Écologie vieux-jeu

Dans la continuité de l’article de la semaine dernière, et après un dimanche après-midi passé à observer la foule versaillaise, j’avais envie de m’amuser à faire l’apologie du classicisme.

C’est la grande singularité amusante que soulève notre façon classique de nous habiller. Finalement nous sommes des héros écolo!

Je ne possède pas une si grande variété de vêtements. Et je les choisis tous avec précision et une réflexion d’achat. Beaucoup sont ma propre œuvre, évidement. Mais je ne renie pas quelques t-shirts de peau La Redoute, quelques cravates Brooks Brothers, quelques pulls Gant ou Ralph Lauren. Le point caractéristique de cette penderie est son étonnante longévité. Ayant un nombre convenable permettant un roulement efficace et ayant surtout des produits de qualité, rien ou si peu, s’use. Dès lors je garde longtemps, je jette peu et je rachète rarement. Un malheur pour le commerce d’un sens!

Toutefois, à l’heure de la fast-fashion et d’un consumérisme débridé – êtes-vous un jour rentré chez Forever21 ou Primark? – il est amusant de constater que le classicisme est la meilleure réponse! Faire durer les choses, les apprécier, mieux les aimer. Quel plaisir renouvelé chaque jour.

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Par ailleurs, il est assez ancré dans l’esprit des gens que l’écologie rime avec le fluo, le technique, le high-tech. Bref, la recherche technologique. Alors qu’au fond, une veste de tweed et une paire de richelieu est tout à fait écologique. L’une et l’autre durent 20 ans et plus si tout va bien. Le questionnement en architecture est assez souvent similaire. Alors qu’une honnête bâtisse bien équipée, dessinée avec une épure classique et subtilement ornementée, vaut parfois aussi bien qu’une bicoque acétique en tôle d’aluminium.

Mais revenons aux vêtements. Les baskets sont évidemment la chaussure du moment. Et rares sont les français à mon avis à en posséder plusieurs. Il serait intéressant de connaitre le taux de renouvellement ou le nombre de paires vendues en France chaque année. J’aurais tendance à penser qu’une paire de baskets dure environ 1 ans. Peut-être bien moins. Peut-être un peu plus? Baskets par ailleurs difficile à entretenir, à réparer, et à recycler. Dans le même temps, une chaussure de cuir durera et durera, si elle est bien entretenue.

Il y a certes l’envie de changement. Y compris chez les classiques. Pas mal de mes clients m’en parlent. Parfois, un costume à peine élimé ne vaut pas à leur yeux des frais de réparation. Non, ils préfèrent refaire, car ils sont envie de nouveauté. Heureux commerçant. Mais c’est la limite de mon argumentaire. On ne peut tous être raisonnable et patient. Je n’arrive pas moi à jeter tel costume à cause d’un trou ou tel pull à cause de bouloches. Je garde et je porte un peu.

Malgré cet aspect plaisir immédiat, retenons tout de même cet amusant paradoxe : une certaine éco-responsabilité se trouve logée dans des atours old-school, loin de l’image de modernité qu’on lui donnerait. Les modes se démodent, le style jamais…  plus que jamais d’actualité!

Belle semaine, Julien Scavini

5 réflexions sur “Écologie vieux-jeu

  1. chiffon 19 février 2019 / 07:45

    Et vive la seconde main, pour l’écologie ! (Avec des retouches et/ou réparations.)
    Cela donne une âme aux vêtements que de savoir qu’ils vont vivre une seconde voire une troisième vie.

    Billet salutaire, comme le précédent. Le propre de belles pièces c’est qu’elles prennent du cachet en même temps que de l’âge, d’ailleurs.

    Sinon, dans les suggestions que j’ai lues sur les commentaires de la semaine dernière, une m’a bien plu : que diriez-vous de faire un article, un jour, sur les tissus les plus durables/résistants ? Je gage que ça intéresserait beaucoup de monde, moi le premier, quitte à être dans une veine « longévité ».

  2. Evrard 19 février 2019 / 10:44

    Bonjour,
    J’ai beaucoup apprécié votre billet.
    Mon fils de 24 ans a acheté ses 1ere Richelieu il y 3 ans avec moi. Depuis il a usé et jeté au moins 5 paires de « basket » dont le prix est de nos jours exorbitant en comparaison de la vraie qualité de la chaussure.
    Ses Richelieu sont aujourd’hui au summum de leur beauté, assez vieille pour que la patine fasse son œuvre mais encore neuve pour garder une forme irréprochable.
    Un jour que je choisissais un tweed chez un très ancien spécialiste roubaisien (afin de le confier à mon tailleur), le père de cette entreprise familiale qui passait à coté de moi me dit « ce tissus est magnifique, mais il a un gros défaut….il ne s’use pas. »

  3. Romain Clamaron 19 février 2019 / 12:33

    Excellent billet qui résonne fort avec mes propres valeurs et mission de vie. Merci de partager ces quelques mots d’une vision du style et de l’élégance en accord avec la terre… Et un minimalisme empli de sagesse.

  4. Houmbosso Aurelien 21 février 2019 / 13:34

    Merci encore pour ce bel article. Je me sens beaucoup mieux, de ne pas être le seul à garder un pull jacquard datant de ma période universitaire, ou à porter encore une paire de penny loafers Tod’s acheté en 2011. Consolé de savoir que ces traits conservatisme peuvent être « recyclés » en une forme d’éco-responsabilité à la faveur de l’influence contemporain des enjeux écologiques. Vive le Classicisme donc!!!

  5. Luc 16 mars 2019 / 12:10

    Il faut dire aussi que pour se sortir du consumérisme, il faut aussi faire l’effort de s’en sortir et se cultiver. Le chemin vers le vêtement qui dure est long. Changer de soi-même nécessite de prendre du recul sur sa vie, ou l’aide de personnes qui ont déjà la culture de base ayant tant soit peu une influence.

    En discutant avec un ami qui arborait fièrement une longue note de 800 euros de produits fast fashion … en soldes (!) et qu’hormis des sneakers de qualité, le reste allait lui faire au maximum 1 an, il ne comprenait pas que l’économie et l’écologie s’estimaient dans le temps. Et que les tendances marquées allaient passer de mode et que pour lui, s’habiller de manière « intemporelle » était ennuyeux.

    Par contre, le fait de dire que le style « reste » est relatif, car celui-ci évolue au fil du temps, quoiqu’on en dise. J’ai récemment vu une vidéo de Hugo Jacomet sur les 7 idées reçues et notamment le fait que le style évolue toutes les décennies (environ) versus la mode tous les 6 mois à un an.

    Lui-même ayant écrit Parisian Gentleman, reconnaît que son style évolue grâce à sa tournée italienne. Le style évolue avec les influences qui nous entourent.

    Pour ceux qui ne l’aurait pas vue, je vous recommande fortement de la visionner :

    https://parisiangentleman.fr/2019/02/23/sept-idees-recues-sartoriales-a-ignorer-episode-22-des-discussions-sartoriales/

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