Un client m’a déposé ces quelques articles de très belle facture, au cas où cela plairait à un autre client… ou à mes lecteurs. Voici ces quelques pièces:
1- Paire de gants neufs, certainement pécari, non doublé, cousu main. Taille non spécifiée, certainement 10, 60€ +10 de commission :
2- Paire de gants neufs de conduite, peau bi-colore perforée, non doublé, cousu machine. Taille spécifiée, 9 1/2, 60€ +10 de commission :
4- Exceptionnel, canotier presque neuf, Robert Chapelier Malakof, paille entièrement tressée et non collée, taille non spécifiée, certainement 57, 100€ +10 de commission :
Lorsqu’il n’est pas en costume, le gentleman s’habille en dépareillé. La mode anglaise nous apprend que la veste seule – appelée veste dépareillée, odd jacket dans le texte – se porte classiquement avec un pantalon gris, toile lisse, serge grattée ou flanelle.
La mode anglaise toujours a démocratisé jusqu’à plus soif les tissus pour veston en tweed. Et pas n’importe quels tweeds : ceux à carreaux. Ce tissu est presque l’essence même d’un tissu démocratique : le tweed est une matière peu onéreuse et le tissage des carreaux embelli l’ensemble, à peu de frais. Les carreaux sont réalisés par le croisement de fils de couleurs, certains en trame, d’autre en chaine. Une technique permettant de produire du motif au kilomètre. Bien moins couteux, c’est évident, que les délicates broderies des vêtements d’aristocrates. Le pauvre Brummel – au sens propre – fut le précurseur de cela !
A force de réfléchir à une spécificité française, j’en viendrai à énoncer une hypothèse : une hypothèse plus en forme de questionnement qu’issu d’un argumentaire établi. Une hypothèse plus proche du ressenti ou de l’intuition.
La veste dépareillée à carreau est british. Trop british pour le goût français qui aspire à un peu plus de délicatesse, au raffinement. Le carreaux rouge sur un tweed vert, c’est voyant ! L’esprit français serait peut-être plus enclin à apprécier les tissus unis, tweed également, mais proposant soit des tissages particuliers (chevrons fondus, grain de riz, etc…), soit des couleurs plus étudiées (rouilles, chamois, vert d’eau, etc…).
L’accord avec un pantalon est le même que chez nos amis d’outre-manche. La flanelle complète ces vestes avec un grand chic classique, de même que la moleskine ou le velours qui peuvent réchauffer la teinte générale.
Bref, plus d’interrogations que de réponses. Une chose est sûre, je ne vends qu’une fois l’an une veste à la Hackett. Qu’en pensez-vous ?
Suite de l’article du début de semaine pour évoquer l’entretien de vos pièces. Globalement, il faut retenir une chose : évitez autant que possible de mettre les belles pièces trop souvent au pressing. En principe, vos vestes devraient y aller à peine une fois par an, et les pantalons peut-être tous les deux mois. C’est-à-dire, si vous portez votre costume 1 fois par semaine, emportez le pantalon au bout de 8 ports et la veste au bout de 52 ports. Si vous avez deux pantalons, cela allonge encore plus le délais. Bref, voici donc quelques adresses :
PARFAIT ÉLÈVE DE POUYANNE, 57 boulevard Haussmann, 75008 Paris. Une référence.
PRESSING KENNEDY, 94 Rue Raynouard, 75116 Paris. Pressing écolo (qui n’utilise pas de perchloroéthylène).
ALBATROS, 92 Rue de Grenelle, 75007 Paris.
PRESSING SEQUOIA, 13 Rue Dupont des Loges, 75007 Paris. Travail réalisé sur place. Ecolo en plus.
PRESSING MAUBOURG, 48 Boulevard de La Tour Maubourg, 75007 Paris. Travail réalisé sur place, c’est celui que j’utilise pour mes clients.
N’hésitez pas à m’en proposer d’autres dont vous trouvez le service impeccable, je les ajouterai ici.
vous m’écrivez souvent pour demander si je connais un bon retoucheur sur Paris. J’ai trois adresses, les voici :
ASPEN RETOUCHES : 8, rue Jean de La Fontaine, 75016 PARIS. Un ancien des grands ateliers, un maître pour les retouches les plus compliquées.
AKBAR CREATIONS : 22, rue Jules César, 75012 PARIS. Mon propre retoucheur, un travail délicat pour les cintrages notamment.
FK RETOUCHES : 14, boulevard Saint Martin, 75010 PARIS. Un grosse société de retouche spécialisée pour les grands magasins. Service efficace.
J’espère qu’avec cela, vous trouverez comment rendre merveilleuses vos vieilles fripes ;). Par contre, ne vous attendez pas à des prix minuscules. La retouche est un travail long, délicat et fastidieux. Ne négociez pas, sauf si vous avez 3 ou 4 pièces ! Un cintrage, cela coûte entre 25 et 45€, rétrécir la largeur d’un bas de pantalon dans les 25€, un démontage de manche pour retirer de la carrure devant dans 150€, idem pour le changement d’une doublure.
Alors qu’un froid mordant nous est déjà tombé dessus, les commandes de manteaux battent leur plein, ce qui est déjà un fait assez notable pour être remarqué. Habituellement, je vends un à deux manteaux par an ; alors que ce mois-ci, quasiment un par semaine ! Ce sont principalement des manteaux classiques que choisissent les clients, lourds peignés bleu marine, avec quelques fantaisie sur les doublures en laine, à carreaux ou à pois.
Vous le savez peut-être, je réalise des petites et demi-mesures. Dès lors mes modèles sont réduits – même si mon atelier italien propose une large gamme. Un de mes amis est venu avec une demande toute simple en demi-mesure : un manteau croisé, très à l’italienne, plutôt trois-quart, dans un drap bleu marine laine et cachemire. Comme il me dit, rien dans le commerce ne lui avait plu, poches idiotes, doublures trop bariolées, coupe moche, jamais de simplicité. La fiancé d’un autre client me rapporta qu’elle aussi ne trouvait rien. « Même chez St James, ils font des boutonnières colorées et des doublures patchwork genre manteau de la droguerie » me dit elle en rigolant !
Remarque importante, le manteau devait avoir l’aisance d’une veste, c’est à dire être assez près du corps pour être porté directement sur la chemise ou un pull. Le croisé devait être sur une base 2×6, c’est à dire un carré de 2 boutons fonctionnels, plus deux boutons décoratifs. Dessin que je ne proposais pas en demi-mesure européenne. J’ai alors fait une petite recherche sur internet avec mon ami, de photos diverses glanées sur Google, principalement avec les mots clés ‘coat’ ‘pitti uomo’ ‘italian’ etc…
Nous avons finalement abouti à une proposition sobre que l’atelier va m’exécuter. Et plus j’y pense, plus j’apprécie cette forme très classique mais avec quelques petits twist : poches plaquées à rabats plutôt sport, épaule ronde, taille relativement courte. Et en passant devant une vitrine d’Arthur & Fox, j’ai pu apercevoir un manteau identique. Donc, les choix sont les bons.
Le croisé a cet avantage par rapport au manteau droit, il donne un petit surplus de chaleur sur le devant. Grâce aux deux pans de tissus de la croisure qui se recouvrent, on gagne quelques degrés sur le ventre, partie qui nécessite le plus d’être enveloppée. Cet effet va de paire avec un manteau plutôt près du corps. Finalement, alors que je le poussais à choisir une forme classique de covercoat, ceci est un exemple d’une discussion constructive. Nous attendons maintenant le résultat !
Continuons sur la lancée initiée il y a quelques semaines – et ajournée durant le pont du 11 novembre – sur les pantalons de l’hiver. Nous avons ainsi passé en revue les tissus de laine, comme les whipcords et les flanelles, intéressons nous ce jour aux cotons. Ah le coton, la matière presque universelle de nos jours, tant les jeans ont envahi la rue. Mais au delà ce la grosse serge de toile denim, il existe d’autres manières d’utiliser le coton.
A l’inverse de la laine, le coton est plus doux contre la jambe, beaucoup plus doux. C’est son point le plus attractif. En revanche, il froisse beaucoup plus que la laine, son tombé est moins naturel. Problème qui est compensé par sa facilité d’entretien. Un passage en machine est possible, quand la laine exige plus de délicatesse et un recours au pressing.
Pour l’hiver, le velours apparaît comme LA référence. Chaud, moelleux, il se décline en une important variété de coloris, les plus classiques étant le mordoré, l’orangé ‘whisky’ ou le vert sapin. Bien sûr, les bleus marines peuvent être très beaux avec des souliers en veaux velours, dans un accord à l’italienne.
Le velours peut se présenter sous deux formes : le velours lisse, appelé ‘palatine’ qui est totalement inadapté à la confection de pantalons et le velours côtelé, qui nous intéresse ici. Notons que le velours est fabriqué par des métiers à tisser qui exécutent des boucles de fils sur une toile de base. Ces boucles sont ensuite rasées pour faire apparaître le côté ‘poilu’.
Les velours côtelés peuvent se présenter sous trois formes : les mille-raies, les 750 raies et les 500 raies, appelées grosses côtes. Les mille-raies ne sont pas très raffinées et souvent rejetées par les ouvrages érudits. Mais c’est une question de goût, car ces mêmes ouvrages font l’éloge des 500 raies / grosses côtes. Pour ma part je trouve celles-ci un peu vieillotte, s’avachissant très vite. Mais encore une fois, pure question de jugement personnel. Les 750 raies m’apparaissent plus raffinées… Les velours côtelés font un poids moyen de 350 à 400grs, voire 500 à 620grs pour certaines références. Je rappelle le poids moyen d’un costume : 260 à 340grs.
Après les velours, nous pourrions citer les cotons grattés, type serge lourde. La maison Holland & Sherry en édite toujours de très belles l’hiver. C’est chaud et cela ressemble un peu à une serge peignée.
Enfin le dernier choix, celui des connaisseurs est la moleskine. La peau de taupe en français est une étoffe lourde (450 à 650grs) de coton à l’aspect peau de pêche. C’est l’un des must-have de l’hiver. Disponible dans une grande variété de coloris, la moleskine est très chaude, très moelleuse et garde surtout sa forme. Si les chinos en coton froissent facilement, le poids de celle-ci lui donne un tombé parfait ! Que demander de plus !
Suite logique de l’article de la semaine précédente, évoquons aujourd’hui le pantalon de flanelle, un classique entre les classiques. Pour ceux qui ne connaitraient pas, la flanelle est un tissu de laine très feutrée, moelleux. Mais elle ne doit pas être confondue avec le feutre. Le feutre de laine (qui sert par exemple à faire les dessous de cols) est une matière non-tissée. Il s’agit juste de fibres agglomérées entres elles par un procédé de foulage. On parle alors de textile non-tissé. La flanelle bien au contraire est une matière tissée.
Flanelles Gorina
La véritable flanelle (au sens technique) est une toile. Relisez l’article de la semaine dernière pour un aperçu rapide de ce terme. C’est une toile de fils plutôt épais et surtout c’est une toile tissée lâche. C’est à dire qu’il a y de l’air qui passe entre les mailles. La surface du tissu est ensuite foulée, c’est à dire grattée, pour que les fibres ‘feutrent’. Ainsi le côté duveteux apparaît et cache ainsi les fils. Il s’agit donc à la base d’un tissu plutôt aéré, c’est pourquoi on l’utilisait pour les costumes d’été et pantalons de sport au début du siècle dernier. Mais évidemment c’est un tissu très épais que l’on aurait plus idée de porter sur la plage… cela s’est fait !
La vraie flanelle est donc un tissu plutôt lourd, une toile au dessus de 400gr. La laine utilisée est une laine de fibres cardées, c’est à dire assez peu raffinées. Ainsi elles feutrent facilement. Cela pourrait s’apparenter à une laine vierge. Si la fibre de laine est travaillée, on parle de laine peignée (à ne pas confondre avec le terme ‘peigné’ qui désigne une laine que l’on a fait feutrer en surface). Cette laine peignée a donnée naissance aux appellations super 110’s etc. Car pour mesurer le diamètre des fibres et donner l’appellation super XXX, il faut raffiner les fibres.
Bref, de nos jours, la plupart des flanelles portent l’appellation ‘flanelle super 120’s’ par exemple. Ce n’est pas véritablement une flanelle, puisque elle incorpore des fibres peignées.
Pour avoir ce côté feutré typique de la flanelle, le tissu une fois sorti du métier à tisser est déroulé sous une machine équipée de chardons métalliques (autrefois de vrais chardons) qui grattent la surface des mailles. Cette opération fait ‘venir’ la fibre, la fait feutrer en surface.
Pour beaucoup, le principal souci des flanelles est l’épaisseur. Car pour avoir de la tenue – le tissu étant lâche – il faut de l’épaisseur. Sinon un effet d’affaissement apparaît. On dit que le pantalon ‘poche’ sous les genoux, sous les fesses, en le détendant à ces endroits. Une toile feutrée fine se déliterait très vite. Les grands drapiers ont donc maintenant recours le plus possible à des bases de serge. Après tissage, le tissu suit le même procédé de feutrage / foulage pour faire apparaître le moelleux de la flanelle. Techniquement, il s’agit de serge foulée, serge peignée ou serge grattée, mais elles sont appelées commercialement flanelles. L’avantage ? 350, 300 voire 280gr, soit un gain très important !
Ainsi, ces flanelles de 300gr seront presque aussi solides que celles de 500gr. Le tombé sera un peu moins impeccable, mais le confort sera le même ; un confort moelleux, chaud, idéal pour l’automne et l’hiver, en complément de beaucoup de vestes, tweed campagnards ou urbains.
Si toutefois vous n’aimiez pas la flanelle qui gratte (c’est de moins en moins vrai tout de même), vous pourriez vous laisser convaincre par ce que les anglais appellent ‘pick & pick’, un tissu sec, fils à fils, très chiné.
Commandées au creux de l’été, elles sont arrivées ce matin : voici cinq paires de bretelles réalisées par les italiens de chez Victrix, spécialement pour mon magasin. Quatre sont en gros grain et une en élasthanne imprimée cachemire, toutes sont dépourvues de clips mais possèdent des œillets en cuirs. Le cuir est noir ou burgundy ou marine ou marron suivant le tissu. 90€.
Cette semaine, intéressons-nous à une catégorie d’étoffes de laine, aux tissages anciens mais pourtant plus qu’idéals pour les pantalons : les dérivés de serges complexes, à savoir les whipcords, les cavalry twills, les Bedford cords et autres gabardines de laine. Je rappelle qu’il existe en textile classique pour homme deux grandes catégories de tissage : la toile et la serge (autrement appelée twill). Dans une toile, les fils se croisent à 90°, l’un sur l’autre. C’est simple. Dans une serge, les fils se croisent toujours à 90°, seulement les fils ne se superposent pas de manière linéaire, un sur deux, mais plutôt un sur trois etc… En découle un effet d’escalier, créant l’effet d’une diagonale à 45°.
Ces différentes matières en serges complexes étaient utilisées pour réaliser des culottes, le type court comme les knickers ou des pantalons plus longs (pendant sur le talon, d’après l’étymologie du nom).
Le cavalry twill est le plus connu. Son nom est hérité des culottes d’équitation qui étaient réalisées dans cette étoffe lourde et très endurante. Cette catégorie de serge est en effet – par sa construction – particulièrement indiqué pour les vêtements subissant une forte abrasion, comme c’est le cas entre le fessier et un siège. Le cavalry twill fait aussi apparaître des diagonales à 70°, mais celles-ci sont composées de petites échelles… Entre deux côtes, on peut ainsi distinguer de petits mailles horizontales.
Le whipcord présente de grosses côtes (plus ou moins fines suivant le tissage) allant dans une diagonale à 70° (et non à 45° comme une serge classique). Les whipcords sont souvent très beaux, surtout dans des coloris clairs, car des effets chinés apparaissent. C’était un grand classique de la maison Arnys l’hiver. Un aspect à la fois rustique et précieux.
Petit whipcord
Grand whipcord
Cavalry Twill
Bedford Cord
Gabardine
Le Bedford est une étoffe particulièrement ancienne, qu’il est difficile de trouver maintenant. La maison espagnole Gorina m’en fournit de très lourds, aux alentours de 500gr (ce qui représente quand même le poids d’un manteau contemporain !). L’aspect est semblable à du velours côtelé, avec ses côtes verticales en relief. Un client m’a un jour montré un vieil ensemble du siècle dernier comprenant culotte de cheval et gilet croisé, le tout en bedford blanc, pour l’équitation. Superbe.
La gabardine – de laine – a une histoire plus compliquée. Souvent réalisée en coton, elle a donné son nom à un manteau en France : la gabardine. Mais c’est une ellipse linguistique. La gabardine est un type de tissage. A l’œil elle n’est pas facile à reconnaître d’une serge classique, mais ses diagonales sont plus penchées.
Ces matières sont donc idéales pour réaliser de beaux pantalons, chauds et endurants, idéals pour la mi-saison et même l’hiver. Nous verrons bientôt quels pantalons en coton pourrait s’y substituer. Un whipcord brun irait à merveille avec une veste en tweed, et le même en gris pourrait compléter aisément un blazer en flanelle. Voici une pièce versatile incontournable !
Les tissus scannés proviennent de chez Holland & Sherry et Gorina. Bonne semaine, Julien Scavini
PS : je me suis enfin décidé à acheter le domaine STIFF COLLAR .COM à WordPress, ce qui débarrasse les bas de pages des publicités encombrantes ! Un grand pas !