleur ayant ses habitudes. Les amateurs de beaux vêtements aiment comparer entre les faiseurs le tomber d’une veste et son application à l’épaule. Quand on parle d’épaule d’ailleurs, deux points entrent en jeu, la ligne de l’épaule elle-même et la façon dont la manche se raccorde sur celle-ci, la tête de manche.

Une ligne d’épaule classique est toujours un peu rembourrée. C’est le fameux padding, qui se traduit par rembourrage ou épaulette. Oui, une veste a toujours une épaulette faite de ouate. Pendant longtemps, cette épaulette était généreuse, environ 2cm pour donner une carrure importante au bonhomme et tricher un peu sur sa largeur réelle, en mieux. Cette allure d’armoire est caractéristique des vestons classiques des années 30 à 90. Ceci dit, les grands tailleurs anglais ont toujours apprécié les rembourrages légers, disons 1cm. L’épaule est plus naturelle. Mais attention, les os du client sont là. Et plus vous retirez du rembourrage, plus les problèmes apparaissent, malgré le talent du coupeur. Un os ne se rabote pas. Mais il s’égalise avec de la ouate. Voyez ci-dessous une fine épaulette et le résultat une fois installée.:

Ensuite, il y a la tête de manche. J’ai souvent parlé de la façon de poser une manche. Un art qui requiert une expertise haut de gamme. Car la manche est plus grande que l’emmanchure. Cela s’appelle l’embu. Il faut pousser ce tissu en trop à rentrer sur lui-même, pour qu’ensuite une fois montée, la manche se développe en volume et donne … une belle tête de manche.

Pour soutenir cette tête de manche, les tailleurs disposent à l’intérieur de celle-ci des feuilles de toile et de ouate découpées suivant une forme caractéristique pour obtenir un beau volume. Ces feuilles s’appelle la cigarette. C’est la force et la façon de mettre en place la cigarette qui soutient l’embu et fait gonfler la tête de manche. Voyez ci dessous, une cigarette simplifiée et sa mise en place à l’intérieur de la manche, ce qui fait gonfler celle-ci.

Seulement voilà. Obtenir un volume à la Cifonelli est difficile et ne s’industrialise que difficilement. Surtout, les vestes conçues en usine sont toujours repassées en fin de process. Pour aller vite, songez que ce n’est pas un ouvrier qui le fait avec un petit fer et une patte-mouille ; des presses automatiques robotisées existent depuis très longtemps. Comme un casque pour permanente chez les coiffeur, un casque s’abaisse sur la veste et en repasse d’un coup tout le haut, têtes de manches, épaules et col. Le but est de donner de la beauté à la veste pour qu’elle se vende bien. Cela s’appelle dans le jargon l' »hanger appeal », soit l’allure sur le cintre.

Le problème de ce repassage sous presse est que les têtes de manches sont bien souvent écrasées. Dès lors il est difficile d’obtenir un beau roulé de la tête de manche sur des grandes séries.

Ainsi, très tôt, les industriels ont développé une autre manière de monter la manche, en faisant une couture ouverte. De cette manière, le volume de la tête de manche disparait. La ligne d’épaule est plus naturelle.

Cet esprit plus naturel a très vite plus aux clients qui ne goûtent – je m’en rend compte – que rarement le volume de la tête de manche. Ce style de montage, dit à épaules rondes, est typique de maisons comme Hugo Boss qui ont internationalisé ce style moins travaillé. En fait, cette façon de poser les manches a deux origines qui se rejoignent au bon moment : la capacité industrielle et la volonté des gens. D’un côté donc la capacité à maintenir un grade de qualité optimal sur de très grandes séries pour un coût maitrisé et de l’autre le goût des consommateur pour des vêtements moins apprêtés, moins structurés.

La plupart des usines qui conçoivent des séries ou des demi-mesures font par défaut des têtes de manches rondes appelées parfois têtes de manches repassées ou écrasées. Avoir une tête de manche qui se développe en volume est plus rare, plus difficile à obtenir, particulièrement dans les fabrications thermocollées où la reprise en sous-œuvre de la toile est moins important qu’en entoilé intégral.

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Des vestes bas de gamme ou moyen de gamme donne parfois l’impression à l’achat d’avoir une belle tête de manche volumineuse, qui ne résiste pas. Après quelques semaines, la tête de manche est raplapla, elle n’est pas assez construite à l’intérieur pour durer dans le temps.

Enfin il y a l’épaule napolitaine, qui va encore plus loin. Ici, la couture de la manche est complètement couchée ce qui donne une allure de chemise. A ce niveau, il existe mille variation de la tête de manche napolitaine, chaque tailleur italien ayant sa façon de faire. Certains font des épaules larges qui s’effondrent car sans épaulettes. D’autres font des épaules étroites qui rendent très rond le passage du bras. Certains y font des fronces et d’autres non… Y’en a pour tous les goûts!

Une chose est sûre, l’épaule ronde est le compromis industriel de l’épaule napolitaine. Une allure souple mais une construction plus aisée et standardisée. Car l’épaule napolitaine n’est pas facile du tout à réussir. En plus elle ne convient pas à toutes les morphologies. L’épaule ronde avec son petit volume de ouate est plus universelle !

Bonne semaine, Julien Scavini

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