Le bouton, partie seconde

Après les formes, voici la question des matières enfin. La plupart des boutons sont réalisés en plastique maintenant. Les plus élégants, ceux des tailleurs et du bon prêt-à-porter sont plutôt en acétate de cellulose, comme la fausse écaille des lunettes. Cette matière imite élégamment la corne. Elle a l’avantage d’être stable, à l’usage et au nettoyage. Évidement, les plus beaux boutons pour homme sont en corne. La célébration des matières naturelles est toujours un plaisir. Ils ont le défaut toutefois d’être plus friables, donc plus cassants. J’ai tendance dans mon travail quotidien à préférer l’acétate, pour ne pas avoir de problème de SAV à ce niveau. Mais si l’on me demande, je peux proposer de la corne, bien sûr. Voici différentes plaques d’acétate de cellulose, prêtes à être débitées en boutons. De ce que j’ai compris sur le site du fabricant, une plaque vaut… 0,0011€. C’est pas cher !

Plus élégante donc, la corne. Je me suis pendant longtemps demandé d’où venait cette corne. Impossible de savoir auprès des fournisseurs… Et puis un jour sur un salon professionnel, je demandais son avis à l’agent commercial de Vitale Barberis, qui appela au pays un vieil italien spécialisé dans le bouton. La réponse me laissa coi. Et bien d’Inde pardi, le pays des vaches sacrées. Oui tout à fait. Les vaches y sont sacrées, mais une fois mortes, entre les peaux qui sont vendues à l’étranger pour le tannage, et les sabots et cornes qui sont transformés en boutons élégants, elles sont d’un commerce profitable ! Sur le site exportindia.com j’ai trouvé cette jolie image des différents produits en corne de vache qu’il est possible de trouver en Inde. Fascinant.

Autre matière « cornée », le bois de cerf. Sa surface est généralement laissée telle quelle, pour apporter un brin de naturel, façon « chasse, pêche, nature et traditions ». On en trouve un peu sur les vestes autrichiennes. A part le corne et l’acétate, il existe aussi des boutons en corozo. Si j’ai bien compris, c’est une pulpe solidifiée du fruit d’un palmier particulier. Cette matière est parfois appelée ivoire végétale. Elle est d’un usage ancien en Amérique centrale. Les allemands importèrent le goût des boutons en corozo sur le vieux continent au siècle dernier. L’avantage est que le corozo peut se teindre. Son apparence est assez unie.

Or du corozo, de l’acétate et de la corne, il y a aussi le bête plastique, et les polyesters dérivés. La réserve de possibilité est infinie alors. La mélamine en poudre pressée est aussi utilisée. Dans cette petite vidéo de 10min, toutes les possibilités sont présentées! Édifiant et amusant :

Le bon bouton de cuir tressé, façon Ralph Lauren n’est plus très à la mode. Trop 70’s ? Les vieilles dames aiment en coudre à leurs vieux maris, car ils sont faciles à coudre pour elles, et facile à manipuler pour eux. Cet argumentaire est aussi valable pour les mamans envers leurs enfants. James Darween dans Le Chic Anglais dit que jamais les anglais n’ont utilisé ce bouton, qui est une invention des américains de la côte Est pour se donner un air d’aristocratie anglaise.

Sur les chemises, la nacre se fait rare. Car elle est encore plus friable que la corne. Je n’ai jamais transigé sur ce point dans mon échoppe. Je les vends sur mesure pour 100€, et je reste fidèle à la nacre. Toutefois, j’ai déjà vu des clients revenir après le pressing, et me présenter des boutons tout dépolis. Complètement ruinés… Je le constate un peu sur mes chemises aussi. Les boutons perdent de leur superbe. Les détergeant sont trop forts à mon avis. La nacre provient de très gros coquillages, et parait-il que la « mother of pearl » australienne est la meilleure ! Voici ci-dessous l’imposant coquillage dans lequel sont débités nos jolis petits boutons.

Reste enfin les boutons métalliques. Mais même sur un blazer les hommes de plus en plus s’en lassent. Holland & Sherry en présente toujours une collection, en or 9 carats et émail grand feu, s’il vous plait ! Ils ne sont pas donnés mais assurément très sympas. Le plus simple est le bouton lisse, à moins de présenter le bouton de votre club ou de votre famille. Toutefois, toutes les fantaisies en la matière seront pardonnées. Un peu d’excentricité ne tuera pas l’élégance. Au contraire. Pourquoi pas une petite ancre de marine ou un chardon ? Ou les armes de la reine d’Angleterre ? Elle le vaut bien. Or, argent, cuivre, ce choix est laissé à votre discrétion. Pour mon propre blazer, j’ai choisi des boutons cuivrés, à trois petites couronnes. Ils sont discrets, ce que je voulais.

  Bonne semaine, Julien Scavini

5 réflexions sur “Le bouton, partie seconde

  1. Francoise W. 2 février 2021 / 19:18

    Je l’avoue, je suis une passionnée de boutons, j’en ai de toutes les époques et de tous les styles, mais pas en or ou en émail grand feu. J’ai l ‘impression que les boutons en métal, ceux qu’on met sur les blazers, sont en nette perte de vitesse pour le commun des élégants. Est-ce une tendance de fond ? Merci pour ce post très instructif, j’ai adoré le petit film sur la fabrication des boutons : finalement, le plastique aussi, c’est fantastique !
    Bonne semaine !

    • Julien Scavini 2 février 2021 / 20:51

      Merci !!

  2. Ludovic Elens 5 février 2021 / 11:48

    Bonjour,

    Très instruisant votre article sur les boutons.

    Je suis artisan lunetier, et nous sommes spécialisés dans les lunettes en corne sur mesure.
    Si, vous me le permettez, j’aimerais rajouter quelques détails au sujet de cette fabuleuse matière.

    La corne provient effectivement essentiellement de l’inde. Mais de la partie musulman de l’inde, là ou justement elle n’est pas sacrée. Ce sont généralement de grands élevages de buffles d’eau et de vaches.
    On distingue les deux races (même si c’est devenu un grand mélange des deux) par la couleur de la corne.
    Sombre et noir, ce sera du buffle d’eau domestique. (je rajoute domestique, car il ne faut pas confondre avec son cousin sauvage le buffle d’eau d’Afrique).
    Laiteux, beige, blanc et translucide, c’est de la vache.

    Je pourrais en parler des heures. Fabuleuse matière et agréable à travaillé. Régulièrement nous proposons de faire des boutons pour le costume de nos clients, pour assortir les lunettes au costume 😉

    Au plaisir de vous lire,

    Ludovic Elens

    • Julien Scavini 7 février 2021 / 12:29

      Voici une superbe et instructive annexe 🙂 Merci !

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